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11 janvier 2015 7 11 /01 /janvier /2015 08:18

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CONTES, NOUVELLES, RECITS ET POÉSIES DE MAMIEHIOU

 

Je suis arrivée aux urgences à 11 heures, le 16 décembre 2014, pour insuffisance respiratoire avec suspicion d'embolie pulmonaire. Bien que j'aie suivi scrupuleusement les conseils de mon médecin qui m'avait donné un traitement de fond pour me soulager de mon asthme, rien n'y avait fait et voilà deux mois que je souffrais le martyre. Mon cas s'aggravait. Ma fille, toujours maternelle, a pris le taureau par les cornes et m'a donc amenée aux urgences sur le conseil de mon médecin qui n'en pouvait mais.

 

Les urgences sont débordées. Beaucoup de malades et d'accidentés sont là, qui dans les box, qui le long du couloir, et cela des deux côtés où les brancards sont alignés, à la queue leu leu.

Mais avant qu'on m'y trouve une place j'ai dû être examinée.

 

Appliqué et attentif, un jeune externe, brun et de belle allure, frais émoulu de la fac de médecine, s'est enquis de mon état ; il m'a, comme il se doit, écouté le coeur et les poumons, vérifié mes réflexes d'extension au coude et au genou et posé les questions adéquates sur mes maladies antérieures.

Comme il m'est arrivé plus d'une fois de hanter les hôpitaux, j'ai établi un petit dossier tout prêt pour faciliter les choses aux médecins chargés de ma personne : il est constitué du résultat de mes dernières analyses de sang, de mes dernières ordonnances et d'une grande page intitulée 'BILAN DE SANTÉ" qui récapitule les grandes lignes des tribulations de mon organisme tout au long de ma vie accidents et maladies diverses bien classées par années et accompagnées du nom des médecins et des chirurgiens qui se sont occupés à vouloir me guérir. En un tournemain, on connaît tout de moi sans avoir à consulter les innombrables dossiers qui doivent encombrer les étagères des archives de l'hôpital.

Très pratique Qu'on se le dise !

Ainsi donc, le bientôt Docteur, après s'être forgé une idée de mon état, me voyant et m'entendant tousser à perdre haleine, me fait emmener dans le local des urgences, là où tout peut arriver.

 

Pas de box libre pour moi. On m'installe m'installer, c'est beaucoup dire on me place, au début de la rangée des brancards, à gauche du couloir, près de l'entrée. À quelques mètres devant moi, une sorte de comptoir d'environ un mètre cinquante de hauteur, me sépare de l'espace où s'affaire la gent hippocratique, tout occupée à n'avoir d'un seul dessein : soigner, sauver.

Je suis comme au théâtre. Je vais voir se dérouler devant moi, et cela pendant plus d'un jour entier, toute une série d'événements inattendus qui vont me distraire de mon mal. Distraire, le mot n'est pas trop fort. À ne pas confondre avec divertir, évidemment.

 

Comme il m'est interdit de me lever, à cause du risque d'embolie pulmonaire, au cas où un caillot de sang malvenu prendrait l'idée d'aller se promener dans des organes vitaux comme le coeur ou le cerveau Qu'adviendrait-il alors de moi ? Quelle horreur ! je tâche de prendre mon mal en patience. Mais le confort n'est pas le fort du brancard recouvert d'un plastique noir glissant, et je me sens glisser malgré le drap sur lequel je suis étendue. Je ne puis rien faire pour me remonter et des infirmières compatissantes viendront par moments me tirer le drap par le haut pour me rétablir dans ma position première.

 

Je découvre là une hiérarchie bien ordonnée, les uns donnant des ordres, les autres les exécutant. Derrière le comptoir, sont alignés des ordinateurs où pianotent les médecins. J'aperçois, qui dépassent, les têtes des officiants.

De mon point d'observation, je ne vois que leurs visages éclairés, avec leurs chevelures brunes ou blondes qui s'agitent lorsque vient discuter un confrère ou une infirmière ou un autre encore. Je n'entends pas, d'où je suis, leurs conversations mais rien n'échappe à ma vue, le temps qu'il m'est donné de ne pas m'époumoner en des quintes incoercibles.

La bonne humeur semble régner dans ce microcosme médical qui m'est étranger et l'on y rit souvent  tout bas, il va sans dire pour pouvoir, je le suppose, supporter le pire.

En voilà un qui prend une infirmière à bras le corps et la soulève ; elle pouffe et s'empêche de crier trop fort.

Vont et viennent les infirmières et les infirmiers, les brancardiers, les aides-soignantes et les aides-soignants, les médecins parfois. Ils circulent sans perdre un instant, absorbés qu'ils sont dans leurs pensées, longeant le couloir, entrant et sortant des box, chacun à son rythme.

Il y a cette petite souris qui file toujours comme l'éclair, sans jeter un regard à quiconque ; et celle-là, une brunette comme Blanche Neige qui me lance un sourire en passant ; cette autre, qui se dandine, forte de sa tâche à accomplir, et qui avance, les bras presque tendus devant elle brandissant des documents comme si elle voulait occuper plus d'espace que les autres et montrer l'importance de sa fonction : "Moi, je fais mon travail !" m'a-t-elle dit en guise de réponse à une question que je lui ai posée, et elle ne m'a plus jamais adressé un seul regard ; et il y en a aussi beaucoup d'autres, toutes gentilles et aimables, parmi elles, deux jolies blondes que j'ai confondues longtemps.

Des heures durant je les vois aller et venir sans cesse.

 

Les pompiers viennent plusieurs fois pour amener des personnes en difficulté. Les ayant confiées aux soignants, ils montrent une jovialité étonnante ; ils saluent, serrent les mains, et disparaissent quelques instants dans une pièce du fond où l'on se réunit parfois, et où se trouve, je le suppose, toute la panoplie médicale. Ces soldats du feu et d'autres désastres en ressortent, requinqués par quelques minutes de convivialité et ils retournent courageusement à leur devoir ; ou bien une sirène retentit qui les appelle et les voilà qui courent vers la sortie avec la vitesse du vent.

 

Le jeune homme qui m'a accueillie et examinée à mon arrivée est toujours là derrière le comptoir et je me demande, depuis des heures, ce qu'il a tant à écrire sur son l'ordinateur. J'interroge un infirmier qui passe et me répond : "Il reste ici vingt heures d'affilée. Ah mon Dieu, m'exclamé-je, eh bien, il doit être frais à la sortie !"

 

Je vois peu les malades et les accidentés qui, dès qu'ils arrivent sont emmenés hors de ma vue ou bien ils sont placés derrière moi en enfilade. J'entends des phrases qu'on prononce de toutes parts, tout au moins quelques bribes.

J'ai pris ces quelques notes sur le vif.

On se penche sur un nouvel arrivant : "Regardez, de la mousse sort de sa bouche, il s'est drogué..."

On essaie de réveiller quelqu'un qui dort profondément :"Réveillez-vous ! Réveillez-vous !" On lui donne des tapes sur la figure. Rien n'y fait. On lui prend les deux bras et on les agite au-dessus de sa tête. "Réveillez-vous !"...

Et toujours des exclamations qui fusent de toutes parts :

"Ah, vous n'avez pas le droit de partir !"

"Vous allez bientôt changer de service."

"Asseyez-vous là ! Faut s'asseoir ! Asseyez-vous !"

"Il ne faut pas manger pour l'instant, c'est pas possible."

"Restez allongé ! Ne bougez pas ! Restez allongé ! Ne bougez pas ! Ne bougez pas !

"Vous poussez les fesses !"

"Qui a fait votre ordonnance ? Quel est votre docteur ?"

"Je vais chercher les sacs."

"Vous avez eu votre repas ?"

"C'est ici qu'il faut faire pipi !"

"Qu'est-ce que vous avez fait ? Vous avez tout tiré !"

"Attendez le scanner !"

 

La nuit est longue, nuit blanche.

Au bout de quelques heures, on me signale qu'un box s'est libéré. Est-ce que je veux bien y aller ? Ah non. Que ferais-je toute seule enfermée dans un si petit espace ? Avec ma toux et mes insomnies. Je mourrais d'ennui. Je préfère rester à ma place favorite.

Mais il faut bien aller faire pipi. Alors on m'emmène quelques minutes dans un box à l'abri des regards et on me passe le bassin. Évidemment, interdiction de me lever. Mais, que vois-je lorsque je ressors : on m'a pris ma place ; et l'on me met tout au fond du couloir d'où je ne vois plus rien d'intéressant. J'en pleurerais. Je zieute si l'on déplace la personne qui m'a privée bien involontairement de ma première loge, si l'on peut dire. Je n'attends pas longtemps. Je hèle discrètement un infirmier qui me remet à ma bonne place. Ouf !

 

Le médecin qui est soi-disant responsable de ma personne ne s'est pas déplacé pour venir me voir. Je ne sais pas encore qui il est. J'attends. Je tousse. Une infirmière vient pour me donner des antibiotiques. L'analyse de sang qu'on m'a faite a dû révéler que j'héberge quelques millions de bactéries. On m'a prescrit de l'Augmentin. Je connais cet antibiotique qui me donne des coliques sévères. Je demande à mon aimable soignante si je pourrais avoir un autre antibiotique qui soit aussi efficace et qui me rende moins malade. Elle va s'enquérir de la chose et elle revient : "Le docteur a dit que si vous n'étiez pas contente vous pourriez rentrer chez vous." Je n'en reviens pas. Je lui demande quel est ce docteur si aimable qui s'occupe de moi. Elle me le montre. Il est derrière le comptoir ; son petit minois ne daigne pas lever les yeux pour regarder ma réaction. Il est très jeune et doit faire ses premières armes.

Je ne cesse de m'étouffer et mes quintes sont pénibles. J'entends quelqu'un qui gronde : "Mais arrêtez donc de tousser ! Plus vous toussez et plus vous allez tousser !" C'est lui ! C'est mon médecin discourtois qui, goujatement, réitère. Je ne dis rien, rien encore.

Une petite demi-heure plus tard, une quinte terrible m'assaille de nouveau.

"Arrêtez !" crie mon énervé de toubib.

Je m'écrie, n'y tenant plus : "Vous devriez réviser votre cours sur les réflexes !"

On entendrait alors une mouche voler.

Je le vois un peu plus tard qui avance vers moi dans le couloir : "Vous boudez ?" me demande-t-il. Je lui réponds : "Ce n'est pas mon genre !"

Quelques instants après, plusieurs infirmières s'approchent de moi. L'une d'entre elles me dit : "Vous l'avez bien eu !" Je lui réponds : "Je crois qu'il est un peu bête."

Sachez que vous ne le retrouverez pas aux urgences, il s'en est allé sous d'autres cieux, m'a-t-on dit.

 

Le lendemain de mon arrivée, on m'informe qu'on va m'envoyer dans le service de pneumologie pour y être soignée. J'attends jusqu'à 17 heures. C'est long. On a oublié de me donner à manger. Je réclame.

Je resterai en Pneumo B vingt jours. Les soignants de ce service sont au top. En plus de leur compétence et de leur rigueur, ils distribuent généreusement leur gentillesse et leurs sourires.

Et quelle gaieté pour Noël ! Je les remercie de tout coeur.

Je suis heureuse de vivre en France, mon pays que j'aime tant. Non que je croie que tout soit parfait chez nous, mais il est des valeurs que le monde entier nous envie.

Être malade en France, c'est être assuré d'être mis entre de bonnes mains, et de recevoir les meilleurs soins, financés par la solidarité nationale.

 

J'aime la France pour sa générosité et pour la volonté qu'elle a eue, qu'elle a et qu'elle aura toujours de défendre la liberté.

Nul doute qu'elle parviendra un jour à rayer de sa carte les pauvres malheureux qui n'ont pas de toit. C'est un chantier qu'il lui faut mettre en oeuvre parce qu'il y a urgence.

Il y a urgence depuis trop longtemps, messieurs les princes qui nous gouvernent !

 

"Nous vivons dans un monde d'impostures.

Est-ce qu'il est normal qu'il y ait des gens très riches

et d'autres qui meurent de faim ?"

Jean d'Ormesson (lors d'une interview à la télévision)

 

Les politiques qui vont visiter les pauvres sans domicile,

pour Noël, dans les lieux d'accueil, n'ont-ils pas honte ?

Moi

 

Le titre de l'article :

Clin d'oeil à "Vingt-quatre heures de la vie d'une femme",

une nouvelle de Stefan Zweig, un écrivain que j'aime.

 

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Published by mamiehiou.over-blog.com - dans contes-nouvelles-poèmes
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Claudine Cottencin 14/01/2015 19:23

Bonsoir Mamiehiou,

En vous lisant, je constate que partout le problème des urgences est un problème énorme,
pour y avoir été confrontée souvent, pas pour moi, mais pour mon mari ...
C'est malheureusement un récit qui n'est que trop réel et tristement "banal,
le manque de personnel en permanence ; et ces attentes interminables
il faut que l'urgence des urgences ne soi pas un vain mot, et prenne tout son sens.

Je profite de cet espace, pour vous présenter mes voeux les meilleurs pour vous et ceux que vous aimez.
Que cette année soit belle et riche de partage et d'entente et ressemble à la France que j'aime.

Mes meilleures et amicales pensées vers vous,
bien à vous

Claudine

mamiehiou 14/01/2015 19:39

Bonsoir Claudine,
Merci pour votre témoignage, et aussi pour votre fidélité à mon blog.
Je vous souhaite le meilleur pour 2015 à vous et à votre famille.
Amicalement
Mamiehiou

C@t 11/01/2015 14:04

J'espère que vous êtes guérie. Eh oui débordés, c'est le mot d'ordre dans les hôpitaux...
La dernière fois que je suis allée aux urgences, c'était le veille de mon anniversaire (!). Tout de go, j'ai dit à la personne derrière le comptoir : "j'ai un cancer, (aujourd'hui je suis en rémission) et une hémorragie annale", cela m'a permis d'aller dans un box, où j'ai attendu longtemps, mais je préférais y être que comme vous aux premières "loges", je n'étais pas non plus dans le même état
d'esprit. Vu mon "cas", j'ai eu la "chance" d'avoir une chambre individuelle, mais cette chambre
était en bout de couloir où les malades pouvant se déplacer venaient y faire la causette à longueur de temps ! ;-(
A l'hospitalisation précédente, j'étais au service pneumologie avec également la peur d'une embolie
suite à une phlébite bilatérale, et interdiction de ma lever, une A. S. ou une A.S.H. m'a mis sur une chaise à côté du lit un plat bassin et un rouleau neuf, pas celui que l'on a la maison mais les leurs, en me laissant entendre que je devais me débrouiller toute seule, qui plus est avec ce
rouleau bien lourd et encombrant lorsqu'on est allongée...

Je vais faire suivre votre billet à ma fille qui révise pour le concours d'aide-soignante avec l'aide de son chéri futur docteur... Il peut remercier ses aînés à qui il doit une garde comme vous l'avez dit,
elle dure très longtemps, alors qu'il est en période de révision(s ?) pour son partiel à venir.
Je suis d'accord avec vous, nous avons la chance en France de pouvoir être soignés, mais si
j'avais eu les "meilleurs soins", je ne serais pas retournée à l'hôpital pour rectoragie, durant mes 5
semaines d'hospitalisation, puis les médecins et spécialistes que j'ai vus après, pas un/ e ne m'a
dit de faire attention à mon alimentation puisque j'étais sous anticoagulant... Et malheureusement
des erreurs médicales, j'en ai eu plus d'une ! :-(

mamiehiou 11/01/2015 17:53

Est-ce que je vous connais ? J'ai l'impression, à vous lire, que vous êtes une de mes copines. Vraiment.
Je vois que vous avez eu beaucoup de problèmes. Vous vous en êtes sortie et c'est tant mieux. Je sens que vous faites preuve de beaucoup d'énergie.
Je vous souhaite le meilleur pour la nouvelle année et aussi à votre fille qui va embrasser une profession qui est bien difficile et qui va lui demander beaucoup de dévouement. Qu'elle n'oublie pas de sourire aux patients, ils guériront plus vite.
Amicalement

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Amoureuse des mots, je cherche comment faire partager ma passion. Il y a tant à découvrir dans les bibliothèques du monde, tant de mots à connaître intimement pour affiner notre pensée, tant de mots qu'on n'entend plus sur nos lèvres, enfermés qu'ils sont dans des livres poussiéreux. Il ne tient qu'à nous de les faire revivre et de les faire chanter. Notre langue, si belle, si riche, demande qu'on la respecte, qu'on la préserve, qu'on s'en amuse et qu'on la chérisse. Mamiehiou ............................................................................................................................................................................................ ...................................;....................................................................... « La langue française est une femme. Et cette femme est si belle, si fière, si modeste, si hardie, touchante, voluptueuse, chaste, noble, familière, folle, sage, qu'on l'aime de toute son âme, et qu'on n'est jamais tenté de lui être infidèle. » Anatole France ....................................................... ............... ................................................................................................................. « C'est une langue bien difficile que le français. À peine écrit-on depuis quarante-cinq ans qu'on commence à s'en apercevoir. » Colette

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