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1 janvier 2014 3 01 /01 /janvier /2014 19:03

FLORILÈGE

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Un florilège de textes sélectionnés par mamiehiou

                                                                                                              

 

-32-

 

Till l'Espiègle

 

À quinze ans, Ulenpiegel éleva à Damme, sur quatre pieux, une petite tente, et il cria que chacun y pourrait voir désormais représenté, dans un beau cadre de foin, son être présent et futur.

Quand survenait un homme de loi bien morguant et enflé de son importance, Ulenspiegel passait la tête hors du cadre, et contre-faisant le museau de quelque vieux singe, disait :

Mufle savant peut pourrir, mais fleurir non ! Ne suis-je point bien votre miroir, monsieur de la trogne doctorale ?

S'il avait pour chaland un robuste soudard, Ulenspiegel se cachait et montrait, au lieu de son visage, au milieu du cadre, une grosse platelée de viande et de pain, et disait :

La bataille fera de toi potage. Que me bailles-tu pour ma bonne aventure, ô soudard chéri des corbeaux et vautours ?

Le soudard baillait, selon son humeur, une paire de soufflets ou un liard d'obole, mais Ulenspiegel n'en avait cure, certain d'être dans le vrai.

Ainsi montrait-il leur miroir à ceux de Damme, de Bruges, de Blankenberghe, voire même d'Ostende et au milieu de leur dire en son langage flamand : "Ik ben u lieden spiegel, je suis votre miroir, " il leur disait abréviant : "Ik ben ulen spiegel, " ainsi que cela se dit présentement en Flandre.

Et de là lui vint son surnom d'Ulenspiegel.

 

Extrait de Thyl Ulenspiegel (La légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses de Thyl Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au pays de Flandres et ailleurs)

Adaptation de Charles De Coster -1867

Cet écrivain belge met en scène le personnage de Till qui devient ici un résistant flamand dans son pays occupé et meurtri lors de l'occupation espagnole au XVIe siècle.

Le style et le vocabulaire choisis par de Coster ont une saveur tout à fait réjouissante même lorsque Till et son ami Lamme courent les pires dangers.

Ce texte se trouve dans la Bibliothèque Rouge et Or. Il a été adapté et condensé en 191 pages (édition de 1950 pour la jeunesse ) par Jean Sabran.

Pour connaître Jean Sabran, lire > Entretien avec Jean Sabran - Roger Martin

 

2e extrait de Thyl Ulenspiegel

Revenant [du marché] de Bruxelles, [Ulenspiegel et Lamme] virent, dans une maison de pierres, quai aux briques, dans une salle basse, une belle dame vêtue de satin, qui disait à sa cuisinière :

Fourbissez-moi cette poêle, je n'aime pas la sauce à la rouille.

Ulenspiegel passa le nez à la fenêtre.

Moi, dit-il, je les aime toutes, car ventre affamé n'est pas très grand électeur de fricassées.

*La dame se retournant :

Quel est, dit-elle, ce bonhommet qui se mêle de mon potage ?

Hélas, belle dame, répondit Ulenspiegel, si vous vouliez seulement en faire un en ma compagnie, je vous enseignerais des ragoûts de voyageurs inconnus aux belles dames sédentaires.

Il est joli homme, dit la cuisinière à la dame, faisons-le entrer et qu'il nous conte ses aventures.

Mais ils sont deux, dit la dame.

J'en soignerai un dit la cuisinière.

Madame, répartit Ulenspiegel, nous sommes deux, il est vrai, moi et mon pauvre Lamme qui ne peut porter cent livres sur le dos, mais en porte cinq cents sur l'estomac en viandes et boissons, volontiers.

Mon fils, dit Lamme, ne te gausse point de moi, infortuné à qui sa bedaine coûte si cher à remplir !

Il ne te coûtera pas un liard aujourd'hui, dit la dame. Entrez céans tous deux.

Mais, dit Lamme, il y a aussi deux baudets sur lesquels nous sommes.

Les picotins, répondit la dame, ne manquent point en l'écurie de M. Le comte de Meghem.

La cuisinière quitta sa poêle et tira dans la cour Ulenspiegel et Lamme sur leurs ânes, lesquels se mirent à braire incontinent.

Les deux pélerins mangèrent à grand planté et burent à tire-larigot. Et la dame comtesse de Meghem donna encore cette nuit à souper à Ulenspiegel et à Lamme, et ainsi le lendemain et les jours suivants. Les ânes avaient double picotin et Lamme double ration. Pendant une semaine il ne quitta point la cuisine, jouant avec les pats et vidant force chopes.

Dans l'entretemps, Ulenspiegel et la dame vivaient amicalement. Elle lui dit un jour :

Thyl, tu as la tête folle ; qui es-tu ?

Je suis, répondit-il, un fils qu'Heureux Hasard eut un jour avec Bonne Aventure.

Tu ne médis point de toi, dit-elle.

C'est de peur que les autres ne me louent, répondit Ulenspiegel.

Prendrais-tu la défense de tes frères qu'on persécute ?

Les cendres de Claes battent sur ma poitrine, répondit Ulenspiegel.

Comme te voilà beau ! dit-elle. Qui est ce Claes ?

Ulenspiegel répondit :

Mon père, brûlé pour la foi.

Le comte de Meghem ne te ressemble point, dit-elle ; il veut faire saigner la patrie que j'aime, car je suis née à Anvers, la gracieuse ville. Sache donc qu'il s'est entendu avec le conseiller de Brabant, Scheyf, pour faire entrer dans Anvers ses dix enseignes d'infanterie.

Je le dénoncerai aux bourgeois, dit Ulenspiegel, et j'y vais de ce pas, leste comme un fantôme.

 

Texte original de Charles de Coster (sur le site DBNL)

 

La légende d'Ulenspiegel (1867)

 

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 Extrait

*La dame se retournant:

- Quel est, dit-elle, ce bonhommet qui se mêle de mon potage?

- Hélas! belle dame, répondit Ulenspiegel, si vous vouliez seulement en faire un peu en ma compagnie, je vous enseignerais des ragoûts de voyageur inconnus aux belles dames sédentaires.

Puis, faisant claquer sa langue, il dit.

- J'ai soif.

- De quoi? dit-elle.

- De toi, dit-il.

- Il est joli homme, dit la coquassière à la dame. Faisons-le entrer, & qu'il nous conte ses aventures.

L'histoire de Till (Till Eulenspiegel, en allemand, Tijl Uilenspiegel en néerlandais, ou Thyl Ulenspiegel) fut publiée pour la première fois en 1510-1511 anonymement.

Espiègle et espièglerie sont des mots qui viennent du nom de ce personnage, facétieux, roublard, capable de toutes les fantaisies, et attachant, fidèle qu'il est en amour comme en amitié.

On peut lire Les Aventures de Til Ulespiègle (1519) dans Wikisource. La traduction est de Pierre Jannet (1820-1870)

 

Voici un extrait de l'AVERTISSEMENT DU TRADUCTEUR

Qu’est-ce donc que ce livre, qui a été accueilli avec tant de faveur par la plupart des nations de l’Europe ? C’est un recueil d’histoires plus ou moins plaisantes, plus ou moins bien racontées. Il y a des espiègleries dans le sens que nous attachons à ce mot, c’est-à-dire des malices innocentes et qui font rire ; mais on y trouve aussi des tours pendables, des actes inspirés par une méchanceté naturelle et gratuite, qui n’excitent pas la moindre gaîté. Ajoutons que les récits les plus grossièrement orduriers y tiennent une large place.

Enfin, l’Allemagne, la Flandre et la Pologne se disputent l’honneur de lui avoir donné le jour.

En 1956, le film Les Aventures de Till l'Espiègle fut coréalisé par Joris Ivens et Gérard Philipe qui joua le rôle de Till.

Voir sur la toile :

Images correspondant à till l espiègle

 

FLORILÈGE - LA PENSÉE DES AUTRES (titres des textes)

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Amoureuse des mots, je cherche comment faire partager ma passion. Il y a tant à découvrir dans les bibliothèques du monde, tant de mots à connaître intimement pour affiner notre pensée, tant de mots qu'on n'entend plus sur nos lèvres, enfermés qu'ils sont dans des livres poussiéreux. Il ne tient qu'à nous de les faire revivre et de les faire chanter. Notre langue, si belle, si riche, demande qu'on la respecte, qu'on la préserve, qu'on s'en amuse et qu'on la chérisse. Mamiehiou ............................................................................................................................................................................................ ...................................;....................................................................... « La langue française est une femme. Et cette femme est si belle, si fière, si modeste, si hardie, touchante, voluptueuse, chaste, noble, familière, folle, sage, qu'on l'aime de toute son âme, et qu'on n'est jamais tenté de lui être infidèle. » Anatole France ....................................................... ............... ................................................................................................................. « C'est une langue bien difficile que le français. À peine écrit-on depuis quarante-cinq ans qu'on commence à s'en apercevoir. » Colette

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