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17 novembre 2013 7 17 /11 /novembre /2013 10:39

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« Plût à Dieu, chère Oli que nous n'ayons plus jamais à nous souhaiter la revoyure. J'ai tant et tant souffert de notre cruelle séparation qu'aucun mot, dans quelque langue que ce soit, ne peut traduire le sentiment de désarroi dans lequel j'ai été plongée. Eusses-tu éprouvé le millionième de la détresse qui m'a meurtri le coeur, tu en serais venue à regretter de m'avoir laissée ainsi, comme seule au monde.

Puissions-nous vivre à jamais accolées ! »

Ainsi disant, le coeur gros jusqu'à danger d'explosion, Sissi pleurait à pleins yeux, sans me laisser le loisir de placer un seul mot et j'étais prête à attendre le moment où ses plaintes cesseraient, faute de phrases percutantes à m'asséner. M'eût-elle donné la parole, je n'aurais su quoi lui dire pour la réconforter ; je la savais trop hermétique à mes arguments pour en présenter un seul comme justification ou même comme excuse – ne les connaissait-elle pas tous d'ailleurs ?

Sache, cher lecteur, qui me plains assurément en cette circonstance pénible, que j'étais prête à supporter des heures pleurées en espérant que, ses larmes enfin taries, mon amie reviendrait à la douceur de l'instant où elle m'avait retrouvée.

Je tentai de caresser du bout des doigts son groin humide pour témoigner de ma sollicitude et de l'empathie que je lui portais. Elle se rapprocha de moi, se laissa faire et grouina de plaisir.

Qui n'eût porté secours à cette âme en peine ?

Pour si affligée qu'elle fût, je ne doutais point qu'elle allait reprendre ses esprits et cesser de brasser rancune pour redevenir la Sissi que je connaissais.

 

« Eh bien, pensa très fort Prétatou, elle en a dans l'aile ! »

.............................................

NOTES

Titre : Délires pour une réprimande doublée d'un déluge de pleurs

Les suffixes -ANDE & -ENDE

- substantifs féminins formés à partir de verbes : offrande, propagande, jurande (Moyen Âge), lavande.

- substantifs masculins : dividende, multiplicande (différents de diviseur, quotient, multiplicateur, produit)

Ne pas confondre une larme et un pleur

 

Plût à Dieu, chère Oli que nous n'ayons plus jamais à nous souhaiter la revoyure.

Plût à Dieu – Plaise à Dieu

Le subjonctif optatif est le mode des espoirs des souhaits et des désirs (désidératif). Il est exprimé le plus souvent au subjonctif.

Voir §29 > Valeurs et emplois du subjonctif

la revoyure, fait de se revoir ou de se dire au revoir – populaire.

À la revoyure ! Au revoir !

 

Eusses-tu éprouvé le millionième de la détresse

Interrogation fictive. Le sujet est postposé.

> eussé-je, eussè-je, fussé-je, fussè-je dût-il...

Tournure qui équivaut à une proposition subordonnée introduite par même si.

> même si (condition avec une nuance concessive)

Même si tu avais éprouvé...

le millionième (1 seul N), un million, un millionnaire


Tu en serais venue à regretter de m'avoir laissée ainsi

participe passé venue, employé avec l'auxiliaire être, s'accorde avec le sujet.

(sauf cas particuliers des verbes pronominaux)

participe passé laissée employé avec l'auxiliaire avoir, s'accorde avec le complément d'objet direct placé avant lui M'  pour ME élidé qui représente Sissi

Récapitulation des articles sur l'accord des participes passés

 

Puissions-nous vivre à jamais accolées !

Subjonctif optatif > Ne pas confondre : je peux, je puis, je pus, je puisse, je pusse - puis-je, puissé-je ou puissè-je...

 

ces longs mois [...] ont été d'une torture innommable

innommable, qu'on ne peut nommer, ignoble, odieux, infâme.

dérivé du verbe nommer (2M), le préfixe est IN- (d'où les 2 N), le suffixe -ABLE

 

Ainsi disant, le coeur gros jusqu'à danger d'explosion, Sissi pleurait à pleins yeux

ainsi disant, ce disant, en disant cela.

pleurer à pleins yeux, pleurer de tous ses yeux – expressions vieillies.

 

M'eût-elle donné la parole, je n'aurais su quoi lui dire pour la réconforter

Même si elle m'avait donné la parole...

 

J'étais prête à supporter des heures pleurées

pleurées, participe passé employé comme adjectif avec une idée de durée.

 

Qui n'eût porté secours à cette âme en peine ?

eût porté, subjonctif plus-que-parfait à valeur de conditionnel passé (2e forme) : qui n'aurait pas porté secours... (1re forme)

âme – D'où vient l'accent circonflexe ?

Cf. Littré Anme : Ce mot s'était toujours écrit sans accent circonflexe jusqu'en 1798 ; mais alors l'Académie, dans son édition, l'a marqué d'un accent circonflexe, et a maintenu depuis cet accent. L'accent, outre qu'il indique la prononciation, représente une lettre supprimée ; l'ancien mot était anme et, par suite, alme et même arme.

> L'accent circonflexe – Mettons-le seulement là où il faut - cru, crû, idolâtre, psychiatre, écolâtre, gaîment, absolument, ambigument, fantomatique, tempétueux... + Quiz

 

Elle grouina de plaisir

Groiner, Grouiner - verbe rare

Les suidés (cochons, sangliers) grouinent.

 

Pour si affligée qu'elle fût, je ne doutais pas qu'elle allait reprendre ses esprits

pour si affligée qu'elle fût - subjonctif– tournure rare concessive

si affligée qu'elle fût

quelque affligée qu'elle fût

aussi affligée qu'elle fût

tout affligée qu'elle fût (ou était) - subjonctif ou indicatif

je ne doutais point qu'elle allait (indicatif) reprendre ses esprits

Quand douter est à la forme négative, il n'y a pas de doute, on emploie l'indicatif dans la complétive.

Mais on rencontre souvent le subjonctif du fait qu'il y a le mot doute, ce qui entraîne une confusion.

Pour en savoir +

> Douter que, douter si, se douter que / Je doute que, nul doute que, il n'est pas douteux que... Je me doute que, il ne se doute pas que... + indicatif ou subjonctif ?

 

Eh bien, pensa très fort Prétatou, elle en a dans l'aile !

Cf. Littré : En avoir dans l'aile, être atteint d'une maladie grave, d'une disgrâce imprévue, et aussi être amoureux.

 

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Amoureuse des mots, je cherche comment faire partager ma passion. Il y a tant à découvrir dans les bibliothèques du monde, tant de mots à connaître intimement pour affiner notre pensée, tant de mots qu'on n'entend plus sur nos lèvres, enfermés qu'ils sont dans des livres poussiéreux. Il ne tient qu'à nous de les faire revivre et de les faire chanter. Notre langue, si belle, si riche, demande qu'on la respecte, qu'on la préserve, qu'on s'en amuse et qu'on la chérisse. Mamiehiou ............................................................................................................................................................................................ ...................................;....................................................................... « La langue française est une femme. Et cette femme est si belle, si fière, si modeste, si hardie, touchante, voluptueuse, chaste, noble, familière, folle, sage, qu'on l'aime de toute son âme, et qu'on n'est jamais tenté de lui être infidèle. » Anatole France ....................................................... ............... ................................................................................................................. « C'est une langue bien difficile que le français. À peine écrit-on depuis quarante-cinq ans qu'on commence à s'en apercevoir. » Colette

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