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30 mars 2011 3 30 /03 /mars /2011 07:58

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Le susmentionné lieutenant, dégingandé et tiré à quatre épingles°, voulut mettre de l'ordre dans ses troupes livrées quelque peu à elle-mêmes, lesquelles ne se souciaient aucunement de donner une bonne image de l'autorité et de l'impartialité dont elles eussent dû faire preuve. Sa voix tonitruante impressionna. Le silence revint.

Chacun se remit au travail — tout au moins le laissa croire — non sans quelques murmures.

Après m'avoir succinctement posé les questions d'usage en pareille circonstance, à savoir où je me trouvais à l'heure du crime et si je connaissais aux victimes des ennemis jurés, ou de simples ennemis tout au plus, mon interrogateur me dit d'un ton péremptoire que je pourrais me retirer. Il me remit sa carte en me demandant de lui faire part de détails nouveaux qui me reviendraient en mémoire.

Je lus,

Lieutenant Pékin Louf.

Avec un nom pareil, je me doutais bien qu'il lui avait fallu une autorité supérieure à la moyenne pour se faire entendre. Son surnom de Plouf— P. Louf — que j'avais entendu maintes fois susurrer, accompagné d'un geste suggestif, ne devait rien arranger.

Je n'étais cependant pas au bout de mes surprises. À peine avais-je esquissé un mouvement pour quitter sans regret la place, que Louf — dit Plouf — me retint.

« On m'informe à l'instant qu'un certain monsieur Nasier vous demande et dit avoir une requête à vous faire, me dit-il. »

J'attendis.

 

Saisie d'une intuition effroyable, je blêmis à l'arrivée dudit monsieur Nasier.

Alcofribas ! C'était Alcofribas !**

Je n'en crus pas mes yeux quand je le vis entrer en grande conversation avec le susdit Louf — dit Plouf.

Mais, que vois-je présentement ? Ne se donnent-ils pas de grandes tapes dans le dos comme de vieux camarades ?

« Qu'est-ce à croire ? m'interrogé-je. »

 

Alcofribas s'approche de moi et, doucereux comme il n'est pas permis, m'apprend qu'il reprend l'auberge restée vacante, et pour cause, et il me propose de m'y garder comme cuisinière.

À peine si je reconnais ses manières ! Lui, le galant, le séducteur.

Sûr de lui, il s'enflamme lorsqu'il me voit réticente.

Ne voit-il pas qu'il me charlatane ?

Que croit-il donc ce mâchefer ? me convaincre à force de vociférations incongrues ? Qu'imagine-t-il donc ce paroxyste ? me fléchir par la menace ? Qu'espère-t-il donc ce malitorne ? m'emberlificoter par ses manières de macho?

 

« Acceptez mon offre Oli ! Acceptez mon offre Oli... »  nonuple-t-il sur tous les tons sans se résoudre à perdre la partie.

 

Que voilà bien soudain un sinistre personnage !

Je contiens ma colère. J'imagine des choses bien vilaines qu'il a dû faire. Se pourrait-il vraiment qu'il soit à l'origine de cette histoire abominable ? Tout ça pour me tenir à sa merci ?

 

Et ce hareng pec de Plouf qui ne remue pas le petit doigt !

Mais comment lui dire mes soupçons ?

........................................................................ 

*Voir le texte n° 106 où l'on voit se rencontrer pour la première fois Oli et Alcofribas.

Alcofribas Nasier. Je ne te ferai pas l'injure, cher lecteur, de te rappeler à qui appartient ce célèbre pseudonyme que j'ai outrageusement emprunté !

[Après réflexion, je te fais quand même l'injure, c'est François Rabelais)

 

NOTES

le susmentionné lieutenant, dégingangé et tiré à quatre épingles

Susmentionné, susdit, susnommé... susdite, susmentionnée etc.

Mentionné(e) ci-dessus.

tiré à quatre épingles, mis sur son trente-et-un, très chic.

 

l'impartialité dont elles eussent dû faire preuve

eussent dû, subjonctif plus-que-parfait à valeur de conditionnel passé (2e forme), elles auraient dû (2e forme))

Ne pas confondre : du dû dus dut, due, dues, et dût

 

Mais que vois-je présentement...

Le texte qui est écrit au passé, temps du récit, passe brusquement au présent pour le rendre plus vivant. C'est le présent de narration.

 

Qu'est-ce à croire ? m'interrogé-je

Le voilà ! m'écrié-je.

Forme vieillie : Inversion du sujet je après un verbe se terminant par e au présent de l'indicatif.

On aurait à la 3e personne du singulier :

Qu'est-ce à croire, s'interroge-t-il.

Le voilà, s'écrie-t-il.

Voir : Eussé-je, eussè-je, j'eusse, fussé-je, fussè-je, je fusse, dussé-je, dussè-je, eût-il, fût-il, dût-il, fût-ce, fussent-ils, parlé-je..

 

Ne voit-il pas qu'il me charlatane

Ne voit-il pas

locution désuète qui marque la surprise.

Charlataner

1-faire le charlatan

2-tromper à la manière des charlatans, abuser quelqu'un par de belles paroles.

 

qu'espère donc ce malitorne ?

Un malitorne, un personnage qui a de mauvaises manières.

 

que croit donc ce mâchefer ?

Un mâchefer, un fanfaron, celui qui croit pouvoir mâcher du fer.

 

qu'imagine donc de paroxyste ?

Un paroxyste a un tempérament qui pousse à l'outrance, au paroxysme.

 

"acceptez mon offre", nonuple-t-il

Nonupler, répéter neuf fois.

 

et ce hareng pec de Plouf qui ne remue pas le petit doigt

Pec, fraîchement salé. ne s'emploie que dans la locution hareng pec.

 

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VERLAN ET LOUCHÉBEM

 

LE VERLAN

Le mot verlan est un mot verlan. On a mis à l'envers les syllabes de l'envers (vers-l'en) et on a écrit le mot en verlan.

Le verlan utilise ce procédé, mettre à l'envers les syllabes des mots.

Tomber devient béton dans le Laisse béton de Renaud.

On trouve déjà au XVIème siècle Bonbour pour Bourbon et Louis XV au XVIIIème devient Sequinzouill.

Le verlan a voulu être à ses débuts une sorte de langue secrète utilisée par les prisonniers qui ne voulaient pas être compris. Aujourd'hui certains groupes de jeunes vernalisent.

 

L'art et la manière de comprendre le verlan.

Lorsque le mot a deux syllabes, on l'a vu, on inverse les syllabes, c'est la permutation. Dans le cas où il n'y a qu'une seule syllabe, on inverse les sons. Une vie de ouf, c'est une vie de fou.

La syllabe unique se termine par une consonne ou un e muet ? Qu'à cela ne tienne ! On ajoute un e qui se prononce eu. Flic devient par dissyllabisation flikeu et par inversion keufli, la troncation fait disparaître le li et donne keuf.

Femme devient meuf. mère, reum.

Les règles parfois varient, on peut enlever une lettre ou la modifier, arabe devient rebeu, frère, reuf, juif, feuj. On peut revernaliser : dans ce cas, beur devient reubeu et keuf, feukeu.

Avec plus de deux syllabes on a le champ libre pour la fantaisie. La cigarette devient garettci et enculé léancu, chiredé ou chiré signifie déchiré, port'nawak ou nawak, n'importe quoi.

Et ainsi de suite.

 

LE LOUCHÉBEM (exemple : louf)

C'était et c'est toujours la langue propre aux bouchers, jargon bien hermétique dont seuls les habitués en saisissent le sens.

La première lettre est rejetée en fin de mot, Les mots commencent par L et se terminent soit par EM ou par OC. JI, UCHE, IC, ou autres variantes.

 

Boucher devient louchébem.

Fou, loufoc, d'où loufoque (par troncation louf).

Gigot, ligogem.

Patron, latronpuche.

Maquereau, lacromuche.

Etc

 

Pour en savoir + sur les langues populaires, voir l'article :

Champ lexical - Registre de langue (ou style), soutenu, courant, familier, populaire, argotique, ou vulgaire – Archaïsmes

 

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Amoureuse des mots, je cherche comment faire partager ma passion. Il y a tant à découvrir dans les bibliothèques du monde, tant de mots à connaître intimement pour affiner notre pensée, tant de mots qu'on n'entend plus sur nos lèvres, enfermés qu'ils sont dans des livres poussiéreux. Il ne tient qu'à nous de les faire revivre et de les faire chanter. Notre langue, si belle, si riche, demande qu'on la respecte, qu'on la préserve, qu'on s'en amuse et qu'on la chérisse. Mamiehiou ............................................................................................................................................................................................ ...................................;....................................................................... « La langue française est une femme. Et cette femme est si belle, si fière, si modeste, si hardie, touchante, voluptueuse, chaste, noble, familière, folle, sage, qu'on l'aime de toute son âme, et qu'on n'est jamais tenté de lui être infidèle. » Anatole France ....................................................... ............... ................................................................................................................. « C'est une langue bien difficile que le français. À peine écrit-on depuis quarante-cinq ans qu'on commence à s'en apercevoir. » Colette

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