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22 février 2011 2 22 /02 /février /2011 17:56

 UNE PETITE HISTOIRE DE LA LANGUE FRANÇAISE

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Les Pères de l'Eglise s'étaient appliqués à condamner le théâtre antique. Aussi le Haut Moyen Âge (500-987) ignore-t-il toutes formes théâtrales. C'est pourtant dans les églises que naissent, au début du Bas Moyen Âge (987-1500), les premières formes du théâtre liturgique.
 
Le Théâtre religieux 


Dès le Xe siècle, on voit apparaître, dans le choeur des églises, au cours des grandes fêtes religieuses, des représentations en latin qui illustrent les textes sacrés. On y évoque la vie du Christ et celle des saints.
À partir du milieu du XIIe siècle, le français remplace le latin, les acteurs deviennent de plus en plus nombreux, on élève des décors, les scènes s'allongent. Le choeur de l'église ne suffisant plus, on s'installe sur le parvis. Au fil du temps, ces drames, appelés miracles et  mystères, deviennent de véritables fêtes et peuvent durer plusieurs jours. La musique et le chant y ont une grande part. Les scènes se déroulent dans les décors de certains lieux bien repérables (les mansions), la gueule de l'Enfer se situant à gauche et le Paradis à droite.
 

On monte des tréteaux. Le théâtre est né. 

 
Parmi les textes dramatiques qui nous sont parvenus, on retiendra « Le Jeu d'Adam » d'un auteur inconnu, où se révèle un vrai talent littéraire. Le thème en est la chute et le péché originel jusqu'au meurtre d'Abel et se termine par l'annonce de la Rédemption par les prophètes. Le jeu s'attache à la psychologie des personnages, notamment dans la scène où le Diable tente Eve.
Le mot « Jeu » signifie drame.

 

 

« Le Jeu d'Adam »  est écrit en octosyllabes.
Fin du XIIe siècle.
En voici un extrait : la Tentation. 
(Référence du texte en ancien français :
Le Mystère d’Adam, publ. H. Chamard, Colin, 1925.)

Diabolus
Eva, ça sui venuz a toi.
Ève, je suis venu vers toi.
 
Eva
Di moi Sathan, e tu pur quoi ?
Dis-moi Satan pourquoi cela ? 


 
Diabolus
Je vois querant tun pru, t(un) honor.
Je vais chercher ton bien, ton honneur.
 
Eva
Co dunge Deu !
Ainsi soit-il !
 
Diabolus
N’ayez poür.
Mult a grant tens que j(o) ai apris
Toz les conseils de paraïs:
Une partie t’en dirrai.
N'ayez pas peur.
Il y a bien longtemps que j'ai appris
Tous les secrets de paradis :
Je t'en dirai une partie.
 
Eva
Or(e) le comence, e jo l’orrai.
Eh bien commence donc et j'écouterai.

 
Diabolus
Orras me tu ?
M'écouteras-tu ?
 
Eva
Si ferai bien,
Ne te curcerai de rien.
Mais oui, fort bien ;
Je ne te fâcherai en rien.  
 

Diabolus
Or me mettrai en ta creance;
Ne voil de toi altre fiance.
Je te ferai donc confiance,
Et ne veux pas de ta part d'autre assurance.

 
Eva
Bien te pois creire a ma parole.

Tu peux bien croire à ma parole.
 
Diabolus
Tu as esté en bone escole.
Jo vi Adam, mais trop est fols.

Tu as été en bonne école.
Je vis Adam, mais il est trop fou !
 
Eva
Un poi est durs.
Il est un peu dur.
 
Diabolus
Il serra mols.
Il est plus dors que n’est nus fers.
Il sera mou !
Il est plus dur que n'est le fer.
 
Eva
Il est mult francs
Il est très indépendant.
 
Diabolus
Ainz est mult serf.
Cure nen voelt prendre de soi.
Car la prenge sevals de toi.
Tu es fieblette e tendre chose,
E es plus fresche que n’est rose;
Tu es plus blanche que cristal.
Que nief qui chiet sor glace en val.
Mal cuple em fist li criator:
Tu es trop tendre e il es trop dur;
Mais neporquant tu es plus sage,
En grant sens a mis tun corrage.
Por ço fait bon [se] traire à toi.
Parler te voil.
Il est plutôt très serf.
Il ne prend pas soin de lui :
Qu'il prenne au moins souci de toi !
Tu es faiblette et tendre chose,
Et es plus fraîche que n'est rose,
Tu es plus blanche que cristal,
Que neige chue sur glace en val !
Un mauvais couple fit de vous le Créateur :
Tu es tendre, dur est son coeur ;
Mais néanmoins tu es plus sage:
Ton coeur est plein de raison ;
Il fait bon traiter avec toi.
Je veux te parler.

 
Eva
Ore i ait fai.
Il faut avoir foi en moi.
 
Diabolus
N’en sache nuls.
Que nul n'en sache rien !
 
Eva
Ki le deit saver ?
Qui doit savoir ?
 
Diabolus
Neis Adam.
Pas même Adam !
 
Eva
Nenil par moi.
Nenni, par moi.
 
Diabolus
Or te dirai, e tu m’ascute.
N’a que nus dous en ceste rote,
E Adam la, [qui] ne nus ot.
Je te dirai donc et tu m'écoutes.
N'a que nous deux en cette route,
Et Adam là qui n'entend point.
 
Eva
Parlez en halt, n’en savrat molt.
Parlez-en haut, n'en saura rien !
 
Diabolus
Jo vous acoint d’un grant engin
Que vus est fait en cest gardin.
Le fruit que Deus vus ad doné
Nen a en soi gaires bonté ;
Cil qu’il vus ad tant defendu,
Il ad en soi [mult] grant vertu.
En celui est grace de vie
De poëste e de seignorie,
De tut saver [e] bien e mal.
Je vous avertis d'un grand piège
Qui vous est fait en ce jardin :
Le fruit que Dieu vous a donné
Non n'a en soi guère bonté ;
Celui qu'il vous a défendu
Il a en soi grande vertu.
En lui est grâce de vie,
De puissance et de seigneurie,
De tout savoir, bien et mal.


Eva
Quel savor a ?
Quelle saveur a ?
 
Diabolus
Celestial.
A ton bel cors, a ta figure,
Bien convendreit tel aventure,
Que tu fusse dame del mond,
Del soverain e del parfont,
E seüsez quanque a estre,
Que de tuit fuissez bone maistre.
Céleste !
À ton beau corps, à ta figure
Bien conviendrait telle aventure,
Que tu fusses reine du Monde,
Souveraine du ciel et de l'enfer,
Que tu connusses tout ce qui doit être,
Que de tout tu fusses bonne maîtresse !
 
Eva
Est tel li fruiz ?
Est tel le fruit ?
 
Diabolus
Oïl, par voir.
Oui, il est vrai !
 
(Tunc diligenter intuebitur Eva fructum vetitum quo diu ejus intuitu dicens:)
Ici Eve regardera le fruit défendu, disant après l'avoir longtemps contemplé :
 
Eva
Ja me fais bien sol le veer.
Cela me fait du bien rien qu'à le voir !
 
Diabolus
Si tu le mangues, que feras ?
Que sera-ce, si tu le goûtes ?
 
Eva
E jo, que sai ?
Comment savoir ?
 
Diabolus
Ne me crerras ?
Primes le pren,(e a ) Adam le done.
Del ciel averez sempres corone,
Al creator serrez pareil,
Ne vus purra celer conseil.
Puis que del fruit avrez mangié
Sempres vus iert le cuer changié;
O Deus serrez [vus] sans faillance,
De egal bonté, de egal puissance.
Guste del fruit!
N'aie point de doutes.
Prends-le vite, donne-le à Adam.
Alors vous aurez la couronne du ciel.
Au Créateur serez pareils,
Vous percerez tous ses conseils ;
Quand vous aurez mangé du fruit,
Alors votre coeur sera changé :
Égaux à Dieu, sans défaillance,
Aurez sa bonté, sa puissance.
Goûte du fruit !

 
 
Le théâtre comique

 
Dans la seconde partie du XIIIe siècle naît la comédie médiévale qui s'illustre par « Le Jeu de la Feuillée » et  « Le Jeu de Robin et Marion » d'Adam de la Halle, dit Adam Le Bossu, clerc et joyeux compagnon d'Arras.
La Feuillée fait référence à la loge de verdure où est placée la châsse de Notre-Dame-des-Ardents mais aussi au terme « folyie » en picard, la folie étant le thème principal de la pièce.
 
          « On voit bien encore aux tessons ce que fut le pot. »
Voilà ce que nous dit doctement Adam de La Halle par-delà les siècles.
Comprenne qui voudra !

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Amoureuse des mots, je cherche comment faire partager ma passion. Il y a tant à découvrir dans les bibliothèques du monde, tant de mots à connaître intimement pour affiner notre pensée, tant de mots qu'on n'entend plus sur nos lèvres, enfermés qu'ils sont dans des livres poussiéreux. Il ne tient qu'à nous de les faire revivre et de les faire chanter. Notre langue, si belle, si riche, demande qu'on la respecte, qu'on la préserve, qu'on s'en amuse et qu'on la chérisse. Mamiehiou ............................................................................................................................................................................................ ...................................;....................................................................... « La langue française est une femme. Et cette femme est si belle, si fière, si modeste, si hardie, touchante, voluptueuse, chaste, noble, familière, folle, sage, qu'on l'aime de toute son âme, et qu'on n'est jamais tenté de lui être infidèle. » Anatole France ....................................................... ............... ................................................................................................................. « C'est une langue bien difficile que le français. À peine écrit-on depuis quarante-cinq ans qu'on commence à s'en apercevoir. » Colette

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