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1 mai 2016 7 01 /05 /mai /2016 17:33

 FLORILÈGE

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J'ai un souvenir ému lorsque je pense à mon professeur de philosophie qui m'a enseigné en classe terminale au Lycée Simone Weil* de Saint-Étienne. Comme j'ai eu la curiosité de parcourir les sites qui ont mentionné son nom, j'ai trouvé quelques jalons qui ont émaillé sa vie, ses oeuvres sur sa discipline de prédilection, ses livres sur Bergson, son amour pour l'art, la transcription de ses conférences.

J'ai été son élève pendant l'année scolaire 1961-62. Il était alors tout jeune professeur, et je me souviens l'enthousiasme qu'exaltaient en moi ses cours passionnants.

Je rentrais chez moi, la tête en feu, électrisée par les notions nouvelles qu'il nous prodiguait dans notre classe de Philo 2. Et je racontais, à ma mère, elle qui n'avait jamais suivi de cours de philosophie, et qui savait si bien m'écouter avec indulgence, tout ce que j'avais retenu du cours, lequel venait de s'achever.

Mes camarades et moi buvions les paroles de notre professeur avec ravissement et il était aussi à notre écoute. Non, je ne craignais pas, pendant le cours, de lui poser des questions pour éclaircir ou approfondir quelques notions qui m'échappaient, et il me répondait avec bienveillance.

Il n'est que de lire sa conférence du 1er décembre 1998 pour mesurer combien il concevait sa mission de professeur de philosophie.

Il y répond à sa question : "Quel sens donner à cette mission qu'à l'instar de Socrate nous avons choisi de remplir ?"

 

> L'enseignement philosophique au lycée, grandeur et humilité

 

J'ai conservé précieusement les cahiers sur lesquels j'ai transcrit les cours de philosophie dispensés par mon professeur, sept cahiers de 96 pages de dimensions 17cm/22cm, chacun d'eux étant consacré à une partie bien précise de la philosophie.

C'est dans le premier cours que nous apprenons que le cours de philosophie ne traite pas seulement de la métaphysique mais concerne aussi d'autres domaines comme la logique, la psychologie, la morale.

Je recopie ici ce premier cours.

 

Ainsi parla Monsieur Bardy :

 

INTRODUCTION GÉNÉRALE

Qu'est-ce que la philosophie ?

Plan

Introduction

Le double objet de la Philosophie

I Ambition et décadence de la philosophie

a-La philosophie comme science universelle

b-La métaphysique classique

c-L'attitude critique

d-La philosophie positive

II La philosophie devant le monde actuel

a-Le discrédit de la philosophie

b-La revanche de la philosophie

III Les problèmes philosophiques

Lecture : René Descartes Discours de la méthode

...............

Nous ne savons pas exactement ce qu'est la philosophie. Essayons de nous demander le sens de ce mot.

Étymologie - grec ancien : philo-sophos

philein : aimer

sophos : ce qui est sage

le philosophe est l'ami de la sagesse.

De nos jours, la sagesse désigne une certaine attitude morale, un art de vivre (prudence, sens moral, réflexion). Il faut agir conformément à certaines règles morales.

L'idée de sagesse concerne en général l'action.

Idée de vertu

C'est la vertu qui surmonte l'emportement de juger. Alain

Ne pas se laisser aller à ses premières impulsions.

Vigilance de l'esprit

Celui qui n'est pas sage s'empresse de croire que son ennemi s'est déhonoré.

La sagesse est une précaution toujours éveillée contre tous les genres de précipitation et de prévention. Alain

Définition de la vertu

C'est la puissance de vouloir agir contre ce qui plaît et ce qui déplaît, C'est une puissance acquise contre tous les genres de convulsions, d'emportements, d'ivresse et d'horreurs. Alain

La vertu, tout comme la sagesse, implique un effort envers un jugement trop précipité, trop hâtif.

Chez les Anciens, le terme sagesse avait aussi une autre signification.

Sophia désignait non seulement un art de vivre, mais aussi une connaissance scientifique.

Sophia { vertu & savoir

Chez Descartes, on retrouve ces deux sens pour le mot sagesse.

DESCARTES 1596-1650

1628 Regulae ad directionem ingenii

1637 Discours de la méthode

1641 Méditations métaphysiques

1649 traité des passions

 

Cf. Préface des Principes de la Philosophie

J'aurais voulu premièrement y expliquer ce que c'est que la philosophie, en commençant par les choses les plus vulgaires, comme sont que ce mot de philosophie signifie l'étude de la sagesse, et que par la sagesse on n’entend pas seulement la prudence dans les affaires, mais une parfaite connaissance de toutes les choses que l'homme peut savoir tant pour la conduite de sa vie que pour la conservation de sa santé et l’invention de tous les arts [...] Descartes

 

La philosophie est amour du Bien et du Vrai. La philosophie veut à la fois nous enseigner à vivre, c'est-à-dire à nous conduire et à nous apprendre à penser.

Elle a un double objet : la Connaissance et l'Action.

Un double problème :

Que dois-je faire ?

Que puis-je savoir ?

Y a-t-il des limites à la connaissance humaine ? Quelle est sa valeur ?

La philosophie doit nous fournir une morale et une vision vraie du monde.

 

1 Ambition et décadence de la philosophie

a-La philosophie comprise comme science universelle

À l'origine sapientia universalis, elle a prétendu assimiler toutes les sciences, toutes les connaissances humaines.

La philosophie est née en Grèce au VIe siècle avant J.C. avec

Thalès, grand astronome,

Platon, grand mathématicien,

Eudoxe de Cnide, astronome, géomètre, médecin et philosophe,

(le Timée, dialogue de Platon qui n'aborde que des considérations astronomiques et biologiques)

Aristote qui fonde le Lycée ; il touche à tous les domaines, c'est un véritable génie encyclopédique.

 

Au XVIIe siècle, on retrouve cette idée chez les philosophes anglais : Philosophie naturelle.

Chez Descartes de même, on retrouve cette idée de science universelle.

Comparaison avec un arbre :

Ainsi toute la philosophie est comme un arbre dont les racines sont la métaphysique, le tronc est la physique et les branches qui sortent de ce tronc sont toutes les autres sciences, qui se réduisent à trois principales : à savoir la médecine, la mécanique et la morale ; j'entends la plus haute et la plus parfaite morale, qui présupposant une entière connaissance des autres sciences, est le dernier degré de la sagesse.

DESCARTES Principes de la Philosophie, lettre-préface

 

Pourquoi la philosophie a-t-elle été comprise comme science universelle ?

-À l'origine, les sciences étaient peu développées. Un même esprit pouvait prétendre tout connaître.

-On a cru que toutes les sciences étaient liées et pouvaient être assimilées par un même esprit.

La philosophie comme science universelle s'est peu à peu désagrégée.

Les sciences se sont les unes après les autres libérées de la philosophie.

 

L'évolution des sciences

Les mathématiques avec Euclide vers 300 avant J.C.

-la géométrie se détache de la philosophie avec les postulats d'Euclide,

-puis l'algèbre avec les Arabes.

-la mécanique avec Galilée

-la géométrie analytique avec Descartes

-le calcul différenciel avec Leibnitz et Newton

-la théorie des ensembles avec Cantor

La physique vers la Renaissance

1543 Système de Copernic : il marque la fin de la période où les hommes se considéraient comme au centre de l'univers (Ptolémée)

Galilée – Kepler – Descartes

Les sciences biologiques au milieu du XIXe siècle

Introduction à la médecine expérimentale par Claude Bernard

Les sciences humaines au début du XXe siècle

Psychologie, histoire, sociologie, etc.

Les sciences se sont dispersées et ont évolué.

À l'heure actuelle, les termes de métaphysique et de philosophie sont synonymes.

 

b-La métaphysique classique

Nous nous référons à la philosophie d'Aristote.

Étymologie - meta : après

origine du mot : traité écrit par Andronicas de Rhodes sur les ouvrages d'Aristote.

Définition donnée par Aristote : la philosophie première, c'est la science des premières causes et des premiers principes.

Trois groupes d'études :

-l'étude de l'être en tant qu'être

-l'étude de la cause première, c'est-à-dire Dieu

-l'étude des causes finales

 

-Qu'est-ce qui fait qu'un être est ce qu'il est ?

Recherche de l'essence même de l'être : ontologie.

-Pourquoi les êtres existent-ils ?

Voir Heidegger

Aristote : la cause matérielle

S'il n'y avait pas d'airain, il n'y aurait pas de statues. Il faut aussi que dans l'esprit du sculpteur, il existe l'idée de la statue qu'il va réaliser. C'est la cause formelle.

Il faut aussi l'intervention d'un agent qui sera la cause motrice.

L'explication d'Aristote consiste à remonter d'un phénomène à sa cause, puis de cette cause à la cause de cette cause. La cause au-delà de laquelle on ne peut pas remonter sera la cause première ou Dieu.

-La cause finale

Aristote se préoccupe de la fin vers laquelle se dirigent les choses.

Quelle est la destinée de l'être ?

Là est la substance de la métaphysique du Moyen Âge.

 

c- L'attitude critique

C'est Descartes qui inaugure ce nouveau genre de philosophie.

Avant Descartes, le philosophe ne doute pas que sa raison puisse lui permettre de résoudre tous les problèmes.

Le philosophe se demande s'il peut apporter une réponse à tous les problèmes. Il procède alors à un examen de son intelligence. Il procède à une attitude critique.

Descartes met en doute toutes les choses qu'on lui a enseignées (Cf. Discours de la Méthode). Certaines choses qu'on lui avaient enseignées pour vraies étaient fausses.

Le doute pour Descartes est le seul moyen d'arriver à la vérité.

 

Le doute cartésien est méthodique, radical, universel.

-méthodique : destiné à permettre l'accès à la vérité.

-radical, tout ce qui est entaché d'erreur est considéré comme faux.

-universel, il concerne la totalité des sciences.

 

Discours de la méthode II

Ne recevoir jamais aucune chose pour vraie que je ne la connusse évidemment être telle ; c’est-à-dire, d’éviter soigneusement la précipitation et la prévention, et de ne comprendre rien de plus en mes jugements que ce qui se présenterait si clairement et si distinctement à mon esprit, que je n’eusse aucune occasion de le mettre en doute.

Descartes recherche une vérité indubitable. Au moment même où il doute, il se trouve en face de la première évidence : je ne puis pas douter de mon doute.

Je suis certain que je doute durant tout le temps que je doute. Or si je doute, je pense. Je pense, donc je suis.

Tel est le cogito cartésien. L'existence est la première vérité de Descartes.

 

L'attitude critique est l'attitude du philosophe qui revient sur sa propre connaissance pour la juger et pour jauger sa propre valeur.

 

L'attitude critique devient plus nette avec le philosophe Kant.

Kant 1724-1800

Kant remarque que les sciences ont beaucoup évolué mais que la métaphysique n'a pas progressé. Les métaphysiciens n'arrivent pas à s'entendre.

Préface de la 2e édition de la Critique de la Raison Pure de Kant

La métaphysique [...] En elle, il faut sans cesse rebrousser chemin, parce qu’on trouve que la route qu’on a suivie ne mène pas où l’on veut arriver. Quant à l’accord de ses partisans dans leurs assertions, elle en est tellement éloignée qu’elle semble être plutôt une arène tout particulièrement destinée à exercer les forces des lutteurs en des combats de parade et où jamais un champion n’a pu se rendre maître de la plus petite place et fonder sur sa victoire une possession durable.

[...]

Ainsi en allait-il du cours de mon Professeur de Philosophie.

Merci, Monsieur Bardy !


 

Hommage à Jean Bardy - Amoureux d'Art en Auvergne

La création et l'art; Chemins vers la création; Jean Bardy; préface de Paul Eychart

 

*Le Collège Moderne de Jeunes Filles qui se trouvait 24 rue Rouget de Lisle à Saint-Etienne est devenu le Lycée Simone Weil. Le lycée s'est installé à Saint-Priest en Jarez en 1981.

Aujourd'hui c'est le Collège Claude Fauriel qui se trouve rue Rouget de Lisle.

 

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