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3 août 2010 2 03 /08 /août /2010 14:09

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Je cessai de raisonner sur ma position innommable. Et, nonobstant l'inconfort du viol de ma pudeur, je parvins tant bien que mal à supporter l'iniquité flagrante qu'on avait exercée sur ma personne, tout occupée à jouir des délices   des délices, que dis-je   des blandices de mes sens aiguisés par le contact inattendu de ma peau sur la maternelle Cybèle. Je m'apprêtai à me conformer inconditionnellement à la nature exigeante, exigeant de moi sans ambages que je me soumisse à ses lois, fussent-elles délectables ou même incongrues.

 

L'yeuse voisine bruissa. Des sensations aiguës m'assaillirent alors. Je fus saisie d'une cataplexie qui avait à voir avec le haut mal, une épilepsie où mes synapses en folie n'étaient plus maîtresses d'elles-mêmes.

Quand le boutoir d'une hure frôla mon corps désarçonné, je ne pus ni geindre ni regimber. Des phéromones odoriférantes se mêlèrent à l'haleine fétide qu'exhalait la laie en chasse. Elle me humait.

« C'est la cata ! m'exclamai-je avant de m'effondrer. »

 

Trivial, non ? Il n'y eut pas d'échappatoire.  

.............................................................................  

* « À l'encontre des immodérées et charmeresses blandices de la volupté. »

 (des attraits excessifs et enchanteurs de la volupté) 

Montaigne 1533-1592

Voir l'extrait des ESSAIS en fin d'article.

 

Résumé de l'épisode

Alors que je me laissais aller au plaisir d'être couchée sur la terre maternelle, je lâchai prise et décidai d'oublier mon cauchemar pour me soumettre aux lois de la nature. C'est à ce moment-là que je m'évanouis.

J'eus une belle frayeur lorsque je sentis le groin d'une laie (un sanglier femelle) venir me flairer de près. Je m'évanouis de nouveau. C'était banal. Difficile de se sortir d'une situation pareille.

Je sens, cher lecteur, que vous vous êtes déjà habitué à mon style amphigourique et que vous n'aurez dorénavant plus besoin d'une version simplifiée de chacun des épisodes.  

Bonne continuation !    

 

NOTES

Je cessai, je parvins

passé simple : c'est un récit.

> Les emplois de l'imparfait de l'indicatif et du passé simple

 

Je cessai de raisonner sur ma position innommable
raisonner, à ne pas confondre avec résonner

Innommable, que l'on ne peut nommer.

> PRÉFIXE IN (sens négatif) opportun, inopportun, onde, inonder

In + n si le radical du mot commence par n comme nombre, innombrable, nom, innommable, nouveau, innover, innovation.

Im + b ou p ou m, probable, improbable, parfait, imparfait, buvable, imbuvable, mature, immature, moral, immoral.

Ir + r, réfléchi, irréfléchi.

Il + l, légal, illégal 

 

nonobstant l'inconfort du viol de ma pudeur, malgré l'inconfort...

Prépositions et locutions prépositives marquant la concession :

Nonobstant, sans avoir égard à, en dépit de, malgré. 

ici préposition synonyme de malgré.

nonobstant peut être un adverbe, synonyme de pourtant, cependant.

 

l'iniquité flagrante qu'on avait exercée sur ma personne

iniquité, acte contraire à la morale.

exercée, participe passé s'accorde avec le complément d'objet direct placé avant lui : qu' (que élidé) mis pour l'antécédent iniquité.

>> Règles de l'accord des participes passés

 

tout occupée à jouir des délices, que dis-je, des blandices...

tout, adverbe invariable, sauf devant une consonne ou un h aspiré d'un mot féminin.

>> Ne pas confondre : TOUT adjectif indéfini, pronom indéfini, adverbe (variable dans certains cas) et substantif 

blandices (nom féminin, s'emploie le plus souvent au pluriel) d'après Littré, charmes, jouissances, flatteries pour gagner le coeur.

 

la maternelle Cybèle

Cybèle, divinité anatolienne, force reproductrice de la nature. Voir Rhéa, Gaïa et Déméter.

 

la nature exigeante (adjectif), exigeant de moi (participe présent...) sans ambages que je me soumisse à ses lois.

LE POLYPTOTE est la répétition d'un même mot revêtant différentes formes grammaticales dans une même phrase. 

 

PARTICIPE PRÉSENT - ADJECTIF VERBAL - GÉRONDIF

Exigeant(e), adjectif verbal (s'accorde)sans ambages que je me soumisse à ses lois.

Exigeant, participe présent (verbe, invariable).

En exigeant, gérondif

Une furie, hurlant de rage, s'est jetée dans mes bras.

Vous êtes bien peu tentante, lui ai-je dit.

Vous m'avez fait peur en tentant de me séduire ainsi.

> Ne pas confondre participes présents, gérondifs et adjectifs verbaux, en fatiguant fatigant – en convainquant convaincant – en émergeant émergent – en résidant résident...

 

exigeant de moi sans ambages que je me soumisse à ses lois, fussent-elles délectables ou même incongrues. 

ambages, détours qu'un interlocuteur utilise pour ne pas aller au but directement. 

Sans ambages, sans s'embarrasser de circonlocutions, sans tourner autour du pot°.

♦  que je me soumisse, subjonctif imparfait. 

fussent-elles > même si elles étaient incongrues > Eussé-je, eussè-je, j'eusse, eût-il, fût-il, fussent-ils... 

incongru, inconvenant. 

 

L'yeuse voisine bruissa

♦ l'yeuse, le chêne vert.

Pas de disjonction devant le Y de yeuse

♦ LE Y EN DEBUT DE MOT.

Dans la plupart des cas il y a disjonction (pas d'élision, pas de liaison) 

la yole, le yacht, les vénéneux yuccas (et pas z-yuccas)

Exceptions : 

les yeux (liaison z-yeux, d'où zyeuter ou zieuter), l'yeuse, l'ypérite (gaz moutarde qui servit d'arme de guerre).  

Pour en savoir plus, voir l'article : La liaison, l'élision, l'enchaînement, la disjonction. 

♦ BRUIRE ET BRUISSER

 Les points de vue sur bruire et bruisser divergent selon les grammairiens.

Le verbe bruire ne s'emploie généralement qu'à l'infinitif et au participe passé bruissant. On peut cependant le rencontrer à tous les temps, il se conjugue comme finir.

L'adjectif bruyant est un ancien participer présent de bruire.

Le verbe bruisser est formé sur bruire. L'Académie ne le reconnaît pas.

Pour en savoir plus, voir l'article :  Ne pas confondre : feux et feus – sensé et censé – chaos et cahot – efficace et efficient – émotionné et ému - bruire et bruisser

 

Je fus saisie d'une cataplexie qui avait à voir avec le haut mal

♦ cataplexie, perte du tonus musculaire, (différent de catalepsie qui est l'incapacité des mouvements musculaires).  

♦ haut mal,vieilli pour épilepsie 

 

une épilepsie où mes synapses en folie n'étaient plus maîtresses d'elles-mêmes.

synapse, cellule cérébrale.

 

Quand le boutoir d'une hure

♦ La hure, la tête d'un sanglier ou d'un cochon.

♦ Le boutoir, le bout du groin.

Un coup de boutoir, une réflexion désagréable et blessante.

 

je ne pus ni geindre ni regimber

♦ Geindre, gémir, se plaindre, se lamenter. Un geignard.  

♦ Regimber, refuser avec force, résister. Le cheval regimbe, il se cabre.

 

C'est la cata

La cata, familier pour la catastrophe.

 

Trivial, non ? Il n'y eut pas d'échappatoire. 

♦ Trivial, commun, banal, rebattu.  

♦ Une échappatoire, on cherche une échappatoire pour sortir d'une situation

difficile. 

 

<< 3 Délires évanescents -Fais ce que dois, advienne que pourra !

>> 5 Délires moralisateurs avec un artiodactyle - Je bats ma coulpe. Mea culpa !

 

Vous avez lu les 4 premiers Délires ? Vous pourrez faire le QCM – Vocabulaire rencontré dans les Délires 1, 2, 3 et 4.

 

MONTAIGNE

Les Essais, Livre III, chapitre XIII (extrait)

J'ordonne à mon âme de regarder et la douleur et la volupté de veuë pareillement réglée (« eodem enim vitio est effusio animi in loetitia, quo in dolore contractio1 ») et pareillement ferme, mais gayment l'une, l'autre severement, et, selon ce qu'elle peut y aporter, autant songneuse2 d'en esteindre3 l'une que d'en estendre4 l'autre. Le voir sainement les biens tire après soi le voir sainement les maux. Et la douleur a quelque chose de non évitable en son tendre commencement, et la volupté quelque chose d'évitable en sa fin excessive. Platon les accouple, et veut que ce soit pareillement l'office de la fortitude5 combatre à l'encontre de la douleur et à l'encontre des immoderées et charmeresses blandices de la volupté6. Ce sont deux fontaines ausquelles qui puise, d'où, quand et combien il faut, soit cité, soit homme, soit beste, il est bien heureux. La première, il faut la prendre par medecine et par necessité, plus escharnement7 ; l'autre, par soif, mais non jusques à l'ivresse. La douleur, la volupté, l'amour, la haine sont les premieres choses que sent un enfant si, la raison survenant, elle s'applique à elles, cela c'est vertu.

La Pléiade page 1091- éditions Gallimard

 

Notes de mamiehiou

veuë, vue.

1-eodem enim vitio est effusio animi in loetitia, quo in dolore contractio"

La dilatation de l'âme dans la joie n'est pas moins blâmable que sa contraction dans la douleur", Cicéron. 

2-Songneuse, soigneuse. 

3-Esteindre, éteindre. 

4-Estendre, étendre. 

5-La fortitude, état de celui ou de ce qui est fort, force d'âme, courage. 

6-des immoderées et charmeresses blandices de la volupté : des attraits excessifs et enchanteurs de la volupté 

7-plus escharnement, plus chichement

 

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Published by mamiehiou.over-blog.com - dans LES DELIRES
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commentaires

Alexis 22/06/2011 20:40



Très bon blog bravo!


Et vive la langue française !!



mamiehiou.over-blog.com 23/06/2011 11:21



Merci ! J'ai plaisir à lire qu'il vous plaise. Vraiment.


Cordialement vôtre



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Amoureuse des mots, je cherche comment faire partager ma passion. Il y a tant à découvrir dans les bibliothèques du monde, tant de mots à connaître intimement pour affiner notre pensée, tant de mots qu'on n'entend plus sur nos lèvres, enfermés qu'ils sont dans des livres poussiéreux. Il ne tient qu'à nous de les faire revivre et de les faire chanter. Notre langue, si belle, si riche, demande qu'on la respecte, qu'on la préserve, qu'on s'en amuse et qu'on la chérisse. Mamiehiou ............................................................................................................................................................................................ ...................................;....................................................................... « La langue française est une femme. Et cette femme est si belle, si fière, si modeste, si hardie, touchante, voluptueuse, chaste, noble, familière, folle, sage, qu'on l'aime de toute son âme, et qu'on n'est jamais tenté de lui être infidèle. » Anatole France ....................................................... ............... ................................................................................................................. « C'est une langue bien difficile que le français. À peine écrit-on depuis quarante-cinq ans qu'on commence à s'en apercevoir. » Colette

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