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21 janvier 2011 5 21 /01 /janvier /2011 09:21

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Allais-je demeurer plus longtemps devant ces volumes qui se paraient des reliures plus précieuses les unes que les autres, reliures plein-cuir en marocain, ou mieux en marocain du Cap au grain exceptionnel, en mohair, en chagrin, reliures dont le tranche-fil rehaussait l'élégance, et qui laissaient deviner qu'elles contenaient les pages dont je pourrais caresser le vélin, le vergé, le chine, le papier bible, le japon dont l'épair est d'une remarquable beauté ?

 

Allais-je demeurer plus longtemps à hésiter avant de me saisir avec mille précautions, avec vénération même, d'une première édition que des milliers de lecteurs avant moi avaient dû effleurer ou embrasser peut-être, et feuilleter, et lire avec la même admiration ? Je tirerais de sa place le volume choisi en prenant garde de ne pas l'agripper par la coiffe pour qu'il ne souffrît pas, je le prendrais plutôt avec deux doigts sur les plats en le soulevant comme il sied à une personne respectueuse et connaissant les usages.

 

Mais avant toute chose, je passai les gants de soie que l'on m'avait remis à l'entrée avec la recommandation de ne point oublier de les enfiler pour ne pas laisser la moindre trace de doigt qui eût pu endommager le livre, gants à la peau si fine que je ne les sentais pas m'empêcher de goûter à la douceur des cuirs.

 

Je parcourus des yeux les titres qui s'offraient à moi et je remarquai qu'ils m'étaient familiers, prometteurs d'idées et d'aventures, les incontournables, les indispensables, ceux dont personne n'aurait pu nier qu'ils exerçassent dans les cœurs des émotions qui ne s'émousseraient jamais, et sur les esprits une influence incontestable dont les effets se feraient sentir encore et toujours à travers les âges à venir.

 

Je laissai glisser, avec volupté, mes doigts sur le dos des livres sagement alignés, vivant de leur vie propre, et qui attendaient patiemment, j'en suis sûre, que je les choisisse, chacun à leur tour. Je jouis du contact délicieux du relief des pièces de titre, des nerfs, des lettres dorées.

 

Mes doigts s'arrêtèrent soudain comme mus par le désir qu'enfin je me décidasse.

Je m'emparai de El Ingenioso Hidalgo Don Quijote de la Mancha*.

........................................................................................  

*El Ingenioso Hidalgo Don Quijote de la Mancha*, roman de Miguel de Cervantes écrit en deux parties et publié en 1605 et 1615. Connu chez nous sous le nom de Don Quichotte

 

NOTES

Allais-je demeurer plus longtemps devant ces volumes... ?

Allais-je demeurer plus longtemps à hésiter.... ?

L'ANAPHORE

Répétition d'un mot ou d'un groupe de mots en début de phrase.

Allais-je demeurer plus longtemps...

On se souvient de l'anaphore proférée par François Hollande le 2 mai 2012 : "Moi président... Moi président... 15 fois

Sens de demeurer dans le texte

1- Allais-je demeurer plus longtemps devant ces volumes... ?

Verbe duratif comme : attendre, rester, réfléchir…

2- Allais-je demeurer plus longtemps à hésiter.... ?

Tarder, mettre un certain temps pour faire quelque chose.

On peut dire :

J'ai demeuré longtemps à hésiter...

Je suis demeurée longtemps à hésiter...

Demeurer se conjugue généralement avec avoir quand il signifie habiter et avec être quand il signifie rester

Autres sens de demeurer

3- Il unit l'attribut au sujet

Je demeurais perplexe. Je restais perplexe.

4- Je demeurai court. Je restai court. Je me trouvai court. Je ne savais que dire.

5- Je suis demeurée d'accord là-dessus. Je suis tombée d'accord. Je me suis trouvée d'accord.

6- Je ne demeure pas dans cette maison. Je n'habite pas cette maison. Je ne demeure nulle part.

7-Demeurons-en là. Restons-en là. Cessons de discuter.

 

avant de me saisir d'une première édition

Se saisir de, s'emparer de, s'approprier

 

Suivent par ordre alphabétique les mots relatifs au livre-objet. 

Cf. Michel de l'Ormeraie

CHAGRIN : cuir de chèvre à petit grain rond.

CHINE : papier originairement fabriqué en Chine, à base de fibres de soie, léger, fragile, mais très doux de consistance. Il reçoit admirablement la gravure sur bois. Assez souvent, ce papier, qui est très fin, est collé sur un papier vélin pour lui donner plus de résistance.

COIFFE : rebord qui surmonte le dos du volume.

CUIR : Ce mot recouvre toutes les qualités, allant de la croûte à la fleur, toutes les épaisseurs, allant du scié mince (scié dans l'épaisseur) au plein, en passant par le scié fort, demi-fort, trois-quart fort et plein, de telle sorte que pour la plus belle qualité on devrait dire « plein cuir plein ».

Pour en savoir plus sur le cuir, lisez donc l'article CUIR dans la rubrique Trucs et Astuces page 1. 

ÉPAIR : aspect du papier vu par transparence.

JAPON : papier originairement fabriqué au Japon, à base d'écorces d'arbres. Épais et résistant, il a une belle teinte ivoire. Epair nuageux.

JAPON NACRÉ : de même consistance, le papier a subi un blanchiment qui lui enlève la teinte ivoire. On l'additionne de fibre de bambous.

MAROCAIN : cuir de chèvre du Maroc.

MAROCAIN DU CAP : cuir de chèvre du Cap recherché pour son grain caractéristique.

MOHAIR : cuir de chèvre à grains allongés.

MORS : petite saillie entre les plats et le dos d'un volume relié.

NERFS : autrefois, proéminences au dos d'un livre provoquées par l'épaisseur de la ficelle reliant le corps de l'ouvrage au carton des plats. Aujourd'hui, proéminences conservées pour un effet décoratif. Faux-nerfs signifient nerfs creux obtenus par gaufrage, vrais-nerfs signifie nerfs pleins (armés).

PAPIER BIBLE : papier extrêmement mince, très froissable et transparent. Le véritable papier bible est toujours pur chiffon, sinon il doit s'appeler simili bible.

PARCHEMIN : peau d'animal préparé pour l'écriture ou l'impression, il conserve un aspect blanchâtre.

Papier traité façon parchemin.

PLAT : carton formant la couverture d'une reliure et sur lequel est appliquée la matière de recouvrement. On distingue le plat recto et le plat verso.

RELIURE A DENTELLE : 1-style de décor. 2-reliure décorée à l'intérieur des plats.

TRANCHES : les trois côtés papier du livre.

TRANCHEFILE : passementerie décorative de finition en tête et en pied du dos à l'intérieur de la couverture.

VELIN : 1-peau de veau employée au Moyen Âge pour les manuscrits. 2-papier fortement pressé et lissé sur les deux faces, ce qui lui donne la consistance et l'apparence de la peau de veau.

VERGÉ À LA CUVE : papier fabriqué comme à l'ancien temps avec un tamis métallique tenu à deux mains par l'ouvrier papetier. Ce tamis est plongé dans la cuve à papier et rapidement retiré. La couche de pâte à papier est égouttée, délicatement enlevée du tamis et empilée en intercalant entre chaque feuille une mince plaque de feutre. L'ensemble est alors passé sous une presse pour évacuer l'eau au maximum. Puis, les feuilles sont reprises une à une et accrochées sur des fils comme du linge pour finir de sécher à l'air libre.

 

Michel de l'Ormeraie, éditeur passionné qui a voué sa vie professionnelle à la création de livres d'art publiés dans des éditions de luxe, ces petites merveilles que le bibliophile aimera savoir qu'elles se transmettront de génération en génération.

À l'heure de l'éphémère et du tout jetable, cet éditeur d'exception s'est efforcé pendant de longues années à assouvir la passion de ceux qui aiment les beaux livres.

En août 2011, le Ministre de la Culture lui décernait le grade de Chevalier dans l'Ordre des Arts et des Lettres. Jamais titre ne fut mieux mérité !

Voir les sites qui le concernent sur la toile.

 

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Amoureuse des mots, je cherche comment faire partager ma passion. Il y a tant à découvrir dans les bibliothèques du monde, tant de mots à connaître intimement pour affiner notre pensée, tant de mots qu'on n'entend plus sur nos lèvres, enfermés qu'ils sont dans des livres poussiéreux. Il ne tient qu'à nous de les faire revivre et de les faire chanter. Notre langue, si belle, si riche, demande qu'on la respecte, qu'on la préserve, qu'on s'en amuse et qu'on la chérisse. Mamiehiou ............................................................................................................................................................................................ ...................................;....................................................................... « La langue française est une femme. Et cette femme est si belle, si fière, si modeste, si hardie, touchante, voluptueuse, chaste, noble, familière, folle, sage, qu'on l'aime de toute son âme, et qu'on n'est jamais tenté de lui être infidèle. » Anatole France ....................................................... ............... ................................................................................................................. « C'est une langue bien difficile que le français. À peine écrit-on depuis quarante-cinq ans qu'on commence à s'en apercevoir. » Colette

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