Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
1 juillet 2013 1 01 /07 /juillet /2013 15:08

> AUTRES DICTÉES 

> Orthographe grammaire pour les hésitants

 

 

Correction du texte d'Anatole France : Le Coq – Le Journal de Suzanne

"Dictée" n°3

ATTENTION ! Avant de lire cet article qui donne la correction du texte, reportez-vous à l'article où vous devrez corriger les fautes d'orthographe que j'ai faites tout exprès pour exercer votre réflexion.

 

Retour aux 1ère et 2e parties de l'article dans :

>> Dictée n°3 ANATOLE FRANCE - Le livre de Suzanne

 

Excellent exercice d'attention et de recherche qui vous permettra d'apprendre ou de réviser certaines règles d'orthographe et de grammaire.

3e partie de l'article

Le texte (découpé arbitrairement en 15 §) avec les fautes corrigées

suivi des explications nécessaires 

1-Suzanne ne c’était1 pas encore mis a2 la recherche du beau. Elle si3 mit à trois mois et vingts4 jours avec beaucoup d’ardeur.

S’était5 dans la salle à manger. Elle a, cette salle, un faux air d’anciennetée6 a cause des plats de faience7, des bouteilles de grès, des buires d’étain et des fioles de verre de Venise qui charge8 les dressoir. C’est la maman de Suzanne qui a arrangée9 tout cela en parisienne10 entiché11 de bibelot.

Suzanne, au milieux12 de ses vieilleries, parait13 plus fraiche14 dans sa robe blanche brodée, et l’on se dit, en la voyant la15 :

Suzanne ne s’était pas encore mise à la recherche du beau. Elle s’y mit à trois mois et vingt jours avec beaucoup d’ardeur.

C’était dans la salle à manger. Elle a, cette salle, un faux air d’ancienneté à cause des plats de faïence, des bouteilles de grès, des buires d’étain et des fioles de verre de Venise qui chargent les dressoirs. C’est la maman de Suzanne qui a arrangé tout cela en Parisienne entichée de bibelots.

Suzanne, au milieu de ces vieilleries, paraît plus fraîche dans sa robe blanche brodée, et l’on se dit, en la voyant là :

1 Suzanne ne s’était pas encore mise : verbe pronominal se mettre (à) - Ici le participe passé mise s'accorde avec le sujet

2 à la recherche : à, préposition avec un accent grave.

Ne pas confondre avec le verbe (ou auxiliaire) avoir : Il a un pantalon. Il a bien chanté.

3 Elle s'y mit, s'y mettre, se mettre à la recherche – Y pronom personnel qui remplace à la recherche.

4 Vingt jours – les adjectifs numéraux vingt et cent prennent un S lorsqu'ils sont multipliés par un nombre qui les précède (quatre-vingts, trois cents) et non suivis d'un autre nombre (quatre-vingt cinq, trois cent douze)

5 C’était dans la salle, c'est dans la salle (ici, il n'y a pas de verbe pronominal)

> cela se passait dans la salle à manger.

6 ancienneté

Les noms féminins se terminant par -té ou -tié s'écrivent sans -é .

Ce sont des noms abstraits ou des qualités.
Exemples : l'amitié, la liberté, la volonté.

Ils sont formés à partir des adjectifs qui leur correspondent.

obscur, obscurité – cher, cherté – beau, beauté.


Exceptions : 
1. la dictée, la jetée, la montée, la pâtée, la portée.
2. les noms féminins qui indiquent une quantité ou un contenu.

Exemples : une portée, une brouettée, une charretée...

7 faïence, un tréma sur le ï pour prononcer fa-ïence

8 qui chargent, le sujet qui, pronom relatif remplace bouteilles, buires, fioles au pluriel.

9 la maman de Suzanne qui a arrangé, a arrangé, passé composé du verbe arranger. Le participe passé arrangé ne s'accorde avec aucun mot (pas de complément d'objet direct placé avant lui)

Le cod tout cela est placé après.

10 une Parisienne, une habitante de Paris : il faut une majuscule, c'est un nom. Mais on aurait l'adjectif parisienne sans majuscule, par exemple : une allure parisienne.

11 une Parisienne entichée de bibelots : entichée s'accorde avec le substantif féminin.

12 au milieu, un milieu (singulier) les milieux (pluriel)

> Les noms qui se terminent par au, aux, aus, eau, eaux, eu, eux, eus, oeu, oeux, ou, oux, ous - QUIZ 73

13 au milieu de ces vieilleries – ces, adjectif démonstratif, les vieilleries dont on vient de parler.

Ses vieilleries signifierait qu'elles appartiennent à Suzanne (ses, adjectif possessif) ce qui n'est pas le cas.

14 Suzanne paraît plus fraîche

Les verbes en AÎTRE et OÎTRE garde leur accent circonflexe sur le Î devant le T : ÎT - il paraîtra, il décroît, il disparaîtrait...

15 en la voyant là – l'adverbe de lieu LÀ a un accent grave.

 

2-« C’est, en vérité, une petite créature toute neuve ! » Elle est indifférente à cette vaiselle15 d’aieux17, aux vieux portraits noirs et aux grands plats de cuivres18 pendus aux murs. Je compte bien que, plus tard, toutes ces antiquités lui donnerons19 des idées fantastiques et ferons19 germer dans sa tête des rêves bizares, absurdes et charmants. Elle aura ses visions. Elle y excercera20, si son esprit si21 prête, cette jolie imagination de détail et de style qui embellie22 la vie. Je lui conterais23 des histoires incensées24 qui ne serons25 pas beaucoup plus fausses que les autres, mais qui serons25 beaucoup plus belle26 ; elle en deviendra folle. Je souhaite à tous ceux que j’aime un petit grain de folie. Cela rend le cœur gay27.

« C’est, en vérité, une petite créature toute neuve ! » Elle est indifférente à cette vaisselle d’aïeux, aux vieux portraits noirs et aux grands plats de cuivre pendus aux murs. Je compte bien que, plus tard, toutes ces antiquités lui donneront des idées fantastiques et feront germer dans sa tête des rêves bizarres, absurdes et charmants. Elle aura ses visions. Elle y exercera, si son esprit s’y prête, cette jolie imagination de détail et de style qui embellit la vie. Je lui conterai des histoires insensées qui ne seront pas beaucoup plus fausses que les autres, mais qui seront beaucoup plus belles ; elle en deviendra folle. Je souhaite à tous ceux que j’aime un petit grain de folie. Cela rend le cœur gai.

 

16 vaisselle SS entre deux voyelles pour avoir le son [s] sauf exceptions.

> Cas où le S ne se prononce pas [z] entre deux voyelles

17 les aïeux, les ancêtres.

18 plats de cuivre, en cuivre - Complément de matière (au singulier). Complément introduit le plus souvent par de ou en qui indique de quoi, en quoi est fait un objet.

19 toutes ces antiquités...donneront...feront, verbes au futur, le sujet ces antiquités est la 3e personne du pluriel.

20 elle y exercera, verbe exercer, exercice – Prononciation de X différente dans exister et exciter.

21 si son esprit s'y prête – si son esprit se prête à cela – Y pronom personnel neutre

22 cette jolie imagination... qui embellit la vie – verbe embellir, 2e groupe. Le sujet est la 3e personne du singulier.

23 je lui conterai des histoires, futur > tu lui conteras, nous lui conterons des histoires – Ne pas confondre avec le conditionnel : je lui conterais des histoires > tu lui conterais, nous lui conterions des histoires.

24 des histoires insensées, qui n'ont aucun sens.

Vous êtes sensé > vous êtes raisonnable.

Vous êtes censé réussir > vous êtes supposé réussir.

25 des histoires qui ne seront pas... qui seront... futur, 3e personne du pluriel

26 des histoires... qui seront beaucoup plus belles – belles adjectif attribut de qui (pronom relatif ayant pour antécédent histoires = qui remplace histoires)

27 Cela rend le cœur gai > joyeux.

Gay > homosexuel

3-En attendant, Suzanne ne sourit même pas au petit Baccus28 assis sur son tonneaux29. On est sérieux, à trois mois et vingt jours.

Or, c’était un matin, un matin d’un gris tendre. Des liserons emmellés à la vigne vierge encadrait la fenêtre de leurs étoiles diversement nuancée. Nous avions finis de déjeûner30, ma femme et moi, et nous causions comme des gens qui n’on rien à dire. C’étaient une de ces heures ou31 le temps coule comme un fleuve tranquile. Il semble qu’on le voit32 couler et que chaque mot qu’on dit soit un petit cailloux29 qu’on y jette. Je crois bien que nous parlions de la couleur des yeux de Suzanne. C’est un sujet innépuisable.

En attendant, Suzanne ne sourit même pas au petit Bacchus assis sur son tonneau. On est sérieux, à trois mois et vingt jours.

Or, c’était un matin, un matin d’un gris tendre. Des liserons emmêlés à la vigne vierge encadraient la fenêtre de leurs étoiles diversement nuancées. Nous avions fini de déjeuner, ma femme et moi, et nous causions comme des gens qui n’ont rien à dire. C’était une de ces heures où le temps coule comme un fleuve tranquille. Il semble qu’on le voie couler et que chaque mot qu’on dit soit un petit caillou qu’on y jette. Je crois bien que nous parlions de la couleur des yeux de Suzanne. C’est un sujet inépuisable.

28 Bacchus, le dieu romain du vin et de la vigne (> Dionysos le dieu grec)

29 un tonneau, des tonneaux - un caillou, des cailloux

> Les noms qui se terminent par au, aux, aus, eau, eaux, eu, eux, eus, oeu, oeux, ou, oux, ous - QUIZ 73

30 déjeuner, jeûner (ne pas s'alimenter) le jeûne

Ne pas confondre avec la jeunesse, les jeunes gens...

31 c'était une de ces heures où le temps coule – l'heure où, le moment ou, le jour où, etc. locutions conjonctives équivalant à quand

32 Il semble qu'on le voie : subjonctif après il semble que. Il semble que vous le voyions.

On le voit. Indicatif

> La conjugaison des verbes au subjonctif - Comment déjouer ses difficultés

> Ne pas confondre l'indicatif présent et le subjonctif présent de certains verbes - Quiz 54

4-« Ils sont d’un bleu d’ardoise.

Ils ont un ton de vieille33 or et de soupe à l’onion.

Ils ont des reflets verts.

Tout cela est vrai ; ils sont miraculeux. »

En ce moment Suzanne entra ; ils était, pour cette fois, de la couleur du tant, qui était d’un si joli gris. Elle entra dans les bras de sa bonne. L’éléganse mondène voudrait que se fut34 dans les bras de sa nourrisse. Mais Suzanne fait comme l’agneau de La Fontaine et comme tout les agneau : elle tête35 sa mère. Je sais bien quand pareil cas et dans cette excès de rusticité, on doit sauvé au moins les apparenses et avoir une nourrisse sèche. Une nourrisse sèche à des grosses épingle et des ruban à son bonnet comme une autre nourrisse ; il ne lui manque que du lait.

Le lait, cela regarde seullement l’enfant, tandis que tout le monde voit les rubans et les épingles. Quant36 une mère a la faiblesse de nourir, elle prends, pour cacher sa honte, une nourrisse sèche.

« Ils sont d’un bleu d’ardoise.

Ils ont un ton de vieil or et de soupe à l’oignon.

Ils ont des reflets verts. 

Tout cela est vrai ; ils sont miraculeux. »

En ce moment Suzanne entra ; ils étaient, pour cette fois, de la couleur du temps, qui était d’un si joli gris. Elle entra dans les bras de sa bonne. L’élégance mondaine voudrait que ce fût dans les bras de sa nourrisse. Mais Suzanne fait comme l’agneau de La Fontaine et comme tous les agneaux : elle tète sa mère. Je sais bien qu’en pareil cas et dans cet excès de rusticité, on doit sauver au moins les apparences et avoir une nourrisse sèche. Une nourrisse sèche a des grosses épingles et des rubans à son bonnet comme une autre nourrisse ; il ne lui manque que du lait.

Le lait, cela regarde seulement l’enfant, tandis que tout le monde voit les rubans et les épingles. Quand une mère a la faiblesse de nourrir, elle prend, pour cacher sa honte, une nourrisse sèche.

33 Ils ont un ton de vieil or et de soupe à l’oignon.

vieil or - VIEIL masculin singulier devant une voyelle ou un H MUET > Vieux ou vieil ? Beau ou bel ? Un vieux monsieur et un vieil homme - Un beau monsieur et un bel homme

oignon se prononce [onion]

34 l'élégance mondaine voudrait que ce fût... – l'élégance mondaine veut que ce soit ... subjonctif

35 elle tète sa mère, verbe téter. Ne pas confondre avec la tête.

36 quand, conjonction de subordination de temps (synonyme lorsque)

quant à, quant au, quant aux > en ce qui concerne – quant à moi, en ce qui me concerne. - quant aux enfants, pour ce qui est des enfants

5-Mais la maman de Suzanne est une étourdie qui n’a pas songer à ce belle37 usage.

La bonne de Suzanne est une petite paysane qui vient de son village, ou38 elle a élever39 sept ou huit petits frères, et qui chantent40 du matin au soir des chansons Lorraines41. On lui accorda une journée pour voir Paris ; elle revint enchanté42 : elle avait vus de beaux radis. Le reste ne lui semblait point lait, mais les radis l’émerveillait : elle en écrivis41 au pays. Cette simplicité l'a42 rend parfaite avec Suzanne, qui, de son coté, ne semble remarqué43 dans la nature entière que les lampes et les caraffes.

Mais la maman de Suzanne est une étourdie qui n’a pas songé à ce bel usage.

La bonne de Suzanne est une petite paysanne qui vient de son village, où elle a élevé sept ou huit petits frères, et qui chante du matin au soir des chansons lorraines. On lui accorda une journée pour voir Paris ; elle revint enchantée : elle avait vu de beaux radis. Le reste ne lui semblait point laid, mais les radis l’émerveillaient : elle en écrivit au pays. Cette simplicité la rend parfaite avec Suzanne, qui, de son côté, ne semble remarquer dans la nature entière que les lampes et les carafes.

37 ce bel usage, beau au masculin singulier devient bel devant une voyelle ou un H MUET > un bel homme, un beau héros (héros commence par un H ASPIRÉ)

38 son village où elle a élevé sept ou huit petits frères... où, pronom relatif qui a pour antécédent village, complément circonstanciel de lieu de a élevé

39 elle a élevé sept ou huit petits frères – verbe élever au passé composé

40 qui... et qui chante du matin au soir des chansons : les deux pronoms relatifs qui ont le même antécédent, féminin singulier.

41 elle en écrivit au pays > elle écrivit à ce sujet au pays – verbe écrire au passé simple.

42 cette simplicité la rend parfaite – la, pronom personnel qui remplace la bonne de Suzanne

43 [elle] ne semble remarquer ... que les lampes et les carafes

TRUC - Quand vous hésitez entre un participe passé et un infinitif, remplacez le verbe par faire (>infinitif) ou fait (>participe passé). Cela fonctionne (pratiquement) toujours

> elle ne semble remarquer > elle ne semble faire

6-Quand Suzanne parue44, la salle à manger devint très gay.

On rit à Suzanne ; Suzanne nous rit : il y a toujour moyen de s’entendre quand on s’aime. La maman tendit ces45 bras souples, sur lesquel la manche du peinoir coulait dans l’abandon d’un matin d’été. Alors Suzanne tendit ses petits bras de marrionette qui ne pliait pas dans leur manche de piqué. Elle écartait les doigt, en sorte qu’on voyait cinq petits rayons roses aux bouts des manches. Sa mère, éblouit46, la prit sur ces genoux, et nous étions tous trois parfaitement heureux ; ce qui tient peut-être à se que47 nous ne pensions à rien.

Quand Suzanne parut, la salle à manger devint très gaie.

On rit à Suzanne ; Suzanne nous rit : il y a toujours moyen de s’entendre quand on s’aime. La maman tendit ses bras souples, sur lesquels la manche du peignoir coulait dans l’abandon d’un matin d’été. Alors Suzanne tendit ses petits bras de marionnette qui ne pliaient pas dans leur manche de piqué. Elle écartait les doigts, en sorte qu’on voyait cinq petits rayons roses au bout des manches. Sa mère, éblouie, la prit sur ses genoux, et nous étions tous trois parfaitement heureux ; ce qui tient peut-être à ce que nous ne pensions à rien.

44 Suzanne parut, verbe paraître au passé simple.

45 la maman tendit ses bras - ses, adjectif possessif (ce sont les siens)

46 sa mère, éblouie, la prit... - éblouie : participe passé employé comme adjectif, apposé à sa mère

47 ce qui tient peut-être à ce que nous ne pensions à rien.

On écrit toujours ce devant qui ou que : CE QUI ou CE QUE

7-Cette48 état ne pouvait durer. Suzanne, pencher vers la table, ouvrit les yeux temps et si bien, qu’ils devinrent tout rond, et secoua ses petits bras comme si ils49 eussent été en bois, ainsi qu’ils en avait l’air. Il y avait de la surprise et de l’admiration dans son regard. Sur la stupiditée touchante et vénérable de son petit visage, on voyait ce glisser je ne sais quoi de spirituel. Elle poussa un cri d’oiseaux blessé.

« C’est peut-être une épingle qui l’a piqué50 », pensa sa mère, fort attaché, par bonheur, aux réalités de la vie.

Cet état ne pouvait durer. Suzanne, penchée vers la table, ouvrit les yeux tant et si bien, qu’ils devinrent tout ronds, et secoua ses petits bras comme s’ils eussent été en bois, ainsi qu’ils en avaient l’air. Il y avait de la surprise et de l’admiration dans son regard. Sur la stupidité touchante et vénérable de son petit visage, on voyait se glisser je ne sais quoi de spirituel. Elle poussa un cri d’oiseau blessé.

« C’est peut-être une épingle qui l’a piquée », pensa sa mère, fort attachée, par bonheur, aux réalités de la vie.

48 Cet état ne pouvait durer – Ce, cet, cette, ces : adjectifs démonstratifs. On écrit cet (masculin) devant un mot commençant par une voyelle ou un H MUET

49 S'IL – S'ILS : Il n'y a pas de disjonction mais une élision pour éviter l'hiatus (pour que ce soit plus agréable à l'oreille)

Si conjonction de subordination de condition, IL ou ILS pronoms personnels.

50 C’est peut-être une épingle qui l’a piquée

Le participe passé piquée (du verbe conjugué avec l'auxiliaire avoir) s'accorde avec le complément d'objet direct placé avant lui : l' qui remplace Suzanne

> Qu'est-ce qu'un complément d'objet direct ? un complément d'objet second ? un complément d'objet indirect ? Qu'est-ce qu'un attribut ?

8-Ces épingles anglaises se défont sans qu’on s’en aperçoit51 et Suzanne en a huit sur elle !

Non, se n’était pas une épingle qui l'a piquait. C’était l’amour du beau.

« L’amour du beau à trois mois et vingts jours ?

Juger52 plutôt : coulée à demi hors des bras de sa mère, elle agitait les points sur la table et, s’aidant de l’épaule et du genoux, souflant, toussant, bavant, elle parvint à embrasser une assiette. Un vieille ouvrier rustic de Strasbourg (se devait être un homme simple ; la paie soit à ses os !) avait peind sur cette assiette un coq rouge. » Suzanne voulut prendre se coq ; se n’était pas pour le mangé, c’était donc parcequ’elle le trouvait beau.

Ces épingles anglaises se défont sans qu’on s’en aperçoive et Suzanne en a huit sur elle !

Non, ce n’était pas une épingle qui la piquait. C’était l’amour du beau.

« L’amour du beau à trois mois et vingt jours ?

Jugez plutôt : coulée à demi hors des bras de sa mère, elle agitait les poings sur la table et, s’aidant de l’épaule et du genou, soufflant, toussant, bavant, elle parvint à embrasser une assiette. Un vieil ouvrier rustique de Strasbourg (ce devait être un homme simple ; la paix soit à ses os ! ) avait peint sur cette assiette un coq rouge. » Suzanne voulut prendre ce coq ; ce n’était pas pour le manger, c’était donc parce qu’elle le trouvait beau.

51 sans qu'on s'en aperçoive – On a toujours le subjonctif après la locution conjonctive SANS QUE

52 Jugez plutôt – Impératif présent du verbe juger
Ne pas confondre Plutôt (synonymes selon le cas : de préférence, du moins, assez
) avec Plus tôt (moins tard)

Ne pas confondre Plutôt (synonymes selon le cas : de préférence, du moins, assez) avec Plus tôt (moins tard)

 

9-Sa mère, a qui je fis ce simple résonnement53, me répondis :

« Que tu est54 bête ! si Suzanne avait put saisir ce coq, elle l’aurait mit tout de suite à sa bouche au lieu de le contemplé. vraiment, les gens d’esprit n’ont pas le sens commun !

Elle n’y eut55 point manqué, répondis-je ; mais quesque56 cela prouve, si non que ses facultés diverses et déjà nombreuses ont pour principal organe la bouche ?

Elle a exercer sa bouche avant d’exercer ses yeux, et elle a bien fait ! Maintenant sa bouche exercer, délicate et sensible, est le meilleur moyen de connaisance qu’elle est57 encore à son service. Elle a raison de l’employer. Je vous dis que votre fille est la sagesse même. Oui, elle aurait mis le coq dans sa bouche ; mais elle lit aurait mis comme une belle chose et non comme une chose nourissante. Noter que cette habitude, qui existe en faite chez les petits enfants, reste en figure dans la langue des hommes. Nous disons gouter un poême, un tableaux, un opéra. » Pendant que j’exprimais ces idées insoutenables que le monde philosophique accepterait toute fois, si elles étaient émises dans un language58 innintelligible, Suzanne frappait l’assiette avec ses points, la grattait de l’ongle, lui parlait (et dans quel joli babile mystérieux ! ) puis la retournait avec de grandes secousses.

Sa mère, à qui je fis ce simple raisonnement, me répondit :

« Que tu es bête ! si Suzanne avait pu saisir ce coq, elle l’aurait mis tout de suite à sa bouche au lieu de le contempler. vraiment, les gens d’esprit n’ont pas le sens commun !

Elle n’y eût point manqué, répondis-je ; mais qu’est-ce que cela prouve, sinon que ses facultés diverses et déjà nombreuses ont pour principal organe la bouche ?

Elle a exercé sa bouche avant d’exercer ses yeux, et elle a bien fait ! Maintenant sa bouche exercée, délicate et sensible, est le meilleur moyen de connaissance qu’elle ait encore à son service. Elle a raison de l’employer. Je vous dis que votre fille est la sagesse même. Oui, elle aurait mis le coq dans sa bouche ; mais elle l’y aurait mis comme une belle chose et non comme une chose nourrissante. Notez que cette habitude, qui existe en fait chez les petits enfants, reste en figure dans la langue des hommes. Nous disons goûter un poème, un tableau, un opéra. » Pendant que j’exprimais ces idées insoutenables que le monde philosophique accepterait toutefois, si elles étaient émises dans un langage inintelligible, Suzanne frappait l’assiette avec ses poings, la grattait de l’ongle, lui parlait (et dans quel joli babil mystérieux ! ) puis la retournait avec de grandes secousses.

56 Elle n'y eût point manqué – Le verbe manquer est ici au subjonctif plus-que-parfait à valeur de conditionnel passé (2e forme)

> elle n'y aurait point manqué, conditionnel passé (1ère forme)

57 le meilleur moyen de connaissance qu’elle ait encore à son service

Le verbe avoir est au subjonctif présent dans la proposition relative : qu’elle ait encore à son service (verbe avoir : que j'aie, que tu aies, qu'il ait, que nous ayons...)

Quand on a un superlatif dans la proposition principale (le plus, le moins, le meilleur, le pire, le moindre, OU le premier, le dernier, le seul l'unique...) on a le subjonctif dans la relative.

58 un langage – en anglais language

inintelligible : Préfixe IN- > in- intelligible

10-Elle ni mettait pas beaucoup d’addresse59 ; non ! et ses mouvements manquaient d’exactitudes. Mais un mouvement, si simple qu’il paraisse, est très difficile à faire quant il n’est pas habituel. Et quelles habitudes voulez-vous qu’on est60 à trois mois et vingts jours ? Songer a se qu’il faut gouverner de nerfs, d’os et de muscles pour seulement lever le petit doigt. Conduire tous les fils des marrionnettes de M. Thomas Holden n’est, en comparaison, qu’une bagatelle. Darwin, qui est un observateur sagace, s’émerveillait de se que les petits enfants pussent rire et pleurer. Il écrivit un gros volume pour expliquer comment ils si prenaient.

Elle n’y mettait pas beaucoup d’adresse ; non ! et ses mouvements manquaient d’exactitude. Mais un mouvement, si simple qu’il paraisse, est très difficile à faire quand il n’est pas habituel. Et quelles habitudes voulez-vous qu’on ait à trois mois et vingt jours ? Songez à ce qu’il faut gouverner de nerfs, d’os et de muscles pour seulement lever le petit doigt. Conduire tous les fils des marionnettes de M. Thomas Holden n’est, en comparaison, qu’une bagatelle. Darwin, qui est un observateur sagace, s’émerveillait de ce que les petits enfants pussent rire et pleurer. Il écrivit un gros volume pour expliquer comment ils s’y prenaient.

59 adresse en français – address en anglais

60 Et quelles habitudes voulez-vous qu’on ait à trois mois et vingt jours ?

> Et quelles habitudes voulez-vous que nous ayons à trois mois et vingt jours ? ait, ayons, subjonctif 

11-Nous sommes sans pitié, « nous autre savants », comme dit M. Zola.

Mais je ne suis pas, heureusement, un aussi grand savant que M. Zola. Je suis superfitiel. Je ne fais pas des expériences sur Suzanne, et je me contente de l’observer, quand je puis le faire sans la contrarier.

Elle grattait son coq et devenait perplexe, ne consevant pas qu’une chose visible fut61 insaisissable. Cela passait son intelligence62, que d’ailleur tout passe. C’est même celà qui rend Suzanne admirable. Les petits enfants vivent dans un perpétuelle miracle ; tout leurs63 est prodige ; voilà pourquoi il y a une poésie dans leur regard. Prêts de nous, ils habite d’autres régions que nous. L’inconnu, le divin inconnu les enveloppent.

 

Nous sommes sans pitié, « nous autres savants », comme dit M. Zola.

Mais je ne suis pas, heureusement, un aussi grand savant que M. Zola. Je suis superficiel. Je ne fais pas des expériences sur Suzanne, et je me contente de l’observer, quand je puis le faire sans la contrarier.

Elle grattait son coq et devenait perplexe, ne concevant pas qu’une chose visible fût insaisissable. Cela passait son intelligence, que d’ailleurs tout passe. C’est même cela qui rend Suzanne admirable. Les petits enfants vivent dans un perpétuel miracle ; tout leur est prodige ; voilà pourquoi il y a une poésie dans leur regard. Près de nous, ils habitent d’autres régions que nous. L’inconnu, le divin inconnu les enveloppe.

 

61 ne concevant pas qu’une chose visible fût insaisissable. Subjonctif

Verbe concevoir > comprendre

au présent : ne concevant pas qu’une chose visible soit insaisissable.

> Valeurs et emplois du subjonctif

62 Cela passait son intelligence > cela dépassait son intelligence > elle ne pouvait pas comprendre cela.

63 tout leur est prodige – leur représente les petits enfants, pronom personnel invariable

 

12-« Petite bête ! dit sa maman.

-— Chère amie, votre fille est ignorante, mais raisonnable. Quand on voit une belle chose, on veut la posséder.

C’est un penchand naturel, que les loies ont prévues. Les Bohémiens de Béranger, qui disent que voir, c’est avoir, sont des sages d’une espèce fort rare. Si tout64 les hommes pensaient comme eux, il n’y aurait pas de civilisation et nous vivrions nus et sans art65 comme les habitants de la Terre de Feu. vous n’êtes point de leur sentiment ; vous aimez les vieilles tapisseries ou l’on voit des ciguognes sous des arbres et vous en couvrer tous les murs de la maison.

« Petite bête ! dit sa maman.

Chère amie, votre fille est ignorante, mais raisonnable. Quand on voit une belle chose, on veut la posséder.

C’est un penchant naturel, que les lois ont prévu. Les Bohémiens de Béranger, qui disent que voir, c’est avoir, sont des sages d’une espèce fort rare. Si tous les hommes pensaient comme eux, il n’y aurait pas de civilisation et nous vivrions nus et sans arts comme les habitants de la Terre de Feu. vous n’êtes point de leur sentiment ; vous aimez les vieilles tapisseries où l’on voit des cigognes sous des arbres et vous en couvrez tous les murs de la maison.

64 si tous les hommes pensaient – tous, adjectif indéfini au masculin pluriel, s'accorde avec le substantif qui le suit.

65 nous vivrions nus et sans arts

SANS suivi d'un singulier ou d'un pluriel. Règle générale : On se pose la question qui va logiquement donner la réponse : S'il y en avait, y aurait-il un art ou des arts ?

13-Je ne vous le reproche pas, loin de là. Mais comprenez donc Suzanne et son coq.

Je la comprend66, elle est comme petit Pierre, qui demanda la lune dans un seaux d’eau. On ne la lui donna pas. Mais, mon ami, n’allez pas dire qu’elle prend un coq peint pour un coq véritable, puisqu’elle n’en a jamais vu.

Non ; mais elle prend une illusion pour une réalité. Et les artistes sont bien un peu responsable67 de sa méprise.

Je ne vous le reproche pas, loin de là. Mais comprenez donc Suzanne et son coq.

Je la comprends, elle est comme petit Pierre, qui demanda la lune dans un seau d’eau. On ne la lui donna pas. Mais, mon ami, n’allez pas dire qu’elle prend un coq peint pour un coq véritable, puisqu’elle n’en a jamais vu.

Non ; mais elle prend une illusion pour une réalité. Et les artistes sont bien un peu responsables de sa méprise.

66 Verbes en DRE au présent de l'indicatif -DS -DS -D

je comprends, tu mouds, il défend

MAIS verbes en INDRE et SOUDRE -S, -S -T

je crains, tu peins, il joint

je résous, tu absous, il dissout

67 les artistes sont bien un peu responsables, responsables adjectif attribut de artistes

14-Voila bien longtemps qu’il cherche à imiter, par des lignes et des couleurs, la forme des choses. Depuis combien de millier d’années est mort ce brave homme des cavernes qui grava d’après nature un mamouth sur une lame d’ivoir ! La belle merveille qu’après tant et de si longs efforts dans les arts d’imitation ils soient parvenus à séduire une petite créature de trois mois et vingts jours ! Les apparances ! Qui ne séduise-t-elle pas ? La science elle-même, dont on nous assomme, vat-elle68 au-dela de se qui semble ? Quesque69 M. le professeur Robin trouve au font de son microscope ? Des apparances et rien que des apparances.

Voilà bien longtemps qu’ils cherchent à imiter, par des lignes et des couleurs, la forme des choses. Depuis combien de milliers d’années est mort ce brave homme des cavernes qui grava d’après nature un mammouth sur une lame d’ivoire ! La belle merveille qu’après tant et de si longs efforts dans les arts d’imitation ils soient parvenus à séduire une petite créature de trois mois et vingt jours ! Les apparences ! Qui ne séduisent-elles pas ? La science elle-même, dont on nous assomme, va-t-elle au-delà de ce qui semble ? Qu’est-ce que M. le professeur Robin trouve au fond de son microscope ? Des apparences et rien que des apparences.

68 La science … va-t-elle au-delà de ce qui semble ?

Le T de va-t-elle est euphonique. On ne peut pas dire va elle.

Comme le S de Vas-y. L'impératif d'aller est Va sans S

69 qu'est-que M. Robin trouve au fond de son microscope ?

Introducteur de la phrase interrogative : est-ce que – est-ce qui

Est-ce que tu pars ? > Pars-tu ? - Qu'est-ce que tu dis ? > Que dis-tu ?

Qu'est-ce qui fait du bruit ? Qui est-ce qui part ? > Qui part ?

 

15-« Nous sommes vainement agité par des mensonges », a dit Euripide… » Je parlais ainsi et, me préparant à commenter le vers d’Euripide, j’y aurai69 sans doutes trouvé des significations profondes auquel70 le fils de la marchande d’herbes n’avait jamais pensé. Mais le milieu devenait tout à fait inpropre71 au spéculation philosophique ; car, ne pouvant parvenir a détacher le coq de l’assiette, Suzanne se jetta dans une colère qui l'a rendi72 rouge comme une pivoine, lui élargi le nez à la facon des Cafres, lui remonta les joues dans les yeux et les sourcils jusque73 au sommet du front. Ce front, tout à coup rougi, bouleversé, travaillé de bosses, de cavités, de sillons contraires, resemblait à un sol volcannique. Sa bouche se fendit jusque aux73 oreilles et il en sortit, entre les gencives, des hurlements barbares. […]

 « Nous sommes vainement agités par des mensonges », a dit Euripide… » Je parlais ainsi et, me préparant à commenter le vers d’Euripide, j’y aurais sans doute trouvé des significations profondes auxquelles le fils de la marchande d’herbes n’avait jamais pensé. Mais le milieu devenait tout à fait impropre aux spéculations philosophiques ; car, ne pouvant parvenir à détacher le coq de l’assiette, Suzanne se jeta dans une colère qui la rendit rouge comme une pivoine, lui élargit le nez à la façon des Cafres, lui remonta les joues dans les yeux et les sourcils jusqu’au sommet du front. Ce front, tout à coup rougi, bouleversé, travaillé de bosses, de cavités, de sillons contraires, ressemblait à un sol volcanique. Sa bouche se fendit jusqu’aux oreilles et il en sortit, entre les gencives, des hurlements barbares.

69 j’y aurais sans doute trouvé des significations profondes – verbe trouver au conditionnel passé > nous y aurions trouvé sans doute...

70 des significations profondes auxquelles le fils de la marchande d’herbes n’avait jamais pensé – auxquelles, pronom relatif ayant pour antécédent significations, complément d'objet indirect de n'avait jamais pensé -

 > le fils de la marchande d’herbes n’avait jamais pensé à des significations profondes.

  Pronoms relatifs formés avec quel : singulier : lequel, auquel, duquel, (à) laquelle - pluriel : lesquels, lesquelles, auquel, auxquels, auxquelles, desquels,, desquelles,

Exemple : les jeunes filles à côté desquelles je m'étais assis étaient fort plaisantes.

71 impropre aux spéculations philosophiques > le singulier serait : impropre à la spéculation philosophique

impropre M devant P

 Le N devient M devant M B et P sauf bonbon, bonbonne, bonbonnière, embonpoint, néanmoins

Exemples immaculé, imberbe, importer

72 une colère qui la rendit rouge comme une pivoine – verbe rendre au passé simple – La, pronom personnel remplaçant Suzanne.

Si l'on avait le passé composé, on aurait : une colère qui l'a rendue rouge

73 jusqu'au sommet du front – jusque est élidé

Même chose pour : jusqu'aux oreilles

> Quoique, puisque, lorsque, quelque, et presque s'élident-ils ? Si oui dans quels cas ? 

 

 

Suite du texte sans fautes

 

« À la bonne heure ! m’écriai-je. voilà l’éclat des passions ! Les passions, il n’en faut pas médire. Tout ce qui se fait de grand en ce monde est fait par elles. Et voici qu’un de leurs éclairs rend un tout petit bébé presque aussi effrayant qu’une menue idole chinoise. Ma fille, je suis content de vous. Ayez des passions fortes, laissez-les grandir et croissez avec elles. Et si, plus tard, vous devenez leur maîtresse inflexible, leur force sera votre force et leur grandeur votre beauté. Les passions, c’est toute la richesse morale de l’homme.

Quel vacarme ! s’écrie la maman de Suzanne. On ne s’entend plus dans cette salle, entre un philosophe qui déraisonne et un bébé qui prend un coq peint pour je ne sais quoi de véritable. Les pauvres femmes ont bien besoin de sens commun pour vivre avec un mari et des enfants !

Votre fille, répondis-je, vient de chercher le beau pour la première fois. C’est la fascination de l’abîme, dirait un romantique ; c’est, dirai-je, l’exercice naturel des nobles esprits. Mais il ne faut pas s’y livrer trop tôt et avec des méthodes trop insuffisantes. Chère amie, vous avez des charmes souverains pour calmer les douleurs de Suzanne.

Endormez votre fille. » 

 

Voir la suite sur WIKISOURCE : SUZANNELe livre de Suzanne ( 1- Le Coq)

> Le Livre de Suzanne - SuzanneWikisource

>> Voir d'autres "DICTÉES"

 

.................................................................................

LE FRANÇAIS DANS TOUS SES ÉTATS

ACCUEIL

................................................................................

Partager cet article

Published by mamiehiou.over-blog.com
commenter cet article
27 juin 2013 4 27 /06 /juin /2013 12:14

ACCUEIL & SOMMAIRE

Tous les QUIZ

Orthographe grammaire pour les hésitants

Tous les articles du blog

 

 

Trouvez la terminaison correcte : -I, -IE, -IS, -IES, -IT, -ÎT

Les expressions en italique sont populaires

Les questions qu'il faut se poser :

Est-ce un adjectif, un participe passé employé comme adjectif ?

> Si oui, que deviendrait-il au féminin : IE, ISE, ITE ?

Si le participe passé fait partie d'un verbe conjugué dois-je faire l'accord ?

> Je repère s'il y a un complément d'objet direct placé avant lui, etc.

 

Est-ce un verbe conjugué au présent de l'indicatif ? > IS IS IT

au passé simple ? > IS IS IT

au subjonctif imparfait ? > ÎT

Vous pouvez lire les explications qui suivent le texte avant de faire l'exercice

 

 

Le petit chat de Madeleine est parti

 

Madeleine raconte :

Ce matin, mon petit chat a aboli... les règles et franchi... la barrière de mon petit jardin. Je suis abasourdi.... Je croyais avoir acqui... sa confiance. Que nenni ! Son absence assombri... ce jour et je me sens anéanti....

J'ai réfléchi.... Que pouvais-je donc faire ?

J'ai gravi... la colline voisine. Mes cris ont retenti... si fort et si longtemps que j'en ai vomi... mon petit déj.

Qui ne se serait pas enqui... de lui dans tout le voisinage ?

Je l'avais pourtant averti... et j'ai cru que les soins que je lui prodiguais l'avaient conqui... et sédui... pour la vie. Pourquoi donc s'est-il enfui... ? Je lui avais interdi... de me quitter. Le monde est rempli... d'ennemis ; ne le lui avais-je pas di... ? C'était pourtant un petit chat averti....

Je l'ai nourri..., je l'ai chéri..., je l'ai servi... comme un prince, je ne l'ai jamais puni..., jamais haï..., jamais honni... quoi qu'il fi... ; j'ai écri... pour lui des vers que je li... et reli... pour me bercer de son souvenir.

Et il est parti... ! Il s'est évanoui... dans la nature ! Il m'avait promi... qu'il ne me quitterait pas et il a menti.... Il m'a trahi....

N'est-il pas déjà rédui... en bouillie, aplati... par quelque véhicule ?

J'ai tant pleuré que mes yeux en ont rougi..., mes cheveux ont blanchi... et mes larmes sont d'ores et déjà tari.... Je me sens meurtri..., empli... de haine et enlaidi... par le chagrin.

Je frémi... de peur pour lui et je gémi... en l'attendant sur le pas de ma porte.

Soudain l'air a fraîchi... et j'en suis toute refroidi....

Il y a un instant, j'ai tressailli.... N'était-ce pas un cri de mon petit ?

Le voici qui rapplique tout réjoui.... Il ignore les angoisses que j'ai ressenti....

Instant béni... ! Mon imagination a fini... d'envisager le pire. Et me voilà toute ragaillardi....

Viens, mon petit chat que je chéri.... Ne me donnes-tu pas là une joie inouï... ?

Voilà une histoire qui fini... bien, me direz-vous.

 

Vous trouverez la correction de cet exercice à la fin de l'article, après les règles de grammaire qui éclaireront votre lanterne si tant est qu'il faille qu'elle soit éclairée.

 

Comment reconnaître les verbes du 2e groupe de ceux du 3e groupe qui se terminent par IR ?

Les verbes du 2e groupe ont leur participe présent en ISSANT pas ceux du 3e groupe.

Ex : 2e groupe : réunir, réunissant

3e groupe : sentir, sentant

MAIS maudire, maudissant

 

Remarque sur les participes passés :

On peut rencontrer des participes passés

 

a-lorsqu'ils sont conjugués avec un auxiliaire avoir ou être à un temps composé

ex : Il a ri trop longtemps et il s'est senti mal. (passé composé par exemple)

b- ou à la voix passive avec l'auxiliaire être

J'ai été saisi d'une rage irrépressible.

 

Le participe passé peut-être

participe passé verbal :

Ma journée finie, je sortais pour voir la lune et ma nuit s'écoulait remplie de rêves.

Ma journée finie est une proposition participiale, le participe passé finie a un sujet propre : ma journée. Elle équivaut à la proposition Quand ma journée était finie.

participe passé employé comme adjectif :

Tu es enfin devenu un homme réfléchi.

participe passé substantivé (nom)

C'est vraiment tous des pourris !

 

UN TRUC pour repérer la terminaison en i, is, it du participe passé : chercher la forme au féminin :

-I > -IE

démenti > démentie - subi > subie -fini > finie – ravi > ravie - chéri > chérie, choisi > choisie...

-I > -IT

écrit > écrite – dit > dite – contredit > contredite...

-IS > -ISE

commis > commise - compris > comprise – assis > assise...

Attention ! Il y a des exceptions selon le sens du mot comme :

béni, bénie ou bénit, bénite – subi, subie ou subit, subite

> bénit s'emploie pour quelque chose qu'un prêtre a béni :

exemples : l'eau bénite, le pain bénit.

Son père l'a béni avant de le voir s'en aller.

Expression familière : C'est pain bénit ! C'est bien mérité !

> subi (ie) est un participe passé, subit (te) est un adjectif :

Il a subi des dommages - Une mort subite (qui surgit inopinément). J'ai eu alors une inspiration subite.

 

CORRECTION

Le petit chat de Madeleine est parti

 

Ce matin, mon petit chat a aboli les règles et franchi la barrière de mon petit jardin. Je suis abasourdie. Je croyais avoir acquis sa confiance. Que nenni ! Son absence assombrit ce jour et je me sens anéantie.

J'ai réfléchi. Que pouvais-je donc faire ?

J'ai gravi la colline voisine. Mes cris ont retenti si fort et si longtemps que j'en ai vomi mon petit déj.

Qui ne se serait pas enquis de lui dans tout le voisinage ?

Je l'avais pourtant averti et j'ai cru que les soins que je lui prodiguais l'avaient conquis. Pourquoi donc s'est-il enfui ? Je lui avais interdit de me quitter. Le monde est rempli d'ennemis ; ne le lui avais-je pas dit ? C'était pourtant un petit chat averti.

Je l'ai nourri, je l'ai chéri, je l'ai servi comme un prince, je ne l'ai jamais puni, jamais haï, jamais honni quoi qu'il fît* ; j'ai écrit pour lui des vers que je lis et relis pour me bercer de son souvenir.

Et il est parti ! Il s'est évanoui dans la nature ! Il m'avait promis qu'il ne me quitterait pas et il a menti. Il m'a trahie.

N'est-il pas déjà réduit en bouillie, aplati par quelque véhicule ?

J'ai tant pleuré que mes yeux en ont rougi, mes cheveux ont blanchi et mes larmes sont d'ores et déjà taries. Je me sens meurtrie, emplie de haine et enlaidie par le chagrin.

Je frémis de peur pour lui et je gémis en l'attendant sur le pas de ma porte.

Soudain l'air a fraîchi et j'en suis toute refroidie.

Il y a un instant, j'ai tressailli. N'était-ce pas un cri de mon petit ?

Le voici qui rapplique tout réjoui. Il ignore les angoisses que j'ai ressenties.

Instant béni** ! Mon imagination a fini d'envisager le pire. Et me voilà toute ragaillardie.

Viens, mon petit chat que je chéris. Ne me donnes-tu pas là une joie inouïe ?

"Voilà une histoire qui finit bien" me direz-vous !

 

 

*quoi qu'il fît, subjonctif imparfait

quoi qu'il fasse, subjonctif présent.

quoi qu'il ait fait, subjonctif passé

quoi qu'il eût fait, subjonctif plus-que parfait

 

 Récapitulation des petites histoires à trous

Récapitulation de tous les exercices à trous

Récapitulation des articles : "Ne pas confondre... "

Orthographe grammaire pour les hésitants

LE FRANÇAIS DANS TOUS SES ÉTATS

ACCUEIL

 

Partager cet article

25 juin 2013 2 25 /06 /juin /2013 16:56

 

Le 23 juin, j'ai regardé sur France 5 l'émission qui donnait un film intitulé CRASH.

Édifiant !

Des scientifiques ont fait s'écraser, dans le désert mexicain, un avion chargé de mannequins censés représenter des personnes, pour pouvoir étudier toutes les conséquences et les dommages corporels encourus lors de cette expérience, grâce à des caméras, mais aussi le comportement de l'avion lui-même.

Vraiment très impressionnant, si l'on imagine vivre un tel drame.

 

Le film donnait à entendre des témoignages de rescapés.

Que l'on soit assis à l'avant ou à l'arrière de l'avion, on n'est jamais sûr d'être à "la bonne place", celle qui donne le maximum de chances de survivre à un tel choc ; et cependant, on peut tirer quelques conclusions intéressantes.

Si l'avion touche le sol plutôt vers l'avant, il est compréhensible que les voyageurs assis à l'arrière ont plus de chance d'être seulement blessés, et même indemnes, car l'énergie de l'onde de choc qui parcourt l'avion s'amoindrit au fur et à mesure qu'elle se propage dans le fuselage. Si les personnes se trouvant devant ont peu de chance d'avoir la vie sauve, celles qui sont au milieu ne sont que blessées à moins qu'un objet ne les heurte violemment, et celles à l'arrière n'ont rien, à moins que l'avion ne prenne feu et qu'elles n'aient pas le temps de sortir.

 

Pour pouvoir sortir, encore faut-il pouvoir marcher ; et l'on constate que nombreux sont ceux qui ont les jambes brisées, pour n'avoir pas su les positionner convenablement.

 

La position idéale est de glisser ses jambes sous son siège : ainsi le poids du corps qui peut être considérable lors de l'impact, ne porte pas sur les jambes.

La tête est baissée vers l'avant, on se met en boule, pour que la distance entre la tête et le dossier du siège qui est devant soit la plus courte possible ; si l'on se tient assis tout droit, la distance que parcourt la tête pour aller heurter le dossier devant elle fait qu'elle s'écrase sur le dossier. Les dossiers ne sont pas fixés solidement et sont projetés un peu vers l'avant pour amoindrir encore le choc de la tête.

 

Cependant il ne faut pas en déduire que les passagers à l'arrière ne courent aucun risque. Chaque "crash" est différent des autres et il a des conséquences différentes. Des témoignages de passagers se trouvant le plus à l'avant de l'avion prouvent qu'ils s'étaient tirés de ce mauvais pas car l'arrière de l'avion avait touché le sol en premier.

Vous vous souvenez peut-être de l'accident du Vol 1549 US AIRWAYS survenu le 15 janvier 2009 au dessus de la ville de New York. L'avion avait percuté un groupe de bernaches qui avaient endommagé les réacteurs. L'excellent pilote a réussi un atterrissage sur la rivière Hudson : 78 personnes ont été blessées mais toutes (155) ont survécu.

 

Il serait bon que, lorsqu'on prend un avion, on soit informé de ces choses.

Retenons cependant que prendre un avion est le moyen de voyager le plus sûr.

Et laissez-moi vous souhaiter de bons  voyages en avion, il va sans dire ! 

 

 

Sauvez des vies et sauvez la vôtre

 

ACCUEIL & SOMMAIRE

 

 

Partager cet article

Published by mamiehiou.over-blog.com - dans Sauvez des vies Miscellanées
commenter cet article
25 juin 2013 2 25 /06 /juin /2013 06:00

ACCUEIL

Récapitulation des articles

 

Votre avion va s'écraser. Quelle est la meilleure position à prendre ?

 

Votre bébé risque de mourir si vous dormez avec lui !

 

Quelles choses faut-il savoir pour avoir la vie sauve et sauver la vie des autres dans des circonstances particulières ?

 

Vous êtes dans un tunnel qui offre une certaine déclivité. Le feu prend dans un véhicule, une voiture, la vôtre peut-être, le train où vous vous trouvez ou bien le funiculaire. Vous arrivez à sortir du véhicule ; dans quel sens vous sauvez-vous en courant ? vers le haut ? vers le bas ? Choisissez bien ou vous êtes mort.

 

Quand un tsunami va se produire, l'eau de la mer se retire. Impression étrange.

 

Étouffement par inhalation d'un corps étranger.

 

Si vous êtes énervé, ne secouez pas votre bébé ni celui des autres.

 

Femmes enceintes, voici quelques conseils sur les choses que j'ai apprises lors de mes grossesses, accouchements et allaitements et que j'aurais bien aimé connaître avant d'avoir tâtonné !

 

La sauge – Femmes enceintes, attention !

 

Varicelle : un danger pour les femmes enceintes. Jeunes filles, faites-vous vacciner si vous ne l'avez jamais eue !

 

Le miel, le pamplemousse, le soja, sont-ils dangereux pour la santé ?

 

D'après un tweet de Jean-Daniel Faysakier que j'ai retweeté le 3 octobre 2013 > J'ignorais totalement l'existence du '114' numéro d'urgence par fax ou SMS pour sourds, mal entendants, aphasiques

 

ACCUEIL & SOMMAIRE

Partager cet article

Published by mamiehiou.over-blog.com - dans Sauvez des vies Miscellanées
commenter cet article
24 juin 2013 1 24 /06 /juin /2013 18:59

 

Entendu dans le Magazine de la santé sur France 5 le 18 juin 2013 :

Lorsqu'un bébé dort avec une personne, il court cinq fois plus de risques de mourir syndrome de la mort subite du nourrisson (MSN)

Les mamans, en général, savent que c'est dangereux, et pourtant elles sont nombreuses celles qui dorment avec leur enfant.

 

Ne vous endormez pas avec votre bébé !

Ne dormez pas avec votre bébé !

 

***

Depuis les années 1990 on sait qu'il faut coucher le bébé sur le dos. Il était d'usage de le coucher sur le ventre mais cette pratique a cessé. On a ainsi constaté que moitié moins d'enfants étaient victimes de la mort subite du nourrisson.

 

 

.

......................................................................................................

Sauvez des vies et sauvez la vôtre

ACCUEIL

..........................................................................................................

.

 

Partager cet article

20 juin 2013 4 20 /06 /juin /2013 14:25

 

ACCUEIL & SOMMAIRE

Tous les QUIZ

Orthographe grammaire pour les hésitants

Tous les articles du blog

 

Petit exercice préliminaire :

Comment écririez-vous au singulier et au pluriel :

bestiau-, matériau-, sarrau-, landau-,

bijou-, ripou-, verrou-, banal-, idéal-, travail-.

Les mots sont écrits en vert dans les explications.

(Voir après la correction du texte Tonton et Jeannot)

 

Dans le texte suivant, choisissez la bonne orthographe du mot écrit en rouge :

1-soit le mot n'a pas de terminaison

2-soit il se termine par S

3-soit il se termine par X

 

Vous trouverez la correction et les règles après l'exercice

 

 

 Tonton et Jeannot à la pêche

Les tournures familières sont notées en italique

 

  Ce jour-là nous sommes partis à la pêche, mon neveu(-, s, x) et moi et nous n'avons eu que des aléas. Ma voiture, qui était bien loin d'être un  joyau(.), n'a pas pu démarrer, les essieu( ) étaient cassés et les pneu( ) lisses. "Tes bagnoles, c'est pas mieux que des landau( )" s'est esclaffé mon petit Jeannot qui n'avait pas la langue dans sa poche de manteau( ).

Nous avons décidé d'y aller à pied, mais mon petit louveteau( ) a trébuché sur un caillou( ) et il s'est blessé au genou( ). Il s'est fait de gros bleu( ) parce qu'un vaisseau( ) a claqué. Il criait comme un veau(.). Pauvre chou( ) ! Encore heureux qu'il puisse encore avancer. Il a, par mégarde, écrasé un oiseau( ) et l'on pouvait voir les boyau( ) du pauvre animal. C'était peut-être un passereau( ), un hirondeau( ) ou un fauconneau( ), ou même un petit cailleteau( ), beauseigne*, va savoir. Il s'en est fallu d'un cheveu( ) que Jean n'éclate en sanglots, mais je me suis dit que ce n'était pas la peine de lui chercher des pou(.) dans la tête, et qu'un boyau( ) d'oiseau( ), ça n'valait pas un clou( ).

Il s'est mis à me parler des émeu( ) qu'il avait occis un jour et il ne s'en était jamais remis. Il fit le voeu( ) de ne plus tirer les oiseau( ) au lance-pierre. Sur le chemin, on entendait les coucou( ). Jean m'affirma que c'étaient pas des besogneu( ) et qu'ils piquaient le nid des autres oiseau( ), de vrais voyou( ), des affreu( ).

On est arrivés à la rivière, le lieu( ) était poissonneux ; c'est alors qu'on a eu un petit creu( ). On a déballé la bouffe. "Chouette, des tripou( ) !" s'est écrié mon petit Jean, "on va se goinfrer comme des fou(.)". Je lui ai dit d'y aller mou( ). Il répliqua en me faisant des clins d'yeux. "Y a pas de souci, tonton !"

Après avoir sucé son esquimau( ), mon Jeannot m'a aidé à déballer notre matériel. " Des hameçons en acier !" s'est-il exclamé, "C'est un bon matériau( ), ça !" Et il a accroché un vermisseau( ) comme appât.

On s'est mis à pêcher. Jean a eu de la chance et il a attrapé un petit barbeau( ). Il était déçu. J'ai ironisé : "Quel bestiau( ) ! Tu n'crois pas que tu allais pêcher des merlans ou des lieu( ) dans ce ruisseau, mon petit !"

On rencontra un pauvre hère, un vieux scrogneugneu( ) ; bref un ancien ripou( ), un chemineau( ) connu pour ses vagabondages et vêtu d'un oripeau( ) qui ne fleurait pas la vanille. "Attention !" nous a-t-il dit, "il y a des pièges qui vous prennent les pieds comme dans des étau(.)."

"Il nous mène en bateau( )", ai-je soufflé à Jeannot.

Moi, je n'ai pas eu de chance et j'ai ramené des choses bizarres, un râteau( ), un appeau( ), un marteau( ), un cerceau( ), même un bijou( ) de pacotille. On a passé le temps à se raconter des histoires. Jean m'a fait rire avec un fabliau( ) du Moyen Âge et il m'a récité un rondeau( ).

Je vais vous faire un aveu( ) : on a quand même passé un bon après-midi et un aimable paysan nous a ramenés dans son tombereau( ). Heureusement que j'avais pris un de mes grands sarrau( ) !

Des chouchou( ) comme Jeannot, on en rêve.

*beauseigne se prononce [beausseigne] expression du parler stéphanois (le gaga) qui exprime l'apitoiement. Elle viendrait de "beau seigneur !"

"Il souffre ! Oh beauseigne !

Ce type, c'est vraiment un beauseigne

 

CORRECTION

Ce jour-là nous sommes partis à la pêche, mon neveu et moi et nous n'avons eu que des aléas. Ma voiture, qui était bien loin d'être un joyau, n'a pas pu démarrer, les essieux étaient cassés et les pneus lisses. "Tes bagnoles, c'est toujours des landaus", s'est esclaffé mon petit Jeannot qui n'avait pas la langue dans sa poche de manteau( ).

Nous avons décidé d'y aller à pied, mais mon petit louveteau a trébuché sur un caillou et il s'est blessé au genou. Il s'est fait de gros bleus parce qu'un vaisseau a claqué. Il criait comme un veau. Pauvre chou ! Encore heureux qu'il puisse encore avancer. Il a, par mégarde, écrasé un oiseau et l'on pouvait voir les boyaux du pauvre animal. C'était peut-être un passereau, un hirondeau ou un fauconneau, ou même un petit cailleteau, beauseigne, va savoir. Il s'en est fallu d'un cheveu que Jean n'éclate en sanglots, mais je me suis dit que ce n'était pas la peine de lui chercher des poux dans la tête, et qu'un boyau d'oiseau, ça n'valait pas un clou.

Il s'est mis à me parler des émeus qu'il avait occis un jour et il ne s'en était jamais remis. Il fit le voeu de ne plus tirer les oiseaux au lance-pierre. Sur le chemin, on entendait les coucous. Jean m'affirma que c'étaient pas des besogneux et qu'ils piquaient le nid des autres oiseaux, de vrais voyous, des affreux.

On est arrivés à la rivière, le lieu était poissonneux ; c'est alors qu'on a eu un petit creux. On a déballé la bouffe. "Chouette, des tripous (ou des tripoux) !" s'est écrié mon petit Jean, "on va se goinfrer comme des fous". Je lui ai dit d'y aller mou. Il répliqua en me faisant des clins d'yeux. "Y a pas de souci, tonton !"

Après avoir sucé son esquimau, mon Jeannot m'a aidé à déballer notre matériel. " Des hameçons en acier !" s'est-il exclamé, "C'est un bon matériau, ça !" Et il a accroché un vermisseau comme appât.

On s'est mis à pêcher. Jean a eu de la chance et il a attrapé un petit barbeau. Il était déçu. J'ai ironisé : "Quel bestiau ! Tu n'crois pas que tu allais pêcher des merlans ou des lieus dans ce ruisseau, mon petit !"

On rencontra un pauvre hère, un vieux scrogneugneu ; bref, un ancien ripou, un chemineau connu pour ses vagabondages et vêtu d'un oripeau qui ne fleurait pas la vanille. "Attention ! nous a-t-il dit, il y a des pièges qui vous prennent les pieds comme dans des étaux."

"Il nous mène en bateau", ai-je soufflé à Jeannot.

Moi, je n'ai pas eu de chance et j'ai ramené des choses bizarres, un râteau, un appeau, un marteau, un cerceau, et même un bijou de pacotille. On a passé le temps à se raconter des histoires. Jean m'a fait rire avec un fabliau du Moyen Âge et il m'a récité un rondeau.

Je vais vous faire un aveu : on a quand même passé un bon après-midi et un aimable paysan nous a ramenés dans son tombereau. Heureusement que j'avais pris un de mes grands sarraus !

Des chouchous (ou chouchoux) comme Jeannot, on en rêve.

 

 

LES NOMS SE TERMINANT PAR -OU prennent un S au pluriel

fou-fous, bambou-bambous, voyou-voyous, verrou-verrous...

 

EXCEPTIONS : Prennent un X bijou, caillou, chou, genou, hibou, joujou, pou.

des bijoux, des cailloux, des choux, des genoux, des hiboux, des joujoux, des poux.

 

Ripoux verlan de pourri, admis par Larousse.

Un ripou

Des tripous ou tripoux, l'usage hésite.

Un chouchou

Des chouchous ou chouchoux, ne figurent pas dans les dictionnaires.

 

LES MOTS SE TERMINANT PAR -AU, -EAU, -EU, -OEU prennent un X au pluriel.

un matériau, des matériaux, un tuyau, des tuyaux, un boyau, des boyaux, un oiseau, des oiseaux,

un essieu, des essieux, un neveu, des neveux, un cheveu, des cheveux, un voeu, des voeux...

 

EXCEPTIONS : Prennent un S landau, sarrau - des landaus, des sarraus,

moins connus : berimbau, donau, karbau, pilau, unau

et bleu, émeu, lieu (poisson), pneu – des bleus, des émeus, des lieus (poissons), des pneus.

et aussi beu, bisteu, enfeu, rebeu

et le participe passé de avoir : eu, eus

Prennent un S ou un X

crau, grau,sénau, tussau

emposieu, richelieu

feu (l'adjectif prend un S dans le sens de décédés récemment), lieus (le nom des poissons)

 

Remarques

1-Familièrement on peut employer un bestiau pour une bête.

Ah ! J'ai trouvé un bestiau dans mon assiette !

Pour parler en se moquant d'une personne grande et imposante :

Tu as vu ce bestiau ?

2-un scrogneugneu, des scrogneugneux.

 

LES NOMS MASCULINS SE TERMINANT PAR -AL font généralement leur pluriel en -AUX

un cheval, des chevaux...

 

SAUF les noms suivants qui ont un pluriel en -ALS :

bal, carnaval, cérémonial, chacal, choral, festival, pal, récital, régal, santal.

Un festival, des festivals...

REMARQUES

- CHORAL fait chorals ou choraux (nom, chorals / adjectif, chorals ou choraux)

des ensembles chorals ou choraux (qui concernent des choeurs), des chants choraux, des chorals religieux, des chorals sur orgues, clavecins...

- IDÉAL fait idéals ou idéaux (nom et adjectif)

- BANAL (adjectif) fait banals ou banaux dans :

des fours, des moulins banaux,

et banals (sens abstrait) : des romans banals, des gens banals...

 

LES NOMS MASCULINS SE TERMINANT PAR -AIL font généralement leur pluriel en -AILS

un portail, des portails - un éventail, des éventails...

Un travail (pluriel des travails) est l'appareil dans lequel on place les chevaux pour les ferrer.

Remarque : Le mot travail a deux sens : un travail, des travaux/travails

 

SAUF les noms suivants qui ont un pluriel en -AUX,

bail, corail, émail, fermail, soupirail, travail, vantail et vitrail – baux, coraux, etc

 

Le nom AIL fait au pluriel AILS ou AULX

 

..................................................................................

Les petites histoires à trous

Récapitulation de tous les exercices à trous

Récapitulation des articles : "Ne pas confondre... "

Orthographe grammaire pour les hésitants

LE FRANÇAIS DANS TOUS SES ÉTATS

ACCUEIL

.................................................................................

 

 

Partager cet article

17 juin 2013 1 17 /06 /juin /2013 09:57

 

Je ne suis pas la seule à m'être posé la question – comme beaucoup d'autres questions d'ailleurs auxquelles je tente de répondre dans ce blog.

Je pensais que AUTANT POUR MOI était l'orthographe correcte de cette locution jusqu'à ce qu'un de mes lecteurs me signale que l'Académie donnait AU TEMPS POUR MOI.

 

Il en va ainsi de la mémoire visuelle ; on rencontre un mot dans un texte ; il s'inscrit dans notre hippocampe (ou ailleurs, que sais-je ?) sans qu'on fasse aucun effort pour en garder la graphie et il ressort tel quel un jour ou l'autre quand le besoin s'en fait sentir. Se pose-t-on la question de savoir s'il est bien orthographié ? Pas toujours. On ne court pas les dictionnaires à chaque mot un peu alambiqué que l'on écrit ; et c'est bien là l'erreur.

Ainsi donc mon lecteur, Benoît pour le nommer, me fait justement remarquer que j'aurais dû écrire AU TEMPS POUR MOI dans le commentaire de mon article : Les mauvaises manières de parler le français - Barbarismes et solécismes - QUIZ 30

Pas si évident.

 

Ma recherche m'amène à lire ce que pensent quelques grammairiens de cette question cruciale.

 

Questions de langue | Académie française

www.academie-francaise.fr/la-langue-francaise/questions-de-langue

Aller à Au temps pour moi – (sommaire)

 

Claude Duneton, historien du langage penche pour autant pour moi (18 décembre 2003 dans la rubrique « au plaisir des mots » du Figaro)

Damourette et Pichon [auteurs de Des mots à la pensée. Essai de grammaire de la langue française] se demandent si autant n’est pas la forme primitive. Note du Grevisse 2012

 

Le Grevisse (411 a et R) fait référence à l'Académie 9e édition qui donne la formule : "Au temps pour les crosses" (à l'entrée CROSSE), injonction qui, dans le langage militaire, demande de recommencer le maniement des armes qui a été mal synchronisé.

 

AU TEMPS POUR MOI ! signifie que l'on reconnaît son erreur.

.......

Compte tenu de ces explications, je pense qu'on peut raisonnablement opter pour l'une ou l'autre graphie, à sa guise ; sans oublier que cette expression est familière.

 

 

LE FRANÇAIS DANS TOUS SES ÉTATS

ACCUEIL & SOMMAIRE


 

 

Partager cet article

Published by mamiehiou.over-blog.com - dans Le français dans tous ses états
commenter cet article
13 juin 2013 4 13 /06 /juin /2013 12:06

 

 

Le point-virgule marque une pause, plus longue que celle de la virgule, moins longue que celle du point.

J'estime que ce signe de ponctuation est injustement de plus en plus délaissé de nos jours par les écrivains, les journalistes, les étudiants qui écrivent tant bien que mal, les barbouilleurs de tous poils et j'en passe ; pourtant le point-virgule a un sens ; il a un rôle à jouer ; dans la lecture à haute voix ne permet-il pas que l'on reprenne un peu son souffle ?

J'en viens à douter qu'à l'école on apprenne qu'il existe.

 

Cf. Littré : Point et virgule ( ; ), signe de ponctuation, qu'on emploie pour séparer des membres de phrases subordonnés non grammaticalement, mais logiquement.

Substantivement, le point-virgule. Le point-virgule marque une pause plus forte que la virgule.

 

On notera que le point virgule est précédé d'un espace (contrairement à la virgule), et que ce qui suit ne prend jamais de majuscule.

 

On peut l'employer :

dans des phrases longues donnant une énumération d'éléments déjà séparés par des virgules, un ou plusieurs de ces éléments étant eux-mêmes subdivisés en d'autres éléments séparés par des virgules.

 

Texte du 1/1/1835, valide du 1/1/1835 au 7/2/1924 L’acte de décès contiendra les prénoms, nom, âge, profession et domicile de la personne décédée ; les prénoms et nom de l’autre époux, si la personne décédée était mariée ou veuve ; les prénoms, noms, âge, professions et domiciles des déclarants ; et, s’ils sont parents, leur degré de parenté. Code civil - Article 79

 

pour séparer des propositions qui ont entre elles une relation logique.

Extraits de textes que vous pouvez retrouver dans ce blog

 

Ces récits occupaient tout le temps du coucher de ma mère et de ma soeur : elles se mettaient au lit mourantes de peur.; je me retirais au haut de ma tourelle ; la cuisinière rentrait dans la grosse tour, et les domestiques descendaient dans leur souterrain.

>> CHATEAUBRIAND - Mémoires d'Outre-Tombe - À Combourg

 

lorsque les phrases sont unies par un adverbe ou un syntagme à valeur adverbiale : pourtant, cependant, ensuite, enfin, à savoir, par conséquent, etc.

On rencontre le point-virgule avant la conjonction mais, parfois avant et.

 

Sa figure était une pomme rouge, un bouton de pivoine prêt à fleurir ; et là-dedans s’ouvraient, en haut, deux yeux noirs magnifiques, ombragés de grands cils épais qui mettaient une ombre dedans ; en bas, une bouche charmante, étroite, humide pour le baiser, meublée de quenottes luisantes et microscopiques.

>> GUY DE MAUPASSANT - Boule de Suif - Dans la diligence qui les emmène au Havre.

 

Il reste à savoir si l'on peut l'employer aujourd'hui dans une phrase pour séparer certaines parties de la phrase qui, de ce fait, ne sont pas des phrases complètes, comme dans les exemples ci-dessous (les parties de phrases sont ici des subordonnées conjonctives ou d'autres éléments).

Je n'ai trouvé ce cas cité dans aucune grammaire, ni dans aucun site sur la toile (se souciant de cette histoire de point-virgule), mais j'ai lu de nombreuses phrases d'écrivains utilisant ainsi le point-virgule.

 

Bundari, le second historien, conte que Zoroastre était Juif, et qu’il avait été valet de Jérémie ; qu’il mentit à son maître ; que Jérémie, pour le punir, lui donna la lèpre ; que le valet, pour se décrasser, alla prêcher une nouvelle religion en Perse, et fit adorer le soleil au lieu des étoiles.

>>VOLTAIRE - Dictionnaire philosophique - Zoroastre, prophète et fondateur du zoroastrisme

 

Que l'homme, étant revenu à soi, considère ce qu'il est au prix de ce qui est ; qu'il se regarde comme égaré dans ce canton détourné de la nature ; et que de ce petit cachot où il se trouve logé, j'entends l'univers, il apprenne à estimer la terre, les royaumes, les villes et soi-même son juste prix. Qu'est-ce qu'un homme dans l'infini ?

>> BLAISE PASCAL - Pensées - Les deux infinis

 

Les anciens, les Chaldéens sans doute exceptés, la prenaient pour deux étoiles différentes ; ils la nommaient Hesper ou Vesper, l'occidentale, à son apparition du soir. Les modernes l'appellent l'étoile du berger, parce qu'elle est pour celui-ci le signal de la retraite dans les beaux jours ; et les cœurs tendres, l'étoile des amants, dont elle est le discret et mystérieux flambeau.

>> WILLIAM DUCKETT - Dictionnaire de la conversation et de la lecture - Lucifer (Phosphore, Vénus, Astarté, Vénus-Uranie, Anahid, Hesper ou Vesper, Boker)

 

Je ne suis pas la seule à m'émouvoir de la disparition progressive du point-virgule :

>> Enfin; une cause ! Par MM. Benoît Leblanc et Claude Tousignant

cause qui est d'ailleurs bien mollement défendue !

 

On utilisait beaucoup le point-virgule avant le XXe siècle.

Et je veux l'utiliser à ma guise, sans qu'on me cherche noise !

 

LE FRANÇAIS DANS TOUS SES ÉTATS

ACCUEIL & SOMMAIRE

 

Vos pouvez lire aussi : J'aime l'esperluette

 

Partager cet article

Published by mamiehiou.over-blog.com - dans Le français dans tous ses états
commenter cet article
11 juin 2013 2 11 /06 /juin /2013 19:05

FLORILÈGE

ACCUEIL

IIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII     IIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII

Un florilège de textes sélectionnés par mamiehiou

IIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII     IIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII

 

-28-

 

La Mort d'Honoré de Balzac

 

racontée par Victor Hugo

 

dans CHOSES VUES

 

 

Honoré de Balzac 1799-1850

romancier, dramaturge, critique littéraire, journaliste.

 

Victor Hugo 1802-1885

poète, dramaturge, romancier, homme politique.

 

La mort de Balzac, Choses vues de Victor Hugo

Le 18 août 1850, ma femme, qui avait été dans la journée pour voir Mme de Balzac, me dit que M. de Balzac se mourait. J'y courus.

M. de Balzac était atteint depuis dix-huit mois d'une hypertrophie du coeur. Après la révolution de Février, il était allé en Russie et s'y était marié. Quelques jours avant son départ, je l'avais rencontré sur le boulevard; il se plaignait déjà et respirait bruyamment. En mai 1850, il était revenu en France, marié, riche et mourant. En arrivant, il avait déjà les jambes enflées. Quatre médecins consultés l'auscultèrent. L'un d'eux, M. Louis, me dit le 6 juillet: Il n'a pas six semaines à vivre. C'était la même maladie que Frédéric Soulié.

Le 18 août, j'avais mon oncle, le général Louis Hugo, à dîner. Sitôt levé de table, je le quittai et je pris un fiacre qui me mena avenue Fortunée, n° 14, dans le quartier Beaujon. C'était là que demeurait M. de Balzac. Il avait acheté ce qui restait de l'hôtel de M. de Beaujon, quelques corps de logis bas échappés par hasard à la démolition ; il avait magnifiquement meublé ces masures et s'en était fait un charmant petit hôtel, ayant porte cochère sur l'avenue Fortunée et pour tout jardin une cour longue et étroite où les pavés étaient coupés çà et là de plates-bandes.

Je sonnai. Il faisait un clair de lune voilé de nuages. La rue était déserte. On ne vint pas. Je sonnai une seconde fois. La porte s'ouvrit. Une servante m'apparut avec une chandelle. « Que veut monsieur ? » dit-elle. Elle pleurait.

Je dis mon nom. On me fit entrer dans le salon qui était au rez-de- chaussée, et dans lequel il y avait, sur une console opposée à la cheminée, le buste colossal en marbre de Balzac par David. Une bougie brûlait sur une riche table ovale posée au milieu du salon et qui avait en guise de pieds six statuettes dorées du plus beau goût.

Une autre femme vint qui pleurait aussi et me dit :

« Il se meurt. Madame est rentrée chez elle. Les médecins l'ont abandonné depuis hier. Il a une plaie à la jambe gauche. La gangrène y est. Les médecins ne savent ce qu'ils font. Ils disaient que l'hydropisie de monsieur était une hydropisie couenneuse, une infiltration, c'est leur mot, que la peau et la chair étaient comme du lard et qu'il était impossible de lui faire la ponction. Eh bien, le mois dernier, en se couchant, Monsieur s'est heurté à un meuble historié, la peau s'est déchirée, et toute l'eau qu'il avait dans le corps a coulé. Les médecins ont dit : Tiens ! Cela les a étonnés et depuis ce temps-là ils lui ont fait la ponction. Ils ont dit : Imitons la nature. Mais il est venu un abcès à la jambe. C'est M. Roux qui l'a opéré. Hier on a levé l'appareil. La plaie, au lieu d'avoir suppuré, était rouge, sèche et brûlante. Alors ils ont dit : Il est perdu ! et ne sont plus revenus. On est allé chez quatre ou cinq, inutilement. Tous ont répondu : Il n'y a rien à faire. La nuit a été mauvaise. Ce matin, à neuf heures, monsieur ne parlait plus. Madame a fait chercher un prêtre. Le prêtre est venu et a donné à Monsieur l'extrême- onction. Monsieur a fait signe qu'il comprenait. Une heure après, il a serré la main à sa soeur, Mme de Surville. Depuis onze heures il râle et ne voit plus rien. Il ne passera pas la nuit. Si vous voulez, monsieur, je vais aller chercher M. de Surville, qui n'est pas encore couché. »

La femme me quitta. J'attendis quelques instants. La bougie éclairait à peine le splendide ameublement du salon et de magnifiques peintures de Porbus et de Holbein suspendues aux murs. Le buste de marbre se dressait vaguement dans cette ombre comme le spectre de l'homme qui allait mourir. Une odeur de cadavre emplissait la maison.

M. de Surville entra et me confirma tout ce que m'avait dit la servante. Je demandai à voir M. de Balzac.
Nous traversâmes un corridor, nous montâmes un escalier couvert d'un tapis rouge et encombré d'objets d'art, vases, statues, tableaux, crédences portant des émaux, puis un autre corridor, et j'aperçus une porte ouverte. J'entendis un râlement haut et sinistre. J'étais dans la chambre de Balzac.
Un lit était au milieu de cette chambre. Un lit d'acajou ayant au pied et à la tête des traverses et des courroies qui indiquaient un appareil de suspension destiné à mouvoir le malade. M. de Balzac était dans ce lit, la tête appuyée sur un monceau d'oreillers auxquels on avait ajouté des coussins de damas rouge empruntés au canapé de la chambre. Il avait la face violette, presque noire, inclinée à droite, la barbe non faite, les cheveux gris et coupés courts, l'oeil ouvert et fixe. Je le voyais de profil, et il ressemblait ainsi à l'Empereur.

Une vieille femme, la garde, et un domestique se tenaient debout des deux côtés du lit. Une bougie brûlait derrière le chevet sur une table, une autre sur une commode près de la porte. Un vase d'argent était posé sur la table de nuit. Cet homme et cette femme se taisaient avec une sorte de terreur et écoutaient le mourant râler avec bruit.

La bougie au chevet éclairait vivement un portrait d'homme jeune, rose et souriant, suspendu près de la cheminée.

Une odeur insupportable s'exhalait du lit. Je soulevai la couverture et je pris la main de Balzac. Elle était couverte de sueur. Je la pressai. Il ne répondit pas à la pression.

C'était cette même chambre où je l'étais venu voir un mois auparavant. Il était gai, plein d'espoir, ne doutant pas de sa guérison, montrant son enflure en riant. Nous avions beaucoup causé et disputé politique. Il me reprochait «ma démagogie». Lui était légitimiste. Il me disait : « Comment avez-vous pu renoncer avec tant de sérénité à ce titre de pair de France, le plus beau après le titre de roi de France » - Il me disait aussi : « J'ai la maison de M. de Beaujon, moins le jardin, mais avec la tribune sur la petite église du coin de la rue. J'ai là dans mon escalier une porte qui ouvre sur l'église. Un tour de clef et je suis à la messe. Je tiens plus à cette tribune qu'au jardin. » -- Quand je l'avais quitté, il m'avait reconduit jusqu'à cet escalier, marchant péniblement, et m'avait montré cette porte, et il avait crié à sa femme : « Surtout, fais bien voir à Hugo tous mes tableaux. »

La garde me dit : « Il mourra au point du jour. »

Je redescendis, emportant dans ma pensée cette figure livide ; en traversant le salon, je retrouvai le buste immobile, impassible, altier et rayonnant vaguement, et je comparai la mort à l'immortalité.
Rentré chez moi, c'était un dimanche, je trouvai plusieurs personnes qui m'attendaient, entre autres Riza-Bey, le chargé d'affaires de Turquie, Navarrete, le poète espagnol et le comte Arrivabene, proscrit italien. Je leur dis : « Messieurs, l'Europe va perdre un grand esprit. »

Il mourut dans la nuit. Il avait cinquante et un ans.

 

................................

Si vous avez aimé ce texte, ne manquez pas de lire :

La Mort de Balzac/3. La mort de Balzac – Wikisource

Par Octave Mirbeau, 1905

Note de Mamiehiou

Un récit effarant qui étonne, qui bouleverse ; on ne peut retenir ses larmes !

Ce texte de Mirbeau concernant les confidences de l'amant de Mme de Balzac (madame Hańska d'un premier mariage, comtesse de Mniszech) fut sujet à controverse. L'auteur ne put le publier car la fille de Mme de Balzac, alors âgée de quatre-vingts ans, le pria de n'en rien faire. Aucun autre témoin ne put corroborer ce que furent réellement les dernières heures de Balzac.

................................

Oeuvres inédites de Victor Hugo. Choses vues

Gallica page 28

................................

Voir aussi le discours que Victor Hugo prononça aux funérailles de Balzac le 29 août 1850

Discours prononcé aux funérailles de Balzac - françaisenligne

 

 

.................................................................................

FLORILÈGE - LA PENSÉE DES AUTRES (titres des textes)

ACCUEIL & SOMMAIRE

.................................................................................

 

 

Partager cet article

Published by mamiehiou.over-blog.com - dans Florilège - la pensée des autres
commenter cet article
10 juin 2013 1 10 /06 /juin /2013 05:55

ACCUEIL

QUE s'élide lorsqu'il est suivi d'une voyelle ou d'un h muet. À l'écrit le E final disparaît et laisse la place à l'apostrophe.

Il n'est pas venu parce qu'il était malade.

Mais qu'en est-il lorsque QUE est l'élément d'un autre mot ?  Doit-on ou peut-on marquer l'élision dans les mots : quoique, puisque, lorsque, quelque, et presque ? Et dans quels cas ?

> quoiqu'-, puisqu'-, lorsqu'-, quelqu'-, presqu'-

 

*********************

1-Certains grammairiens nous disent que quoique, puisque, lorsque ne s'élident que devant les pronoms et les articles  > il(s), elle(s), un(s), une(s), on, en, aucun. D'autres ajoutent quelques mots à ceux-ci.

On peut ou non marquer l'élision dans tous les cas précisent l'Académie, dans La Grammaire de l'Académie et Le Grevisse

J'ai fait cet exercice quoiqu'ayant rencontré quelques difficultés. Je l'avais fini lorsqu'Isabelle est arrivée et puisqu'Anna l'a suggéré, nous sommes toutes allées au cinéma.

 

2-Quelque ne s'élide que devant un et une : quelqu'un, quelqu'une. On a une disjonction dans les autres cas.

J'en connais quelqu'une qui aimerait bien te rencontrer !

 

Remarque : Cependant j'ai rencontré dans une ancienne version  de La Dictée de Mérimée : Quelqu'exiguës qu'aient pu paraître... les arrhes...

Voir dans ce blog > La dictée de Mérimée avec ses difficultés expliquées par le menu*, règles d'orthographe et de grammaire et digressions sur la langue

Chez Dauzat : Quelqu’opposés […] que fussent leurs tempéraments ( Génie de la langue française, p. 343)

Chez Robespierre : ... quelqu'impure qu'en soit la source... (Discours à la Convention sur la nouvelle Déclaration des droits de l'homme)

 

3-Presque ne s'élide que dans presqu'île.

 

*********************

Voir dans ce blog

> La liaison - L'élision - L'enchaînement - La disjonction

> L'euphonie - Emploi des lettres euphoniques pour éviter l'hiatus

 

LE FRANÇAIS DANS TOUS SES ÉTATS

ACCUEIL & SOMMAIRE

  

Partager cet article

Published by mamiehiou.over-blog.com
commenter cet article

Présentation

  • : LE BLOG DE MAMIEHIOU - La langue française telle qu'on l'aime  De la grammaire, des exercices divers, des dictées commentées, des histoires, des textes d'auteurs, des infos pratiques...
  • : Pour tous ceux qui aiment la langue française. Son histoire, sa grammaire et son orthographe. Des dictées commentées, des exercices ébouriffants, un florilège de textes d'auteurs, etc.
  • Contact

Mon Profil

  • mamiehiou.over-blog.com
  • J'aime trop les mots pour les garder par-devers moi - au fond de mon coeur et de mon esprit. Ils débordent de mes pensées en contes drolatiques, avec des quiz et des digressions sur la langue.
  • J'aime trop les mots pour les garder par-devers moi - au fond de mon coeur et de mon esprit. Ils débordent de mes pensées en contes drolatiques, avec des quiz et des digressions sur la langue.

Mon blog

Amoureuse des mots, je cherche comment faire partager ma passion. Il y a tant à découvrir dans les bibliothèques du monde, tant de mots à connaître intimement pour affiner notre pensée, tant de mots qu'on n'entend plus sur nos lèvres, enfermés qu'ils sont dans des livres poussiéreux. Il ne tient qu'à nous de les faire revivre et de les faire chanter. Notre langue, si belle, si riche, demande qu'on la respecte, qu'on la préserve, qu'on s'en amuse et qu'on la chérisse. Mamiehiou ............................................................................................................................................................................................ ...................................;....................................................................... « La langue française est une femme. Et cette femme est si belle, si fière, si modeste, si hardie, touchante, voluptueuse, chaste, noble, familière, folle, sage, qu'on l'aime de toute son âme, et qu'on n'est jamais tenté de lui être infidèle. » Anatole France ....................................................... ............... ................................................................................................................. « C'est une langue bien difficile que le français. À peine écrit-on depuis quarante-cinq ans qu'on commence à s'en apercevoir. » Colette

Rechercher Un Mot Du Blog