Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
25 août 2011 4 25 /08 /août /2011 18:25

LES DÉLIRES Tous les épisodes

ACCUEIL & SOMMAIRE

Tous les articles du blog

 

Ainsi couraient les jours, les mois et les saisons. Mais mon esprit ne pouvait se laisser distraire entièrement par les devoirs que je m'étais imposés.

Nous étions maintenant au plus profond de l'hiver et je luttais serré contre l'engourdissement implacable de la routine qui eût eu raison de moi, comme agit le froid insidieux qui se glisse le long des membres, y pénètre jusqu'à l'intimité des muscles naguère si prompts, les immobilisant sans qu'ils y prennent garde, puis, lentement, fige la moelle, glisse le long des nerfs jusqu'à ralentir le rythme vital, à force d'exercer sa dictature silencieuse, le coeur s'engourdissant peu à peu, jusqu'à ce que, instant fatal, le point de non-retour survienne, sans crier gare, surprenant celui qui lâche prise, paralysé qu'il est d'ores et déjà, retenu dans les rets de l'inéluctable, et qui, sans le moindre sursaut — lequel eût pu le sauver, à son corps défendant — consent ainsi, sans mot dire, sans résistance aucune, à se laisser emporter en des lieux d'où jamais nul ne revint.

Ainsi eussent couru encore longtemps les jours, les mois et les saisons, si mon esprit ne fût resté en éveil. Mais il ne se laissa point corrompre par la torpeur perverse de la routine.

 

NOTES

Le titre : Délires dans la triste froidure

La froidure, le froid qu'il fait.

Ne pas confondre avec froideur qui a un sens propre et un sens figuré : manque de sensibilité, de chaleur humaine...

"Oh ! qu'après la triste froidure,

Nos yeux amis de la verdure

Sont enchantés de son retour !"

Jean-Baptiste Rousseau, 1671–1741.

 

Les devoirs que je m'étais imposés

Le participe passé imposés s'accorde avec que (antécédent devoirs), complément d'objet direct placé avant lui.

Voir l'article sur les règles de l'accord des participes passés 

 

Je luttais serré, je luttais bien fort.

Serré est ici pris adverbialement.

Il gèle (bien) serré. Il vous a embrassé serré. Nous avons joué serré (sans jouer au hasard).

Mentir serré, vulgairement pour dire mentir effrontément, impudemment nous précise l'Académie dans sa 4ème édition.

 

La routine qui eût eu raison de moi, conditionnel passé 2ème forme.

la routine qui aurait eu raison de moi. (1ère forme)

Avoir raison de quelqu'un / ou de quelque chose, en venir à bout, triompher de lui.

 

jusqu'à ce que, instant fatal, le point de non-retour survienne

Le point de non-retour - Le moment à partir duquel on ne peut plus reculer, ni arrêter l'action dans laquelle on s'est engagé. >> On a franchi le Rubicon

Jusqu'à ce que le point de non-retour survienne. Subjonctif

Voir l'article jusqu'à ce que

 

Franchir le Rubicon°  fait référence à la rivière, le Rubicon, au nord de l'Italie et qui délimitait la frontière entre l'Italie romaine et la Gaule cisalpine, frontière que Rome interdisait de franchir avec une armée. C'est ce que fit Jules César le 12 janvier 49 en lançant la fameuse formule Alea jacta est, le sort en est jeté.

 

des muscles naguère si prompts

Naguère, il y a peu de temps.

Jadis, il y a longtemps.

 

celui qui, paralysé qu'il est d'ores et déjà

D'ores et déjà, désormais, dès à présent, dorénavant.

 

retenu dans les rets de l'inéluctable

Les rets, les filets, le piège, le lacs, prononcer [la].

tomber dans ses rets, être pris dans des rets, tomber dans le lacs (être dans l'embarras)

L'inéluctable, ce à quoi on ne peut échapper, qui est inévitable et fatal.

 

celui qui lâche prise [...] et qui, sans le moindre sursaut — lequel eût pu le sauver à son corps défendant — consent à se laisser emporter...

lequel, pronom relatif s'emploie comme sujet lorsqu'il se distingue de qui, pour éviter une confusion, les deux pronoms ne se rapportant pas au même antécédent.

Lequel a pour antécédent sursaut

Qui a pour antécédent celui (qui lâche prise)

le moindre sursaut eût pu le sauver

le moindre sursaut aurait pu le sauver, conditionnel passé

à son corps défendant

sens propre, en résistant à une attaque (pour défendre son corps)

sens figuré, malgré lui, à regret, contre son gré.

 

Ainsi eussent couru encore longtemps les jours...

ainsi auraient couru encore longtemps les jours... conditionnel passé

sujet inversé après ainsi

 

si mon esprit ne fût resté en éveil

subjonctif plus-que-parfait après si (littéraire) >> la conjonction Si

>> si mon esprit n'était pas resté en éveil, indicatif plus-que-parfait

 

<< 137 Délires sur la guérison souhaitable et programmée de ceux qui n'hésitent pas à manquer gravement à la bienséance - L'École des Hommes

>> 139 Délires d'une fuite éperdue - « Personne ne peut savoir si le monde est fantastique ou réel.»

 

LES DÉLIRES Tous les épisodes

ACCUEIL & SOMMAIRE

Articles classés par catégories (tags)

Tous les articles du blog

Partager cet article

Published by mamiehiou.over-blog.com - dans LES DELIRES
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : LE BLOG DE MAMIEHIOU - La langue française telle qu'on l'aime  De la grammaire, des exercices divers, des dictées commentées, des histoires, des textes d'auteurs, des infos pratiques...
  • : Pour tous ceux qui aiment la langue française. Son histoire, sa grammaire et son orthographe. Des dictées commentées, des exercices ébouriffants, un florilège de textes d'auteurs, etc.
  • Contact

Mon Profil

  • mamiehiou.over-blog.com
  • J'aime trop les mots pour les garder par-devers moi - au fond de mon coeur et de mon esprit. Ils débordent de mes pensées en contes drolatiques, avec des quiz et des digressions sur la langue.
  • J'aime trop les mots pour les garder par-devers moi - au fond de mon coeur et de mon esprit. Ils débordent de mes pensées en contes drolatiques, avec des quiz et des digressions sur la langue.

Mon blog

Amoureuse des mots, je cherche comment faire partager ma passion. Il y a tant à découvrir dans les bibliothèques du monde, tant de mots à connaître intimement pour affiner notre pensée, tant de mots qu'on n'entend plus sur nos lèvres, enfermés qu'ils sont dans des livres poussiéreux. Il ne tient qu'à nous de les faire revivre et de les faire chanter. Notre langue, si belle, si riche, demande qu'on la respecte, qu'on la préserve, qu'on s'en amuse et qu'on la chérisse. Mamiehiou ............................................................................................................................................................................................ ...................................;....................................................................... « La langue française est une femme. Et cette femme est si belle, si fière, si modeste, si hardie, touchante, voluptueuse, chaste, noble, familière, folle, sage, qu'on l'aime de toute son âme, et qu'on n'est jamais tenté de lui être infidèle. » Anatole France ....................................................... ............... ................................................................................................................. « C'est une langue bien difficile que le français. À peine écrit-on depuis quarante-cinq ans qu'on commence à s'en apercevoir. » Colette

Rechercher Un Mot Du Blog