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22 avril 2011 5 22 /04 /avril /2011 04:12

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Une androïde fort charmante, à l'image de la Maria de Métropolis, m'accueillit, munie du sourire le plus sophistiqué que l'on pût imaginer — néanmoins je compris bientôt qu'elle était superlativement bornée. Elle m'installa avec sa grâce toute mécanique dans un large fauteuil en face d'un écran gigantesque.

J'avais bien raison ; les emplois proposés étaient nombreux, pour la plupart vacants depuis peu, car ici, à Utopinambourg*, on ne restait pas longtemps captif d'une activité particulière, fût-elle désirée ardemment et choisie au prime abord. On aimait le changement. Et il était d'autant plus facile de papillonner d'un emploi à un autre qu'on y prenait goût et qu'on évitait ainsi de s'ankyloser les bras, les jambes, ou pire, les neurones c'était selon.

 

L'offre était vaste, disais-je, à voir la longue, longue liste que parcouraient des yeux, ceux-là mêmes qui, comme les miens, cherchaient le petit boulot du moment.

« Il n'y a pas de sots métiers, il n'y a que de sottes gens », écrivait Monsieur Le Roux de Lincy**, il y a bien longtemps — si longtemps même qu'on aurait presque oublié ce proverbe vidé de son sens, puisqu'ici-bas tous les métiers étaient également respectés ; et l'on passait allègrement de l'un à l'autre pendant sa longue, longue vie qui aurait été bien monotone s'il avait fallu s'en tenir à un seul.

Et si s'éveillait brusquement une passion irrésistible pour une spécialité quelconque, on avait tout le loisir de consacrer, à son étude, le temps nécessaire pour en devenir un expert. Que ce fût l'art du barbier-chirurgien ou celui du décrotteur, l'art du chaircuitier saucisseur ou celui du conchyliculteur de moules, sans parler du bénéficier ni du bistourneur ; par ma foi, tous les métiers se valaient bien et Maître Horri*** n'aurait rien eu à envier aux inventeurs de fragrances nouvelles.

 

J'avais consacré quelque temps à l'art de la gastronomie comme vous le savez, et il me prit l'envie de trouver une autre occupationqui me conviendrait, il va sans dire.

Je lus avec une avidité gourmande le choix des emplois que l'on proposait. Comme on ne me prenait pas pour une sainte-nitouche, j'aurais pu postuler n'importe quel emploi, même celui que nul n'aurait osé me proposer, d'autant plus que la susdite androïde au cerveau duriuscule et dépourvue du moindre état d'âme n'avait pas pour fonction de me conseiller. Eût-elle tenté de s'aventurer à le faire, zeste !

J'étais mon seul juge.

L'écran se déroulait longuement devant moi avec une lenteur bien faite pour donner le temps de la réflexion, à tel point que peu s'en fallut que bientôt je ne m'endormisse. Et pas le moindre remontant ne m'était offert pour corroborer mon esprit !

C'est alors que, subrepticement, un inconnu vint s'asseoir à côté de moi, un peu trop près à mon goût.

.............................................................................

*Utopinambourg

Rappelez-vous l'arrivée de notre héroïne Oli à Utopinambourg,

les Délires n° 53

 

**Antoine Leroux de Lincy, 1806 – 1869, écrivain, archiviste paléographe, conservateur de la bibliothèque de l'Arsenal.

Il n'y a pas de sots métiers, il n'y a que de sottes gens.

Livres des Proverbes.

 

***Maître Horri, l'éboueur-type du Moyen Âge.

Voir La Complainte Rutebeuf dans :  Une petite histoire de la Langue Française racontée par mamiehiou– Chapitre 7 - L'ANCIEN FRANÇAIS DU IXe AU XIIIe SIÈCLE - CINQUIÈME PARTIE : Les complaintes de Rutebeuf

Mi autre ami sunt tuit porri :
Je les envoi a maitre Horri
Et cest li lais

 

NOTES

Un ou une androïde, robot construit à l'image d'un homme ou d'une femme.

Incarnée par Brigitte Helm, l'androïde du film Métropolis de Fritz Lang (1927), est construite à l'image d'une femme du peuple, Maria.

Un film - mémoire
Metropolis a été le premier film classé parmi les documentaires du patrimoine mondial. Il est inscrit au registre Mémoire du Monde  de l'Unesco. 

 

le sourire le plus sophistiqué qu'on pût imaginer

subjonctif dans une relative après un superlatif.

Ici, l'imparfait du subjonctif

§71 dans : Valeurs et emplois du subjonctif

 

ceux qui, comme moi, cherchaient le petit boulot du moment, histoire de se changer les idées, aussi.

L'HYPERBATE est une figure de style qui consiste à séparer deux mots normalement assemblés en intercalant un ou plusieurs autres mots. La phrase en est de ce fait comme prolongée en ajoutant l'élément déplacé. 

... histoire de se changer les idées, aussi.

au lieu de

... histoire de se changer aussi les idées.

 

Les métiers anciens susnommés (écrits en italique), je les ai recueillis pour la plupart dans les dictionnaires de Littré et de Godefroy (Le Dictionnaire de l'ancienne langue française et de tous ses dialectes du 9e au 15e siècle, 1881-1902).

Barbier-chirurgien, barbier, artisan qui coupe les cheveux et la barbe. Autrefois, les barbiers étaient aussi des chirurgiens !

Décrotteur, personne nettoyant et cirant les souliers des passants. Au figuré et par plaisanterie, celui qui corrige et arrange les écrits d'un autre.

Saucisseur et Chaircuitier, ancêtre du charcutier

Bénéficier, titulaire d'un bénéfice écclésiastique et qui en perçoit des revenus.

Bistourneur, personne castrant les animaux.

Conchyliculteur. La conchyliculture est l'élevage des mollusques conchifères (c'est-à-dire les coquillages en général)

Voir : Les mots formés avec l'élément culture, QUIZ n°9

...................

et Maître Horri n'avait rien à envier aux inventeurs de fragrances nouvelles

Le travail de Maître Horri dans le récit :

Maître Horri, descendant lointain du Maître Horri du XIIIe siècle, récupère tous les déchets biologiques, déchets d'animaux (dont déchets d'hommes), et déchets végétaux, pour les transformer en énergie. Cela a commencé au XXIème siècle, et même un peu avant et c'est très au point au siècle de notre héroïne !

Voir la note à la fin de l'article : on fabrique de l'énergie avec la graisse d'andouille.

Fragrance, parfum.

les inventeurs de fragrances nouvelles, les parfumeurs

 

j'ai consacré quelque temps à l'art de la gastronomie

quelque temps, un certain temps.

 

on ne me prenait pas pour une sainte-Nitouche

Nitouche : usité seulement dans la locution familière sainte nitouche, personne hypocrite, doucereuse, affectant la simplicité et l'innocence. Sainte n'y touche, c'est-à-dire une sainte qui n'y touche pas ; wallon et bourguig. mitouche.

 

je compris bientôt qu'elle était superlativement bornée

Superlativement, terme familier, qui ne se dit guère qu'en plaisantant. Au superlatif, extrêmement.

Exemple : Elle est superlativement laide.

 

la susdite androïde au cerveau duriuscule

Duriuscule, adjectif. Terme de plaisanterie. Lat. duriusculus, diminutif de durus, dur. Un peu dur. Cf. Littré

On trouve dans le Malade Imaginaire de Molière : Il est duriuscule [le pouls]

 

eût-elle tenté de s'aventurer à le faire, zeste !

eût-elle tenté, aurait-elle tenté, même si elle avait tenté

Zest ! ou zeste !

Ici, interjection familière et ironique dont on se sert pour repousser ce que dit une personne.

Il se vante de cela : zest !

Pour en savoir plus sur le mot zest ou zeste, lire la note du texte :

159 Délires où la prudence est de rigueur

 

pas le moindre remontant ne m'était offert pour corroborer mon esprit

Corroborer - Littré - Terme de médecine. Donner de la force. Il faut donner à cet enfant étiolé tout ce qui corrobore.  2° En général, affermir, appuyer, renforcer.

Vos encouragements, chers lecteurs, corroborent l'obstination et la ténacité que j'ai à poursuivre inlassablement une suite interminable de mes Délires... Mamiehiou

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Aujourd'hui aux infos sur France 2, j'entends qu'on fabrique de l'énergie avec la graisse d'andouille. Et la présentatrice du journal d'ajouter qu'on pourra un jour utiliser tous les déchets animaux pour en faire de l'énergie.

Bravo Benoît Rivalan ! Ce charcutier de Guéméné-sur-Scorff dans le Morbihan qui produit 300 000 andouilles par an (est-ce possible ?) et par la même occasion 15 tonnes de graisse, a eu la bonne idée de transformer cette manne en un produit dont l'énergie alimente un groupe électrogène. Il en vend même à L'EDF.

Génial non ? On n'arrête pas le recyclage intelligent.

Et cela pour ne pas faire mentir l'adage : Tout est bon dans le cochon.

 

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Published by mamiehiou.over-blog.com - dans LES DELIRES
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commentaires

moteur de recherche d emploi 31/12/2012 13:10


Vous avez sans doute des professionnels qui s'occupent de la rédaction de vos articles car les expressions sont bien soignées et le sujet est bien développé, ce qui encourage à terminer la
lecture jusqu'à la fin..merci pour cet article!!

mamiehiou.over-blog.com 31/12/2012 20:54



Je vous remercie pour votre sympathique commentaire. Sachez que j'écris mes articles toute seule, comme une grande!


 



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  • J'aime trop les mots pour les garder par-devers moi - au fond de mon coeur et de mon esprit. Ils débordent de mes pensées en contes drolatiques, avec des quiz et des digressions sur la langue.
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Amoureuse des mots, je cherche comment faire partager ma passion. Il y a tant à découvrir dans les bibliothèques du monde, tant de mots à connaître intimement pour affiner notre pensée, tant de mots qu'on n'entend plus sur nos lèvres, enfermés qu'ils sont dans des livres poussiéreux. Il ne tient qu'à nous de les faire revivre et de les faire chanter. Notre langue, si belle, si riche, demande qu'on la respecte, qu'on la préserve, qu'on s'en amuse et qu'on la chérisse. Mamiehiou ............................................................................................................................................................................................ ...................................;....................................................................... « La langue française est une femme. Et cette femme est si belle, si fière, si modeste, si hardie, touchante, voluptueuse, chaste, noble, familière, folle, sage, qu'on l'aime de toute son âme, et qu'on n'est jamais tenté de lui être infidèle. » Anatole France ....................................................... ............... ................................................................................................................. « C'est une langue bien difficile que le français. À peine écrit-on depuis quarante-cinq ans qu'on commence à s'en apercevoir. » Colette

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