12 octobre 2012 5 12 /10 /octobre /2012 16:06

LES DÉLIRES

 

La journée fut longue comme un jour sans pain°, le chemin semé d'embûches et de guets-apens. Chaque obstacle franchi nous renforçait, jusqu'à Prétatou qui ne se plaignait plus.

La conversation vint à rouler sur Marie Cratère que nous rencontrerions bientôt.

 

« Je ne brûle point de l'envie de vous voir toutes les deux vous entr'affronter, soupira Prétatou.

—Mais peut-être nous verras-tu nous entr'accoler ! rétorquai-je en riant pour faire baisser la tension du sentiment de peur qui l'étreignait.

—Tu me l'a dépeinte en des termes si peu amènes qu'à les évoquer je ne puis que trembler. Et je n'ai nul désir de la rencontrer sitôt. Qui pis est, d'être à sa merci. Je n'aurais pas de cesse que tu ne t'éloignes de ce lieu maudit. »

 

Je me contentai de hausser les épaules. N'avait-il pas pris lui-même, tout clebs qu'il était, l'initiative de me suivre dans cette entreprise délicate ?
 

« Je sais, tu es prête à me rappeler que c'est moi qui ai pris l'initiative de te suivre dans cette entreprise hasardeuse et dommageable à coup sûr, mais Oli, comprends bien : jamais je n'aurais pu rester avec Lio que je n'apprécie guère et qui aurait négligé — j'en suis certain — de me donner ma pâtée et les caresses qui font de moi ce que je suis. Jamais, ce qu'à Dieu ne plaise, je ne fraierais (frayerais) avec elle.

—Ainsi donc, comme je le croyais, ne m'as-tu pas accompagnée pour venir à mon secours au cas où le besoin s'en serait fait sentir ! Je comprends maintenant la raison pour laquelle tu t'es montré si couard dans l'adversité ! Pourquoi diable ne t'es-tu pas muni d'un en-tout-cas pour te préserver des tourments que tu vas affronter ?

—Continue de me railler ainsi avec d'élégantes et de légères épithètes qui me vont droit au coeur, et traite-moi, si bon te semble, de peureux, de lâche, de timoré, de poltron, de froussard, de pleutre, et j'en passe — oserais-tu "dégonflé" ou "foireux" ?

—Tout au plus pusillanime, mon cher Prétatou. Comme tu prends la mouche° ! Pouvais-je imaginer que le coeur te manquerait lorsque nous rencontrâmes inopinément Messire Ours**?

—Comment as-tu pu garder ton sang-froid devant ce grand hallebreda ? Je me le demande encore.

 

 On entendit grillotter dans les buissons.

« Qui va là ? aboya Prétatou. Ne vois-je pas ici dessous des pieds fourchus qui avancent en notre direction ? »

Prétatou se tapit au ras du sol, flairant autant qu'il le pouvait l'odeur d'un animal. Mais était-ce bien un animal ?

« Qui que tu sois, montre-toi, poursuivit-il, montrant ainsi un courage dont il s'étonna lui-même. »

 

Comme nulle réponse ne venait nous éclairer et que le bruit ténu continuait, Prétatou frémissant, murmura : « Es-tu un sylvain ? Es-tu un faune qui hante ces bois ? »

Mais il n'en était rien, et je me mis à rire lorsque soudain une chèvre inoffensive surgit du fourré et s'enfuit comme l'éclair.

As-tu nom Amalthée ? lui criai-je.

 

 Ma voix fut sans écho dans la forêt profonde

 

..........................................

*« La Nature est un temple où de vivants piliers

Laissent parfois sortir de confuses paroles ;

L'homme y passe à travers des forêts de symboles

Qui l'observent avec des regards familiers. »

Charles Baudelaire - Correspondances

 

**La rencontre avec Messire Ours : 150 Délires ursins

 

NOTES

 

La journée fut longue comme un jour sans pain...

Voir l'article : Comparaisons – léger comme... méchante comme... long comme... nu comme... sourd comme... solide comme... ronfler comme... sauter comme... battre comme... jurer comme... menteur comme... QUIZ 52

 

Un guet-apens, des guets-apens, pas de liaison intérieure comme dans des arcs-en-ciels, des fers à repasser, etc.

Voir l'article : La liaison - L'élision - L'enchaînement - La disjonction

 

Je ne brûle point d'envie de...

Je n'ai pas grande envie de...

Voir l'article :  Peut-on dire : J'ai très envie, très plaisir, très peur, très faim, très sommeil... Cela me fait très envie, très plaisir, très peur... ?

 

S'entr'accoler, s'entr'affronter se trouvent dans Le Littré (1863-1872) mais pas dans l'Académie ni dans le Trésor

Voir l'article sur l'agglutination : L'agglutination – entr'acte ou entracte, grand'mère ou grand-mère, appui-tête ou appuie-tête, garde-meuble ou garde-meubles, des soutiens-gorge ou des soutien-gorge, un et des faire-part...

 

Sitôt (vieilli quand il est employé seul) adverbe de temps, si tôt, si vite.

 

Qui pis est d'être à sa merci.

Qui pis est, ce qui est pis, ce qui est pire.

qui plus est, qui mieux est, qui pis est – expressions figées

être à la merci d'une personne, être dans une dépendance totale vis-à-vis d'elle.

 

Je n'aurais pas de cesse que tu ne t'éloignes de ce lieu maudit.

que tu ne t'éloignes : Ici le NE n'est pas explétif et il ne peut pas être supprimé.

Voir l'article : NE explétif - Quand peut-on l'employer ? - sans que je (ne) - avant que je (ne) - je crains que tu (ne) - j'empêche que tu (ne) - je m'attends à ce que tu (ne) - je ne nie pas que tu (ne)...

Académie 8e édition : cesse, le fait de cesser.

Il s'emploie toujours sans article et seulement dans les expressions suivantes. Sans cesse. N'avoir point de cesse, Ne point cesser. Il n'aura point de cesse que vous ne lui ayez donné ce qu'il demande. Il n'a ni repos ni cesse.

 

Clebs, cabot, populaire pour chien.

 

Ce qu'à Dieu ne plaise, à Dieu ne plaise, Dieu m'en garde, subjonctif optatif.

Voir le subjonctif optatif, §29 dans :  Valeurs et emplois du subjonctif 

 

frayer avec quelqu'un

Cf. Académie 8e édition : Être en relation avec quelqu'un. C'est un homme avec lequel je ne fraye point, avec lequel je ne veux point frayer. Il signifie aussi Se convenir mutuellement. Ces deux hommes ne frayent pas ensemble.

 

Un en-tout-cas, ou un en-cas, XIXe siècle, vieilli.

Cf. Littré : espèce de parapluie qui est plus petit que la forme ordinaire des parapluies et un peu plus grand qu'une ombrelle, et qui sert à abriter de la pluie ou du soleil.

Au pl. Des en-tout-cas.

 

Les adjectifs couard, peureux, lâche, timoré, poltron, froussard, dégonflé, pleutre, foireux, pusillanime appartiennent au même champ lexical mais pas au même registre de langue.

Dégonflé, foireux, populaire

pusillanime, qui a l'âme faible et timide, Littré.

Voir l'article : Champ lexical - Champ sémantique - Niveau de langue - Registre de langue - style soutenu, courant, familier, populaire, argotique, ou vulgaire - Archaïsmes 

 

Prendre la mouche, se fâcher, se piquer sans grande raison – Littré

 

Pouvais-je imaginer que le coeur te manquerait, que le courage te manquerait...  

 

Hallebreda, mot baroque, se dit de quelqu'un un qui a une taille gigantesque. Dictionnaire du bas langage, d'Hautel.

 

Pied fourchu, pied attribué dans la mythologie romaine aux divinités des forêts, les sylvains et aux faunes.

Le diable aussi a les pieds fourchus, dans l'iconographie chrétienne.

Littré. Fig. Il a le pied fourchu, se dit d'un homme méchant, dangereux, mécréant. J'ai reconnu le pied fourchu, j'ai deviné ses mauvaises intentions.

Les boeufs, les béliers, les chèvres, les gazelles, les bubales, les chevrotains, le lama, la vigogne, la girafe, l'élan, le renne, les cerfs, les daims, les chevreuils, etc. sont tous des pieds fourchus et composent en tout un nombre d'environ quarante espèces BUFFON Quadrup. t. VII, p. 27

 

As-tu nom Amalthée ? lui criai-je.

Dans la mythologie grecque, Amalthée serait la chèvre qui allaita Zeus enfant.

Avoir nom, avoir pour nom, s'appeler, porter un/le nom (de)

J'ai pour nom mamiehiou.

Je porte un nom qui me va bien.

Ma rue porte le nom d'un poète.

 

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8 octobre 2012 1 08 /10 /octobre /2012 06:16

LES DÉLIRES

Bien que le contact du corps de Prétatou me prodiguât quelque chaleur, l'air froid du petit matin se fit sentir et le chant de l'alouette finit par me réveiller tout à fait. Je caressai doucettement mon chien pour le ravir des bras de Morphée.

Il s'étira mollement. J'étais accoutumée à le voir bondir le matin à son réveil et je fus étonnée qu'il fût si long à se mettre sur pattes.

« Ah ! geignit-il, il est trop tôt pour poursuivre notre périple. J'ai bougrement envie de disposer de quelques heures encore. Et je m'en vais, de ce pas, resommeiller. »

Je le poussai hors de la couverture et l'intimai de m'obéir, mais sans le brusquer trop.

« N'as-tu pas entendu le chant de l'alouette ? lui dis-je, alors qu'il tentait de se réfugier à nouveau sur la couche rustique. Il est temps de reprendre la route.

—Veux-tu donc partir ? me demanda-t-il naïvement. Le jour n'est pas proche encore : c'était le rossignol et non l'alouette dont la voix perçait ton oreille à l'affût. Crois-moi, Oli, c'était le rossignol.
—C'était l'alouette, la messagère du matin, et non le rossignol. Regarde, Prétatou, ces lueurs naissantes qui dentellent le bord des frondaisons ! Les flambeaux de la nuit que l'on devinait sans les apercevoir à travers les feuillages sont éteints, et le jour joyeux se dresse sur la pointe du pied jusqu'au sommet des arbres. Nous devons partir. Il n'est plus temps de tergiverser.* »

Me voyant inflexible, il chercha d'autres arguments.

« Aïe, aïe ! Ne crains-tu pas d'aggraver mon gonarthrocace ? De quoi me sert ton amitié ?

—Ah, voilà qui est nouveau ! m'exclamai-je. Qu'inventes-tu donc là ? Voudrais-tu m'en faire accroire ? T'ai-je jamais vu traîner la patte ? Allez, debout ! En route ! Nous grignoterons quelques biscuits sur le chemin et je sais quelques sources claires qui nous abreuveront. »

Prétatou, à son corps défendant, s'apprêta à la fin à me suivre.

J'eus tôt fait de secouer énergiquement la couverture à laquelle s'étaient accrochés quelques aiguillons d'épineux et je la fourrai dans mon balluchon (baluchon).

 

Notre marche fut quelque temps silencieuse mais rien ne nous empêchait de réfléchir à notre situation — peu confortable, reconnaissons-le. Qu'adviendrait-il de nous ?

L'air vibrait de mille chants et nous reconnaissions leurs auteurs joyeux qui gringottaient, gazouillaient, sifflaient, babillaient ou zinzinulaient. Le balancement rythmé de la queue de mon chien me signifia qu'il en avait pris son parti.

 

« Oli, me dit-il, je m'interroge. Aurais-tu l'art de mnémomiser ? Je ne t'ai point vue un seul instant hésiter sur la direction à prendre. Comment fais-tu pour reconnaître ton chemin dans cette forêt inextricable, dis-moi. Ta mémoire, ma chère maîtresse serait-elle donc eidétique ?

—Que nenni, hélas ! Tout un pan de ma vie a fui comme vapeur. Mais cette forêt m'est familière et ses bruits et ses senteurs me servent de jalons. Vois ce ru qui serpente et nous offre son eau généreuse. Je sais qu'elle s'est parfumée de serpolet au fil de sa course joyeuse pour nous être agréable. Arrêtons-nous là pour la boire, puis nous goûterons aux dernières airelles bleues de la saison. Vois comme ces fruits indéhiscents gardent jalousement leurs graines jusqu'au printemps prochain.

—À moins qu'un promeneur égaré ne vienne les croquer, ajouta fort justement Prétatou. Quand je songe, reprit-il que nous sommes ici pour rendre visite à une vieille houhou capable du pire, j'en tremble par avance.

—Plût à Dieu qu'elle n'ait pas une oreille assez fine pour t'entendre, pensai-je à part moi.

—Ton âme est forte et imployable, poursuivit Prétatou, Je m'étonne toujours de ton don quichottisme (don-quichottisme).

Et moi je ne m'étonne plus que tu t'en étonnes. Tu me l'as fait maintes fois savoir. À quoi bon m'en rebattre les oreilles. Veux-tu ainsi m'abalourdir, à ressasser toujours ?

Je crains que tes chimères ne soient près de nous faire courir un grand danger.

Certes, nous nous mouvons dans la plus pénétrante obscurité de l'avenir, mais le courage n'est-il pas la lumière de l'adversité** ? »

 

.....................................................................................................   

 

*« N'as-tu pas entendu le chant de l'alouette ?... Il n'est plus temps de tegiverser. »

Pastiche de l'oeuvre de Shakespeare, Roméo et Juliette, publié en 1597.

Acte III, scène 5

Roméo et Juliette viennent de passer leur nuit de noces et Roméo doit partir sinon il risque la mort.

 

JULIET

Wilt thou be gone? it is not yet near day:
It was the nightingale, and not the lark,
That pierced the fearful hollow of thine ear ;
Nightly she sings on yon pomegranate-tree :
Believe me, love, it was the nightingale.

ROMEO

It was the lark, the herald of the morn,
No nightingale: look, love, what envious streaks
Do lace the severing clouds in yonder east :
Night's candles are burnt out, and jocund day
Stands tiptoe on the misty mountain tops.
I must be gone and live, or stay and die.

 

Traduction

JULIETTE

Veux-tu donc partir ? le jour n'est pas proche encore : c'était le rossignol et non l'alouette dont la voix perçait ton oreille craintive. Toutes les nuits il chante sur le grenadier là-bas. Crois-moi, amour c'était le rossignol.
ROMÉO

C'était l'alouette, la messagère du matin, et non le rossignol. Regarde, amour ces lueurs jalouses qui dentellent le bord des nuages à l'orient ! Les flambeaux de la nuit sont éteints, et le jour joyeux se dresse sur la pointe du pied au sommet brumeux de la montagne. Je dois partir et vivre, ou rester et mourir.
JULIETTE

Cette clarté là-bas n'est pas la clarté du jour je le sais bien, moi ; c'est quelque météore que le soleil exhale pour te servir de torche cette nuit et éclairer ta marche vers Mantoue. Reste donc, tu n'as pas besoin de partir encore.

 

**« Le courage est la lumière de l'adversité. »

Luc de Clapiers, marquis de Vauvenargues,1715-1747.

 

NOTES

 

Bien que le contact du corps de Prétatou me prodiguât quelque chaleur...

prodiguât, subjonctif imparfait de prodiguer (donner généreusement, sans compter)

subjonctif après la locution conjonctive > Bien que

imparfait parce que le récit est au passé

 

Je caressai doucettement mon chien pour le ravir des bras de Morphée

♦ doucettement, très doucement.

ravir, enlever de force 

Morphée, dieu du sommeil.

 

Ah ! geignit-il...

passé simple du verbe geindre – gémir, se plaindre, se lamenter.

 

J'ai bougrement envie...

bougrement, langage familier - extrêmement, diablement.

> Peut-on dire : J'ai très envie, très plaisir, très peur, très faim, très sommeil... – Cela me fait très envie, très plaisir, très peur... ?


Je m'en vais, de ce pas, resommeiller

Resommeiller, sommeiller de nouveau.

 

La gonarthrocace

Terme de médecine. Inflammation ou, plutôt, maladie des surfaces articulaires du genou. Littré

 

De quoi me sert ton amitié ?

Servir, être utile.

Servir de est rare. On dirait aujourd'hui plutôt : À quoi me sert ton amitié ?

Cela ne sert de rien, cela ne sert à rien.

> Verbes qui se construisent avec à + infinitif ou de + infinitif

 

Voudrais-tu m'en faire accroire ?

En faire accroire à quelqu’un : essayer de tromper quelqu’un par des mensonges.

Dictionnaire de Furetière : accroire. Faire croire à quelqu'un une chose fausse. La pluspart du peuple est si sot, qu'on lui fait accroire tout ce qu'on veut.

> Les verbes défectifs - Pour peu qu'il vous en chaille !

 

T'ai-je jamais vu traîner la patte ?

Jamais, adverbe de temps employé sans négation

> Jamais, ne jamais, jamais plus, au grand jamais, à jamais, si jamais, oncques...

   

 leurs auteurs joyeux qui gringottaient, gazouillaient, sifflaient, babillaient ou zinzinulaient.

Le rossignol chante, gringotte, quiritte et trille, la corneille babille, corbine, graille, criaille et craille, la fauvette zinzinule.

> 15 Délires pour un bestiaire. QUIZ 3 - Ces animaux qui nous parlent - Animals are such agreeable friends

 

nous goûterons aux dernières airelles bleues...

goûter à quelque chose, goûter de quelque chose, goûter quelque chose.

L'usage ne voit pas de différence entre ces trois constructions.

Pris au sens figuré, goûter quelque chose, trouver plaisir à quelque chose.

Il ne goûte pas mon ironie.

 

à moins qu'un promeneur égaré ne vienne les croquer...

Ne explétif- voir l'article : NE explétif - Quand peut-on l'employer ? - sans que je (ne) - avant que je (ne) - je crains que tu (ne) - j'empêche que tu (ne) - je m'attends à ce que tu (ne) - je ne nie pas que tu (ne)...

 

Vois comme ces fruits indéhiscents gardent jalousement leurs graines...

indéhiscent, se dit d'un fruit qui ne libère pas ses graines.

 

par avance, à l'avance, d'avance, locutions adverbiales, avant le moment prévu.

 

une vieille houhou capable du pire...

Littré, houhou : Terme burlesque. Vieille houhou, personne décrépite et grondeuse.

Vieille houhou, vieille haha, SCARRON,Poésies, cité dans RICHELET.

Elles sont plus noires que des taupes, plus laides que des guenons, plus sottes que des houhous, CHAPELAIN, Trad. de Guzm. d'Alfar. cité dans SCHELER.

Voudrais-tu que je prisse une vieille houhou ? Partisan dupé, dans LE ROUX.

Dict. comique. XVIe s. Houhou [vieille sorcière], Dict. Oudin 

 

Plût à Dieu qu'elle n'ait pas une oreille assez fine pour t'entendre, pensai-je à part moi.

Plût à Dieu/plaise à Dieu, voir le subjonctif optatif, §29 dans :Valeurs et emplois du subjonctif

Littré, À part moi, à part soi, locution adverbiale.

Seul. Quand je suis à part moi, souvent je m'étudie. [Régnier,Satires]

En moi-même, en soi-même, tacitement. Je disais à part moi : las ! mon Dieu ! qu'est ceci ?[Régnier,Dial.]

 

Ton âme est forte et imployable.

Imployable, inflexible, qui ne se laisse pas fléchir.

Sens propre, qui ne peut se ployer.

Je croyais cette barre de fer imployable, mais le magicien en est venu à bout. 

 

Aurais-tu l'art de mnémomiser ?
Mnémomiser (néologisme) rendre mnémonique, facile à retrouver par la mémoire.

Entrée : Néologisme dans le Littré [extrait] Par abus, synonyme de néologie. Il y a un néologisme nécessaire qui provient des nouvelles créations dans les idées et dans les choses.

 

Ta mémoire, ma chère maîtresse serait-elle donc eidétique ?

La mémoire eidétique ou mémoire absolue ou hypermnesia est une faculté exceptionnelle, celle de pouvoir se souvenir des objets, des images et des sons dans les moindres détails.

 

Je m'étonne toujours de ton don quichottisme.

Littré, Don Quichottisme : Folie du Don Quichotte, habitude ou manie de soutenir, à tort et à travers, quelquefois même par les armes, la justice, la vertu, les bonnes moeurs, etc. C'est du don-quichottisme tout pur. S'adresser à l'amant [pour sauver la vertu de la femme] avait un caractère de don-quichottisme par trop ridicule, CH. DE BERNARD, Un acte de vertu.

 

Et moi je ne m'étonne plus que tu t'en étonnes.

Reprise de étonne, la répétition marque l'ironie.

 

À quoi bon m'en rebattre les oreilles.

> Ne pas confondre : alcoolique, alcoolisé – rabattre, rebattre - amener, apporter – geai, jais - jadis, naguère – plutôt, plus tôt

 

Veux-tu ainsi m'abalourdir, à ressasser toujours ?
 
Littré. Abalourdir (populaire) rendre balourd, hébété.
ressasser palindrome (on lit le mot à l'endroit et à l'envers).

 

tes chimères ne soient près de nous faire courir un grand danger 

Ne pas confondre : sortir, assortir, ressortir - quelquefois, quelques fois – davantage, d'avantage – bientôt, bien tôt – sitôt, si tôt - près de, prêt à

 

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LES DÉLIRES DE MAMIEHIOU - TITRES DES ÉPISODES

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2 octobre 2012 2 02 /10 /octobre /2012 05:11

 

Question préliminaire : Les phrases suivantes sont-elles correctes ?

Que vous me suppliez de me taire ne me rendra pas moins bavarde.

Il faudrait que vous criez bien fort pour que je vous entende.

Il ne faut pas que vous veillez aussi tard pour me voir dormir.

Je suis surprise que vous repeignez mon appartement en mon absence.

La réponse est à la fin de l'article

 

Suite de l'article :

Ne pas confondre

l'indicatif présent et le subjonctif présent de certains verbes

 

Pour faire cet exercice et si vous n'êtes pas sûr de vous,

reportez-vous à l'article :

Comment déjouer les difficultés de la conjugaison du subjonctif

 

Certains verbes conjugués aux deux personnes du pluriel nous et vous peuvent avoir la même forme à l'indicatif imparfait et au subjonctif présent

 

Exemple

À cette époque, nous rêvions d'aventure. Indicatif imparfait

Faut-il aujourd'hui encore que vous rêvions d'aventure ? Subjonctif présent.

 

Vous agissiez sans états d'âme quand vous étiez jeune. Indicatif imparfait

Il se peut que vous agissiez toujours sans états d'âme. Subjonctif présent.

 

 

Écrivez le verbe surligné avec la terminaison -IONS ou -IEZ et trouvez le mode et le temps employés

Ind

imp

Subj

prés

Il est impossible que nous voyager dans cette charrette.

 

 

Nous prendre nos jambes à notre cou à chaque fois que le taureau sautait la barrière.

 

 

Nous partir tôt le matin pour faire notre jogging de trente kilomètres.

 

 

Nous ne l'écouter pas pour ne pas nous énerver.

 

 

Il arrive parfois que nous remplir notre devoir, à notre corps défendant.

 

 

Bien que nous éclater de rire en le voyant si ridicule avec son sombrero, il continue sa marche, calme et droit.

 

 

Vous me saluer bien bas quand je vous prêtais de l'argent.

 

 

Si vous me donner un gros billet, je ne vous rendrais pas la monnaie. Tenez-vous le pour dit.

 

 

Soyez généreux avec moi à la condition que vous ne demander jamais de vous rendre service.

 

 

Je vous vois trembler de peur bien que vous ne craindre rien.

 

 

À supposer que vous vous saigner à blanc pour renflouer mes dettes, je ne vous accorderai aucune reconnaissance.

 

 

Que vous me prier chaque jour de vous donner un coup de main, ne changera rien à mes refus.

 

 

Il faudra que vous recopier cette lettre sans fautes et que vous vous méfier désormais de votre orthographe.

 

 

 

Correction

Ind

imp

Subj

prés

Il est impossible que vous voyagions dans cette charrette.

 

x

Nous prenions nos jambes à notre cou à chaque fois que le taureau sautait la barrière.

x

 

Nous partions tôt le matin pour faire notre jogging de trente kilomètres.

x

 

Nous ne l'écoutions pas pour ne pas nous énerver.

x

 

Il arrive parfois que nous remplissions notre devoir, à notre corps défendant.

 

x

Bien que nous éclations de rire en le voyant si ridicule avec son sombrero, il continue sa marche, calme et droit.

 

x

Vous me saluiez bien bas quand je vous prêtais de l'argent.

x

 

Si vous me donniez un gros billet, je ne vous rendrais pas la monnaie. Tenez-vous le pour dit.

x

 

Soyez généreux avec moi à la condition que vous ne demandiez jamais de vous rendre service.

 

x

Je n'accepte jamais rien de vous pour que vous me laissiez tranquille.

 

x

Je vous vois trembler de peur bien que vous ne craigniez rien.

 

x

A supposer que vous vous saigniez à blanc pour renflouer mes dettes, je ne vous accorderai aucune reconnaissance.

 

x

Que vous me priiez chaque jour de vous donner un coup de main, ne changera rien à mes refus.

 

x

Il faudra que vous recopiiez cette lettre sans fautes et que vous vous méfiiez désormais de votre orthographe.

 

x

 

Attention aux verbes se terminant par iller, igner, ier, yer

-EZ à l'indicatif présent

-IEZ à l'indicatif imparfait et au subjonctif présent

-illez,-illiez

vous pillez / que vous pilliez, vous baillez, que vous bailliez

-gnez, -gniez

vous craignez / que vous craigniez, vous feignez, que vous feigniez

-iez, -iiez

vous criez / que vous criiez, vous vous fiez/ que vous vous fiiez

-yez, -yiez

que vous payez / que vous payiez, que vous vous appuyez / que vous vous appuyiez

De même pour nous

nous veillons / que nous veillions

nous peignons / que nous peignions

nous prions / que nous priions

nous ennuyons / nous ennuyions

Il n'y a pas de différence de prononciation : on n'entend pas le i de la terminaison dans ces cas.

 

Pour en savoir >> Valeurs et emplois du subjonctif
Voir d'autres articles sur le subjonctif dans :

Le français dans tous ses états :

 

Les verbes difficiles conjugués à l'indicatif présent, au passé simple, au subjonctif présent et au subjonctif imparfait

 

et les exercices :

Quiz 28 Ex. n°1 sur le subjonctif -Trouver le mot qu'il faut 
 

Quiz 29 Ex. n°2 sur le subjonctif - Passé simple ou imparfait du subjonctif ? Passé antérieur ou plus-que parfait du subjonctif ? 

 

Quiz 42 Ex n°3 sur le subjonctif - Entraînement à l'emploi des verbes au subjonctif présent et imparfait.

 

Quiz 54 Ex. n°4 sur le subjonctif - Ne pas confondre l'indicatif présent et le subjonctif présent 

 

Exercice d'entraînement à l'emploi des conjonctions de subordination pour affiner votre pensée et améliorer votre style 

 

>>  Récapitulation des articles "Ne pas confondre..." 

 

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Les phrases suivantes sont-elles correctes ?

Que vous me suppliez de me taire ne me rendra pas moins bavarde.

Il faudrait que vous me voyez habillée en clown pour vous dérider.

Je suis surprise que vous peignez mon appartement en mon absence.

Il ne faut pas que vous veillez aussi tard pour me voir dormir.

 

CORRECTION

Ces phrases comportent toutes une faute : le subjonctif présent est mal orthographié dans les subordonnées. La terminaison du subjonctif présent est -IEZ à la 2e personne du pluriel. On remarque qu'on n'entend pas le i et qu'il y a confusion avec l'indicatif présent.

vous suppliez, suppliiez - vous voyez, vous voyiez, vous peignez, vous peigniez, vous veillez, vous veilliez. Il en va de même avec la 1ère personne du pluriel NOUS : nous suppliions, nous voyions, etc.

D'où l'intérêt de savoir repérer le subjonctif.

Que vous me suppliiez de me taire ne me rendra pas moins bavarde.

Il faudrait que vous me voyiez habillée en clown pour vous dérider.

Il ne faut pas que vous veilliez aussi tard pour me voir dormir.

Je suis surprise que vous repeigniez mon appartement en mon absence.

Remarque :

Mais on aurait : Je suis surprise de ce que vous repeignez mon appartement. (ici peignez est l'indicatif présent)

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1 octobre 2012 1 01 /10 /octobre /2012 11:39

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Pour faire cet exercice et si vous n'êtes pas sûr de vous,

reportez-vous à l'article :

La conjugaison des verbes au subjonctif - comment déjouer ses difficultés

 RAPPEL : Tous les verbes au subjonctif présent se terminent par -E -ES -E -IONS -IEZ -ENT

sauf être et avoir 

 

Ne pas confondre l'indicatif  présent et  le subjonctif présent des 3 personnes du singulier je tu il/elle, et de la 3e personne du pluriel ils/elles des verbes ayant la même terminaison -E, -ES, -E, -ENT.

Les verbes qui ont la même forme à l'indicatif ou au subjonctif sont ceux du 1er groupe et quelques-uns du 3e groupe.

 

Trouvez le mode et le temps des verbes surlignés

Mettez une croix dans la colonne correspondante

Ind

prés

Subj

prés

Je ne voudrais pas que tu cueilles mes fleurs pour les offrir à quelqu'un d'autre.

 

 

Tu dois me regarder bien en face aussi longtemps que je te parle, je te prie !

 

 

Sois gentil avec elle même si tu la trouves très désagréable.

 

 

Supposez qu'elle refuse de venir, que ferai-je ?

 

 

Partirons-nous s'il neige demain ?

 

 

Fais comme tu le penses.

 

 

Il n'était pas nécessaire qu'ils achètent toutes ces victuailles.

 

 

Je n'espère pas que tu me demandes l'impossible.

Voir l'article sur espérer : Espérer que - J'espère que, je n'espère pas que, espérez-vous que

 

 

Elle ne cesse de gronder cet enfant quoiqu'il reste toujours bien tranquille.

 

 

Que tu me parles ainsi ne m'émeut guère.

 

 

Je sais déjà ce que tu veux avant que tu ne prononces un mot.

 

 

Mon chat ronronne sans que je le caresse.

 

 

Pensez-vous qu'il lui offre trop de cadeaux ?

 

 

Elle me dit qu'elle m'aime bien.

 

 

Elle sait pourtant que je ne l'aime pas du tout.

 

 

Je vois qu'elle mange avec appétit.

 

 

Je ne sais pas ce que je ferais pour qu'il m'adresse la parole

 

 

Je leur ai donné une bonne gifle afin qu'elles me laissent tranquilles.

 

 

Je n'aurais jamais cru qu'il me prête la main pour escalader ce tertre. Le galant homme !

 

 

 

 

Un truc pour déterminer si l'on a affaire à un indicatif ou à un subjonctif : on remplace le verbe par le verbe faire qui est différent à l'indicatif et au subjonctif :

Je ne voudrais pas que tu cueilles... >> que tu fasses... subjonctif

Tu dois me regarder bien en face aussi longtemps que je te parle... >> que je te fais... indicatif

 

 

 

Correction

Ind

prés

Subj

prés

Je ne voudrais pas que tu cueilles mes fleurs pour les offrir à quelqu'un d'autre.

 

x

Tu dois me regarder bien en face aussi longtemps que je te parle, je te prie !

x

 

Sois gentil avec elle même si tu la trouves très désagréable.

x

 

Supposez qu'elle refuse de venir, que ferai-je ? 

 

x

Partirons-nous s'il neige demain ?

x

 

Fais comme tu le penses.

x

 

Il n'était pas nécessaire qu'ils achètent toutes ces victuailles.

 

 

Je n'espère pas que tu me demandes l'impossible. 

 

x

Elle ne cesse de gronder cet enfant quoiqu'il reste toujours bien tranquille.

 

x

Que tu me parles ainsi ne m'émeut guère.

 

x

Je sais déjà ce que tu veux avant que tu ne prononces un mot.

 

x

Mon chat ronronne sans que je le caresse.

 

x

Pensez-vous qu'il lui offre trop de cadeaux ?

x

 

Elle me dit qu'elle m'aime bien.

x

 

Elle sait pourtant que je ne l'aime pas du tout.

x

 

Je vois qu'elle mange avec appétit.

x

 

Je ne sais pas ce que je ferais pour qu'il m'adresse la parole

 

x

Je leur ai donné une bonne gifle afin qu'elles me laissent tranquilles.

 

x

Je n'aurais jamais cru qu'il me prête la main pour escalader ce tertre.

 

x

 

 

Un autre truc pour savoir si l'on a un indicatif présent ou un subjonctif présent, on remplace le sujet par vous (ou par nous)

Mais attention aux verbes se terminant par iller, igner, ier, yer (voir ci-dessous)*
 

 

Remplacez par vous le pronom surligné

Si c'est l'indicatif présent, on a une terminaison en -EZ

Si c'est le subjonctif présent, on a une terminaison en -IEZ

Ind

prés

 

-EZ

Subj

prés

 

-IEZ

Je ne voudrais pas que tu cueilles mes fleurs pour les offrir à quelqu'un d'autre.

 

x

Tu dois me regarder bien en face aussi longtemps que tu me parles.

x

 

Il faut être gentil avec elle même si tu la trouves très désagréable.

x

 

À supposer qu'elle refuse de venir, que ferai-je?

 

x

Il faut agir comme tu le penses.

x

 

Il n'était pas nécessaire qu'ils achètent toutes ces victuailles.

 

x

Je n'espère pas que tu me demandes l'impossible. 

 

x

Elle ne cesse de le gronder quoiqu'il reste toujours bien tranquille.

 

x

Que tu me parles ainsi ne m'émeut guère.

 

x

Je sais déjà ce qu'il va se passer avant que tu ne prononces un mot.

 

x

Mon chat ronronne sans que je le caresse.

 

x

Pensez-vous qu'il lui offre trop de cadeaux ?

x

 

Elle me dit qu'elle m'aime bien.

x

 

Je vois qu'elle mange avec appétit.

x

 

Je ne sais pas ce que je ferais pour qu'il m'adresse la parole

 

x

Je leur ai donné une bonne gifle afin qu'elles me laissent tranquilles.

 

x

Je serais ravie qu'il me prête la main pour escalader ce tertre.

 

x

 

 Correction

Si c'est l'indicatif présent, on a une terminaison en -EZ

Si c'est le subjonctif présent, on a une terminaison en -IEZ

nd

prés 

-EZ

Subj

prés 

-IEZ

Je ne voudrais pas que vous cueilliez mes fleurs pour les offrir à quelqu'un d'autre.

 

x

Vous devez me regarder bien en face aussi longtemps que vous me parlez

x

 

Il faut être gentil avec elle même si vous la trouvez très désagréable.

x

 

À supposer que vous refusiez de venir, que ferai-je?

 

x

Il faut agir comme vous le pensez.

x

 

Il n'était pas nécessaire que vous achetiez toutes ces victuailles.

 

x

Je n'espère pas que vous me demandiez l'impossible. 

 

x

Elle ne cesse de vous gronder quoique vous restiez toujours bien tranquille.

 

x

Que vous me parliez ainsi ne m'émeut guère.

 

x

Je sais déjà ce qui va se passer avant que vous ne prononciez un mot.

 

x

Mon chat ronronne sans que vous le caressiez.

 

x

Pensez-vous que vous m'offrez trop de cadeaux ? (ou offriez)

x ou

x

Elle me dit que vous m'aimez bien bien.

x

 

Je vois que vous mangez avec appétit.

x

 

Je ne sais pas ce que je ferais pour que vous m'adressiez la parole

 

x

Je vous ai donné une bonne gifle afin que vous me laissiez tranquille.

 

x

Je serais ravie vous me prêtiez la main pour escalader ce tertre.

 

x

Je ne voudrais pas que tu cueilles mes fleurs pour les offrir à quelqu'un d'autre.

>> Je ne voudrais pas que vous cueilliez mes fleurs pour les offrir à quelqu'un d'autre. Ne pas oublier le i de -iez 

 

*Attention aux verbes se terminant par iller, igner, ier, yer

-EZ à l'indicatif présent

-IEZ à l'indicatif imparfait et au subjonctif présent

-illez,-illiez

vous pillez / que vous pilliez, vous baillez, que vous bailliez

-gnez, -gniez

vous craignez / que vous craigniez, vous feignez, que vous feigniez

-iez, -iiez

vous criez / que vous criiez, vous vous fiez/ que vous vous fiiez

-yez, -yiez

que vous payez / que vous payiez, que vous vous appuyez / que vous vous appuyiez

De même pour nous

nous veillons / que nous veillions

nous peignons / que nous peignions

nous supplions / que nous suppliions

nous ennuyons / nous ennuyions

Il n'y a pas de différence de prononciation : on n'entend pas le i de la terminaison dans ces cas.

 

Certains verbes du 3ème groupe se prononcent de la même façon à l'indicatif présent et au subjonctif présent mais s'écrivent différemment.

 

Écrivez correctement les verbes et complétez les colonnes

Ind

prés

Subj

prés

J'aimerais bien que tu crois – croies ce que je te dis.

 

 

Je ne crois pas que tu pourras partir sans que je te vois - voie

 

 

Je sais que tu crois – croies tout ce que tu vois – voies.

 

 

Que tu crois – croies toujours ce qu'on te raconte ne m'étonne guère.

 

 

Il ne faut pas que tu la crois - croies plus intelligente que toi.

 

 

Fais ce que tu crois – croies être juste

 

 

Qu'il me croit – croie, ou qu'il ne me croit – croie pas, que m'importe !

 

 

Correction

Ind

prés

Subj

prés

J'aimerais bien que tu croies ce que je te dis.

 

croies

Je ne crois pas que tu pourras partir sans que je te voie

 

voie

Je sais que tu croies tout ce que tu vois.

vois

croies

Que tu croies toujours ce qu'on te raconte ne m'étonne guère.

 

croies

Il ne faut pas que tu la croies plus intelligente que toi.

 

croies

Fais ce que que tu crois être juste

crois

 

Qu'il me croie, ou qu'il ne me croie pas, que m'importe !

 

croie

 

Conjuguez croire et voir avec les sujets vous ou nous.

Attention ! -ons ou -ions, -ez ou -iez

Tu aimerais bien que nous -croire- ce que tu nous dis.

Je ne crois pas que je pourrai partir sans que vous me -voir-

Je sais que vous -croire- tout ce que vous -voir-.

Que vous -croire- toujours ce qu'on vous raconte ne m'étonne guère.

Il ne faut pas que nous la -croire- plus intelligente que toi.

Faites ce que que vous -croire- être juste

Que vous me -croire- ou que vous ne me -croire- pas, que m'importe !

 

Correction

Tu aimerais bien que nous croyions ce que tu nous dis.

Je ne crois pas que je pourrai partir sans que vous me voyiez.

Je sais que vous croyez tout ce que vous voyez.

Que vous croyiez toujours ce qu'on vous raconte ne m'étonne guère.

Il ne faut pas que nous la croyions plus intelligente que toi.

Faites ce que que vous croyez être juste

Que vous me croyiez ou que vous ne me croyiez pas, que m'importe !

Article suivant :

Ne pas confondre l'indicatif imparfait et le subjonctif présent de certains verbes

 

Pour en savoir +

Valeurs et emplois du subjonctif
Voir d'autres articles sur le subjonctif dans :

Le français dans tous ses états :

 

Les verbes difficiles conjugués à l'indicatif présent, au passé simple, au subjonctif présent et au subjonctif imparfait

 

et les exercices :

Quiz 28 Ex. n°1 sur le subjonctif -Trouver le mot qu'il faut 

Quiz 29 Ex. n°2 sur le subjonctif - Passé simple ou imparfait du subjonctif ? Passé antérieur ou plus-que parfait du subjonctif ? 

 

Quiz 42 Ex n°3 sur le subjonctif - Entraînement à l'emploi des verbes au subjonctif présent et imparfait.   

 

Quiz 55 Ex. n° 5 sur le subjonctif - Ne pas confondre l'indicatif imparfait et le subjonctif présent

 

Exercice d'entraînement à l'emploi des conjonctions de subordination pour affiner votre pensée et améliorer votre style 

 

Récapitulation des articles "Ne pas confondre..."  

 

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29 septembre 2012 6 29 /09 /septembre /2012 09:29

 

Verbes impersonnels

Le sujet est il

 

1-Le temps qu'il fait

Il pleut, il pleuvine, il pleuvote , il pleuviote, il pleuvasse, il pleuvoche1, il pluviote, il crachine, il mouillanche, il bruine, il brumasse, il brouillasse, il neige, il neigeote, il vente...

Et comme on dit en gaga2 : ça mouillanche pour il crachine.

 

Comptine - Il pleut, il mouille, c'est la fête à la grenouille !

 

Il pleut des hallebardes, il pleut des cordes...

(hallebardes, cordes, sujets réels de pleuvoir)

 

Ces verbes peuvent avoir des tournures personnelles :

Les balles pleuvaient à Gravelotte3.

Les promesses pleuvent dans son discours.

Les pétales neigeront bientôt dans la cerisaie. 

 

2-Il faut - il y a / il est - il s'agit de

Il faut partir.

         partir infinitif, sujet réel

>>partir est obligatoire, nécessaire, recommandé...

Il faut des pommes pour la tarte.

         des pommes substantif, sujet réel

Il faudrait que tu comprennes pour apprendre.

que tu comprennes pour apprendre, la complétive est sujet réel

complétive = proposition subordonnée conjonctive introduite par la conjonction de subordination que.

Il n'y a pas d'espoir.

espoir est sujet réel

Il n'y eut jamais rien de bon chez lui.

Il y a que je l'aimerai toujours, ne t'en déplaise !

Il y a que, style familier

Il est des vérités qu'on ne veut point connaître.

Style soutenu et littéraire

Il ne s'agit pas de faire n'importe quoi.

S'agissant de votre fils, je n'ajouterai rien qui puisse vous ennuyer.

 

3-Faire – Se faire

Il fait chaud. Il fait froid. Il fait vilain. Il fait beau. Il fait bon. Il fait de l'orage. Il fait du vent. Il fait un temps de chien. Il fait un froid de canard. Il fait une belle journée. Il fait des éclairs...

Vous parlez des éclairs qu'il a fait hier ?

>> fait, participe passé. Le participe passé des verbes impersonnels est invariable

Il fait jour. Il fait nuit. Il fait sombre, Il fait noir. Il fait clair.

Il fait triste. Il fait gai.

Il fait bon de ne pas travailler le dimanche.

Expressions familières : Il fait faim, il fait soif, il fait sommeil.

 

Il se fait un vacarme dans cette classe !

Comment se fait-il que vous ne veniez pas tous les jours ?

 

4-Locutions

il ferait beau voir (de/que) = Il serait incroyable de voir, il serait bien étrange de voir.

Il ferait beau voir qu'on ne me permette pas de dépenser mon argent comme je l'entends !

Il ferait beau voir de m'empêcher de regarder la télé toute la nuit.

 

Il y a beau jour (que), il y a beau temps (que), il y a belle lurette4 (que).

= Il y a longtemps (que)

Il y a belle lurette que je n'ai pas escaladé le Piton de la Fournaise !

Nos éducateurs, il y a beau temps, nous avaient appris le respect des autres.

Il y a beau jour que j'ai renoncé à mon amour propre.

 

 

Verbes personnels

construits impersonnellement

 

Il est (l n'est pas) + adjectif + que/de

Il est bon, il n'est pas bon (nécessaire, possible, utile, interdit, facile, etc.) que/de...

il n'est pas bon que l'homme n'ait pas de morale.

Il est indispensable que vous fassiez venir un clown pour me distraire.

Il est inutile de venir, vous ne manquerez à personne.

Les complétives et les infinitifs sont les sujets réels. 

 

Il suffit, il reste, il vaut mieux, il convient, il est question de, il semble5, il paraît, etc...

Il n'a été question que de son attitude inacceptable.

Il conviendrait que vous soyez plus à l'écoute d'autrui.

Il reste cinq euros dans ma tirelire, je vais m'éclater !

 

Verbes à la voix passive

Il ne fut discuté que de violences à l'école.

Il m'a été recommandé de me tenir coi.

 

Pour un effet de redondance

Il est arrivé quelque chose d'effroyable en Norvège en juillet 2011.

Il est tombé des cordes la semaine dernière.

 

......................................................

 

1-L'Académie ne reconnaît pas : pleuvocher, pluvioter, mouillancher.

 

2-le gaga, le parler stéphanois (de Saint-Étienne et de sa région)

 

3- Il pleuvait comme à Gravelotte.

Voir l'expression pleuvoir comme à Gravelotte dans l'article :

Comparaisons – léger comme... méchante comme... long comme... nu comme... sourd comme... solide comme... ronfler comme... sauter comme... battre comme... jurer comme... menteur comme... pleuvoir comme... QUIZ 52

 

4-Il y a belle lurette, depuis belle lurette

belle lurette vient de la métanalyse de l'expression belle heurette (petite heure).

Pour en savoir + sur la métanalyse, voir la note du texte : 69 Délires dans un drôle de pays de cocagne + La métanalyse

 

5-il semble, il paraît

Il semble que, il me semble que, il paraît que + Indicatif ou subjonctif ?

 

.................................................................................

 

LE FRANÇAIS DANS TOUS SES ÉTATS

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26 septembre 2012 3 26 /09 /septembre /2012 06:43

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Lire aussi : Les modes et les temps - Ne pas les confondre - Le mode est un point de vue -  Le conditionnel est-il un mode ?

 

 

 

 

 

 

LES MODES

LES TEMPS

Les temps simples

Les temps composés avec un auxiliaire :

avoir ou être*
+ le participe passé

 

 

 

 

EXEMPLES 

L'indicatif 

Le présent

Je lis cet article.

Deux et deux font quatre

  

Le passé composé

(auxiliaire au présent + participe passé)

J'ai mangé tout le chocolat.

Tu n'en es pas revenu.

 

L'imparfait

Tu regardais la télé et je faisais le ménage !

 

Le plus-que-parfait

(auxiliaire à l'imparfait + participe passé)

 

 

J'avais mis tout mon coeur dans ce projet et voilà que tu as démoli mes espoirs.

Elle était tombée  dans le piège depuis dix heures quand je l'ai retrouvée.

 

Le passé simple

Il partit tôt ce jour-jà

 

Le passé antérieur

(auxiliaire au passé simple + participe passé)

Nous nous réjouîmes après que nous eûmes projeté de faire une excursion.

 

Sitôt qu'il se fut décidé à venir avec nous, notre joie s'évanouit.

 

Le futur

Je partirai demain

 

Le futur antérieur

(auxiliaire au futur + participe passé)

J'aurai fini d'écrire mes courriels avant toi.

Je serai arrivé avant la nuit.

Le conditionnel

aujourd'hui considéré comme un temps de l'indicatif


Le futur du passé > conditionnel présent

Tu m'as dit qu'il viendrait à 6 heures.

Cela correspond au style direct : Tu m'as dit : "Il viendra à 6h."

 

Le futur antérieur du passé > conditionnel passé

(auxiliaire au conditionnel présent + participe passé

Il m'a dit que je l'aurais manqué de peu.

Cela correspond au style direct : Il m'a dit  : "Tu m'auras manqué de peu."
 

Je t'ai dit qu'il se serait réveillé avant tout le monde

Cela correspond au style direct : Je t'ai dit : "Il se sera réveillé avant tout le monde."

 

Le futur hypothétique > conditionnel présent

Je ferais le tour du monde si j'avais une petite voiture.

 

Le futur hypothétique du passé > conditionnel passé :

1°première forme

(auxiliaire au conditionnel présent + part. passé)
 

2°deuxième forme

auxiliaire au subjonctif imparfait + participe passé

(comme le subjonctif plus-que-parfait, voir ci-dessous) 

 
 

1°Tu aurais décroché le gros lot si tu avais deviné le bon numéro.
 

 

2°Je vous eusse embrassée si vous me l'eussiez permis.

 

 

 

 

 

 L'impératif

Le présent

Ne parle pas ! Tais-toi !

 

Le passé

auxiliaire à l'impératif présent + participe passé

Sois arrivée avant moi !

Aie vidé la poubelle avant que je te le rappelle.

Le subjonctif


 

Le présent

Il joue aussi le rôle du futur.

Je veux que tu me fasses plaisir.

Il faut que tu me croies et que tu penses que j'ai raison.

 

Le passé


auxiliaire au subjonctif présent + participe passé

Il est douteux qu'il t'ait reconnue dans cet accoutrement

Tu es tellement contente que je sois venu !

 

Imparfait

Était-il possible qu'il vînt ?

 

Il n'a jamais voulu que je me fisse plus bête que j'étais.

 

Je n'ai jamais supporté qu'il me donnât son avis.

 

Le plus-que-parfait


auxiliaire au subjonctif imparfait + participe passé

...

le subjonctif plus-que-parfait peut avoir la valeur du conditionnel passé (2e forme)

Aurais-je pu lui demander de décrocher la lune s'il m'eût déclaré sa flamme ?

Je croyais que vous m'eussiez aimé plus longtemps

 

...

Je n'eusse pas gravi cette montagne par mes propres moyens.

> je n'aurais pas gravi...

(conditionnel passé 1ère forme)

Qui l'eût cru ?

> Qui l'aurait cru ?

L'infinitif


Le présent

Cessez donc de discourir !

Il aime se moquer des gens.

 

Le passé

auxiliaire à l'infinitif + participe passé

Je suis fatigué d'avoir discouru pour dire des âneries.

Il m'a vexé de s'être moqué de moi.

Le participe


Le présent

Comprenant mon erreur, je me tins à carreau.

 

Le passé

1°participe passé (compris, dressé)

2°participe passé composé : auxiliaire au participe présent + participe passé (ayant compris, s'étant dressé)

Ayant compris que je n'arriverais jamais à te faire avaler ma soupe, j'ai abandonné la partie.

L'ours s'étant dressé devant moi, j'ai pris mes jambes à mon cou.

Le gérondif

 

 en + participe présent

Il s'est étouffé en mangeant son cassoulet, le goinfre !

Le gérondif composé

avec un auxiliaire

 

Il est devenu aveugle en ayant regardé de trop près ce qu'il ne fallait pas voir.

 

* Attention

Ne confondons pas l'auxiliaire être d'un temps composé et l'auxiliaire être de la voix passive.

 

Je me suis passé de vous pour faire cet exercice sportif bien difficile.

Verbe se passer au passé composé - voix active

Pourquoi serais-tu venue me voir ?

verbe venir au conditionnel passé - voix active

Je ne suis pas autorisé à vous mettre en danger.

verbe autoriser au présent de l'indicatif - voix passive

> on ne m'autorise pas...

J'aurais bien été battue par cet énergumène si je ne lui avais pas brandi mon révolver sous le nez.

verbe battre au conditionnel passé - voix passive

> cet énergumène m'aurait battu...

Qu'il ait été battu à plates coutures ne m'a pas étonné.

verbe battre au subjonctif passé - voix passive

Qu'on l'ait battu...

La nuit étant tombée depuis longtemps, nous nous réfugiâmes dans un endroit abrité.

verbe tomber au participe passé composé - voix active (les verbes intransitifs n'ont pas de voix passive)

Ayant été mordue par ton chien, je ne viendrai plus te voir.

Verbe mordre au participe passé composé - voix passive

Ton chien m'ayant mordue...

 

RETOUR AU DEBUT DE L'ARTICLE 

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Pour en savoir + 

Valeurs et emplois du subjonctif

La conjugaison des verbes au subjonctif - comment déjouer ses difficultés

Les verbes difficiles conjugués à l'indicatif présent, au passé simple, au subjonctif présent et au subjonctif imparfait

Le conditionnel ne serait-il plus un mode ? + Exercice d'application

Entraînement à l'emploi des verbes au subjonctif présent et imparfait. Exercices sur le subjonctif n°3 - QUIZ 42

La concordance des temps dans les propositions subordonnées + Le style (ou le discours) direct et indirect

Règles de l'accord des participes passés

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23 septembre 2012 7 23 /09 /septembre /2012 14:48

FLORILÈGE

 

IIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII

 Un florilège de textes sélectionnés par mamiehiou

IIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII

                                                                  

 

-23-

 

Dictionnaire philosophique - Zoroastre

 

Voltaire ( 1694-1778)

Écrivain et philosophe des Lumières

 

 

Le zoroastrisme, l'ancienne religion perse.

 

On lit Candide, Zadig ou Micromégasles Contes de Voltaire sont au programme de français du bac - mais ouvre-t-on encore son Dictionnaire philosophique ?

Je vous donne l'article sur Zoroastre seulement pour rire de cette histoire en forme de conte, comme Voltaire savait si bien en écrire

Sachez bien sûr que je ne veux en rien choquer quelque sensibilité que ce soit – on ne sait jamais ! Voltaire ne se souciait d'ailleurs guère de ce détail.

 

Vous l'aurez compris, j'aime Voltaire.

 

Zoroastre inspirera Nietsche pour son conte philosophique : Also sprach Zarathustra. Ein Buch für Alle und Keinen : Ainsi parlait Zarathoustra ou Ainsi parla Zarathoustra. Un livre pour tous et pour personne ( publication 1883-1885).

 

 

Entrée dans le Dictionnaire philosophique page 616 : 

ZOROASTRE

 

Si c’est Zoroastre qui le premier annonça aux hommes cette belle maxime : « Dans le doute si une action est bonne ou mauvaise, abstiens-toi, » Zoroastre était le premier des hommes après Confucius.

Si cette belle leçon de morale ne se trouve que dans les cent Portes du Sadderlongtemps après Zoroastre, bénissons l’auteur du Sadder. On peut avoir des dogmes et des rites très-ridicules avec une morale excellente.

 Qui était ce Zoroastre ? Ce nom a quelque chose de grec, et on dit qu’il était Mède. Les Parsis d’aujourd’hui l’appellent Zerdust, ou Zerdast, ou Zaradast, ou Zarathrust. Il ne passe pas pour avoir été le premier du nom. On nous parle de deux autres Zoroastres [sic], dont le premier a neuf mille ans d’antiquité ; c’est beaucoup pour nous, quoique ce soit très-peu pour le monde.

Nous ne connaissons que le dernier Zoroastre.

Les voyageurs français Chardin et Tavernier nous ont appris quelque chose de ce grand prophète, par le moyen des Guèbres ou Parsis, qui sont encore répandus dans l’Inde et dans la Perse, et qui sont excessivement ignorants. Le docteur Hyde, professeur en arabe dans Oxford, nous en a appris cent fois davantage sans sortir de chez lui. Il a fallu que dans l’ouest de l’Angleterre il ait deviné la langue que parlaient les Perses du temps de Cyrus, et qu’il l’ait confrontée avec la langue moderne des adorateurs du feu.

C’est à lui surtout que nous devons ces cent Portes du Sadder, qui contiennent tous les principaux préceptes des pieux ignicoles.

Pour moi, j’avoue que je n’ai rien trouvé sur leurs anciens rites de plus curieux que ces deux vers persans de Sadi, rapportés par Hyde :

Qu’un Perse ait conservé le feu sacré cent ans,
Le pauvre homme est brûlé quand il tombe dedans.

Les savantes recherches de Hyde allumèrent, il y a peu d’années, dans le cœur d’un jeune Français, le désir de s’instruire par lui-même des dogmes des Guèbres.

Il fit le voyage des Grandes-Indes pour apprendre dans Surate, chez les pauvres Parsis modernes, la langue des anciens Perses, et pour lire dans cette langue le livre de ce Zoroastre si fameux, supposé qu’en effet il ait écrit.

Les Pythagore, les Platon, les Apollonius de Tyane, allèrent chercher autrefois en Orient la sagesse, qui n’était pas là. Mais nul n’a couru après cette divinité cachée, à travers plus de peines et de périls que le nouveau traducteur français des livres attribués à Zoroastre. Ni les maladies, ni la guerre, ni les obstacles renaissants à chaque pas, ni la pauvreté même, le premier et le plus grand des obstacles, rien n’a rebuté son courage.

Il est glorieux pour Zoroastre qu’un Anglais ait écrit sa vie au bout de tant de siècles, et qu’ensuite un Français l’ait écrite d’une manière tout différente. Mais ce qui est encore plus beau, c’est que nous avons, parmi les biographes anciens du prophète, deux principaux auteurs arabes, qui précédemment écrivirent chacun son histoire ; et ces quatre histoires se contredisent merveilleusement toutes les quatre. Cela ne s’est pas fait de concert ; et rien n’est plus capable de faire connaître la vérité.

Le premier historien arabe, Abu-Mohammed Moustapha, avoue que le père de Zoroastre s’appelait Espintaman ; mais il dit aussi qu’Espintaman n’était pas son père, mais son trisaïeul. Pour sa mère, il n’y a pas deux opinions : elle s’appelait Dogdu, ou Dodo, ou Dodu : c’était une très-belle poule d’Inde ; elle est fort bien dessinée chez le docteur Hyde.

Bundari, le second historien, conte que Zoroastre était Juif, et qu’il avait été valet de Jérémie ; qu’il mentit à son maître ; que Jérémie, pour le punir, lui donna la lèpre ; que le valet, pour se décrasser, alla prêcher une nouvelle religion en Perse, et fit adorer le soleil au lieu des étoiles.

Voici ce que le troisième historien raconte, et ce que l’Anglais Hyde a rapporté assez au long :

Le prophète Zoroastre étant venu du paradis prêcher sa religion chez le roi de Perse Gustaph, le roi dit au prophète : « Donnez-moi un signe. » Aussitôt le prophète fit croître devant la porte du palais un cèdre si gros, si haut, que nulle corde ne pouvait ni l’entourer, ni atteindre sa cime. Il mit au haut du cèdre un beau cabinet où nul homme ne pouvait monter. Frappé de ce miracle, Gustaph crut à Zoroastre.

Quatre mages ou quatre sages (c’est la même chose), gens jaloux et méchants, empruntèrent du portier royal la clef de la chambre du prophète pendant son absence, et jetèrent parmi ses livres des os de chiens et de chats, des ongles et des cheveux de morts, toutes drogues, comme on sait, avec lesquelles les magiciens ont opéré de tout temps. Puis ils allèrent accuser le prophète d’être un sorcier et un empoisonneur. Le roi se fit ouvrir la chambre par son portier. On y trouva les maléfices, et voilà l’envoyé du ciel condamné à être pendu.

Comme on allait pendre Zoroastre, le plus beau cheval du roi tombe malade ; ses quatre jambes rentrent dans son corps, tellement qu’on n’en voit plus. Zoroastre l’apprend ; il promet qu’il guérira le cheval, pourvu qu’on ne le pende pas. L’accord étant fait, il fait sortir une jambe du ventre, et il dit : « Sire, je ne vous rendrai pas la seconde jambe que vous n’ayez embrassé ma religion. — Soit, dit le monarque. » Le prophète, après avoir fait paraître la seconde jambe, voulut que les fils du roi se fissent zoroastriens ; et ils le furent. Les autres jambes firent des prosélytes de toute la cour. On pendit les quatre malins sages au lieu du prophète, et toute la Perse reçut la foi.

Le voyageur français raconte à peu près les mêmes miracles, mais soutenus et embellis par plusieurs autres. Par exemple, l’enfance de Zoroastre ne pouvait pas manquer d’être miraculeuse ; Zoroastre se mit à rire dès qu’il fut né, du moins à ce que disent Pline et Solin. Il y avait alors, comme tout le monde le sait, un grand nombre de magiciens très-puissants ; et ils savaient bien qu’un jour Zoroastre en saurait plus qu’eux, et qu’il triompherait de leur magie. Le prince des magiciens se fit amener l’enfant, et voulut le couper en deux ; mais sa main se sécha sur-le-champ. On le jeta dans le feu, qui se convertit pour lui en bain d’eau de rose. On voulut le faire briser sous les pieds des taureaux sauvages : mais un taureau plus puissant prit sa défense. On le jeta parmi les loups ; ces loups allèrent incontinent chercher deux brebis qui lui donnèrent à téter toute la nuit. Enfin il fut rendu à sa mère Dogdo, ou Dodo, ou Dodu, femme excellente entre toutes les femmes, ou fille admirable entre toutes les filles.

Telles ont été dans toute la terre toutes les histoires des anciens temps. C’est la preuve de ce que nous avons dit souvent, que la fable est la sœur aînée de l’histoire.

Je voudrais que, pour notre plaisir et pour notre instruction, tous ces grands prophètes de l’antiquité, les Zoroastre, les Mercure Trismégiste, les Abaris, les Numa même, etc., etc., etc., revinssent aujourd’hui sur la terre, et qu’ils conversassent avec Locke, Newton, Bacon, Shaftesbury, Pascal, Arnauld, Bayle ; que dis-je ? avec les philosophes les moins savants de nos jours, qui ne sont pas les moins sensés. J’en demande pardon à l’antiquité, mais je crois qu’ils feraient une triste figure.

Hélas ! les pauvres charlatans ! ils ne vendraient pas leurs drogues sur le Pont-Neuf, Cependant, encore une fois, leur morale est bonne. C’est que la morale n’est pas de la drogue. Comment se pourrait-il que Zoroastre eût joint tant d’énormes fadaises à ce beau précepte de s’abstenir dans le doute si on fera bien ou mal ? C’est que les hommes sont toujours pétris de contradictions.

On ajoute que Zoroastre, ayant affermi sa religion, devint persécuteur. Hélas ! il n’y a pas de sacristain ni de balayeur d’église qui ne persécutât s’il le pouvait.

On ne peut lire deux pages de l’abominable fatras attribué à ce Zoroastre sans avoir pitié de la nature humaine. Nostradamus et le médecin des urines sont des gens raisonnables en comparaison de cet énergumène ; et cependant on parle de lui, et on en parlera encore. Ce qui paraît singulier, c’est qu’il y avait, du temps de ce Zoroastre que nous connaissons, et probablement avant lui, des formules de prières publiques et particulières instituées. Nous avons au voyageur français l’obligation de nous les avoir traduites. Il y avait de telles formules dans l’Inde ; nous n’en connaissons point de pareilles dans le Pentateuque.

Ce qui est bien plus fort, c’est que les mages, ainsi que les brames, admirent un paradis, un enfer, une résurrection, un diable*. Il est démontré que la loi des Juifs ne connut rien de tout cela. Ils ont été tardifs en tout. C’est une vérité dont on est convaincu, pour peu qu’on avance dans les connaissances orientales.

 

*Le diable, chez Zoroastre, est Hariman, ou, si vous voulez, Arimane ; il avait été créé. C’était tout comme chez nous originairement ; il n’était point principe ; il n’obtint cette dignité de mauvais principe qu’avec le temps. Ce diable, chez Zoroastre, est un serpent qui produisit quarante-cinq mille envies. Le nombre s’en est accru depuis ; et c’est depuis ce temps-là qu’à Rome, à Paris, chez les courtisans, dans les armées, et chez les moines, nous voyons tant d’envieux. (Note de Voltaire.)

...............................................................

L'un des plus grands poètes persans Abū-Muḥammad Muṣliḥ al-Dīn bin Abdallāh Shīrāzī né en 1184  et mort en 1283 ou en 1291. Il est plus connu en occident sous le nom de Sadi ou Saadi.

 

À retrouver dans Wikisource :

Dictionnaire philosophique Garnier (1878)

 

À lire dans ce blog :

Du plaisir de la lecture des dictionnaires

 

Lire d'autres textes choisis par mamiehiou dans :
Florilège - La pensée des autres

 

 

 

 

 

 

 

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20 septembre 2012 4 20 /09 /septembre /2012 06:06

 LES DÉLIRES

 

« Ô chère Oli, jusques à quand

Devrai-je aller, doux et fidèle

À tes côtés, t'obéissant ?

Est-ce une chose naturelle

De te suivre par tous les temps ?

Ô chère Oli, jusques à quand

Voudrai-je déployer mon zèle

À t'aimer tant ? Jusques à quand ? »

 

À ces tendres paroles que Prétatou* avaient si joliment habillées, mon coeur frémit d'émoi. Et je me demandai soudain, comment les animaux, êtres sensibles s'il en fut, pouvaient avoir, à ce point, un tel pouvoir sur le coeur humain si tant est qu'on les aimât ou qu'on s'intéressât à eux, comment il se faisait que la plupart des hommes ne fussent point convaincus que les bêtes étaient dignes d'être respectées tout autant qu'eux-mêmes. Les lois en disaient long sur l'iniquité dont elles étaient victimes, et bien qu'Aristote se fût posé la question de savoir si ces créatures avait droit au paradis, bien que François d'Assise eût été l'apôtre des animaux et qu'il sût converser joyeusement avec les oiseaux, bien que notre grand historien Michelet eût plaidé pour leur cause, on peut voir aujourd'hui encore, non condamnés, des sévices cruels infligés à nos frères (d'aucuns disent « nos frères inférieurs » — je vous demande bien pourquoi : avez-vous essayé de voler comme l'aigle ou de nager comme le requin ? Que nenni !)

 

Prétatou, toujours attentif à mes pensées les plus intimes, comme ne l'aurait fait aucun compagnon de mon espèce, sauta sur l'occasion pour ajouter que de nombreux saints s'étaient fait accompagner par des animaux qu'ils affectionnaient et qu'on ne manquait pas de les voir, dans l'iconographie traditionnelle, flanqués de leur ami favori, comme Saint Benoît et son corbeau, Saint Eustache et Saint Hubert et leurs cerfs, Saint Éloi et son cheval, Sainte Geneviève et son mouton, Saint Antoine et son cochon, Saint Basile et sa colombe, Saint Loup et son loup, Sainte Agnès et son agneau...

« Ah ! Je crois bien que nous allons y passer la nuit, l'interrompis-je. Baignons dans la douceur de cette litanie et laissons se baisser lentement nos paupières alourdies. »

J'eus tout juste le courage de murmurer « bonne nuit » et je n'entendis pas :

« Ô chère Oli, jusques à quand

Voudrai-je déployer mon zèle

À t'aimer tant ? Jusques à quand ? »

 

.....................................................

*Pour celui ou celle qui n'aurait encore lu aucuns Délires, qu'il sache que Prétatou est le chien d'Oli, qu'il peut parler, sentir, deviner les choses – comme tous les chiens d'ailleurs !

 

 

NOTES

 

Titre : Délires sur l'amour que d'aucuns portent aux animaux
d'aucuns, certains

Dans la note : Pour celui ou celle qui n'auraient encore lu aucuns Délires...

aucuns, ici au pluriel (le titre Délires étant au pluriel)

Voir : Aucun, aucuns, aucune, aucunes, d'aucuns

 

Jusque, jusques, voir l'article : Jusque, jusqu'à, jusqu'hier, jusques, jusques et y compris, jusques à quand, jusqu'à ce que...

 

« Ô chère Oli, jusques à quand... »

Jusques au lieu de jusque

Une paragoge est une addition à la fin d'un mot.

L's est une paragoge que l'on emploie dans un vers si l'euphonie ou la mesure du verbe (nombre de syllabes) l'exige.

jusqu'à quand = trois syllabes

jusques à quand : quatre syllabes

 

Le vers compte 8 syllabes, c'est un octosyllabe

 

Ô

chè

ro

li

jus

que

za

quand

1

2

3

4

5

6

7

8

Le vers aurait compté 7 syllabes si l'on avait eu "jusqu'à quand". Il aurait été faux.

 

Ô

chè

ro

li

jus

qu'à

quand

1

2

3

4

5

6

7

 

Pour en savoir + Versification. Comment compter les pieds (syllabes) d'un vers ?

 

Une autre paragoge : avecque ou avecques au lieu de avec, 

 

Les dettes aujourd'hui, quelque soin qu'on emploie,
Sont comme les enfants que l'on conçoit en joie,
Et dont avecque peine on fait l'accouchement.

 

Dans L'Étourdi de Molière
...

Après mille ans et plus de guerre déclarée,
Les loups firent la paix avecque les brebis.

 

Dans la fable de La Fontaine Les Loups et les Brebis

 

 

Dans l'Encyclopédie Panckoucke* (Tome Second, page 758) on lit qu'une paragoge est une espèce de métaplasine** qui change le matériel primitif d'un mot par une addition faite à la fin.

Suivent des exemples comme quand nous ajoutons un -E à un mot masculin pour en faire un féminin, comme la lettre -S pour marquer le pluriel, -MENT aux adjectifs pour avoir des adverbes, -TÉ pour en dériver des noms abstraits, etc.

 

*l'Encyclopédie Panckoucke ou L’Encyclopédie méthodique ou par ordre de matières par une société de gens de lettres, de savants et d'artistes ; précédée d'un Vocabulaire universel, servant de Table pour tout l'Ouvrage, ornée des Portraits de MM. Diderot et d'Alembert, premiers Éditeurs de l'Encyclopédie. Publiée de 1782 à 1832

 

**métaplasine (altération d'un mot)

 

 

zèle

Mettre du zèle à faire quelque chose, s'empresser à faire quelque chose

> Ne pas confondre : s'empresser à et s'empresser de. Voir l'article : Verbes qui se construisent avec à + infinitif ou de + infinitif

 

émoi, trouble, émotion.

 

S'il en fut : comme il n'y en a pas d'autre - On insiste sur une vérité, une réalité.

Expression figée au passé simple. fut et pas fût !

 

Si tant est qu'on les aimât...

si tant est que, locution conjonctive suivie du subjonctif ou de l'indicatif

Voir : Si tant est que

 

Iniquité, grande injustice.

 

bien qu'Aristote se fût posé la question...

bien que suivi du subjonctif

Voir : Bien que

 

 

Style indirect : Et je me demandai soudain, comment les animaux, êtres sensibles s'il en fut, pouvaient avoir, à ce point, un tel pouvoir sur le coeur humain si tant est qu'on les aimât ou qu'on s'intéressât à eux, comment il se faisait que la plupart des hommes ne fussent point convaincus que les bêtes étaient dignes d'être respectées tout autant qu'eux-mêmes.

Style direct : Et je me demandai soudain : "Comment les animaux, êtres sensibles s'il en est, peuvent-ils avoir, à ce point, un tel pouvoir sur le coeur humain si tant est qu'on les aime ou qu'on s'intéresse à eux ? Comment se fait-il que la plupart des hommes ne soient point convaincus que les bêtes sont dignes d'être respectées tout autant qu'eux-mêmes ?

Voir : La concordance des temps dans les propositions subordonnées + Le style (ou le discours) direct et indirect

 

 

Jules Michelet, 1798-1874 historien français.

Auteur d'un plaidoyer pour les animaux dans La République des Oiseaux et La Mer.

 

François d'Assise, ou Saint François d'Assise (né en 1181 ou en 1182 – mort en 1226), est un religieux catholique italien, fondateur des Franciscains, ordre des frères mineurs.

 

de nombreux saints s'étaient fait accompagner...

fait et laissé sont invariables lorsqu'ils sont suivis d'un infinitif

Voir : L'accord problématique des participes passés FAIT et LAISSÉ - Ils se sont fait ou faits / Elle s'est fait ou faite / Ils se sont laissé ou laissés...

<< 152 Délires sylvestres - « Lève-toi et marche !* »

>> 154 Délires dans la plus pénétrante obscurité de l'avenir

 

LES DÉLIRES DE MAMIEHIOU

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18 septembre 2012 2 18 /09 /septembre /2012 03:51

LES DÉLIRES

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L'heure était tardive. Nous avions bien parcouru sept lieues dans la forêt où la profusion des arbres, l'épaisseur des fourrés, l'emmêlement des branches mortes jonchant le sol, et le chevauchement des racines sur lesquelles nous butions rendaient notre progression de plus en plus difficile, d'autant plus que l'obscurité s'épaississait sous le couvert des arbres. C'est alors que Prépatou commença à gémir.

Il se laissa soudainement tomber comme une masse.

« Je n'en puis mais, Oli. Que ne suis-je accouvé auprès du feu, me donnant le loisir de rêvasser à quoi bon me semble ! Je me sens défaillir. Peut-être même vais-je bientôt clapser.

Devrai-je présentement user d'une houssine pour t'en fouetter le train ? Je vois là une belle baguette de coudrier qui ferait bien l'affaire. »

Jamais au grand jamais Prétou n'avait entendu à son endroit de propos aussi durs. Il en fut tout marri.

« Toi, jérémia-t-il, d'ordinaire si douce, si enjouée, si indulgente même, as-tu à ce point-là changé ? À croire que la forêt maléfique ne te vaut rien. »

Il ne bougea d'un pouce, faisant mine d'être accravanté sous le poids de la fatigue.

« Lève-toi et marche !1  » lui intimai-je, ne croyant qu'à demi qu'un miracle pût se produire.

Il n'en fit rien. J'usai d'arguments.

« Eh bien cela promet ! N'ai-je pas jusqu'ici fait preuve de générosité envers toi ? Ne t'ai-je pas recueilli lorsque ta maîtresse a disparu ? Ne t'ai-je pas nourri, logé, câliné même ? J'ai cru à ton dévouement sincère et voilà que tu m'abandonnes dans un moment où j'ai besoin de toi !

Certes tu m'as recueilli, nourri, logé, câliné même et je me suis rassoté de toi. Tu m'as demandé de faire des choses si périlleuses qu'elles eussent pu m'envoyer tout droit au gibet. Rappelle-toi avec quelle constance et quelle habileté j'ai pu détourner les regards pervers des policiers en chasse2. Et lorsque tu me vois, ici, pantelant, gueusant quelque repos, tu demeures insensible. Je suis prêt à céder au coup qui me tue3. »

Je perçus un tantinet de sincérité dans ces propos quelque peu grandiloquents et je me radoucis. Certes, nous aurions pu, encore une heure, poursuivre notre chemin, mais je consentis à faire une halte pour la nuit.

Je déployais sur le sol ma couverture, et Prétatou, auquel je n'aurais pour rien au monde retiré mon affection, vint se lover dans mon giron.

« Viens mon bon chien et cessons nos querelles. » 

Il me gratifia d'une grosse lichade bien chaude, et il se délecta quand mes doigts le grattouillèrent (gratouillèrent) entre les deux oreilles.

 

..............................................................

*1-Lève-toi et marche !

Parole de Jésus dans l'Évangile (Nouveau Testament) Luc, 5 :24

 

2-Rappelez-vous les cabrioles et les pirouettes de Prétatou dans : 144 Délires à vous couper bras et jambes

 

3- Je suis prêt à céder au coup qui me tue.

Cf. Le Cid

Don Rodrigue "mon âme abattue / Cède au coup qui me tue."

 

Le Cid , Acte I, Scène VI– Pierre Corneille

Acte 1 , Scène 6
 

Don Rodrigue


Percé jusques au fond du coeur
D'une atteinte imprévue aussi bien que mortelle,
Misérable vengeur d'une juste querelle,
Et malheureux objet d'une injuste rigueur,
Je demeure immobile, et mon âme abattue
Cède au coup qui me tue.
Si près de voir mon feu récompensé,
Ô Dieu, l'étrange peine !
En cet affront mon père est l'offensé,
Et l'offenseur le père de Chimène !


 

 

 

 

NOTES

 

une lieue, quatre kilomètres.

 

Il se laissa soudainement tomber comme une masse.

comme une masse : voir l'article sur les comparaisons :  Comparaisons – léger comme... méchante comme... long comme... nu comme... sourd comme... solide comme... ronfler comme... sauter comme... battre comme... jurer comme... menteur comme... QUIZ 52 

 

soudain, soudainement

1-soudain, adjectif, qui survient promptement et de façon inopinée.

Elle fut prise d'une soudaine envie de crier. 

2-soudain adverbe - tout à coup, subitement, sans signe avant-coureur – Il peut se placer en début de phrase.

Soudain il apparut et je fus pris d'effroi.

Il apparut soudain et je fus pris d'effroi. 

3-soudainement (littéraire) adverbe formé sur l'adjectif au féminin, soudaine - d’une manière rapide et imprévue, on ne s'y attend pas

Àla fin de l'été, ma mère tomba soudainement malade.

Des hirondelles avaient bâti leurs nids sous le bandeau du toit. Je les avais vues élever leurs petits hirondeaux. Puis elles partirent soudainement un jour d'automne.

Vues, le participe passé suivi d'un infinitif s'accorde avec le COD placé avant lui (les, mis pour hirondelles) quand ce COD fait l'action de l'infinitif (elles élèvent leur hirondeaux)

Voir l'article : Règles de l'accord des participes passés (§2, quatre cas)

 

Je n'en puis mais, locution vieillie. Mais, adverbe.

N'en pouvoir mais. Ne rien pouvoir à quelque chose

 

accouvé

Cf. dictionnaire de Furetière : qui se tient au coin du feu en fainéant, en paresseux, sans vouloir en sortir pour travailler

Cet artisan passe tout l'hiver accouvé au coin de bon feu et laisse mourir sa famille.

 

clapser, claboter (argot) mourir 

 

Une houssine, vieilli.

Cf. Littré. Baguette de houx ou de tout autre bois flexible, employée notamment pour faire aller sa monture ou battre les tapis, les vêtements. Houssine de houx, de coudrier. Battre un costume, un habit avec une houssine.

 

le train, le train arrière, le train de derrière - synonyme : l'arrière-train

 

jamais au grand jamais, voir l'article : Jamais, ne jamais, jamais plus, au grand jamais, à jamais, si jamais, oncques... + Adverbes et locutions adverbiales de temps

 

À son endroit, à mon endroit, à l'endroit de quelqu'un, envers quelqu'un, à l'égard de quelqu'un.

 

Il en fut tout marri.

marri (vieux, littéraire) attristé, affligé.

 

Toi, jérémia-t-il, d'ordinaire si douce...

Jérémier, Jérémiader, faire des jérémiades.

Mots dérivés de Jérémie

 

Jérémie (VIe siècle av. J.-C.) est l'un des prophètes majeurs de la Bible hébraïque ou Ancien Testament.

L'histoire de Jérémie se situe au temps de l'exil, en Perse.

Jérémie met en garde le peuple d'Israêl qui préfère servir des idoles plutôt que le vrai Dieu.« Revenez au Seigneur de tout votre coeur. » 

"Qui changera ma tête en eaux et mes yeux en sources de larmes pour que je pleure nuit et jour les blessés à mort de la fille de mon peuple?" Jérémie 9 : 11

Pour en savoir +

JÉRÉMIE

www.abbaye-saint-benoit.ch/saints/chrysostome/synopse/jeremie.htm

ABRÉGÉ DES CHOSES DITES PAR LE PROPHÈTE JÉRÉMIE. Prédiction des maux qui arriveront à Israël par Nabuchodonosor.

Et Jérémie et son temps :

Étude sur le prophète Jérémie, par AugustinGretillat

http://ba.21.free.fr/gretillat/gretillat_jeremie.pdf

 

 

Accravanté

Cf. dictionnaire de Furetière

Accabler sous un poids excessif. Si vous lui faites porter ce fardeau, c'est le moyen de l'acravanter, cet homme a été accravanté sous les ruines de sa maison.Ce mot est composé et dérivé de crever.

 

« Lève-toi et marche ! » lui intimai-je...

je lui intimai de se lever...

je lui enjoignis de se lever...

je lui ordonnai autoritairement de se lever...

 

ne croyant qu'à demi qu'un miracle pût se produire.

Pût se produire, subjonctif imparfait

Voir : Valeurs et emplois du subjonctif 

 

Rassoter

Cf Littré -Terme familier. Faire devenir sot ; rendre fou de....

Rassoter qqn de. Faire éprouver à quelqu'un un attachement déraisonnable envers.

Se rassoter, s'amouracher.

Se rassoter, v. réfl. Devenir rassoté. Se rassoter d'un nouvel amour.

 

gueusant quelque repos

gueuser, mendier, demander l'aumône

 

Lichade, baiser

autre acception : beuverie

 

Gratouillement, dérivé de gratouiller ou grattouiller (gratter légèrement).

(mot trouvé dans le Trésor de la Langue Française - TFLi)

 

<< 151 Délires où Prétatou trahit son nom

>> 153 Délires sur l'amour que d'aucuns portent aux animaux

 

Je cite plusieurs fois le Dictionnaire de Furetière que vous pouvez retrouver sur la toile :

Dictionnaire universel de Furetière XVIIe siècle - 1690

Dictionnaire universel, contenant généralement tous les mots ... 

Titre complet : Dictionnaire françois, contenant les mots et les choses, plusieurs nouvelles remarques sur la langue françoise : Ses Expressions Propres, Figurées & Burlesques, la Prononciation des Mots les plus difficiles, le Genre des Noms, le Régime des Verbes : Avec Les Termes les plus connus des Arts & des Sciences. Le tout tiré de l'Usage et des bons Auteurs de la Langue françoise.

A-E - F-O - P-Z

Edition de 1725, revue et augmentée par Henri Basnage de Beauval & Jean-Baptiste Brutel de La Rivière :

A-D - E-K - L-P - Q-Z

LES DÉLIRES

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17 septembre 2012 1 17 /09 /septembre /2012 06:07

FLORILÈGE

 

IIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII

 Un florilège de textes sélectionnés par mamiehiou

IIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII

 

 

-22-

 

 

Louis Bourdaloue (1632-1704)

 

 

Sermons

 

Le roi des prédicateurs et le prédicateur des rois

 

 

 

Sermon sur les richesses (extrait)

 

À lire à haute voix pour l'effet à rendre :

 

« On veut être riche ; voilà la fin qu'on se propose et à laquelle on est absolument déterminé. Des moyens, on en délibérera dans la suite; mais le capital est d'avoir, dit-on, de quoi se pousser dans le monde, de quoi faire quelque figure dans le monde, de quoi maintenir son rang dans le monde, de quoi vivre à son aise dans le monde ; et c'est ce que l'on envisage comme le terme de ses désirs. On voudrait bien y parvenir par des voies honnêtes, et avoir encore, s'il était possible, l'approbation publique ; mais, à défaut de ces voies honnêtes, on est secrètement disposé à en prendre d'autres et à ne rien excepter pour venir à bout de ses prétentions. »

 

« S'enrichir par une longue épargne ou par un travail assidu, c'était l'ancienne route que l'on suivait dans la simplicité des premiers siècles ; mais de nos jours on a découvert des chemins raccourcis et bien plus commodes. Une commission qu'on exerce, un avis qu'on donne, un parti où l'on entre, mille autres moyens que vous connaissez, voilà ce que l'empressement et l'impatience d'avoir a mis en usage. En effet, c'est par là qu'on fait des progrès surprenants ; par là qu'on voit fructifier au centuple son talent et son industrie ; par là qu'en peu d'années, qu'en peu de mois, de la poussière où l'on rampait, on s'élève jusque sur le pinacle. »

 

Merveilleux texte et tellement actuel !

Note de mamiehiou 

 

Lire sur ce blog : De la rhétorique - De l'éloquence - De la langue de bois - Des périphrases - Appeler un chat un chat

 

et d'autres textes dans : Florilège - la pensée des autres

 

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  • J'aime trop les mots pour les garder par-devers moi - au fond de mon coeur et de mon esprit. Ils débordent de mes pensées en contes drolatiques, avec des quiz et des digressions sur la langue.

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Amoureuse des mots, je cherche comment faire partager ma passion. Il y a tant à découvrir dans les bibliothèques du monde, tant de mots à connaître intimement pour affiner notre pensée, tant de mots qu'on n'entend plus sur nos lèvres, enfermés qu'ils sont dans des livres poussiéreux. Il ne tient qu'à nous de les faire revivre et de les faire chanter. Notre langue, si belle, si riche, demande qu'on la respecte, qu'on la préserve, qu'on s'en amuse et qu'on la chérisse. Mamiehiou ............................................................................................................................................................................................ ...................................;....................................................................... « La langue française est une femme. Et cette femme est si belle, si fière, si modeste, si hardie, touchante, voluptueuse, chaste, noble, familière, folle, sage, qu'on l'aime de toute son âme, et qu'on n'est jamais tenté de lui être infidèle. » Anatole France ....................................................... ............... ................................................................................................................. « C'est une langue bien difficile que le français. À peine écrit-on depuis quarante-cinq ans qu'on commence à s'en apercevoir. » Colette

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