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1 avril 2011 5 01 /04 /avril /2011 04:50

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Étais-je stupide ou simplement naïve de croire qu'il était possible d'atteindre le bonheur dans cette vie semée d'embûches ? Et n'avais-je pas compris d'ores et déjà que toujours à nouveaux maux naissent nouvelles peines* ?

Je m'étais laissé aller jusqu'à m'attendrir lorsque Alcofribas m'avait dit naguère de suaves paroles, lorsqu'il m'avait aidée et conduite par la main, lorsqu'il avait répondu aux questions que je me posais. Je l'avais senti irrésistiblement attiré par mon charme et la douceur de mon caractère. Il s'était conduit en vrai protecteur et j'avais été près de lui ouvrir mon coeur.

Ô illusion !

Avais-je pensé que tout était possible avec lui, ou quoi ?

 

Qu'avais-je à me torturer l'esprit alors que l'évidence se faisait jour ? Il avait contrevenu à toutes les règles de la bienséance. Il s'était montré éhontément tel qu'il était. Comment se pouvait-il qu'on osât me traiter aussi barbarement ? Ma colère bouillonnait. De rose tendre qu'elles étaient, mes joues s'enflammèrent, cinabarines. Je ne me contenais plus.

J'aurais tant et tant aimé qu'on me mignotât et voilà que je m'étais laissé surprendre par le parlage d'un fourbe, les boniments d'un ridicule crispin.

Serais-je mieux avancée si j'avais ici accusé ouvertement Alcofribas, alors que je n'avais aucune preuve tangible, palpable, concrète... en un mot irrécusable, pour étayer ma suspicion ?

 

Que n'avais-je écouté Roboland ? Ne m'avait-il pas crié : « Méfie-toi d'Alcofribas ! » Et je n'avais cru qu'à une saute d'humeur, un accès de jalousie. Cher Roboland ! Quelle pitié de ne recevoir de l'affection que d'un robot !

 

« Que ferai-je maintenant ? me dis-je. Qui voir ? À qui me fier ? »

Allais-je à l'avenir m'empêcher de croire à la générosité, à la bonté ? Cesserais-je d'être toujours en quête de tendresse, de compassion, d'amitié ? Ou devrais-je me livrer encore au premier venu, pieds et poings liés°, avec un impardonnable indiscernement ?

Personne ne se tient jamais assez sur ses gardes.

Dieu ! Tout semble m'abandonner !

Dans les heures sombres et solitaires, il ne me reste plus, pour garder espoir, qu'à me bercer de vers qui chantent en ma mémoire.

 

   "Qu’un ami véritable est une douce chose.
   Il cherche vos besoins au fond de votre cœur ;
   Il vous épargne la pudeur
   De les lui découvrir vous-même.
   Un songe, un rien, tout lui fait peur
   Quand il s’agit de ce qu’il aime."*

 

Ne vous avais-je pas avertis, lecteurs incrédules, que j'étais prête à vous entraîner avec moi dans ce monde qui ressemble fort au vôtre d'ailleurs où nous irions, ensemble, de déceptions en déceptions ? N'étions-nous pas convenus que nous ferions la route ensemble ? Est-il besoin de vous dire que vous brûlez comme moi de l'envie de connaître des jours meilleurs ?

Voulez-vous, chers lecteurs, que je vous dise ce que je vais faire ?

Eh bien, je m'en vais délibérer avec moi-même.

...............................................................  

*Voyez que c'est du monde, et des choses humaines !

Toujours à nouveaux maux naissent nouvelles peines ;

Et ne m'ont les destins, à mon dam trop constans,

Jamais après la pluye, envoyé le beau temps

Mathurin Régnier, satire 11

 

**Qu'un ami véritable est une douce chose...

Jean de la Fontaine, Les deux amis.

 

NOTES

Je m'étais laissé aller

Attention, le participe passé laissé suivi d'un infinitif est invariable.  

> L'accord problématique des participes passés FAIT et LAISSÉ - Ils se sont fait ou faits / Elle s'est fait ou faite / Ils se sont laissé ou laissés...

 

Avais-je pensé que tout était possible avec lui ou quoi ?

Quoi ? Tu sais quoi ? Vous savez quoi sur QUOI ?

 

Il avait contrevenu à toutes les règles de la bienséance

Contrevenir : enfreindre, transgresser, agir contre.

Contrevenir aux lois, contrevenir à des ordres.

Se conjugue comme le verbe venir sauf aux temps composés où il s'accompagne de l'auxiliaire avoir.

Je suis venu, j'ai contrevenu à...

Cf. Littré : Il se conjugue avec l'auxiliaire avoir : il a contrevenu à vos ordres ; il s'est conjugué [autrefois] avec l'auxiliaire être : il est contrevenu à vos ordres ; et, au fond, rien n'empêche de dire ou d'écrire ainsi, puisque les composés de venir se conjuguent dans la plupart des cas avec l'auxiliaire être : je suis parvenu au sommet, je suis convenu du fait.   

N'étions-vous pas convenus que nous ferions la route ensemble ?

Convenir

Je voudrais ici attirer votre attention sur les sens de convenir puisque l'auxiliaire utilisé aux temps composés, être et avoir, varie selon le sens.

CONVENIR se conjugue avec l'auxiliaire être :

quand il signifie s'entendre sur une chose.

Nous étions convenus que nous nous verrions le lendemain.

Ils sont convenus du prix de cette marchandise, et de la manière d'en faire la publicité.

quand il signifie s'accorder.

J'étais convenu avec tous mes professeurs, ce qui était une gageure. (Prononcer gajure)

Les hommes et les femmes conviennent rarement sur le mérite d'une femme. La Bruyère

Pour en savoir plus, toujours penser à se plonger dans Le Littré (en ligne),

Le Trésor et L'Académie (voir le CNRTL) 

Lexicographie - Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales

quand on reconnaît une vérité.

Nous étions convenus de nos devoirs de citoyens.

Il était convenu que la chose existait vraiment.

(Dans la subordonnée introduite par que on a l'indicatif si la principale est affirmative, le subjonctif si elle est interrogative ou négative)

-être conforme en parlant des choses.

Vos manières ne sont jamais convenues avec celles de ma fille.

Il se conjugue avec l'auxiliaire avoir

quand il signifie convenable à, être propre à

Cette vie ne m'aurait jamais convenu.

être à la convenance

Ces décisions m'ont convenu.

être convenable

On se mit d'accord sur ce qu'il était convenu de faire.

Se convenir, verbe pronominal

quand il signifie se plaire, s'accepter

Leurs caractères se sont convenu parfaitement.

Nous nous sommes plu et convenu dès que nous nous sommes rencontrés.

On remarque que les participes passés convenu et plu sont invariables (pas de cod).

Faute que l'on entend souvent :

On dit : « Nous avons convenu de faire du shopping cet après-midi. »  alors qu'on devrait dire : » Juliette et moi, nous sommes convenues de faire des emplettes cet (ou cette) après-midi. »

Pour en savoir plus sur les participes passés : QUIZ 26

 

Se pouvait-il qu'on osât me traiter aussi barbarement ?

Barbarement, d'une façon barbare.

qu'on osât, subjonctif imparfait, §25 dans Valeurs et emplois du subjonctif

 

De rose tendre qu'elles étaient, mes joues s'enflammèrent, cinabarines.

L'hyperbate est une figure de style qui consiste à séparer deux mots normalement assemblés. Le rejet en fin de phrase met en relief l'adjectif cinabarine. Il y a disjonction.

Cinabarin (e), qui a la couleur rouge du cinabre, rouge vermillon.

Jeux sur les couleurs : 1-Complétez les phrases avec des noms de couleurs 2-Trouvez la couleur dans les titres des films 3-Cherchez l'intruse - QUIZ 63

 

Nuances de la couleur rouge : aniline, ponceau, framboise, fraise écrasée, rouge anglais, carmin, amarante, bordeaux, capucine, corail, écarlate, feu, vermeil, garance, tomate, vermillon, cinabarin, coquelicot, groseille, écrevisse, terracotta, cerise, cardinal, Bismark, andrinople, cramoisi, sang, sang de boeuf, grenat, tomette, senois, pourpre, nacarat, -de Falun, etc.

 

J'aurais tant aimé qu'on me mignotât

Mignoter, traiter de façon mignonne.

mignotât, subjonctif imparfait

 

Je m'étais laissé surprendre par le parlage d'un fourbe, les boniments d'un ridicule crispin

laissé > L'accord problématique des participes passés FAIT et LAISSÉ

Parlage

-bavardage, paroles inutiles

-discours que l'on tient dans le but de tromper. Le parlage d'un fourbe.

Crispin : valet de comédie qui fait de mauvais tours. Cf. Lesage, comédie : Le valet et son maître

>> sens figuré, se dit d'un personnage qui ressemble au valet de comédie.

 

Devrais-je me livrer au premier venu, avec un impardonnable indiscernement ?

Indiscernement, absence de discernement.

Cesserais-je... Devrais-je...

Le futur du passé, la forme conjuguée est le conditionnel présent. Ici le futur du passé est dans des phrases indépendantes au style indirect libre.

Comparer avec :

Je me demandais si je cesserais à l'avenir... si je devrais...

Je me demande si je cesserai à l'avenir... si je devrai...

Voir > *La concordance des temps dans les propositions subordonnées + Le style ou le discours direct et indirect

 

<< 126 Délires sur un coup de théâtre + Verlan et Louchébem

>> 128 Délires bien faits pour tourner la page + L'érotomanie + Les formes disjointes de l'attribut

 

La phrase interrogative.

L'interrogation est disjonctive quand elle énonce une alternative

Étais-je stupide ou simplement naïve ?

Tournure familière :

Avais-je pensé que tout était possible avec lui ? Ou quoi ? 

 

L'interrogation est fictive lorsqu'on n'attend aucune réponse. Elle équivaut à une exclamation ou à une interjection.

Que n'avais-je écouté Roboland ? (Pourquoi n'avais-je pas...)

Allais-je à l'avenir cesser enfin d'être confiante ?

>ou bien lorsque la réponse suit aussitôt la question :

Voulez-vous, chers lecteurs, que je vous dise ce que je vais faire ? Eh bien, je m'en vais délibérer avec moi-même.

 

L'interrogation fictive est dite rhétorique ou oratoire lorsque la réponse est évidente. On n'a pas besoin de répondre.

Ne vous avais-je pas avertis, lecteurs incrédules, que j'étais prête à vous entraîner avec moi dans ce monde en allant de déceptions en déceptions ? Est-il besoin de vous dire que vous brûlez comme moi de l'envie de connaître des jours meilleurs ?

Serais-je mieux avancée si j'avais accusé ouvertement Alcofribas, alors que je n'avais aucune preuve tangible pour étayer ma suspicion ?

 

L'interrogation délibérative permet, à celui qui parle ou qui pense, de réfléchir avant de prendre une décision.

Que ferai-je maintenant ? Qui voir ? À qui me fier ?

 

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Amoureuse des mots, je cherche comment faire partager ma passion. Il y a tant à découvrir dans les bibliothèques du monde, tant de mots à connaître intimement pour affiner notre pensée, tant de mots qu'on n'entend plus sur nos lèvres, enfermés qu'ils sont dans des livres poussiéreux. Il ne tient qu'à nous de les faire revivre et de les faire chanter. Notre langue, si belle, si riche, demande qu'on la respecte, qu'on la préserve, qu'on s'en amuse et qu'on la chérisse. Mamiehiou ............................................................................................................................................................................................ ...................................;....................................................................... « La langue française est une femme. Et cette femme est si belle, si fière, si modeste, si hardie, touchante, voluptueuse, chaste, noble, familière, folle, sage, qu'on l'aime de toute son âme, et qu'on n'est jamais tenté de lui être infidèle. » Anatole France ....................................................... ............... ................................................................................................................. « C'est une langue bien difficile que le français. À peine écrit-on depuis quarante-cinq ans qu'on commence à s'en apercevoir. » Colette

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