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19 août 2010 4 19 /08 /août /2010 05:08

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Devais-je expier, condamnée par le ciel, des fautes dont je n'avais pas souvenance ? Quel crime avais-je donc perpétré que j'ignorais, pour être ainsi martyrisée ? Se pouvait-il que je méritasse un tel châtiment ?

 

Languissante et meurtrie, je murmurai, pour bercer ma mélancolie, comme un leitmotiv lancinant :

Je puis avoir fait

Des choses dont j'aurais regret

Et dont je n'ai nulle mémoire.1

J'étais abasourdie par le comportement schizophrénique de ma geôlière2, que je ne pouvais prévoir, et je sentis que ma vie allait me quitter.

« Pour sûr, elle a une araignée au plafond° », murmurai-je pour m'exonérer de tout reproche envers moi-même.

Je me demandai comment la passion pouvait conduire à de telles extrémités. Il semblait qu'elle n'eût ni Dieu ni maître°.

Je sentis alors grandir en moi un désespoir incommensurable. Je voulus mourir et exhortai le ciel de m'envoyer un orage si violent qu'il aurait emporté avec moi, l'habile envoûteuse, ses maléfices, la masure enchantée, la forêt et... et... le monde entier !

Il me fallut des heures pour me calmer, sans pourtant me résigner.

 

Je restai là, stupéfiée, prisonnière d'un temps qui semblait ne plus devoir finir, empêtrée dans une solitude où seules mes narines trouvaient quelque distraction, ce dont j'aurais pu me passer à dire vrai, à humer... étaient-ce les miasmes qui se dégageaient d'un cadavre de quelque muridé à museau pointu en putréfaction, ou des relents de fèces, de crottes et de fientes à proximité de la mince bouche d'aération, ou les spores des moisissures voletant dans l'air et que je voyais distinctement dans le rayon ténu qui filtrait ? Je ne sais. Pouah ! Il me fallait bien respirer pourtant !

    

« Je veux que tout cela finisse ! » criai-je, simplement pour entendre le son de ma voix, puisque j'avais perdu tout espoir d'en entendre jamais aucune autre.

........................................................................... 

*Titre

Levez-vous vite, orages désirés qui devez emporter René dans les espaces d'une autre vie !

Exclamation traduisant le désespoir de René, le héros de François-René de Châteaubriand.

Lire : CHATEAUBRIAND - Mémoires d'Outre-Tombe - À Combourg

 

1-… Je puis avoir fait

Des choses dont j'aurais regret

Et dont je n'ai nulle mémoire. **

Dans Amphitryon de Molière.

 

2-geôlière, prononcer jo.

Prononciation problématique de quelques mots en français : gageure, almanach, handball, imbroglio, mas, tomber dans le lacs, abasourdi, Auxerre, Bruxelles, Cassis...

 

NOTES

Se pouvait-il que je méritasse un tel châtiment ?

je méritasse subjonctif imparfait

> La conjugaison des verbes au subjonctif - Comment déjouer ses difficultés

 

je murmurais comme un leitmotiv fascinant

un leitmotiv, pluriel des leitmotiv - OU pluriel allemand, des leitmotive.

Une phrase qui se répète dans une oeuvre littéraire ou musicale.

 

j'étais abasourdie

le s entre deux les voyelles se prononce [z]

> Prononciation problématique de quelques mots en français : gageure, almanach, handball, imbroglio, mas, tomber dans le lacs, abasourdi, blinis, Auxerre, Bruxelles, Cassis...

 

le comportement schizophrénique de ma geôlière

Une geôle, une prison. Le geôlier (ou la geôlière) garde le prisonnier.

 

Avoir une araignée au plafond

être cinglée. Le plafond, c'est la tête.

À rapprocher de :

Avoir un petit vélo dans sa tête. Un peu moins grave.

 

N'avoir ni Dieu ni maître

devise de ceux qui refusent toute autorité. Propre à l'esprit anarchiste.

 

je sentis alors grandir en moi un désespoir incommensurable

que l'on ne peut mesurer.

 

j'exhortai le ciel de m'envoyer un orage

Exhorter, pousser par des paroles quelqu'un à faire quelque chose.
Voir la règle des mots qui commencent par ex-exh, note du texte n°9.

 

l'habile envoûteuse, ses maléfices, la masure enchantée, la forêt et... et... le monde entier.

L'AMPLIFICATION est une gradation dans les termes d'une énumération. Elle peut l'être dans une succession de paragraphes.

 

quelque muridé à museau pointu en putréfaction,

quelque au singulier, littéraire : un certain, une certaine.

un muridé, un rat ou une souris

 

ou des relents de fèces, de crottes ou de fèces

La note suivante ne convient pas aux âmes délicates, mais il faut bien appeler un chat un chat.

À chacun son excrément, ses déjections, ses matières fécales.

Merde, selles, fèces toujours un peu dures (d'homme, de femme aussi), fiente (d'oiseaux) bouse (de la vache et de sa famille) crotte (de chèvres et autres) chiure toute petite (d'insectes) guano (amas d'excréments de chauve-souris, d'oiseaux marins), diarrhée (selles molles ou liquide), étron (moulé)

Je laisse là, chiasse, caca et autres expressions familières ou vulgaires qu'il me dégoûte d'écrire.

Une acception du verbe ALLER, aller à la selle, déféquer.

J'ai pris un purgatif et je suis allé.

Comment allez-vous ?

Cette expression aurait son origine au Moyen Âge où l'on s'enquérait de la santé de son prochain en voulant savoir quel aspect avaient ses selles. Étonnant, non ?

Même sens pour le verbe FAIRE.

Arrête donc de faire dans ton froc !

Il faut savoir que les eaux sulfatées aident à faire. On peut même les utiliser quand les bébés sont constipés. (de l'Hépar par exemple)

Conseil, lisez donc les étiquettes !

Et attention aux nitrates d'une façon générale !

 

Il faut que tout cela finisse !

ON entend dire trop souvent la faute : Il faut que cela se finisse.

Ou bien : Cela va se finir, pour Cela va finir.

Le verbe est très rarement à la forme pronominale de sens passif.

Exemple littéraire :

"Il ne lui restait ensuite qu'un immense étonnement qui se finissait en tristesse" (Flaubert, Mme Bovary) 

= qui se transformait pour finir en tristesse.

 

L'EXPRESSION DE LA CAUSE 

Je criai, simplement pour entendre le son de ma voix, puisque j'avais perdu tout espoir.

 

Dans les propositions subordonnées introduites par :

parce que, puisque, comme, du fait que, vu que, attendu que, étant donné que, sous prétexte que, du moment que.

Il est aimé de vous parce qu'il est digne de l'être.

Il est aimé de vous parce que digne de l'être. (subordonnée elliptique de son verbe et de son sujet)

Comme tu me quittes, tu ne pourras plus compter sur moi. Puisque tu me quittes... NUANCE avec puisque : la cause est évidente et logique.

Voir les conjonctions introduisant la cause :

> Conjonctions de sub. et locutions conjonctives classées : cause conséquence but temps condition comparaison concession exception proportion manière conformité supposition addition alternative

 

Deux indépendantes coordonnées ou juxtaposées, l'une contient la cause, l'autre la conséquence.

Je suis partie, (car, tant, tellement) j'en avais assez.

 

Une proposition participiale. L'orage menaçant, nous nous mîmes à l'abri.

 

Un complément contenant un infinitif : pour + infinitif passé

J'ai été bien puni pour vous avoir désobéi.

 

Un groupe nominal introduit par les prépositions ou les locutions prépositives :

de, par, de par, à cause de, en raison de, sous prétexte de, grâce à, à force de, du fait de, faute de, par suite de...

Il est mort de faim par sa faute (ou de par sa faute).

Je m'en suis tirée grâce à Dieu.

 

<< 32 Délires d'une femme atrabilaire dont la roideur d'esprit n'est plus à démontrer -"Es la libertad de tiranizar, que es lo contrario de la libertad."

>> 34 Délires d'une prisonnière en sursis -"Cogito ergo sum"

 

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Amoureuse des mots, je cherche comment faire partager ma passion. Il y a tant à découvrir dans les bibliothèques du monde, tant de mots à connaître intimement pour affiner notre pensée, tant de mots qu'on n'entend plus sur nos lèvres, enfermés qu'ils sont dans des livres poussiéreux. Il ne tient qu'à nous de les faire revivre et de les faire chanter. Notre langue, si belle, si riche, demande qu'on la respecte, qu'on la préserve, qu'on s'en amuse et qu'on la chérisse. Mamiehiou ............................................................................................................................................................................................ ...................................;....................................................................... « La langue française est une femme. Et cette femme est si belle, si fière, si modeste, si hardie, touchante, voluptueuse, chaste, noble, familière, folle, sage, qu'on l'aime de toute son âme, et qu'on n'est jamais tenté de lui être infidèle. » Anatole France ....................................................... ............... ................................................................................................................. « C'est une langue bien difficile que le français. À peine écrit-on depuis quarante-cinq ans qu'on commence à s'en apercevoir. » Colette

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