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8 juillet 2012 7 08 /07 /juillet /2012 07:17

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J'eusse voulu m'esquiver sans avoir de comptes à rendre à personne : je craignais quelque reproche de la part de Lio. Je dus cependant l'avertir que je devais m'absenter. Non qu'il me fallût obtenir d'elle une quelconque permission — nous étions libres d'aller et de venir comme bon nous semblait — mais il était d'usage que nous prissions soin de nous conformer aux règles de politesse qui étaient la base de notre enseignement. Je sentis dans ses propos qu'elle était fort contrariée que je voulusse prendre congé d'elle. Elle craignait, supposais-je, de ne pouvoir résoudre à elle seule les problèmes qui se poseraient dans sa classe. Je mesurai alors combien elle comptait sur moi lorsqu'elle me répondit avec acrimonie qu'on ne se dérobait pas aussi facilement à ses devoirs professionnels sans en subir les conséquences fâcheuses. J'en fus quelque peu froissée. Tout juste si je ne crus pas à une menace.

 

L'amitié, qui nous unissait naguère, me semblait abîmée, et je pris conscience de combien nous étions différentes l"une de l'autre. Je dois dire que j'aimais cette dissemblance chez [Lio] et que j'avais, pour cela, plaisir à discuter avec elle parce que, ainsi, je pouvais toujours, au passage, vérifier qui, en fait je suis et ce que je pense.**

 

« J'ai affaire, Lio. Rien ne pourrait me retenir. Je te fais la promesse de revenir au plus tôt. »

 

Elle aurait voulu que je lui disse le motif de mon départ, mais comme je ne pipais mot sur ce point, elle n'osa pas m'interroger. Elle essuya une larme furtive et resta sur sa faim°.

.....................................................

*Titre : Ainsi, en pleurant une séparation, c'est soi qu'on pleure.

« si des actes l'on remontait, par le fil ténu des raisonnements enveloppés, jusqu'au principe des sentiments inaperçus, on demeurerait surpris, comme l'ont été la plupart des moralistes, de l'amour-propre déguisé qui se joue sous une surface de bonté et d'abnégation. Ainsi, en pleurant une séparation, c'est soi qu'on pleure. Mais l'amour-propre est plus clairvoyant encore que les moralistes; il devine que l'affection vraie qu'on sent pour un autre est plus rassasiante qu'un égoïsme trop pressé de jouir de lui-même. »

M. Blondel, L'Action,1893 p. 255.

Citation empruntée au Dictionnaire Le Trésor, entrée AMOUR-PROPRE

 

**Je dois dire que j'aimais cette dissemblance chez Kostka et que j'avais, pour cela, plaisir à discuter avec lui parce ce que ainsi je pouvais toujours, au passage, vérifier qui, en fait je suis et ce que je pense.

Milan Kundera, La Plaisanterie, Folio, page 21

 

NOTES

J'eusse voulu m'esquiver

►  j'eusse voulu, Le subjonctif imparfait à valeur de conditionnel passé 2ème forme appartient à la langue littéraire.

j'aurais voulu m'esquiver, 1ère forme

>Eussé-je, eussè-je, j'eusse, fussé-je, fussè-je, je fusse, dussé-je, dussè-je, eût-il, fût-il, dût-il, fût-ce, fussent-ils, parlé-je...

s'esquiver, se sauver sans être vu.


Je craignais quelque reproche

quelque : adjectif indéfini, au singulier, dans la langue littéraire :

devant des noms désignant des êtres ou des choses nombrables pour indiquer une indétermination (un certain, un quelconque)

Je craignais quelque reproche.

devant des noms désignant des choses non nombrables, pour indiquer une petite quantité imprécise

Elle ne put cacher quelque impatience.

quelque peu, un peu, un tout petit peu, tant soit peu.

J'en fus quelque peu froissée.

Voir aussi le déterminant quelque à valeur concessive dans l'article : 

Quelque... que

 

Non qu'il me fallût obtenir d'elle une quelconque permission... mais...

> Non que, non pas que, non moins que, non plus que, non point que

 

il était d'usage que nous prissions soin de nous conformer aux règles...

nous prissions : prendre au subjonctif imparfait

concordance des temps : le verbe de la principale est au passé.

> Valeurs et emplois du subjonctif

> La conjugaison des verbes au subjonctif - Comment déjouer ses difficultés 

> Entraînement à l'emploi des verbes au subjonctif

> *La concordance des temps

 

elle me répondit avec acrimonie qu'on ne se dérobait pas aussi facilement

Acrimonie, cf Littré : 1 Qualité de ce qui exerce une action piquante et corrosive. L'acrimonie des humeurs. 2 Sens figuré, Il y a de l'acrimonie dans ses paroles.

 

J'ai affaire, Lio - J'ai à faire, Lio

> Avoir affaire ou avoir à faire ? Les affaires, une affaire de coeur, j'en fais mon affaire, je lui ai fait son affaire, une ténébreuse affaire, faire le bizness...

 

Je te fais la promesse de revenir au plus tôt.

> Ne pas confondre : plutôt, plus tôt

 

Elle aurait voulu que je lui disse le motif de mon départ.

> elle veut que je lui dise (subjonctif présent)

elle voulait que je lui disse (subjonctif imparfait)

Concordance des temps

 

elle essuya une larme furtive et resta sur sa faim

rester sur sa faim° : espérer quelque chose et être déçu de ne pas l'obtenir. 

 

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  • J'aime trop les mots pour les garder par-devers moi - au fond de mon coeur et de mon esprit. Ils débordent de mes pensées en contes drolatiques, avec des quiz et des digressions sur la langue.
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Amoureuse des mots, je cherche comment faire partager ma passion. Il y a tant à découvrir dans les bibliothèques du monde, tant de mots à connaître intimement pour affiner notre pensée, tant de mots qu'on n'entend plus sur nos lèvres, enfermés qu'ils sont dans des livres poussiéreux. Il ne tient qu'à nous de les faire revivre et de les faire chanter. Notre langue, si belle, si riche, demande qu'on la respecte, qu'on la préserve, qu'on s'en amuse et qu'on la chérisse. Mamiehiou ............................................................................................................................................................................................ ...................................;....................................................................... « La langue française est une femme. Et cette femme est si belle, si fière, si modeste, si hardie, touchante, voluptueuse, chaste, noble, familière, folle, sage, qu'on l'aime de toute son âme, et qu'on n'est jamais tenté de lui être infidèle. » Anatole France ....................................................... ............... ................................................................................................................. « C'est une langue bien difficile que le français. À peine écrit-on depuis quarante-cinq ans qu'on commence à s'en apercevoir. » Colette

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