Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
10 décembre 2010 5 10 /12 /décembre /2010 07:45

LES DÉLIRES Tous les épisodes

ACCUEIL & SOMMAIRE

Tous les articles du blog

 

Je dormis cette nuit-là comme l'enfant qui vient de naître.

Un grattement discret se fit entendre à ma porte alors que, tout fraîchement éveillée, je m'apprêtai à rejoindre mes hôtes qui devaient prendre le petit déjeuner. C'était l'heure.

Rien ne m'obligeait à me lever aussi tôt certes, mais je brûlais d'envie de retourner au Jardin.

Lorsque j'ouvris la porte, Prétatou se précipita dans mes jambes en aboyant de joie, comme savent le faire si bien les chiens heureux.

Ne sait-on pas que le chien a son sourire dans sa queue*?

« Oli, jappa-t-il, chère Oli, rien ne t'oblige à te lever si tôt, mais ne brûles-tu point de l'envie de retourner avec moi dans le Jardin des Délices et de la Connaissance ? »

Je lui prodiguai quelques bonnes caresses en enfonçant mes doigts gratteurs dans son doux pelage frisé. Il en fut fort aise et sa queue, battant de droite et de gauche, fut d'une éloquence canine évidente.

 

Après quelques ablutions nécessaires, je descendis à la cuisine où Alcmène et Amphi étaient déjà attablés.

Si Alcmène m'avait témoigné son admiration pour le repas que j'avais réussi la veille, Amphi, taciturne comme on le connaît, ne m'avait encore rien dit qui eût pu me flatter. Cependant, ne voulant pas être en reste, il me prodigua quelques compliments que je reçus avec une grande pudeur.

« D'où tiens-tu tes talents de cuisinière, me demanda-t-il ?

Peut-être avez-vous entendu parler de Marie Cratère, m'aventurai-je à lui répondre. Je suis restée chez elle assez de temps pour qu'elle m'initiât aux règles élémentaires de la cuisine. »

Au nom de Marie Cratère, Amphi sourcilla. Me crut-il ? J'en doute. On sait que tout commerce avec cette femme peu recommandable s'avérait impossible puisque l'accès à la forêt qu'elle habitait était vivement déconseillé sous peine de sanctions, et que les histoires qu'on racontait sur elle étaient si effrayantes qu'elles ôtaient toute envie de la rencontrer. Alcmène me jeta un regard de côté et ne dit mot. Mes assertions l'estomaquaient à chaque fois que j'évoquais le nom de la sorcière.

Mes commensaux ne voulurent point en savoir davantage, et nous en restâmes là.

.........................................

*Le chien, — quelle drôle de bête ! — a sa sueur sur sa langue et son sourire dans sa queue. Victor Hugo, L'homme qui rit

 

NOTES

Titre : fort matin, très tôt le matin, de bonne heure, de bon matin, au point du jour, dès potron-minet...

 

tout fraîchement éveillée

Tout, ici adverbe invariable, mais il ne l'est pas toujours.

> Ne pas confondre : TOUT adjectif indéfini, pronom indéfini, adverbe (variable dans certains cas) et substantif

 

comme l'enfant qui vient de naître

Verbes en aître et oître, aître comme connaître et oître comme croître

> Les verbes difficiles conjugués à l'indicatif présent, au passé simple, au subjonctif présent et au subjonctif imparfait

La Nouvelle Orthographe supprime l'accent circonflexe sauf lorsque croître (croitre) peut être confondu avec croire : je croîs, je croitrai, etc.

 

Un grattement se fit entendre... je m'apprêtai...

Les emplois du passé simple

> Les emplois de l'imparfait de l'indicatif et du passé simple

 

je m'apprêtai à rejoindre mes hôtes

Les hôtes, un hôte, une hôte, deux acceptions :

1- ceux qui reçoivent et 2- ceux qui sont reçus, les invités.
Une hôtesse, celle qui reçoit.

 

après quelques ablutions nécessaires, je descendis à la cuisine

Ablutions, ablation, voir la note du texte 19

Mots se terminant par ATION, ASSION voir la note dans le même texte.

Voir aussi :

> Paronymes - paronomase - Quiz 27

 

Il ne m'avait encore rien dit qui eût pu me flatter

qui eût pu me flatter

subjonctif dans une proposition subordonnée relative contenant une idée de conséquence.

verbe flatter accompagné du semi auxiliaire pouvoir.

Voir la note sur les semi auxiliaires, texte 43 

 

compliments que je reçus avec une grande pudeur

pudeur : ici, modestie, timidité, retenue

 

Je suis restée chez elle assez de temps pour qu'elle m'initiât

initiât, subjonctif imparfait

assez... pour que

subjonctif dans une proposition subordonnée introduite par (assez...) pour que. Ici, c'est une subordonnée de conséquence.

imparfait, puisque le texte est au passé.

Voir l'article Pour que, pour... que

 

puisque l'accès de la forêt est interdit

sens précis et emploi de puisque. Voir l'article Puisque

accès, mots commençant par AC, ACC, voir la note du texte 8

verbes conjugués et participes passés se terminant par I, IS, IT, ÎT, voir la note du même texte 8

 

Les histoires qu'on racontait étaient si effrayantes

Mots commençant par EFF, pas d'accent sur le E

 

l'accès à la forêt qu'elle habitait était vivement déconseillé

> Les adverbes en -MENT - QUIZ 109

 

Mes commensaux ne voulurent point en savoir davantage

Ne... point, sens de cette négation et d'autres négations archaïques :

> Je ne marche pas, je ne vois point, je ne mange mie, je ne bois goutte

Un commensal, des commensaux.

Le commensal est celui qui mange à la même table que la personne en question.

Le pluriel des noms en AL

> Les noms qui se terminent par au, aux, aus, eau, eaux, eu, eux, eus, oeu, oeux, ou, oux, ous

 

Davantage, d'avantage

> Ne pas confondre : sortir, assortir, ressortir intrans. ou trans. indirect- quelquefois, quelques fois – davantage, d'avantage – bientôt, bien tôt – sitôt, si tôt - près de, prêt à

 

Nous en restâmes là

Nous n'allâmes pas plus loin, la discussion s'interrompit.

En rester là

 

<< 102 Délires sur la satisfaction que produit un travail bien fait - Tout désir est une illusion

>> 104 Délires sur l'incongruité de la jalousie + Des inventeurs et des inventions – QUIZ

 

LES DÉLIRES Tous les épisodes

ACCUEIL & SOMMAIRE

Tous les articles du blog

Partager cet article

Published by mamiehiou.over-blog.com - dans LES DELIRES
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : LE BLOG DE MAMIEHIOU - La langue française telle qu'on l'aime  De la grammaire, des exercices divers, des dictées commentées, des histoires, des textes d'auteurs, des infos pratiques...
  • : Pour tous ceux qui aiment la langue française. Son histoire, sa grammaire et son orthographe. Des dictées commentées, des exercices ébouriffants, un florilège de textes d'auteurs, etc.
  • Contact

Mon Profil

  • mamiehiou.over-blog.com
  • J'aime trop les mots pour les garder par-devers moi - au fond de mon coeur et de mon esprit. Ils débordent de mes pensées en contes drolatiques, avec des quiz et des digressions sur la langue.
  • J'aime trop les mots pour les garder par-devers moi - au fond de mon coeur et de mon esprit. Ils débordent de mes pensées en contes drolatiques, avec des quiz et des digressions sur la langue.

Mon blog

Amoureuse des mots, je cherche comment faire partager ma passion. Il y a tant à découvrir dans les bibliothèques du monde, tant de mots à connaître intimement pour affiner notre pensée, tant de mots qu'on n'entend plus sur nos lèvres, enfermés qu'ils sont dans des livres poussiéreux. Il ne tient qu'à nous de les faire revivre et de les faire chanter. Notre langue, si belle, si riche, demande qu'on la respecte, qu'on la préserve, qu'on s'en amuse et qu'on la chérisse. Mamiehiou ............................................................................................................................................................................................ ...................................;....................................................................... « La langue française est une femme. Et cette femme est si belle, si fière, si modeste, si hardie, touchante, voluptueuse, chaste, noble, familière, folle, sage, qu'on l'aime de toute son âme, et qu'on n'est jamais tenté de lui être infidèle. » Anatole France ....................................................... ............... ................................................................................................................. « C'est une langue bien difficile que le français. À peine écrit-on depuis quarante-cinq ans qu'on commence à s'en apercevoir. » Colette

Rechercher Un Mot Du Blog