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27 juillet 2012 5 27 /07 /juillet /2012 09:07

 

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Je dus encourager véhémentement Prétatou pour qu'il continuât avec moi notre périple.

« Qu'as-tu à regimber ainsi ? N'es-tu pas sauf ? le houspillai-je.

Quelle tête de fer à vouloir toujours te mettre dans des situations hors de mesure ! geignit-il. Ne pouvais-tu pas te satisfaire de ce que tu avais, et te résigner à une vie tranquille ? Toute autre que toi aurait renoncé à débusquer les diableries de ce monde, et à résoudre ses énigmes.

Peut-être. Mais je ne puis être une autre que moi-même. Puissé-je conserver intacte mon eccéité, en dépit des vicissitudes de ma vie ! Je suis ce que je suis.

Tu es ce que tu es, et moi je ne suis pas qui je suis*, car c'est toi que je suis*...

... la queue entre les jambes ! Seraient-ce là les murmures d'un révoltement ? Garde donc tes calembours pour un jour meilleur et concentre-toi sur le chemin raboteux ; ton esprit distrait te fera rouler dans les précipices.

Voire !

Qu'as-tu à traînasser ainsi ? Houp ! »

En dépit qu'il en eût, le cabot fit un bond.

« Ouvrons l'oeil Oli, et s'il me prend de voir un autre monstre, peut-être aurai-je le temps d'afuier, sans crier gare. La chance que nous avons eue avec messire ours ne se renouvellera pas, j'en suis sûr. »

 

Un opossum pressé nous dépassa à cet instant précis.

« Point ne m'en chaut, qu'il soit monaut, fit remarquer Prétatou avec aigreur. »

........................................................

*Tu es ce que tu es, et moi je ne suis pas qui je suis, car c'est toi que je suis

Un calembour est un jeu de mots où l'on emploie des homonymes (mots qui s'écrivent de la même façon) ou des homophones (mots qui se prononcent de la même façon et s'écrivent différemment) ou des paronymes (mots qui se ressemblent et que l'on peut confondre) ou encore des mots qui ont plusieurs sens.

Ici le Jeu de mots porte sur je suis, verbe suivre, homonyme de je suis, verbe être. 

Si je remplace les pronoms personnels (je par tu), j'obtiens : Toi, tu n'es pas qui tu suis, car c'est moi que tu suis.

Voir l'article : Paronymie et paronamase + QUIZ 27
et aussi : Que signifient les mots synonyme, antonyme, homonyme, homophone, paronyme, hyperonyme, hyponyme, holonyme, méronyme ?

Connaissez-vous :

Je suis ce que je suis. Mais je ne suis par ce que je suis. Car si j'étais ce que je suis, je ne serais pas ce que je suis.

> suis, être ou suivre.

 

NOTES

Je dus encourager véhémentement Prétatou pour qu'il continuât avec moi notre périple.

véhémentement, avec force, avec colère.

continuât, subjonctif imparfait

-subjonctif dans la subordonnée de but introduite par la locution conjonctive pour que.

-imparfait : concordance des temps, le verbe de la principale étant au passé.

Voir les 3 articles sur **la concordance des temps

La conjugaison des verbes au subjonctif - Comment déjouer ses difficultés

 

Qu'as-tu à regimber ainsi ?

regimber, résister, refuser d'obéir.

Le cheval regimbe, il refuse d'obéir et d'avancer, il rue.

 

quelle tête de fer à vouloir toujours te mettre dans des situations hors de mesure

Avoir une tête de bois, une tête de fer : être entêté.

Être hors de mesure, ne pas pouvoir faire quelque chose, en être hors de portée.

Terme d'escrime, être trop éloigné pour parer ou pour porter un coup d'épée.

Terme de musique ou de danse, ne pas aller en mesure.

 

Toute autre que toi aurait renoncé

TOUT AUTRE ou TOUTE AUTRE ?

tout autre, toute autre = n'importe quel (quelle) autre

Toute autre voiture aurait fait l'affaire. (n'importe quelle voiture)

Ne pas confondre avec l'adverbe TOUT AUTRE invariable signifiant tout à fait autre, entièrement différent, souvent précédé d'un article indéfini.

Ah ! Lorsque tu étais plus jeune, tu étais une tout autre personne. > tu étais une personne tout à fait autre, tout à fait différente.

C'est une tout autre histoire.

> Ne pas confondre : TOUT adjectif indéfini, pronom indéfini, adverbe (variable dans certains cas) et substantif

 

Puissé-je conserver intacte mon eccéité !

Phrase optative (qui exprime un souhait)

Subjonctif présent du verbe pouvoir avec inversion du sujet et en début de phrase.

= que je puisse

puissé-je orthographe traditionnelle.

puissè-je orthographe rectifiée de 1990  

>Ne pas confondre : je peux, je puis, je pus, je puisse, je pusse - puis-je, puissé-je ou puissè-je...

Eccéité, philosophie : ce qui fait qu'une chose (ou une personne) est elle-même et pas une autre - son essence, l'ensemble de ses particularités.

 

Serait-ce là les murmures d'un révoltement ?

Révoltement, action de se révolter. Littré.

 

concentre-toi sur le chemin raboteux

Un chemin raboteux, rocailleux, difficile.

 

Voire ! ici emploi vieilli : vraiment, certes.

employé par antiphrase, il peut exprimer un doute ou nier quelque chose – Littéraire ou ironique.

Voir aussi > Second ou deuxième ? Voire ou voire même ? Que doit-on dire ?

 

qu'as-tu à traînasser ainsi ?

Traînasser, traîner

Le suffixe -asser ajoute au verbe un sens péjoratif.

Bavasser, écrivasser, brumasser, écrivasser, brouillasser, caillasser, finasser, jacasser, grognasser, mouillasser...

 

Houp !

Cf. Littré : interjection.
Sert pour appeler ou houper quelqu'un, ou pour exciter un cheval.

 

En dépit qu'il en eût, le cabot fit un bond.

Malgré qu'il en eût, le cabot fit un bond.

Le cabot fit un bond malgré lui.

Voir les articles : Malgré que & En dépit que

 

Afuier, mot fantôme voulant signifier fuir, abandonner, s'en aller.

Un mot fantôme est un mot qui hante un ou plusieurs dictionnaires, mais qui, en fait, n'existe pas. Il serait dû à une mélecture, une mauvaise transcription (ou copie) du mot.

Godefroy, dans son dictionnaire (XIIe siècle), aurait écrit afuier au lieu de afiner.

> Hapax, mots-valises, mots fantômes et autres mots étranges

 

Base des mots fantômes : http://www.atilf.fr/MotsFantomes, ATILF - CNRS & Université de Lorraine

Voir : http://www.atilf.fr/MotsFantomes

 

Messire ours

Cf. Littré : messire - au Moyen Âge, titre qui était réservé aux seigneurs de la plus haute noblesse.

 

Un opossum pressé nous dépassa à cet instant précis. 

On remarque six fois le son [s] dans cette phrase.

L'allitération veut donner une impression de sifflement provoquée par la vitesse de l'opossum.

 

Point ne m'en chaut qu'il soit monaut

monaut, cf. Littré, qui n'a qu'une oreille.

Un chat monaut, un chien monaut...

Peu me chaut, peu m'importe.

verbe chaloir, défectif.

> Les verbes défectifs -  Pour peu qu'il vous en chaille !

 

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Amoureuse des mots, je cherche comment faire partager ma passion. Il y a tant à découvrir dans les bibliothèques du monde, tant de mots à connaître intimement pour affiner notre pensée, tant de mots qu'on n'entend plus sur nos lèvres, enfermés qu'ils sont dans des livres poussiéreux. Il ne tient qu'à nous de les faire revivre et de les faire chanter. Notre langue, si belle, si riche, demande qu'on la respecte, qu'on la préserve, qu'on s'en amuse et qu'on la chérisse. Mamiehiou ............................................................................................................................................................................................ ...................................;....................................................................... « La langue française est une femme. Et cette femme est si belle, si fière, si modeste, si hardie, touchante, voluptueuse, chaste, noble, familière, folle, sage, qu'on l'aime de toute son âme, et qu'on n'est jamais tenté de lui être infidèle. » Anatole France ....................................................... ............... ................................................................................................................. « C'est une langue bien difficile que le français. À peine écrit-on depuis quarante-cinq ans qu'on commence à s'en apercevoir. » Colette

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