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7 janvier 2013 1 07 /01 /janvier /2013 11:19

 FLORILÈGE – Textes d'auteurs

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Un florilège de textes sélectionnés par mamiehiou
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-25-

 

Descartes, notre premier grand philosophe français, avait vingt-six ans quand il ne s'en fallut guère qu'il ne fût assassiné.

Son biographe Adrien Baillet raconte cet épisode qui nous fait frémir à l'idée qu'il aurait pu très mal se terminer.

Nous pouvons nous interroger sur ce que serait la Philosophie si Descartes n'avait pas eu le temps de nous laisser — de laisser au monde, veux-je dire — ses méditations, si fécondes qu'elles ont marqué jusqu'aujourd'hui de leur empreinte nos esprits cartésiens.

 

DENIS DESCARTES 1596-1650

 

La vie de M. Descartes par ADRIEN BAILLET 1691

 

*Étant sur le point de partir pour se rendre en Hollande avant la fin novembre de la même année, il se défit de ses chevaux & d'une bonne partie de son équipage : et il ne retint qu'un valet avec lui. Il s'embarqua sur l'Elbe, soit que ce fut à Hambourg, soit que ce fut à Gluckstadt, sur un vaisseau qui devait lui laisser prendre terre dans la Frise orientale, parce que c'était son dessein de visiter les côtes de la mer d'Allemagne à son loisir. Il se remit sur mer peu de jours après, avec résolution de s'embarquer en West-Frise, dont il était curieux de voir aussi quelques endroits. Pour le faire avec plus de liberté, il retint un petit bateau à lui seul d'autant plus volontiers, que le trajet était court depuis Embden jusqu'au premier abord de West-Frise. Mais cette disposition qu'il n'avait prise que pour mieux pourvoir à la commodité, pensa lui être fatale. Il avait affaire à des mariniers qui étaient des plus rustiques et des plus barbares qu'on eût pu trouver parmi les gens de cette profession. Il ne fut pas longtemps sans reconnaître que c'étaient des scélérats, mais après tout, ils étaient les maîtres du bateau. Monsieur Descartes n'avait d'autre compagnie que celle de son valet avec lequel il parlait français. Les mariniers qui le prenaient plutôt pour un marchand forain que pour un cavalier, jugèrent qu'il devait avoir de l'argent. C'est ce qui leur fit prendre des résolutions qui n'étaient nullement favorables à sa bourse; mais il y a cette différence entre les voleurs de mer et ceux des bois, que ceux-ci peuvent sans péril laisser la vie à ceux qu'ils volent, alors que ceux-là ne peuvent, en la circonstance, remettre sur la terre ferme un passager, sans s'exposer au risque d'être appréhendés. Aussi les mariniers de M. Descartes prirent-ils des mesures pour parer à tout danger de ce genre. Ils remarquèrent que c'était un étranger qui venait de loin, qui n'avait nulle connaissance dans ce pays, et que personne ne s'aviserait de réclamer quand il viendrait à manquer. Ils le trouvaient d'une humeur fort tranquille, fort patiente, & jugeant à la douceur de sa mine, & à l'honnêteté qu'il avait pour eux, que ce n'était qu'un jeune homme qui n'avait encore pas beaucoup d'expérience, ils conclurent qu'ils en auraient meilleur marché de sa vie. Ils ne firent point de difficultés de tenir conseil en sa présence, ne croyant pas qu'il sût d'autre langue que celle qu'il s'entretenait avec son valet, et leurs délibérations allaient à l'assommer, à le jeter dans l'eau, et à profiter de ses dépouilles.

 

M. Descartes, voyant que c'était tout de bon, se leva tout d'un coup, changea de contenance, tira l'épée d'une fierté imprévue, leur parla en leur langue d'un ton qui les saisit, & les menaça de les percer sur l'heure, s'ils osaient lui faire insulte. Ce fut en cette rencontre qu'il s'aperçut de l'impression que peut faire la hardiesse qui, en d'autres occasions, pourrait passer pour une pure rodomontade. Celle qu'il fit paraître pour lors, eut un effet merveilleux sur l'esprit de ces misérables. L'épouvante qu'ils en eurent fut suivie d'un étourdissement qui les empêchèrent de considérer leur avantage, et ils le conduisirent aussi paisiblement qu'il pût souhaiter.

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Notes de mamiehiou 

Monsieur Thomas de Quincey rapporte cette aventure dans "De l'assassinat considéré comme l'un des Beaux-Arts" (La Pléiade pages 248-250)

Voici sa réaction, que vous apprécierez, j'en suis sûre :

« Pardonnez-moi de rire, messieurs ; mais le fait est qu'en vérité je ris toujours quand je pense à ce cas, tant me paraissent drolatiques deux de ces traits. Le premier est l'horrible panique ou trouille (comme on dit à Eton), dont M. Descartes dut être saisi quand il entendit esquisser ce véritable drame en vue de sa propre mort, de ses funérailles, de sa succession et de la disposition de ses biens. Mais il est un autre trait qui me paraît plus comique encore dans cette affaire ; si ces molosses de Frise avait été crânes, nous n'aurions pas, en effet, de philosophie cartésienne ; et comment aurions-nous pu faire sans, étant donné le nombre de livres qu'elle a produit, je laisse à tout fabricant de malle* de le dire. »

Traduction de Pierre Leyris 1907-2001

*On avait, en effet, l'habitude d'utiliser les feuilles des livres invendus pour matelasser l'intérieur des malles. (Note dans La Pléiade, page 1745)

 

Thomas de Quincey, écrivain britannique, 1785-1859.

Vous l'aurez compris, Monsieur de Quincey sait manier l'humour noir.

 

« Excuse my laughing, gentlemen; but the fact is I always do laugh when I think of this case — two things about it seem so droll. One is the horrid panic or "funk" (as the men of Eton call it) in which Descartes must have found himself upon hearing this regular drama sketched for his own death, funeral, succession and administration to his effects. But another thing which seems to me still more funny about this affair is that, if these Friezland hounds had been "game," we should have no Cartesian philosophy ; and how we could have done without that, considering the world of books it has produced, I leave to any respectable trunk-maker to declare. » 

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Suite des notes 

J'ai modifié la graphie de quelques mots  du XVIIe siècle du texte original d'Adrien Baillet  pour rendre la lecture plus facile.

j'ai conservé & pour et.

on lira ai pour oi : étoit, devoit, reconnoître, françois, viendroit, connoissoit, etc.

lui pour luy

certains mots n'avaient pas l'accent aigu : defit, debarquer, etc.

consonnes doubles : Appercevoir, jetter...

lire : Frise Occidentale pour West-Frise

Etc.

Retrouver le texte original dans le volume 1, pages 102-103.

La vie de Monsieur Descartes. [Volume 1] / (par Adrien Baillet)

 

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Amoureuse des mots, je cherche comment faire partager ma passion. Il y a tant à découvrir dans les bibliothèques du monde, tant de mots à connaître intimement pour affiner notre pensée, tant de mots qu'on n'entend plus sur nos lèvres, enfermés qu'ils sont dans des livres poussiéreux. Il ne tient qu'à nous de les faire revivre et de les faire chanter. Notre langue, si belle, si riche, demande qu'on la respecte, qu'on la préserve, qu'on s'en amuse et qu'on la chérisse. Mamiehiou ............................................................................................................................................................................................ ...................................;....................................................................... « La langue française est une femme. Et cette femme est si belle, si fière, si modeste, si hardie, touchante, voluptueuse, chaste, noble, familière, folle, sage, qu'on l'aime de toute son âme, et qu'on n'est jamais tenté de lui être infidèle. » Anatole France ....................................................... ............... ................................................................................................................. « C'est une langue bien difficile que le français. À peine écrit-on depuis quarante-cinq ans qu'on commence à s'en apercevoir. » Colette

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