Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
12 août 2010 4 12 /08 /août /2010 05:03

 LES DÉLIRES Tous les épisodes

ACCUEIL & SOMMAIRE

Tous les articles du blog

 

Alors que toute mon attention se portait sur la multitude de devoirs que je devais accomplir, sans avoir un instant pour souffler, tout occupée à courir de la cuisine à la chambre et de la casserole au chaudron, je ne perçus pas une lamentation, comme un appel au secours que me lançait Sissi. Un instant, je crus qu'elle m'appelait, mais ne m'en souciai guère, habituée déjà aux supplications d'une laie qui voulait m'empêcher de tourner en rond°. Loin de moi l'envie de me débarrasser d'elle, je l'avais prise en affection, mais elle me tenait un peu trop au cul et aux chausses°, et j'avais besoin d'air.

« Oli ! me cria Marie. Arrive un peu ici ! »

J'obéis.

Je vis, étendu sur la table comme sur un autel pour le sacrifice, Souci qui couinait comme un cochon qu'on égorge.

« Occis Souci, m'ordonna Marie. Nous le découperons et le dégusterons quand il aura bien doré à la broche. » 

Et la voilà qui se pourlèche à cette idée.

Coupable d'anthropophagie ! C'est la sentence que j'aurais prononcée s'il m'avait fallu la juger.

Je ne bougeai pas d'un pouce.

« Tu as du souci à te faire, dis-je à Souci, et Sissi aussi. » 

« J'ai attrapé le plus gras », expliqua Marie, « celui qui, ayant repéré la mamelle la plus généreuse, a su établir par la force une hiérarchie**. »

Et quand on sait que Sissi est hyper-mamelue !...

Ce disant, la voilà qui brandit un coutelas menaçant. Je m'interpose. Je monte sur mes grands chevaux ; je jure mes grands dieux° que jamais, au grand jamais, je ne permettrai un tel crime. Je suis à genoux. Je la supplie. Elle faiblit et se plie à ma prière. Elle soupire.

« Je sais ô combien délectable eût été sa chair tendre ! » 

Ne la vois-je pas maintenant, toute contrite, qui se reprend à la vue de mes larmes ?

« C'est OK. Nous serons végétariennes aujourd'hui, admet-elle. »

 

Je rendis Souci à Sissi qui n'espérait plus.

« Tant va pot à l'eve que brise° », dit la laie bouleversée qui ne savait plus ce qu'elle chantait.

Mais peut-être n'étais-je pas en mesure de saisir le sens de ce proverbe sibyllin.

 

..................................................................... 

*Tant va la cruche à l'eau qu'à la fin elle se casse.°

 Il ne faut pas braver trop souvent le danger, sinon les risques sont grands.

On trouve dans le Roman de Renart : Tant va pot à l'eve que brise.°

On peut visiter le joli site : Les PROVERBES

 

**C'est vrai, ça se passe comme ça chez les marcassins, le plus fort choisit la mamelle la plus généreuse.

La raison du plus fort est toujours la meilleure. (La Fontaine)

 

NOTES

tout occupée à courir de la cuisine à la chambre

l'adverbe tout n'est pas toujours invariable :

> Ne pas confondre : TOUT adjectif indéfini, pronom indéfini, adverbe variable dans certains cas et substantif


sans avoir un instant pour souffler

SIFFLER, SOUFFLER, SOUFFRIR et leurs dérivés prennent 2F mais pas boursoufler, ni soufre et ses dérivés.

L'orthographe réformée admet boursouffler

> Réforme de l'orthographe - L'orthographe recommandée aux enseignants - Lexique

 

Occis Souci, m'ordonna Marie

Occire, (occis-e) tuer. Ne s'emploie bien aujourd'hui que pour plaisanter, à l'infinitif et au participe passé.

> Voir l'article sur les verbes défectifs, pour peu qu'il vous en chaille !

 

Et la voilà qui se pourlèche à cette idée

se pourlécher ou se pourlécher les babines.

 

Je ne bougeai pas d'un pouce

Un pouce, mesure ancienne, 2,7cm.

 

Et quand on sait que Sissi est hyper-mamelue !

Hyper-mamelue, qui a de gros seins, ici de grosses mamelles.


jamais, au grand jamais, je ne permettrai un tel crime

> Jamais, ne jamais, jamais plus, au grand jamais, à jamais, si jamais, oncques...

 

je sais ô combien délectable eût été sa chair tendre

eût été, verbe être au subjonctif plus-que-parfait à valeur de conditionnel passé = aurait été

 

saisir le sens de ce proverbe sibyllin

sibyllin, difficile à comprendre, qui a un sens caché. Attention au Y.

 

Les temps

Le texte est un récit. Le passé simple est le temps du récit par excellence. Certains verbes sont à l'imparfait.

> Les emplois de l'imparfait de l'indicatif et du passé simple

 

Ce disant, la voilà qui se pourlèche [...] brandit. [...] je m'interpose

Un paragraphe de l'épisode est écrit au présent - Une figure de style, L'ENALLAGE ou LA SUBSTITUTION, c'est un changement brusque de temps ou de mode, ou de genre, ou de nombre, ou de nom ou de pronom, ce qui a pour effet de dramatiser une situation.

Par exemple ici :

EMPLOI DU PRESENT DANS UN TEXTE AU PASSE.

Il permet de rendre la scène plus vivante, plus présente,en rompant la distance établie par le récit au passé. Il vise à provoquer une émotion plus vive.

Voir aussi LA SYLLEPSE note des Délires n°119

 

<< 23 Délires d'une Marie bien chiche -"Le riche avare est semblable à un âne chargé d'or, qui mange de la paille."

>> 25 Délires qui auraient pu engendrer une vive controverse -" Est-ce que ça vous chatouille ou est-ce que ça vous gratouille ?"

 

LES DÉLIRES Tous les épisodes

ACCUEIL & SOMMAIRE

Tous les articles du blog 

Partager cet article

Published by mamiehiou.over-blog.com - dans LES DELIRES
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : LE BLOG DE MAMIEHIOU - La langue française telle qu'on l'aime  De la grammaire, des exercices divers, des dictées commentées, des histoires, des textes d'auteurs, des infos pratiques...
  • : Pour tous ceux qui aiment la langue française. Son histoire, sa grammaire et son orthographe. Des dictées commentées, des exercices ébouriffants, un florilège de textes d'auteurs, etc.
  • Contact

Mon Profil

  • mamiehiou.over-blog.com
  • J'aime trop les mots pour les garder par-devers moi - au fond de mon coeur et de mon esprit. Ils débordent de mes pensées en contes drolatiques, avec des quiz et des digressions sur la langue.
  • J'aime trop les mots pour les garder par-devers moi - au fond de mon coeur et de mon esprit. Ils débordent de mes pensées en contes drolatiques, avec des quiz et des digressions sur la langue.

Mon blog

Amoureuse des mots, je cherche comment faire partager ma passion. Il y a tant à découvrir dans les bibliothèques du monde, tant de mots à connaître intimement pour affiner notre pensée, tant de mots qu'on n'entend plus sur nos lèvres, enfermés qu'ils sont dans des livres poussiéreux. Il ne tient qu'à nous de les faire revivre et de les faire chanter. Notre langue, si belle, si riche, demande qu'on la respecte, qu'on la préserve, qu'on s'en amuse et qu'on la chérisse. Mamiehiou ............................................................................................................................................................................................ ...................................;....................................................................... « La langue française est une femme. Et cette femme est si belle, si fière, si modeste, si hardie, touchante, voluptueuse, chaste, noble, familière, folle, sage, qu'on l'aime de toute son âme, et qu'on n'est jamais tenté de lui être infidèle. » Anatole France ....................................................... ............... ................................................................................................................. « C'est une langue bien difficile que le français. À peine écrit-on depuis quarante-cinq ans qu'on commence à s'en apercevoir. » Colette

Rechercher Un Mot Du Blog