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12 octobre 2012 5 12 /10 /octobre /2012 17:06

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La journée fut longue comme un jour sans pain°, le chemin semé d'embûches et de guets-apens. Chaque obstacle franchi nous renforçait ; jusqu'à Prétatou qui ne se plaignait plus.

La conversation vint à rouler sur Marie Cratère que nous rencontrerions bientôt.

« Je ne brûle point de l'envie de vous voir toutes les deux vous entr'affronter, soupira Prétatou.

Mais peut-être nous verras-tu nous entr'accoler ! rétorquai-je en riant pour faire baisser la tension du sentiment de peur qui l'étreignait.

Tu me l'a dépeinte en des termes si peu amènes qu'à les évoquer je ne puis que trembler. Et je n'ai nul désir de la rencontrer sitôt. Qui pis est, d'être à sa merci. Je n'aurais pas de cesse que tu ne t'éloignes de ce lieu maudit. »

Je me contentai de hausser les épaules. N'avait-il pas pris lui-même, tout clebs qu'il était, l'initiative de me suivre dans cette entreprise délicate ?

« Je sais, tu es prête à me rappeler que c'est moi qui ai pris l'initiative de te suivre dans cette entreprise hasardeuse et dommageable à coup sûr, mais Oli, comprends bien : jamais je n'aurais pu rester avec Lio que je n'apprécie guère et qui aurait négligé — j'en suis certain — de me donner ma pâtée et les caresses qui font de moi ce que je suis. Jamais, ce qu'à Dieu ne plaise, je ne fraierais (frayerais) avec elle.

Ainsi donc, comme je le croyais, ne m'as-tu pas accompagnée pour la simple raison de venir à mon secours au cas où le besoin s'en serait fait sentir ! Je comprends maintenant pourquoi tu t'es montré si couard dans l'adversité ! Que diable ne t'es-tu pas muni d'un en-tout-cas pour te préserver des tourments que tu vas affronter ?

Continue de me railler ainsi avec d'élégantes et de légères épithètes qui me vont droit au coeur, et traite-moi, si bon te semble, de peureux, de lâche, de timoré, de poltron, de froussard, de pleutre, et j'en passe — oserais-tu "dégonflé" ou "foireux" ?

Tout au plus pusillanime, mon cher Prétatou. Comme tu prends la mouche° ! Pouvais-je imaginer que le coeur t'aurait manqué lorsque nous rencontrâmes inopinément Messire Ours**?

Comment as-tu pu garder ton sang-froid devant ce grand hallebreda ? Je me le demande encore.

 

 On entendit grillotter dans les buissons.

« Qui va là ? aboya Prétatou. Ne vois-je pas ici dessous des pieds fourchus qui avancent en notre direction ? »

Prétatou se tapit au ras du sol, flairant autant qu'il le pouvait l'odeur d'un animal. Mais était-ce bien un animal ?

« Qui que tu sois, montre-toi, poursuivit-il, montrant ainsi un courage dont il s'étonna lui-même. »

Comme nulle réponse ne venait nous éclairer et que le bruit ténu continuait, Prétatou frémissant, murmura : « Es-tu un sylvain ? Es-tu un faune qui hante ces bois ? »

Mais il n'en était rien, et je me mis à rire lorsque soudain une chèvre inoffensive surgit du fourré et s'enfuit comme l'éclair.

As-tu nom Amalthée ? lui criai-je.

 

Ma voix fut sans écho dans la forêt profonde

..........................................

*« La Nature est un temple où de vivants piliers

Laissent parfois sortir de confuses paroles ;

L'homme y passe à travers des forêts de symboles

Qui l'observent avec des regards familiers. »

Charles Baudelaire - Correspondances

 

**La rencontre avec Messire Ours : 150 Délires ursins

 

NOTES

La journée fut longue comme un jour sans pain

Voir l'article : Comparaisons – léger comme... méchante comme... long comme... nu comme... sourd comme... solide comme... ronfler comme... sauter comme... battre comme... jurer comme... menteur comme... QUIZ 52

 

le chemin semé d'embûches et de guets-apens

Un guet-apens, des guets-apens, pas de liaison intérieure mais un enchaînement comme dans des arcs-en-ciels, des fers à repasser, etc.

Voir l'article : La liaison - L'élision - L'enchaînement - La disjonction

 

Je ne brûle point d'envie de vous voir toutes les deux

Je n'ai pas grande envie de...

Peut-on dire : J'ai très envie, très plaisir, très peur, très faim, très sommeil... Cela me fait très envie, très plaisir, très peur... ?

 

S'entr'accoler, s'entr'affronter se trouvent dans Le Littré (1863-1872) mais pas dans l'Académie ni dans le Trésor

Voir l'article sur l'agglutination : L'agglutination – entr'acte ou entracte, grand'mère ou grand-mère, appui-tête ou appuie-tête, garde-meuble ou garde-meubles, des soutiens-gorge ou des soutien-gorge, un et des faire-part...

 

je n'ai nulle envie de la rencontrer sitôt

Sitôt (vieilli quand il est employé seul) adverbe de temps, si tôt, si vite.

 

qui pis est d'être à sa merci

Qui pis est, ce qui est pis, ce qui est pire.

qui plus est, qui mieux est, qui pis est – expressions figées

être à la merci d'une personne, être dans une dépendance totale vis-à-vis d'elle.

 

Je n'aurais pas de cesse que tu ne t'éloignes de ce lieu maudit.

que tu ne t'éloignes : Ici le NE n'est pas explétif et il ne peut pas être supprimé.

Voir l'article : NE explétif - Quand peut-on l'employer ? - sans que je (ne) - avant que je (ne) - je crains que tu (ne) - j'empêche que tu (ne) - je m'attends à ce que tu (ne) - je ne nie pas que tu (ne)...

Académie 8e édition : cesse, le fait de cesser.

Il s'emploie toujours sans article et seulement dans les expressions suivantes. Sans cesse. N'avoir point de cesse, Ne point cesser. Il n'aura point de cesse que vous ne lui ayez donné ce qu'il demande. Il n'a ni repos ni cesse.

 

n'a-t-il pas pris lui-même, tout clebs qu'il était, l'initiative

Clebs, cabot, populaire pour chien.

 

Ce qu'à Dieu ne plaise

à Dieu ne plaise, Dieu m'en garde, subjonctif optatif.

Voir le subjonctif optatif, §29 dans : Valeurs et emplois du subjonctif 

 

jamais je ne fraierai avec elle ou frayerai

frayer se conjugue comme balayer

Les verbes difficiles conjugués à l'indicatif présent, au passé simple, au subjonctif présent et au subjonctif imparfait

Frayer avec quelqu'un - Cf. Académie 8e édition : Être en relation avec quelqu'un. C'est un homme avec lequel je ne fraye point, avec lequel je ne veux point frayer. Il signifie aussi Se convenir mutuellement. Ces deux hommes ne frayent pas ensemble.

 

Que diable ne t'es-tu pas muni d'un en-tout-cas

que dans le sens de pourquoi

Un en-tout-cas, ou un en-cas, XIXe siècle, vieilli.

Cf. Littré : espèce de parapluie qui est plus petit que la forme ordinaire des parapluies et un peu plus grand qu'une ombrelle, et qui sert à abriter de la pluie ou du soleil.

Au pluriel, des en-tout-cas.

 

Les adjectifs couard, peureux, lâche, timoré, poltron, froussard, dégonflé, pleutre, foireux, pusillanime appartiennent au même champ lexical mais pas au même registre de langue.

Dégonflé, foireux, populaire

pusillanime, qui a l'âme faible et timide, Littré.

Voir l'article : Champ lexical - Champ sémantique - Niveau de langue - Registre de langue - style soutenu, courant, familier, populaire, argotique, ou vulgaire - Archaïsmes 

 

Prendre la mouche, se fâcher, se piquer sans grande raison – Littré

 

Pouvais-je imaginer que le coeur te manquerait

que le courage te manquerait

 

comment as-tu pu garder ton sang-froid devant ce grand hallebreda ?

Hallebreda, mot baroque, se dit de quelqu'un un qui a une taille gigantesque. Dictionnaire du bas langage, d'Hautel.

 

ne vois-je pas ici-dessous des pieds fourchus ?

Pied fourchu, pied attribué dans la mythologie romaine aux divinités des forêts, les sylvains et aux faunes.

Le diable aussi a les pieds fourchus, dans l'iconographie chrétienne.

Littré. Fig. Il a le pied fourchu, se dit d'un homme méchant, dangereux, mécréant. J'ai reconnu le pied fourchu, j'ai deviné ses mauvaises intentions.

Les boeufs, les béliers, les chèvres, les gazelles, les bubales, les chevrotains, le lama, la vigogne, la girafe, l'élan, le renne, les cerfs, les daims, les chevreuils, etc. sont tous des pieds fourchus et composent en tout un nombre d'environ quarante espèces BUFFON Quadrup. t. VII, p. 27

 

As-tu nom Amalthée ? lui criai-je.

Dans la mythologie grecque, Amalthée serait la chèvre qui allaita Zeus enfant.

Avoir nom, avoir pour nom, s'appeler, porter un/le nom (de)

J'ai pour nom mamiehiou.

Je porte un nom qui me va bien.

Ma rue porte le nom d'un poète.

 

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Amoureuse des mots, je cherche comment faire partager ma passion. Il y a tant à découvrir dans les bibliothèques du monde, tant de mots à connaître intimement pour affiner notre pensée, tant de mots qu'on n'entend plus sur nos lèvres, enfermés qu'ils sont dans des livres poussiéreux. Il ne tient qu'à nous de les faire revivre et de les faire chanter. Notre langue, si belle, si riche, demande qu'on la respecte, qu'on la préserve, qu'on s'en amuse et qu'on la chérisse. Mamiehiou ............................................................................................................................................................................................ ...................................;....................................................................... « La langue française est une femme. Et cette femme est si belle, si fière, si modeste, si hardie, touchante, voluptueuse, chaste, noble, familière, folle, sage, qu'on l'aime de toute son âme, et qu'on n'est jamais tenté de lui être infidèle. » Anatole France ....................................................... ............... ................................................................................................................. « C'est une langue bien difficile que le français. À peine écrit-on depuis quarante-cinq ans qu'on commence à s'en apercevoir. » Colette

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