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1 mai 2013 3 01 /05 /mai /2013 10:55

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Sache, cher lecteur, toi qui as l'âme sensible et me plains assurément, que j'aurais bien aimé verser des pleurs sur mes amitiés perdues. N'avais-je pas vécu quelques moments trop tôt évanouis où j'avais joui de chaleureuses amitiés ? Ils me revenaient aujourd'hui en pensée. Ma vie n'avait commencé que depuis un an à peine — et quelle année ! — puisque j'avais perdu les traces de ma vie passée.

Alcmène, Lio, Sissi...

Que sont mes amies devenues

que j'avais de si près tenues et tant aimées...

L'amour est morte !*

 

Serait bien venu s'ajouter à ma liste le nom d'Afcofribas ; mais ah, le traître ! comment l'aurais-je pu souffrir, alors que j'éprouvais encore quelque rancoeur au seul ressouvenir de son nom ?

Il me fallait me refuser à me chanter quelque complainte quelle qu'elle fût.

Sur ce, je me ressaisis, et c'est vaillamment que je me dis à part moi : « Vis comme un homme brave ; et si la fortune t’est contraire, affronte-la avec un coeur empli de courage. »**

 

À l'évocation de ma chère Sissi, à qui j'avais promis fidélité, je me levai brusquement et me mis en route sur le champ pour la retrouver. Je n'avais que trop tardé.

Pourquoi donc ne l'avais-je pas encore vue depuis mon arrivée ? Je savais qu'elle hantait ces lieux, que son territoire était ici même. Elle aurait dû sentir ma présence, me voir, sinon me humer. M'avait-elle attendue trop longtemps, s'était-elle convaincue que je l'avais oubliée, et avait-elle, de guerre lasse°, quitté la place ? Je ne pouvais y croire. Je la savais bonne mère ; au grand jamais elle n'aurait pu abandonner ses chers petits : ni Sou, ni Ci, ni Souci.

Je n'aurais de cesse de la chercher que je ne l'eusse retrouvée.

Serait-elle, de par ma faute oh, j'en tremble ! morte de chagrin ?

 

...............................................

*Titre : "je crois le vent les m'a ôté(e)s"

Cf. Rutebeuf – Voir l'article complet sur Rutebeuf et les complaintes

> Une petite histoire de la Langue Française racontée par mamiehiou - L'ANCIEN FRANÇAIS - Les complaintes de Rutebeuf

 

 Ci encoumence la complainte Rutebuef de son oeul
La complainte Rutebeuf
Extrait

Que sunt mi ami devenu
Que j’avoie si pres tenu
Et tant amei ?
Que sont mes amis devenus
Que j'avais de si près tenus
Et tant aimés ?

Je cuit qu’il sunt trop cleir semei ;
Il ne furent pas bien femei,
Si sunt failli.
Je crois qu'ils sont trop clair semés ;
Ils ne furent pas bien soignés,
Ils sont partis.

Iteil ami m’ont mal bailli,
C’onques, tant com Diex m’assailli
E[n] maint costei,
De tels amis m'ont maltraité
Que, tant que Dieu m'a assailli
De tous côtés,

N’en vi .I. soul en mon ostei.
Je cui li vens les m’at ostei,
L’amour est morte :
N'en vis un seul en ma maison.
Je crois le vent les m'a ôtés,
L'amour est morte :

Se sont ami que vens enporte,
Et il ventoit devant ma porte,
Ces enporta,
Ce sont amis que vent emporte,
Et il ventait devant ma porte,
Sont emportés.

 

Voir la suite dans l'article susmentionné.

..............................

**« Vis comme un homme brave ; et si la fortune t’est contraire, affronte-la avec un coeur empli de courage. » Cicéron (-106 av.J.C..-43 av.J.C.)

 

NOTES

Titre : Délires autour de mes amitiés tôt envolées

Cf. Littré - TÔT, adverbe de temps

Voltaire d'abord et des grammairiens après lui ont dit que tôt au positif n'était plus que du bas style, et qu'il ne s'employait guère que dans la locution : tôt ou tard. Mais ce mot est si commode, si bien autorisé par l'exemple de bons écrivains, qu'il doit être employé sans scrupule dans le style le plus élevé.

Quelques acceptions de tôt, entre autres :

Dans peu de temps, promptement.

Au plus tôt, au plus vite.

Ami, vous m'avez tôt quitté. Molière, Le Menteur

 

j'aurais bien aimé verser des pleurs

> Ne pas confondre une larme, un pleur...

 

comment l'aurais-je pu souffrir

le pronom personnel LE (élidé en L') remplace la phrase précédente : comment aurais-je pu souffrir de l'ajouter à ma liste

 

J'éprouvais encore quelque rancoeur au seul ressouvenir de son nom

Ressouvenir, terme vieilli ou littéraire.

Cf. L'Académie 8e édition - Ressouvenir, Sentiment d'une douleur qui se renouvelle. Il y a des maux dont on n'est jamais si bien guéri qu'il n'en reste quelque ressouvenir.

 

Elle aurait dû... me humer

Cf. l'Académie - Humer, faire pénétrer doucement un liquide dans la bouche en l'aspirant. Humer un bouillon. Humer l'air, humer le brouillard, etc., S'exposer à l'air, au vent, au brouillard, etc., de telle sorte qu'il entre, qu'il pénètre dans les poumons. Il signifie aussi, par extension, Aspirer par le nez. Humer l'encens. Humer l'odeur des mets, Les flairer avec complaisance.

 

Avait-elle, de guerre lasse, quitté la place ?

de guerre lasse°, abandonnant tout combat, toute résistance, parce qu'elle était trop fatiguée d'attendre.

> Mosaïque de quelques curiosités de la Langue Française


au grand jamais elle n'aurait pu abandonner ses petits

> Jamais, ne jamais, jamais plus, au grand jamais, à jamais, si jamais, oncques... + Adverbes et locutions adverbiales de temps

 

Je n'aurais de cesse de la chercher que je ne l'eusse retrouvée

Le NE (dans : je ne l'eusse retrouvée) n’est pas explétif et ne peut être supprimé.

NE explétif - Quand peut-on l'employer ? - sans que je ne - avant que je ne - je crains que tu ne - j'empêche que tu ne - je m'attends à ce que tu ne - je ne nie pas que tu ne..

 

Serait-elle, de par ma faute oh, j'en tremble ! morte de chagrin ?

Le rythme heurté de la phrase veut traduire l'émotion d'Oli, la narratrice, notre héroïne.

> Serait-elle morte de chagrin par ma faute ?

 

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Amoureuse des mots, je cherche comment faire partager ma passion. Il y a tant à découvrir dans les bibliothèques du monde, tant de mots à connaître intimement pour affiner notre pensée, tant de mots qu'on n'entend plus sur nos lèvres, enfermés qu'ils sont dans des livres poussiéreux. Il ne tient qu'à nous de les faire revivre et de les faire chanter. Notre langue, si belle, si riche, demande qu'on la respecte, qu'on la préserve, qu'on s'en amuse et qu'on la chérisse. Mamiehiou ............................................................................................................................................................................................ ...................................;....................................................................... « La langue française est une femme. Et cette femme est si belle, si fière, si modeste, si hardie, touchante, voluptueuse, chaste, noble, familière, folle, sage, qu'on l'aime de toute son âme, et qu'on n'est jamais tenté de lui être infidèle. » Anatole France ....................................................... ............... ................................................................................................................. « C'est une langue bien difficile que le français. À peine écrit-on depuis quarante-cinq ans qu'on commence à s'en apercevoir. » Colette

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