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28 septembre 2010 2 28 /09 /septembre /2010 17:00

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La position où je me trouvais, sans l'avoir voulue vraiment, me seyait à merveille. Je n'avais plus d'un seul coup à me préoccuper ni du gîte ni du couvert, et l'alliée que j'avais trouvée semblait toute dévouée à ma cause. Qu'exiger de plus?

 

When there's a will there's a way1, disent les Anglais

 

Légère et court vêtue2, un petit tablier blanc à dentelle ceint autour de ma taille fine et une coiffe on ne peut plus désuète perchée sur ma chevelure cuivrée, je m'apprêtai à servir la clientèle.

Allais-je être à la hauteur de ma tâche ? Je n'aurais su le dire, mais il fallait en passer par là et l'idée ne me serait pas venue de me plaindre.

Je pourrais ainsi tout à loisir observer et écouter les autochtones qui s'installeraient et leur table et deviseraient sans me remarquer, ce qui ne manquerait pas de m'ouvrir au monde que j'allais découvrir.

 

Je compris que l'on donnait dans ce pays une grande importance à ce que chacun se tînt à sa place et donnât le meilleur de lui-même, et j'étais toute disposée à ne pas prêter le flanc° ni à la critique ni au ridicule, ce qui vous tombe parfois dessus sans crier gare°.

Il me faudrait à l'avenir brider ma spontanéité dont j'avais souffert les revers, ficeler résolument mon amour-propre, déguiser tous propos innocents, cesser de monter comme une soupe au lait° à chaque fois que surgissait l'insupportable, et par surcroît contenir mon humeur si jamais quelque malotru s'avisait de me titiller, de me taquiner, de me provoquer même.

J'apprendrais à devenir exemplaire, à l'image de cette société nouvelle dans laquelle je prenais pied. J'apprendrais à sourire malgré l'orage, à dissimuler ma candeur, à louvoyer comme les navires qui dansent en zigzags pour remonter au vent, à biaiser afin d'arriver coûte que coûte à mes fins, à jouer la comédie du mieux possible sur cette scène de marionnettes, microcosme qui, je le supposais, n'avait rien à envier au reste du monde, et tout cela sans me faire épingler°.

 

Cynique ? Moi ? Non ! Flexible tout au plus ! Mieux encore, souple, modulable à souhait !

J'apprendrais, en un mot, à me civiliser, pour survivre, en suivant à la lettre° le conseil camusien :

Tout le monde ment. Bien mentir, voilà ce qu'il faut3.

..................................................................................

1-When there's a will, there's way. Vouloir, c'est pouvoir.

Et si vous germanisez : Wer will, der kann.

Ma devise a toujours été : Wage ! Dulde ! Die Welt is dein. Ose ! Endure ! Le monde est à toi. Ernst Morik Arndt 1769-1860

Bluffant, non ?

 

2-Légère et court vêtue, comme la Perrette de la Fontaine, plus jolie même, mais moins niaise.

 

3-Tout le monde ment. Bien mentir, voilà ce qu'il faut.  Albert Camus 1913-1960, Les Justes.

 

NOTES

La position où je me trouvais, sans l'avoir voulue vraiment, me seyait à merveille.

Le participe passé voulue est employé avec avoir, il s'accorde avec le complément d'objet direct placé avant lui : LE élidé L' , pronom personnel qui remplace la position.

Seyait imparfait de l'indicatif du verbe seoir, bien aller, convenir.

Verbe défectif déjà rencontré, voir note du texte 22 (seyant, sis etc.)

 

L'alliée que j'avais trouvée

le complément d'objet direct du verbe trouver est placé avant le participe passé, accord avec que qui a pour antécédent alliée.

 

un petit tablier ceint autour de ma taille

Ceint, participe passé du verbe ceindre, mots de la même famille : enceinte, ceinture etc.

Pour connaître les particularités de la conjugaison des verbes en DRE et ceux en INDRE > Les verbes difficiles conjugués à l'indicatif présent, au passé simple, au subjonctif présent et au subjonctif imparfait

 

et une coiffe on ne peut plus désuète

Désuet (désuète), suranné, archaïque, vieillot, démodé, obsolète.

 

je m'apprêtai à servir la clientèle

je me préparai, je me disposai.

 

Je pourrais ainsi tout à loisir observer et écouter les autochtones... J'apprendrais... J'apprendrais...

les autochtones, ceux qui sont originaires de ce pays.

En fait, Oli se trompe en parlant d'autochtones puisque aucun des habitants de Utopinambourg n'est originaire de la cité.

Le futur du passé > Le conditionnel ne serait-il plus un mode ? Le futur (antérieur) du passé - Le futur (antérieur) hypothétique - Exercice d'application

 

on donnait à ce pays une grande importance à ce que chacun se tînt à sa place

À ce que

se tînt, imparfait du subjonctif

 

prêter le flanc à la critique, s'exposer, donner prise à la critique.

 

flexible, souple, docile, malléable, maniable.

 

Souplesse et flexibilité

Pour moi, la souplesse s'accompagne d'une grâce particulière que n'a pas la flexibilité qui se donne un air contraint. On ne sait pas jusqu'à quel point une chose flexible que l'on a forcée revient aisément à sa position première et s'il ne reste pas une blessure. C'est un sentiment tout personnel, une sensation inexplicable.

Les mots nous parlent, nous caressent et nous enchantent, ou nous blessent et nous torturent. Nous pénétrons dans leur mystère, nous les manipulons, nous les interprétons, nous les enrichissons de nos émotions, nous les faisons nôtres ou nous les rejetons. Les mots sont vivants, ils exaltent notre esprit ou nous abaissent. Ils nous chuchotent des choses étranges. Ils sont de ce monde et nous entraînent dans tous les mondes possibles.

Tel mot que j'aime, vous le haïssez. Tel autre que j'abomine, vous vous en gargarisez.

Nos souvenirs les ont déformés, embellis ou maltraités, abîmés ou cristallisés. Ils sont le reflet de nous-mêmes. Sans eux que serions-nous ?

LES MOTS !

Je propose un développement sur le thème des mots dans l'article du 2 décembre 2013 : LES MOTS

 

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  • J'aime trop les mots pour les garder par-devers moi - au fond de mon coeur et de mon esprit. Ils débordent de mes pensées en contes drolatiques, avec des quiz et des digressions sur la langue.
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Amoureuse des mots, je cherche comment faire partager ma passion. Il y a tant à découvrir dans les bibliothèques du monde, tant de mots à connaître intimement pour affiner notre pensée, tant de mots qu'on n'entend plus sur nos lèvres, enfermés qu'ils sont dans des livres poussiéreux. Il ne tient qu'à nous de les faire revivre et de les faire chanter. Notre langue, si belle, si riche, demande qu'on la respecte, qu'on la préserve, qu'on s'en amuse et qu'on la chérisse. Mamiehiou ............................................................................................................................................................................................ ...................................;....................................................................... « La langue française est une femme. Et cette femme est si belle, si fière, si modeste, si hardie, touchante, voluptueuse, chaste, noble, familière, folle, sage, qu'on l'aime de toute son âme, et qu'on n'est jamais tenté de lui être infidèle. » Anatole France ....................................................... ............... ................................................................................................................. « C'est une langue bien difficile que le français. À peine écrit-on depuis quarante-cinq ans qu'on commence à s'en apercevoir. » Colette

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