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3 décembre 2010 5 03 /12 /décembre /2010 09:23

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J'étais bien déçue.

J'avais cru un moment à un remède miraculeux qui eût pu me guérir de mon ignorance, et voilà que, devant mes yeux, s'effondrait le seul être en qui j'avais mis mes espoirs. Peu m'importait qu'il fût mécanique, ses connaissances universelles auraient pu satisfaire mon avidité.

 

« La déception est bien moins pénible quand on ne s'est point promis le succès1, me souffla Prétatou**.

Il n'empêche... marmottai-je. »

 

Tant de questions me brûlaient la langue depuis que, malgré moi, j'étais devenue utopinambourgeoise3.

Utopienne, passe encore, j'en eusse admis l'occurrence bien que tout ici démontrât le fiasco de l'utopie promise, mais bourgeoise ! Il eût fallu changer mes structures mentales et renverser mes principes pour me qualifier ainsi !

 

Surgit soudain, sûr de lui, un Robobert, tout semblable à son clone Roboland, lequel ne cessait de trembler sans qu'aucun son ne se décidât à sortir de sa bouche béante et comme désarticulée.

Était-ce le mutisme de la sidération amoureuse qui opérait ?

Je me tournai vers le nouveau venu, impatiente de savoir enfin un détail qui me taraudait de longue date. Et quel détail ! Je ne tardai point de l'interroger avant qu'il n'arrivât un accident semblable à celui qui venait de foudroyer son duplicatum.

 

En quelle année étions-nous ? Il m'avait été impossible de me situer dans le temps, à voir défiler les hommes et les multiples situations qui s'étaient offertes à moi, toutes aussi disparates et intemporelles les unes que les autres. Je n'avais pu interroger Alcmène de peur de lire dans ses yeux un effarement préjudiciable à notre amitié naissante. Quant à Prétatou, il vivait comme ses congénères béats, dans le présent, dans l'éternité, ne se posant aucune question ni sur leur naissance ni sur leur mort, dont ils n'auraient jamais l'idée.

 

C'est ce qu'on feint de croire, mais on soupçonne bien que les humains se fourvoient le plus souvent quand ils tentent de percer les mystères de la psychologie animale, cette science n'en sera toujours qu'à ses balbutiements. Il faudrait pour le moins se livrer délibérément à la zooanthropie pour entrer dans une communicabilité authentique avec les bêtes, mais on peut douter que cela soit jamais possible.

Et l'on aura compris, depuis fort longtemps, ce que je pense de la partialité de l'homme, infatué de lui-même, juché sur son piédestal, au sommet de la pyramide des espèces — l'animal !  Indéboulonnable !

................................................................. 

 

1-La déception est moins pénible quand on ne s'est point promis le succès. 

Sénèque, -4 av. J.C. / 65 ap. J.C., 1er siècle. Philosophe, stoïcien, homme politique, conseiller sous Caligula, précepteur de Néron, puis son conseiller. Deux empereurs romains de sinistre mémoire !

Victime des intrigues de Messaline, l'épouse de l'Empereur Claude, Sénèque, diffamé, trahi, se donne la mort en s'ouvrant les veines sur l'ordre de Néron.

Il a écrit des tragédies et ses œuvres philosophiques expriment sa pensée stoïcième.

On lit avec intérêt et plaisir : De uita beata, Sur la vie heureuse. 58

 

2-Prétatou, le chien.

 

3-sur Utopinambourg, voir Les Délires n°53

 

NOTES
un remède miraculeux qui eût pu me guérir de mon ignorance

eût pu, subjonctif plus-que-parfait à valeur de conditionnel passé

> qui aurait pu me guérir

de même :
Il eût fallu changer mes structures mentales

> il aurait fallu

 

Utopienne, passe encore, j'en eusse admis l'occurrence

♦ utopien, utopienne, relatif à l'Utopie de Thomas More, voir la note du texte n°53 cité précédemment.

♦ occurrence, circonstance, événement.

 

Était-ce le mutisme de la sidération amoureuse qui opérait ?

mutisme, ici, incapacité de parler. 

sidération, anéantissement des fonctions vitales, mort apparente due à un choc émotionnel.

 

Je ne tardai point de l'interroger

tarder à, tarder de.

tarder de suivi de l'infinitif est moins usité.

> Verbes qui se construisent avec à + infinitif ou de + infinitif

 

Un duplicatum, rare, autre singulier de duplicata. Une copie.

 

Il faudrait pour le moins se livrer délibérément à la zooanthropie

Pour le moins (locution adverbiale), si ce n'est plus, au moins, tout au moins, à tout le moins, au minimum.


C'est ce qu'on feint de croire

verbe feindre - voir la conjugaison des verbes en indre :

> Les verbes difficiles conjugués à l'indicatif présent, au passé simple, au subjonctif présent et au subjonctif imparfait

 

La zooanthropie ou thérianthropie désigne la transformation d'un être humain en animal (mythologie, chamanisme, etc.).

 

la partialité de l'homme, infatué de lui-même

infatué, orgueilleux, prétentieux et sot.

s'infatuer, s'éprendre.

 

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Amoureuse des mots, je cherche comment faire partager ma passion. Il y a tant à découvrir dans les bibliothèques du monde, tant de mots à connaître intimement pour affiner notre pensée, tant de mots qu'on n'entend plus sur nos lèvres, enfermés qu'ils sont dans des livres poussiéreux. Il ne tient qu'à nous de les faire revivre et de les faire chanter. Notre langue, si belle, si riche, demande qu'on la respecte, qu'on la préserve, qu'on s'en amuse et qu'on la chérisse. Mamiehiou ............................................................................................................................................................................................ ...................................;....................................................................... « La langue française est une femme. Et cette femme est si belle, si fière, si modeste, si hardie, touchante, voluptueuse, chaste, noble, familière, folle, sage, qu'on l'aime de toute son âme, et qu'on n'est jamais tenté de lui être infidèle. » Anatole France ....................................................... ............... ................................................................................................................. « C'est une langue bien difficile que le français. À peine écrit-on depuis quarante-cinq ans qu'on commence à s'en apercevoir. » Colette

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