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14 juin 2015 7 14 /06 /juin /2015 17:23

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Il me fallait bien m'approcher d'Alcmène et manifester ma présence. Je tendis le bras et lui effleurai doucement l'épaule. Elle se retourna prestement comme mue sous l'effet d'une décharge électrique.

"Est-ce toi, susurra-t-elle, est-ce toi ?"

Elle écarquillait les yeux à les faire jaillir de leur orbite. Je l'exhortai ex abrupto de garder son calme et de ne rien laisser paraître. Comme elle semblait près de s'évanouir, je dus la soutenir de crainte qu'elle ne s'effondrât de stupeur.

"Je t'ai retrouvée, ma chère Alcmène", lui glissai-je tendrement à l'oreille. "je t'ai retrouvée, enfin !"

Reprenant peu à peu ses esprits, elle en vint à déplorer que je fusse, comme elle, tombée dans les griffes scélérates qui l'avaient condamnée à une mort certaine.

"Ainsi, tu en as réchappée... tu en as réchappée.", hoqueta-t-elle. "Prends garde qu'on ne te découvre. Ils auraient tôt fait de t'occire, ma chère Oli ; oh, ma chère Oli, ma compagne d'infortune."

 

Comme je m'étais grimée à l'excès pour ressembler au mieux à une gueuse en guenilles, je ne doutais pas qu'on fût incapable de me débusquer. Je m'étais bien cochonnément vêtue et m'étais peinte habilement sur le corps des pustules qui seraient passées pour un pouillotement. Ainsi faite, j'étais assurée que nul n'allait tenter de m'aborder.

Nous avions repris notre déambulation, et conversions tout bas.

Qu'était-il advenu d'Amphi ? Il n'avait pas survécu à l'infâme traitement qu'on lui avait fait subir.

Je n'osais interroger Alcmène sur la grièveté de son crime, assavoir pourquoi elle avait été si durement condamnée. Elle ne me laissa pas ignorante bien longtemps.

"J'étais entrée en résistance, me confia-t-elle. Comment aurais-je pu ne pas te ressembler ?" Elle ajouta dans un souffle : "Tu as ouvert la voie à bon nombre d'entre nous. C'est toi qui nous a dessillé les yeux et tu nous as insufflé le désir de nous libérer. Nous sommes sur le point de réussir."

J'étais abasourdie. Bien que j'eusse toujours espéré qu'un jour ou l'autre nous serions parvenus à franchir les rives du Styx*, j'avais encore des doutes sur le temps qu'il faudrait. Ce jour béni était-il donc proche ?

"Le tunnel que nous creusons arrive à sa fin, m'expliqua Alcmène. Nous aurons bientôt dépassé les frontières de la Cité. Il nous reste plus qu'à remonter pour atteindre une sortie qui nous amènera au jour."

Je continuai : "Et nous serons ainsi hors d'atteinte des geoliers d'Utopinambourg. Quel monde découvrirons-nous alors, Alcmène ? Dans quel monde devrons-nous vivre ?"

..................................................

Les rives du Styx : l'enfer. Ici, l'enfer, c'est la cité d'Utopinambourg.

 

 Notes

"Est-ce toi, susurra-t-elle, est-ce toi ?"

susurra : ici, le s entre deux voyelles se prononce [s] et pas [z]

> Cas où le S ne se prononce pas [z] entre deux voyelles

 

Je l'exhortai ex abrupto de garder son calme

je lui demandai, je la persuadai sans préambule de garder son calme

 

Comme elle semblait près de s'évanouir,

Les homophones : près (de) - prêt (à)

> Ne pas confondre : sortir, assortir, ressortir intrans. ou trans. indirect- quelquefois, quelques fois – davantage, d'avantage – bientôt, bien tôt – sitôt, si - près de, prêt à

 

je dus la soutenir de crainte qu'elle ne s'effondrât de stupeur.

De crainte que, locution conjonctive suivie du subjonctif.

> De crainte que

ici le subjonctif imparfait dû à la concordance des temps.

> La concordance des temps dans les propositions subordonnées

Stupeur

Littré- sens figuré : Espèce d'immobilité causée par une grande surprise ou par une frayeur subite.

 

Je t'ai retrouvée, ma chère Alcmène

retrouvée, participe passé qui s'accorde avec le pronom personnel t', complément d'objet direct placé avant.

> Règles de l'accord des participes passés

 

Prends garde qu'on ne te découvre.

Tâche d'éviter qu'on ne te découvre.

Prendre garde que suivi du subjonctif + l'explétif NE

> Espérer que - J'espère que, je n'espère pas que, espérez-vous que - Prendre garde que - Inutile que - Prendre garde que, à ce que - Faire attention que, à ce que + subjonctif ou indicatif ?

 

Ils auraient tôt fait de t'occire, ma chère Oli

ils auraient vite fait de te tuer

occire, vieux verbe

 

Ainsi, tu en as réchappée

réchapper de quelque chose, échapper à un danger.

 

je m'étais grimée à l'excès pour ressembler au mieux à une gueuse en guenilles,

grimée, maquillée

une gueuse, une pauvre misérable.

 

je ne doutais pas qu'on fût incapable de me débusquer.

j'étais sûre qu'on serait incapable de me découvrir.

> Douter que, se douter que / Je doute que, nul doute que, il n'est pas douteux que... Je me doute que, il ne se doute pas que... + indicatif ou subjonctif ?

 

Je m'étais bien cochonnément vêtue

cochonnément, adverbe rare

> Les adverbes en -MENT + Quiz 109

 

des pustules qui seraient passées pour un pouillotement.

Littré - Terme populaire, maladie causée par le développement des poux, surtout chez les bestiaux.

 

Je n'osais interroger Alcmène sur la grièveté de son crime

grièveté (littéraire) énormité, gravité.

> Mosaïque de quelques curiosités de la Langue Française

grave, gravement, grièvement, etc.

 

assavoir pourquoi elle avait été si durement condamnée

assavoir : synonyme de c'est-à-dire

> Mosaïque de quelques curiosités de la Langue Française

 

tu nous as dessillé les yeux

La Nouvelle orthographe donne déciller.

> Réforme de l'orthographe - L'orthographe recommandée aux enseignants - Lexique

 

J'étais abasourdie.

Le s se prononce [z].

Prononciation problématique de quelques mots en français : gageure, almanach, handball, imbroglio, mas, tomber dans le lacs, abasourdi, blinis, Auxerre, Bruxelles, Cassis...

 

Bien que j'eusse toujours espéré qu'un jour ou l'autre nous serions parvenus à franchir les rives du Styx*

bien que , locution conjonctive suivie du subjonctif

> Bien que

j'eusse espéré, plus-que-parfait du subjonctif

Le Styx était, chez les Grecs, le fleuve qu'il fallait franchir pour aller aux enfers.

 

Les geoliers d'Utopinambourg

prononcer [jo]

un geolier, un gardien de prison.

Une geole, une prison.

Utopinambourg, la cité où se passe l'histoire des Délires.

 

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Amoureuse des mots, je cherche comment faire partager ma passion. Il y a tant à découvrir dans les bibliothèques du monde, tant de mots à connaître intimement pour affiner notre pensée, tant de mots qu'on n'entend plus sur nos lèvres, enfermés qu'ils sont dans des livres poussiéreux. Il ne tient qu'à nous de les faire revivre et de les faire chanter. Notre langue, si belle, si riche, demande qu'on la respecte, qu'on la préserve, qu'on s'en amuse et qu'on la chérisse. Mamiehiou ............................................................................................................................................................................................ ...................................;....................................................................... « La langue française est une femme. Et cette femme est si belle, si fière, si modeste, si hardie, touchante, voluptueuse, chaste, noble, familière, folle, sage, qu'on l'aime de toute son âme, et qu'on n'est jamais tenté de lui être infidèle. » Anatole France ....................................................... ............... ................................................................................................................. « C'est une langue bien difficile que le français. À peine écrit-on depuis quarante-cinq ans qu'on commence à s'en apercevoir. » Colette

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