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25 janvier 2015 7 25 /01 /janvier /2015 18:13

 

 

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Lorsque je réapparus à l'air libre, mon Prétatou était là, si heureux de me revoir que sa queue se mit à lui battre les flancs comme baguettes de tambour. Plût à Dieu que personne ne l'entendît ! Son poil étant touffu et frisé, aucun son n'en sortit. Je le calmai d'une caresse opportune. Il ne m'en sut pas mauvais gré dès lors que je l'ouïs ronronner de contentement.

« Chère Oli, » susurra-t-il, suffisamment distinctement pour que je pusse l'entendre, « j'ai bien cru que je t'avais perdue. Ce grand trou ne me dit rien qui vaille et pour rien au monde je n'y avancerais une patte. Quand cesseras-tu donc de te mettre en danger ? Que ferais-je sans toi s'il t'arrivait malheur ? Où courrais-je pour trouver une compagne qui te ressemble ? »

Je l'interrompis séance tenante.

« Chacun à sa place, Prétatou ! Je ne suis point ta compagne, sache-le, mais ta maîtresse. Cesse tes jérémiades. Je n'en ai cure. »

Il se mit à gémir de plus belle pour m'attendrir ; mais sa geinte ne m'émut guère.

Il fallut faire diversion.

« Je meurs de faim », essayai-je. « Je me suis laissé dire que toi aussi. »

Je le vis perdre un filet de salive à dégouline que veux-tu.

Il n'était plus temps d'hésitailler.

« Allons ! Pressons, mon chien, avant que l'heure du dîner ne passe. Marie Cratère dénichera bien quelque chose pour rétablir nos forces. »

Mais nous nous étions bien éloignés de la cabane de Marie et le retour promettait d'être long. Notre chemin ventoyait parmi les fûts qui se dressaient devant nous, à chaque pas, comme s'ils s'étaient donné le mot pour entraver notre course, et nous zigzaguions, trébuchant sans y prendre garde sur les racines et les bois morts qui la rendaient plus difficile encore.

Bientôt, la forêt s'obscurcissant, des cris d'animaux nous accompagnèrent. Un cerf réa ; des chats-huants huèrent en se répondant de la cime des arbres ; une troupe de grands paons, fatigués d'avoir trop longtemps fait vibrer leurs plumes tectrices pour attirer la paonne, braillèrent, avant de se jucher sur leur arbre pour la nuit ; un ours grogna : était-ce Lokis ?

Nous ne parvînmes à notre but qu'à potron-minet.

« Mais où étais-tu donc si longtemps disparue, Oli ? » semonça Marie Cratère.

Je ne lui répondis pas. J'étais libre, après tout, de faire ce que bon me semblait.


Notes

Plût à Dieu que que personne ne l'entendît !

LittréPLAIRE - Plaise à Dieu, plût à Dieu que... ! formules de souhait. Plaise à Dieu qu'il en soit ainsi ! Plût aux dieux que mon cœur fût innocent comme elles [comme mes mains] ! [Racine,Phèdre, I, 3] Plût à Dieu que l'histoire parlât davantage des hommes de génie, et moins de la méchanceté ou de l'imbécillité puissante, si ce n'est pour faire abhorrer l'une et mépriser l'autre ! [ D'Alembert, Éloges]


Cesse tes jérémiades.

Jérémiade vient du nom du Prophète Jérémie ; allusion à ses lamentations.

 

Il ne m'en sut pas mauvais gré dès lors que je l'entendis ronronner de contentement.

Savoir gré, savoir bon gré, savoir mauvais gré.

Dès lors que, puisque.

 

pour que je pusse l'entendre

pusse, subjonctif imparfait de pouvoir après la locution conjonctive de but > Pour que

> Ne pas confondre : je peux, je puis, je pus, je puisse, je pusse - puis-je, puissé-je ou puissè-je..

 

Où courrais-je pour trouver une compagne qui te ressemble?

Où irais-je ?

Je courrais, conditionnel présent (2r) - je courais indicatif imparfait (1r)
 

sa geinte ne m'émut guère

Geinte substantif féminin rare - verbe geindre, synonyme gémir.
 

Il n'était plus temps d'hésitailler.

Hésitailler, familier pour hésiter.
 

Je me suis laissé dire que toi aussi

laissé, participe passé invariable lorsqu'il est suivi d'un infinitif.

L'accord problématique des participes passés FAIT et LAISSÉ - Ils se sont fait ou faits / Elle s'est fait ou faite / Ils se sont laissé ou laissés...
 

à dégouline que veux-tu (locution), sans arrêt, abondamment.
 

Notre chemin ventoyait parmi les fûts

Ventoyer, suivre une trace sinueuse

 

comme s'ils s'étaient donné le mot

Le participe passé ne s'accorde pas parce que le complément d'objet direct est un substantif masculin placé après lui

> Qu'est-ce qu'un verbe pronominal réfléchi, réciproque, subjectif... ? + QUIZ 32 Accord du participe passé des verbes pronominaux
 

les plumes tectices

Cf. Wikipédia Les tectrices sont des plumes courtes de couverture.
 

était-ce Lokis ?
Épisodes où Oli rencontre l'ours Lokis :

150 Délires ursins

170 Délires sur une rencontre imprévue, si ce n'est qu'elle était inespérable

171 Délires manifestés lors de touchantes retrouvailles

 

Nous ne parvînmes à notre but qu'à potron-minet.

Nous vînmes, nous parvînmes, passé simple

 

25 janvier 2015

 

 

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Lorsque je réapparus à l'air libre, mon Prétatou était là, si heureux de me revoir que sa queue se mit à lui battre les flancs comme baguettes de tambour. Plût à Dieu que personne ne l'entendît ! Son poil étant touffu et frisé, aucun son n'en sortit. Je le calmai d'une caresse opportune. Il ne m'en sut pas mauvais gré dès lors que je l'ouïs ronronner de contentement.

« Chère Oli, » susurra-t-il, suffisamment distinctement pour que je pusse l'entendre, « j'ai bien cru que je t'avais perdue. Ce grand trou ne me dit rien qui vaille et pour rien au monde je n'y avancerais une patte. Quand cesseras-tu donc de te mettre en danger ? Que ferais-je sans toi s'il t'arrivait malheur ? Où courrais-je pour trouver une compagne qui te ressemble ? »

Je l'interrompis séance tenante.

« Chacun à sa place, Prétatou ! Je ne suis point ta compagne, sache-le, mais ta maîtresse. Cesse tes jérémiades. Je n'en ai cure. »

Il se mit à gémir de plus belle pour m'attendrir ; mais sa geinte ne m'émut guère.

Il fallut faire diversion.

« Je meurs de faim », essayai-je. « Je me suis laissé dire que toi aussi. »

Je le vis perdre un filet de salive à dégouline que veux-tu.

Il n'était plus temps d'hésitailler.

« Allons ! Pressons, mon chien, avant que l'heure du dîner ne passe. Marie Cratère dénichera bien quelque chose pour rétablir nos forces. »

Mais nous nous étions bien éloignés de la cabane de Marie et le retour promettait d'être long. Notre chemin ventoyait parmi les fûts qui se dressaient devant nous, à chaque pas, comme s'ils s'étaient donné le mot pour entraver notre course, et nous zigzaguions, trébuchant sans y prendre garde sur les racines et les bois morts qui la rendaient plus difficile encore.

Bientôt, la forêt s'obscurcissant, des cris d'animaux nous accompagnèrent. Un cerf réa ; des chats-huants huèrent en se répondant de la cime des arbres ; une troupe de grands paons, fatigués d'avoir trop longtemps fait vibrer leurs plumes tectrices pour attirer la paonne, braillèrent, avant de se jucher sur leur arbre pour la nuit ; un ours grogna : était-ce Lokis ?

Nous ne parvînmes à notre but qu'à potron-minet.

« Mais où étais-tu donc si longtemps disparue, Oli ? » semonça Marie Cratère.

Je ne lui répondis pas. J'étais libre, après tout, de faire ce que bon me semblait.


Notes

Plût à Dieu que que personne ne l'entendît !

LittréPLAIRE - Plaise à Dieu, plût à Dieu que... ! formules de souhait. Plaise à Dieu qu'il en soit ainsi ! Plût aux dieux que mon cœur fût innocent comme elles [comme mes mains] ! [Racine,Phèdre, I, 3] Plût à Dieu que l'histoire parlât davantage des hommes de génie, et moins de la méchanceté ou de l'imbécillité puissante, si ce n'est pour faire abhorrer l'une et mépriser l'autre ! [ D'Alembert, Éloges]


Cesse tes jérémiades.

Jérémiade vient du nom du Prophète Jérémie ; allusion à ses lamentations.

 

Il ne m'en sut pas mauvais gré dès lors que je l'entendis ronronner de contentement.

Savoir gré, savoir bon gré, savoir mauvais gré.

Dès lors que, puisque.

 

pour que je pusse l'entendre

pusse, subjonctif imparfait de pouvoir après la locution conjonctive de but > Pour que

> Ne pas confondre : je peux, je puis, je pus, je puisse, je pusse - puis-je, puissé-je ou puissè-je..

 

Où courrais-je pour trouver une compagne qui te ressemble?

Où irais-je ?

Je courrais, conditionnel présent (2r) - je courais indicatif imparfait (1r)
 

sa geinte ne m'émut guère

Geinte substantif féminin rare - verbe geindre, synonyme gémir.
 

Il n'était plus temps d'hésitailler.

Hésitailler, familier pour hésiter.
 

Je me suis laissé dire que toi aussi

laissé, participe passé invariable lorsqu'il est suivi d'un infinitif.

L'accord problématique des participes passés FAIT et LAISSÉ - Ils se sont fait ou faits / Elle s'est fait ou faite / Ils se sont laissé ou laissés...
 

à dégouline que veux-tu (locution), sans arrêt, abondamment.
 

Notre chemin ventoyait parmi les fûts

Ventoyer, suivre une trace sinueuse

 

comme s'ils s'étaient donné le mot

Le participe passé ne s'accorde pas parce que le complément d'objet direct est un substantif masculin placé après lui

> Qu'est-ce qu'un verbe pronominal réfléchi, réciproque, subjectif... ? + QUIZ 32 Accord du participe passé des verbes pronominaux
 

les plumes tectices

Cf. Wikipédia Les tectrices sont des plumes courtes de couverture.
 

était-ce Lokis ?
Épisodes où Oli rencontre l'ours Lokis :

150 Délires ursins

170 Délires sur une rencontre imprévue, si ce n'est qu'elle était inespérable

171 Délires manifestés lors de touchantes retrouvailles

 

Nous ne parvînmes à notre but qu'à potron-minet.

Nous vînmes, nous parvînmes, passé simple

> Les verbes difficiles conjugués à l'indicatif présent, au passé simple, au subjonctif présent et au subjonctif imparfait

à potron-minet (chat) ou à potron-jaquet (jacquet, écureuil)

de très bonne heure, à l'aube.

On dit aussi : dès potron-minet

on trouve dès potron-minette.

 

Mais où étais-tu si longtemps disparue ?

> Vous hésitez entre l'auxiliaire être et l'auxiliaire avoir ?

 

<< 175 Délires abyssaux « Plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel, qu'importe ? Au fond de l'Inconnu pour trouver du nouveau ! »

>> 177 Délires édifiants

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Published by mamiehiou.over-blog.com - dans LES DELIRES
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commentaires

Claudine Cottencin 08/02/2015 20:24

Bonsoir Mamiehiou,

Je me suis régalée à lire ce texte.
Nous sommes dans un français que j'aime et je suis ravie de le découvrir cet écrit qui me laisse sous le charme de notre belle langue, quand elle est bien employée.

Merci à vous pour cette magnifique découverte.
Une belle soirée dominicale pour vous et les vôtres.
Amicales pensées,

Claudine

mamiehiou.over-blog.com 09/02/2015 10:40

Merci Claudine.
Comme je m'amuse à écrire mes Délires !

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  • J'aime trop les mots pour les garder par-devers moi - au fond de mon coeur et de mon esprit. Ils débordent de mes pensées en contes drolatiques, avec des quiz et des digressions sur la langue.
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Mon blog

Amoureuse des mots, je cherche comment faire partager ma passion. Il y a tant à découvrir dans les bibliothèques du monde, tant de mots à connaître intimement pour affiner notre pensée, tant de mots qu'on n'entend plus sur nos lèvres, enfermés qu'ils sont dans des livres poussiéreux. Il ne tient qu'à nous de les faire revivre et de les faire chanter. Notre langue, si belle, si riche, demande qu'on la respecte, qu'on la préserve, qu'on s'en amuse et qu'on la chérisse. Mamiehiou ............................................................................................................................................................................................ ...................................;....................................................................... « La langue française est une femme. Et cette femme est si belle, si fière, si modeste, si hardie, touchante, voluptueuse, chaste, noble, familière, folle, sage, qu'on l'aime de toute son âme, et qu'on n'est jamais tenté de lui être infidèle. » Anatole France ....................................................... ............... ................................................................................................................. « C'est une langue bien difficile que le français. À peine écrit-on depuis quarante-cinq ans qu'on commence à s'en apercevoir. » Colette

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