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10 mai 2014 6 10 /05 /mai /2014 09:50

FLORILÈGE

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Un florilège de textes sélectionnés par mamiehiou

                                                                                                                     

 

-36-

 

 Rabelais 1483 (ou 1494) - 1553

Écrivain humaniste de la Renaissance

 

François Rabelais, alias Alcofribas Nasier, narre ici les vifs sentiments sans pareils qu'éprouve le grand géant Gargantua, sa douleur bien grande d'avoir perdu Badebec, son épouse tant aimée, morte en couches, à laquelle, croyait-il, immortalité appartenait de droit, et conjointement son immense joie de voir son fils Pantagruel qui vient de naître, si beau, si riant, si joli.

 

Les horribles et espoventables
faictz et prouesses du très renommé
Pantagruel, roy des Dipsodes,
filz du grand géant Gargantua ,
Composez nouvellement
par Maistre
Alcofrybas
Nasier.

Note - Lire :

ne, né (il n'y avait pas d'accent à l'époque de Rabelais)

ie, je – iamais, jamais

tant ioyeux, si joyeux

dung couste, d'un coup

dung coste, d'un côté

 ung Millan prins au lasset, un milan pris au lacet (au piège)

 dueil, deuil

Du dueil que mena Gargantua de la mort de sa femme Badebec

Chapitre III [extrait]

Quand Pantagruel fut ne, qui fut bien esbahy et perplex ce fut Gargantua son pere : car voyant dung couste sa femme Badebec morte et de laultre son fils Pantagruel ne, tant beau et grand, il ne scavoit que dire ny que faire. Et le doubte qui troubloit son entendement estoit, assavoir mon sil debvoit pleurer pour le deuil de sa femme, ou rire pour la ioye de son fils ? Dung coste et daultre il avoit dargumens sophisticques qui le suffocquoient : car il les faisoit tresbien in modo et figura, mais il ne les pouvoit souldre. Et par ce moyen demouroit empestre comme ung Millan prins au lasset. Pleureray ie, disoit il ? Ouy : car pourquoy ? Ma tant bonne femme est morte, qui estoit la plus cecy et cela qui fut au monde. Jamais ie ne la verray, iamais ie nen recouvreray une telle : ce mest une perte inestimable. O mon dieu, que te avoys ie faict pour ainsi me punir ? que ne menvoyas tu la mort a moy premier qua elle ? car vivre sans elle ne mest que languir ? Ha Badebec ma mignonne, ma mye, mon petit con (toutefois elle en avoyt bien trois arpens et deux sexterees) ma tendrette, ma braguette, ma savatte, ma pantoufle iamais ie ne te verray. Ha faulce mort tant tu me es malivole, tant tu me es oultrageuse de me tollir celle a laquelle immortalite appartenoit de droict. Et ce disant pleuroit comme une vache : mais tout soubdain ryoit comme ung veau, quand Pantagruel luy venoit en memoire. Ho mon petit fils, disoit il : mon couillon, mon peton, que tu es ioly : et tant ie suis tenu a dieu de ce quil me a donne ung si beau fils tant ioyeux, tant ryant, tant ioly. Hohohoho que ie suis ayse, beuvons ho laissons toute melancholie, apporte du meilleur, rince les verres, boutte la nappe, chasse les chiens, souffle ce feu, allume ceste chandelle, ferme ceste porte, envoyez ces pauvres, tiens ma robbe, que ie me mette en pourpoint pour mieulx festoyer les comeres. Et en ce disant il ouyt la letanie et les mementos des prebstres qui portoient sa femme en terre : dont laissa son bon propos et tout soubdain fut ravi ailleurs : disant, Jesus faut il que ie me contriste encores, cela me fasche, le temps est dangereux, ie pourray prendre quelque fiebvre, voy me la affolle. Foy de gentilhomme il vault mieulx pleurer moins, et boire davantaige. Ma femme est morte, et bien : par dieu ie ne la ressusciteray pas par mes pleurs : elle est bien, elle est en paradis pour le moins si mieulx ne est : elle prie dieu pour nous, elle est bien heureuse, elle ne se soucie plus de nos miseres et calamitez, autant nous en pend à lœil : dieu gard le demourant, il me faut penser den trouver une aultre. Mais voicy que vous ferez, dist il es saiges femmes : allez vous en a lenterrement delle, et ce pendant ie berceray icy mon fils : car ie me sens bien fort altere : et seroys en dangier de tomber malade, mais beuvez quelque peu devant : car vous vous en trouverez bien, et men croyez sur mon honneur. A quoy obtemperant allerent a lenterrement et funerailles : et le pauvre Gargantua demoura a lhostel : mais ce pendant il fist lepitaphe pour estre engrave en la maniere que sensuyt.

Elle en mourut la noble Badebec
Du mal denfant, qui tant me sembloit nice :
Car elle avoit visaige de rebec,
Corps despaignole, et ventre de souyce.
Priez a dieu, qua elle soit propice,
Luy pardonnant sen riens oultrepassa :
Cy gist son corps
au quel vesquit sans vice,
Et mourut lan et iour que trespassa.

Pantagruel/Édition Nourry, 1530

A lire sur Wikisource :

http://fr.wikisource.org/wiki/Pantagruel/%C3%89dition_Nourry,_1530

 

Pour retrouver un mot ancien dans le dictionnaire Godefroy

Dictionnaire Godefroy

http://micmap.org/dicfro/search/dictionnaire-godefroy/

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Les pseudonymes anagrammes de François Rabelais : Alcofribas Nasier et Séraphin Calobarsy.

QUIZ 19 1re partie Ces écrivains et ces écrivaines dont on ne connaît parfois que les pseudonymes

Pourquoi écrivait-on ainsi à l'époque de Rabelais ? Lire le § 5 de l'article > Mais pourquoi la langue française est-elle si compliquée ?

Anagrammes - Virgo serena, pia, munda et immaculata

134 Délires d'Oli et de Lio + L'anagramme

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Amoureuse des mots, je cherche comment faire partager ma passion. Il y a tant à découvrir dans les bibliothèques du monde, tant de mots à connaître intimement pour affiner notre pensée, tant de mots qu'on n'entend plus sur nos lèvres, enfermés qu'ils sont dans des livres poussiéreux. Il ne tient qu'à nous de les faire revivre et de les faire chanter. Notre langue, si belle, si riche, demande qu'on la respecte, qu'on la préserve, qu'on s'en amuse et qu'on la chérisse. Mamiehiou ............................................................................................................................................................................................ ...................................;....................................................................... « La langue française est une femme. Et cette femme est si belle, si fière, si modeste, si hardie, touchante, voluptueuse, chaste, noble, familière, folle, sage, qu'on l'aime de toute son âme, et qu'on n'est jamais tenté de lui être infidèle. » Anatole France ....................................................... ............... ................................................................................................................. « C'est une langue bien difficile que le français. À peine écrit-on depuis quarante-cinq ans qu'on commence à s'en apercevoir. » Colette

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