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29 juillet 2011 5 29 /07 /juillet /2011 11:00

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Si notre école était ouverte à tous, on y donnait, entre autres, un cours qui était plus spécialement destiné à la gent masculine. Le nom de la salle de classe, où se déroulaient parfois orageusement les leçons dont il est question, était L'École des Hommes. Certes l'appellation n'était pas nouvelle et d'aucuns l'avaient galvaudée maintes fois avant nous, mais nous voulions nous attacher à ce que ce lieu devînt une vraie plongée dans la réalité concrète de ce que beaucoup de femmes vivaient au jour le jour depuis que le monde est monde, et cela, afin de toucher profondément les hommes dans leur chair et dans leur esprit.

Non qu'on leur fît subir les derniers outrages, il va sans dire, notre école voulant maintenir à tous points de vue une tenue et une respectabilité irréprochables. Nous avions imaginé des procédés capables de faire réfléchir ceux qui s'adonnaient à des pratiques éloignées de la vertu, en les immergeant dans ce qui leur était jusque-là inconnu, la condition féminine, vécue de l'intérieur.

Il y avait belle lurette que le droit de cuissage était une expression bannie du discours politiquement correct, mais ce n'était que pour mieux passer sous silence, avec une hypocrisie toute masculine, certains agissements blâmables, donnés pour propos ou gestes anodins, voire nécessaires à leur statut de mâle dominant, et qui se manifestaient incontinemment.

 

« Le Galant ne désire

Que de vous abuser, et puis après s’en rire...* »

expliquait en grimaçant — il y a bien longtemps déjà —le prédateur d'une toute jeune fille, fraîche et candide comme une enfant, lequel voulait la dissuader de tomber amoureuse d'un jeune homme innocent, et se la garder pour lui seul. Vous vous souvenez du barbon, j'en suis sûre.

 

Il s'agissait, dans les cours que Lio et moi-même avions minutieusement concoctés, de persuader, sinon de convaincre, tous ceux qui souffraient de l'infirmité susdite — si toutefois le mensonge ou l'aveuglement peuvent être qualifiés d'infirmité lorsqu'ils sont pratiquement institutionnalisés (institutionalisés) — de les persuader, disais-je, que la vie d'une femme n'avait rien d'un long fleuve tranquille**

 

On enfermait tout d'abord ces messieur pendant un mois dans une camisole chimique, les dépouillant de toute volonté, les rendant ainsi incapables de regimber.

Ils devenaient malléables à souhait, ingurgitant sans broncher toutes les suggestions que nous leur proposions, phagocytant tous les ordres que nous nous plaisions à leur donner, pour leur bien, forcément.

Il ne fallait pas moins de cette période pour que les œstrogènes (estrogènes) qu'on leur inoculait fissent leur effet.

Au bout de ce temps, il se sentaient devenus femmes, physiquement parlant et il ne manquait plus qu'un bon lessivage de cerveau.

Le conditionnement psychologique consistait à leur faire regarder sans s'arrêter des centaines de témoignages de femmes qui avaient été harcelées. agressées, violentées, soumises à ces petites phrases que les hommes pensent être des galanteries et qui ne sont autres, si elles se renouvellent journellement, que des tortures insupportables, jusqu'à provoquer les pires dépressions s'il n'y a pas moyen de les faire cesser.

Ainsi donc faisait-on défiler sans interruption ces témoignages qui émouvaient l'âme et le cœur jusqu'à ce que les spectateurs, dépossédés artificiellement de leur sexe, se dépouillassent de toutes leurs idées machistes préconçues, de tous leurs préjugés discriminatoires, de tous leurs poncifs tartufes (tartuffes) et bas.

À ce régime, il se sentaient peu à peu devenir des victimes, puisqu'on leur avait fait quitter leur propre nature pour endosser celles des femmes dont ils écoutaient la détresse et dont, par empathie, ils souffraient les violences, avec stupeur.

Ils sortaient de cette expérience édifiante, à la fois abasourdis et conscients d'un monde qu'ils ne soupçonnaient pas.

 

Il faut savoir que les inscrits dans notre école devaient passer par tous les cours qui y étaient dispensés. C'était le contrat. Nulle échappatoire.

À la sortie de cette épreuve, on nous prodiguait moult remerciements. La leçon portait ses fruits et l'attitude de nos élèves changeait notoirement quand ils rencontraient des femmes. Seuls les pervers indécrottables éprouvaient encore plus de jouissance à se comporter avec elles comme ils le faisaient auparavant... car ils savaient.

................................................... 

Le titre : L'École des hommes, petit clin d'oeil à L'École des femmes et L'École des Maris de Molère.

 

*« Le Galant ne désire

Que de vous abuser, et puis après s’en rire... »

Arnolphe à Agnès dans L'École des Femmes de Molière, 1662.

 

**La Vie est un long fleuve tranquille - Film d' Étienne Chatiliez sorti en 1988

 

NOTES

Non qu'on leur fît subir les derniers outrages...

Faire subir les derniers outrages à une femme, la violer.

Non que, locution conjonctive suivie du subjonctif.

on fît, subjonctif imparfait.

>> Non que, non pas que, non moins que, non plus que, non point que

 

il y avait belle lurette que le droit de cuissage était une expresson bannie

La métanalyse - belle lurette vient de belle heurette


voire nécessaires à leur statut de mâle dominant

>> Second ou deuxième ? Voire ou voire même ? Que doit-on dire ?

 

il s'agissait de persuader tous ceux qui souffraient de l'infirmité susdite

Persuader et convaincre, voir la note des Délires n°19

susdit - susdite, mentionnée précédemment

 

si toutefois le mensonge ou l'aveuglement peuvent être qualifiés d'infirmités

La conjonction de coordination OU

Cas où elle implique le singulier ou le pluriel, voir la note Ou, conjonction de coordination – Ton père ou ta mère viendra OU viendront ?

 

phagocytant tous les ordres que nous nous plaisions à leur donner

Phagocyter, absorber à la manière des phagocytes. Un phagocyte est une cellule qui en absorbe d'autres.

 

pour que les oestrogènes fissent leurs effets

Pour que locution conjonctive suivie du subjonctif

Les oestrogènes (ou estrogènes) sont des hormones sexuelles femelles ainsi que la progestérone. Les hommes secrètent aussi des œstrogènes en quantité moindre.

La testostérone est l'hormone mâle sécrétée pas les testicules mais les ovaires de la femme peuvent aussi en sécréter.

 

certains agissements qui se manifestaient incontinemment

Incontinemment, par incontinence, d'une manière impudique.

 

jusqu'à ce que les spectateurs se dépouillassent de tous leurs poncifs tartufes

Un poncif, ici un cliché, un stéréotype.

(Un) tartufe ou tartuffe, nom commun ou adjectif, hypocrite, faux dévot.

Vient de Le Tartuffe ou l'Imposteur, pièce de Molière, 1664.

 

C'était le contrat. Nulle échappatoire

Il n'y avait aucune échappatoire.

Une échappatoire, moyen adroit pour se tirer d'affaire.

Si vous hésitez sur le genre d'un mot, reportez-vous au QUIZ n°4

Nom masculin ou féminin, à vous de le dire !

 

les pervers indécrottables

incorrigibles, incurables

 

car ils savaient

L'ELLIPSE en rhétorique, consiste à omettre un ou plusieurs éléments en principe nécessaires à la compréhension du texte, pour produire un effet de raccourci.

Seuls les pervers éprouvaient encore plus de jouissance à se comporter avec elles comme ils le faisaient auparavant... car ils savaient.

sous-entendu : ils savaient ce qu'elles souffraient et les harceler leur donnait plus de jouissance encore.

 

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Amoureuse des mots, je cherche comment faire partager ma passion. Il y a tant à découvrir dans les bibliothèques du monde, tant de mots à connaître intimement pour affiner notre pensée, tant de mots qu'on n'entend plus sur nos lèvres, enfermés qu'ils sont dans des livres poussiéreux. Il ne tient qu'à nous de les faire revivre et de les faire chanter. Notre langue, si belle, si riche, demande qu'on la respecte, qu'on la préserve, qu'on s'en amuse et qu'on la chérisse. Mamiehiou ............................................................................................................................................................................................ ...................................;....................................................................... « La langue française est une femme. Et cette femme est si belle, si fière, si modeste, si hardie, touchante, voluptueuse, chaste, noble, familière, folle, sage, qu'on l'aime de toute son âme, et qu'on n'est jamais tenté de lui être infidèle. » Anatole France ....................................................... ............... ................................................................................................................. « C'est une langue bien difficile que le français. À peine écrit-on depuis quarante-cinq ans qu'on commence à s'en apercevoir. » Colette

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