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1 août 2010 7 01 /08 /août /2010 08:09

 LES DÉLIRES Tous les épisodes

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Introduction aux Délires.- Le texte des Délires dont vous pourrez lire les épisodes au fil du temps ne sont qu'un prétexte pour illustrer des tournures grammaticales peu usitées et un vocabulaire parfois désuet. Les explications visent à éclairer du mieux possible le lecteur.

L'histoire fantasmatique raconte les pérégrinations d'une jeune fille, la narratrice, qui va chercher à découvrir les mystères du pays où elle est arrivée, sans qu'elle en connaisse ni le pourquoi ni le comment.

 

Ce matin-là, comme j'errais à travers champs, hagarde et solitaire, un pauvre hère1 à l'agonie s'offrit à ma vue. Ma raison s'égara.

 

Eussé-je2, par ma foi, proféré mille mots aberrants, émue par ce quidam souffrant les affres de la mort imminente qu'il devait affronter — ah ! le pouvait-il sans coup férir ? — pour achever le cours d'une destinée encombrée d'embûches et de traquenards, je n'eusse pas éructé un millionième de ma pensée.

 

Plongée dans ces tristes réflexions, que Thanatos n'eût pas démenties, concepts vraisemblablement nés d'un cerveau martyr, je m'en fus, courant, malgré mon pas vacillant, vers le bosquet embaumé de senteurs vernales.

J'observai en passant la nature dardant ses jeunes végétaux qui exhalaient à l'envi leurs parfums enivrants, indicibles, ineffables même, exaltant les sens censés être exacerbés par un renouveau immuable, inéluctable, partant immanquable, et je prononçai leur nom vernaculaire, peu encline à l'esbroufe.

 

   « Ne latinisons point, leur dis-je, sans qu'ils s'esclaffassent. »

Il me fallait rester sur le qui-vive, quand bien même ils m'auraient regardée effrontément en se contentant de se balancer mollement. Saperlipopette ! Serais-je sujette à un anthropomorphisme malvenu ?

 

   « Ne connaissez-vous donc pas le langage hypothétique des fleurs ? » criai-je au cours de ma course effrénée. À quels excès livrai-je ainsi mon ego immodéré !

 

Je vous prends à témoin, vous qui m'honorez de votre admiration sans faille. Quoi ? J'affabule ? Point ! Je ne fabule mie ! Honni soit qui mal y pense !3

.......................................................................

Titre : Honni soit qui mal y pense

Devise de L'Ordre de la Jarretière, The Most Noble Order of The Garter, ordre de la chevalerie anglais fondé par Édouard III au XVIème siècle. 

C'est ainsi qu'en 1347 s'était exclamé Édouard III lorsqu'il avait renoué la jarretière de sa maîtresse, lors d'un bal. 

= Honte à celui qui y voit du mal.

1-un pauvre hère. Disjonction, pas d'enchaînement. Littré donne le H aspiré.

2-Eussé-je, prononcer u pas eu

L'orthographe réformée recommande eussè-je

Réforme de l'orthographe - L'orthographe recommandée aux enseignants - Lexique

 

Quelques internautes amis me disent être surpris par les difficultés qu'ils ont rencontrées lors de la lecture de ce texte. Pour eux, je propose, en guise de résumé, une version simplifiée de cet épisode qui sert d'introduction à l'histoire.

 

Ce matin-là, comme j'errais à travers champs, je rencontrai un pauvre homme blessé à mort. Il agonisait. L'émotion que je ressentis alors fut telle que j'en perdis la raison. Il s'ensuivit, dans mon esprit bouleversé, une succession de pensées toutes plus folles et extravagantes les unes que les autres.  

Je m'adressai aux plantes qui sentaient bon le printemps, je les appelai par leur nom, sans avoir peur du ridicule, et je conversai avec les fleurs.

Je vous assure de ma sincérité, vous qui m'admirez quoi qu'il advienne. 

 

NOTES

Honnir (titre), blâmer en faisant honte.

 

Eussé-je proféré mille mots aberrants, je n'eusse pas éructé le millionième de ma pensée. 

eussé-je proféré, subjonctif plus-que parfait  > même si j'avais proféré mille mots aberrants, je n'aurais pas éructé le millionième de ma pensée.

Fussé-je la pire de toutes, il me choisirait malgré tout.

Dussé-je en mourir, je lutterais jusqu'au bout. 

Voir > eussé-je, eussè-je, fussé-je, fussè-je dût-il...  

et > même si

proférer, dire quelque chose, ou le dire à haute voix.

On l'entendait proférer des injures contre quiconque s'aventurait à lui adresser la parole, le benêt.

Il ne put proférer un seul mot quand elle lui fit sa déclaration, c'était à n'y pas croire.

mille mots aberrants, absurdes, insensés

je n'eusse pas éructé, subjonctif plus-que-parfait à valeur de conditionnel passé (2e forme) je n'aurais pas éructé (1re forme)

Éructer, roter

verbe transitif direct (il a un complément d'objet direct)
Il éructa des mots insensés.

Il s'emploie aussi intransitivement (sans complément d'objet)

Il éructa.

millionième, million, millionnaire

 

le pouvait-il sans coup férir

Férir, on rencontre ce verbe seulement dans sans coup férir = sans rencontrer de difficultés, sans combattre.

L'adjectif féru est le participe passé de férir

> Férir – sans coup férir – féru(e) – un fier-à-bras, des fiers-à-bras.

 

une destinée encombrée d'embûches et de traquenards

embûche, vient de bûche (bois) embuscade

Littré : Sorte de guet-apens que l'on dispose pour prendre ou tuer quelqu'un. Dresser des embûches, une embûche à quelqu'un.

 

ces réflexions que Thanatos n'eût pas démenties

Thanatos, mythologie grecque, dieu de la mort, représenté comme un vieillard barbu soit ailé, soit vêtu d'un manteau noir.

eût démenties, verbe démentir au subjonctif plus-que-parfait à valeur de conditionnel passé (2e forme), n'aurait pas démenties (cond. passé 1re forme)

accord du participe passé démenties avec le complément d'objet direct placé avant lui (que, pronom relatif qui remplace l'antécédent réflexions).

>Thanatos n'eût pas démenti ces réflexions.

> Règles de l'accord des participes passés

 

concepts vraisemblablement nés d'un cerveau martyr

Vraisemblable, invraisemblable, vraisemblance, pas deux SS, un seul.

Voir l'article : Cas où le S ne se prononce pas [z] entre deux voyelles

martyr(e) - adjectif qualificatif  

un enfant martyr, une petite fille martyre. 

Un martyr, une martyre - substantif

celui ou celle qui a souffert et mort pour sa foi.

Saint Irénée, grec de naissance et évêque de Lyon mourut en martyr. 

 ◊ victime, celui qui souffre ou a souffert physiquement ou psychologiquement.

Un martyre, souffrance ou mort endurée pour une cause, un idéal. Le martyre des premiers Chrétiens.

Par extension, une grande douleur.

Il lui a fait subir un martyre.  

 

Je m'en fus (il s'en fut) je partis, je m'en allai.

Le verbe être signifie parfois aller. Voir la note des Délires n°145

 

le bosquet embaumé de senteurs vernales

vernal, estival, automnal, hivernal, un adjectif en -AL pour chaque saison !

Vernal, littéraire, à rapprocher de printanier.

qui est relatif au printemps, qui se produit au printemps.

 

ses jeunes végétaux qui exhalaient à l'envi leurs parfums enivrants

à l'envi, littéraire. À qui mieux mieux.

 

leurs parfums enivrants, indicibles, ineffables même

Ineffable : inexprimable, indicible avec le plaisir en plus.

 

exaltant les sens censés être exacerbés

Noter l'allitération des sifflantes s, xs, gz...

Être censé + infinitif = être supposé...

Elle était censée faire son travail ce jour-là.

Différent de être sensé, raisonnable, sage, avoir du bon sens.

C'est une personne sensée qui vous propose ses contes délirants, le croiriez-vous ?

Pour en savoir + voir :  Ne pas confondre : feux et feus – sensé et censé – chaos et cahot – efficace et efficient – émotionné et ému - bruire et bruisser

 

un renouveau immuable, inéluctable, partant immanquable

le renouveau

> locutions adverbiales À NOUVEAU et DE NOUVEAU – nouvellement – une nouvelle - le renouveau ...

partant, littéraire, donc, par conséquent

Les tourterelles se fuyaient :

Plus d'amour, partant plus de joie.

  Jean de La Fontaine, Les animaux malades de la peste

 

je prononçai leur nom vernaculaire, peu encline à l'esbroufe

je prononçai leur nom commun parce que je n'aimais pas faire du chiqué

vernaculaire

- langue vernaculaire, langue parlée dans une région, ou par une petite communauté.

- nom vernaculaire, nom d'un animal ou d'une plante, plus commun que celui d'origine savante, latine ou grecque.

enclin, encline

qui a un penchant pour quelque chose

Esbroufe, frime, chiqué, flafla, bluff.

Faire de l'esbroufe, faire le fanfaron.  

Vous y allez à l'esbroufe !

 

Ne latinisons point lui dis-je

Latiniser, transformer un mot en latin, lui donner un air latin.

 

quand bien même ils m'auraient regardée effrontément

Quand* / quand même / quand bien même / quand bien, conjonction de subordination et locutions conjonctives marquant le temps avec une nuance concessive quand elles sont suivies du conditionnel.

à rapprocher de même si : locution conjonctive introduisant une proposition hypothétique à valeur concessive.

Elle ne ferait rien pour vous, quand bien même elle vous aimerait.

> ... même si elle vous aimait.

Quand bien même vous seriez sincère, elle ne croirait pas un seul mot de ce que vous dites. > même si vous étiez sincère...

Quand même l'eût-il voulu, il ne l'eût pas eu. > Même s'il l'avait voulu, il ne l'aurait pas eu.

Quand vous me haïriez, je vous resterais fidèle. > Même si vous me haïssiez...

>Conjonctions de subordination et locutions conjonctives classées : cause conséquence but temps condition comparaison concession exception proportion manière conformité supposition addition alternative 

MOTS COMMENÇANT PAR EFF

Effrontément : jamais d'accent sur le e précédant ff : eff-

 

nota bene, alea jacta est, carpe diem, deo gratias...

Les mots latins n'ont pas d'accent. On les écrit en italique lorsque le texte ne l'est pas et vice-versa (vice versa)
Quelques exceptions admises par l'Académie : à priori, à fortiori, à posteriori...

 

serais-je sujette à un anthropomorphisme malvenu ?

anthropomorphisme, du grec anthropos, homme + morphê, forme.

Ici, voir des choses en leur donnant un caractère humain.

 

Vous qui m'honorez de votre admiration sans faille

Honorer, honorable (1n), honneur (2n)

Sans, s'en, sens, sent, c'en, cent, sang, des homophones à ne pas confondre – Sans suivi d'un singulier ou d'un pluriel ?

 

Quoi ? J'affabule ? Point. Je ne fabule mie.

Affabuler, entre autres acceptions : en psychologie, arranger la réalité comme on veut qu'elle soit (consciemment ou inconsciemment). 

Fabuler, inventer une histoire en la présentant comme vraie.

Voir pour ces deux verbes, que l'on confond souvent, les diverses acceptions que proposent le Trésor (TFLi) et l'Académie sur le site du CNRS : Lexicographie- Centre National de Ressources Textuelles et Littéraires 

QUELQUES ADVERBES DE NEGATION PEU USITÉS

Ne... mie, ne... goutte

Ces vieux termes, tombés en désuétude, ont été remplacés par les adverbes de négation ne... pas ou ne... point. 

Je ne mange mie, je ne marche pas, je ne vois point, je ne bois goutte.

= Je ne mange même pas une miette, je ne vois même pas un point, etc.  

> Je ne marche pas, je ne vois point, je ne mange mie, je ne bois goutte

Aujourd'hui, on n'emploie plus beaucoup l'adverbe ne ... point dans la langue parlée, il a un petit air d'archaïsme.

Ce serait drôle, sinon précieux, de dire : Je ne vous aime point, sachez-le mon ami.

> Comment dites-vous "Je t'aime" ? Je te kiffe, je ne te hais point, tu me bottes, je suis morgane de toi, je t'ai dans la peau, mon coeur s'est embrasé, etc.

  

>> 2 Délires schizophrènes - Qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse !

 

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Et si vous aimez les dictées difficiles, n'oubliez pas de vous amuser avec la dictée de Mérimée. 

Quand vous aurez lu les 4 premiers Délires vous pourrez faire le QCM – Vocabulaire rencontré dans les Délires 1, 2, 3 et 4.

 

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Published by mamiehiou.over-blog.com - dans LES DELIRES
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commentaires

Mike HELENA 30/01/2013 14:04


  Oh ^^ eh bien je suis ravi de l'apprendre; toutes mes félicitations.

  Oui, je ne manquerai pas de venir à la mine déterrer quelques pepites
de temps à autres.
Je vois en le français, tout comme vous, une richesse éblouissante. 
Les mots sont des idées et les idées aménagent la personnalité. ^^ 
Je suis "très attaché à ma liberté" ( ah ah ah ) de penser, c'est pourquoi
je cherche à repousser, moi aussi, toujours plus loins les barrières de mon ignorance. (Et c'est peu dire qu'elles pèsent. ah ah)
Par la semantique et d'autres recherches étymologique j'apprends beaucoup
de l'histoire et de l'esprit de la langue. C'est beau et mon seul regret est de
ne m'y être interessé ainsi que si tardivement.
Je vous envie sincèrement pour votre science et j'espère pouvoir completer
la mienne grâce celle-ci.
Je vous suis totalement dans l'idée que la découverte semble ne jamais
s'épuiser; j'ajouterai même que c'est tant mieux car ce qui est beau, ce
n'est pas moins l'aventure liée au parcours que la destination qui la cloture, n'est-ce pas? ^^ 

Merci d'avoir pris la peine de me répondre, à bientôt Mamiehiou. (^_^)y

Mike HELENA 30/01/2013 00:55


Oh bon sang! Il faut vivre combien de vies pour pouvoir écrire à ce niveau là?
J'ai presque rien compris, vous l'avez fait exprès avouez! ^^
En lisant, j'ai eu l'impression d'être un étudiant étranger qui ne maîtrise pas tout
à fait le français... Ca fait bizarre. ^^' C'est très frustrant aussi... 
Je me demande quel age vous avez et comment est-ce que vous êtes parvenue
à une telle maîtrise sans apparemment perdre le goût de l'écriture. 
Je n'ai pas trouvé de présentation perso ou quoi que ce soit.
Dommage j'aurais été curieux. ^^

mamiehiou.over-blog.com 30/01/2013 05:18



Ah ! Vous êtes très drôle ! Et modeste aussi. Sachez que je m'amuse à écrire ainsi des textes pour apprendre éventuellement à mes lecteurs quelques mots qu'ils ne connaissent pas et quelques
tournures grammaticales un peu alambiquées. La langue française est si riche qu'il est plaisant de la connaître toujours mieux. Je ne me lasse pas de la découvrir chaque jour.


Vous voulez apprendre quelque chose sur ma personne? Si vous parcourez quelques autres articles, vous découvrirez que je suis une grand-mère. Et une mamie comblée, avec deux petits-enfants. Quant
à mon âge, je vous avouerai que "j'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans". De lecture, évidemment.


Merci pour votre commentaire plein d'esprit !



DANA LANG 14/01/2011 00:18



Que dire mamiehiou ?


Savoureux, délectable, à consommer sans modération ! Moi, j'adore ! J'arrive un peu tard après avoir oublié tous mles commentaires sur mon site, mais je vous le dis, je vous garde en
lien sur le mien !


Une merveille ! Vous faites revivre Molière et notre merveilleuse, magnifique langue française ! Merci à vous


Dana Lang, Conteure, Auteure (délibérément conteur E! Je m'autorise cette transgression)


 



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  • : LE BLOG DE MAMIEHIOU - La langue française telle qu'on l'aime  De la grammaire, des exercices divers, des dictées commentées, des histoires, des textes d'auteurs, des infos pratiques...
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  • J'aime trop les mots pour les garder par-devers moi - au fond de mon coeur et de mon esprit. Ils débordent de mes pensées en contes drolatiques, avec des quiz et des digressions sur la langue.
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Amoureuse des mots, je cherche comment faire partager ma passion. Il y a tant à découvrir dans les bibliothèques du monde, tant de mots à connaître intimement pour affiner notre pensée, tant de mots qu'on n'entend plus sur nos lèvres, enfermés qu'ils sont dans des livres poussiéreux. Il ne tient qu'à nous de les faire revivre et de les faire chanter. Notre langue, si belle, si riche, demande qu'on la respecte, qu'on la préserve, qu'on s'en amuse et qu'on la chérisse. Mamiehiou ............................................................................................................................................................................................ ...................................;....................................................................... « La langue française est une femme. Et cette femme est si belle, si fière, si modeste, si hardie, touchante, voluptueuse, chaste, noble, familière, folle, sage, qu'on l'aime de toute son âme, et qu'on n'est jamais tenté de lui être infidèle. » Anatole France ....................................................... ............... ................................................................................................................. « C'est une langue bien difficile que le français. À peine écrit-on depuis quarante-cinq ans qu'on commence à s'en apercevoir. » Colette

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