Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
22 juillet 2011 5 22 /07 /juillet /2011 16:20

 

 

 

CRIBOULE ET FERNAND

 

Une histoire de mamiehiou pour les tout petits,

à partir de deux ans.

inspirée par le poème en prose de Charles Baudelaire

Le Joujou du pauvre


 

 

Il était une fois un enfant qui s'appelait Criboule et qui vivait avec ses parents dans une pauvre maison à la lisère d'une grande forêt. Criboule aimait bien courir dans les champs et les bois. Il était libre d'aller où il voulait.

Il cueillait dans les champs et les prés de jolies fleurs pour sa maman. Il ramassait dans la forêt des champignons pour le dîner, des airelles bleues et des fraises délicieuses.


Un jour il alla très loin, plus loin que d'habitude, en parcourant le chemin qui traversait le grand bois. Et devant lui, soudain, il vit se dresser un beau château.

Une grande barrière grillée entourait le château. Criboule aperçut un jeune enfant derrière la barrière et qui avait l'air tout triste. Il l'appela : Hou ! Hou !

L'enfant s'approcha de Criboule et lui dit :

«  Bonjour, comment t'appelles-tu ?

Je m'appelle Criboule, répondit Criboule. Et toi ? Comment tu t'appelles ?

Je m'appelle Fernand.

Tu habites ce château ? demanda Criboule.

Oui, j'habite ce château, avec mon père et ma mère.


Mais Criboule et Fernand ne pouvaient pas jouer ensemble parce que la barrière les séparait.

Tu t'amuses dans ton château ? demanda Criboule.

Oh, j'ai beaucoup de jouets, dit Fernand, et un poney, et une grande voiture pour moi tout seul. Mais je suis tout seul et je m'ennuie.

Fernand regardait Criboule qui avait pris une baguette, un rameau de coudrier. Criboule jouait avec une jolie petite souris toute grise qui passait par là. Il faisait tourner sa baguette et la souris chicotait et sautait, et sautait, et sautait. Et Criboule riait.

Fernand riait aussi.

J'aimerais bien m'amuser avec toi, dit Fernand, mais je ne peux pas passer la barrière.

Et Criboule continuait de jouer avec la petite souris qui poussait ses petits cris et qui faisait des cabrioles.

Pauvre Fernand ! lui dit Criboule, tu es prisonnier dans ton grand château et moi je suis libre. Libre de courir à travers champs, libre de courir à travers bois ! Je peux aller où je veux.

Fernand se mit à pleurer.

Et moi, je n'ai pas le droit de passer la barrière. Je suis prisonnier et je n'ai pas d'amis.

Il faut que je rentre chez moi, dit Criboule, il se fait tard et ma maison est loin.

Reviendras-tu me voir ? lui demanda Fernand.

Oui, je te le promets, lui dit Criboule en s'en allant, je te le promets.


Criboule rentra chez lui.

Son papa et sa maman lui demandèrent d'où il venait.

D'où viens-tu, Criboule ? Dis-nous d'où tu viens si tard.

J'ai rencontré un petit garçon, leur dit Criboule. Il s'appelle Fernand.

Fernand ! Fernand ! C'est le prince ! s'écrièrent le papa et la maman de Criboule. C'est le Prince Fernand !

Eh bien, leur dit Criboule, j'irai demain voir mon Prince, c'est mon ami. Je le lui ai promis.


 

 

 

 

Poème en prose de Baudelaire



LE JOUJOU DU PAUVRE



Je veux donner l’idée d’un divertissement innocent. Il y a si peu d’amusements qui ne soient pas coupables !

Quand vous sortirez le matin avec l’intention décidée de flâner sur les grandes routes, remplissez vos poches de petites inventions à un sol, — telles que le polichinelle plat mû par un seul fil, les forgerons qui battent l’enclume, le cavalier et son cheval dont la queue est un sifflet, — et le long des cabarets, au pied des arbres, faites-en hommage aux enfants inconnus et pauvres que vous rencontrerez. Vous verrez leurs yeux s’agrandir démesurément. D’abord ils n’oseront pas prendre ; ils douteront de leur bonheur. Puis leurs mains agripperont vivement le cadeau, et ils s’enfuiront comme font les chats qui vont manger loin de vous le morceau que vous leur avez donné, ayant appris à se défier de l’homme.

Sur une route, derrière la grille d’un vaste jardin, au bout duquel apparaissait la blancheur d’un joli château frappé par le soleil, se tenait un enfant beau et frais, habillé de ces vêtements de campagne si pleins de coquetterie.

Le luxe, l’insouciance et le spectacle habituel de la richesse, rendent ces enfants-là si jolis, qu’on les croirait faits d’une autre pâte que les enfants de la médiocrité ou de la pauvreté.

À côté de lui, gisait sur l’herbe un joujou splendide, aussi frais que son maître, verni, doré, vêtu d’une robe pourpre, et couvert de plumets et de verroteries. Mais l’enfant ne s’occupait pas de son joujou préféré, et voici ce qu’il regardait :

De l’autre côté de la grille, sur la route, entre les chardons et les orties, il y avait un autre enfant, sale, chétif, fuligineux, un de ces marmots-parias dont un œil impartial découvrirait la beauté, si, comme l’œil du connaisseur devine une peinture idéale sous un vernis de carrossier, il le nettoyait de la répugnante patine de la misère.

À travers ces barreaux symboliques séparant deux mondes, la grande route et le château, l’enfant pauvre montrait à l’enfant riche son propre joujou, que celui-ci examinait avidement comme un objet rare et inconnu. Or, ce joujou, que le petit souillon agaçait, agitait et secouait dans une boîte grillée, c’était un rat vivant ! Les parents, par économie sans doute, avaient tiré le joujou de la vie elle-même.

Et les deux enfants se riaient l’un à l’autre fraternellement, avec des dents d’une égale blancheur.




 Voir aussi

 



Partager cet article

Published by mamiehiou.over-blog.com - dans Autour de l'enfant
commenter cet article

commentaires

Arie 30/07/2015 11:46

Hello,
Une fois de plus, j’ai adoré l’histoire que vous avez inventée. Avez-vous déjà songé à écrire des livres pour enfants ?

mamiehiou.over-blog.com 30/07/2015 19:35

Je n'ai jamais pensé à écrire des livres pour enfants. J'ai déjà fort affaire avec mes petits enfants et mon blog qui me prend le plus clair de mon temps.

Dana LANG, CONTEUR AUTEUR CREATEUR 07/02/2013 00:02


Magnifique ! Absolument sublime !


Ecrivez-moi votre adresse mail, Mamiehiou j'aimerai apprendre de quelle région êtes-vous ? Et aussi d'autres renseignements...

Présentation

  • : LE BLOG DE MAMIEHIOU - La langue française telle qu'on l'aime  De la grammaire, des exercices divers, des dictées commentées, des histoires, des textes d'auteurs, des infos pratiques...
  • : Pour tous ceux qui aiment la langue française. Son histoire, sa grammaire et son orthographe. Des dictées commentées, des exercices ébouriffants, un florilège de textes d'auteurs, etc.
  • Contact

Mon Profil

  • mamiehiou.over-blog.com
  • J'aime trop les mots pour les garder par-devers moi - au fond de mon coeur et de mon esprit. Ils débordent de mes pensées en contes drolatiques, avec des quiz et des digressions sur la langue.
  • J'aime trop les mots pour les garder par-devers moi - au fond de mon coeur et de mon esprit. Ils débordent de mes pensées en contes drolatiques, avec des quiz et des digressions sur la langue.

Mon blog

Amoureuse des mots, je cherche comment faire partager ma passion. Il y a tant à découvrir dans les bibliothèques du monde, tant de mots à connaître intimement pour affiner notre pensée, tant de mots qu'on n'entend plus sur nos lèvres, enfermés qu'ils sont dans des livres poussiéreux. Il ne tient qu'à nous de les faire revivre et de les faire chanter. Notre langue, si belle, si riche, demande qu'on la respecte, qu'on la préserve, qu'on s'en amuse et qu'on la chérisse. Mamiehiou ............................................................................................................................................................................................ ...................................;....................................................................... « La langue française est une femme. Et cette femme est si belle, si fière, si modeste, si hardie, touchante, voluptueuse, chaste, noble, familière, folle, sage, qu'on l'aime de toute son âme, et qu'on n'est jamais tenté de lui être infidèle. » Anatole France ....................................................... ............... ................................................................................................................. « C'est une langue bien difficile que le français. À peine écrit-on depuis quarante-cinq ans qu'on commence à s'en apercevoir. » Colette

Rechercher Un Mot Du Blog