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29 mai 2013 3 29 /05 /mai /2013 09:26

>>> DICTÉES

 

Vous pouvez vous dispenser de relire l'introduction à cet exercice si vous l'avez déjà lue dans l'article de la dictée 1

 

 > Orthographe – grammaire : comment se remettre à niveau – Dictée 1

 

Que de fautes de français dans les textes écrits !

Et que de gens désireux d'améliorer leur orthographe !

Mon blog propose déjà de nombreux exercices.

Je vous donne ici un texte "comme si vous faisiez une dictée". Certains mots écrits "phonétiquement" demanderont à être "décryptés phoniquement " et écrits correctement.

Je n'emploie pas les signes phonétiques internationaux qui pourraient ajouter des difficultés au décryptage.

Le texte d'auteur est ensuite donné sans fautes et je tâche d'expliquer ce qui aurait pu vous paraître difficile.

 

Exemples de mots ou de terminaisons écrits "phonétiquement" :

ê pour ai, ais, ait, aie, aies, ait, aient, et, est, es

sa pour sa, ça ou çà.

ou pour ou où hou ouh 

du pour dû, du(s), du(es), dut, dût

quel pour quels/quelle/quelles ou qu'elle/elles

quelque pour quelque ou quels/quelle/quelles + que

quoique pour quoique et quoi que

ver pour ver, vers, vert, verre, vair, ou au pluriel

si pour si, s'y ou ci

a pour a, à, ah, ha

o pour ô, oh, ho, au, aux, eau, eaux, haut

leur pour leur, leurs, leurre ou l'heure (ou même l'heur)

c'étê pour c'était ou c'étaient

é pour és, ée, ées, er

etc.

Rétablissez les accents s'il le faut.

Il faudra accorder les verbes, les participes passés, les adjectifs, etc.

>> Récapitulation des articles : "Ne pas confondre... "

CONSEIL :

Écrivez en toutes lettres les mots à corriger.

Mieux encore : Imprimez le texte et écrivez les mots dans l'interligne.

Bon courage et faites-en profiter vos amis !
 

 

Exemple :

Toute les foi qu'il me rencontrê, il me demandê si j'avê mangé.

Correction :

Toutes les fois qu'il me rencontrait, il me demandait si j'avais mangé.

 

La Mort d'Olivier Bécaille d'Émile Zola

Sê un samedi, a six heure du matin que je suis mort après trois jour de maladies. Ma povre femme fouillê depuis un instant dans la malle, ou elle cherchê du linge.
Lorsqu'elle sê relevé ê quel ma vue rigide, les yeux ouvert, sans un soufle, elle ê acouru, croyant a un évanouissement, me touchant les mains, se penchant sur mon visage. Puis, la terreur la prise ; ê, afolée elle a bégayer, en éclatant en larme :
- Mon Dieu ! mon Dieu ! il ê mort !

J'entendê tout, mais les sons afaiblis semblê venir de très loin. Seul, mon euil gauche persevê encor une lueur confuse, une lumière blanchatre ou les objets ce fondaient ; l'euil droit se trouvê complètemment paralisé.
S'étê une sincope de mon être entier comme un cou de foudre qui m'avait anéantit. Ma volontée étê morte, plus une fibre de ma chaire ne m'obéissê. ê, dans se néant, au-dessus de mes menbres inertes, la pensé seul demeurê, lante ê parresseuse, mais d'une nettetée parfaite.
Ma povre Marguerite pleurê, tombé a genou devant le lit, répétant d'une voie déchiré :
- Il ê mort, mon Dieu ! il ê mort !

Étê-ce dont la mort, se singulié état de torpeur, cette chaire frappé d'immobilitée, tandis que l'inteligence fonctionê toujour ? étê-ce mon ame qui s'atardêt ainsi dans mon crane, avant de prendre son vole ? Depuis mon enfanse, j'étê sujê a des crises nerveuse. Deux foi, tout jeune, des fièvres aigües avê faillie m'enporté. Puis, autour de moi, on s'étê habituer a me voire maladif ; ê moi même j'avais défendus a Marguerite d'allé chercher un mèdecin, lorsque je m'étê couché le matin de nôtre arrivé a Paris, dans cette hotel meublé de la rue Dauphine. Un peu de repos sufirê, s'étê la fatigue du voyage qui me courbaturê ainssi. Pourtant, je me sentê plain d'une angoise afreuse. Nous avions quitter brusquement notre province, très povres, ayant a peine de quoi atendre les apointements de mon premier mois, dans l'administrasion ou je m'étê assuré une place. ê voila qu'une crise subite m'emportê !

Étê-ce bien la mort ? Je m'étê imaginé une nuit plus noir, un silence plus lourt. Tout petit, j'avais déjà peur de mourrir. Comme j'étê débil ê que les gens me carressê avec compassion, je penssê constament que je ne vivrê pas, qu'on m'entererê de bonne heure. ê cette pensé de la terre me cosê une épouvante, a laquel je ne pouvais m'habitué, bien qu'elle me hanta17 nuit ê jour. En grandissant, j'avais gardé cet idée fix. Parfois, après des journées de réflection, je croyais avoir vaincus ma peur. Et bien !
On mourait, c'étê finit ; tout le monde mourait un jour ; rien ne devait être plus comode ni meilleure. J'arrivê presqu'a être gay, je regardê la mort en face. Puis, un frison brusque me glassê, me rendait a mon vertige, comme si une main géante m'eut balancé au-dessus d'un goufre noire. S'étê la pensé de la terre qui revennê ê emportê mes résonements.

Que de foi, la nuit, je me suis réveillé en surso, ne sachant quel soufle avait passer sur mon sommeil, joingnant les mains avec désespoir, balbussiant :

“ Mon Dieu ! mon Dieu ! il faut mourrir ! ” Une anxiétée me cérê la poitrine, la néssecitée de la mort me paréssê plus abominable, dans l'étourdisement du réveille. Je ne me rendormê qu'avec peine, le sommeil m'inquiètê, tellement il resemblê a la mort. Si j'allais dormir toujour ! Si je fermê les yeux pour ne lé rouvrirent jamais !
J'ignore si d'autre on souferts se tourment. Il a désoler ma vie. La mort sê dressé entre moi ê tout se que j'ê aimé. Je me souvient des plus heureux instants que j'ê passé avec Marguerite.

Dans les premier mois de notre marriage, lorsqu'elle dormê la nuit a mon coté, lorsque, je songê a elle en fesant des rèves d'a venir, s'en sesse l'atente d'une séparation fatal gatê mes joies, détruisê mes espoir. Il faudrê nous quittés, peut-être demain, peut-être dans une heure. Un immense découragement me prenê, je me demandê a quoi bon le bonneur d'être ensembles, puisqu'il devê aboutire a un déchirement si cruel. Alors, mon imagination ce plaisê dans le deuil. Qui partirê le premier, elle ou moi ? ê lune ou l'autre alternative m'atendrissê aux larmes, en déroullant le tableaux de nos vies brisés. Au meilleur époque de mon existance, j'ê eut ainsi des mélancolies soudaines que personne ne comprenê. Lorsqu'il m'arrivê une bonne chance, on s'étonnê de me voir sombre. S'étê que tout d'un cou, l'idée de mon néant avait traversé ma joie. Le terrible : “A quoi bon ?” sonê comme un gla a mes oreilles.

 

 

Texte avec les fautes soulignées suivies des explications

Se rapporter aux numéros à la suite de chaque paragraphe

 

Texte original

Extrait

La Mort d'Olivier Bécaille

un samedi, a six heure du matin que je suis mort après trois jour de maladies. Ma povre femme fouillê depuis un instant dans la malle, ou1 elle cherchê du linge.
Lorsqu'elle
sê relevé2 ê quel ma vue3 rigide, les yeux ouvert, sans un soufle, elle ê acouru4, croyant a un évanouissement, me touchant les mains, se penchant sur mon visage. Puis, la terreur la prise5 ; ê, afolée elle a bégayer, en éclatant en larme :
- Mon Dieu ! mon Dieu ! il
ê mort !

La Mort d'Olivier Bécaille

C'est un samedi, à six heures du matin que je suis mort après trois jours de maladie. Ma pauvre femme fouillait depuis un instant dans la malle, où elle cherchait du linge.
Lorsqu'elle s'est relevée et qu'elle m'a vu rigide, les yeux ouverts, sans un souffle, elle est accourue, croyant à un évanouissement, me touchant les mains, se penchant sur mon visage. Puis, la terreur l'a prise ; et, affolée elle a bégayé, en éclatant en larmes :
- Mon Dieu ! mon Dieu ! il est mort !
 

 

Notes :

1- la malle où elle cherchait du linge

où, pronom relatif qui a pour antécédent malle : elle cherchait du linge dans la malle

 

2-elle s'est relevée, verbe pronominal se relever conjugué au passé composé avec l'auxiliaire être.

La règle de l'accord des participes passés des verbes pronominaux est la même que lorsque les verbes sont conjugués avec avoir : ils s'accordent avec le complément d'objet direct s'il y en a un et s'il est placé avant le participe passé.

Se dans se relever est un pronom réfléchi. Elle s'est relevée > elle a relevé elle-même. Donc accord.

 

3-et qu'elle m'a vu

que (élidé en qu' devant une voyelle) remplace lorsque pour éviter la répétition : lorsqu'elle s'est relevée et lorsqu'elle m'a vu

> Qu'est-ce qu'un verbe pronominal réfléchi, réciproque, subjectif... ?

4-elle est accourue – verbe accourir au passé composé.

Note de Littré : Accourir se construit avec l'auxiliaire avoir et l'auxiliaire être. L'on se sert du premier quand on a particulièrement l'intention d'exprimer l'action d'accourir ; et du second, quand on a l'intention d'exprimer l'état d'une personne qui est accourue. Elles ont accouru en hâte nous porter secours ; elles sont accourues et ont contemplé ce triste spectacle.

Le participe passé s'accorde avec le sujet lorsqu'il est conjugué avec l'auxiliaire être (sauf celui des verbes pronominaux)

Verbes commençant par AC- ACC- Ils s'écrivent tous avec 2C, sauf acquérir et s'acoquiner

 

5-la terreur l'a prise, prendre au passé composé. Le participe passé prise s'accorde avec le complément placé avant lui : l' (la élidé) qui remplace ma pauvre femme.

J'entendê tout, mais les sons afaiblis6 semblê venir de très loin. Seul, mon euil gauche persevê encor7 une lueur confuse, une lumière blanchatre8 ou les objets ce fondê ; l'euil droit se trouvê complètemment9 paralisé.
S'étê une sincope de mon être entié comme un cou de foudre qui m'avait anéantit10. Ma volontée étê morte, plus une fibre de ma chaire ne m'obéissê. Ê, dans se11 néant, au-dessus de mes menbres
12 inertes, la pensé seul demeurê, lante ê parresseuse, mais d'une nettetée13 parfaite.
Ma
povre Marguerite pleurê, tombé a genou devant le lit, répétant d'une voie déchiré :
- Il ê mort, mon Dieu ! il ê mort !

J'entendais tout, mais les sons affaiblis semblaient venir de très loin. Seul, mon oeil gauche percevait encore une lueur confuse, une lumière blanchâtre où les objets se fondaient ; l'oeil droit se trouvait complètement paralysé.
C'était une syncope de mon être entier comme un coup de foudre qui m'avait anéanti. Ma volonté était morte, plus une fibre de ma chair ne m'obéissait. Et, dans ce néant, au-dessus de mes membres inertes, la pensée seule demeurait, lente et paresseuse, mais d'une netteté parfaite.
Ma pauvre Marguerite pleurait, tombée à genoux devant le lit, répétant d'une voix déchirée :
- Il est mort, mon Dieu ! il est mort !

 

6-les sons affaiblis, affaiblis est un participe passé employé comme adjectif. Il s'accorde avec LES SONS, masculin pluriel. (un son affaibli)

7-encore peut s'écrire sans E en poésie. C'est une licence poétique pour la rime ou la mesure du vers.
 

8-L'adverbe complètement est formé à partir de l'adjectif au féminin complète + MENT

Dure, durement – sotte, sottement - etc.
 

Les adverbes formés sur les adjectifs se terminant par MENT ou MANT prennent 2M :

patient, patiemment – brillant, brillamment – etc


9-blanchâtre, bleuâtre, rougeâtre, douçâtre.

>>L'accent circonflexe – Mettons-le seulement là où il faut - cru, crû, idolâtre, psychiatre, écolâtre, gaîment, absolument, ambigument, fantomatique, tempétueux...

10- un coup de foudre qui m'avait anéanti : le verbe du 2e groupe est à l'indicatif plus que parfait. Anéanti est le participe passé.
 

11- Et dans ce néant au-dessus de mes membres inertes :

ce néant, celui dont il vient de parler. Ce, adjectif démonstratif.
 

12-mes membres

Devant le M, le B, le P, on écrit M pas N

Exceptions : bonbon, bonbonne, bonbonnière, embonpoint, néanmoins.

13- une netteté parfaite

Les noms féminins se terminant par -té ou -tié s'écrivent sans -é .

Ce sont des noms abstraits ou des qualités.
Exemples : l'amitié, la liberté, la volonté.

Ils sont formés à partir des adjectifs qui leur correspondent.

obscur, obscurité – cher, cherté – beau, beauté.


Exceptions : 
1. 
la dictée, la jetée, la montée, la pâtée, la portée. 
2. les noms féminins qui indiquent une quantité ou un contenu.

Exemples : une portée, une brouettée, une charretée...

 

Étê-ce dont la mort, se singulié état de torpeur, cette chaire14 frappé d'immobilitée, tandis que l'inteligence fonctionê toujours ? étê-ce mon ame qui s'atardêt ainsi dans mon crane, avant de prendre son vole ? Depuis mon enfanse, j'étê sujê a des crises nerveuse. Deux foi15, tout jeune, des fièvres aigües avê faillie m'enporté16. Puis, autour de moi, on s'étê habituer a me voire17 maladif ; ê moi même j'avais défendus a Marguerite d'allé chercher un mèdecin, lorsque je m'étê couché le matin de nôtre18 arrivé a Paris, dans cette hotel19 meublé de la rue Dauphine. Un peu de repos sufirê, s'étê la fatigue du voyage qui me courbaturê ainssi. Pourtant, je me sentê plain d'une angoise afreuse. Nous avions quitter brusquement notre province, très povres, ayant a peine de quoi atendre les apointements de mon premier mois, dans l'administrasion20 ou je m'étê assuré une place. ê voila21 qu'une crise subite m'emportê !

Était-ce donc la mort, ce singulier état de torpeur, cette chair frappée d'immobilité, tandis que l'intelligence fonctionnait toujours ? Était-ce mon âme qui s'attardait ainsi dans mon crâne, avant de prendre son vol ? Depuis mon enfance, j'étais sujet à des crises nerveuses. Deux fois, tout jeune, des fièvres aiguës avaient failli m'emporter. Puis, autour de moi, on s'était habitué à me voir maladif ; et moi-même j'avais défendu à Marguerite d'aller chercher un médecin, lorsque je m'étais couché le matin de notre arrivée à Paris, dans cet hôtel meublé de la rue Dauphine. Un peu de repos suffirait, c'était la fatigue du voyage qui me courbaturait ainsi. Pourtant, je me sentais plein d'une angoisse affreuse. Nous avions quitté brusquement notre province, très pauvres, ayant à peine de quoi attendre les appointements de mon premier mois, dans l'administration où je m'étais assuré une place. Et voilà qu'une crise subite m'emportait !

14-chair > Ne pas confondre les homophones : adjectif) cher, adverbe) cher, substantifs) la chère, la chair, la chaire, la cheire.

15—deux fois

FOIS -que de fois, une fois – Dérivés : quelquefois, parfois

FOI- avoir la foi, être croyant – avoir foi en quelqu'un, en quelque chose.

Eh bien ma foi ! Par ma foi !

FOIE – le foie est un organe qui sécrète la bile.

16-des fièvres aiguës

aigu, ambigu, exigu et la ciguë ont un tréma sur le e au féminin singulier et pluriel aiguë, ambiguë, exiguë.

La ciguë

des fièvres aiguës avaient failli m'emporter

avaient failli, plus-que parfait, le participe passé est failli.

Emporter est à l'infinitif.

Si l'on remplace emporter par faire on a :

 

14-chair > Ne pas confondre les homophones : adjectif) cher, adverbe) cher, substantifs) la chère, la chair, la chaire, la cheire.

15—deux fois

FOIS -que de fois, une fois – Dérivés : quelquefois, parfois

FOI- avoir la foi, être croyant – avoir foi en quelqu'un, en quelque chose.

Eh bien ma foi ! Par ma foi !

FOIE – le foie est un organe qui sécrète la bile.

16-des fièvres aiguës

aigu, ambigu, exigu et la ciguë ont un tréma sur le e au féminin singulier et pluriel aiguë, ambiguë, exiguë.

La ciguë

des fièvres aiguës avaient failli m'emporter

avaient failli, plus-que parfait, le participe passé est failli.

Emporter est à l'infinitif.

Si l'on remplace emporter par faire on a :

des fièvres aiguës avaient failli me faire (et non pas fait)

17-voire avec un E : même.

On dit aussi voire même  > Voire ou voire même ? Que doit-on dire ?

 

18-notre arrivée à Paris

NOTRE est un adjectif possessif, on peut le remplacer par un autre déterminant comme un article indéfini : l'arrivée, ou un article indéfini : une arrivée.

NÔTRE est un pronom possessif, il remplace un nom.

C'est notre voiture.

> C'est la nôtre. (nôtre remplace notre voiture)

19-cet hôtel

Les adjectifs démonstratifs masculins au singulier : ce, cet, (suivis d'un nom)

Cet est suivi d'une voyelle ou d'un h muet : cet homme, cet élève attentif.

20-administration

Les mots se terminant par ATION s'écrivent avec un T sauf passion et compassion.

21-un accent à voilà (Vois là) > Voilà - Voici

pas d'accent à cela.

Étê-ce bien la mort ? Je m'étê imaginé une nuit plus noir, un silence plus lourt. Tout petit, j'avais déjà peur de mourrir22. Comme j'étê débil ê que les gens me carressê avec compassion, je penssê constament23 que je ne vivrê pas24, qu'on m'entererê de bonne heure. ê cette pensé de la terre me cosê une épouvante, a laquel je ne pouvais m'habitué, bien qu'elle me hanta25 nuit ê jour. En grandissant, j'avais gardé cet idée fix. Parfois, après des journées de réflection je croyais avoir vaincus26 ma peur. Et bien27 !
On mourait,
c'étê finit ; tout le monde mourait un jour ; rien ne devait être plus comode ni meilleure. J'arrivê presqu'a28 être gay29, je regardê la mort en face. Puis, un frison brusque me glassê, me rendait a mon vertige, comme si une main géante m'eut balancé30 au-dessus d'un goufre noire. S'étê la pensé de la terre qui revennê ê emportê mes résonements31.

Était-ce bien la mort ? Je m'étais imaginé une nuit plus noire, un silence plus lourd. Tout petit, j'avais déjà peur de mourir. Comme j'étais débile et que les gens me caressaient avec compassion, je pensais constamment que je ne vivrais pas, qu'on m'enterrerait de bonne heure. Et cette pensée de la terre me causait une épouvante, à laquelle je ne pouvais m'habituer, bien qu'elle me hantât nuit et jour. En grandissant, j'avais gardé cette idée fixe. Parfois, après des journées de réflexion, je croyais avoir vaincu ma peur. Eh bien !
On mourait, c'était fini ; tout le monde mourait un jour ; rien ne devait être plus commode ni meilleur. J'arrivais presque à être gai, je regardais la mort en face. Puis, un frisson brusque me glaçait, me rendait à mon vertige, comme si une main géante m'eût balancé au-dessus d'un gouffre noir. C'était la pensée de la terre qui revenait et emportait mes raisonnements.

22-MOURIR (comme COURIR et ses dérivés accourir, recourir) prend 2R seulement au futur, je courrai, il courra... et au conditionnel présent, je courrais, il courrait.

23-voir les adverbes au n°8

adjectif constant

adverbe constamment 

24-je pensais constamment que je ne vivrais pas, qu'on m'enterrerait de bonne heure.

Mettons la phrase au présent :

Je pense constamment que je ne vivrai pas, qu'on m'enterrera ...

Concordance des temps :

Le présent dans la proposition principale entraîne le futur (vivrai) dans la subordonnée.

Le passé dans la proposition principale entraîne le conditionnel (vivrais) dans la subordonnée.

Ce conditionnel est un futur du passé.

25-je ne pouvais m'habituer bien qu'elle me hantât

On a ici le subjonctif hantât et pas un passé simple (hanta). Après la locution conjonctive bien que, on a toujours le subjonctif > Bien que

26-je croyais avoir vaincu ma peur

avoir vaincu, infinitif passé

vaincre, verbe du 3e groupe

présent de l'indicatif : je vaincs, il vainc

passé simple : je vainquis

passé composé : j'ai vaincu

27- Eh bien – Eh oui

28-j'arrivais presque à être gai.

Il y a une disjonction après presque (le E final n'est pas élidé) sauf dans presqu'île

29- gai, joyeux.

gay, homosexuel.

Changeons le sujet :

Tu penses constamment que tu ne vivras pas.

Tu pensais constamment que tu ne vivrais pas.

Le radical de enterrer est terre. 2R

30-comme si une main géante m'eût balancé : subjonctif plus-que-parfait

La conjonction de subordination SI et la locution conjonctive COMME SI sont suivies de l'indicatif ou du subjonctif (langue soignée)

comme si une main géante m'avait balancé : indicatif plus-que-parfait.

> Si > Comme si

31-mes raisonnements

Ne pas confondre résonner, retentir

et raisonner, exercer sa raison.

Que de foi, la nuit, je me suis réveillé en surso32, ne sachant quel soufle avait passer sur mon sommeil, joingnant33 les mains avec désespoir, balbussiant :

Mon Dieu ! mon Dieu ! il faut mourrir ! ” Une anxiétée me cérê la poitrine, la néssecitée de la mort me paréssê plus abominable, dans l'étourdisement du réveille. Je ne me rendormê qu'avec peine, le someil m'inquiètê, tellement il resemblê a la mort. Si j'allais dormir toujour ! Si je fermê les yeux pour ne rouvrirent jamais !
J'ignore si
d'autre on souferts se34 tourment. Il a désoler ma vie. La mort s'ê dressé entre moi ê tout se que j'ê aimé. Je me souvient des plus heureux instants que j'ê passé35 avec Marguerite.

Que de fois, la nuit, je me suis réveillé en sursaut, ne sachant quel souffle avait passé sur mon sommeil, joignant les mains avec désespoir, balbutiant :

Mon Dieu ! mon Dieu ! il faut mourir ! ” Une anxiété me serrait la poitrine, la nécessité de la mort me paraissait plus abominable, dans l'étourdissement du réveil. Je ne me rendormais qu'avec peine, le sommeil m'inquiétait, tellement il ressemblait à la mort. Si j'allais dormir toujours ! Si je fermais les yeux pour ne les rouvrir jamais !
J'ignore si d'autres ont souffert ce tourment. Il a désolé ma vie. La mort s'est dressée entre moi et tout ce que j'ai aimé. Je me souviens des plus heureux instants que j'ai passés avec Marguerite.

32-un saut, un sursaut, sursauter

33-joindre, verbe du 3e groupe

Indicatif présent : je joins, il joint, nous joignons

passé composé : j'ai joint

passé simple : je joignis

participe présent joignant

34-j'ignore si d'autres ont souffert ce tourment

ont souffert, passé composé de souffrir

Le complément d'objet direct:CE TOURMENT est placé après le verbe souffrir, dont pas d'accord du participe passé.

Ce tourment, ce, adjectif démonstratif : ce tourment-là

> Qu'est-ce qu'un complément d'objet direct ? un complément d'objet second ? un complément d'objet indirect ?
 

35- des plus heureux instants que j'ai passés avec Marguerite.

Le participe passé PASSÉS s'accorde avec le complément d'objet direct QUE (pronom relatif qui remplace instants) placé avant lui.

> Règles de l'accord des participes passés

 

Dans les premier mois de notre marriage, lorsqu'elle dormê la nuit a mon coté, lorsque je songê a elle en fesant des rèves d'a venir, s'en sesse l'atente d'une séparation fatal gatê mes joies, détruisê mes espoir. Il faudrê nous quittés, peut-être demain, peut-être dans une heure. Un immense découragement me prenê, je me demandê a quoi bon le bonneur d'être ensembles36, puisqu'il devê aboutire a un déchirement si cruel. Alors, mon imagination ce plaisê37 dans le deuil. Qui partirê38 le premier, elle ou moi ? ê lune ou l'autre alternative m'atendrissê aux larmes, en déroullant le tableaux de nos vies brisés. Au meilleur époque de mon existance, j'ê eut ainsi des mélancolies soudaines que personne ne comprenê. Lorsqu'il m'arrivê une bonne chance, on s'étonnê de me voir sombre. S'étê que tout d'un cou, l'idée de mon néant avait traversé ma joie. Le terrible : “A quoi bon ?” sonê comme un gla a mes oreilles.

Dans les premiers mois de notre mariage, lorsqu'elle dormait la nuit à mon côté, lorsque je songeais à elle en faisant des rêves d'avenir, sans cesse l'attente d'une séparation fatale gâtait mes joies, détruisait mes espoirs. Il faudrait nous quitter, peut-être demain, peut-être dans une heure. Un immense découragement me prenait, je me demandais à quoi bon le bonheur d'être ensemble, puisqu'il devait aboutir à un déchirement si cruel. Alors, mon imagination se plaisait dans le deuil. Qui partirait le premier, elle ou moi ? Et l'une ou l'autre alternative m'attendrissait aux larmes, en déroulant le tableau de nos vies brisées. Aux meilleures époques de mon existence, j'ai eu ainsi des mélancolies soudaines que personne ne comprenait. Lorsqu'il m'arrivait une bonne chance, on s'étonnait de me voir sombre. C'était que tout d'un coup, l'idée de mon néant avait traversé ma joie. Le terrible :
“À quoi bon ?” sonnait comme un glas à mes oreilles.

36-ensemble est un adverbe invariable : nous sommes ensemble.

Le substantif varie : un ensemble (costume, maths, musique, etc.) des ensembles.

37-mon imagination se plaisait dans le deuil

verbe pronominal se plaire

elle se plaît : notez l'accent.

38-Qui partirait le premier ?

Voir la note 24 : concordance des temps.

Si le récit était au présent, on aurait : Qui partira le premier ?

Le récit est au passé : partirait, futur du passé.

 

 

Voir le texte intégral complet dans in Libro Veritas

>> Emile Zola - La Mort d'Olivier Bécaille - texte intégral - In Libro Veritas

La Mort d'Olivier Bécaille d'Emile Zola

1884

 

Extrait

C'est un samedi, à six heures du matin que je suis mort après trois jours de maladie. Ma pauvre femme fouillait depuis un instant dans la malle, où elle cherchait du linge.
Lorsqu'elle s'est relevée et qu'elle m'a vu rigide, les yeux ouverts, sans un souffle, elle est accourue, croyant à un évanouissement, me touchant les mains, se penchant sur mon visage. Puis, la terreur l'a prise ; et, affolée elle a bégayé, en éclatant en larmes :
- Mon Dieu ! mon Dieu ! il est mort !
J'entendais tout, mais les sons affaiblis semblaient venir de très loin. Seul, mon oeil gauche percevait encore une lueur confuse, une lumière blanchâtre où les objets se fondaient ; l'oeil droit se trouvait complètement paralysé.
C'était une syncope de mon être entier comme un coup de foudre qui m'avait anéanti. Ma volonté était morte, plus une fibre de ma chair ne m'obéissait. Et, dans ce néant, au-dessus de mes membres inertes, la pensée seule demeurait, lente et paresseuse, mais d'une netteté parfaite.
Ma pauvre Marguerite pleurait, tombée à genoux devant le lit, répétant d'une voix déchirée :
- Il est mort, mon Dieu ! il est mort !
Était-ce donc la mort, ce singulier état de torpeur, cette chair frappée d'immobilité, tandis que l'intelligence fonctionnait toujours ? Était-ce mon âme qui s'attardait ainsi dans mon crâne, avant de prendre son vol ? Depuis mon enfance, j'étais sujet à des crises nerveuses. Deux fois, tout jeune, des fièvres aiguës avaient failli m'emporter. Puis, autour de moi, on s'était habitué à me voir maladif ; et moi-même j'avais défendu à Marguerite d'aller chercher un médecin, lorsque je m'étais couché le matin de notre arrivée à Paris, dans cet hôtel meublé de la rue Dauphine. Un peu de repos suffirait, c'était la fatigue du voyage qui me courbaturait ainsi. Pourtant, je me sentais plein d'une angoisse affreuse. Nous avions quitté brusquement notre province, très pauvres, ayant à peine de quoi attendre les appointements de mon premier mois, dans l'administration où je m'étais assuré une place. Et voilà qu'une crise subite m'emportait !
Était-ce bien la mort ? Je m'étais imaginé une nuit plus noire, un silence plus lourd. Tout petit, j'avais déjà peur de mourir. Comme j'étais débile et que les gens me caressaient avec compassion, je pensais constamment que je ne vivrais pas, qu'on m'enterrerait de bonne heure. Et cette pensée de la terre me causait une épouvante, à laquelle je ne pouvais m'habituer, bien qu'elle me hantât nuit et jour. En grandissant, j'avais gardé cette idée fixe. Parfois, après des journées de réflexion, je croyais avoir vaincu ma peur. Eh bien !
On mourait, c'était fini ; tout le monde mourait un jour ; rien ne devait être plus commode ni meilleur. J'arrivais presque à être gai, je regardais la mort en face. Puis, un frisson brusque me glaçait, me rendait à mon vertige, comme si une main géante m'eût balancé au-dessus d'un gouffre noir. C'était la pensée de la terre qui revenait et emportait mes raisonnements.

Que de fois, la nuit, je me suis réveillé en sursaut, ne sachant quel souffle avait passé sur mon sommeil, joignant les mains avec désespoir, balbutiant :

Mon Dieu ! mon Dieu ! il faut mourir ! ” Une anxiété me serrait la poitrine, la nécessité de la mort me paraissait plus abominable, dans l'étourdissement du réveil. Je ne me rendormais qu'avec peine, le sommeil m'inquiétait, tellement il ressemblait à la mort. Si j'allais dormir toujours ! Si je fermais les yeux pour ne les rouvrir jamais !
J'ignore si d'autres ont souffert ce tourment. Il a désolé ma vie. La mort s'est dressée entre moi et tout ce que j'ai aimé. Je me souviens des plus heureux instants que j'ai passés avec Marguerite.

Dans les premiers mois de notre mariage, lorsqu'elle dormait la nuit à mon côté, lorsque je songeais à elle en faisant des rêves d'avenir, sans cesse l'attente d'une séparation fatale gâtait mes joies, détruisait mes espoirs. Il faudrait nous quitter, peut-être demain, peut-être dans une heure. Un immense découragement me prenait, je me demandais à quoi bon le bonheur d'être ensemble, puisqu'il devait aboutir à un déchirement si cruel. Alors, mon imagination se plaisait dans le deuil. Qui partirait le premier, elle ou moi ? Et l'une ou l'autre alternative m'attendrissait aux larmes, en déroulant le tableau de nos vies brisées. Aux meilleures époques de mon existence, j'ai eu ainsi des mélancolies soudaines que personne ne comprenait. Lorsqu'il m'arrivait une bonne chance, on s'étonnait de me voir sombre. C'était que tout d'un coup, l'idée de mon néant avait traversé ma joie. Le terrible : “À quoi bon ?” sonnait comme un glas à mes oreilles.

 

Les homophones ou où hou ouh houx août houe / Ton père ou ta mère viendra ou viendront ?

Les homophones/paronymes et es est ai aie aies ait aient eh hé hais hait haie ais ès + Note sur les conjonctions de coordination

>> Récapitulation des articles : "Ne pas confondre... "

*Valeurs et emplois du subjonctif

La clef des modes - Indicatif, subjonctif ou conditionnel, lequel choisir ?

Les verbes difficiles conjugués à l'indicatif présent, au passé simple, au subjonctif présent et au subjonctif imparfait

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Orthographe et grammaire pour les hésitants

LE FRANÇAIS DANS TOUS SES ÉTATS

  ACCUEIL & SOMMAIRE

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 Les Textes de mes  DÉLIRES  peuvent vous servir de textes de dictées.

Voir aussi  La dictée de Mérimée avec ses difficultés expliquées par le menu

 

 Si vous avez fait beaucoup de fautes, refaites la dictée dans quelques temps.

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27 mai 2013 1 27 /05 /mai /2013 11:10

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   DICTÉES

 

Que de fautes de français dans les textes écrits !

Et que de gens désireux d'améliorer leur orthographe !

Mon blog propose déjà de nombreux exercices.

Je vous donne ici un texte "comme si vous faisiez une dictée". Certains mots écrits "phonétiquement" demanderont à être "décryptés phoniquement " et écrits correctement.

Je n'emploie pas les signes phonétiques internationaux qui pourraient ajouter des difficultés au décryptage.

Le texte d'auteur est ensuite donné sans fautes et je tâche d'expliquer ce qui aurait pu vous paraître difficile.

 

Exemples de mots ou de terminaisons écrits "phonétiquement" :

ê pour ai, ais, ait, aie, aies, ait, aient, et, est, es

sa pour sa, ça ou çà.

ou pour ou où hou ouh 

du pour dû, du(s), du(es), dut, dût

quel pour quels/quelle/quelles ou qu'elle/elles

quelque pour quelque ou quels/quelle/quelles + que

quoique pour quoique et quoi que

ver pour ver, vers, vert, verre, vair, ou au pluriel

si pour si, s'y ou ci

a pour a, à, ah, ha

o pour ô, oh, ho, au, aux, eau, eaux, haut

leur pour leur, leurs, leurre ou l'heure (ou même l'heur)

c'étê pour c'était ou c'étaient

é pour és, ée, ées, er

etc.

Rétablissez les accents s'il le faut.

Il faudra accorder les verbes, les participes passés, les adjectifs, etc.

>> Récapitulation des articles : "Ne pas confondre... "

CONSEIL :

Écrivez en toutes lettres les mots à corriger.

Mieux encore : Imprimez le texte et écrivez les mots dans l'interligne.

Bon courage et faites-en profiter vos amis !
 

 

Exemple :

Toute les foi qu'il me rencontrê, il me demandê si j'avê mangé.

Correction :

Toutes les fois qu'il me rencontrait, il me demandait si j'avais mangé.

 

L'AVEUGLE - Guy de Maupassant

    Quêce donc que cette joie du premié soleil ? Pourquoi cette lumière tombé sur la terre nous emplit-elle ainsi du bonneur de vivre ? Le ciel est tout bleu, la campagne toute verte, les maisons toute blanche ; et nos yeux ravi boive sé couleur vive dont ils font de l'alégresse pour nos ames. Et il nous viens des envies de dansé, des envies de courir, des envies de chanté, une légèretée heureuse de la pensée, une sorte de tendresse élargi, on voudrê embrassé le soleil.
    Les aveugles sous les portes, impassibles en leur éternelle obscuritée, reste calmes comme toujour au milieu de cette gaité nouvelle, et, sans comprendre, ils appaisent à toutes minutes leur chien qui voudrê gambadé.
    Quand ils rentrent, le jour finit, au bras d'un jeune frère ou d'une petite soeur, si l'enfant dit : "Il a fait bien beau tantot !", l'autre réponds : "Je m'en suis bien aperçue, qu'il fesê beau, Loulou ne tenê pas en place."
    J'ai connu un de sé hommes dont la vie fût un des plus cruel martyr qu'on puisse rêvé.
    C'était un paysan, le fils d'un fermier normand. Tant que le père et la mère vécurent, on eu à peu prê soin de lui ; il ne souffris guère que de son horible infirmité ; mais dès que les vieux furent partis, l'existence atrosse commençat. Recueillit par une soeur, tout le monde dans la ferme le traitê comme un geux qui mange le pain des autres. A chaques repas, on lui reprochê la nouriture ; on l'appelê fénéant, manant ; et bien que son beau-frère se fut emparé de sa part d'héritage, on lui donnê à regret la soupe, juste assez pour qu'il ne mourut point.
    Il avait une figure toute pale, et deux grands yeux blanc comme des pains à cacheté ; et il demeurê impassible sous l'injure, tellement enfermé en lui même qu'on ignorê si il la sentê. Jamais d'ailleurs il n'avait connue aucune tendresse, sa mère l'ayant toujour un peu rudoyé, ne l'aimant guère ; car o champs les inutiles sont des nuisibles, et les paysans ferê volontier comme les poules qui tue les infirmes d'entre elle.
    Si tot la soupe avalé, il allê s'assoir devant la porte en été, contre la cheminé en hiver, et il ne remuê plus jusqu'au soir. Il ne fesê pas un geste, pas un mouvement ; seule ses paupières, qu'agitê une sorte de soufrance nerveuse, retombê parfois sur la tache blanche de sé yeux. Avait il un esprit, une pensée, une conscience nette de sa vie ? Personne ne se le demandê.
    Pendant quelques années les choses allère ainsi. Mais son impuissance à rien faire autant que son impassibilitée finir par exaspéré sé parents, et il devint un soufre douleur, une sorte de boufon-martyre, de proie donné a la férocité native, à la gaité sauvage des bruts qui l'entourê.
    On imaginat toutes les farses cruelles que sa céssité pu inspiré. Et, pour ce payé de se qu'il mangê, on fit de sé repas des heures de plaisir pour les voisins et de supplice pour l'impotant.
    Les paysans des maisons prochaines ç'en venê à ce divertissement ; on se le disê de portes en portes, et la cuisine de la ferme ce trouvê pleine chaque jours. Tantot on posê sur la table, devant son assiette ou il commensê à puisé le bouillon, quelque chat ou quelque chien. La bête avec son instinct flairê l'infirmitée de l'homme et, tout doucement, s'approchê, mangê sans bruits, lappant avec délicatesse ; et quand un clapoti de langue un peu bruyant avait éveillé l'attention du pauvre diable, elle s'écartê prudement pour évité le coup de cuiller qu'il envoyê au hazard devant lui.
    Alors c'étê des rires, des poussées, des trépignements des spectateurs tassé le long des mur. Et lui, sans jamais dire un mot, se remettê à manger de la main droite, tandis que, de la gauche avancé, il protégê et défendê son assiette.
    Tantot on lui fesê maché des bouchons, du bois, des feuilles ou même des ordures, qu'il ne pouvê distingué.
    Puis on se lassat même des plésanteries ; et le beau-frère enrajant de le toujour nourrir, le frappat, le giflat s'en sesse, riant des efforts inutiles de l'autre pour paré les cous ou les rendre. Se fut alors un jeu nouveaux : le jeu des clacs. Et les valets de charrue, le gougeat, les servantes, lui lansê à tous moments leur main par la figure, se qui imprimait à sé paupières un mouvement précipité. Il ne savait ou se cacher et demeurait s'en sesse les bras étendu pour évité les aproches.
    Enfin, on le contraignis a mendié. On le portê sur les routes les jours de marché, et dès qu'il entendêt un bruit de pas ou le roulement d'une voiture, il tendê son chapeaux en balbussiant : "La charitée, s'il vous plê."
    Mais le paysan n'est pas prodigue, et, pendant des semaines entières, il ne raportais pas un sous.
    Se fut alors contre lui une haine déchainé, impitoyable. Et voici comment il mouru.
    Un hiver, la terre était couverte de neige, et il gelait horiblement. Hors son beau-frère, un matin, le conduisit fort loin sur une grande route pour lui faire demander l'omone. Il li laissat tout le jour, et quand la nuit fut venut, il affirmat devant sé gens qu'il ne l'avait plus retrouvé. Puis il ajoutat : "Bast ! faut pas sans occupé, quelqu'un l'aurat emené parcequ'il avait froid. Pardié ! i n'est pas perdu. I reviendra ben d'main manger la soupe."
    Le lendemain, il ne reveint pas.
    Après de longue heure d'attente, saisit par le froid, se sentant mourrir, l'aveugle s'était mit a marché. Ne pouvant reconnaitre la route enseveli sous cette écume de glace, il avait héré au hazard, tombant dans les fossés, se relevant, toujour muet, cherchant une maison.
    Mais l'engourdissement des neiges l'avait peu a peu envahit, et sé jambes faibles ne le pouvant plus porté, il s'était assi au milieux d'une pleine. Il ne se relevat point.
    Les blancs flocons qui tombê toujour l'ensevelir. Son corps raidit disparu sous l'insessante acumulation de leur foule infini ; et rien n'indiquait plus la place ou le cadavre était couché.
    Sé parents firent mines de s'en quérir et de le chercher pendant huit jours. Ils pleurèrent même.
    L'hiver était rude et le dégel n'arrivait pas vite. Hors, un dimanche, en allant à la messe, les fermiers remarquèrent un grand vol de corbeau qui tournoyê sans fin au-dessus de la plaine, puis s'abatêt comme une pluie noire en tas à la même place, repartê et revenê toujour.
    La semaine suivante, ils étê encor là, les oiseau sombre. Le ciel en portê un nuage comme s'il se fusse réuni de tout les coin de l'horizon ; et il se laissê tomber avec de grand cris dans la neige éclatante, qu'il tachê étrangement et fouillê avec obstination.
    Un gars alla voir ce qu'ils fesê, et découvri le corps de l'aveugle, à moitié dévoré déja, déchiqueté. Ses yeux pales avaient disparus, piqué par les longs becs vorasses.
    Et je ne puis jamais ressentir la vive gaité des jours de soleil, sans un souvenir triste et une pensé mélancolique vers le geux, si désérité dans la vie que son horible mort fut un soulagement pour tout ceux qui l'avê connus.

 

Texte avec les fautes soulignées suivies des explications - Se rapporter aux numéros à la suite de chaque paragraphe

Texte intégral

L'AVEUGLE

    Quêce1 donc que cette joie du premié soleil ? Pourquoi cette lumière tombé2 sur la terre nous emplit-elle ainsi du bonneur de vivre ? Le ciel est tout bleu, la campagne toute verte, les maisons toute3 blanche ; et nos yeux ravi boive 4 couleurs vives dont ils font de l'alégresse pour nos ames. Et il nous viens5 des envies de dansé6, des envies de courir, des envies de chanté5, une légèretée heureuse de la pensée, une sorte de tendresse élargi, on voudrê embrassé6 le soleil.

 

Notes :

1-Qu'est-ce - Qu'est-ce que c'est

 

2-Cette lumière tombée sur la terre : le participe passé tombée s'accorde avec lumière.

 

3-Le ciel est tout bleu, la campagne toute verte, les maisons toutes blanches

Tout est ici un adverbe. Généralement un adverbe ne varie pas : il ne porte pas la marque du féminin ni du pluriel. Mais dans ce cas toute verte, toutes blanches il varie par euphonie, pour que ce soit plus agréable à entendre > Ne pas confondre : TOUT adjectif indéfini, pronom indéfini, adverbe variable dans certains cas et substantif

 

4-ces couleurs vives : celles-ci, celles dont on parle

ces : adjectif démonstratif

pas ses, pas les siennes.

 

5-il nous vient des envies de danser, de chanter.

Il impersonnel sujet de vient.

(Il me vient une idée)

danser, chanter sont des infinitifs.

Si vous hésitez entre les participes dansé, chanté, et les infinitifs en ER vous pouvez remplacer par l'infinitif faire ou le participe fait.

Il nous vient des envies de faire... (et non de fait)

 

6-on voudrait embrasser le soleil

de la même façon que le 5, on peut dire : on voudrait faire... (et non fait)

 

L'AVEUGLE

    Qu'est-ce donc que cette joie du premier soleil ? Pourquoi cette lumière tombée sur la terre nous emplit-elle ainsi du bonheur de vivre ? Le ciel est tout bleu, la campagne toute verte, les maisons toutes blanches ; et nos yeux ravis boivent ces couleurs vives dont ils font de l'allégresse pour nos âmes. Et il nous vient des envies de danser, des envies de courir, des envies de chanter, une légèreté heureuse de la pensée, une sorte de tendresse élargie, on voudrait embrasser le soleil.


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 

 

    Les aveugles sous les portes, impassibles en leur éternelle obscuritée7, restent calmes comme toujour au milieu de cette gaité8 nouvelle, et, sans comprendre, ils appaisent9 à toutes minutes leur chien qui voudrê gambadé.

 

7-obscurité

Les noms féminins se terminant par -té ou -tié s'écrivent sans -é .

Ce sont des noms abstraits ou des qualités.
Exemples : l'amitié, la liberté, la volonté.

Ils sont formés à partir des adjectifs qui leur correspondent.

obscur, obscurité – cher, cherté – beau, beauté.


Exceptions : 
1. la dictée, la jetée, la montée, la pâtée, la portée. 
2. les noms féminins qui indiquent une quantité ou un contenu.

Exemples : une portée, une brouettée, une charretée...

 

 

8-gaieté (ou gaîté, emploi vieilli – avant 1835)

Voir ci-dessus la règle des mots finissant par -té

 

9-ils apaisent, verbe apaiser

Les mots qui commencent par AP- ou APP- prennent le plus souvent 2P

apprivoiser, appartenir, s'approprier, etc.

Voici quelques exceptions :

apaiser, apercevoir, apeurer, (s')apitoyer, aplanir, (s')aplatir, apostropher, (s')apetisser, aposter.

 

    Les aveugles sous les portes, impassibles en leur éternelle obscurité, restent calmes comme toujours au milieu de cette gaieté nouvelle, et, sans comprendre, ils apaisent à toute minute leur chien qui voudrait gambader.

    Quand ils rentrent, le jour finit10, au bras d'un jeune frère ou d'une petite soeur, si l'enfant dit : "Il a fait bien beau tantot11!", l'autre réponds : "Je m'en suis bien aperçue12, qu'il fesê13 beau, Loulou ne tenê pas en place."

    J'ai connu un de hommes dont la vie fût14 un des plus cruel martyr15 qu'on puisse rêvé.

 

10-le jour fini – fini n'est pas ici le verbe finir conjugué à l'indicatif présent. C'est le participe passé fini. Le jour est le sujet propre du participe dans la proposition subordonnée participiale : le jour fini.

La nuit tombée, j'allais voir la lune.

La nuit tombée, proposition participiale, le participe passé tombée a un sujet propre, la nuit.

La nuit tombant, j'allais voir la lune. Même chose : le participe présent à un sujet propre, la nuit.

 

11- un accent circonflexe à tôt, tantôt, bientôt, sitôt, aussitôt.

 

12-je m'en suis bien aperçu

Le participe passé s'accorde avec je. C'est un masculin.

 

13-Il faisait beau. On prononce fe.

Ne pas confondre avec le futur : je ferai et le conditionnel présent : je ferais.

 

14-j'ai connu un de ces hommes dont la vie fut (passé simple) un des plus cruels martyres.

On peut remplacer par : dont la vie a été un des plus cruels martyres.

fût serait un subjonctif imparfait qui ne se justifie pas ici.

 

15-un martyre : la souffrance infligée : J'ai souffert un vrai martyre.

Un martyr(e), la personne à laquelle on fait subir un martyre :

De nombreux Chrétiens furent des martyrs dans l'Antiquité.

Cette petite fille est une enfant martyre.

    Quand ils rentrent, le jour fini, au bras d'un jeune frère ou d'une petite soeur, si l'enfant dit : "Il a fait bien beau tantôt !", l'autre répond : "Je m'en suis bien aperçu, qu'il faisait beau, Loulou ne tenait pas en place."
    J'ai connu un de ces hommes dont la vie fut un des plus cruels martyres qu'on puisse rêver.

    C'était un paysan, le fils d'un fermier normand. Tant que le père et la mère vécurent, on eu16 à peu prê soin de lui ; il ne souffris guère que de son horible infirmitée17 ; mais dès que les vieux furent partis, l'existence atrosse commençat

 

16-Le passé simple est le temps du récit.

Ils vécurent, on eut, il ne souffrit, l'existence atroce commença.

17-infirmité : voir la note 7, les noms féminins se terminant par -té

    C'était un paysan, le fils d'un fermier normand. Tant que le père et la mère vécurent, on eut à peu près soin de lui ; il ne souffrit guère que de son horrible infirmité ; mais dès que les vieux furent partis, l'existence atroce commença.

Recueillit par une soeur, tout le monde dans la ferme le traitê18 comme un geux qui mange le pain des autres. A chaques repas, on lui reprochê la nouriture ; on l'appelê fénéant, manant ; et bien que son beau-frère se fut emparé19 de sa part d'héritage, on lui donnê à regret la soupe, juste assez pour qu'il ne mourut19 point.

 

18-L'imparfait traitait, reprochait, etc. est un imparfait de répétition.

 

19-bien que son beau-frère se fût emparé (subjonctif plus-que-parfait)

-pour qu'il ne mourût point (subjonctif imparfait.)

On met un accent circonflexe à la 3e personne du singulier des verbes au subjonctir imparfait et plus-que-parfait.

On emploie le subjonctif après certaines locutions conjonctives comme : bien que, pour que, etc.

> Bien que  > Pour que, pour... que

 

 

Recueilli par une soeur, tout le monde dans la ferme le traitait comme un gueux qui mange le pain des autres. À chaque repas, on lui reprochait la nourriture ; on l'appelait fainéant, manant ; et bien que son beau-frère se fût emparé de sa part d'héritage, on lui donnait à regret la soupe, juste assez pour qu'il ne mourût point.

    Il avait une figure toute pale, et deux grands yeux blanc comme des pains à cacheté ; et il demeurê impassible sous l'injure, tellement enfermé en lui même qu'on ignorê si ill20 la sentê. Jamais d'ailleurs il n'avait connue aucune tendresse, sa mère l'ayant toujour un peu rudoyé, ne l'aimant guère ; car o21 champs les inutiles sont des nuisibles, et les paysans ferê volontier comme les poules qui tue les infirmes d'entre elle.

 

20-S'il : contraction de si il.

 

21- aux champs,

aux : contraction de à les, les article défini, à préposition.

Au, contraction de à le

    Il avait une figure toute pâle, et deux grands yeux blancs comme des pains à cacheter ; et il demeurait impassible sous l'injure, tellement enfermé en lui-même qu'on ignorait s'il la sentait. Jamais d'ailleurs il n'avait connu aucune tendresse, sa mère l'ayant toujours un peu rudoyé, ne l'aimant guère ; car aux champs les inutiles sont des nuisibles, et les paysans feraient volontiers comme les poules qui tuent les infirmes d'entre elles.

    Si tot22 la soupe avalé, il allê s'assoir devant la porte en été, contre la cheminé en hiver, et il ne remuê plus jusqu'au soir. Il ne fesê pas un geste, pas un mouvement ; seule ses paupières, qu'agitê une sorte de soufrance nerveuse, retombê parfois sur la tache blanche de yeux. Avait il un esprit, une pensée, une conscience nette de sa vie ? Personne ne se le demandê.

22 sitôt sa soupe avalée

sitôt préposition de temps

sitôt que sa soupe était avalée, proposition de temps introduite par la locution conjonctive de temps sitôt que.

> Sitôt que

Synonyme, aussitôt (que)

Sitôt appartient à la langue soignée.

    Sitôt la soupe avalée, il allait s'asseoir devant la porte en été, contre la cheminée en hiver, et il ne remuait plus jusqu'au soir. Il ne faisait pas un geste, pas un mouvement ; seules ses paupières, qu'agitait une sorte de souffrance nerveuse, retombaient parfois sur la tache blanche de ses yeux. Avait-il un esprit, une pensée, une conscience nette de sa vie ? Personne ne se le demandait.

    Pendant quelques années les choses allère ainsi. Mais son impuissance à rien faire autant que son impassibilitée finir par exaspéré parents, et il devint un soufre douleur, une sorte de boufon-martyre, de proie donné a la férocité native, à la gaité sauvage des bruts qui l'entourê.
    On imaginat toutes les farses cruelles que sa céssité pu inspiré. Et, pour ce payé de se23 qu'il mangê, on fit de repas des heures de plaisir pour les voisins et de supplice pour l'impotant.

 

23-CE QUE ou CE QUI ne s'écrivent jamais SE

    Pendant quelques années les choses allèrent ainsi. Mais son impuissance à rien faire autant que son impassibilité finirent par exaspérer ses parents, et il devint un souffre-douleur, une sorte de bouffon-martyr, de proie donnée à la férocité native, à la gaieté sauvage des brutes qui l'entouraient.
    On imagina toutes les farces cruelles que sa cécité put inspirer. Et, pour se payer de ce qu'il mangeait, on fit de ses repas des heures de plaisir pour les voisins et de supplice pour l'impotent.

    Les paysans des maisons prochaines ç'en venê24 à ce divertissement ; on se le disê de portes en portes, et la cuisine de la ferme ce trouvê25 pleine chaque jours26. Tantot on posê sur la table, devant son assiette ou27 il commensê à puisé le bouillon, quelque chat ou quelque chien28. La bête avec son instinct flairê l'infirmitée de l'homme et, tout doucement, s'approchê, mangê sans bruits29, lappant avec délicatesse ; et quand un clapoti de langue un peu bruyant avait éveillé l'attention du pauvre diable, elle s'écartê prudement30 pour évité le coup de cuiller qu'il envoyê au hazard devant lui.

 

24-s'en venir, s'en aller, s'en retourner

 

25-la cuisine de la ferme se trouvait pleine, verbe pronominal se trouver

 

26-chaque jour : chaque est toujours suivi d'un singulier.

 

27- son assiette où il commençait à puiser le bouillon

où est un pronom relatif qui remplace son assiette dans la proposition relative où il commençait à puiser le bouillon.

Où est complément de lieu de puiser.

 

28-quelque chat ou quelque chien, au singulier > un certain chat, un quelconque chat.

 

29 sans bruit : après la préposition sans, on met logiquement le singulier ou le pluriel selon le cas.

Ici : sans faire un seul bruit.

 

30-prudemment vient de l'adjectif prudent auquel on a ajouté le suffixe MENT. Le N de prudent est devenu M

> élégant, élégamment – galant, galamment – impertinent, impertinemment.

 

    Les paysans des maisons prochaines s'en venaient à ce divertissement ; on se le disait de porte en porte, et la cuisine de la ferme se trouvait pleine chaque jour. Tantôt on posait sur la table, devant son assiette où il commençait à puiser le bouillon, quelque chat ou quelque chien. La bête avec son instinct flairait l'infirmité de l'homme et, tout doucement, s'approchait, mangeait sans bruit, lapant avec délicatesse ; et quand un clapotis de langue un peu bruyant avait éveillé l'attention du pauvre diable, elle s'écartait prudemment pour éviter le coup de cuiller qu'il envoyait au hasard devant lui.

    Alors c'étê des rires, des poussées, des trépignements des spectateurs tassé le long des mur. Et lui, sans jamais dire un mot, se remettê à manger de la main droite, tandis que, de la gauche avancé, il protégê et défendê son assiette.
    Tantot on lui fesê maché des bouchons, du bois, des feuilles ou même des ordures, qu'il ne pouvê distingué.

 

> Tandis que

    Alors c'étaient des rires, des poussées, des trépignements des spectateurs tassés le long des murs. Et lui, sans jamais dire un mot, se remettait à manger de la main droite, tandis que, de la gauche avancée, il protégeait et défendait son assiette.
    Tantôt on lui faisait mâcher des bouchons, du bois, des feuilles ou même des ordures, qu'il ne pouvait distinguer.

    Puis on se lassat même des plésanteries ; et le beau-frère enrajant de le toujour nourrir, le frappat, le giflat s'en sesse, riant des efforts inutiles de l'autre pour paré les cous ou les rendre. Se fut alors un jeu nouveaux : le jeu des clacs. Et les valets de charrue, le gougeat, les servantes, lui lansê a tous moments leur main par la figure, se qui imprimait à paupières un mouvement précipité. Il ne savait ou se cacher et demeurait s'en sesse les bras étendu pour évité les aproches.

    Puis on se lassa même des plaisanteries ; et le beau-frère enrageant de le toujours nourrir, le frappa, le gifla sans cesse, riant des efforts inutiles de l'autre pour parer les coups ou les rendre. Ce fut alors un jeu nouveau : le jeu des claques. Et les valets de charrue, le goujat, les servantes, lui lançaient à tout moment leur main par la figure, ce qui imprimait à ses paupières un mouvement précipité. Il ne savait où se cacher et demeurait sans cesse les bras étendus pour éviter les approches.

    Enfin, on le contraignis a mendié. On le portê sur les routes les jours de marché, et dès qu'il entendêt un bruit de pas ou le roulement d'une voiture, il tendê son chapeaux en balbussiant : "La charitée, s'il vous plê."
    Mais le paysan n'est pas prodigue, et, pendant des semaines entières, il ne raportais pas un sous.
    Se fut alors contre lui une haine déchainé, impitoyable. Et voici comment il mouru.

    Enfin, on le contraignit à mendier. On le portait sur les routes les jours de marché, et dès qu'il entendait un bruit de pas ou le roulement d'une voiture, il tendait son chapeau en balbutiant : "La charité, s'il vous plaît."
    Mais le paysan n'est pas prodigue, et, pendant des semaines entières, il ne rapportait pas un sou.
    Ce fut alors contre lui une haine déchaînée, impitoyable. Et voici comment il mourut.

    Un hiver, la terre était couverte de neige, et il gelait horiblement. Hors son beau-frère, un matin, le conduisit fort loin sur une grande route pour lui faire demander l'omone. Il li31 laissat tout le jour, et quand la nuit fut venut, il affirmat devant gens qu'il ne l'avait plus retrouvé. Puis il ajoutat : "Baste ! faut pas sans occupé, quelqu'un l'aurat emené parcequ'il avait froid. Pardié ! i n'est pas perdu. I reviendra ben d'main manger la soupe."(tel quel dans le texte)
    Le lendemain, il ne reveint pas.
    Après de longue heure d'attente, saisit par le froid, se sentant mourrir32, l'aveugle s'était mit a marché. Ne pouvant reconnaitre la route enseveli sous cette écume de glace, il avait héré au hazard, tombant dans les fossés, se relevant, toujour muet, cherchant une maison.

 

31-Il l'y laissa

Y, adverbe de lieu. Il le laissa là, sur la route.

 

32-MOURIR comme COURIR prend 2N seulement au futur, je courrai, il courra... et au conditionnel présent, je courrais, il courrait.

Mais on a : je courais (imparfait), je courus (passé simple), couru (participe passé), courant (participe présent), etc.

   Un hiver, la terre était couverte de neige, et il gelait horriblement. Or son beau-frère, un matin, le conduisit fort loin sur une grande route pour lui faire demander l'aumône. Il l'y laissa tout le jour, et quand la nuit fut venue, il affirma devant ses gens qu'il ne l'avait plus retrouvé. Puis il ajouta : "Bast ! faut pas s'en occuper, quelqu'un l'aura emmené parce qu'il avait froid. Pardié ! i n'est pas perdu. I reviendra ben d'main manger la soupe."
    Le lendemain, il ne revint pas.
    Après de longues heures d'attente, saisi par le froid, se sentant mourir, l'aveugle s'était mis à marcher. Ne pouvant reconnaître la route ensevelie sous cette écume de glace, il avait erré au hasard, tombant dans les fossés, se relevant, toujours muet, cherchant une maison

 

    Mais l'engourdissement des neiges l'avait peu a peu envahit33, et jambes faibles ne le pouvant plus porté, il s'était assi au milieux d'une pleine. Il ne se relevat point.
    Les blancs flocons qui
tombê toujour l'ensevelir. Son corps raidit disparu sous l'insessante acumulation de leur foule infini ; et rien n'indiquait plus la place ou le cadavre était couché.
    
parents firent mines de s'en quérir34 et de le chercher pendant huit jours. Ils pleurèrent même.

 

33-l'engourdissement des neiges l'avait envahi. Envahi est le participe passé du verbe du 2e groupe envahir.

Les verbes(en -IR) du 2e groupe font issant au participe présent.

envahir, envahissant - finir, finissant

Ils se terminent par i au participe passé s'il n'y a pas d'accord particulier.

Il a envahi la terre. La terre est envahie.

34-s'enquérir, s'informer

    Mais l'engourdissement des neiges l'avait peu à peu envahi, et ses jambes faibles ne le pouvant plus porter, il s'était assis au milieu d'une plaine. Il ne se releva point.
    Les blancs flocons qui tombaient toujours l'ensevelirent. Son corps raidi disparut sous l'incessante accumulation de leur foule infinie ; et rien n'indiquait plus la place où le cadavre était couché.
    Ses parents firent mine de s'enquérir et de le chercher pendant huit jours. Ils pleurèrent même.

    L'hiver était rude et le dégel n'arrivait pas vite. Hors, un dimanche, en allant à la messe, les fermiers remarquèrent un grand vol de corbeau qui tournoyê sans fin au-dessus de la plaine, puis s'abatêt comme une pluie noire en tas à la même place, repartê et revenê toujours.
    La semaine suivante, ils
étê encor35 là, les oiseau sombre. Le ciel en portê un nuage comme s'il se fusse réuni de tout les coin de l'horizon ; et il se laissê tomber avec de grand cris dans la neige éclatante, qu'il tachê étrangement et fouillê avec obstination.

 

35-On rencontre encor sans e en poésie. C'est une licence accordée pour la rime ou le mètre (le nombre de syllabes du vers)
 

    L'hiver était rude et le dégel n'arrivait pas vite. Or, un dimanche, en allant à la messe, les fermiers remarquèrent un grand vol de corbeaux qui tournoyaient sans fin au-dessus de la plaine, puis s'abattaient comme une pluie noire en tas à la même place, repartaient et revenaient toujours.
    La semaine suivante, ils étaient encore là, les oiseaux sombres. Le ciel en portait un nuage comme s'ils se fussent réunis de tous les coins de l'horizon ; et ils se laissaient tomber avec de grands cris dans la neige éclatante, qu'ils tachaient étrangement et fouillaient avec obstination.

    Un gars alla voir ce qu'ils fesê, et découvri le corps de l'aveugle, à moitié dévoré déja, déchiqueté. Ses yeux pales avaient disparus, piqué par les longs becs vorasses.
    Et je ne puis jamais ressentir la vive
gaité des jours de soleil, sans un souvenir triste et une pensé mélancolique vers le geux, si désérité36 dans la vie que son horible mort fut un soulagement pour tout37 ceux qui l'avê connus.

 

36- déshérité, hériter, héritage, héritier.

 

37- tous ceux qui l'avaient connu.

    Un gars alla voir ce qu'ils faisaient, et découvrit le corps de l'aveugle, à moitié dévoré déjà, déchiqueté. Ses yeux pâles avaient disparu, piqués par les longs becs voraces.
    Et je ne puis jamais ressentir la vive gaieté des jours de soleil, sans un souvenir triste et une pensée mélancolique vers le gueux, si déshérité dans la vie que son horrible mort fut un soulagement pour tous ceux qui l'avaient connu.

Relisez avec délectation le texte de Guy de Maupassant dans son intégralité
 

L'AVEUGLE

    Qu'est-ce donc que cette joie du premier soleil ? Pourquoi cette lumière tombée sur la terre nous emplit-elle ainsi du bonheur de vivre ? Le ciel est tout bleu, la campagne toute verte, les maisons toutes blanches ; et nos yeux ravis boivent ces couleurs vives dont ils font de l'allégresse pour nos âmes. Et il nous vient des envies de danser, des envies de courir, des envies de chanter, une légèreté heureuse de la pensée, une sorte de tendresse élargie, on voudrait embrasser le soleil.
    Les aveugles sous les portes, impassibles en leur éternelle obscurité, restent calmes comme toujours au milieu de cette gaieté nouvelle, et, sans comprendre, ils apaisent à toute minute leur chien qui voudrait gambader.
    Quand ils rentrent, le jour fini, au bras d'un jeune frère ou d'une petite soeur, si l'enfant dit : "Il a fait bien beau tantôt !", l'autre répond : "Je m'en suis bien aperçu, qu'il faisait beau, Loulou ne tenait pas en place."
    J'ai connu un de ces hommes dont la vie fut un des plus cruels martyres qu'on puisse rêver.
    C'était un paysan, le fils d'un fermier normand. Tant que le père et la mère vécurent, on eut à peu près soin de lui ; il ne souffrit guère que de son horrible infirmité ; mais dès que les vieux furent partis, l'existence atroce commença. Recueilli par une soeur, tout le monde dans la ferme le traitait comme un gueux qui mange le pain des autres. À chaque repas, on lui reprochait la nourriture ; on l'appelait fainéant, manant ; et bien que son beau-frère se fût emparé de sa part d'héritage, on lui donnait à regret la soupe, juste assez pour qu'il ne mourût point.
    Il avait une figure toute pâle, et deux grands yeux blancs comme des pains à cacheter ; et il demeurait impassible sous l'injure, tellement enfermé en lui-même qu'on ignorait s'il la sentait. Jamais d'ailleurs il n'avait connu aucune tendresse, sa mère l'ayant toujours un peu rudoyé, ne l'aimant guère ; car aux champs les inutiles sont des nuisibles, et les paysans feraient volontiers comme les poules qui tuent les infirmes d'entre elles.
    Sitôt la soupe avalée, il allait s'asseoir devant la porte en été, contre la cheminée en hiver, et il ne remuait plus jusqu'au soir. Il ne faisait pas un geste, pas un mouvement ; seules ses paupières, qu'agitait une sorte de souffrance nerveuse, retombaient parfois sur la tache blanche de ses yeux. Avait-il un esprit, une pensée, une conscience nette de sa vie ? Personne ne se le demandait.
    Pendant quelques années les choses allèrent ainsi. Mais son impuissance à rien faire autant que son impassibilité finirent par exaspérer ses parents, et il devint un souffre-douleur, une sorte de bouffon-martyr, de proie donnée à la férocité native, à la gaieté sauvage des brutes qui l'entouraient.
    On imagina toutes les farces cruelles que sa cécité put inspirer. Et, pour se payer de ce qu'il mangeait, on fit de ses repas des heures de plaisir pour les voisins et de supplice pour l'impotent.
    Les paysans des maisons prochaines s'en venaient à ce divertissement ; on se le disait de porte en porte, et la cuisine de la ferme se trouvait pleine chaque jour. Tantôt on posait sur la table, devant son assiette où il commençait à puiser le bouillon, quelque chat ou quelque chien. La bête avec son instinct flairait l'infirmité de l'homme et, tout doucement, s'approchait, mangeait sans bruit, lapant avec délicatesse ; et quand un clapotis de langue un peu bruyant avait éveillé l'attention du pauvre diable, elle s'écartait prudemment pour éviter le coup de cuiller qu'il envoyait au hasard devant lui.
    Alors c'étaient des rires, des poussées, des trépignements des spectateurs tassés le long des murs. Et lui, sans jamais dire un mot, se remettait à manger de la main droite, tandis que, de la gauche avancée, il protégeait et défendait son assiette.
    Tantôt on lui faisait mâcher des bouchons, du bois, des feuilles ou même des ordures, qu'il ne pouvait distinguer.
    Puis on se lassa même des plaisanteries ; et le beau-frère enrageant de le toujours nourrir, le frappa, le gifla sans cesse, riant des efforts inutiles de l'autre pour parer les coups ou les rendre. Ce fut alors un jeu nouveau : le jeu des claques. Et les valets de charrue, le goujat, les servantes, lui lançaient à tout moment leur main par la figure, ce qui imprimait à ses paupières un mouvement précipité. Il ne savait où se cacher et demeurait sans cesse les bras étendus pour éviter les approches.
    Enfin, on le contraignit à mendier. On le portait sur les routes les jours de marché, et dès qu'il entendait un bruit de pas ou le roulement d'une voiture, il tendait son chapeau en balbutiant : "La charité, s'il vous plaît."
    Mais le paysan n'est pas prodigue, et, pendant des semaines entières, il ne rapportait pas un sou.
    Ce fut alors contre lui une haine déchaînée, impitoyable. Et voici comment il mourut.
    Un hiver, la terre était couverte de neige, et il gelait horriblement. Or son beau-frère, un matin, le conduisit fort loin sur une grande route pour lui faire demander l'aumône. Il l'y laissa tout le jour, et quand la nuit fut venue, il affirma devant ses gens qu'il ne l'avait plus retrouvé. Puis il ajouta : "Bast ! faut pas s'en occuper, quelqu'un l'aura emmené parce qu'il avait froid. Pardié ! i n'est pas perdu. I reviendra ben d'main manger la soupe."
    Le lendemain, il ne revint pas.
    Après de longues heures d'attente, saisi par le froid, se sentant mourir, l'aveugle s'était mis à marcher. Ne pouvant reconnaître la route ensevelie sous cette écume de glace, il avait erré au hasard, tombant dans les fossés, se relevant, toujours muet, cherchant une maison.
    Mais l'engourdissement des neiges l'avait peu à peu envahi, et ses jambes faibles ne le pouvant plus porter, il s'était assis au milieu d'une plaine. Il ne se releva point.
    Les blancs flocons qui tombaient toujours l'ensevelirent. Son corps raidi disparut sous l'incessante accumulation de leur foule infinie ; et rien n'indiquait plus la place où le cadavre était couché.
    Ses parents firent mine de s'enquérir et de le chercher pendant huit jours. Ils pleurèrent même.
    L'hiver était rude et le dégel n'arrivait pas vite. Or, un dimanche, en allant à la messe, les fermiers remarquèrent un grand vol de corbeaux qui tournoyaient sans fin au-dessus de la plaine, puis s'abattaient comme une pluie noire en tas à la même place, repartaient et revenaient toujours.
    La semaine suivante, ils étaient encore là, les oiseaux sombres. Le ciel en portait un nuage comme s'ils se fussent réunis de tous les coins de l'horizon ; et ils se laissaient tomber avec de grands cris dans la neige éclatante, qu'ils tachaient étrangement et fouillaient avec obstination.
    Un gars alla voir ce qu'ils faisaient, et découvrit le corps de l'aveugle, à moitié dévoré déjà, déchiqueté. Ses yeux pâles avaient disparu, piqués par les longs becs voraces.
    Et je ne puis jamais ressentir la vive gaieté des jours de soleil, sans un souvenir triste et une pensée mélancolique vers le gueux, si déshérité dans la vie que son horrible mort fut un soulagement pour tous ceux qui l'avaient connu.

 

Vous pouvez trouver sur la toile les Nouvelles de Guy de Maupassant.

Il est un de mes auteurs préférés. Ceux qui aiment le lire me pardonneront le traitement que j'ai fait subir à ce beau texte dramatique. C'était pour la bonne cause

 

Les homophones ou où hou ouh houx août houe / Ton père ou ta mère viendra ou viendront ?

>> Récapitulation des articles : "Ne pas confondre... "

*Valeurs et emplois du subjonctif

La clef des modes - Indicatif, subjonctif ou conditionnel, lequel choisir ?

Les verbes difficiles conjugués à l'indicatif présent, au passé simple, au subjonctif présent et au subjonctif imparfait

Les verbes impersonnels - il pleuvine, il pleuvote, il pluviote, il pleuvasse, il pleuvoche, il crachine, il bruine, il brumasse, il brouillasse, il neigeote...

 

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Orthographe et grammaire pour les hésitants

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Les Textes de mes  DÉLIRES  peuvent vous servir de textes de dictées.

Voir aussi  La dictée de Mérimée avec ses difficultés expliquées par le menu

 

Commentaire : Avez-vous trouvé cet exercice intéressant ? Aimeriez-vous que j'en fasse d'autres semblables ?

 

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15 mai 2013 3 15 /05 /mai /2013 08:42

 

Certains noms abstraits sont formés avec les suffixes -té, -eté, et ité.

Cher, cherté.

Pauvre, pauvreté.

Vulnérable, vulnérabilité.

Si les noms en -té sont les plus anciens, les noms en -ité sont les plus nombreux et l'on ne cesse d'en créer.

 

Trouvez les noms en -ité

grâce aux définitions données ci-dessous.

Pas du tout facile !

 

1 Capacité d'absorber :

2 Allégresse, entrain, gaieté :

3 Caractère de ce qui est contagieux, au propre comme au figuré :

4 Propriété d'un bien acquis en dot :

5 (Scolastique) Terme de scolastique. Ce qui indique la qualité d'être présent, comme si cette qualité pouvait exister sans l'objet :

6 Voisinage :

7 Terme de droit. Qualité d'étranger :

8 Caractère de ce qui peut être falsifier :

9 Propriété d’une matière sujette à la fermentation :

10 État de ce qui est flasque :

11 Le fait de se présenter de front :

12 Manque d'argent :

13 Qualité d'une chose qui n'est pas nuisible :

14 Qualité de ce qui peut se mêler, s’allier :

15 Attachement scrupuleux à la lettre, dans une traduction :

16 Patience avec laquelle un être puissant et bon endure les fautes, les insultes qu’il pourrait punir :

17 Ce mot relève d'une théorie développée par le philosophe John Langshaw Austin dans Quand dire c'est faire (1962) :

18 Excessive timidité, manque de courage :

19 Rudesse, âpreté de la voix :

20 Caractérise des propos ou des comportements érotiques, obscènes :

21 Caractère d’une chose menue, très petite :

22 Propriété gustative qui caractérise la force du vin :

23 En lisant les tweets de Christophe Barbier et en l'écoutant sur des vidéos en ligne, je l'ai entendu dire un mot que je ne connaissais pas encore, un mot valise en -ité qui signifie que nous souffrons d'être submergés d'infos à tel point que nous en sommes devenus gros, très gros.

"Trop d'infos tue l'info", c'est bien connu ! Quel est donc ce mot apparu en 2010 ?

24 Caractère de qui est borné, à courte vue, obtus. 

 

Les définitions données se trouvent pour la plupart dans Le Dictionnaire de l'Académie (8e édition) ou dans le Littré.

 

Pour vous aider, je vous propose le début du mot.

Vous pourrez ensuite lire la solution.

 

1 Capacité d'absorber : ab-

2 Allégresse, entrain, gaieté : ala-

3 Caractère de ce qui est contagieux, au propre comme au figuré : co-

4 Propriété d'un bien acquis en dot : do-

5 (Scolastique) Terme de scolastique. Ce qui indique la qualité d'être présent, comme si cette qualité pouvait exister sans l'objet : ecc-

6 Voisinage : vic-

7 Terme de droit. Qualité d'étranger : ex-

8 Caractère de ce qui peut être falsifier : fa-

9 Propriété d’une matière sujette à la fermentation : fer-

10 État de ce qui est flasque : fl-

11 Le fait de se présenter de front : fr-

12 Manque d'argent : imp-

13 Qualité d'une chose qui n'est pas nuisible : inno -

14 Qualité de ce qui peut se mêler, s’allier : misc-

15 Attachement scrupuleux à la lettre, dans une traduction : lit-

16 Patience avec laquelle un être puissant et bon endure les fautes, les insultes qu’il pourrait punir : lon-

17 Ce mot relève d'une théorie développée par le philosophe John Langshaw Austin dans Quand dire c'est faire (1962) : perf-

18 Excessive timidité, manque de courage : pus-

19 Rudesse, âpreté de la voix : rau-

20 Caractérise des propos ou des comportements érotiques, obscènes : sa-

21 Caractère d’une chose menue, très petite : té-

22 Propriété gustative qui caractérise la force du vin : vi -

23 Excès d'infos : info-

24 Caractère de qui est borné, obtus : ob-

 

Et voici les mots complets :

 

1 Capacité d'absorber : absorptivité

2 Allégresse, entrain, gaieté : alacrité

3 Caractère de ce qui est contagieux, au propre comme au figuré : contagiosité

4 Propriété d'un bien acquis en dot : dotalité

5 (Scolastique) Terme de scolastique. Ce qui indique la qualité d'être présent, comme si cette qualité pouvait exister sans l'objet : eccéité

6 Voisinage : vicinité

7 Terme de droit. Qualité d'étranger : extranéité

8 Caractère de ce qui peut être falsifier : falsifiabilité

9 Propriété d’une matière sujette à la fermentation : fermentescibilité

10 État de ce qui est flasque : flaccidité

11 Le fait de se présenter de front : frontalité

12 Manque d'argent : impécuniosité

13 Qualité d'une chose qui n'est pas nuisible : innocuité

14 Qualité de ce qui peut se mêler, s’allier : miscibilité

15 Attachement scrupuleux à la lettre, dans une traduction : littéralité

16 Patience avec laquelle un être puissant et bon endure les fautes, les insultes qu’il pourrait punir : longanimité

17 Ce mot relève d'une théorie développée par le philosophe John Langshaw Austin dans Quand dire c'est faire (1962) : performativité

Exemple : "Je vous déclare mari et femme."

18 Excessive timidité, manque de courage : pusillanimité

19 Rudesse, âpreté de la voix : raucité

20 Caractérise des propos ou des comportements érotiques, obscènes : salacité

21 Caractère d’une chose menue, très petite : ténuité

22 Propriété gustative qui caractérise la force du vin : vinosité

23 Excès d'infos : infobésité

24 Caractère de qui est borné, obtus : obtusité (dans le Trésor de la Langue Française)

Obtusité - L'évidence pour toi n'est pas celle des autres. Elle n'est bien souvent ni la leur, ni la nôtre ! (Mon tweet du 14 septembre 2013)

 

Voir : La Dérivation - Les suffixes - Quiz 69 "Jo le rebelle"

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11 mai 2013 6 11 /05 /mai /2013 09:22

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Le chiasme est une figure de style : les termes sont inversés dans deux phrases, deux propositions, deux syntagmes, au lieu d'être symétriques ou les mots sont intervertis.

Le mot chiasme vient de la lettre grecque KHI (X) en forme de CROIX.

 

Complétez les phrases célèbres qui comportent des chiasmes

et retrouvez le nom de leur auteur.

 

Exemple : « Il faut manger pour vivre et ..... . »

« Il faut manger pour vivre et non pas vivre pour manger. » (Cicéron et Molière)

 

« En temps de paix, les enfants enterrent leurs parents. ..... »

 

« Ayant le feu pour père, et ..... la cendre. »

 

« En cet affront mon père est l'offensé, / Et ..... ! »

 

« Et l'on voit de la flamme aux yeux des jeunes gens. Mais ..... on voit de la lumière. »

 

« Vous aviez le choix entre la guerre et le déshonneur. Vous avez choisi .....

 

« Tel qui rit vendredi, ..... . »

 

« Bonnet blanc, ..... . »

 

« J'ai appris qu'une vie ne vaut rien, mais que ..... . »

 

« La réussite, c’est un peu de savoir, un peu de savoir-faire et ..... . »

 

« Plus l’offenseur est cher, ..... »

 

« Adore ce que tu as brûlé, ..... . »

 

« Ces murs, maudits par Dieu, ..... profanés. »

 

« Quand vous citez un texte con, n'oubliez pas ..... . »

 

« Rien ne peut servir à tout, mais tout ..... . »

 

« Vivre simplement pour que d'autres puissent ..... . »

 

« La science sans religion est boiteuse, ..... est aveugle. »

 

« Qui craint de souffrir, il ..... . »

 

« Absence of proof is not ..... . « Absence de preuve n’est pas ..... . »

 

« Jacques — Mon Maître, on passe les trois-quarts de sa vie à vouloir, sans faire.

   Le Maître — Il est vrai.

   Jacques —  Et à ..... . »

 

« Ce n'est pas l'homme qui prend la mer, ..... . »

 

« Coelio — Que tu es heureux d'être fou !

   Octave — Que ..... ! »

 

« Car vos pensées ne sont pas mes pensées, et mes voies ..... .»

 

« Celui qui conservera sa vie la perdra, et celui  ..... .»

 ..................

Et si vous avez lu mes Délires, vous y avez rencontré :

Je plaisais à Lio et ..... . (134 Délires d'Oli et de Lio)

 

Citations complètes ci-dessous

 

« En temps de paix, les enfants enterrent leurs parents. En temps de guerre, les parents enterrent leurs enfants. » (Hérodote)

 

« Ayant le feu pour père, et pour mère la cendre. » (Agrippa d'Aubigné)

 

« En cet affront mon père est l'offensé, / Et l'offenseur le père de Chimène ! » (Pierre Corneille)

 

« Et l'on voit de la flamme aux yeux des jeunes gens. Mais dans l'œil du vieillard on voit de la lumière. » (Victor Hugo)

 

« Vous aviez le choix entre la guerre et le déshonneur. Vous avez choisi le déshonneur, et vous aurez quand même la guerre. » (Winston Churchill)

 

« Tel qui rit vendredi, dimanche pleurera. » (Jean Racine)

 

« Bonnet blanc, et blanc bonnet.

 

« J'ai appris qu'une vie ne vaut rien, mais que rien ne vaut une vie. » (André Malraux)

 

« La réussite, c’est un peu de savoir, un peu de savoir-faire et beaucoup de faire-savoir. » (Jean Nohain)

 

« Plus l’offenseur est cher, et plus grande est l’offense » Pierre Corneille

 

« Adore ce que tu as brûlé, brûle ce que tu as adoré.» L'évêque Rémi, lors du baptême de Clovis : « Courbe la tête, fier Sicambre, adore ce que tu as brûlé, brûle ce que tu as adoré. »

 

« Ces murs, maudits par Dieu, par Satan profanés. » (Victor Hugo)

 

« Quand vous citez un texte con, n'oubliez pas le contexte. » (Jacques Prévert)

 

« Rien ne peut servir à tout, mais tout peut très bien ne servir à rien. » (Pierre Dac)

 

« Vivre simplement pour que d'autres puissent simplement vivre. » (Gandhi)

 

« La science sans religion est boiteuse, la religion sans science est aveugle. » (Albert Einstein)

 

« Qui craint de souffrir, il souffre déjà de ce qu’il craint. » (Montaigne)

 

« Absence of proof is not proof of absence. » « Absence de preuve n’est pas preuve d’absence. » (Michael Crichton)

 

« Jacques —  Mon Maître, on passe les trois-quarts de sa vie à vouloir, sans faire.

   Le Maître Il est vrai.

   Jacques Et à faire, sans vouloir. » (Denis Diderot)

 

« Ce n'est pas l'homme qui prend la mer, c'est la mer qui prend l'homme. » (Renaud, Séchan)

 

« Coelio Que tu es heureux d'être fou !

  Octave Que tu es fou de ne pas être heureux ! » (Alfred de Musset)

 

« Car vos pensées ne sont pas mes pensées, et mes voies ne sont pas vos voies, oracle de Yahvé. » (Ésaïe 55:8 - Bible)

 

« Celui qui conservera sa vie la perdra, et celui qui perdra sa vie à cause de moi la retrouvera. » (Matthieu 10:39 - Bible)

.....................

 

Phrase pas célèbre, mais alors pas célèbre du tout :

Je plaisais à Lio et Lio me plaisait. > 134 Délires d'Oli et de Lio - Anagrammes

 

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7 mai 2013 2 07 /05 /mai /2013 16:51

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"Par ma foi, voilà un beau jeune vieillard pour quatre-vingt-dix ans !"

Molière, Le Malade Imaginaire

 

Voilà, voici viennent des syntagmes verbaux : tu vois là, tu vois ici ou vois là, vois ici.

XIVe siècle : vela

 

Selon les grammairiens, voilà ou voici est :

1 un verbe défectif, cf. Le Trésor

2 une préposition, cf. L'Académie

3 une locution prépositive, cf. Littré

4 proche des démonstratifs, cf. Grevisse

5 un adverbe démonstratif (pour d'autres)

 

Cf. L'Académie 8e édition (extrait de l'entrée Voilà)

VOILÀ, préposition qui sert à montrer, à désigner une personne ou une chose un peu éloignée, par opposition à Voici qui sert à désigner une personne ou une chose qui est proche*. Voilà votre chapeau et voici le mien

VOILÀ se dit aussi des Choses qui viennent d'être dites, expliquées, détaillées, par opposition à Voici qui désigne ce qu'on va dire. Voilà ce qu'il m'a dit et voici ce que je lui ai répondu.

 

*Cette opposition entre voici et voilà n'est plus guère respectée de nos jours. On préfère employer voilà à voici.

 

revoici, voici de nouveau.

revoilà, voilà de nouveau.

..............................................

Voilà ou voici est suivi d'un nom ou d'un pronom

Voici ma fiancée. Voilà quelqu'un !

le pronom personnel précède voilà et peut s'accompagner d'un attribut ou d'une proposition relative.

Le voilà ! Les voilà tout penauds ! La voilà qui arrive !

Avec y ou en.

En voilà un qui demande à être connu !

Nous y voilà enfin !

Voilà précédé d'un pronom relatif.

Le beau brin de fille que voilà !

Voilà précédé d'un que exclamatif.

"Que voilà un château gaillard !" Attribué à Richard Coeur de Lion

Cette exclamation à valu son nom au Château Gaillard.

Voilà suivi d'un complément de temps

Voilà deux jours qu'il est parti (cela fait ... il y a ...)

 

Voilà ou voici suivi d'une proposition

-interrogative indirecte. Voilà quand je l'ai connue.

-conjonctive. Voilà qu'il en a dans l'aile !

-relative, sans antécédent. Voilà qui me ravit !

-infinitive. Voici venir le jour du bilan !

 

Tournure vieillie : Voilà suivi d'un infinitif

Voilà aimer ! Voilà parler pour ne rien dire !

 

Voilà-t-il pas ou Ne voilà-t-il pas : marque la surprise

"Voilà-t-il pas qu'elle tweete maintenant !

- Qui donc ?

- Mais Mamiehiou !"

 

"Voici !" me dit-elle en me tendant ses lèvres.

Voici ou voilà en régime implicite, elliptique.

(> Voici mes lèvres !)

 

Littré - Extraits

Fig. Voilà l'homme, tel est le caractère de l'homme. Pour dire la vérité, quoique je n'eusse aucun ressentiment contre ce seigneur, je ne fus pas fâché de lui rendre ce bon office ; voilà l'homme. [Lesage, Histoire de Gil Blas de Santillane]

 

Voilà qui est bien, c'est assez.

 

Voilà comme, voilà la façon suivant laquelle. Voilà comme Pyrrhus vint s'offrir à ma vue. [Racine, Andromaque]

 

Voilà ce que c'est que de, il est ainsi de. Voilà ce que c'est que du monde. Molière, Les précieuses ridicules]

 

Familièrement. Voilà ce que c'est que de faire l'impertinent, tels sont les désagréments, les traitements fâcheux auxquels on s'expose quand on est impertinent.

 

Ne dites pas : le voilà qu'il vient, mais le voilà qui vient ou voilà qu'il vient.

 

Familier : Vla, vlà, v'là, v’la-ty pas, v’là-t’y pas

 

Voici, voilà – Même emploi que ceci, cela.

Dans le discours, voici annonce que qui va être dit. Voilà résume.

Voici les arguments qu'il m'a énoncés : "Je l'aime, je veux l'épouser, j'userai de tous les moyens pour parvenir à mes fins."

"Tu crois que l'affaire est faite, que tout te sera facile, et que Lucette, cette pauvre Lucette, se pliera à tes désirs. Tu rêves ! " Voilà ce que je lui ai répondu.

Il m'a dit ceci : "..."

"..." C'est cela même que je lui ai dit.

 

Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches
Et puis voici mon coeur qui ne bat que pour vous
.

Paul Verlaine, Green

 

Un jour tout sera bien, voilà notre espérance.

Tout est bien aujourd'hui, voilà l'illusion.

Voltaire, Poème sur le désastre de Lisbonne

 

 

Et voilà ! Mon article se termine ici.

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1 mai 2013 3 01 /05 /mai /2013 09:55

LES DÉLIRES Tous les épisodes

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Tous les articles du blog

 

Sache, cher lecteur, toi qui as l'âme sensible et me plains assurément, que j'aurais bien aimé verser des pleurs sur mes amitiés perdues. Bien que ma vie n'eût commencé que depuis une année à peine — et quelle année puisque j'avais perdu les traces de ma vie passée — me revenaient aujourd'hui en pensée les quelques moments trop tôt évanouis où j'avais joui de chaleureuses amitiés. Que sont mes amies devenues que j'avais de si près tenues et tant aimées... L'amour est morte !*

Alcmène, Lio, Sissi...
 

Serait bien venu s'ajouter à ma liste le nom d'Afcofribas ; mais ah, le traître ! comment l'aurais-je pu souffrir, alors que j'éprouvais encore quelque rancoeur au seul ressouvenir de son nom ?

Il me fallait me refuser à me chanter quelque complainte quelle qu'elle fût.

Sur ce, je me ressaisis, et c'est vaillamment que je me dis à part moi : « Vis comme un homme brave ; et si la fortune t’est contraire, affronte-la avec un coeur empli de courage. »**


 

À l'évocation de ma chère Sissi, à qui j'avais promis fidélité, je me levai brusquement et me mis en route sur le champ pour la retrouver. Je n'avais que trop tardé.

Pourquoi donc ne l'avais-je pas encore vue depuis mon arrivée ? Je savais qu'elle hantait ces lieux, que son territoire était ici même. Elle aurait dû sentir ma présence, me voir, sinon me humer. M'avait-elle attendue trop longtemps, s'était-elle convaincue que je l'avais oubliée, et avait-elle, de guerre lasse°, quitté la place ? Je ne pouvais y croire. Je la savais bonne mère, au grand jamais elle n'aurait pu abandonner ses chers petits : ni Sou, ni Ci, ni Souci.

Je n'aurais de cesse de la chercher que je ne l'eusse retrouvée.

Serait-elle, de par ma faute oh, j'en tremble ! morte de chagrin ?

 

...............................................

*Titre : "je crois le vent les m'a ôté(e)s"

Cf. Rutebeuf – Voir l'article complet sur Rutebeuf et les complaintes

> Une petite histoire de la Langue Française racontée par mamiehiou - L'ANCIEN FRANÇAIS - Les complaintes de Rutebeuf

 

Ci encoumence la complainte Rutebuef de son oeul
La complainte Rutebeuf
Extrait

Que sunt mi ami devenu
Que j’avoie si pres tenu
Et tant amei ?
Que sont mes amis devenus
Que j'avais de si près tenus
Et tant aimés ?


Je cuit qu’il sunt trop cleir semei ;
Il ne furent pas bien femei,
Si sunt failli.
Je crois qu'ils sont trop clair semés ;
Ils ne furent pas bien soignés,
Ils sont partis.


Iteil ami m’ont mal bailli,
C’onques, tant com Diex m’assailli
E[n] maint costei,
De tels amis m'ont maltraité
Que, tant que Dieu m'a assailli
De tous côtés,


N’en vi .I. soul en mon ostei.
Je cui li vens les m’at ostei,
L’amour est morte :
N'en vis un seul en ma maison.
Je crois le vent les m'a ôtés,
L'amour est morte :


Se sont ami que vens enporte,
Et il ventoit devant ma porte,
Ces enporta,
Ce sont amis que vent emporte,
Et il ventait devant ma porte,
Sont emportés.

 

Voir la suite dans l'article susmentionné.

..............................

**« Vis comme un homme brave ; et si la fortune t’est contraire, affronte-la avec un coeur empli de courage. » Cicéron (-106 av.J.C..-43 av.J.C.)

 

NOTES

 

Délires autour de mes amitiés tôt envolées

Cf. Littré - TÔT, adverbe de temps

Voltaire d'abord et des grammairiens après lui ont dit que tôt au positif n'était plus que du bas style, et qu'il ne s'employait guère que dans la locution : tôt ou tard. Mais ce mot est si commode, si bien autorisé par l'exemple de bons écrivains, qu'il doit être employé sans scrupule dans le style le plus élevé.

Quelques acceptions de tôt, entre autres :

Dans peu de temps, promptement.

Au plus tôt, au plus vite.

Ami, vous m'avez tôt quitté. Molière, Le Menteur

 

je crois le vent les m'a ôté(e)s

On note l'accord ôtées avec le féminin amies, dans le texte.

On dirait aujourd'hui : je crois que le vent me les a ôtées.

> De la difficulté de bien placer les pronoms personnels compléments dans la phrase. Suite du Quiz 67 Dites-le-moi ou dites-moi-le.

 

j'aurais bien aimé verser des pleurs

> Ne pas confondre une larme, un pleur...

 

bien que ma vie n'eût commencé que depuis une année à peine

♦ bien que, locution conjonctive concessive, suivie du subjonctif.

> Bien que

eût commencé, subjonctif plus-que parfait.

♦ ne que, locution adverbiale à valeur exceptive ou restrictive

QUE dans tous ses états – pronom interrogatif - pronom relatif - conjonction de subordination ou élément d'une locution conjonctive - adverbe interrogatif ou exclamatif – ne... que - etc

 

comment l'aurais-je pu souffrir

le pronom personnel LE (élidé en L') remplace la phrase précédente : comment aurais-je pu souffrir de l'ajouter à ma liste

 

J'éprouvais encore quelque rancoeur au seul ressouvenir de son nom

Ressouvenir, terme vieilli ou littéraire.

Cf. L'Académie 8e édition - Ressouvenir, Sentiment d'une douleur qui se renouvelle. Il y a des maux dont on n'est jamais si bien guéri qu'il n'en reste quelque ressouvenir.

 

Elle aurait dû... me humer

Cf. l'Académie - Humer, faire pénétrer doucement un liquide dans la bouche en l'aspirant. Humer un bouillon. Humer l'air, humer le brouillard, etc., S'exposer à l'air, au vent, au brouillard, etc., de telle sorte qu'il entre, qu'il pénètre dans les poumons. Il signifie aussi, par extension, Aspirer par le nez. Humer l'encens. Humer l'odeur des mets, Les flairer avec complaisance.

 

Avait-elle, de guerre lasse, quitté la place ?

de guerre lasse°, abandonnant tout combat, toute résistance, parce qu'elle était trop fatiguée d'attendre.


au grand jamais elle n'aurait pu abandonner ses petits

> Jamais, ne jamais, jamais plus, au grand jamais, à jamais, si jamais, oncques... + Adverbes et locutions adverbiales de temps

 

Je n'aurais de cesse de la chercher que je ne l'eusse retrouvée

Le NE (dans : je ne l'eusse retrouvée) n’est pas explétif et ne peut être supprimé.

NE explétif - Quand peut-on l'employer ? - sans que je ne - avant que je ne - je crains que tu ne - j'empêche que tu ne - je m'attends à ce que tu ne - je ne nie pas que tu ne..

 

Serait-elle, de par ma faute oh, j'en tremble ! morte de chagrin ?

Le rythme heurté de la phrase veut traduire l'émotion d'Oli, la narratrice, notre héroïne.

> Serait-elle morte de chagrin (de) par ma faute ?

 

<< 167 Délires sur un point de non-retour

>> 169 Délires où la recherche de Sissi n'est point une mince affaire

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LES DÉLIRES DE MAMIEHIOU (titres des épisodes)

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29 avril 2013 1 29 /04 /avril /2013 11:24

.

Par dérivation on peut former un mot à partir d'un autre avec un préfixe et/ou un suffixe.

Le préfixe est un affixe (élément lexical) qui se situe au début du mot ; le suffixe est un affixe qui se situe à la fin du mot.

.

Exemples de mots formés avec un suffixe

.

un verbe devient un nom : parler, parlote - professer, professeur.

un verbe devient un adjectif : crier, criard – tromper, trompeur

un verbe devient un autre verbe : vivre, vivoter – pleurer, pleurnicher

.

un nom devient un verbe : harmonie, harmoniser – force, forcer

un nom devient un autre nom : fût, futaie – cochon, cochonnaille.

un nom devient un adjectif : courage, courageux – France, français

un nom devient un verbe : écaille, écailler – canot, canoter

.

un adjectif devient un verbe : dur, durcir - rude, rudoyer

un adjectif devient un autre adjectif : malade, maladif – jaune, jaunâtre

un adjectif devient un nom : sûr, sûreté – bête, bêtise

un adjectif devient un adverbe : élégant, élégamment – subit, subitement

.

une phrase devient un nom ou un adjectif : je m'en fous, je m'en foutisme, je m'en foutiste.

un pronom personnel devient un verbe : tu, tutoyer - vous, vouvoyer/voussoyer

.

 

QUIZ 69

Pas si facile !

.

Trouvez le mot dérivé à partir du mot en rouge auquel vous ajouterez un suffixe, quelquefois un préfixe (in-, dé-, en- etc.)

.

mots à trouver :

(S) substantif (nom)

(A) adjectif

(V) verbe à l'infinitif ou conjugué

(Adv) adverbe

PP participe présent ou passé

.

 

JO LE REBELLE

 

 

1-Il n'est pas vrai que je me contente depuis longtemps d'être un tâche(S) méprisé par mes emploi(S) qui me croient corvée(A) à merci.

2-De sauvage(S) que j'étais, les épreuves de la vie ne m'ont pas encore rendu malléer(A). Mais je ne pouvais plus me croûte(V) ni point(V) au chômer(S). J'ai laissé très tôt tomber l'école et le souvenir que j'en garde est plein d'amer(S) et d'aigre(S).

3-Mes profs étaient tous barjots et exiger(A), ce qui ne facilitait pas nos rapports. Monsieur Caillot me rendait pétoche(A) à l'entendre crier(V) et tempête(V) continu(Adv). Ancien militaire, il nous traitait de bleu(S) et sentait la vin(S).

4-Madame Bécarre, homme(A) et rouge(A), ne nous laissait pas une minute de répit. Nous détestions l'acariâtre(S) de son caractère. Ses cours étaient non seulement ennui(A) mais comprendre(A). Elle affectait parfois faux(Adv) un air de bonhomme(S) qui s'ajoutait à son incapacité pédagogique. Elle nous traitait de mous(A) et nous accusait de pleutre(S) et de couard(S) quand on n'osait pas répondre à ses questions. Elle se croyait toucher(A).

5-Monsieur Bigorneau, frais émoulu de la Sorbonne, avait joindre(PP) le corps enseignant, plein d'une naïve juvénile(S) ; il avait vite chant(PP) et l'on voyait, quand on le croisait, sa silhouette fantôme(A) raser les murs.

6-Mon copain Basile, mouton(A) comme pas deux, suivait le mouvement, fayot(PP), bac(PP) sans relâche ; il écrire(V) dans le journal de classe et rimer(V) même à ses moments perdus. Le modèle du genre.

7-Pour couronner le tout, les plats qu'on nous servait à la cantine étaient consommer(A). Nous manger(V) avec dégoût.

Quel bahut !

8-Me voilà aujourd'hui marmite(S), ou bien mitre(S) ; parfois on me charge du capsule(S) des bouteilles, du boucher(S) des chiottes, du peinturlurer(S) des portes et des fenêtres, du crasse(S) du moteur des voitures, du râteler(S) du jardin. Et puis, on me remercie quand on n'a plus besoin de moi. Cette ingratitude risque fort de sauvage(V) mon coeur davantage.

.

La correction est ci-dessous

v

v

v

v

v.

1-Il n'est pas vrai que je me contente depuis longtemps d'être un tâcheron méprisé par mes employeurs qui me croient corvéable à merci.

2-De sauvageon que j'étais, les épreuves de la vie ne m'ont pas encore rendu malléable. Mais je ne pouvais plus m'encroûter ni pointer au chômage. J'ai laissé très tôt tomber l'école et le souvenir que j'en garde est plein d'amertume et d'aigreur.

3-Mes profs étaient tous barjots et exigeants, ce qui ne facilitait pas nos rapports. Monsieur Caillot me rendait pétochard à l'entendre criailler et tempêter continûment/continuellement. Ancien militaire, il nous traitait de bleusaille et sentait la vinasse.

4-Madame Bécarre, hommasse et rougeaude, ne nous laissait pas une minute de répit. Nous détestions l'acariâtreté de son caractère. Ses cours étaient non seulement ennuyeux mais incompréhensibles. Elle affectait parfois faussement un air de bonhomie qui s'ajoutait à son incapacité pédagogique. Elle nous traitait de mollassons et nous accusait de pleutrerie et de couardise quand on n'osait pas répondre à ses questions. Elle se croyait intouchable.

5-Monsieur Bigorneau, frais émoulu de la Sorbonne, avait rejoint le corps enseignant, plein d'une naïve juvénilité ; il avait vite déchanté et l'on voyait, quand on le croisait, sa silhouette fantomatique raser les murs.

6-Mon copain Basile, moutonnier comme pas deux, suivait le mouvement, fayottant, bachotant sans relâche ; il écrivaillait/écrivassait dans le journal de classe et rimaillait même à ses moments perdus. Le modèle du genre.

7-Pour couronner le tout, les plats qu'on nous servait à la cantine étaient inconsommables. Nous mangeottions avec dégoût.

Quel bahut !

8-Me voilà aujourd'hui marmiton, ou bien mitron ; parfois on me charge du décapsulage des bouteilles, du débouchage des chiottes, du peinturlurage des portes et des fenêtres, du décrassage/désencrassage du moteur des voitures, du râtelage du jardin. Et puis, on me remercie quand on n'a plus besoin de moi. Cette ingratitude risque fort d'ensauvager mon coeur davantage.

.

Notes sur le vocabulaire

je m'en fous, je m'en foutisme, je m'en foutiste. termes argotiques.

être corvéable à merci, être sujet à corvée, sans aucune règle.

bargeot, barjot, barjo, terme d'argot.

chiotte, argot.

> Champ lexical - Champ sémantique - Niveau de langue - Registre de langue - style soutenu, courant, familier, populaire, argotique, ou vulgaire - Archaïsmes

fantôme, fantomatique.

> L'accent circonflexe – Mettons-le seulement là où il faut - cru, crû, idolâtre, psychiatre, écolâtre, gaîment, absolument, ambigument, fantomatique, tempétueux...

mangeotter ou mangeoter

mitron, mitronnet (petit mitron) – garçon boulanger ; le mot vient de mitre, l'ancien bonnet du mitron avait la forme d'une mitre.

ensauvager, rendre sauvage.

 

Voir > Les suffixes nominaux -té, -eté, et -ité - QUIZ 71

> Les différents sens du suffixe -AILLE + QUIZ 83

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Les petites histoires à trous

Récapitulation de tous les exercices à trous

Liste de tous les quiz et des exercices

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29 avril 2013 1 29 /04 /avril /2013 08:05

LES DÉLIRES

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« Quelque attitude que Marie Cratère puisse avoir envers moi en cet instant présent ou à l'avenir, qu'elle me soit agréable ou insupportable, elle me renvoie aux souvenirs des moments douloureux que j'ai vécus avec cette inébranlable sorcière, et ne change quoi que ce soit au sentiment de mésestime que je nourris désormais, sans y rien ajouter, et sans en rien retrancher. »

Telles étaient les amères pensées que je roulais dans mon coeur.

Le ton désinvolte qu'elle s'amusait à prendre lorsqu'elle s'adressait à moi n'était point de mon goût ; et j'eusse aimé qu'elle s'appliquât à me parler avec plus d'aménité.

« Mais tu rêves ! » s'exclama Prétatou toujours à l'affût de la moindre de mes pensées. « Qu'elle veuille un seul instant te paraître aimable et il te faudrait te rendre bien vite à l'évidence : voir qu'il y a anguille sous roche° et qu'elle t'en veut faire accroire. »

Que Marie fît, selon son humeur, des efforts pour me plaire et m'amadouer eussent-ils été véritables et inattendus ne me touchait plus guère ; elle aurait eu bien du mal à me convaincre, à voir la façon cavalière dont elle changeait brusquement d'avis lorsqu'elle me voyait m'attendrir, ce qui me bouleversait naguère encore à chaque fois. Cette habitude perverse et calculée qu'elle avait de souffler le chaud et le froid°, je l'avais débusquée, et on ne m'y reprendrait plus.

J'avais été trop longtemps trop naïve pour croire que Marie éprouvait pour moi quelque attachement. Elle m'en avait donné des preuves qui s'étaient évanouies si souventes fois sitôt que j'en avais ressenti quelque douceur. Pourquoi donc s'obstinait-elle à réfréner* l'élan qui la portait vers moi, alors que son unique voeu était de me conserver auprès d'elle ?

Pouvais-je avoir une once de pitié pour celle qui voulait aimer et ne le pouvait point ? Je lui eusse posé la question, elle eût été la proie de fureurs   je lui en avais connu d'effroyables.

..................................................

*refréner ou réfréner

 

NOTES 

Quelque attitude que Marie Cratère puisse avoir envers moi

Quelque... que, locution conjonctive de concession suivie du subjonctif.

Voir Le Trésor : ATTITUDE (s'oppose à posture, contenance, tenue, maintien, allure)

 

qu'elle me soit agréable ou insupportable

soit qu'elle me soit agréable soit qu'elle me soit insupportable

soit qu'elle me soit agréable ou qu'elle me soit insupportable

> Soit que... soit que marque l'alternative (suivi du subjonctif)

 

les moments douloureux que j'ai vécus

le participe passé vécus s'accorde avec le complément d'objet direct placé avant lui : que (qui a pour antécédent moments douloureux)

> Règles de l'accord des participes passés

 

et ne change quoi que ce soit

quoi que ce soit avec une négation signifie rien.

 

au sentiment de mésestime que je nourris

Cf. Littré

Mésestime : Défaut d'estime ; mépris. Un sentiment de mésestime attiédissait ceux qu'elle m'avait inspirés. [Rousseau, Les confessions]

 

sans y rien ajouter, et sans en rien retrancher

> La place de Y et de EN dans la phrase. Vous recherchez des difficultés dans cet exercice ? Vous finirez bien par Y EN trouver. + QUIZ 67

 

Le ton désinvolte [...] n'était point de mon goût

de mon goût OU à mon goût

Cf. L'Académie 8e édition – Goût : Il se dit, en général, pour le Sentiment agréable ou avantageux qu'on a de quelque chose. Satisfaire tous les goûts. Cet ouvrage est au goût de tout le monde. Cela n'est pas de mon goût.

 

j'eusse aimé qu'elle s'appliquât

langue soignée

j'eusse aimé subjonctif plus-que-parfait à valeur de conditionnel passé

qu'elle s'appliquât, subjonctif passé

On dirait plus couramment : j'aurais aimé qu'elle s'applique

> Valeurs et emplois du subjonctif

> La conjugaison des verbes au subjonctif - Comment déjouer ses difficultés

 

Qu'elle veuille un seul instant te paraître aimable

veuille – toujours le subjonctif dans une proposition en tête de phrase introduite par la conjonction de subordination que

 

il y a anguille sous roche°

Cf. Littré : Proverbe. Il y a quelque anguille sous roche, il se trame quelque intrigue.

 

elle t'en veut faire accroire (tournure vieillie)

Si l'infinitif a deux pronoms personnels complément, on peut placer Y ou EN soit devant le verbe principal, soit devant l'infinitif.

La première tournure est rare de nos jours.

On dirait plus couramment : elle veut t'en faire accroire

> Phrase 34 dans La place de Y et de EN dans la phrase.(déjà cité ci-dessus)

accroire, verbe défectif : faire croire que quelque chose est vrai alors que c'est faux, mentir.

> Les verbes défectifs - Pour peu qu'il vous en chaille !

 

Eussent-ils été véritables et inattendus

proposition à nuances conditionnelle et concessive

qu'il eussent été véritables et inattendus

même s'ils avaient été véritables et inattendus > Même si

quand bien même il auraient été véritables et inattendus

> Eussé-je, eussè-je, j'eusse, fussé-je, fussè-je, je fusse, dussé-je, dussè-je, eût-il, fût-il, dût-il, fût-ce, fussent-ils, parlé-je...

 

ce qui me bouleversait naguère

naguère, adverbe de temps, il y a peu.

Jadis, autrefois, il y a longtemps.

 

souffler le chaud et le froid°

Littré : au sens figuré : Souffler le froid et le chaud, parler pour et contre une chose ou une personne, être tour à tour d'avis contraires.

 

un voeu, des voeux

 

Cette façon perverse [...] je l'avais débusquée

débusquée, participe passé qui s'accorde avec le COD placé avant : L' (LA élidé) mis pour façon.

 

Des preuves si souventes fois évanouies

souventes fois, expression vieillie. Littré donne aussi souventefois

souvent, maintes fois, à maintes reprises.

 

sitôt que j'en avais ressentie quelque douceur

Sitôt que (langue soutenue) aussitôt que, dès que.

 

Pourquoi donc s'obstinait-elle à réfréner l'élan qui la portait vers moi

Refréner ou réfréner, ralentir ou arrêter le mouvement, le développement ou l'intensité de quelque chose.

 

<< 166 Délires au bord du gouffre 

>> 168 Délires autour de mes amitiés tôt envolées ; "je crois le vent les m'a ôtées"*

 

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LES DÉLIRES DE MAMIEHIOU (titres des épisodes)

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15 avril 2013 1 15 /04 /avril /2013 16:41

.LES DÉLIRES

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J'aurais failli à mon devoir, cher lecteur si je t'avais caché quoi que ce fût de mon histoire, quelque difficile à croire qu'elle pût être. Je me serais traitée volontiers de lâche, de quiche, de mollassonne même ; et il m'aurait fallu fouetter le jus de navet de mes veines, afin d'activer, de toutes mes forces, mon coeur1 pusillanime, si j'avais, ne fût-ce qu'un instant, renoncer à me battre contre vents et marées°. Mais tu me connais si bien, toi qui ne cessas de trembler pour moi en me suivant dans mes aventures périlleuses, où, à chaque  instant, ma frêle vie risquait de chavirer ! 

 N'avais-je pas mille fois voulu quitter ce monde où le bonheur était un vain mot.! N'avais-je pas mille fois espérer franchir le mur épais de l'ignorance pour qu'enfin mon esprit s'éclairât, pour que mes souvenirs revinssent ; mille fois, tel Œdipe2 aveuglé, j'aurais aimé qu'une main secourable et amie prît la mienne pour guider mes pas. Que n'étais-tu là, courageuse Antigone, pour me porter secours ? 

Mais Utopinambourg n'était point Colone2, et bien que j'eusse voulu de tout mon coeur ne plus voir ma cité que je ne pouvais dorénavant souffrir, mais d'où je ne pouvais m'échapper, je me dis : « Cela n'est pas de mon fait, je n'ai tué ni père ni mère pour vouloir me punir. Seuls l'hypocrisie, le mensonge et l'imposture des hommes sont les causes de mon désarroi et de ma détresse. » 

 Viendraient bientôt, après les frimas, les grandes ardeurs de la canicule, et mon coeur resterait glacé. Nulle tendresse, nulle affection, nul amour pour le réchauffer. Et la solitude, toujours – toujours la solitude – me menaçant de désespérance.  

 « Tu m'as bien l'air d'avoir là un coup de mou ! »

 Je sursautai. Marie Cratère, qui m'épiait depuis longtemps peut-être, venait de me plonger dans l'âpre réalité. Je m'en voulus d'avoir laissé mes rêveries divaguer et se perdre dans un lyrisme qui eût tôt fait de me couper bras et jambes°. 

 

.............................................

1-Cf. Alexandre Arnoux 1884-1973, Rhône mon fleuve 1944

"Lâche. Chante. Quiche, afin de fouetter les jus de navet de leurs veines, d'activer, leur cœur failli et mollasson !"

 

2-Mythologie grecque.- Lorsqu'Œdipe apprend qu'il a tué son père et épousé sa mère, il devient fou de désespoir et se crève les yeux. Accompagné de sa fille Antigone il vient à Colone pour y trouver la paix, selon une prophétie d'Apollon.

Œdipe à Colone est une tragédie grecque de Sophocle (495-406 avant Jésus Christ)

Nous avons déjà rencontré Antigone, la fière Antigone, dans les Délires 32, voir la note.

> 32 Délires d'une femme atrabilaire dont la roideur d'esprit n'est plus à démontrer - de la libertad.""Es la libertad de tiranizar, que es lo contrario de la libertad." 

 

NOTES

 

J'aurais failli à mon devoir

Faillir n'est usité aujourd'hui qu'à l'infinitif, au passé simple (je faillis...) au futur (je faillirai...) au conditionnel (je faillirais...) aux temps composés (j'ai failli, j'avais failli, j'aurais failli...)

 

quoi que ce fût

fût, subjonctif imparfait

> Quoi que

 

quelque difficile à croire qu'elle pût être

> Quelque... que

 

je me serais traitée de lâche si j'avais renoncé à me battre contre vents et marées°

contre vents et marées°, malgré vents et marées°, à travers vents et marées° (peu usité) : malgré les difficultés et les obstacles.

Cf. Littré - Aller contre vent et marée (vieilli), poursuivre obstinément un projet malgré les obstacles. Elle a établi son fils à la cour contre vent et marée. Madame de Sévigné, 236.

 

LA MÉTAPHORE FILÉE

C'est une suite de métaphores qui se rapportent toutes à un même champ sémantique. Ici, le champ sémantique du bateau : contre vents et marées - chavire

 

Cf. L'Académie 8e édition : MÉTAPHORE : Figure de rhétorique. Comparaison abrégée, par laquelle on transporte un mot du sens propre au sens figuré. Métaphore heureuse, juste, hardie, outrée, forcée, incohérente. C'est par métaphore qu'on dit d'un homme courageux : C'est un lion. Faire des métaphores qui se suivent.

 

pour qu'enfin mon esprit s'éclairât, pour que mes souvenirs revinssent

pour que, locution conjonctive de but, suivie du subjonctif.

La conjugaison des verbes au subjonctif - Comment déjouer ses difficultés

 

 

Que n'étais-tu là, courageuse Antigone

Que, ici, dans le sens de pourquoi.

> QUE dans tous ses états – pronom interrogatif - pronom relatif - conjonction de subordination ou élément d'une locution conjonctive - adverbe interrogatif ou exclamatif – ne... que - etc

 

N'avais-je pas mille fois ... N'avais-je pas mille fois ... mille fois

L'ANAPHORE : figure de rhétorique, répétition d'un même mot ou d'un même syntagme en tête de plusieurs phrases. Elle marque l'obsession, donne une force incantatoire en rythmant le discours.

 

que je pouvais dorénavant souffrir

dorénavant, désormais, dès lors, à partir de ce moment-là - dans une narration au passé.

 

Seuls l'hypocrisie, le mensonge et l'imposture des hommes sont les causes de mon désarroi et de ma détresse."

Voir l'article > Le mensonge - L'imposture - La fausseté

 

Viendront bientôt, après les frimas, les grandes ardeurs de la canicule

Ici, ardeurs est pris dans son sens propre : grande chaleur.

Les ardeurs du soleil

Ce sont les seuls cas où l'on puisse employer ardeurs au pluriel dans le sens propre. Ce peut être aussi une licence poétique, pour la rime ou la mesure du vers.

Sens figuré : être plein d'ardeur, l'ardeur de la passion...

 

Et la solitude, toujours – toujours la solitude – me menaçant de désespérance.

Menacer :

menacer, emploi absolu

Le ministre menace. >Il tient un discours menaçant.

L'orage menace.

menacer, verbe transitif.

Mais tu me menaces !

menacer de + substantif

Il me menace d'une bonne correction. > La correction sera ma punition.

Il me menace d'un couteau. > Le couteau sera le moyen de me corriger.

menacer de + infinitif

Il me menace de me renvoyer.

Mes espoirs menacent de s'écrouler. > Crainte que quelque chose n'arrive.

menacer + complétive (proposition conjonctive introduite par que)

Il me menace qu'il m'enfermera dans le placard à balais si je ne me tais pas,

Voir Le Trésor > MENACER

 

"Tu m'as l'air d'avoir là un coup de mou, Oli !"

avoir un coup de mou, être fatigué.

Registre populaire

Voir les registres de langue > Champ lexical - Champ sémantique - Niveau de langue - Registre de langue - style soutenu, courant, familier, populaire, argotique, ou vulgaire - Archaïsmes

 

me couper bras et jambes°

me priver de mes moyens

 

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LES DÉLIRES DE MAMIEHIOU (titres des épisodes)

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14 avril 2013 7 14 /04 /avril /2013 11:03

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Il était une fois un roi qui s'amusait à poser des énigmes à ses sujets pour mesurer leur bêtise et se rire d'eux autant qu'il le pouvait. Et il n'hésitait pas à torturer ceux-là mêmes qui n'avaient que quelques minutes à vivre.

Non, il n'était ni charitable, ni compatissant envers autrui.

 

Lorsqu'un de ses sujets était condamné à mort par pendaison ou par décapitation ─ telle en était la coutume en ce triste pays ─ on accordait au condamné une ultime faveur.

 

Tout près du gibet où on lui passerait la corde au cou, et du billot où dès que sa tête y serait posée, on la lui trancherait à la hache d'un coup sec, le condamné tremblant écoutait son roi, sachant bien que rien ne pourrait le sauver.

 

" Écoute-moi bien, lui disait le tyran, je te donne le droit de me dire ce que tu veux. Mais attention, si ce que tu me dis est vrai, tu seras pendu, si ce que tu me dis n'est pas la vérité, tu seras décapité."

Une manière qu'avait ainsi le pauvre homme de choisir sa mort.

Et le condamné répondait selon sa préférence..

 

Un jour que son bouffon ne l'amusait plus, ou qu'il était allé trop loin dans ses bouffonneries, que sais-je, le roi décida de le condamner à mort, sans autre forme de procès.

Et voilà notre pauvre fou, contrefait de surcroît, arrivant sur la place publique, près de remettre son âme à Dieu. Les badauds applaudissent en le voyant gravir l'échafaud, tout frétillant dans ses habits bigarrés et secouant la tête à faire tinter joyeusement ses clochettes au bonnet.

On murmure qu'il est encore plus fou qu'on ne croyait.

" Écoute-moi bien, lui dit alors le roi, je te donne le droit de me dire ce que tu veux. Mais attention, si ce que tu me dis est vrai, tu seras pendu, si ce que tu me dis n'est pas la vérité, tu seras décapité."

Alors le condamné prononça cette phrase qui laissa la foule interdite : "Je serai décapité."

 

Que crois-tu qu'il se passa, lecteur attentif ?

↓ ↓ ↓

↓ ↓ ↓

Réfléchis.

↓ ↓ ↓

↓ ↓ ↓

Réfléchis encore...

↓ ↓ ↓

↓ ↓ ↓

et encore un petit peu...

↓ ↓ ↓

↓ ↓ ↓

 

 

Il advint une chose merveilleuse : le bouffon sauva sa peau, tel Œdipe résolvant l'énigme du Sphinx.

Et le roi en fut marri.

Étonnant non !

↓ ↓ ↓

 

Explication (si nécessaire) :

Si on le pend, il aura menti, or il faut qu'il dise vrai pour être pendu.

Si on lui coupe la tête, il aura dit la vérité, or il faut qu'il ait menti pour être décapité.

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Cette histoire, j'en connais la trame depuis très très longtemps, et je la raconte ici à ma manière.

Mais où l'ai-je lue ou entendue ?

En parcourant la toile, je la retrouve ici et là. Mais personne pour me dire qui l'a imaginée. J'aimerais bien rendre à César ce qui appartient à César.

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Vous me direz que je n'ai rien inventé ou que cette histoire est rebattue. Qu'importe ! Je ne suis pas d'une susceptibilité chatouilleuse.

La Fontaine ne s'emparait-il pas sans vergogne des fables d'Ésope pour composer les siennes, et pour notre plaisir ? Qui le lui reprocherait aujourd'hui ?

Si j'avais été La Fontaine, j'aurais écrit ce conte en vers et mis en scène la gent animale.

Je m'y amuserai un jour, peut-être...

mamiehiou

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Le mensonge - L'imposture - La fausseté

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N.B. L'article a été publié dans Espace - Ecriture - Sainté

août 2013

 

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Amoureuse des mots, je cherche comment faire partager ma passion. Il y a tant à découvrir dans les bibliothèques du monde, tant de mots à connaître intimement pour affiner notre pensée, tant de mots qu'on n'entend plus sur nos lèvres, enfermés qu'ils sont dans des livres poussiéreux. Il ne tient qu'à nous de les faire revivre et de les faire chanter. Notre langue, si belle, si riche, demande qu'on la respecte, qu'on la préserve, qu'on s'en amuse et qu'on la chérisse. Mamiehiou ............................................................................................................................................................................................ ...................................;....................................................................... « La langue française est une femme. Et cette femme est si belle, si fière, si modeste, si hardie, touchante, voluptueuse, chaste, noble, familière, folle, sage, qu'on l'aime de toute son âme, et qu'on n'est jamais tenté de lui être infidèle. » Anatole France ....................................................... ............... ................................................................................................................. « C'est une langue bien difficile que le français. À peine écrit-on depuis quarante-cinq ans qu'on commence à s'en apercevoir. » Colette

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