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3 janvier 2012 2 03 /01 /janvier /2012 11:10

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 Un florilège de textes sélectionnés par mamiehiou

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-16-

 

Lettre d'Héloïse à Abélard 

 
Héloïse (nom de famille inconnu) 1101 - 1164
Pierre Abélard 1079 - 1142
 
Internautes qui passez par hasard dans ce blog, connaissez-vous l'histoire tragique des deux amants, Héloïse et Abélard ?
Arrêtez-vous un instant pour la lire et pleurez sur les souffrances qu'ils ont endurées, pour leur seul crime : celui d'avoir trop aimé.

***

Héloïse est une délicieuse jeune fille, déjà savante à dix-sept ans* quand son oncle Fulbert, chanoine de Notre-Dame de Paris la confie à Abélard, pour qu'il soit son précepteur.
À quarante ans, Abélard est l'intellectuel le plus doué de son temps, philosophe, théologien, logicien, poète, compositeur. Il ose, par sa rigueur philosophique, s'opposer aux autorités ecclésiastiques, ce qui lui vaut d'être condamné pour hérésie.
Héloïse et Abélard tombent éperdument amoureux, et ils se marient en secret. Mais Abélard, en tant que clerc et chanoine n'a pas le droit de se marier. Fulbert se venge en organisant un guet-apens et fait castrer Abélard.
Abélard se retire à l'abbaye de Saint-Denis, Héloïse se retire dans le couvent d'Argenteuil où elle deviendra Prieure, sans avoir jamais eu de véritable vocation religieuse. 

*Certaines sources donnent vingt ans

Nous connaissons l'histoire de l'amour passionné d'Abélard et d'Héloïse grâce aux nombreuses lettres qu'ils ont échangées. En voici une d'Héloïse.

***

Extrait
Mon bien‑aimé, le hasard vient de faire passer entre mes mains la lettre de consolation que tu écrivis à un ami. Je reconnus aussitôt, à la suscription, qu'elle était de toi. Je me jetai sur elle et la dévorai avec toute l'ardeur de ma tendresse : puisque j’avais perdu la présence corporelle de celui qui l'avait écrite, du moins les mots ranimeraient un peu pour moi son image.
 
Après avoir raconté les per­sécutions dirigées contre toi par tes maîtres, puis l’injuste attentat perpétré sur ton corps, tu as peint l'exécrable jalousie et l'acharnement de tes condisciples [...]

Tu sais, mon bien‑aimé, et tous le savent, combien j'ai perdu en toi ; tu sais dans quelles terribles circonstances l'indignité d'une trahison publique m'arracha au siècle en même temps que toi ; et je souffre incomparablement plus de la manière dont je t'ai perdu que de ta perte même. Plus grand est l'objet de la douleur, plus grands doivent être les remèdes de la consolation. Toi seul, et non un autre, toi seul, qui seul es la cause de ma douleur, m'apporteras la grâce de la consolation. Toi seul, qui m’as contristée, pourras me rendre la joie, ou du moins soulager ma peine. Toi seul me le dois, car aveuglément j'ai accompli toutes tes volontés, au point que j'eus, ne pouvant me décider à t'opposer la moindre résistance, le courage de me perdre moi‑même, sur ton ordre. Bien plus, mon amour, par un effet incroyable, s'est tourné en tel délire qu'il s'enleva, sans espoir de le recouvrer jamais, à lui‑même l’unique objet de son désir, le jour où pour t'obéir je pris l'habit et acceptai de changer de coeur. Je te prouvai ainsi que tu règnes en seul maître sur mon âme comme sur mon corps. Dieu le sait, jamais je n'ai cherché en toi que toi‑même. C'est toi seul que je désirais, non ce qui t'appartenait ou ce que tu représentes. Je n'attendais ni mariage, ni avantages matériels, ne songeais ni à mon plaisir ni à mes volontés, mais je n'ai cherché, tu le sais bien, qu'à satisfaire les tiennes. Le nom d'épouse paraît plus sacré et plus fort ; pourtant celui d'amie m'a toujours été plus doux. J'aurais aimé, permets-moi de le dire, celui de concubine et de fille de joie, tant il me semblait qu'en m'humiliant davantage j’augmentais mes titres à ta reconnaissance et nuisais moins à la gloire de ton génie.
[...]
Quel roi, quel philosophe, pouvait égaler ta gloire ? Quel pays, quelle ville, quel village n'aspirait à te voir ? Qui donc, je le demande, lorsque tu paraissais en public, n'accourait pour te regarder et, quand tu t'éloignais, ne te suivait du regard, le cou tendu ? Quelle femme mariée, quelle jeune fille, ne te désirait en ton absence, ne brûlait quand tu étais là ? Quelle reine, quelle grande dame, n'a pas envié mes joies et mon lit ?
Tu possédais deux talents, entre tous, capables de séduire aussitôt le coeur d'une femme : celui de faire des vers, et celui de chanter. Nous savons qu'ils sont bien rares chez les philosophes. Ils te permettaient de te reposer, comme en jouant, des exercices philosophiques. Tu leur dois d'avoir composé, sur des mélodies et des rythmes amoureux tant de chansons dont la beauté poétique et musicale connut un succès public et répandit universellement ton nom. Les ignorants mêmes, incapables d'en comprendre le texte, les retenaient, retenaient ton nom, grâce à la douceur de leur mélodie. Telle était la raison principale de l'ardeur amoureuse que les femmes nourrissaient pour toi. Et, comme la plupart de ces chansons célébraient nos amours, bientôt mon nom se répandit en maintes contrées, excitant contre moi les jalousies féminines.
Quels charmes en effet de l'esprit et du corps n'embellissaient point ta jeunesse ? Quelle femme, alors mon envieuse, ne compatirait aujourd'hui au malheur qui me prive de telles délices ? Quel homme, quelle femme, fût-ce mon pire ennemi, ne s'attendrirait pas envers moi d'une juste pitié ?
Tant que je goûtai avec toi les voluptés de la chair, on a pu hésiter sur mon compte : agissais-je par amour, ou par simple concupiscence ? Mais aujourd'hui le dénouement de cette aventure démontre quels furent à son début mes sentiments. Je me suis interdit tout plaisir afin d'obéir à ta volonté. Je ne me suis rien réservé, sinon de me faire toute à toi. Vois quelle iniquité tu commets en accordant le moins à qui mérite le plus ; en lui refusant tout, alors même qu’il te serait facile de lui donner complètement le peu qu'il te demande.
[...] adieu, mon unique.

 
Dans "Abélard et Héloïse correspondance", Bibliothèque médiévale, texte établi et présenté par Paul Zumthor, 10/18, UGE, 1979

Pour lire le texte intégral de la lettre et d'autres lettres d''Héloïse, voir le site : 

Textes traduits d'Abelard, Heloise et autres

Pour en savoir +
Héloïse et Abélard - Étienne Gilson - Google Livres

(aperçu)  Lire, entre autres, les pages 17, 20 et suivantes

Librairie philosophique- J.Vrin

****

Ballade Des Dames Du Temps Jadis

de François Villon 
extrait
[...]
Où est la très sage Héloïs,
Pour qui fut châtré et puis moine
Pierre Abelard à Saint-Denis ?
Pour son amour eut cette essoine.
[...]
Mais où sont les neiges d'antan ?

                                           essoine, ici, mutilation >  ESSOINE


Pour en savoir + sur Villon et retrouver "La Ballade des Dames du Temps jadis", voir dans l'article :  

Une petite histoire de la langue française racontée par mamiehiou – Chapitre 8 - Le moyen français du XIVe au XVIe siècle - Les misères de la France - L'évolution de la langue - Villon 

 

D'autres textes choisis à lire dans  Florilège - La pensée des autres

Vous y trouverez d'autres lettres d'amour passionné : LETTRES PORTUGAISES (anonyme ?) - La passion amoureuse d'une religieuse 

***

Voir aussi : Comment dites-vous "Je t'aime" ? Je te kiffe, je ne te hais point, tu me bottes, je suis morgane de toi, je t'ai dans la peau, mon coeur s'est embrasé, etc. ?

 

 FLORILÈGE - LA PENSÉE DES AUTRES (titres des textes)

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Published by mamiehiou.over-blog.com - dans Florilège - la pensée des autres
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  • J'aime trop les mots pour les garder par-devers moi - au fond de mon coeur et de mon esprit. Ils débordent de mes pensées en contes drolatiques, avec des quiz et des digressions sur la langue.
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Amoureuse des mots, je cherche comment faire partager ma passion. Il y a tant à découvrir dans les bibliothèques du monde, tant de mots à connaître intimement pour affiner notre pensée, tant de mots qu'on n'entend plus sur nos lèvres, enfermés qu'ils sont dans des livres poussiéreux. Il ne tient qu'à nous de les faire revivre et de les faire chanter. Notre langue, si belle, si riche, demande qu'on la respecte, qu'on la préserve, qu'on s'en amuse et qu'on la chérisse. Mamiehiou ............................................................................................................................................................................................ ...................................;....................................................................... « La langue française est une femme. Et cette femme est si belle, si fière, si modeste, si hardie, touchante, voluptueuse, chaste, noble, familière, folle, sage, qu'on l'aime de toute son âme, et qu'on n'est jamais tenté de lui être infidèle. » Anatole France ....................................................... ............... ................................................................................................................. « C'est une langue bien difficile que le français. À peine écrit-on depuis quarante-cinq ans qu'on commence à s'en apercevoir. » Colette

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