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1 juin 2016 3 01 /06 /juin /2016 16:51

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La descente fut rude - longue, longue, longue*.

Si interminable qu'elle parût, je ne doutais pas qu'elle s'achèverait.

Elle s'acheva.

Je me retrouvai au fond, tout au fond d'une cheminée ; c'est pour le moins la sensation que j'éprouvais. Et je n'étais pas seule, loin s'en faut* que dis-je, loin de là. Dans la cavité qui s'élargissait, un peuple souterrain grouillait, celui-là même dont Utopinambourg avait voulu se débarrasser, dont il s'était débarrassé définitivement, en tout cas le croyait-il, sans crainte de voir revenir ces parias précipités sans merci dans les oubliettes. Mais voilà, ils ne s'y étaient pas abîmés une fois pour toutes. Ils étaient là, bien vivants, blessés, mutilés, meurtris, crapoteux, mais déterminés à passer dans un monde qu'ils espéraient meilleur, un monde qu'ils étaient près d'atteindre, de découvrir, enfin.

Mon sauveur me prit par la main et m'accompagna dans un coin où l'on pouvait se rafraîchir. Je le remerciai et il me sourit. Une source claire jaillissait de la paroi rocheuse et prodiguait ses bienfaits. Nous recueillîmes l'eau bienfaisante dans nos mains jointes en coupes et nous la bûmes, lentement, avec délices.

J'étais dans un état de malpropreté à nulle autre pareille. J'aurais voulu au plus tôt me désaffubler, me débarrasser de l'accoutrement qui me mettait au supplice, mais la situation ne s'y prêtait guère. Non que j'eusse, à ce moment-là, l'envie de coqueter pour plaire à mon nouvel ami, mais j'imaginais avec horreur l'image qu'il avait de moi. Je m'étais appliquée à ressembler à une gueuse et j'y avais réussi. Comment m'y prendrais-je pour l'ôter d'un doute sans trahir le rôle que j'avais joué dans cette affaire ?

Carloman, c'était son nom, était aux petits soins pour moi. Comme il m'avait sauvée d'une mort certaine, il se sentait redevable. Il était rien de moins que reconnaissant de m'avoir tiré d'un mauvais pas. Vous me direz que j'inverse ici les rôles et que c'était moi qui étais son obligée. Que nenni ! Ne lui avais-je pas permis d'être plus heureux qu'il ne l'était ? Pour rien au monde il n'eût voulu se faire gloire d'être mon bienfaiteur.

La gorge nouée, il grasseya : "Que ne vous ai-je rencontrée plus tôt !" Il me laissa deviner la suite, me donna un baiser du bout des lèvres et fut, sur-le-champ, absous de son audace.

.................................................................................

*La descente fut rude - longue, longue, longue*.

Phrase inspirée par Charles Cros.

Voir son poème à la fin de l'article : Le Hareng saur

 

Notes

Si interminable qu'elle parût, je ne doutai pas qu'elle s'achèverait.

Voir > Si... que §2° expression de la concession

 

*Je n'étais pas seule, tant s'en faut / loin de là

> Loin s'en faut

C'est une faute que d'écrire l'expression Loin s'en faut ; elle vient de la confusion entre les expressions Loin de là et Tant s'en faut.

 

ces parias précipités sans merci dans les oubliettes

sans merci, sans pitié.

 

ils ne s'y étaient pas abîmés une fois pour toutes

ils n'étaient pas tombés dans un abîme, dans un gouffre

 

Ils étaient là, bien vivants, blessés, mutilés, meurtris, crapoteux

crapoteux – Larousse donne crasseux, sordide.

Crapoteux n'est pas admis dans le Trésor ni dans L'Académie

 

un monde qu'ils étaient près d'atteindre

qu'ils étaient sur le point d'atteindre

> près de, prêt à

 

J'étais dans un état de malpropreté à nulle autre pareille

à nulle autre pareil(le), littéraire.

sans pareil(le), sans égal(e), incomparable.

 

J'aurais voulu au plus tôt me désaffubler

ou me défubler, ôter mon affublement, enlever mon accoutrement.

 

Non que j'eusse, à ce moment-là, l'envie de coqueter pour plaire à mon nouvel ami, mais...

Non que introduit la négation d'une cause > Non que, non pas que, non moins que, non plus que, non point que

coqueter, faire la coquette.je coquette, elle coquettera...

 

Il était rien de moins que reconnaissant

= Il était reconnaissant

Voir > Mosaïque de quelques curiosités de la Langue Française

 §9  rien moins que – rien de moins que

 

Pour rien au monde il n'eût voulu se faire gloire d'être mon bienfaiteur.

eût voulu, subjonctif plus-que-parfait à valeur de conditionnel passé.

Pour rien au monde il n'aurait voulu se vanter/se fait fort d'être mon bienfaiteur.

 

La gorge nouée, il grasseya : "Que ne vous ai-je rencontrée plus tôt !"

Grasseyer Littré - Prononcer les r d'une manière vicieuse. Ceux qui grasseyent ou parlent gras ont de la peine à prononcer la lettre r, et ils lui substituent souvent la lettre l.

Je grasseye, tu grasseyais, ils grasseyeront...

Que ne vous ai-je... : Pourquoi ne vous ai-je pas rencontrée plus tôt ?

 

[il] fut sur le champ absous de son audace.

Le participe passé du verbe absoudre : absous, absoute.

La Nouvelle Orthographe (réforme de 1990) recommande : Il est absout

> Réforme de l'orthographe - L'orthographe recommandée aux enseignants - Lexique

 

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  Charles Cros
(1842-1888)

Le hareng saur
 

Il était un grand mur blanc - nu, nu, nu,
Contre le mur une échelle - haute, haute, haute,
Et, par terre, un hareng saur - sec, sec, sec.
 
Il vient, tenant dans ses mains - sales, sales, sales,
Un marteau lourd, un grand clou - pointu, pointu, pointu,
Un peloton de ficelle - gros, gros, gros.
 
Alors il monte à l'échelle - haute, haute, haute,
Et plante le clou pointu - toc, toc, toc,
Tout en haut du grand mur nu - nu, nu, nu.
 
Il laisse aller le marteau - qui tombe, qui tombe, qui tombe,
Attache au clou la ficelle - longue, longue, longue,
Et, au bout, le hareng saur - sec, sec, sec.
 
Il redescend de l'échelle - haute, haute, haute,
L'emporte avec le marteau - lourd, lourd, lourd,
Et puis, il s'en va ailleurs - loin, loin, loin.
 
Et, depuis, le hareng saur - sec, sec, sec,
Au bout de cette ficelle - longue, longue, longue,
Très lentement se balance - toujours, toujours, toujours.
 
J'ai composé cette histoire - simple, simple, simple,

Pour mettre en fureur les gens - graves, graves, graves,

Et amuser les enfants - petits, petits, petits.

 

> FLORILÈGE - LA PENSÉE DES AUTRES

 

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Amoureuse des mots, je cherche comment faire partager ma passion. Il y a tant à découvrir dans les bibliothèques du monde, tant de mots à connaître intimement pour affiner notre pensée, tant de mots qu'on n'entend plus sur nos lèvres, enfermés qu'ils sont dans des livres poussiéreux. Il ne tient qu'à nous de les faire revivre et de les faire chanter. Notre langue, si belle, si riche, demande qu'on la respecte, qu'on la préserve, qu'on s'en amuse et qu'on la chérisse. Mamiehiou ............................................................................................................................................................................................ ...................................;....................................................................... « La langue française est une femme. Et cette femme est si belle, si fière, si modeste, si hardie, touchante, voluptueuse, chaste, noble, familière, folle, sage, qu'on l'aime de toute son âme, et qu'on n'est jamais tenté de lui être infidèle. » Anatole France ....................................................... ............... ................................................................................................................. « C'est une langue bien difficile que le français. À peine écrit-on depuis quarante-cinq ans qu'on commence à s'en apercevoir. » Colette

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