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3 octobre 2010 7 03 /10 /octobre /2010 05:04

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La nuit tombant, l'heure inéluctable de la fermeture survint, enfin. L'inquiétude avait disparu mais nous étions épuisées, Alcmène et moi. Les émotions avaient surmené notre système limbique, et notre unique espoir était que la nuit réparerait notre amygdale excédée. Nous n'avions aucune envie de prolonger cette journée trop fertile en rebondissements.

 

L'été battait son plein, et les nuits, encore courtes, faisaient de l'air une étuve. L'endormissement tardait. Dans ma coquette chambrette les pensées m'assaillaient et barraient le passage à Somnus, dolent et shooté.

 

Je refusai obstinément de compter les moutons bien tranquilles là-haut dans leurs verts pâturages, nul ne s'étant jamais endormi pour les avoir vus défiler dans une imagination imbécile. C'est connu.

 

Le bruit de la rue... les bruits de la rue*, incessants, entêtants, couraient sur ma couche étroite.

 

Que t'ai-je quitté, vent de ma forêt

Qui me susurrait tes chansons légères ?

Qui faisait trembler, tes jours de fureur,

Le grand chêne vert** et le saule en pleurs ?

Je ne t'entends plus, vent de ma forêt.

 

J'aimais ta douceur, j'aimais tes colères

Faut-il qu'aujourd'hui, vent de ma forêt

J'aie dû t'échanger contre ces clameurs ? 

 

Le moment vint, propice aux fantasmes, où se déploya un monde incertain entre la veille et le sommeil.

S'y côtoyaient toutes sortes de gens que j'avais croisés tantôt, affublés de costumes qu'en d'autres circonstances on eût dit d'autres temps, en d'autres lieux. Mais pourquoi m'étonner ? Savais-je où j'étais et en quelle année ?

 

Ils repassèrent devant mes yeux, ces étrangers de cette ville étrange, et se mirent à déambuler sans cesse ni repos. Mes représentations cérébrales mémorisées surgissaient comme des diables de leur boite. 

...............................................................  

*voir l'énumération des bruits d'Utopinambourg dans les Délires n° 53.

 

**Le grand chêne vert, l'yeuse que nous avons rencontrée dans Les Délires n°4

Voir les mots commençant par Y. Y a-t il liaison ou disjonction ? >La liaison - L'élision - L'enchaînement - La disjonction

 

Notes

Somnus, dieu romain du sommeil.

♦ On sait que Morphée, son homologue grec, est souvent représenté avec, dans la main, une fleur de pavot.

♦ La morphine, mot tiré de Morphée. 

Morphine, alcaloïde de l'opium extrait de la fleur de pavot.

Dormir, être dans les bras de Morphée.

Shooté, drogué.

 

les émotions avaient surmené notre système limbique

le système limbique, l'amygdale, le siège des émotions.

 

Nous distinguons trois cerveaux dans notre tête. 

- le cerveau reptilien,cerveau primitif où siègent les instincts de base, les besoins fondamentaux (se maintenir en vie, se reproduire pour conserver l'espèce...)

- le cerveau limbique, apparu plus tardivement dans l'évolution des espèces, où siègent entre autres l'hypothalamus, l'hippocampe et l'amygdale qui est le siège des émotions comme l'agressivité et la peur. (voir l'hippocampe que nous avons rencontrée dans le texte n°34)

Il comporte les processus de la mémoire et rend possible une adaptation à l'environnement social.

- le cortex cérébral, ou néocortex.Voilà le top du top. Celui qui nous fait dire que nous sommes mieux que les autres, ici-bas. Ce qui fait les hommes comme vous et moi, façon de parler.

Ah ! Le néocortex ! Sa souplesse, sa plasticité ! Sa capacité d'imagination et de créativité, sa pensée abstraite, et son langage, son langage, mesdames et messieurs !

Il distille un orgueil qui fait qu'on croit toujours qu'on est au sommet d'une pyramide. Indéboulonnable !

Un peu d'humilité, je vous prie, où est la sagesse dans tout ça ?  

Nous ne sommes pas éloignés des bonobos, membres de la famille des hominidés, nos cousins... nos cousins, que dis-je, nos frères, bien moins agressifs que les humains, et que les chimpanzés. Notre cerveau ressemble au leur pour plus de 98%, de quoi mesurer notre animalité.

Peut-être nous faudra-t-il un quatrième cerveau.

Que nous réserve donc l'évolution qui n'a pas fini de nous étonner ?

 

Exemple illustré :

Si le cerveau reptilien pousse l'amoureux à se rapprocher le plus possible* de sa compagne, le cerveau limbique lui donne l'envie de l'embrasser, de la caresser, de la mignoter, de faire la parade aussi, et le néocortex l'incite à lui offrir des fleurs, et à l'emmener au ciné !

*euphémisme permettant de ne pas employer certains verbes trop suggestifs qui pourraient choquer le prude lecteur.

 

Que t'ai-je quitté, vent de ma forêt...

Que dans le sens de pourquoi, littéraire.

> QUE dans tous ses états – pronom interrogatif - pronom relatif - conjonction de subordination ou élément d'une locution conjonctive - adverbe interrogatif ou exclamatif – ne... que - etc.

 

Nul ne s'étant jamais endormi pour les avoir vus défiler... 

pour les avoir vus défiler : L'expression de la cause, voir la note du texte 33

avoir vus défiler : la délicate règle qui nous dit quand on doit accorder ou non le participe passé employé avec avoir et suivi d'un infinitif avec le COD placé avant (plusieurs cas) :

> Règles de l'accord des participes passés suivis d'un infinitif § 2 3 et 4

Ici, le pronom LES fait l'action de l'infinitif (ils ont défilé) donc accord du participe passé vus avec le COD.

 

S'y côtoyaient toutes sortes de gens.

Sujet inversé. On rencontre le verbe en tête de phrase pour mettre en valeur un indicatif ou un subjonctif expressif.

Puisses-tu réussir cette fois !

 

toutes sortes de gens que j'avais croisés.

Le participe passé employé avec avoir s'accorde avec le complément d'objet direct placé avant : que = les gens)

 

gens que j'avais croisés tantôt

Tantôt (emploi vieilli) ici dans un passé récent

Tantôt peut être employé aussi pour un futur proche (bientôt).

 

On eût dit d'autres temps, en d'autres lieux

 > on aurait dit... conditionnel passé

 

Les représentations cérébrales.

cf. La psychologie cognitive.

 

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Amoureuse des mots, je cherche comment faire partager ma passion. Il y a tant à découvrir dans les bibliothèques du monde, tant de mots à connaître intimement pour affiner notre pensée, tant de mots qu'on n'entend plus sur nos lèvres, enfermés qu'ils sont dans des livres poussiéreux. Il ne tient qu'à nous de les faire revivre et de les faire chanter. Notre langue, si belle, si riche, demande qu'on la respecte, qu'on la préserve, qu'on s'en amuse et qu'on la chérisse. Mamiehiou ............................................................................................................................................................................................ ...................................;....................................................................... « La langue française est une femme. Et cette femme est si belle, si fière, si modeste, si hardie, touchante, voluptueuse, chaste, noble, familière, folle, sage, qu'on l'aime de toute son âme, et qu'on n'est jamais tenté de lui être infidèle. » Anatole France ....................................................... ............... ................................................................................................................. « C'est une langue bien difficile que le français. À peine écrit-on depuis quarante-cinq ans qu'on commence à s'en apercevoir. » Colette

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