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10 septembre 2010 5 10 /09 /septembre /2010 06:48

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Je marchais droit devant moi telle une somnambule, sans me soucier de savoir où me guidaient mes pas.

Était-il possible que j'eusse enfin recouvré ma liberté toute nue ? Le pouvoir que Marie avait exercé sur ma personne m'était devenu odieux. Il s'en était fallu de peu qu'il n'abîmât mon âme innocente, et, malgré tout mon bon vouloir, si elle avait pu me retenir, je n'en serais pas sortie indemne. Ma nature se serait corrompue. Ma spontanéité, ma jeunesse et mon désir de vivre se seraient envolés comme vapeur, sans que j'y eusse pris garde.

J'aspirais à présent à une résilience qui m'apporterait la sérénité, pour que mes forces revinssent, pour que je pusse exister par moi-même sans être l'esclave de quiconque, fût-ce de la moins exigeante des créatures.

Que n'espérais-je pas ?

 

Mais les épreuves de la vie, embusquées comme des fauves, attaquent par surprise. Nul être vivant n'est épargné. Qu'il soit robuste ou démuni, qu'il se dresse ou se tapisse. Il ne peut leur échapper.

 

Un instant, un éclair de rage d'une fulgurance aiguë faillit me faire perdre pied.

Où sont-ils, ceux qui me donnèrent la vie ? Pourquoi ai-je été ainsi abandonnée ?

Cette pensée d'une acuité toute nouvelle me perça le coeur. Le hasard, la providence peut-être, me permettraient un jour, qui sait, de résoudre cette énigme. En aucun cas je ne devais désespérer.

Je m'ébrouai pour chasser ces pensées inopportunes comme la laie s'ébroue pour envoyer aux quatre vents la boue de la souille où elle s'est vautrée.

Sissi, Sissi ! Ma confidente, mon amie, quand te reverrai-je, hélas ?*

Il me fallait aller de l'avant, sans regret.

.........................................................................  

*Live free or die : Death is not the worst of evils.

Vis libre ou meurs : La mort n'est pas le pire des maux.

Le Général John Stark, 31 juillet 1809

 

**Clin d'oeil à Joachim Du Bellay

Les Regrets, Heureux qui comme Ulysse

(extrait)

 Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village

Fumer la cheminée, et en quelle saison

Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,

Qui m'est une province et beaucoup davantage ?      

voir le commentaire se rapportant à ce poème à la fin des notes ci-dessous.

 

NOTES

Titre : Délires en partance pour d'autres cieux

Le ciel, les ciels, les cieux.

On emploie le pluriel ciels

en général en peinture et en dessin, les ciels de Turner, de Monet, pour ne citer que les leurs.

lorsqu'on s'attache à la description de son aspect, nous avons chez nous des ciels particulièrement beaux.

quand on parle de climats, les ciels torrides du désert.

+dans l'aéronautique, cette compagnie sillonnent tous les ciels.

on dit des ciels de lits

On emploie le pluriel cieux dans les autres cas

 

   Charles Baudelaire, L'Invitation au Voyage.

(extrait)

Les soleils mouillés

De ces ciels brouillés

Pour mon esprit ont les charmes

Si mystérieux

De tes traîtres yeux,

Brillant à travers leurs larmes.

 

Là, tout n'est qu'ordre et beauté,

Luxe, calme et volupté.

 

En partance, des avions, des bateaux, en partance, en arrivage.

Le départ, sur le point de partir.

Jeanne d'Arc, née à Domrémi, fait ici ses adieux à la Meuse de son enfance. Vers de Charles Péguy.

Adieu Meuse endormeuse et douce à mon enfance
Toi qui demeures aux prés où tu coules tout bas

Adieu Meuse ! j'ai déjà commencé ma partance
Vers des pays nouveaux où tu ne coules pas.

 

je marchais droit devant moi telle une somnambule

QUELQUES MOTS contenant MN, voir la note du texte 47

somnambule, indemne, etc.

 

Il s'en était fallu de peu qu'il n'abîmât mon âme innocente.

abîmât, subjonctif imparfait

Il s'en faut de peu que est suivi du subjonctif (la principale a un verbe impersonnel)

Peu s'en faut que je ne te quitte pour toujours.  

Le NE est explétif.

Voir : NE explétif - Quand peut-on l'employer ? - sans que je (ne) - avant que je (ne) - je crains que tu (ne) - j'empêche que tu (ne) - je m'attends à ce que tu (ne) - je ne nie pas que tu (ne)...

abîmer, abîme

Petite comptine mnémotechnique pour savoir où se cache l'accent circonflexe : Le chapeau de cime est tombé dans l'abîme.

 

Était-il possible que j'eusse enfin recouvré ma liberté toute nue
recouvrer à ne pas confondre avec recouvrir

Récapitulation des articles : "Ne pas confondre... "

j'eusse recouvré, recouvrer au subjonctif plus-que-parfait

Voir : Valeurs et emplois du subjonctif

 

J'aspirais maintenant à une résilience

La résilience, aptitude des individus à vaincre l'adversité et à se reconstruire après une épreuve particulièrement difficile. Concept analysé par Boris Cyrulnik éthologue, psychanalyste, psychiatre, neurologue et qui travaille dans un groupe de recherche.

 

pour que mes forces revinssent, pour que je pusse exister par moi-même

L'EXPRESSION DU BUT

La proposition subordonnée circonstancielle de but ou finale est introduite par les locutions conjonctives pour que, afin que, de peur que, de crainte que, à seule fin que, ou par la conjonction que.

Viens ici, que je te gronde.

Le verbe de la subordonnée est toujours au subjonctif, mode qui marque l'incertitude.

Voir : Conjonctions de subordination et locutions conjonctives - La clef des modes - Indicatif, subjonctif ou conditionnel, lequel choisir ?

Quelques équivalents avec des groupes nominaux, des infinitifs, etc.

Je travaille pour ton bonheur.

Cet artiste vise à la perfection.

Nous nous appliquons de peur de faire des fautes.

Je viens vous demander un petit service.

Je sors prendre l'air.

Appelle quelqu'un qui puisse nous aider.

Cachons son pantalon, histoire de rire.

Voir aussi : Peut-on dire "dans quel but ? dans le but de... " ? Écrit-on "Pourquoi faire" ou "Pour quoi faire" ?

 

Le pouvoir que Marie avait exercé sur ma personne m'était devenu odieux.

LES PRONOMS RELATIFS

que Marie avait exercé sur ma personne, proposition relative

que, pronom relatif, remplace l'antécédent pouvoir.

Comme pronom, le pronom relatif peut remplacer un nom ou un groupe nominal qu'on appelle l'antécédent.

Relatif signifie qu'il établit une relation entre deux propositions,

J'apprécie le cadeau que tu m'as offert.

Que est le pronom relatif, il remplace le cadeau.

La proposition principale est J'apprécie le cadeau.

La proposition subordonnée relative est que tu m'as offert.

L'antécédent de que est le cadeau. Si l'on remplace que par son antécédent, on obtient tu m'as offert le cadeau.

Le pronom relatif a sa fonction dans la relative.

Que, complément d'objet direct d'offrir.

La proposition subordonnée relative à sa fonction par rapport à la principale.

Que tu m'as offert, complément de l'antécédent le cadeau.

 

LES PRONOMS RELATIFS

INVARIABLES

qui, que, quoi, dont, où.

L'endroit où je me trouvais m'était inconnu.

VARIABLES en genre et en nombre : lequel, laquelle, lesquels, lesquelles, qui peuvent fusionner avec à, de, des, duquel, auxquelles, etc.

On admet que les pronoms suivants sont relatifs, quiconque, qui que, quoi que, qui que ce soit qui, qui que ce soit que.

Qui que ce soit qui a volé mon tube de crème solaire va passer un mauvais quart d'heure.

Celui qui l'a fait, doit me le rendre.

Celui qui l'a fait, sujet de doit rendre.

Celui qui sujet de a fait

Il m'a dit qu'il était le voleur, ce qui m'attriste beaucoup.

Ce qui remplace la proposition précédente.

 

fût-ce de la moins exigeante des créatures

fût-ce

Voir : Eussé-je, eussè-je, j'eusse, fussé-je, fussè-je, je fusse, dussé-je, dussè-je, eût-il, fût-il, dût-il, fût-ce, fussent-ils, parlé-je...

exigeante

Voir : Ne pas confondre participes présents, gérondifs et adjectifs verbaux, (en) fatiguant fatigant – (en) convainquant convaincant – (en) émergeant émergent – (en) résidant résident...

 

un éclair de rage d'une fulgurance aiguë

La nouvelle orthographe (1990) donne aigüe

 

<< 50 Délires occasionnés par la perspective d'un départ douloureux."Il est fort dangereux de s'accoutumer à une bonne compagnie ; la séparation en est étrange."

>> 52 Délires rencontrés en chemin + QUIZ n°7 Le jeu des prénoms (1re série)

> Retour au début de l'article 

Heureux qui comme Ulysse

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,
Ou comme cestuy-là qui conquit la toison,
Et puis est retourné, plein d'usage et raison,
Vivre entre ses parents le reste de son âge !

Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village
Fumer la cheminée, et en quelle saison
Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,
Qui m'est une province, et beaucoup davantage ?

Plus me plaît le séjour qu'ont bâti mes aïeux,
Que des palais Romains le front audacieux,
Plus que le marbre dur me plaît l'ardoise fine :

Plus mon Loire gaulois, que le Tibre latin,
Plus mon petit Liré, que le mont Palatin,
Et plus que l'air marin la douceur angevine.

 

Les Regrets, Joachim du Bellay (1522-1560)

 

Un mot sur le recueil Les Regrets de Joachim Du Bellay.

Forcé de rester à Rome auprès de son oncle le cardinal Jean Du Bellay qui est en ambassade pour le Roi de France auprès du pape, il est son secrétaire et intendant, Joachim Du Bellay compose  des poèmes élégiaques où il évoque les lieux qui lui sont chers, son petit village, le clos de sa pauvre maison, le Loire, [son] petit Liré, le séjour qu'ont bâti [ses] aïeux. Au fil des vers, il les compare aux beautés de Rome qui l'ont déçu. Le front majestueux des palais romains, le marbre dur, le Tibre, fleuve qui traverse Rome, le Mont Palatin, l'une des sept collines, l'air marin... n'ont pas autant de charme que ce qu'il a laissé.

 

Il lui plaît d'évoquer dans des sonorités très douces, fluides, bien faites pour faire naître la nostalgie dans nos coeurs, l'ardoise fine, la douceur angevine...

Rappelons que Joachim Du Bellay, Pierre de Ronsard son ami, et cinq autres amoureux de poésie formèrent La Pléiade.

 

Un mot sur Ulysse.

Ulysse, héros grec, mettra dix ans après avoir participé à la guerre de Troie, pour retourner dans son île, Ithaque, et rejoindre les siens, Pénélope sa femme et Télémaque son fils . Ce périple forcé qui sillonne la méditerranée est raconté dans L'Odyssée.

 

Un mot sur un Argonaute fameux.

cestuy-là qui conquit la Toison (celui-là...) ici, c'est de Jason qu'il est question.

Jason est envoyé traîtreusement en Colchide pour aller chercher La Toison d'or. Il y rencontrera Médée, la magicienne, qui lui donnera des enfants. Elle les tuera pour se venger des amours coupables de Jason, mais ceci est une autre histoire... 

 

Heureux qui comme Ulysse  a été mis en chanson par George Brassens et on peut entendre une deuxième version par Ridan.

À écouter sur la toile. 

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Amoureuse des mots, je cherche comment faire partager ma passion. Il y a tant à découvrir dans les bibliothèques du monde, tant de mots à connaître intimement pour affiner notre pensée, tant de mots qu'on n'entend plus sur nos lèvres, enfermés qu'ils sont dans des livres poussiéreux. Il ne tient qu'à nous de les faire revivre et de les faire chanter. Notre langue, si belle, si riche, demande qu'on la respecte, qu'on la préserve, qu'on s'en amuse et qu'on la chérisse. Mamiehiou ............................................................................................................................................................................................ ...................................;....................................................................... « La langue française est une femme. Et cette femme est si belle, si fière, si modeste, si hardie, touchante, voluptueuse, chaste, noble, familière, folle, sage, qu'on l'aime de toute son âme, et qu'on n'est jamais tenté de lui être infidèle. » Anatole France ....................................................... ............... ................................................................................................................. « C'est une langue bien difficile que le français. À peine écrit-on depuis quarante-cinq ans qu'on commence à s'en apercevoir. » Colette

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