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3 août 2010 2 03 /08 /août /2010 17:10

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La fraîcheur et les rumeurs fantasmagoriques de la nuit s'immiscèrent dans mes rêves et agirent conséquemment, et à mon insu. Je fus secouée de soubresauts hystériques dus à des cauchemars incontrôlés que, illico, ma compagne compatissante se mit en devoir d'anéantir. Une claque bien sentie s'abattit sur ma joue étonnée. L'onde de choc aussitôt parvint à mes centres nerveux tout proches, provoquant un extravagant fouillis dans mes logiciels et mes périphériques biologiques déconnectés.

« D'où te vient si soudain cette humeur assassine ? m'enquis-je, amère et courroucée, aussitôt après que ma conscience se fut éclaircie.

Il suffit ! Te voilà délivrée de tes monstres oniriques, ingrate. Ton jugement s'égare, je ne veux que ton bien, lâcha la laie. »

Je me blottis contre ses soies rugueuses, entre Sou et Ci, et me sentis rassérénée.

 

Ne pouvant retrouver derechef le sommeil, je levai les yeux vers la voûte constellée — « Cliché ! » railla Sissi. — et, plongeant notre regard dans les espaces vertigineux, nous commençâmes une conversation métaphysiquement astronomique sur l'univers chiffonné1, digne de Ptolémée et d'Aristote, de Kepler, de Copernic et de Galilée, de Newton et d'Einstein, et de bien d'autres bâtisseurs de mondes innombrables.

« Dithyrambe d'une astro-physicienne de base », ponctua Sissi.

« Que contemples-tu ? interrogeai-je.

Je regarde ce que je ne vois pas. 

Développe.

Les galaxies lointaines, soupira-t-elle, et les trous noirs... les trous noirs qui nous avaleraient dans l'indifférence d'un glouglou gigantesque.

Gloups, fis-je. »

 

Des étoiles tombait une obscure clarté2, et la lune impudente et joufflue nous lorgnait. 

............................................................

1-cf. Jean Pierre Luminet, L'univers chiffonné.- l'espace cosmique à topologie variable,

       

 2- Cette obscure clarté qui tombe des étoiles
 Enfin avec le flux nous fait voir trente voiles ;
 L'onde s'enfle dessous, et d'un commun effort
 Les Maures et la mer montent jusques au port.

 Corneille, Le Cid (1682), Acte IV, scène 3

 

NOTES

Titre : Délires intrinsèquement nocturnes

Intrinsèque, qui est intérieur à l'objet, qui appartient à son essence même. (contraire, extrinsèque)

 

que, illico, ma compagne compatissante se mit à anéantir

illico, familier, tout de suite, sur-le-champ.

On remarque que le texte est truffé de mots appartenant à des registres différents.

Voir : Champ lexical - Champ sémantique - Niveau de langue - Registre de langue - style soutenu, courant, familier, populaire, argotique, ou vulgaire - Archaïsmes

 

l'onde de choc [...] provoquant un extravagant fouillis

-GUANT ou -GANT, -QUANT ou -CANT ? 

Verbes au PARTICIPE PRESENT

provoquant, fatiguant

extravaguant (=déraisonnant, divaguant, délirant)

Le U (GU) du radical du verbe est conservé.

À ne pas confondre avec les ADJECTIFS QUALIFICATIFS

provocant(e-s-es) extravagant(e-s-es) fatigant(e-s-es).

Tu es provocante. Des travaux fatigants.

Le participe est souvent suivi d'un complément. Son air extravagant, provoquant mon émoi, me déplut.  

Voir l'article : Ne pas confondre participes présents, gérondifs et adjectifs verbaux, (en) fatiguant fatigant – (en) convainquant convaincant – (en) émergeant émergent – (en) résidant résident... et faire le quiz

 

m'enquis-je, amère et courroucée

S'enquérir de, faire des recherches sur quelque chose ou sur quelqu'un, s'informer, se renseigner, Il se conjugue comme acquérir, requérir, conquérir.

Voir note texte 5.

Indicatif Présent, je m'enquiers, nous nous enquérons, elles s'enquièrent / Imparfait, je m'enquérais / Passé simple, je m'enquis / Futur, je m'enquerrai / Passé composé, je me suis enquis (enquise)

Subjonctif Présent, que je m'enquière, Imparfait, que je m'enquisse, qu'il s'enquît.

Conditionnel Présent, je m'enquerrais.

Participe Présent, s'enquérant.

REMARQUE, le verbe QUERIR, défectif, ne s'emploie qu'à l'infinitif.

courroucé, en colère - le courroux, littéraire pour la colère

 

m'enquis-je [...] aussitôt après que ma conscience se fut éclaircie

se fut éclaircie, passé antérieur (indicatif) dans la proposition subordonnée de temps, avec un verbe au passé simple m'enquis-je dans la principale.

> AVANT QUE + LE SUBJONCTIF

> APRES QUE + L'INDICATIF (OU LE CONDITIONNEL qui est considéré comme un temps de l'indicatif)

Tu ne pleureras pas après que j'aurai tourné les talons. Futur antérieur.

Vous auriez donc pleuré après qu'il serait parti ? Conditionnel Passé.

Il faut bonne mémoire après qu'on a menti (Corneille). Passé composé.

PROBLEME

Il est de plus en plus fréquent d'entendre le subjonctif 

après APRES QUE, c'est TRÈS CRITIQUÉ  

J'ai pleuré après que tu m'aies raconté cette histoire. 

J'ai réfléchi à tout cela après qu'elle soit venue m'en parler.

Voir dans le Trésor le paragraphe B sur la locution après que > APRÈS

On préférera : 

J'ai pleuré après que tu avais raconté cette histoire.

Je pleurai après que tu eus raconté cette histoire. (style soutenu)

Le plus-que-parfait de l'indicatif et le passé antérieur indiquent une action passée (raconter une histoire) et antérieure à une autre action passée (pleurer). 

Tu as raconté, ensuite j'ai pleuré.

Mais voilà, dans la langue courante on emploie de plus en plus (à tort) le subjonctif en imitant la tournure avec la locution conjonctive AVANT QUE qui, elle, est bien suivie du subjonctif.

Je n'ai jamais réfléchi à tout cela  avant qu'elle ne fasse cet exposé. Subjonctif présent.

Je n'avais jamais réfléchi à tout cela avant qu'elle n'ait fait cet exposé. Subjonctif passé.

Je sais bien que je pleurerai après que tu m'auras raconté cette histoire.

Futur antérieur. Ici l'action est future et également passée par rapport à une autre action future.

Ah ! Tout cela n'est pas simple !

Pour en savoir plus sur le subjonctif lisez l'article qui tente d'en débusquer les moindres pièges : L'emploi du subjonctif. 

 

te voilà délivrée de tes monstres oniriques

onirique, du rêve

 

ne pouvant retrouver derechef le sommeil

derechef, une seconde fois, encore une fois.

 

je levai les yeux vers la voûte constellée

constellé, couvert de constellations, d'étoiles

un corsage constellé de perles.

NE PAS DIRE un ciel constellé d'étoiles,  

ce serait un PLÉONASME.              

Le mot constellé contient déjà le mot étoile

(stella, stellaire, constellation, etc.)    

 

d'autres bâtisseurs de mondes innombrables

Innombrable, 2N : préfixe in-, radical nombre.

 

Un dithyrambe, un éloge plein d'enthousiasme, qui frise parfois l'exagération. Un discours dithyrambique

 

Gloups ou glou, onomatopée qui imite le bruit de la déglutition.

Qu'est-ce qu'une interjection ? Qu'est-ce qu'une onomatopée ?

 

Des étoiles tombait une obscure clarté

une obscure clarté, sujet inversé de tombait.

 

L'OXYMORE ou OXYMORON,  figure de style, alliance de mots dont le rapprochement est inattendu, les termes étant des contraires.

Exemples :

"Cette obscure clarté qui tombe des étoiles
Enfin avec le flux nous fait voir trente voiles ;"
Pierre Corneille

 

"Je la hais d'amour comme tout un chacun."

Robert Desnos

 

"Ma seule étoile est morte, — et mon luth constellé

Porte le soleil noir de la Mélancholie."

Gérard de Nerval

 

"Par ma foi, voilà un beau jeune vieillard pour quatre-vingt-dix ans ! ”

Molière

 

La lune impudente et joufflue nous lorgnait.

LA PERSONNIFICATION, figure de style qui nous décrit ici la lune comme un être animé.

 

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Published by mamiehiou.over-blog.com - dans LES DELIRES
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Pierre GUÉRARD 05/06/2016 11:07

Bonjour,
Vu dans le texte : "délires 10", deuxième phrase : "Je fus secouée de soubresauts hystériques dus à des cauchemars". Il n'a pas été mis d'accent circonflexe à "du". Ne devrait-il pas y en avoir un pour démarquer ce participe passé du verbe devoir de l'article partitif "du" ?
Toutes mes félicitations pour le trésor que représente votre blog, ce mot trésor n'ayant rien à envier au site "Trésor" du CNRS.
Bien cordialement.

mamiehiou.over-blog.com 05/06/2016 14:16

Bonjour Pierre,
Je suis très contente que vous appréciiez mon blog.
J'ai écrit un article sur DU que vous pourrez lire :
http://mamiehiou.over-blog.com/article-ne-pas-confondre-du-du-dus-dut-due-dues-dut-97460831.html
Il n'y a pas de confusion entre l'article contracté DU et le participe passé DUS au pluriel sur lequel on ne met pas d'accent circonflexe.
Je vous remercie de votre commentaire qui m'encourage à continuer. Et n'hésitez pas si vous découvrez des coquilles dans mes articles.

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Amoureuse des mots, je cherche comment faire partager ma passion. Il y a tant à découvrir dans les bibliothèques du monde, tant de mots à connaître intimement pour affiner notre pensée, tant de mots qu'on n'entend plus sur nos lèvres, enfermés qu'ils sont dans des livres poussiéreux. Il ne tient qu'à nous de les faire revivre et de les faire chanter. Notre langue, si belle, si riche, demande qu'on la respecte, qu'on la préserve, qu'on s'en amuse et qu'on la chérisse. Mamiehiou ............................................................................................................................................................................................ ...................................;....................................................................... « La langue française est une femme. Et cette femme est si belle, si fière, si modeste, si hardie, touchante, voluptueuse, chaste, noble, familière, folle, sage, qu'on l'aime de toute son âme, et qu'on n'est jamais tenté de lui être infidèle. » Anatole France ....................................................... ............... ................................................................................................................. « C'est une langue bien difficile que le français. À peine écrit-on depuis quarante-cinq ans qu'on commence à s'en apercevoir. » Colette

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