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24 février 2012 5 24 /02 /février /2012 07:34

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Arrivé à ce point de l'histoire de ma vie, cher lecteur, où tu te rends compte du nombre de questions restant irrésolues pour toi, questions fondamentales ou détails pour le moins, qui n'ont encore reçu aucune explication rationnelle — qui parle ici de raison dans ce monde irraisonnable peuplé de gens déraisonnables ? — tu as déjà maintes fois rencontré, à chacun des épisodes de mon existence sans répit, une foultitude de petits éléments nouveaux bien faits pour éclairer ta lanterne°. Mais que de points obscurs encore qui mettront ta patience à mal ! Et voilà que tes neurones fourmillent de ces mille questions que tu brûles de me poser.

Sache-le, si je pouvais y répondre, je le ferais impromptu pour assouvir ta curiosité, mais je suis moi-même incapable de mettre en ordre le puzzle qui n'a de cesse de me tourmenter et je ne laisse d'en arranger ni d'en déranger les pièces que je découvre, une à une, pour tenter d'apporter une certaine cohérence dans ce monde où chaque geste est épié, scruté, le plus souvent censuré, où tout acte est jugé à l'aune de son inconstitutionnalité (inconstitutionnalité), où l'insubordination est punie de la peine capitale.

 

Je décidai de retourner à ma cache, ce lieu hermétique et protégé où se tapissait monsieur Pro, bien décidée à lui arracher quelques secrets encore.

Je t'entends d'ici t'exclamer, lecteur avide de connaître le moyen que j'avais de pouvoir ainsi aller et venir sans encombre en me dérobant devant l'oeil inquisiteur de Big Brother.

 « Quelle astuce merveilleuse as-tu donc trouvée, petite Oli pour t'échapper du champ des caméras disposées en grand nombre ? »

 

Prétatou. C'était Prétatou, mon chien dont le dévouement était sans bornes, futé comme pas deux — plus imaginatif que lui, tu meurs — lequel, pour venir à mon aide comme il le fit si souvent déjà, eut cette idée ingénieuse de détourner l'attention des innombrables regards scrutateurs fixés sur ma personne. Dès que je prenais discrètement mon sifflet à ultra-sons que l'oreille humaine ne pouvait percevoir mais qui faisaient vibrer celle de mon Prétatou, toujours attentif et prêt à m'obéir, il se mettait aussitôt à faire son numéro.

Il sautait comme un kangourou, tourbillonnait comme une feuille au vent, virevoltait telle une ballerine, prenait des pauses de Marylin ou de Marlene (en Lola-Lola** s'entend), faisait des doubles, triples, quadruples sauts périlleux en avant, et en arrière, des quintuples même parfois, glissait en un moonwalk que Michael n'eût pas renié, et variait à l'envi entrechats, pas de biche, grands écarts, flic-flac et gargouillades.

Comment ? 

« Excusez du peu ! » me dis-tu, lecteur incrédule.

Crois-tu vraiment que je veuille te faire prendre des vessies pour des lanternes° ?  M'accuserais-tu d'entortillement ?

 

Si Prépatou ne se fût pas évertué, avec la plus grande application, à attirer l'attention des surveillants, véritables gardes-chiourmes qui passaient vingt-quatre heures sur vingt-quatre à lorgner chez moi, c'en eût été fait de ma personne.

Aussitôt, dis-je, que les numéros prodigieux de Prétatou commençaient, toutes les caméras policières dardaient leur viseur sur lui, et sur lui seul, tant il était attractif, et nul ne se préoccupait plus de ce qui se passait ailleurs, ce qui me laissait le champ libre d'aller et de venir où bon me semblait.

Mon cher toutou toujours prêt à tout. Prêt à l'impossible.

 

Nous avions compris depuis belle lurette que les cerveaux chargés de nous surveiller étaient atteints d'un crétinisme sans faille !

............................................................. 

*Quel entortillement dans tout ce discours ! Bossuet

Pour lire ou relire un extrait de la célèbre oraison de Bossuet "Madame se meurt ! Madame est morte !" Reportez-vous au texte 80 Délires d'une ratiocineuse invétérée - Madame se meurt ! Madame est morte !

 

**Lola-Lola, personnage incarné par Marlene Dietrich dans le film l'Ange bleu de Joseph von Sternberg, 1930.

 

NOTES

Couper bras et jambes°

Cf. Littré. Au figuré et familièrement. Couper bras et jambes à quelqu'un, lui retrancher beaucoup de ses prétentions, de ce qu'il regarde comme ses droits.

Cet arrêt nous a coupé bras et jambes.

Plus ordinairement, ôter à quelqu'un le moyen d'agir, d'arriver à ses fins.

Cet événement nous a coupé bras et jambes.

Couper bras et jambes, signifie encore frapper d'étonnement, de stupeur, de découragement.

Cette nouvelle me coupa bras et jambes.

 

questions restant irrésolues pour moi

irrésolues, qui n'ont pas trouvé de solution.

 

qui parle ici de raison dans ce monde irraisonnable

monde qui n'est pas conforme à la raison, qui n'est pas doué de raison.

 

Irrésolu, irraisonnable

Le préfixe in 

Voir la note du texte 4 Délires inopérants - Immodérées et charmeresses blandices de la volupté 

 

tu as rencontré une foultitude d'éléments nouveaux

La foultitude, familier, plaisant. Grand nombre, grande quantité. La foule.

 

Éclairer sa lanterne°, clarifier quelque chose pour qu'on comprenne.

 

Je ne laisse d'en arranger ni d'en déranger les pièces...

Je ne cesse de...

 

je le ferais impromptu pour assouvir ta curiosité

Impromptu, sur-le-champ, sans préparation.


tout acte est jugé à l'aune de son inconstitutionnalité

à l'aune, à la mesure, selon

une aune, mesure ancienne de 3 pieds 7 pouces 10 lignes 5/6, équivalant à 1m, 182. Littré

Inconstitutionnalité, qualité d'un acte, d'une opinion contraire à la constitution.

Ici, contraire à la constitution d'Utopinambourg appelée La Règle.

 

lieu où se tapissait monsieur Pro

Se tapir, se cacher, se terrer.

 

Prétatou eut cette idée ingénieuse

Ingénieux, qui tient de l'imagination et de l'habileté.

 

des innombrables regards scrutateurs fixés sur ma personne

un scrutateur, c'est celui qui observe attentivement quelqu'un afin de découvrir des aspects cachés de sa personnalité. Inquisiteur.

 

[il] glissait en un moonwalk que Michael n'eût pas renié.

n'eût pas renié, n'aurait pas renié (conditionnel passé)

Michael Jackson, il va sans dire.

 

et variait à l'envi entrechats, pas de biche, grands écarts, flic-flac et gargouillades

ce sont des pas de danse classique.

à l'envi, à qui mieux mieux.

 

Excusez du peu, me direz-vous

Cf. Littré : Ironiquement. Excusez, excusez du peu, se dit pour exprimer son étonnement de l'outre-cuidance, de l'impertinence, de l'avidité de quelqu'un.

 

Crois-tu vraiment que je veuille te faire prendre des vessies pour des lanternes° ?

Prendre des vessies pour des lanternes°

Cf. Littré : Il veut faire croire que des vessies sont des lanternes, c'est-à-dire il veut faire croire des choses absurdes et bizarres.

 

Si Prépatou ne se fût pas évertué, avec la plus grande application, à attirer l'attention des surveillants, véritables gardes-chiourmes qui passaient vingt-quatre heures sur vingt-quatre à lorgner chez moi, c'en eût été fait de ma personne.

Si Prétatou ne s'était pas évertué... c'en aurait été fait...

Voir les modes qui suivent la conjonction SI

 

M'accuserais-tu d'entortillement ?

Entortillement

Cf. Littré entre autres acceptions :

Action de ce qui s'entortille autour d'une chose ; état d'une chose entortillée autour d'une autre.

Au figuré, embarras, obscurité du style. Il y a de l'entortillement dans cette phrase.

 

Il y a belle lurette, depuis belle lurette

Vient de la métanalyse de "belle heurette".

Voir la métanalyse + exemples de métanalyse : Notes du texte 69 Délires dans un drôle de pays de cocagne + La métanalyse

 

Crétinisme

Maladie caractérisée par une dégénérescence des facultés intellectuelles et physiques (nanisme, goitre lié à une insuffisance thyroïdienne, etc.)

Par extension, stupidité.

 

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Amoureuse des mots, je cherche comment faire partager ma passion. Il y a tant à découvrir dans les bibliothèques du monde, tant de mots à connaître intimement pour affiner notre pensée, tant de mots qu'on n'entend plus sur nos lèvres, enfermés qu'ils sont dans des livres poussiéreux. Il ne tient qu'à nous de les faire revivre et de les faire chanter. Notre langue, si belle, si riche, demande qu'on la respecte, qu'on la préserve, qu'on s'en amuse et qu'on la chérisse. Mamiehiou ............................................................................................................................................................................................ ...................................;....................................................................... « La langue française est une femme. Et cette femme est si belle, si fière, si modeste, si hardie, touchante, voluptueuse, chaste, noble, familière, folle, sage, qu'on l'aime de toute son âme, et qu'on n'est jamais tenté de lui être infidèle. » Anatole France ....................................................... ............... ................................................................................................................. « C'est une langue bien difficile que le français. À peine écrit-on depuis quarante-cinq ans qu'on commence à s'en apercevoir. » Colette

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