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4 novembre 2010 4 04 /11 /novembre /2010 11:41

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Ainsi donc ne vis-je pas Marisa-Loup. Et je restai sur ma faim°. Il me fallait me résoudre à rebrousser chemin.

Je dévalai le sentier du retour, parallèle au premier et sans encombrement, à croire que mes congénères avaient disparu par enchantement de la surface de la terre. La lune, protectrice, répandait sa lumière devant mes pas. Libérée des alarmes et de l'inquiétude qui avaient pesé sur moi tout au long de l'entrevue, je me sentis légère comme l'air et je goûtai les clairs rayons en pensant : « Nous resplendissons tous, comme la lune, et les étoiles et le soleil. Pourquoi donc nous torturer en cherchant à savoir de quoi demain sera fait ? »

 

Mais, tout au long de ma course, je ne cessai de songer à Pro, mon questionneur. C'était le nom épinglé sur sa manche et que j'avais pu lire en lettres bleuâtres lorsqu'il m'avait tendu le bras pour l'au revoir. Tout juste s'il ne m'eût pas embrassée, le pauvre homme, Je m'étais écartée doucement de lui quand il avait esquissé le mouvement. Une familiarité pareille ne devait pas lui arriver tous les jours. Je n'avais pas succombé à la pitié.

 

Il n'était pas le premier à me faire des confidences, pas le premier à s'intéresser à ma personne, jusqu'à vouloir établir une relation amicale, mieux encore, une certaine intimité même.

Ce n'était certes pas la première fois que je recevais des marques d'affection.

Je me remémorai** les moments délicieux que j'avais passés avec Sissi, ma charmante Sissi qui devait se languir de moi, puis les semaines qu'il m'avait fallu vivre avec Marie Cratère, prisonnière de sa passion, jusqu'à ce que l'irrémédiable se produisît lorsqu'elle comprit que je refusais d'être toute à elle, puis la rencontre avec Alcmène qui ne balança pas un instant pour me sauver la vie au risque de perdre la sienne, et enfin ce petit Pro, à la mine rougeaude, larmoyant presque, et qui m'eût volé un baiser si je n'avais pas été sur mes gardes.

J'attirais les sympathies et je devais me rendre à l'évidence : mon charme opérait sans que je fisse aucun effort.

Je n'avais rien d'une conquérante, rien d'une ambitieuse ; en aucun cas je ne me serais donné l'envie d'un quelconque succès personnel. Mais ne devais-je pas aller de l'avant malgré les obstacles que j'entrevoyais ?

Qui d'autre que moi eût pu obtenir de Pro l'aveu de sa faiblesse ? Étais-je arrivée à un moment crucial de sa vie où il lâchait prise, où sa volonté de tenir bon devant une autorité trop exigeante faiblissait ?

Une chose était sûre. Je détenais là un secret considérable, capable de faire basculer les institutions qui rendaient malheureux les citoyens d'Utopinambourg. Quant à savoir si je ne devrais pas batailler pour être crue, l'avenir me le dirait.

Allais-je devoir faire acte de rébellion et endosser pour ce faire la cuirasse de Spartacus***? Il me la faudrait choisir sans défaut° pour ne pas être crucifiée au bord de la route, et devenir le symbole d'un châtiment exemplaire.

........................................................ 

*Yeah ! We all shine on, like the moon and the stars and the sun.

Dans Instant Karmade John Lennon.

Nous resplendissons tous comme la lune et les étoiles et le soleil.

** L'ANALEPSE  permet, au cours d'une narration de revenir sur des moments antérieurs. On dirait FLASHBACK au cinéma. 

***Spartacus, premier siècle avant J.C. Esclave qui mena la révolte pour se libérer de sa condition entraînant avec lui six mille opprimés qui furent écrasés par la répression romaine, et que l'on crucifia le long de la Via Appia.

 

NOTES

Ainsi donc ne vis-je pas Marisa-Loup.

Ainsi donc : on revient sur le sujet après une digression ou une interruption.

ainsi donc, c'est donc ainsi que...

inversion du sujet après ainsi.

> L'inversion du sujet après ainsi, aussi, aussi bien, à peine, peut-être, sans doute, encore, du moins, pour le moins, tout au plus, encore moins, toujours est-il, encore, à plus forte raison.

 

Tout juste s'il ne m'eût pas embrassée

♦ eût embrassée, plus-que-parfait du subjonctif à valeur de conditionnel passé.

C'est tout juste s'il ne m'aurait pas embrassée.

♦ embrassée, participe passé qui s'accorde avec le complément d'objet direct me (mis pour Oli) placé avant lui.

> Règles de l'accord des participes passés

> L'accord des participes passés - QUIZ 26

 

Rester sur sa faim°, être déçu, insatisfait, parce qu'on s'attendait à mieux.

 

Je refusai d'être toute à elle, ou tout à elle ?

Je suis tout à vous, je vous suis dévouée.

Je suis toute à vous, je vous aime.

> Ne pas confondre : TOUT adjectif indéfini, pronom indéfini, adverbe variable dans certains cas et substantif

 

mon charme opérait sans que je fisse aucun effort.

Sans que, locution conjonctive suivie du subjonctif, marque ici l'absence de cause.

> Sans que

> La conjugaison des verbes au subjonctif - Comment déjouer ses difficultés

 

En aucun cas je ne me serais donné l'envie d'un quelconque succès personnel.

Le complément d'objet direct l'envie est placé après le participe passé du verbe pronominal se donner, donc pas d'accord.

> Accord du participe passé des verbes pronominaux

 

Qui d'autre que moi eût pu obtenir de Pro l'aveu de sa faiblesse ?

eût pu obtenir, plus-que-parfait du subjonctif à valeur de conditionnel passé

(> aurait pu obtenir)

 

Le défaut de la cuirasse°, le point faible.

 

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Published by mamiehiou.over-blog.com - dans LES DELIRES
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commentaires

Michel JEAN 21/10/2014 11:31

Pas trop mal, tes ecrits,le style, la respiration elegante ! Aimé beaucoup, BRAVO?, non, MERCI.

mamiehiou 21/10/2014 17:08

Merci pour ton commentaire qui est un drôle de commentaire !

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