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3 août 2010 2 03 /08 /août /2010 14:00

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À partir de l'instant paroxysmique où Morphée s'en fut, me délivrant concomitamment de mes fantasmes amoraux et de mes élucubrations mortifères, j'ouvris mes quinquets virginaux et tus mon bec* qui se serait complu dans une jactance emphatique.

L'onirique et surréaliste vision fondit dans la nue. Et c'est nue que je me découvris avec effroi.

    « Abject, susurrai-je. »

Étais-je victime d'une aberration chromatique, d'un astigmatisme m'astreignant à revisiter les règles d'une réflectivité déficiente ?

C'est toute tremblante et tout ébaubie que je repris consciemment les rênes de mon libre arbitre. Je renonçai précipitamment à l'espoir qu'on ne me vît pas dans le plus simple appareil dont une main malveillante m'avait affublée, à mon corps défendant. Je n'osai me mouvoir, comme si je fusse atteinte de dyspraxie.

 

    « Fais ce que dois, advienne que pourra°, soupirai-je. »

 

Toujours étendue sur le sol herbu et plein de sollicitude, j'épandis conséquemment mes larmes soufrées et je sentis s'immiscer subrepticement en moi l'envie irrépressible et inattendue de jouir de la contemplation du paysage alentour.

Un geai aux cent couleurs et un corbeau couleur de jais zébrèrent l'azur jusqu'à ce qu'ils vinssent se positionner au zénith, sur une branche au faîte du frêne élastique qui m'ombrageait voluptueusement. L'air de bonhomie et de placidité de l'un jurait avec l'obscure et méphistophélique posture de l'autre. Que je me surprisse à entendre résonner le nevermore** de Poe vous eût étonné, il va sans dire.

 

Mais qu'entends-je donc ? Un persiflage inopiné ? Foin des opinions intellectuellement immatures !

..................................................... 

*Je tus mon bec, expression empruntée à Émile Zola. 

 

** Nevermore, voir le poème d'Edgar Allan Poe The Raven, Le Corbeau  "nevermore", le seul mot prononcé par le lugubre volatile, revient en fin de strophe comme un leitmotiv.

 

Version simplifiée 

En me réveillant au moment le plus critique de mon rêve épouvantable, j'ouvris les yeux et décidai de ne rien dire. Je me rendis compte, à ma grande stupéfaction, que j'étais toute nue. Je crus à une hallucination. Cette situation me paralysa.

Il me fallait me résigner à faire du mieux que je pouvais.

Je me mis à trembler tout en regardant ce qui m'entourait. Au sommet de l'arbre sous lequel j'étais allongée, s'étaient perchés un geai et un corbeau qui ne se ressemblaient guère. Il me vint à l'esprit le lugubre poème d'Edgar Poe intitulé The Raven.

Vous vous moquez de moi ? Tant pis.

 

NOTES
À partir de l'instant paroxysmique où Morphée s'en fut

♦ Paroxysme, le point le plus intense d'une situation, d'un sentiment, d'une émotion, d'une maladie, de la douleur...

Morphée, fils d'Hypnos, dieu du sommeil.

Dormir, être dans les bras de Morphée. 

♦ Morphée s'en fut, Morphée s'en alla

 

me délivrant concomitamment de mes fantasmes amoraux et de mes élucubrations mortifères

Concomitant, qui se passe simultanément avec un autre fait.

> me délivrant en même temps de mes fantasmes.... 

Adverbe concomitamment. 

Amoral (a-privatif), sans aucune morale.

Différent d'immoral = contraire à la morale. 

Mortifère, qui entraîne la mort.

 

j'ouvris mes quinquets

quinquets (populaire) yeux

 

et tus mon bec qui se serait complu dans une jactance emphatique

Jactance, défaut de celui qui tient des discours insolents et emphatiques. Familièrement, bavardage excessif.

 

l'onirique et surréaliste vision fondit dans la nue

♦ onirique, du rêve.

la nue, les nuages - par métonymie, le ciel.

 

et c'est nue que je me découvris avec effroi.

Nue, la nue

L'ANTANACLASE  figure de rhétorique. On joue par deux fois sur un mot avec deux acceptions différentes. 

L'onirique et surréaliste vision fondit dans la nue . Et c'est nue que je me découvris avec effroi.

   

abject, susurrai-je

Susurrer, 1 seul S entre les 2 U, chuchoter, murmurer.

Pour en savoir + Cas où le S ne se prononce pas [z] entre deux voyelles

 

les règles d'une réflexibilité déficiente

Réflexivité, propriété qu'ont des ondes à être réfléchies, par un miroir, une lentille, etc.

 

c'est toute tremblante et tout ébaubie que je repris les rênes de mon libre arbitre

Ébaubie, très étonnée, ébahie.

Une rêne : courroie du harnais d'un animal permettant de le diriger.

Homophones, un renne (l'animal), une reine.

Que signifient les mots synonyme, antonyme, homonyme, homophone, paronyme, hyperonyme, hyponyme, holonyme, méronyme ?

TOUT ADVERBE, toute tremblante, tout ébaubie.

 

Les adverbes sont généralement invariables, sauf TOUT dans un cas précis, pour raison d'euphonie, quand il précède un adjectif au féminin qui commence par une consonne, ou un H ASPIRÉ

 

On écrira, une femme toute honteuse (h aspiré), toute menue, toute belle. Mais une femme tout épanouie, une chevelure tout hirsute (h muet, on fait la liaison)

Ne pas confondre tout adverbe, avec l'adjectif indéfini ou le pronom indéfini qui s'accordent : Toutes les femmes sont exquises. Toutes le sont. Elles le sont toutes.

Pour tout savoir sur TOUT :  Ne pas confondre : TOUT adjectif indéfini, pronom indéfini, adverbe (variable dans certains cas) et substantif

 

comme si je fusse atteinte de dyspraxie

les modes employés après > Comme si
Dyspraxie, incapacité à faire des mouvements coordonnés et/ou à se situer dans l'espace.

> http://www.123dys.fr/dyspraxies/les-dyspraxies.php

 

Fais ce que dois, advienne que pourra°.

Proverbe : Fais ton devoir, fais ce que te dicte ta conscience et ne te soucie pas des conséquences.

 

je sentis s'immiscer subrepticement en moi

sans bruit et furtivement.


Un geai aux cent couleurs et un corbeau couleur de jais

> Ne pas confondre : alcoolique, alcoolisé – rabattre, rebattre - amener, apporter – geai, jais - jadis, naguère – plutôt, plus tôt

 

l'air de bonhomie et de placidité de l'un

Bonhomie, 1M, bonhomme 2M.

orthographe réformée : bonhommie

> Réforme de l'orthographe - L'orthographe recommandée aux enseignants - Lexique

 

l'obscure et méphistophélique posture

méphistophélique, adjectif dérivé de Méphistophélès, démon assoiffé de connaissances et désireux de détruire le monde dans le mythe de Faust.

 

Que je me surprisse... lorsque la phrase commence par une subordonnée introduite par QUE, on a toujours le subjonctif. Que je me surprenne (subj. présent) que je me surprisse (subj. imparfait.)

Pour en savoir + Valeurs et emplois du subjonctif

 

Foin des opinions intellectuellement immatures !

Foin, interjection qui marque l'impatience et le mépris.

 

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Published by mamiehiou.over-blog.com - dans LES DELIRES
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commentaires

Les caprices de Cachou 02/05/2014 22:40

Je viens de lire -quasiment en apnée- votre délire évanescent, c'est ..... ouah hou !!!!!!!! Pardon, si, du coup, je n'ai plus aucun vocabulaire .... Respect ........ !

mamiehiou 03/05/2014 05:13

C'est trop gentil ! Vraiment !

Lily la Plume 09/08/2013 06:29

oh là,là quel bonheur !!!!!!!! incroyable à lire, avec toutes les explications nécessaires, en parlant de proverbe, puis-je prendre pour argent comptant toute la grammaire et l'orthographe que je trouve sur ce blog ? je me délecte par avance des merveilles que je vais découvrir ici..... merci véronique

mamiehiou 09/08/2013 07:34

Votre enthousiasme me fait grand plaisir. J'espère ne pas vous décevoir. Sachez que lorsque je donne des explications de grammaire et de vocabulaire, je m'applique à ne retenir que ce qu'écrivent les grammairiens et les dictionnaires reconnus. Vous pouvez trouver mes sources dans l'article "Ouvrages de référence qui me sont très utiles".
Comme personne n'est parfait, il m'arrive de laisser passer une coquille. Je demande à mes lecteurs de me la signaler, ce qui arrive parfois. Il n'est que de lire leurs aimables commentaires.
Je vous souhaite une bonne lecture.
Cordialement,
mamiehiou

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  • J'aime trop les mots pour les garder par-devers moi - au fond de mon coeur et de mon esprit. Ils débordent de mes pensées en contes drolatiques, avec des quiz et des digressions sur la langue.
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Amoureuse des mots, je cherche comment faire partager ma passion. Il y a tant à découvrir dans les bibliothèques du monde, tant de mots à connaître intimement pour affiner notre pensée, tant de mots qu'on n'entend plus sur nos lèvres, enfermés qu'ils sont dans des livres poussiéreux. Il ne tient qu'à nous de les faire revivre et de les faire chanter. Notre langue, si belle, si riche, demande qu'on la respecte, qu'on la préserve, qu'on s'en amuse et qu'on la chérisse. Mamiehiou ............................................................................................................................................................................................ ...................................;....................................................................... « La langue française est une femme. Et cette femme est si belle, si fière, si modeste, si hardie, touchante, voluptueuse, chaste, noble, familière, folle, sage, qu'on l'aime de toute son âme, et qu'on n'est jamais tenté de lui être infidèle. » Anatole France ....................................................... ............... ................................................................................................................. « C'est une langue bien difficile que le français. À peine écrit-on depuis quarante-cinq ans qu'on commence à s'en apercevoir. » Colette

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