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12 février 2013 2 12 /02 /février /2013 07:50

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FLORILÈGE – Textes d'auteurs

 

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Un florilège de textes sélectionnés par mamiehiou

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-26- 

 

Pensées - Le Pari

 

Blaise Pascal

1623-1662

Philosophe, moraliste, théologien,

mathématicien, physicien, inventeur.

 

 

Pascal ne se pose pas la question de savoir si Dieu existe ou s'il n'existe pas. Pour lui, il n'y a aucun doute, Dieu existe. Il s'agit ici, non pas de nous convaincre de l'existence de Dieu mais de nous amener à réfléchir s'il n'est pas de notre intérêt de miser sur son existence.

Dans le pari qu'il nous propose de faire, il essaie de démontrer que même si nous ne croyons pas en Dieu, cela vaut la peine de parier que Dieu existe. Car, si nous parions qu'il existe, et qu'il existe, nous gagnons la vie éternelle, c'est-à-dire "une infinité de vies infiniment heureuses". Si nous parions qu'il n'existe pas, et qu'il existe, nous avons gros, très gros à perdre ! Et notre vie présente est "si peu de chose et de si peu de durée" que la mise ne pèse pas beaucoup dans la balance.
 

Pensées de Pascal - extraits

Tome II

Pages 9-10

En un mot, l'homme connaît qu'il est misérable. Il est misérable puisqu'il le connaît ; mais il est bien grand puisqu'il connaît qu'il est misérable.

Quelle chimère est-ce donc que l'homme ! Quelle nouveauté, quel chaos, quel sujet de contradiction ! Juge de toutes choses, imbécile ver de terre, dépositaire du vrai, amas d'incertitude ; gloire et rebut de l'univers ; s'il se vante, je l'abaisse ; s'il s'abaisse, je le vante ; et le contredis toujours jusqu'à ce qu'il comprenne qu'il est un monstre incompréhensible.

Pages 24-26 LE PARI

B-[...] On peut bien connaître qu'il y a un Dieu, sans savoir ce qu'il est : et vous ne devez pas conclure qu'il n'y a point de Dieu, de ce que nous ne connaissons pas parfaitement sa nature. [...]

A-[...] Cependant il est certain que Dieu est ou qu'il n'est pas ; il n'y a point de milieu. Mais de quel côté pencherons-nous ? La raison, dites-vous, ne peut rien y déterminer. Il y a un chaos infini qui nous sépare. Il se joue un jeu, à cette distance infinie, où il arrivera croix ou pile : que gagerez-vous ? Par raison vous ne pouvez assurer ni l’un ni l’autre ; par raison vous ne pouvez nier aucun des deux.

B-Ne blâmez donc pas de fausseté ceux qui ont fait un choix, car vous ne savez pas s'ils ont tort, et s'ils ont mal choisi.

A- Je les blâmerai d’avoir fait, non ce choix, mais un choix ; et celui qui prend croix, et celui qui prend pile, ont tous deux tort ; le juste est de ne point parier.

B- Oui mais il faut parier : cela n'est point volontaire ; vous êtes embarqué, et ne point parier, c'est parier que Dieu n'est pas. Lequel choisirez-vous donc ? Voyons ce qui vous intéresse le moins : vous avez deux choses à perdre : le vrai et le bien ; et deux choses à engager : votre raison et votre volonté, votre connaissance et votre béatitude, et votre nature a deux choses à fuir : l’erreur et la misère. Parions donc qu'il est, sans hésiter. Votre raison n’est pas plus blessée en choisissant l’un que l’autre ; puisqu'il faut nécessairement choisir. Voilà un point vidé ; mais votre béatitude ? Pesons le gain et la perte : en prenant le parti de croire ; si vous gagnez, vous gagnez tout ; si vous perdez, vous ne perdez rien. Croyez donc si vous le pouvez.

A- Cela est admirable ; oui, il faut croire ; mais je hasarde peut-être trop.

B- Voyons puisqu'il y a pareil hasard de gain ou de perte, quand vous n'auriez que deux vies à gagner pour une, vous pourriez encore gager. Et s'il y en avait dix à gagner, vous seriez imprudent de ne pas hasarder votre vie pour en gagner dix à un jeu où il y a pareil hasard de perte et de gain. Mais il y a ici une infinité de vies infiniment heureuses à gagner avec pareil hasard de perte et de gain ; et ce que vous jouez est si peu de chose et de si peu de durée, qu'il y a de la folie à le ménager en cette occasion.

Car il ne sert de rien de dire qu'il est incertain si on gagnera, et qu'il est certain qu'on hasarde ; et que l'infinie distance qui est entre la certitude de ce que l'on expose et l'incertitude de ce que l'on gagnera égale le bien fini, qu'on expose certainement à l'infini qui est incertain.

 

Voir la suite page 26 : >> Pensées- Blaise Pascal- Google Livres - Google Books (tome 2)

 

Remarque 1 : On trouve sur la toile plusieurs versions du Pari de Pascal. Les présentations du texte sont différentes de celle que je donne ici. C'est le texte de l'Édition d'Antoine Auguste Renouard, les textes publiés précédemment avaient été mutilés. Voir la préface qu'il signe en 1812 dans le Tome I.

> Pensées- Blaise Pascal- Google Books (tome 1)

 

Remarque 2 : J'ai pris la liberté de modifier la graphie de quelques mots :

vidé > vuidé

connaître > connoitre,

connaissons > connoisssons

connaissance > connoissance...

 

Remarque 3 : Pascal emploie le verbe gager qui signifie parier.

Attention : J'ai lu dans certains textes sur la toile le verbe gagner au lieu de gager, ce qui est une mélecture et une mauvaise copie du texte.

 

 

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Arnobe (240?-304?), était un écrivain de langue latine qui enseigna la rhétorique en Afrique du Nord. Après avoir longtemps combattu la religion chrétienne, il se convertit et il écrivit un ouvrage contre les gentils* : De Adeversus nationes.

*Les auteurs chrétiens appelaient les païens les gentils

Montaigne, Bossuet, La Fontaine se sont inspirés de lui ; et Pascal, comme en témoigne le texte qui suit.

Arnobe s'adresse ici aux gentils et leur propose un pari.

 

Voici, bien avant Pascal, le pari d'Arnobe. 

Le Christ n'apporte lui-même aucune preuve de ses promesses, dites-vous. Certes, les événements à venir ne peuvent être prouvés. Mais du fait que, par nature, l'avenir ne se laisse appréhender ni embrasser par aucune prévision, y a-t-il meilleur choix, entre deux possibilités incertaines et prochaines, que de croire plutôt en celle qui apporte quelque espoir qu'en celle qui n'en laisse pas subsister un seul ? Dans le premier cas, on n'a rien à redouter si ce que l'on attend n'aboutit qu'au néant. Dans le second, on subit un immense dommage, la perte du salut, si, le moment venu, il apparaît que ce n'était pas mensonge.

Que pouvez-vous répondre, ignorants dignes de nos pleurs et de notre pitié ? Ne vous terrifie-t-elle pas, l'idée que l'objet de votre mépris et de votre dérision puisse être vrai ?

 

Pour lire d'autres textes >>> Florilège – La pensée des autres

 

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Amoureuse des mots, je cherche comment faire partager ma passion. Il y a tant à découvrir dans les bibliothèques du monde, tant de mots à connaître intimement pour affiner notre pensée, tant de mots qu'on n'entend plus sur nos lèvres, enfermés qu'ils sont dans des livres poussiéreux. Il ne tient qu'à nous de les faire revivre et de les faire chanter. Notre langue, si belle, si riche, demande qu'on la respecte, qu'on la préserve, qu'on s'en amuse et qu'on la chérisse. Mamiehiou ............................................................................................................................................................................................ ...................................;....................................................................... « La langue française est une femme. Et cette femme est si belle, si fière, si modeste, si hardie, touchante, voluptueuse, chaste, noble, familière, folle, sage, qu'on l'aime de toute son âme, et qu'on n'est jamais tenté de lui être infidèle. » Anatole France ....................................................... ............... ................................................................................................................. « C'est une langue bien difficile que le français. À peine écrit-on depuis quarante-cinq ans qu'on commence à s'en apercevoir. » Colette

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