Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
11 février 2011 5 11 /02 /février /2011 17:38

 UNE PETITE HISTOIRE DE LA LANGUE FRANÇAISE

ACCUEIL & SOMMAIRE

Articles classés par catégories (tags)

Tous les articles du blog

 

Au XIIe et au XIIIe siècle, on assiste à un enrichissement des villes, surtout celles du Nord. Une littérature prend forme dans un public plus large que celui de la littérature courtoise, la classe bourgeoise. On y rencontre une franche gaieté dans des textes comme les fabliaux et « Le Roman de Renart »

Les fabliaux sont des contes en vers d'une grande diversité. Chacun d'eux se présente sous la forme d'une petite aventure qui se passe dans la vie quotidienne. Ce peut être un conte moral, une histoire drôle ou parfois même carrément obscène.
Ne parle-t-on pas de l'esprit gaulois des fabliaux ? Il nous reste quelque chose de cet esprit quand nous voyons nos humoristes d'aujourd'hui, capables de tout, parfois même des pires gauloiseries, pour tenter de nous dérider !
L'imagination débridée, la fantaisie, la jovialité chaleureuse de ces poètes inspireront, entre autres, Rabelais, la Fontaine et Molière.

Ce dernier reprendra l'histoire « Le Vilain Mire » d'un auteur anonyme pour en faire sa comédie-farce « Le Médecin malgré lui » (1666)

« Le Vilain Mire » (Le paysan devenu médecin)
Fabliau du XIIIe siècle
Extrait
Un paysan avare a épousé une fille de chevalier, mais il ne pense pas avoir fait une bonne affaire. Il réfléchit à une solution pour le moins difficilement supportable pour elle.

Il commence à songer alors
Comment il la préservera (des tentations en son absence)
 


[...]
Lors se commence à porpensser
Comment de ce la puist garder :
« Dieus ! » fet il, « si je la batoie
Au matin quant je leveroie :
Ele plorroit au lonc du jor,
Je m'en iroie en mon labor.
Bien sai, tant con ele plorroit,
Que nus ne la donoieroit.
Au vespre quant je revendrai,
Por Dieu merci la prierai,
[...]

Traduction
« Mon Dieu, fait-il, et si je la battais
Au matin quand je me lève :
Elle pleurerait toute la journée
Et je m'en irais travailler,
Bien sûr tant qu'elle pleurerait,
Nul ne pourrait venir lui conter fleurette.
Le soir, quand je reviendrais,
Je lui demanderais pardon.

La jeune femme, finaude, saura bien se venger...

Si je vous parle du « Roman de Renart », je gage que bien peu d'entre vous ignorent le nom de ce goupil rusé, facétieux, hypocrite, cruel même, qui a donné, après lui, son nom à tous les renards, tant il fut fameux en son temps.*
Ses aventures mouvementées, racontées en vingt-six branches, petits récits indépendants, sont une peinture de la société du Moyen Âge et s'inspirent de contes de diverses origines. Ils mettent en scène des animaux qui ressemblent aux hommes comme des frères.

Et l'on rit. Et le rire, peu à peu, gagne toutes les couches sociales.

Je ne puis résister, mes belins belines**, à l'envie que j'ai de vous donner les noms de quelques protagonistes de cette histoire.
On rencontre tout près de Renart, Hermeline, son épouse, leurs petits renardeaux, Percehaie, Malebranche et Roval, ainsi que Ysengrin le loup, niais comme pas deux, Hersent la louve, et Noble le lion avec Fière la lionne, Baucent le sanglier, Brun l’ours, Brichemer le cerf, Grimbert le blaireau, Bruyant le taureau, Blanche l'Hermine, Tibert le chat, Chantecler le coq, Tiécelin le corbeau,  Messire Couart le lièvre, Petitfouineur le putois, Baudouin l'âne,Tardif le limaçon. Roussel l'écureuil, Espineux le hérisson, et bien sûr Belin le mouton, et les poules Pinte, Copette, sans oublier Sainte Coupée.
Cette pauvre géline***, Dame Coupée, martyre et canonisée, victime de Renart, comme il se doit, sera enterrée comme suit :

 

Le roman de Renart

Extrait
[...]
Le cors porterent enterrer.
Mais ainz l'orent fait enserrer
En un mout bel vaissel de plon ;
Onques plus bel ne vit nus on.
Puis l'enfoïrent soz un arbre,
Et par desus mirent un marbre,
S'i ont escrit le nom la dame
Et sa vie, et comzandent l'ame
Ne sai a cisel ou a grafe
Y ont escrit en l'epitafe :
« Dessoz cest arbre, en mi ce plain,
Gist Copee, la suer Pintain.
Renart qui chascun jor empire
En fist as denz mout grant martire. »
[...]

Je traduis :

Ils portèrent enterrer le corps.
Mais auparavant ils la mirent
Dans un très beau cercueil de plomb ;
Aucun homme n'en vit de plus beau.
Puis ils l'enfouirent sous un arbre,
Et mirent par dessus un marbre,
Ils y ont écrit le nom de la dame
Et sa vie, et recommandent son âme à Dieu.
Je ne sais si au ciseau ou au burin
Ils y ont incrit en épitaphe :
« Dessous cet arbre, au milieu de cette plaine,
Gît Coupée, la soeur de Pinte.
Renart qui empire chaque jour
En fit avec ses dents un très grand martyre. »
Extrait de la branche 1
Les funérailles de Dame Coupée

Toute une faune piquante et colorée qui raille tout ce qu'avaient exalté l'épopée et le lyrisme de la littérature chevaleresque.

Les fabliaux et « Le Roman de Renart » ont été perpétués par la voie orale. Ils ont inauguré une littérature précise et spirituelle, plus éprise du vrai que de l'idéal. On entrevoit déjà, à travers elle, le souci du réalisme qui va s'affirmer au fil du temps.


NOTES
*Renart le goupil (ou Renart le goupiller) a donné le nom commun renard pour désigner le goupil à partir du XVIe siècle.


**Une géline, une poule.
Dame Coupée en est une.
...............................................................

À bientôt ! mes belins belines !

Peut-être, chers lecteurs, férus de langue française, me pardonnerez-vous cette familiarité !

 UNE PETITE HISTOIRE DE LA LANGUE FRANÇAISE

ACCUEIL & SOMMAIRE

Articles classés par catégories (tags)

Tous les articles du blog

 

Partager cet article

commentaires

Présentation

  • : LE BLOG DE MAMIEHIOU - La langue française telle qu'on l'aime  De la grammaire, des exercices divers, des dictées commentées, des histoires, des textes d'auteurs, des infos pratiques...
  • : Pour tous ceux qui aiment la langue française. Son histoire, sa grammaire et son orthographe. Des dictées commentées, des exercices ébouriffants, un florilège de textes d'auteurs, etc.
  • Contact

Mon Profil

  • mamiehiou.over-blog.com
  • J'aime trop les mots pour les garder par-devers moi - au fond de mon coeur et de mon esprit. Ils débordent de mes pensées en contes drolatiques, avec des quiz et des digressions sur la langue.
  • J'aime trop les mots pour les garder par-devers moi - au fond de mon coeur et de mon esprit. Ils débordent de mes pensées en contes drolatiques, avec des quiz et des digressions sur la langue.

Mon blog

Amoureuse des mots, je cherche comment faire partager ma passion. Il y a tant à découvrir dans les bibliothèques du monde, tant de mots à connaître intimement pour affiner notre pensée, tant de mots qu'on n'entend plus sur nos lèvres, enfermés qu'ils sont dans des livres poussiéreux. Il ne tient qu'à nous de les faire revivre et de les faire chanter. Notre langue, si belle, si riche, demande qu'on la respecte, qu'on la préserve, qu'on s'en amuse et qu'on la chérisse. Mamiehiou ............................................................................................................................................................................................ ...................................;....................................................................... « La langue française est une femme. Et cette femme est si belle, si fière, si modeste, si hardie, touchante, voluptueuse, chaste, noble, familière, folle, sage, qu'on l'aime de toute son âme, et qu'on n'est jamais tenté de lui être infidèle. » Anatole France ....................................................... ............... ................................................................................................................. « C'est une langue bien difficile que le français. À peine écrit-on depuis quarante-cinq ans qu'on commence à s'en apercevoir. » Colette

Rechercher Un Mot Du Blog