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8 février 2015 7 08 /02 /février /2015 10:53

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FLORILÈGE – Textes d'auteurs

 

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 Un florilège de textes choisis par mamiehiou

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- 40 -

 

Victor Hugo 1802-1885

poète - dramaturge - romancier - homme politique

 Talleyrand 1754-1838

Homme d'état – Diplomate français

Dans Choses vues : Talleyrand

 19 mai 1838

Rue Saint-Florentin, il y a un palais et un égout.

Le palais, qui est d’une noble, riche et morne architecture, s’est appelé longtemps : Hôtel de l’infuntado ; aujourd’hui on lit sur le fronton de sa porte principale : Hôtel Talleyrand. Pendant les quarante années qu’il a habité cette rue, l’hôte dernier de ce palais n’a peut-être jamais laissé tomber son regard sur cet égout.

C’était un personnage étrange, redouté et considérable ; il s’appelait Charles-Maurice de Périgord ; il était noble comme Machiavel, prêtre comme Gondi, défroqué comme Fouché, spirituel comme Voltaire et boiteux comme le diable. On pourrait dire que tout en lui boitait comme lui ; la noblesse, qu’il avait faite servante de la république, la prêtrise, qu’il avait traînée au Champ de Mars, puis jetée au ruisseau, le mariage, qu’il avait rompu par vingt scandales et par une séparation volontaire, l’esprit, qu’il déshonorait par la bassesse. Cet homme avait pourtant sa grandeur.

Les splendeurs des deux régimes se confondaient en lui ; il était prince du vieux royaume de France, et prince de l’empire français.

Pendant trente ans, du fond de son palais, du fond de sa pensée, il avait à peu près mené l’Europe. Il s’était laissé tutoyer par la révolution, et lui avait souri, ironiquement, il est vrai ; mais elle ne s’en était pas aperçue. Il avait approché, connu, observé, pénétré, remué, retourné, approfondi, raillé, fécondé tous les hommes de son temps, toutes les idées de son siècle, et il y avait eu dans sa vie des minutes où, tenant en sa main les quatre ou cinq fils formidables qui faisaient mouvoir l’univers civilisé, il avait pour pantin Napoléon Ier, empereur des français, roi d’Italie, protecteur de la confédération du Rhin, médiateur de la confédération suisse. Voilà à quoi jouait cet homme.

Après la révolution de Juillet, la vieille race, dont il était grand chambellan, étant tombée, il s’était retrouvé debout sur un pied et avait dit au peuple de 1830, assis, bras nus, sur un tas de pavés : Fais-moi ton ambassadeur.

Il avait reçu la dernière confession de Mirabeau et la première confidence de Thiers. Il disait lui-même qu’il était un grand poëte et qu’il avait fait une trilogie en trois dynasties : acte Ier, l’empire de Buonaparte ; acte II, la maison de Bourbon ; acte III, la maison d’Orléans.

Il avait fait tout cela dans son palais, et, dans ce palais, comme une araignée dans sa toile, il avait successivement attiré et pris héros, penseurs, grands hommes, conquérants, rois, princes, empereurs, Bonaparte, Sieyès, Mme de Staël, Chateaubriand, Benjamin Constant, Alexandre de Russie, Guillaume de Prusse, François d’Autriche, Louis XVIII, Louis-Philippe, toutes les mouches dorées et rayonnantes qui bourdonnent dans l’histoire de ces quarante dernières années. Tout cet étincelant essaim, fasciné par l’œil profond de cet homme, avait successivement passé sous cette porte sombre qui porte écrit sur son architrave : Hôtel Talleyrand.

Eh bien, avant-hier 17 mars 1838, cet homme est mort. Des médecins sont venus, et ont embaumé le cadavre. Pour cela, à la manière des Égyptiens, ils ont retiré les entrailles du ventre et le cerveau du crâne. La chose faite, après avoir transformé le prince de Talleyrand en momie et cloué cette momie dans une bière tapissée de satin blanc, ils se sont retirés, laissant sur une table la cervelle, cette cervelle qui avait pensé tant de choses, inspiré tant d’hommes, construit tant d’édifices, conduit deux révolutions, trompé vingt rois, contenu le monde.

Les médecins partis, un valet est entré, il a vu ce qu’ils avaient laissé : Tiens ! ils ont oublié cela. Qu’en faire ? Il s’est souvenu qu’il y avait un égout dans la rue, il y est allé, et a jeté ce cerveau dans cet égout.

 

Merci, Alexandre Jardin, de nous avoir donné à lire ce texte de Victor Hugo à partir d'un de vos tweets (le 7 février 2015)

A lire aussi dans ce blog le texte poignant :

VICTOR HUGO - La mort d'Honoré de Balzac - Choses vues

 

A retrouver sur Wikisource : Victor Hugo Choses vues – Talleyrand

http://fr.wikisource.org/wiki/Page:Hugo_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes,_Impr._nat.,_Choses_vues,_tome_I.djvu/47

 

 

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Published by mamiehiou.over-blog.com - dans Florilège - la pensée des autres
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commentaires

Claudine Cottencin 27/02/2015 20:37

Bonsoir Mamiehiou,

Un grand merci pour le partage de ce texte, que je lis avec bonheur,
mon auteur préféré est Victor Hugo, ce grand génie de notre littérature, et je fais une belle découverte grâce à vous,
donc merci infiniment, quelle plume !

Une belle soirée pour vous et les vôtres
avec mon amicale pensée,
bisous de Claudine

mamiehiou.over-blog.com 28/02/2015 07:58

On n'en aura jamais fini de découvrir avec bonheur les textes de Victor Hugo.
Bonne journée Claudine !

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Amoureuse des mots, je cherche comment faire partager ma passion. Il y a tant à découvrir dans les bibliothèques du monde, tant de mots à connaître intimement pour affiner notre pensée, tant de mots qu'on n'entend plus sur nos lèvres, enfermés qu'ils sont dans des livres poussiéreux. Il ne tient qu'à nous de les faire revivre et de les faire chanter. Notre langue, si belle, si riche, demande qu'on la respecte, qu'on la préserve, qu'on s'en amuse et qu'on la chérisse. Mamiehiou ............................................................................................................................................................................................ ...................................;....................................................................... « La langue française est une femme. Et cette femme est si belle, si fière, si modeste, si hardie, touchante, voluptueuse, chaste, noble, familière, folle, sage, qu'on l'aime de toute son âme, et qu'on n'est jamais tenté de lui être infidèle. » Anatole France ....................................................... ............... ................................................................................................................. « C'est une langue bien difficile que le français. À peine écrit-on depuis quarante-cinq ans qu'on commence à s'en apercevoir. » Colette

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