7 janvier 2013 1 07 /01 /janvier /2013 10:19

FLORILÈGE

 

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   Un florilège de textes sélectionnés par mamiehiou
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  -25-

 

 

Descartes, notre premier grand philosophe français, avait vingt-six ans quand il ne s'en fallut guère qu'il ne fût assassiné.

Son biographe Adrien Baillet raconte cet épisode qui nous fait frémir à l'idée qu'il aurait pu très mal se terminer.

Nous pouvons nous interroger sur ce que serait la Philosophie si Descartes n'avait pas eu le temps de nous laisser — de laisser au monde, veux-je dire — ses méditations, si fécondes qu'elles ont laissé jusqu'aujourd'hui leur empreinte dans nos esprits cartésiens.

 

DENIS DESCARTES 1596-1650

 

La vie de M. Descartes par ADRIEN BAILLET 1691

 

*Étant sur le point de partir pour se rendre en Hollande avant la fin novembre de la même année, il se défit de ses chevaux & d'une bonne partie de son équipage : et il ne retint qu'un valet avec lui. Il s'embarqua sur l'Elbe, soit que ce fut à Hambourg, soit que ce fut à Gluckstadt, sur un vaisseau qui devait lui laisser prendre terre dans la Frise orientale, parce que c'était son dessein de visiter les côtes de la mer d'Allemagne à son loisir. Il se remit sur mer peu de jours après, avec résolution de s'embarquer en West-Frise, dont il était curieux de voir aussi quelques endroits. Pour le faire avec plus de liberté, il retint un petit bateau à lui seul d'autant plus volontiers, que le trajet était court depuis Embden jusqu'au premier abord de West-Frise. Mais cette disposition qu'il n'avait prise que pour mieux pourvoir à la commodité, pensa lui être fatale. Il avait affaire à des mariniers qui étaient des plus rustiques et des plus barbares qu'on eût pu trouver parmi les gens de cette profession. Il ne fut pas longtemps sans reconnaître que c'étaient des scélérats, mais après tout, ils étaient les maîtres du bateau. Monsieur Descartes n'avait d'autre compagnie que celle de son valet avec lequel il parlait français. Les mariniers qui le prenaient plutôt pour un marchand forain que pour un cavalier, jugèrent qu'il devait avoir de l'argent. C'est ce qui leur fit prendre des résolutions qui n'étaient nullement favorables à sa bourse; mais il y a cette différence entre les voleurs de mer et ceux des bois, que ceux-ci peuvent sans péril laisser la vie à ceux qu'ils volent, alors que ceux-là ne peuvent, en la circonstance, remettre sur la terre ferme un passager, sans s'exposer au risque d'être appréhendés. Aussi les mariniers de M. Descartes prirent-ils des mesures pour parer à tout danger de ce genre. Ils remarquèrent que c'était un étranger qui venait de loin, qui n'avait nulle connaissance dans ce pays, et que personne ne s'aviserait de réclamer quand il viendrait à manquer. Ils le trouvaient d'une humeur fort tranquille, fort patiente, & jugeant à la douceur de sa mine, & à l'honnêteté qu'il avait pour eux, que ce n'était qu'un jeune homme qui n'avait encore pas beaucoup d'expérience, ils conclurent qu'ils en auraient meilleur marché de sa vie. Ils ne firent point de difficultés de tenir conseil en sa présence, ne croyant pas qu'il sût d'autre langue que celle qu'il s'entretenait avec son valet, et leurs délibérations allaient à l'assommer, à le jeter dans l'eau, et à profiter de ses dépouilles.

 

M. Descartes, voyant que c'était tout de bon, se leva tout d'un coup, changea de contenance, tira l'épée d'une fierté imprévue, leur parla en leur langue d'un ton qui les saisit, & les menaça de les percer sur l'heure, s'ils osaient lui faire insulte. Ce fut en cette rencontre qu'il s'aperçut de l'impression que peut faire la hardiesse qui, en d'autres occasions, pourrait passer pour une pure rodomontade. Celle qu'il fit paraître pour lors, eut un effet merveilleux sur l'esprit de ces misérables. L'épouvante qu'ils en eurent fut suivie d'un étourdissement qui les empêchèrent de considérer leur avantage, et ils le conduisirent aussi paisiblement qu'il pût souhaiter.

 

 

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Notes de mamiehiou

 

Monsieur Thomas de Quincey rapporte cette aventure dans "De l'assassinat considéré comme l'un des Beaux-Arts" (La Pléiade pages 248-250)

 

Voici sa réaction, que vous apprécierez, j'en suis sûre :

 

« Pardonnez-moi de rire, messieurs ; mais le fait est qu'en vérité je ris toujours quand je pense à ce cas, tant me paraissent drolatiques deux de ces traits. Le premier est l'horrible panique ou trouille (comme on dit à Eton), dont M. Descartes dut être saisi quand il entendit esquisser ce véritable drame en vue de sa propre mort, de ses funérailles, de sa succession et de la disposition de ses biens. Mais il est un autre trait qui me paraît plus comique encore dans cette affaire ; si ces molosses de Frise avait été crânes, nous n'aurions pas, en effet, de philosophie cartésienne ; et comment aurions-nous pu faire sans, étant donné le nombre de livres qu'elle a produit, je laisse à tout fabricant de malle* de le dire. »

*On avait, en effet, l'habitude d'utiliser les feuilles des livres invendus pour matelasser l'intérieur des malles. (Note dans La Pléiade, page 1745)

Traduction de Pierre Leyris 1907-2001

Voir le texte en anglais en fin d'article.

 

Thomas de Quincey, écrivain britannique, 1785-1859.

 

Vous l'aurez compris, Monsieur de Quincey sait manier l'humour noir.

 

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Suite des notes de mamiehiou 

 

J'ai modifié la graphie de quelques mots  du XVIIe siècle du texte original d'Adrien Baillet  pour rendre la lecture plus facile.

♦ j'ai conservé & pour et.

♦ on lira ai pour oi : étoit, devoit, reconnoître, françois, viendroit, connoissoit, etc.

♦ lui pour luy

♦ certains mots n'avaient pas l'accent aigu : defit, debarquer, etc.

♦ consonnes doubles : Appercevoir, jetter...

♦ lire : Frise Occidentale pour West-Frise

Etc.

 

Retrouver le texte original dans le volume 1, pages 102-103.

La vie de Monsieur Descartes. [Volume 1] / (par Adrien Baillet)

(Gallica)

 

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FLORILÈGE - LA PENSÉE DES AUTRES (titres des textes)

ACCUEIL & SOMMAIRE

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« Excuse my laughing, gentlemen; but the fact is I always do laugh when I think of this case — two things about it seem so droll. One is the horrid panic or "funk" (as the men of Eton call it) in which Descartes must have found himself upon hearing this regular drama sketched for his own death, funeral, succession and administration to his effects. But another thing which seems to me still more funny about this affair is that, if these Friezland hounds had been "game," we should have no Cartesian philosophy ; and how we could have done without that, considering the world of books it has produced, I leave to any respectable trunk-maker to declare. » 

 

 

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3 janvier 2013 4 03 /01 /janvier /2013 09:53

LES DÉLIRES

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À peine le chat-huant avait-il lancé son dernier hou, l'aube n'ayant pas encore signalé de ses feux blafards que le jour poignait — comment d'ailleurs aurais-je pu en percevoir le moindre rayon dans cette forêt épaisse1 ? — que, déjà sur pied, je scrutais alentour, forçant ma vue à saisir quelque chose, ne fussent que le ver luisant dont l'éclat ténu accrocha un instant mon regard, les noires frondaisons se mouvant au rythme de la brise, et l'oeil de quelque félin brillant dans l'obscurité butyreuse.

J'aurais pu rester quelques heures encore sur ma couche vétuste, à vouloir me délasser, si grande avait été la fatigue qui m'avait terrassée la veille, mais la tiédeur de la nuit m'avait empêchée de goûter à un repos salutaire, troublé qu'il était par une agitation incoercible. Et mes jambes fourmillaient.

Je sentis le furtif effleurement du poil de Prétatou qui s'était approché pour se donner la sensation exquise de me signaler sa présence, toujours attentif au moindre de mes mouvements. Je lui sus gré de la délicatesse dont il fit preuve de ne point se manifester bruyamment, comme s'il ne voulait pas troubler les derniers instants de la nuit.

Une foultitude de questions m'assaillirent, celles-là mêmes que je m'apprêtais à poser à Marie Cratère, et j'imaginais la forme qu'elles prendraient, et les prodigieux efforts dont je devrais faire preuve et qui étaient si éloignés de ma propre nature. Il me faudrait user de la plus grande patience et du discernement le plus subtil et le plus éclairé, car je savais que mon interlocutrice ne manquerait pas de m'éprouver. Et cette épreuve serait d'autant plus difficile que je savais que je n'en sortirais pas indemne alors même que j'aurais aiguisé tous mes sens et exercé jusqu'à leur paroxysme, la perspicacité, le sang-froid, la persévérance et l'impassibilité même, fût-elle feinte.

 

« Oli, ne dors-tu point ? »

Je sursautai et palis, comme prise en défaut.

Marie connaissait sur le bout des doigts l'art et la manière de culpabiliser. Elle eût stigmatisé sans vergogne l'innocence même.

Elle m'entraîna dans sa masure où déjà le thé et le café fumant attendaient. Et quelques petits pains chauds étaient tout juste sortis du four. Un drôle de four en vérité qui, dès l'instant qu'on l'ouvrait jetait des flammes griffues, vertes et bleues.

J'eus tout juste le temps de m'étonner.

« Prends garde de ne point t'approcher trop de mon athanor et d'en vouloir connaître les vertus. Il t'en cuirait° à coup sûr. »

Elle me fit m'asseoir en face d'elle à la grande table de chêne. Je n'osai piper.

« Ne va pas m'abasourdir par tes questions indiscrètes. Tu me ferais regretter d'être heureuse de te revoir. Ne t'avise pas de jaspiner et de vouloir me tirer les vers du nez°. »

Avant même que j'eusse émis une parole, elle m'avait coupé l'herbe sous le pied°.

« Ha ha ! ricana-t-elle, je suis bien aise de ne point t'entendre parler hardiment. Écoute, je m'en vais ici te dire quelque chose que tu brûles de savoir. Ne m'interromps point et mange, je te prie. »

 Elle suspendit son discours un instant pour se repaître de mon impatience.

 « Sache, reprit-elle enfin, qu'il fut un temps, très éloigné du nôtre où des hommes et des femmes peuplaient la terre entière. Les civilisations se succédèrent pendant des siècles. Elles naissaient, atteignaient le point culminant de leur prospérité, puis mouraient, sans qu'on pût rien changer.

Ce sont les fautes, les crimes, l'avidité et la bêtise qui funestèrent nos civilisations. La nature accablée de déchets incorruptibles croulait et menaçait de nous engloutir tous. Les hommes s'étaient crus longtemps les plus forts et leur faiblesse les avait rendus rogues et fiers.

N'avaient-ils donc jamais pensé recourir à la religion ? osai-je murmurer. »

Elle sourcilla et poursuivit. 

« Pour continuer à garder jalousement leurs privilèges qui s'amenuisaient de jour en jour, et s'accommodant d'une mitoyenne morale2, les jouisseurs avaient composé avec Dieu, se livrant — impunément, croyaient-ils — aux pires turpitudes. L'environnement corrompu, l'air devenu irrespirable, les sentiments de solidarité et de compassion s'étant étiolés pour laisser la place à l'égoïsme, la vanité, jusqu'à l'autolâtrie même, il fallait qu'une révolution s'accomplît pour sauver une partie de l'humanité, une toute petite partie, pour le moins. Il en fut ainsi, comme par gageure. Des esprits éclairés qui n'avaient point encore subi l'assaut du mal s'employèrent à vouloir mettre en sûreté, d'abord quelques-uns d'entre eux, leur famille, puis leurs amis, puis d'autres encore qu'il jugeaient dignes d'être sauvés. C'est ainsi que sortit de terre Utopinambourg. De rien, au milieu d'une forêt que nul ne devrait plus traverser, en deçà d'une frontière que nul ne devrait outrepasser. Mais tu sais déjà tout cela, petite... tu sais déjà tout cela...

—Me laisseras-tu t'interroger sur ce que je ne sais pas, Marie ?

—Prends garde de vouloir jamais m'arracher un secret que tu regretteras de connaître sitôt que tu l'auras connu, me répondit-elle d'une voix sifflante et qui me glaça les os. »

 

Ce disant, la vieille houhou se leva, et sans qu'il me fût possible d'ajouter un seul mot, me somma de nettoyer la maison qui avait, précisa-t-elle, subi quelque dérangement à cause de ma venue. Puis elle s'en fut.

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1-cette forêt épaisse, la forêt obscure, la selva oscura

> 158 Délires sur de froides retrouvailles dans la forêt obscure - la selva oscura

 

2-Les jouisseurs, à peu près sans nombre, qui ne se croyaient pas des canailles, avaient rêvé de s'accommoder avec l'absolu divin et d'instituer, pour toute la durée des siècles, une mitoyenne morale. L. Bloy, Journal,1892

 

NOTES

 

Titre : une (vieille) houhou, une (vieille) haha.

Cf. Littré - houhou, t erme burlesque.Vieille houhou, personne décrépite et grondeuse.

Vieille houhou, vieille haha, SCARRON Poésies, cité dans RICHELET.

Elles sont plus noires que des taupes, plus laides que des guenons, plus sottes que des houhous, CHAPELAIN, Trad. de Guzm. d'Alfar. cité dans SCHELER.

Voudrais-tu que je prisse une vieille houhou ? Partisan dupé,dans LE ROUX,Dict. comique. XVIe s. Houhou [vieille sorcière], OUDIN Dict.

 

À peine le chat-huant avait-il lancé son dernier hou...

À peine est suivi d'une inversion du sujet (comme après : ainsi, aussi, sans doute, peut-être...)

Voir

Les homophones ou où hou ouh houx août houe / Ton père ou ta mère viendra ou viendront ?

et aussi

15 Délires pour un bestiaire. QUIZ 3 - Ces animaux qui nous parlent

 

Le jour poignait

Poindre, imparfait poignait

verbe qui se conjugue comme oindre, joindre.

Ici, poindre a le sens de commencer à apparaître

synonyme pointer

une autre acception de poindre, blesser, faire du mal

Proverbe.Oignez vilain, il vous poindra; poignez vilain, il vous oindra.

caressez un malhonnête homme, il vous fera du mal ; faites-lui du mal, il vous caressera

oindre, consacrer par une onction.

 

Je scrutais alentour

Scruter est un verbe transitif, on scrute une chose ou une personne. Ici il est employé absolument, c'est-à-dire non suivi d'un complément d'objet auquel on s'attendrait.

 

ne fussent que le ver luisant dont l'éclat ténu accrocha un instant mon regard...

fussent, subjonctif imparfait de être suivi des sujets inversés le ver luisant, les noires frondaisons, l'oeil de quelque félin

quelque félin, un certain félin

 

l'obscurité butyreuse

butyreux, qui a l'apparence ou les propriétés du beurre

 

un repos... troublé par une agitation incoercible

incoercible, qu'on ne peut ni contenir, ni arrêter.

 

mes jambes fourmillaient

j'avais des fourmis dans les jambes

 

une foultitude de questions m'assaillirent, celles-là mêmes que je m'apprêtais à poser

♦ une foultitude

un très grand nombre de questions

foultitude - Mot-valise formé à partir des mots foule et multitude.

Ni l'Académie ni le Trésor n'admettent le mot.

♦ celles-là mêmes

> Ceux-là même ou ceux-là mêmes ? Celles-là même ou celles-là mêmes – cela même, ici même, là même, par là même, aujourd'hui même... QUIZ 64

 

je n'en sortirais pas indemne alors même que j'aurais aiguisé tous mes sens

>> Alors même que + indicatif, subjonctif ou conditionnel, quel mode choisir ?

 

l'impassibilté même, fût-elle feinte.

Fût-ce, fussent-ils, fût-il

>> Eussé-je, eussè-je, j'eusse, fussé-je, fussè-je, je fusse, dussé-je, dussè-je, eût-il, fût-il, dût-il, fût-ce, fussent-ils, parlé-je... 

 

Elle eût stigmatisé sans vergogne l'innocence même.

♦ Conditionnel passé deuxième forme

Elle aurait stigmatisé, (première forme)

♦ sans vergogne, sans honte.

 

Un athanor, vient de l'arabe (tannūr) : four à pain ; source d'eau chaude, fourneau des alchimistes, grand alambic, fourneau philosophique.

   

Je n'osai piper, je n'osai piper mot, je n'osai dire un mot.

 

Il t'en cuirait°

♦ Cf. L'Académie 8e édition - Figuré et familier., Il vous en cuira quelque jour ; il m'en cuit ; il pourrait bien vous en cuire. Vous vous en repentirez ; je m'en repens ; vous pourrez bien vous en repentir.

♦ Une figure de style, LA SYLLEPSE DE SENS, le mot est employé à la fois dans son sens propre et dans son sens figuré 

Ici le verbe cuire a deux acceptions dans le contexte.

Tu t'en repentirais & le four te cuirait.

 

Ne va pas m'abasourdir par tes questions indiscrètes.

♦ abasourdir, vieilli et familier. Vient de l'argot des coquillards.

Cf. Dictionnaire du Bas Langage Charles-Louis d'Hautel

abasourdir, étourdir quelqu'un de plaintes sans fondement ; l'importuner, l'obséder ; le jeter dans la consternation et l'abattement.

Cet homme est abasourdissant. Pour, est ennuyeux, fatigant ; ses discours sont d'une insipidité accablante.

♦ S'emploie aujourd'hui surtout au participe passé abasourdi, étourdi par un grand bruit.

Prononcer le s d'abasourdi [z] et non [s]

Prononciation problématique de quelques mots en français : gageure - abasourdir...

 

Ne t'avise pas de jaspiner et de vouloir me tirer les vers du nez°.

jaspiner jaser, bavarder, etc. Ce verbe du vieux langage est encore en usage parmi le peuple

Dictionnaire du Bas Langage – Charles-Louis d'Hautel

 

Tirer les vers du nez°

questionner quelqu'un adroitement pour lui faire dire ce que l'on veut savoir.

 

Couper l'herbe sous le pied°

Devancer

 

Ha ha ! ricana-t-elle, je suis bien aise de ne point t'entendre parler hardiment.

Ha ha ! Interjection qui exprime le rire ou la raillerie.

> Les homophones a as à ah ha

> Qu'est-ce qu'une interjection ? Qu'est-ce qu'une onomatopée ?

 

Ce sont les fautes, les crimes, l'avidité et la bêtise qui funestèrent nos civilisations.

Cf. Littré funester, rendre funeste.

Enfin plusieurs assassinats auxquels la nation n'était point encore accoutumée, funestèrent quelque temps le règne de Charles II,VOLTAIRE Moeurs

 

leur faiblesse les avait rendus rogues et fiers.

cf. Littré rogue, terme familier. Arrogant avec une nuance de rudesse en plus.

 

L'autolâtrie

le culte de soi-même, l'égoïsme poussé à l'extrème.

 

Il en fut ainsi comme par gageure, comme par défi

Prononciation problématique de quelques mots en français : gageure,..

 

une frontière que nul ne devrait outrepasser

outrepasser, emploi vieilli, franchir, aller au-là.

 

au-delà, au delà, en deçà...

Y a-t-il un trait d'union ou pas ? Au delà ou au-delà ? Par delà ou par-delà ? AU ou PAR ou EN etc. + deçà, delà, devant, derrière, avant, arrière, dessus, dessous, dedans, dehors, haut, bas.

 

Prends garde de vouloir jamais m'arracher un secret...

Jamais, ne jamais, jamais plus, au grand jamais, à jamais, si jamais, oncques... + Adverbes et locutions adverbiales de temps

 

La vieille houhou se leva... Puis elle s'en fut.

 Puis elle s'en fut  - elle s'en alla

Être dans le sens de s'en aller au passé simple, je m'en fus, il s'en fut...

 

Reprise de la note du texte :

145 Délires autour d'une inéluctable séparation

ALLER ou ÊTRE 

Je m'en fus, je m'en allai.

Le verbe être peut remplacer le verbe aller dans la langue courante aux temps composés ; J'ai été à Paris.

Littré précise que dans ce cas, j'y suis allé et j'en suis revenu.

Le verbe être au passé simple et au subjonctif imparfait est du style soutenu et littéraire :  

Je m'en fus à la campagne. Il s'en fut regarder les avions dans le ciel.

Il fallait bien qu'il s'en fût sans se retourner. 

 

<<  159 Délires où la prudence est de rigueur

>>  161 Délires où ma joie demeure*

 

LES DÉLIRES

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1 janvier 2013 2 01 /01 /janvier /2013 16:59

 

 

Le verbe férir, défectif aujourd'hui, est un vieux verbe

que l'on ne retrouve plus qu'au mode infinitif dans l'expression sans coup férir.

Son participe passé a donné l'adjectif féru.

Qui se souvient que fier-à-bras vient de férir ?

→ Celui qui frappe à tour de bras, qu'il soit fier ou pas !

 

 

 

 

      FÉRIR AU FIL DES DICTIONNAIRES



Le Furetière

Dictionnaire universel 1690

D'Antoine Furetière

Titre complet : Dictionnaire françois, contenant les mots et les choses, plusieurs nouvelles remarques sur la langue françoise : Ses Expressions Propres, Figurées & Burlesques, la Prononciation des Mots les plus difficiles, le Genre des Noms, le Régime des Verbes : Avec Les Termes les plus connus des Arts & des Sciences. Le tout tiré de l'Usage et des bons Auteurs de la Langue françoise.

 

 

Volume 2 Page 6

Férir, frapper, blesser.

Repondit tope et puis mourut

D'une broche qui le ferut.

ST-AMANT

 

On l'a dit aussi dans la signification de frapper à une porte.

On le trouve au futur dans ferra pour frappera & au présent fiert pour frappe. On le trouve aussi dans le gérondif férant.


S'en vient ferant des esperons

PERCEVAL

Pour dire piquant son cheval avec ses éperons. Il n'est aujourd'hui en usage qu'en cette phrase sans coup férir, pour dire sans tirer l'épée, sans donner un coup d'épée, sans rien hasarder.

 

Féru, participe passé, blessé. Il ne se dit qu'en cette phrase badine, il est fort féru de cette femme, pour dire il en est fort amoureux & son coeur est féru pour dire il est blessé par amour.


Je suis feru, j'en ai dans l'aile

SAINT-AMANT

Il était féru de Cassandre

Et pour elle d'amour charmé,

Il avait fait maint bout rimé.

SCARRON

 

Note de mamiehiou : j'ai rétabli l'accent aigu dans la graphie des mots de l'article de Furetière : ferir, feru, present, gerondif, epée...

 

Fier-à-bras, terme populaire qui se dit d'un fanfaron qui fait le brave et le furieux, et qui se fait craindre par ses menaces.

Ce mot vient de Guillaume Fierabrach*, c'est-à-dire Bras de Fer, qui était frère de Robert Guiscard qui conquit la Sicile, et qui était un fort vaillant homme.

 

Notes

qui étoit (qui était)

 

*Les Hauteville sont les descendants du chef viking Rollon, 1er duc de Normandie. Vers l'an 1035 ils arrivent en Italie et conquerront de vastes territoires et la Sicile, Guillaume Bras de fer est fils de Tancrède de Hauteville, seigneur normand du Cotentin.

 

 

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Dictionnaire de l'Académie 8e édition 1932-1935


 

Férir. Frapper. Ce verbe n'est plus usité qu'à l'infinitif et au participe passé dans quelques locutions. Sans coup férir.

 

Sans coup férir, Sans se battre, sans en venir aux mains. On a pris cette place sans coup férir. Il signifie aussi figurément et familièrement sans éprouver de résistance. Il en est venu à bout sans coup férir.

Féru, ue, Le participe passé s'emploie comme adjectif et signifie Qui est blessé, frappé de quelque chose. En termes d'Art vétérinaire, Ce cheval a le tendon féru. Fig., Il est féru de cette femme, Il en est éperdument amoureux. On dit dans le même sens Il est féru d'amour.

  

 

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Fierabras, chanson de geste du Moyen Âge appartenant à la Geste du Roi et qui raconte les aventures du géant sarrasin Fier-à-bras. Miguel de Cervantès, Pedro Calderon de la Barca et Franz Schubert s'inspirèrent de cette histoire.

 

 

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Grammaire des grammaires,

ou,

Analyse raisonnée des meilleurs traités sur la Langue Française

1833

Par Charles Pierre Girault-Duvivier

 

Page 250

Férir verbe actif et défectif, qui signifie frapper n'est plus d'usage que dans cette phrase, sans coup férir, pour dire, sans en venir aux mains, sans rien hasarder.

 

Féru,e, ne se dit qu'en des phrases badines, il est féru de cette femme, pour dire, il en est bien amoureux, je suis féru, j'en ai dans l'aile.

(L'Académie, Féraud et Trévoux)

On trouve encore dans nos anciens écrivains, il fiert, il frappe.


Page 83

Fier-à-bras, plur. Fier-à-bras*. Ce mot composé est une altération de fiert-à-bras, c'est-à dire qui frappe à tour de bras. Ici fier vient du latin férit, il frappe.

 

*Aujourd'hui, un fier-à-bras, pluriel des fiers-à-bras. Pas de liaison avec le s à l'intérieur du mot.

 

On notera que cette Grammaire des grammaires reprend quelques acceptions de férir que l'on trouve dans le Dictionnaire Universel de Furetière.

 

 

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Dictionnaire Littré 1863-1877

En ligne (Reverso) 

D'après Emile Littré

>> Voir les citations avec "férir"

 

Féru, part. passé (fé-ru, rue) de férir

1 Terme de vétérinaire. Blessé d'un coup. Ce cheval a le tendon féru. 

2 Fig. Être féru d'une personne, d'une chose, en être très épris. Il est féru de cette femme. Notre précepteur, qui n'avait jamais lu de romans.... en devint si féru qu'il avoua que la lecture des bons romans instruisait et divertissait. [ Scarron, Le Roman comique]

Être féru contre quelqu'un, être fort indisposé contre lui.+

+ FÉRU.
2 Fig. Ajoutez cet exemple de Racine : Le coeur féru de nouvelles amours, Lexique, éd. P. Mesnard.

 

 

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  FOCUS sur quelques mots :

Le A au fil des dictionnaires 

La Vérité, toute la Vérité, rien que la Vérité...
Lucifer - WILLIAM DUCKETT - Dictionnaire de la conversation et de la lecture

L'envie dans tous ses états - L'envie, péché capital - L'envie au fil des dictionnaires - L'envie, moteur de la consommation - Manne des publicitaires

 

 



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1 janvier 2013 2 01 /01 /janvier /2013 06:38

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Dictionnaire de la conversation et de la lecture

1ère édition parue entre 1832 et 1851

William Duckett, journaliste français 1805-1873

 

N'ayant pas trouvé sur la toile les volumes classés,

numérotés dans l'ordre,

je les propose dans cet article pour faciliter vos recherches

  sur Books-Google.

Qui a goûté à ce dictionnaire le lit comme un roman !

Note de Mamiehiou

 

 

Volume 1

Dictionnaire de la conversation et de la lecture -A 1ère lettre - Ame- Volume 1

Volume 2

Dictionnaire de la conversation et de la lecture: Ame - Apo - Volume 2

Volume 3

Dictionnaire de la conversation et de la lecture -Arc-Azy- Volume 3

Volume 4

Dictionnaire de la conversation et de la lecture - B 2e lettre- Bat - Volume 4

Volume 5

Dictionnaire de la conversation et de la lecture - Bat - Bes-Volume 5

Volume 6

Dictionnaire de la conversation et de la lecture: Bes - Boi - Volume 6

Volume 7

Dictionnaire de la conversation et de la lecture -Boi-Bou- Volume 7

Volume 8

Dictionnaire de la conversation et de la lecture -Bou-Bro- Volume 8

Volume 9

Dictionnaire de la conversation et de la lecture: Bro - Cal - Volume 9

Volume 10

Dictionnaire de la conversation et de la lecture -Cal-Car Volume 10 

Volume 11

Dictionnaire de la conversation et de la lecture - Car - Ce - Volume 11

Volume 12

Dictionnaire de la conversation et de la lecture -Ce-Cha- Volume 12

Volume 13

Dictionnaire de la conversation et de la lecture - Cha - Che - Volume 13

Volume 14

Dictionnaire de la conversation et de la lecture -Che-Clo- Volume 14

Volume 15

Dictionnaire de la conversation et de la lecture: Clo - Com - Volume 15

Volume 16

Dictionnaire de la conversation et de la lecture - Com - Con -Volume 16

Volume 17

Dictionnaire de la conversation et de la lecture - Con -Cou -Volume 17

Volume 18

Dictionnaire de la conversation et de la lecture: Cou - Cuv - Volume 18

Volume 19

Dictionnaire de la conversation et de la lecture -D 4e lettre - Del Volume 19

Volume 20

Dictionnaire de la conversation et de la lecture - Del - Dic -Volume 20

Volume 21

Dictionnaire de la conversation et de la lecture: Did - Dou - Volume 21

Volume 22

Dictionnaire de la conversation et de la lecture: Dou - Ech - Volume 22

Volume 23

Dictionnaire de la conversation et de la lecture -Ech-Ego- Volume 23

Volume 24

Dictionnaire de la conversation et de la lecture - Volume 24

Volume 25

Dictionnaire de la conversation et de la lecture -Epi  - Evi - Volume 25

Volume 26

Dictionnaire de la conversation et de la lecture -Evi-Fer- Volume 26

Volume 27

Dictionnaire de la conversation et de la lecture: Fer - Fos - Volume 27

Volume 28

Dictionnaire de la conversation et de la lecture Fos-Fra- Volume 28

Volume 29

Dictionnaire de la conversation et de la lecture: Fra - Gav - Volume 29

Volume 30

Dictionnaire de la conversation et de la lecture: Gay - Gra - Volume 30

Volume 31

Dictionnaire de la conversation et de la lecture: Gra - Her - Volume 31

Volume 32

Dictionnaire de la conversation et de la lecture: Her - Ind - Volume 32

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Dictionnaire de la conversation et de la lecture -Man - Mer - Volume 37

Volume 38

Dictionnaire de la conversation et de la lecture: Mer - Mor - Volume 38

Volume 39

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Dictionnaire de la conversation et de la lecture - Volume 43

Volume 44

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Dictionnaire de la conversation et de la lecture - Volume 45

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Volume 51

Dictionnaire de la conversation et de la lecture: Ten - Ved - Volume 51

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Dictionnaire de la conversation et de la lecture: Veg - Zwi - Volume 52

 

 

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2ème édition Duckett fils

Dictionnaire de la conversation et de la lecture 6e volume - Coiffeur - Ctésiphon

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Autres dictionnaires

Les incontournables : Le Trésor de la Langue Française,

le Dictionnaire de l'Académie (plusieurs éditions),

le Littré...

Retrouvez-les dans :

Ouvrages de référence qui me sont très utiles

 

 

> Du plaisir de la lecture des dictionnaires

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1 janvier 2013 2 01 /01 /janvier /2013 04:52

 

> ACCUEIL & SOMMAIRE

Vous voulez connaître le mode qui suit une conjonction de subordination, une locution conjonctive ou un autre syntagme, voyez la liste par ordre alphabétique ci-dessous :

 

[Voir en outre :

Conjonctions de subordination et locutions conjonctives classées : cause conséquence but temps condition comparaison concession exception proportion manière conformité supposition addition alternative]


À cause que 

 

À ce que 

 

À chaque fois que 

 

À (la) condition que

 

Afin que 

 

Ainsi que 

 

À l'instant que  

peut être considéré comme une locution conjonctive ou comme le pronom relatif que dont l'antécédent serait instant.

 

Alors même que

 

Alors que   

 

À mesure que

 

À moins que

 

À part que

 

À preuve que  

 

À (un) tel point que, à un point tel que, au point que

 

Après que

 

À proportion que

 

À seule fin que

 

À supposer que   

 

À telle enseigne que, à telles enseignes que

 

Attendu que

 

Au cas où, au cas que

 

Au fur et à mesure que 

 

Au moment où, au moment que

peuvent être considérés comme des locutions conjonctives ou comme le pronom relatif que dont l'antécédent serait moment. 

 

Au point que 

 

Aussi... que

 

Aussi bien que

 

Aussi loin que

Loin que, si loin que, aussi loin que, d'aussi loin que, du plus loin que, bien loin que, au plus loin que, de si loin que

 

Aussitôt que

 

Autant (de) que, pour autant que

 

Avant que

 

Bien loin que

 

Bien que

 

Cependant que

 

Chaque fois que

 

Comme

 

Comme quoi

 

Comme si

 

Comme quand, comme lorsque    

 

Dans le cas où, dans le cas que

 

Dans la mesure où

 

D'autant que   

 

D'autant plus que, d'autant mieux

 

De ce que 

 

De crainte que 

 

De façon que, de telle façon que, de façon à ce que 

 

De là à ce que

 

> Ne pas confondre les locutions conjonctives de temps : de là à ce que, d'ici à ce que, et d'ici que.

 

De manière que, de telle manière que, de manière à ce que

 

De même que

 

De peur que

 

Depuis que

 

Des fois que

 

Dès lors que

 

De sorte que, de telle sorte que

 

Dès que

 

Devant que

 

D'ici à ce que

 

> Ne pas confondre les locutions conjonctives de temps : de là à ce que, d'ici à ce que, et d'ici que.

 

D'ici que

 

D'où que

 

Du fait que

 

Du moment que

 

Du plus loin que

 

Durant que

 

Étant donné que

 

En admettant que

 

En attendant que

 

En cas que, au cas que

 

Encore que

 

En dépit que, en dépit de ce que, en dépit du fait que

 

En même temps

 

En sorte que

 

En supposant que

En supposant que, supposé que, à supposer que, admettons que, en admettant que, une supposition que, supposition que (régional ou familier), dans la supposition que (rare)  

 

Étant donné que

 

Excepté que

 

Faute que

 

Gare que, attention que

 

Hormis que, hors que

 

Jusqu'à ce que, jusqu'à tant que

 

Le jour où, le jour que, la nuit où, la nuit que

 

Loin que, aussi loin que, d'aussi loin que, du plus loin que, bien loin que

 

Lors que, lors même que

 

Lorsque

 

Maintenant que

peut être considéré comme une locution conjonctive ou comme le pronom relatif que dont l'antécédent serait maintenant.

 

Malgré que

 

Malgré le fait que + indicatif ou subjonctif ? - Le fait est que, il est de fait que, du fait que, par le fait que...

 

Même avant que

 

Même si

 

Mis à part que

 

Moins que, moins ... que, moins de ... que

 

Moyennant que

 

Non que, non pas que, non moins que, non plus que, non point que  

 

Outre que

 

Où que

 

Parce que

 

Par ce que

 

Pas que

 

Pendant que

 

Plus que, plus de ... que

 

Pour autant que

 

Pour peu que

 

Pour que, pour... que

 

Pourvu que

 

Pour la (bonne) raison que

 

Puisque

 

Quand - même quand - quand même - quand bien même - quand bien - quand même que

 

Que >> Valeurs et emplois du subjonctif

 

Que >> QUE dans tous ses états – pronom interrogatif - pronom relatif - conjonction de subordination ou élément d'une locution conjonctive - adverbe interrogatif ou exclamatif – ne... que - etc.

 

Quel que

 

Quelque... que  

 

Qui que

 

Quitte à ce que

 

quoi que

 

Quoique

 

Sans que  

 

Sauf que, sauf à ce que, sauf si

 

Selon que

 

Si

 

Si bien que

 

Si ce n'est que

 

Si et tant que

 

Si... que

 

Sinon que

 

Si tant est que

 

Sitôt que

 

Soit que... soit que

 

Sous (la) condition que

 

Supposé que

 

Supposition que

 

Suivant que

 

Surtout que

 

Tandis que

 

Tandiment que

 

Tant que, tellement que

 

Tant et si bien que

 

Tant... que

 

Tant de ... que

 

Tant et tant que, non point tant pour.. que pour, tant s'en faut que

 

Tellement ... que

 

Tellement de... que

 

Tout... que

 

Toutes les fois que

 

Une fois que

 

Vu que

.............................................. 

 

Il semble que, il me semble que, il paraît que – Faire que, faire en sorte que – Indicatif ou subjonctif ?

 

Douter que, douter si, se douter que, je doute que, nul doute que, il n'est pas douteux que, je me doute que, il ne se doute pas que + indicatif ou subjonctif ?

 

Je ne sache pas que, que je sache. pas que je sache – Le moyen que – D'où vint que – Si... il est à craindre que + indicatif ou subjonctif ?

 

Espérer que - J'espère que, je n'espère pas que, espérez-vous que - Inutile que - Prendre garde que, à ce que - Faire attention que, à ce que + subjonctif ou indicatif ?

 

Je veux bien que - Le hasard veut que - Le malheur veut que - Oublier que, j'oublie que - de ce que + subjonctif ou indicatif ?

 

Le fait que - Je ne dis pas que - Cela ne veut pas dire que - Ce n'est pas que, ce n'est point que - ignorer que, j'ignore que - Il n'empêche que + indicatif ou subjonctif ?

 

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Voir aussi : Récapitulation des articles sur le subjonctif

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28 décembre 2012 5 28 /12 /décembre /2012 16:17

ACCUEIL & SOMMAIRE

Dans cet article, vous trouverez :

1-L'envie, péché capital.

2-L'envie au fil des dictionnaires.

    ♥ Le Furetière 1690

    ♥ La Grammaire des grammaires 1833

    ♥ Le Littré 1863-1877

    ♥ Le Dictionnaire de la conversation et de la lecture 1868

     Liens avec :

    ♥ Le Trésor de la Langue Française

    ♥ et Le Dictionnaire de l'Académie 9e édition

3-L'envie exploitée dans notre société de consommation.

 

 

 

1-L'envie, péché capital.

 

L'envie est à la troisième place dans la liste des péchés capitaux*.

*Les sept péchés qui sont

comme la source de tous les autres.

Cf. Le Dictionnaire de l'Académie 8e édition

 

Le Pape Grégoire le Grand fixa le nombre des péchés à sept, l'orgueil est le plus grand d'entre eux. Les sept péchés capitaux sont la source de tous les autres péchés.

Grégoire le Grand né vers 540 – mort en 604

 

 

Liste des péchés capitaux par Thomas d'Aquin au XIIIe siècle

 

L'Orgueil

L'Avarice

L'Envie

La Colère

La Luxure

La Paresse

La Gourmandise

 

Ezéchiel 18 : 1 et 21

La parole de l'Eternel me fut adressée, en ces mots :

Si le méchant revient de tous les péchés qu'il a commis,

s'il observe toutes mes lois et pratique la droiture et la justice,

il vivra, il ne mourra pas.

 

Quelques versets de la Bible avec le mot envie

 

Proverbes 14 : 30

30 Un coeur calme est la vie du corps, Mais l'envie est la carie des os.

 

Matthieu 27 : 17-18

Comme ils étaient assemblés, Pilate leur dit : Lequel voulez-vous que je vous relâche, Barabbas, ou Jésus, qu'on appelle Christ ?

Car il savait que c'était par envie qu'ils avaient livré Jésus.

 

Galates 5 : 26

26 Ne cherchons pas une vaine gloire, en nous provoquant les uns les autres, en nous portant envie les uns aux autres.

 

Philippiens 1 : 15

Quelques-uns, il est vrai, prêchent Christ par envie et par esprit de dispute; mais d'autres le prêchent avec des dispositions bienveillantes.

 

Timothée 6 : 4

il est enflé d'orgueil, il ne sait rien, et il a la maladie des questions oiseuses et des disputes de mots, d'où naissent l'envie, les querelles, les calomnies, les mauvais soupçons,

 

Tite 3 : 3

Car nous aussi, nous étions autrefois insensés, désobéissants, égarés, asservis à toute espèce de convoitises et de voluptés, vivant dans la méchanceté et dans l'envie, dignes d'être haïs, et nous haïssant les uns les autres.

 

Jacques 4 : 2

Vous convoitez, et vous ne possédez pas; vous êtes meurtriers et envieux, et vous ne pouvez pas obtenir; vous avez des querelles et des luttes, et vous ne possédez pas, parce que vous ne demandez pas.

 

Pierre 2 : 1

Rejetant donc toute malice et toute ruse, la dissimulation, l'envie, et toute médisance,

 

Psaumes 73 : 3

Car j'ai porté envie aux insensés, en voyant la prospérité des méchants.

 

>> Bible : Lire, écouter et étudier la Bible - EnseigneMoi 

 

 

 

 

2-L'envie au fil des dictionnaires

 

 

 

 

Dictionnaire universel de Furetière 1690

 

Dictionnaire françois, contenant les mots et les choses, plusieurs nouvelles remarques sur la langue françoise : Ses Expressions Propres, Figurées & Burlesques, la Prononciation des Mots les plus difficiles, le Genre des Noms, le Régime des Verbes : Avec Les Termes les plus connus des Arts & des Sciences. Le tout tiré de l'Usage et des bons Auteurs de la Langue françoise.

 

 

 

  Antoine Furetière 1619-1688

Envie 

>> dans le volume 2

 

♦ « Tristesse, deplaisir qu'on a des bonnes qualitez, ou de la prosperité d'autrui. Les philosophes la definissent, une emotion de l'âme causée, entretenuë & fortifiée, par un cours des esprits qui represente que c'est un mal de voir arriver du bien aux autres, comme s'ils le recevoient à notre prejudice. Cette passion est composée de plusieurs autres, de la tristesse, de la haine, de l'indignation, de l'ambition & de l'orgueil. L'envie naît particulièrement entre les egaux. L'envie est une humeur chagrine qui ressemble fort à la haine, FEN. L'envie est un censeur triste et severe des bonnes qualitez d'autrui. L'envie, cette sombre rivale du merite, ne cherche qu'à le rebaisser jusqu'à lui, BOI. C'est une regle de sagesse que d'irriter le moins qu'on peut l'envie & la jalousie des autres. LOC. La malignité de la vie s'attache d'ordinaire à la vertu. OE. M. L'envie a quelque chose de bas & ne tend qu'à supplanter son rival ; mais l'emulation qui est plus noble, & plus genereuse, ne songe qu'à supplanter son concurrent. BELL. La haine et l'envie sont deux passions qui se confondent ; s'il y a quelque difference, c'est que l'une s'attache à la personne, & l'autre à l'eclat, & à la condition. LA. BR. Il n'y a point de vengeance plus heroïque que celle qui tourmente l'envie à force de bien faire. AMELOT. Je connois des gens chagrins & desagreables, par un principe d'envie. LE CH. DE. M. Il n'y a rien de plus vrai que ce que disait Horace, que les tyrans les plus cruels n'ont pu inventer de tortures plus insupportables que l'envie. BAY. Un sage Favori doit eviter la pompe, & le faste pour ne pas irriter l'envie. M. ESP. L'envie regarde avec dedain & avec chagrin la bonne fortune d'autrui. FEN. On dit d'une fortune mediocre qu'elle est au-dessous de l'envie, & au-dessous du mepris.OEV. M. M. Rousseau dit d'un mauvais poëte.

 

Il est bien vrai qu'à l'oubli condamnez

Ses vers souvent font des enfants morts nez

Mais chacun l'aime, et nul ne s'en defie.

A ses talens aucun ne porte envie.

 

Nous portons ordinairement envie à ceux qui nous sont preferez. On dit aussi, porter envie à quelqu'un pour dire simplement, souhaiter un bonheur pareil au sien, sans avoir de deplaisir. Sa fortune est digne d'envie. Alexandre portoit envie à Achille d'avoir eu un Homère pour chanter ses actions. L'ACAD.

 

Cesse de t'etonner si l'envie animée,

Attachant à ton nom sa rouille envenimée,

La calomnie en main quelquefois te poursuit. BOI.

 

Contentons notre ardeur, laissons parler l'envie. LA SUZE.

 

Cette beauté l'objet de tant de jalousie,

Qu'on ne peut voir sans l'admirer

Où les yeux même de l'envie,

Ne trouvent rien à censurer. OEV. M.

 

♦ Envie, Divinité maligne que les payens mettoient entre celles qu'ils adoroient de peur d'être exposez à ses fureurs... Un Poëte payen la depeint habitant dans un antre obscur, où le soleil n'entre jamais, où il fait toujours froid, & qui est toujours rempli d'un brouillard epais. Il lui donne un visage pâle & des yeux enfoncez & regardant de travers, une bouche d'où sort le venin dont son coeur est rempli, des dents jaunes, des cheveux en serpents noüez au haut de sa tête. Il la represente se nourrissant de vipères ; ne souriant jamais, si ce n'est des malheurs d'autrui ; ne dormant point, envenimant toutes ses paroles, & tenant trois grands serpents dans une main , et dans l'autre un hydre à sept têtes avec un autre serpent qui lui ronge le sein. On ne peut faire une plus belle peinture de l'envie ; & après cela il faut avouer que Virgile avoit raison de l'appeler la domestique du Dieu des Enfers. Les Grecs en font un Dieu parce que le mot phtonos, qui en leur Langue signifie l'envie, est masculin. L'Anguille, selon quelques-uns, & selon d'autres le Serpent etoit chez les Anciens, le Symbole de l'envie.

 

♦ Envie, signifie aussi, desir, volonté, & quelquefois fantaisie. Grande envie, legere envie, envie dereglée, desordonnée, furieuse. La plus grande de ses envies est de faire plaisir. Avoir envie de dormir, de souper, d'être marié, avoir envie d'un bouquet, d'un tableau. Il lui a pris envie de se retirer du monde. Il a satisfait son envie, sa passion. La colère est une envie impatiente de se venger. M. ESP. Je meurs d'envie de vous voir. L'envie lui a cessé de voyager. On dit passer son envie de quelque chose. Faire passer l'envie d'une chose à quelqu'un, c'est l'en rassasier, ou l'en degouter. »

 

Notes de mamiehiou 

J'ai conservé autant que possible la graphie de l'époque

portoit, étoit > portait, était

connois > connais

recevoient, mettoient, adoroient, etc. > aient

Pas encore d'accent sur certaines voyelles : deplaisir, merite, prosperité, ame, emotion, degouter, etc

le tréma sur entretenuë, poëte, etc.

Le z marque un pluriel : qualitez, condamnez (Il est vrai qu'à l'oubli condamnés, ces vers...), morts nez (des enfants morts-nés), ceux qui nous sont preferez (préférés) exposez (de peur d'être exposés), etc.

Payen > païen

Etc.

 

Autres acceptions du mot ENVIE que je ne retiendrai pas dans les définitions des dictionnaires suivants.

 

 ♦ On dit proverbialement, c'est une envie de femme grosse, pour dire, un appétit déréglé pour quelque chose mauvaise, à cause que les femmes dans cet état mangent plusieurs choses qui ne valent rien. On dit aussi qu'il vaut mieux faire envie que pitié.

♦ On appelle aussi envies, de petits morceaux de peau qui se détachent vers l'extrémité des doigts. »

 

 

Grammaire des grammaires,

ou

Analyse raisonnée des meilleurs traités sur la Langue Française

1833

 

 

 

Charles-Pierre Girault-Duvivier

Page 546

Porter envie

Le sage « ne porte envie à personne. » — « Je ne lui envie point sa fortune » — « Je porte envie à mon ami de ce qu'il a le plaisir d'être avec vous. (L'Acad.)

 

 

 

Dictionnaire Littré 1863-1877

 

 

Emile Littré 1801-1881

Envie

« ♦ Chagrin et haine qu'on ressent du bonheur, des succès, des avantages d'autrui.

♦ Désir de jouir d'un avantage pareil à celui d'autrui. »

Dans le Littré en ligne

(Reverso)

Voir l'article en entier

>> ENVIE

>> et les citations avec "envie"

 

 


Dictionnaire de la conversation et de la lecture  

Inventaire raisonné

des notions générales les plus indispensables à tous

Par une société de savants et de gens de Lettres

 sous la direction de M. W. Duckett

 Seconde édition

 M DCCC LXVIII 

(1868)

 

 

William Duckett 1805-1873

 

Envie

>> Dans le volume 8 - page 644 

 

♦ « Le Dictionnaire de l'Académie définit l'envie, dans son acception la plus générale : « un chagrin qu'on ressent du bonheur, du succès, des avantages d'autrui. » Les phrénologistes la considèrent comme une affection d'un organe propre au cerveau, combinée avec l'activité ou le manque d'énergie d'autres facultés. Ce qu'on appelle les affections de l'âme ne peut exister ou être réalisé qu'au moyen d'organes cérébraux. Or il y a un organe qui nous porte tous à avoir pour nous-mêmes plus ou moins d'estime ; il nous fait désirer l'estime des autres, et il est la source de l'ambition, de l'orgueil, de la hauteur. Quand l'organe de l'estime de soi est très actif dans un individu, et que cet individu est en même temps privé des organes de la justice et de la bienveillance, il est désagréablement affecté du bonheur et du succès des autres. Il croit fermement mériter tous les avantages dont il est privé et qu'il voit chez autrui. L'envieux toutefois ne l'est pas pour toutes choses. Il l'est seulement à l'égard des objets pour lesquels il a des organes plus actifs : ainsi celui qui aura l'organe de la propriété très développé sera envieux de la fortune et des richesses d'un autre ; celui qui aura de l'approbation ou de la vanité très actif, sera envieux des décorations, des distinctions et des éloges qu'il entendra faire des autres ; et celui qui aura un fort penchant pour le sexe, sera envieux seulement de la bonne fortune des autres, et ainsi de suite de tous les penchants naturels à l'homme. L'envieux est porté à vouloir, non seulement toutes les jouissances pour lui exclusivement, mais il voudrait anéantir celle qu'il ne peut posséder, afin qu'aucun autre ne pût en jouir. Il est très difficile de corriger les envieux : il paraît que la nature les a condamnés à souffrir toute leur vie des biens des autres, sans leur permettre de jouir de ceux qu'ils possèdent eux-mêmes. L'éducation, cependant, corrigera beaucoup cette mauvaise direction de nos sentiments et de nos facultés. Les pères et mères et les instituteurs doivent faire attention aux tendances des enfants, et aussitôt qu'un premier signe d'envie se manifeste en eux, tâcher de réveiller en eux les sentiments de la justice et de la bienveillance, en s'appuyant sur la raison et les exemples ; ils doivent faire voir que l'envie rend malheureux celui qui se laisse dominer par cette triste affection, et leur dire que ceux qui sont l'objet de notre envie sont souvent plus malheureux que nous. Mais généralement les parents font le contraire de ce qu'ils doivent faire ; et en croyant exciter dans leurs enfants une juste émulation, ils ne font que féconder dans leurs âmes le sentiment de l'envie qui doit plus tard rendre leur existence bien malheureuse.

 

♦ Le mot envie s'emploie enfin comme synonyme de désir ou de volonté. Il est fâcheux qu'il n'y ait qu'un seul et même terme pour des sentiments si différents de celui dont nous venons de parler. Nous essaierons, au point de vue phrénologique, une brève explication de la manière dont un désir se forme en nous.

L'homme et les animaux apportent en naissant des facultés et des penchants déterminés, que les phrénologistes appellent organes. C'est la condition matérielle voulue par la nature pour la manifestation de chacune de nos facultés. Dans le monde extérieur, en dehors de l'individu, il y a des objets différents qui sont destinés à être mis en rapport avec chacun des organes du cerveau. Ordinairement, quand un objet se présente à un individu, il réveille l'activité de l'organe auquel il correspond, et l'organe en question demande à être satisfait. L'envie est donc cet état d'un organe cérébral qui a besoin d'être satisfait par l'exercice de la faculté qu'il représente, ou par la possession de l'objet qui est en rapport avec lui. Dès lors on comprendra que l'on peut avoir autant de désirs et d'envies différentes, qu'on a d'organes différents, et comment on peut avoir envie d'une chose, tantôt d'une autre, en raison de la variété des objets qui se présentent devant nous et peuvent satisfaire aux besoins de nos organes. L'instinct du sexe fait naître dans l'homme l'envie de posséder une compagne ; l'instinct de la propre défense fait naître dans celui-ci l'envie de se battre à la vue d'un ennemi ; l'organe de la propriété donnera à un autre l'envie de s'enrichir et de posséder beaucoup, etc. De même, s'il y a des organes pour le sens du rapport de l'espace ou des lieux et des sons, il y a en dehors de nous des lieux et des sons, et quand les lieux et les sons réveillent en nous l'activité de l'organe des localités et de la musique, nous avons envie de nous promener, de voyager, ou d'entendre ou de faire de la musique, etc. Il n'est pas absolument nécessaire que l'objet soit présent pour réveiller l'activité d'un organe, il nous suffit que l'objet existe, et qu'il ait pu donner à l'individu l'idée de son existence ; l'organe peut alors entrer en activité en vertu de sa propre vitalité. Dans nos institutions sociales, il faudrait donc tâcher de présenter aux différents individus des objets qui déterminent des bons penchants et des facultés dont l'exercice peut être utile à l'individu et à la société entière, et éloigner autant que possible la présence de ceux qui pourraient réveiller l'activité des organes malfaisants. »

Dr Fossati

 

Le Trésor de la Langue Française >> ENVIE

 

Le Dictionnaire de l'Académie, 9e édition >> ENVIE

 

3-L'envie exploitée

 

dans notre société de consommation.

 

Il n'est pas de jour où l'on n'entend parler de croissance économique. Sa progression serait le remède de tous nos maux.

Mais qu'est-ce que la croissance économique si ce n'est l'augmentation de la production de biens et de services marchands d'un pays, et du monde. Et cette croissance repose sur la consommation qu'il faut développer à tout prix pour augmenter la richesse de chacun et la richesse des états.

Se plaint-on que la croissance n'est pas celle attendue ? Elle ne cesse de progresser cependant.

 

L'économie française produit aujourd'hui 4,6 fois plus de richesses qu'en 1959 .

>> Alternatives

Une croissance ralentie, mais plus riche en emplois

 

La richesse d'un pays se mesure par le PIB.

Le PIB a été multiplié par 6,8 entre 1950 et 2010, par 2,2 entre 1950 et 1970, par 2 entre 1970 et 2010.

La consommation sur une longue période varie avec le PIB

>> France-Inflation.com

TAUX INFLATION EN FRANCE depuis 1901. Inflation actuelle 2012

 

Jusqu'où faudra-t-il que la consommation augmente pour nous satisfaire ? Mis à part les considérations de compétitivité mondiale et les problèmes de chômage, on peut s'interroger sur cette frénésie de vouloir produire toujours plus, pour acheter toujours plus, pour devenir – pour certains - de plus en plus riches.

 

Créer des envies sans qu'elles soient des besoins, voilà le rôle de la publicité et des médias qui exposent à l'envi (= à qui mieux mieux) les objets nouveaux qu'on ne connaissait pas hier encore, mais qu'on a tôt fait de croire indispensables, incontournables. Séduction, tentation, fascination, désir, obsession même, tromperie, tout cela habilement enveloppé dans l'art du bien-dire et du bien montrer !

Irrésistible !

C'est là que l'envie engendre la jalousie*, sa soeur, sa compagne.

On tombe dans le panneau. On est harponné. On n'a de cesse de vouloir tel ou tel objet dernier cri, dont on aura vite épuisé les charmes et que l'on jettera pour que grossisse la masse des déchets dont on ne sait que faire !

 

*La jalousie.

Mauvais sentiment qu'on éprouve quand on n'obtient pas ou ne possède pas les avantages obtenus ou possédés par un autre. Cf. Littré

 

L'envie c'est la douleur de voir autrui posséder ce que nous désirons ; la jalousie, de le voir posséder ce que nous possédons. Diogène Laerce (début du 3e siècle après J.C.)

 

 

Et la douleur du pauvre qui regarde et qui ne peut accéder aux objets de ses désirs, objets qui s'étalent à profusion devant lui et dont il sait qu'il n'en n'aura jamais la jouissance.

 

 

 

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À écouter

Michel Sardou et Johnny Hallyday dans :

L'envie d'avoir envie - texte j.j. Goldman - de Frederique LONGERE

 

 

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Articles connexes dans ce blog :

La folie du consumérisme* -"Prêt à jeter"

Qu'est-ce que le seuil de pauvreté ? - Le seuil de pauvreté en France...

 

  FOCUS sur quelques mots :

Le A au fil des dictionnaires 

La Vérité, toute la Vérité, rien que la Vérité...
Lucifer - WILLIAM DUCKETT - Dictionnaire de la conversation et de la lecture

 

et

Peut-on dire : J'ai très envie, très plaisir, très peur, très faim, très sommeil... Cela me fait très envie, très plaisir, très peur... ?  

 

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21 décembre 2012 5 21 /12 /décembre /2012 12:52

Petit exercice. Compléteriez-vous sans hésiter :

Sa redingote est ... devant derrière.

Sa chambre est ... dessus dessous.

...  n'est pas croyable !

Il va ... dire qu'il est fou.

Correction en fin d'article

 

  QUIZ 60

  Les explications et la correction suivent l'exercice

qui n'est pas toujours évident quoi qu'on en pense !

 

  Des histoires sans queue ni tête

vs avec queue & tête

 

Les phrases qui suivent appartiennent

à des registres de langue différents.

Voir : Champ lexical - Champ sémantique - Niveau de langue

Registre de langue - style soutenu, courant, familier, populaire, argotique, ou vulgaire

Archaïsmes

 

1 Je lui fus d'une reconnaissance ...... bornes et il ...... fut, la tête haute, tout ragaillardi.

2 Quelle tête de mule ! Qu'il ...... aille donc s'il ...... ...... le courage !

3 Après que je l'eus sermonné, il ...... est allé la queue basse.

4 Range donc ta chambre, tête de linotte ! Elle est toute ...... dessus dessous.

5 Que je lui dise blanc ou noir, à cette tête de cochon, il ...... moque.

6 Je m'installerai chez lui ...... façons, quand bien même il ...... prendrait à moi qui suis sa tête de Turc. Non mais ! Peut-être ne ...... apercevra-t-il même pas.

7 Il a gagné ...... vingt trois millions d'euros et je n'en ai pas vu la queue d'un, le pingre !

8 Il arracha les queues des cerises et ...... fit une tisane.

9 « ...... est trop de tes histoires ...... queue ni tête », dit-il. Il ne savait plus à quoi  ...... tenir.

10 Je préparai un foie gras truffé et le maître-queux ...... empara. Étonnant non ?

11 « Ah je le ...... bien là.

    —Tu es (> censé ou sensé) le dire ?

    —Oui, il ...... bon, le canard au ...... qui mijote. » 

12 Il perdit son ......-froid et, ...... un mot, ...... retourna fort jaloux. « Il a le ...... chaud, » pensai-je à part moi.

13 « Il est toujours ...... le sou et tire le diable par la queue.

   —...... blague ? »

14 Je lui tiens la queue. ...... est fait de lui ! Je vais le faire suer ...... et eau.

15 Bon ...... ! Cette queue de cochon me laisse ...... voix. On ...... pourlèche.

16 Vois comment tu t'habilles ! Ta queue de pie et ta redingote sont ...... devant derrière !

17 Je fis des tête-à-queue ...... qu'il ...... rendît compte. Ainsi ...... émut-il aucunement.

18 « ...... n'est pas croyable ! Il ...... est coupé une !

   —De quoi parles-tu ?

   —Devine ! »

19 Ils ont inventé une voiture ...... roues et ...... volant. Il va ...... dire que c'est dangereux. Pourquoi le pilote ne serait-il pas ...... tête pendant qu'on y est ?

20 Il ...... est mis plein la lampe ...... aucuns frais.

21 Il y a ...... ...... dans un dollar. Le billet d'un dollar montre la tête de George Washington, premier président des États-Unis d'Amérique.

22 Il ......suivit des rires incongrus à lui casser la tête. Et il ......fuit à perdre haleine. 

 

1 SENS1

Le sens, le bon sens, il a perdu le sens... On prononce le S du mot sens. Il n'en n'a pas toujours été ainsi.

On ne prononce pas le S dans sens dessus dessous ni dans sens devant derrière.

 

2 SENS2- SENT

Du verbe sentir à l'indicatif présent. Je sens, tu sens, il sent.

 

3 SANS

Préposition suivie d'un nom au singulier ou au pluriel.

Cas général, on se fie au sens.

Un chien sans queue. Il pourrait en avoir une, et une seule.

Une voiture sans roues. Elle en aurait plusieurs si elle en avait.

Une chemise sans manches. Un film sans paroles. Un ciel sans soleil.

Ce travail est sans aucuns frais.

Pour les cas particuliers, il faudra consulter le dictionnaire.

EX : Sans encombre, sans exemple, sans preuve, sans inconvénient, sans douleur, sans façons, sans soins, sans soucis, sans défauts etc.

Voir dans le Trésor : SANS

Et dans ce blog la locution conjonctive Sans que

 

Remarque

Sans bornes est une locution adverbiale. Bornes est toujours au pluriel. Les poètes l'ont parfois écrit au singulier pour les besoins de la rime ou de la métrique :

 

Cette grandeur sans borne et cet illustre sang

Corneille, Cinna Acte II scène 1

 

Son orgueil est sans borne ainsi que sa richesse

Racine, Esther Acte II scène 9

 

Dans ses prétentions une femme est sans borne.

Boileau, 10e Satire

 

4 S'EN1

♦  Fait partie de certains verbes pronominaux (verbes pr. subjectifs)

Le mot EN est inanalysable

Voir : Qu'est-ce qu'un verbe pronominal réfléchi, réciproque, subjectif... ?

s'en aller, s'en retourner, s'en tenir (s'en tenir là, savoir à quoi s'en tenir)...

verbe être dans le sens de s'en aller au passé simple, je m'en fus, il s'en fut...

 

5 S'EN2

Complément indirect EN = DE + un substantif, un infinitif, une proposition.

Il s'en prend plein la figure. (des railleries)

Il s'en moque. (d'échouer)

Elle est toujours en train de lui dire des gentillesses, il ne pourrait pas s'en passer. (qu'elle lui dise des gentillesses)

 

6 C'EN

CE élidé en C'. Pronom démonstratif signifiant CELA

c'en est - c'est


7 CENT1

Nombre numéral cardinal 

Dix fois dix font cent.

Cent s'écrit cents quand il est multiplié par un nombre et non suivi d'un nombre.

Trois cents - Trois cent vingt

 

8 CENT2

Un cent est la centième partie du dollar

 

9 SANG

Liquide qui parcourt nos artères et nos veines.

Ce mot se retrouve dans de nombreuses expressions.

Voir Le Trésor : SANG

 

10 CENSÉ ou SENSÉ

Il est vraiment stupide ; il n'était pas censé faire cela.

Censé, supposé

Sensé, qui a du bon sens

Voir : Ne pas confondre : feux et feus – sensé et censé – chaos et cahot – efficace et efficient – émotionné et ému - bruire et bruisser

 

 

CORRECTION

1 Je lui fus d'une reconnaissance sans bornes et il s'en fut, la tête haute, tout ragaillardi.

♦ Sans bornes locution adverbiale, bornes au pluriel.

♦ il s'en fut = il s'en est allé

verbe être dans le sens d'aller au passé simple

♦ Ragaillardir = donner de la vigueur.

 

2 Quelle tête de mule ! Qu'il s'en aille donc, s'il s'en sent le courage !

 

3 Après que je l'eus sermonné, il s'en est allé la queue basse.

La queue basse = honteux

 

4 Range donc ta chambre, tête de linotte ! Elle est toute sens dessus dessous.

 

5 Que je lui dise blanc ou noir, à cette tête de cochon, il s'en moque.

 

6 Je m'installerai chez lui sans façons, quand bien même il s'en prendrait à moi qui suis sa tête de Turc. Non mais ! Peut-être ne s'en apercevra-t-il même pas.

 

7 Il a gagné cent vingt trois millions d'euros et je n'en ai pas vu la queue d'un, le pingre !

♦ Pas la queue d'un (populaire)= pas un seul

♦ Voir : Savoir orthographier les adjectifs numéraux cardinaux cent ou cents, vingt ou vingts... + des millions, des milliards, des billions

 

8 Il arracha les queues des cerises et s'en fit une tisane. 

Queue d'un fruit = tige

 

9 « C'en est trop de tes histoires sans queue ni tête », dit-il. Il ne savait plus à quoi s'en tenir.

 

10 Je préparai un foie gras truffé et le maître-queux s'en empara. Étonnant non ?

            un maître-queux, un grand cuisinier

11 « Ah je le sens bien là.

   —Tu es censé le dire ? 

   —Oui, il sent bon, le canard au sang qui mijote. »

 

12 Il perdit son sang-froid et, sans un mot, s'en retourna fort jaloux. « Il a le sang chaud, » pensai-je à part moi.

 

13 « Il est toujours sans le sou et tire le diable par la queue.

—Sans blague ? »

Tirer le diable par la queue = être fauché.

 

14 Je lui tiens la queue. C'en est fait de lui ! Je vais le faire suer sang et eau.

Prononciation

Sang et eau Léon Warnant, Louis Chalon donnent san-k-éo

Sang impur : san-g-impur ou san-k-impur

Dans la langue courante, très souvent l'usager ne fait pas de liaison mais une disjonction : san-éo, san-impur

 

15 Bon sang ! Cette queue de cochon me laisse sans voix. On s'en pourlèche.

Se pourlécher, se pourlécher les babines, les lèvres, les badigoinces (populaire, lèvres ou joues)

 

16 Vois comment tu t'habilles ! Ta queue de pie et ta redingote sont sens devant derrière !

 

17 Je fis des tête-à-queue sans qu'il s'en rendît compte. Ainsi s'en émut-il aucunement.

Aucunement, terme vieilli s'emploie avec ou sans ne = nullement, d'aucune manière.

 

18 « C'en est pas croyable ! Il s'en est coupé une !

    —De quoi parles-tu ?

    —Devine !"

 

19 Ils ont inventé une voiture sans roues et sans volant. Il va sans dire que c'est dangereux. Pourquoi le pilote ne serait-il pas sans tête pendant qu'on y est ?

 

20 Il s'en est mis plein la lampe sans aucuns frais à tel point qu'il en avait les moustaches queue de vache.

♦ S'en mettre plein la lampe, argot = manger et/ou boire beaucoup. 

♦ Sans aucuns frais. Voir :  Aucun, aucuns, aucune, aucunes, d'aucuns

♦ Queue de vache, couleur jaune pisseux.

 

21 Il y a cent cents dans un dollar. Le billet d'un dollar montre la tête de George Washington, premier président des États-Unis d'Amérique.


22 Il s'ensuivit des rires incongrus à lui casser la tête. Et il s'enfuit à perdre haleine.

            Verbes s'ensuivre et s'enfuir au passé simple

            (agglutination : en- est soudé aux verbes suivre et fuir)

            Voir : L'agglutination

En linguistique, l'agglutination consiste en ce que deux ou plusieurs termes autrefois séparés, deviennent un seul mot.

Retour au début de l'article

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Récapitulation des articles : "Ne pas confondre... " 

LE FRANÇAIS DANS TOUS SES ÉTATS

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Petit exercice du début de l'article : Sa redingote est sens devant derrière. Sa chambre est sens dessus dessous. C'en n'est pas croyable ! Il va sans dire qu'il est fou.

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15 décembre 2012 6 15 /12 /décembre /2012 05:49

LES DÉLIRES

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Je jurai de ne plus me laisser emberlificoter ni enjôler par la vieille Marie, en me tenant sur mes gardes, moi qui, de timide et de naïve que j'avais été lors de notre première rencontre, m'étais retrouvée toute meurtrie, mortifiée même, lorsqu'elle avait jeté son dévolu sur ma personne.

N'était la curiosité irrépressible qui m'étreignait sans relâche et que seule Marie pouvait assouvir, je fusse restée éloignée d'elle à jamais.

 

Elle m'invita à entrer, d'un ton doucereux, et me proposa une collation. 

Je ne fis pas de façons, trop contente de m'octroyer quelque repos. Elle m'offrit un vin chaud et doux, à la cannelle, sur lequel elle s'appliqua à presser deux ou trois zests d'orange, fit éclater quelques noix entre ses doigts de fer pour en extraire les cuisses qu'elle me présenta dans une coupelle.

Je dégustai.

Prétatou s'était réfugié dans une encoignure, près de l'âtre, trop heureux qu'on ne l'eût pas laissé dehors. La faim et la soif le taraudaient. Quelques lippées lui eussent convenu quelles qu'elles eussent été. Tout en bâillant d'inanition, il en vint à imaginer de devenir sec comme le bois. Mais il n'osait réclamer par crainte d'entendre encore des paroles malveillantes à lui faire bouillir le sang. Eût-il émis le moindre son, il se fût donné des verges pour se faire fouetter°. Il promenait son regard alentour pour se faire une idée de l'antre de la mégère.

« Elle ne donne pas dans le luxe, pensa-t-il. »

Bien qu'il s'appliquât à être le plus discret possible, Marie Cratère, qui ne le portait guère dans son coeur, à ce qu'il semblait, s'adressa à lui. Il s'en émut tant et si bien qu'on lui vit le poil se hérisser.

« Il ferait beau voir que tu grognasses ! l'avertit-elle. Je ne supporterai aucun murmure de toi. Tiens-le toi pour dit. »

 

L'arôme diffusible du vin emplissait l'air jusqu'à l'étourdir et il se demandait combien de temps il lui faudrait encore attendre pour qu'une âme compatissante s'intéressât à lui.

Ne voulant pas indisposer Marie en lui montrant trop manifestement l'attention que je portais à mon chien, je laissai croire à cette vieillarde, que je savais insensible, que je le traitais comme quantité négligeable.

Je songeai à cet instant à Souci, le petit marcassin, qui avait échappé à la broche mortifère, et que j'avais sauvé de justesse.1

J'aurais voulu savoir ce qu'il était advenu de Sissi, mon amie que je n'avais pas croisée sur le chemin, mais je n'osai interroger Marie Cratère de peur qu'elle n'en conçût une grande jalousie.

 

Cher lecteur, tu me diras peut-être que tu es très étonné de voir que je pris autant de précautions pour ménager la susceptibilité de Marie, mais je te rétorquerai aussitôt que, bien que cela ne fût pas dans ma nature de n'être point directe ni spontanée, j'usai alors de tous les atouts pour amadouer celle qui me livrerait bientôt — et peut-être — les secrets que je voulais découvrir.

 

Après un silence que j'appréciai, toujours gagné sur des propos acerbes, Marie reprit la parole.

« Orendroit2, commença-t-elle, voyons quelle mouche t'a piquée° pour me rendre visite hic et nunc3.

—Je connais ta perspicacité, Marie. Peux-tu imaginer un seul instant que, ayant vécu une année entière à Utopinambourg, je puisse me satisfaire de ne rien savoir des secrets de cette cité ?

—Hem ! Hem ! fit-elle. S'il ne tenait qu'à moi de te les dévoiler, peut-être le ferais-je, mais je ne suis pas seule dans cette affaire. »

Elle coupa court à la conversation qui ne lui plaisait guère, et m'invita à aller dormir.

 

Il se faisait tard. J'entraînai Prétatou dans la remise inconfortable qui m'avait naguère maintes fois tenu lieu de refuge et, lui ayant servi à boire et donné quelques rogatons dénichés dans un coin de bahut chez Marie, je m'endormis séance tenante, de concert avec lui.

 

.................................................

 

1- Oli sauve Souci de justesse dans l'épisode : 24 Délires d'une cuisinière assassine - Tant va pot à l'eve que brise.°

 

2-orendroit, maintenant - voir la note

 

3-Hic et nunc, ici et maintenant.

 

 

 

NOTES

 

Je jurai de ne plus me laisser emberlificoter, ni enjôler...

♦ Je jurai, passé simple, temps du récit

♦ emberlificoter (familier), embrouiller, entortiller.

♦ enjôler, attirer par de belles paroles, séduire par des promesses trompeuses.

 

de timide et de naïve que j'avais été lors de notre première rencontre

Cas où l’adjectif (ici : timide et naïve) est précédé de la préposition de, pour marquer qu’il s’agit d’un état antérieur.

Les adjectifs sont attributs de je (j'avais été).

 

N'était la curiosité irrépressible... je fusse restée éloignée d'elle à jamais.

♦ N''était, si ce n'était, s'il n'y avait pas...

Voir : Propositions conditionnelles commençant par : n'était, n'étaient, n'eût été, n'eussent été - Variations syntaxiques

♦ irrépressible, irrésistible, impérieuse, irréfrénable.

♦ à jamais, pour toujours.

Voir : Jamais, ne jamais, jamais plus, au grand jamais, à jamais, si jamais, oncques...

 

Le ton était doucereux.

Doux doucereux douceâtre

Cf. Académie 8e édition :

♦ Doucereux - Qui est d'une douceur fade et affectée, en parlant des Personnes. Quel personnage doucereux ! Par extension, Un langage, un ton, un air doucereux.

♦ Douceâtre - Qui est d'une douceur fade. Un goût douceâtre. Un sirop douceâtre. Par extension, Une façon de parler douceâtre.

 

Je ne fis pas de façons.

Je ne fis pas de cérémonie (et j'acceptai).

 

elle s'appliqua à presser deux ou trois zests d'orange

un zest de citron ou d'orange, une fine lamelle que l'on découpe sur l'écorce pour parfumer quelque boisson. (Attention que le fruit n'ait pas été traité !)

 

ZEST ! ou ZESTE ! interjection qui marque

♦ qu'une action est soudaine et rapide.

Un cambrioleur a pénétré dans ma maison. Les policiers doivent intervenir au plus tôt, zeste !

♦ qu'on rejette les paroles, l'argument de son interlocuteur.

Tu m'as assuré que tu voulais me faire plaisir, zeste !

 

Lu sur le Dictionnaire de Furetière , à l'entrée ZEST

                     > Gallica - Furetière, Antoine (1619-1688). Dictionnaire universel

Je n'ai pas conservé la graphie des mots du XVIIe siècle. (note de mamiehiou)

1- Zest pellicule dure qui est au milieu de la noix, qui est entre les quatre cuisses. Quelques médecins assurent que le zest séché & bu avec du vin blanc, environ demi-once, guérit de la gravelle.

2- Zest est aussi un petit instrument avec lequel on souffle de la poudre sur les cheveux, sur une perruque. C'est une espèce de boucle de cuir qui s'enfle & se serre par le moyen d'une baleine, et qui a une petite ouverture d'ivoire.

3- Zest est aussi un petit morceau de pelure d'orange duquel on espeint* le jus sur un verre de vin, afin qu'il en sente l'odeur. On le passe quelquefois à la chandelle, on lui fait faire son effet contre le nez.

4- Zest se dit quelquefois ironiquement, & absolument, pour montrer qu'on ne fait point cas d'une chose, qu'elle est de nulle valeur, comme le zest qui est au milieu de la noix. On a beau le menacer, il dit zest, il ne fait que s'en moquer.

 

*Espeindre ou épeindre : presser une chose qui a du suc ou du jus. Définition du Furetière

Je n'ai retrouvé ce mot dans aucun dictionnaire ancien avec cette acception. 

Dans Le Dictionnaire de Godefroy, espeindre : expier.

 

Sur Furetière, voir : Une petite histoire de la langue française - Chapitre 13 – LE XVIIe SIÈCLE 2 - Préciosité – Classicisme – Boileau, Furetière, et les autres...

 

Zest et Zeste dans :

Le Nouveau vocabulaire de la langue française, extrait du dictionnaire de l'académie et des meilleurs auteurs modernes : augmentée des éthymologies de tous les mots dérivés des langues anciennes et modernes

Lambert-Gentot, 1843

 

Zest s.m. entre le zist et le zest. Populaire et familier. Entre-deux, passablement, tant bien que mal – Espèce d'interjection dont on se sert dans le langage familier, quand on veut rejeter ce qu'un homme dit.

Zeste s. m. ce qui est au-dedans de la noix, qui la sépare en quatre. - Partie mince qu'on coupe sur le sessus de l'écorce d'orange, d'un citron, etc. On dit familièrement d'une chose qui a peu de valeur, cela ne vaut pas un zeste

 

 

 

 

Les cuisses d'une noix, les quartiers.

 

Prétatou s'était réfugié... près de l'âtre.

L'âtre est la partie de la cheminée où l'on fait du feu.

Par métonymie, c'est la cheminée elle-même.


Quelques lippées lui eussent convenu quelles qu'elles eussent été.

> Il aurait mangé n'importe quoi

♦ une lippée, une bouchée.

♦ quelles qu'elles eussent été, quelles qu'elles fussent, quelles qu'elles soient...

Voir : Quel que

 

Eût-il émis le moindre son, il se fût donné des verges pour se faire fouetter°.

♦ La phrase commence par une proposition conditionnelle.

> S'il avait émis le moindre son, il se serait donné des verges...

-Eût-il émis... subjonctif plus-que-parfait

Voir : Eussé-je, eussè-je, j'eusse, fussé-je, fussè-je, je fusse, dussé-je, dussè-je, eût-il, fût-il, dût-il, fût-ce, fussent-ils, parlé-je...

Se donner des verges pour se faire battre° donner à son adversaire des arguments, des motifs pour recevoir des coups.

 

 Il promenait son regard alentour pour se faire une idée de l'antre de la mégère

♦ Un antre, une caverne qui sert d'habitation à des animaux sauvages.

Péjorativement, un lieu redoutable et sordide.

              Voir : Où habitent-ils, tous ces animaux que vous connaissez ?

Une mégère, une méchante femme, violente et agressive.

Cf. Littré: 1- Nom propre d'une des trois Furies (avec une M majuscule).

Ô haines ! ô fureurs dignes d'une Mégère ![Corneille, Rodogune, princesse des Parthes]

2- Figuré, Femme méchante et emportée (avec une m minuscule).

 

 

Il s'en émut tant et si bien qu'on lui vit le poil se hérisser.

Voir la locution conjonctive : Tant et si bien que + indicatif, subjonctif ou conditionnel, quel mode choisir ?

 

Il ferait beau voir que tu grognasses.(subj. Imparfait)

« On tolérera le présent du subjonctif au lieu de l'imparfait dans les propositions subordonnées dépendant de propositions dont le verbe est au conditionnel. » Arrêtés ministériels du 31 juillet 1900 et du 26 février 1901

> Il ferait beau voir que tu grognes. (subj.présent)

> Ce serait le comble si tu grognais.

> Cela dépasserait la mesure.

 

Tiens-le toi pour dit.

Se le tenir pour dit. Ne pas répondre, ne pas discuter.

 

L'arôme diffusible du vin...

Cf. Littré. Diffusible,

1- Qui peut se répandre dans tous les sens, de tous les côtés. Une odeur diffusible.

2- Terme de physiologie. Qui excite tous les tissus vivants d'une manière vive mais passagère, et réagit promptement sur le cerveau : tels sont l'alcool et l'éther.

Tous les diffusibles sont odorants, inflammables et sujets à s'évaporer.

 

Orendroit, terme des XIIIe et XIVe siècles.

Lu dans le Dictionnaire de Godefroy

> maintenant, présentement, désormais.

-Orendroit ou horendroit, orrandroit, arendroit, arandroit, orendret, orendroites.

-Desorendroit, désormais.

L'orthographe était loin d'être fixée à l'époque !

Dictionnaire de l'ancienne langue française et de tous ses dialectes du IXème au XVème siècle, Frédéric Godefroy, 1880-1895

 

Hem !

Onomatopée qui imite le bruit de la toux pour attirer l'attention. Elle exprime ici l'hésitation et la défiance.

Qu'est-ce qu'une interjection ? Qu'est-ce qu'une onomatopée ?

 

quelques rogatons trouvés dans un coin de bahut

des rogatons (familier), des restes de viande ou de pain ou de relief de repas.

 

 

<< 158 Délires sur de froides retrouvailles dans la forêt obscure - la selva oscura*  

>> 160 Délires de la vieille houhou - vieille haha

 

 

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12 décembre 2012 3 12 /12 /décembre /2012 09:57

 

ACCUEIL & SOMMAIRE

 

Une des grandes préoccupations des philosophes, la plus grande peut-être, est de partir à la recherche de la Vérité. Il est long, long et semé d'embûches, le chemin qui conduit à la Vérité, encore faut-il s'engager sur le bon chemin.

Chacun d'entre nous, philosophe à ses heures, est confronté à l'idée qu'il se fait de la vérité.

« C'est vrai, je t'assure », affirme-t-on parfois à la légère.

« Je te jure que c'est vrai ! » déclare-t-on, péremptoire.

Et l'on étaie ses allégations avec force arguments, raisonnables ou fallacieux, c'est selon.

Car il y va de l'honnêteté du locuteur : Suit-il ses intérêts ? Est-il l'esclave de ses préjugés ? Ne peut-il se départir de son aveuglement ? Ou bien veut-il faire triompher la Vérité ? 

 

Chacun sa vérité* me direz-vous peut-être. Cette vérité-là, subjective, partiale même, cause d'injustice et d'intolérance ne s'accommode en rien avec la vraie Vérité, la Vérité en soi, la Vérité universelle, la Vérité absolue telle que la considéraient Socrate et Platon, la Vérité qui existe en dehors de soi, la Vérité éternelle.

 

*Chacun sa vérité, pièce de Luigo Pirandello 1916

Voir aussi dans ce blog 

  De la rhétorique - De l'éloquence - De la langue de bois

Le mensonge - L'imposture - La fausseté

 

« La vérité absolue existe hors de moi, elle est éternelle. »

Platon 424/423-348/347 av. J.-C

 

« Il faut aller à la vérité de toute son âme. »

Platon

 

« Quand donc y a-t-il ou n'y a-t-il pas ce que nous appelons vrai ou faux ? Ce n'est pas parce que nous pensons d'une manière vraie que tu es blanc, que tu es blanc, mais c'est parce que tu es blanc, qu'en disant que tu l'es, nous disons la vérité. » Métaphysique

Aristote 384 av. J.-C 322 av. J.-C

 

« Amicus Plato, sed magis amica veritas »

« Platon m'est cher, mais la vérité m'est plus chère encore. » Éthique à Nicomaque

Aristote parlant de Platon, son maître et ami .

 

« Nous ne connaissons pas le vrai si nous ignorons la cause. »

Aristote

 

« En doutant, on atteint la vérité. »

Cicéron 106-43 av. J.-C

 

« Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie. Nul ne vient au Père que par moi » (Évangile de Jean ch.14 v.6)

Jésus de Nazareth né vraisemblablement entre 7 et 5 av. J.-C, crucifié vers 30 ap. J.-C

 

« Le langage de la vérité est simple. »

Sénèque 4 av. J.-C 65 ap. J.-C.

 

« Le vrai est à la fois dans l'intellect et dans les choses. Toutefois, le vrai qui est dans les choses est substantiellement identique à l'être ; et le vrai qui est dans l'intellect est identique à l'être, mais comme une représentation l'est à ce qu'elle représente [...]. » Somme théologique

Thomas d'Aquin 1224/1225-1274

 

« L'histoire est comme une chose sacrée, parce qu'elle doit être véritable, et où se trouve la vérité, se trouve Dieu, son unique source. » Don Quichotte

Miguel de Cervantès 1547-1616

 

« Le doute est l'école de la vérité. »

Francis Bacon 1561-1626

 

« Le vrai et le faux sont des attributs du langage, non des choses. Et là où il n'y a pas de langage, il n'y a ni vérité ni fausseté. » Léviathan

Hobbes 1588-1679

 

« La vérité doit toujours avoir l'avantage, quoique nouvellement découverte, puisqu'elle est toujours plus ancienne que toutes les opinions qu'on en a eues, et que ce serait ignorer sa nature que de s'imaginer qu'elle ait commencé d'être au temps qu'elle a commencé d'être connue. » Sur le traité du vide

Blaise Pascal 1623-1662

 

« La vérité est si obscurcie en ces temps et le mensonge si établi, qu’à moins d’aimer la vérité, on ne saurait la reconnaître. » Pensées

Blaise Pascal

 

« Ce n'est pas la vérité qui persuade les hommes, ce sont ceux qui la disent. »

Pierre Nicole 1625-1695

 

« La première signification donc de Vrai et de Faux semble avoir tiré son origine des récits ; et l’on a dit vrai un récit quand le fait raconté était réellement arrivé ; faux, quand le fait raconté n’était arrivé nulle part. Plus tard, les Philosophes ont employé le mot pour désigner l’accord d’une idée avec son objet ; ainsi, l’on appelle idée vraie celle qui montre une chose comme elle est en elle-même ; fausse celle qui montre une chose autrement qu’elle n’est en réalité. » Pensées métaphysiques

Spinoza 1632- 1677

 

« Lorsque l'erreur porte les livrées de la vérité, elle est souvent plus respectée que la vérité même. » De la recherche de la vérité

Nicolas de Malebranche 1638-1715

 

« Le vrai et le faux consistent en un accord ou un désaccord, soit avec les relations réelles entre les idées, soit avec l'existence et le fait réel. » Traité de la nature humaine

David Hume 1711-1776

 

« Les avantages du mensonge sont d'un moment, et ceux de la vérité sont éternels ; mais les suites fâcheuses de la vérité, quand elle en a, passent vite, et celles du mensonge ne finissent qu'avec lui. » Le rêve d'Alembert

Denis Diderot 1713-1784

 

« Le contraire de la vérité est la fausseté : quand elle est tenue pour vérité, elle se nomme erreur. » La Logique

Emmanuel Kant ( Immanuel Kant) 1724-1804

 

« Je préfère une vérité nuisible à une erreur utile : la vérité guérit le mal qu'elle a pu causer. »

Johann Wolfgang von Goethe 1749-1832

 

« La vérité, l'âpre vérité. »

Danton 1759-1794

 

« Il semble que l'on fait consister proprement la possession de la philosophie dans le manque de connaissances et d'études, et que celles-ci finissent quand la philosophie commence. On tient souvent la philosophie pour un savoir formel et vide de contenu. Cependant, on ne se rend pas assez compte que ce qui est Vérité selon le contenu, dans quelque connaissance ou science que ce soit, peut seulement mériter le nom de Vérité si la philosophie l'a engendré ; que les autres sciences cherchent autant qu'elles veulent par la ratiocination à faire des progrès en se passant de la philosophie il ne peut y avoir en elles sans cette philosophie ni vie, ni esprit, ni vérité. » Phénoménologie de l'esprit, « Introduction »

Georg Wilhelm Friedrich Hegel 1770-1831

 

« Cette vieille erreur, qu'il n'y a de parfaitement vrai que ce qui est prouvé, et que toute vérité repose sur une preuve, quand, au contraire, toute preuve s'appuie sur une vérité indémontrée. » Le Monde comme volonté et comme représentation

Arthur Schopenhauer 1788-1860

 

« La vérité légendaire est d'une autre nature que la vérité historique. La vérité légendaire, c'est l'invention ayant pour résultat la réalité. »

Victor Hugo 1802-1885

 

« Les vérités absolues supposent un être absolu comme elles. »

Victor Cousin 1829-1853

>> Du vrai, du Beau & du Bien - Quatrième leçon

 

« On définit la vérité l'accord de la pensée avec la chose. »

Jules Lachelier 1832-1918

>>  HISTOIRE ET VERITE -  Jean Leduc – 8 janvier 2008

 

« La vérité est toujours plus surprenante que la fiction, parce que la fiction doit coller à ce qui est possible, alors que la vérité, elle, n’y est pas obligée. »

Mark Twain 1835-1910

 

« La question de savoir si la vérité est nécessaire doit, non seulement avoir reçu d’avance une réponse affirma­tive, mais l’affirmation doit en être faite de façon à ce que le principe, la foi, la conviction y soient exprimés, « rien n’est plus nécessaire que la vérité, et, par rapport à elle, tout le reste n’a qu’une valeur de deuxième ordre ». — Cette absolue volonté de vérité : qu’est-elle ? Est-ce la volonté de ne pas se laisser tromper ? Est-ce la volonté de ne point tromper soi-même ? Car la volonté de vérité pourrait aussi s’interpréter de cette dernière façon : en admettant que la généralisation « je ne veux pas tromper » comprenne aussi le cas particulier « je ne veux pas me tromper ». Mais pourquoi ne pas tromper ? Mais pourquoi ne pas se laisser tromper ? — Il faut remarquer que les raisons de la première éventualité se trouvent sur un tout autre domaine que les raisons de la seconde. On ne veut pas se laisser tromper parce que l’on considère qu’il est nuisible, dangereux, néfaste d’être trompé [...]  » Le Gai Savoir (« La gaya scienza »)

livre cinquième §344

Friedrich Nietzsche 1836-1900

 

« Qu’est-ce donc que la vérité ? Une multitude mouvante de métaphores, de métonymies, d’anthropomorphismes, bref, une somme de relations humaines qui ont été poétiquement et rhétoriquement haussées, transposées, ornées, et qui, après un long usage, semblent à un peuple fermes, canoniales et contraignantes : les vérités sont des illusions dont on a oublié qu’elles le sont, des métaphores qui ont été usées et qui ont perdu leur force sensible, des pièces de monnaie qui ont perdu leur empreinte et qui entrent dès lors en considération, non plus comme des pièces de monnaie, mais comme métal. » Vérité et mensonge au sens extra-moral

Nietzsche

 

« La science a-t-elle promis le bonheur ? Je ne le crois pas. Elle a promis la vérité, et la question est de savoir si l’on fera jamais du bonheur avec de la vérité. »

Emile Zola 1840-1902

 

« Il y a quelque impiété à faire marcher de concert la vérité immuable, absolue, et cette sorte de vérité imparfaite et provisoire qu'on appelle la science. » L'Orme du mail

Anatole France 1844-1924

 

« En art, l’exactitude est la déformation et la vérité est le mensonge. Il n’y a rien là d’absolument vrai, ou plutôt il existe autant de vérités humaines que d’individus. » Le Rêve (Le Gaulois)

Octave Mirbeau 1848-1917 

 

« Il ne faut pas dire toute la vérité, mais il ne faut dire que la vérité. » Journal

Jules Renard (Pierre-Jules Renard) 1864-1910

 

« La vérité, c’est de chercher toujours la vérité. » Clérambault

Romain Rolland 1866-1915

 

« Il faut aimer la vérité plus que soi-même et les autres plus que la vérité. »

Romain Rolland

 

« Il n'est pas de tyran au monde qui aime la vérité ; la vérité n'obéit pas. »

Alain (Emile-Auguste Chartier) 1868-1951

 

« La vérité est dure comme le diamant et fragile comme la fleur de pêcher. » Autobiographie ou Mes expériences de vérité

Gandhi (Mohandas Karamchand Gandhi)1869-1948

 

Sur la vérité scientifique

« L’esprit scientifique nous interdit d’avoir une opinion sur des questions que nous ne comprenons pas, sur des questions que nous ne savons pas formuler clairement. Avant tout, il faut savoir poser des problèmes. Et quoi qu’on dise, dans la vie scientifique, les problèmes ne se posent pas d’eux-mêmes. C’est précisément ce sens du problème qui donne la marque du véritable esprit scientifique (…) Rien ne va de soi. Rien n’est donné. Tout est construit » La formation de l’esprit scientifique

Gaston Bachelard 1884-1962

 

« Je dis toujours la vérité : pas toute, parce que toute la dire, on n'y arrive pas... Les mots y manquent... C'est même par cet impossible que la vérité tient au réel. » Séminaire

Jacques Lacan 1901-1981

 

« La vérité est un symbole que poursuivent les mathématiciens et les philosophes. Dans les rapports humains, la bonté et les mensonges valent mieux que mille vérités. » Le fond du problème

Graham Greene 1904-1991

 

« "Chacun sa vérité" est une formule juste car chacun se définit par la vérité vivante qu'il dévoile. »

Jean-Paul Sartre 1905-1980

 

« Pour convaincre, la vérité ne peut suffire. »

Isaac Asimov 1920-1992

 

« Qu'est-ce que la vérité ? Il y a la tienne, la mienne et celle de tous les autres. Toute vérité n'est que la vérité de celui qui l'a dite. Il y a autant de vérités que d'individus. » L'Evangile selon Pilate

Eric-Emmanuel Schmitt 1960 

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VERITE dans le Dictionaire1 de Furetière  

Furetière 1619-1688

 

Verité. s. f. Certitude d'une chose qui est toujours la même, qui ne change point. Dieu est l'éternelle verité. Il y a des propositions d'eternelle verité. Les mystères de la foy sont des verités cachées.

Verité se prend aussi pour la connoissance d'une chose telle qu'elle est effectivement. Il y a des veritez, celles connues, certaines et infaillibles, comme les veritez Evangéliques. Les instructions du Messie commencent par ces termes, Je vous dis en verité. On appelle la chaire de verité celle où on annonce la parole de Dieu. Charron a écrit un livre des trois veritez, pour prouver la Religion. Le père Malebranche a fait un excellent livre de la recherche de la verité. Desmarets a fait un joli Roman de la verité des fables.

Verité se dit aussi des connoissances dont on découvre la certitude par art. La géométrie est la seule science qui ait des veritez démonstratives. Les autres cherchent la verité à tastons, taschent de trouver la verité. Démocrite a dit que la verité est cachée au fond d'un puits. On dit en l'Escole, Ami d'Aristote, ami de Platon, mais encore plus ami de la verité2. Le temps descouvre les verités les plus cachées. On demande aux témoins si leur deposition contient verité. On a de la peine à faire allvoûer la verité aux criminels  : ils deguisent la verité. Ce procureur n'a pas dit un mot de verité en plaidant.

En verité. adv. Certainement. Cela est en verité comme je vous le dis, pour dire, C'est la pure verité.

A la verité. adverbial. Confession, adveu, qui ne se dit guère sans restriction, ou application. A la verité j'ay pris possession de cette terre, mais je pretends qu'elle m'appartient.

Verité, se dit proverbialement en ces phrases, Toutes verités ne sont pas bonnes à dire. Les verités sont odieuses. On a dit à cet homme ses verités c'est à dire on lui a reproché ses défauts ses vices secrets. On dit aussi à ceux qui disent des injures mal fondées, Il n'y a que la verité qui offense. On dit aussi burlesquement in vino veritas.

 

Notes de mamiehiou

♥ J'ai conservé le plus possible la graphie des mots et la ponctuation du dictionnaire.

♥ Pour lire un autre article dans le Furetière, voir : Le A au fil des dictionnaires

♥ Pour retrouver Furetière dans ce blog : Une petite histoire de la langue française - Chapitre 13 – LE XVIIe SIÈCLE (2) - Préciosité – Classicisme – Boileau, Furetière, et les autres... 

 

Á retrouver sur la toile :

Dictionaire universel contenant generalement tous les mots françois, tant vieux que modernes, & les termes de toutes les sciences et des arts, par Antoine Furetière(1690)

 

1-Le Dictionaire, le Dictionnaire

2-Voir plus haut la citation d'Aristote.

 

ACCUEIL & SOMMAIRE

Ajout du 16 février 2014

Qu'en est-il du serment ?

Évangile selon Matthieu, Chapitre 5

33 Vous avez encore appris qu’il a été dit aux anciens : Tu ne manqueras pas à tes serments, mais tu t’acquitteras de tes serments envers le Seigneur.

34 Eh bien ! moi, je vous dis de ne pas jurer du tout, ni par le ciel, car c’est le trône de Dieu,

35 ni par la terre, car elle est son marchepied, ni par Jérusalem, car elle est la Ville du grand Roi.

36 Et ne jure pas non plus sur ta tête, parce que tu ne peux pas rendre un seul de tes cheveux blanc ou noir.

37 Que votre parole soit “oui”, si c’est “oui”, “non”, si c’est “non”. Ce qui est en plus vient du Mauvais.

 

Ajout du 24 février 2014 Le diseur de vérité est souvent un trouble-fête. (Aphorisme de mamiehiou à l'occasion des JO de Sotchi)

La Vérité n'est pas toujours bonne à dire :

Fera-t-on le bilan des bonheurs procurés par les JO et des malheurs qu'ils ont causé à la population de Sotchi ? Mamiehiou sur twitter

 

Ajout du 29 avril 2014

J'ai conclu que la recherche de la vérité était une folie, parce que, quand on la trouverait, on ne saurait à qui la dire.

Bernardin de Saint-Pierre - La Chaumière indienne


Ajout du 21 juin 2014

André Gluckmann, Les Maîtres Penseurs, Grasset, page 131 – 1977

La science copernicienne prouve que la maîtrise de l'univers physique est possible ; la Révolution Française bouscule les traditions les plus ancrées et les préjugés les plus solides, "toutes les fictions disparaissent devant la vérité, toutes les folies tombent devant la raison" (Robespierre), elle met à l'ordre du jour la maîtrise de l'ordre social et politique.

 

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10 décembre 2012 1 10 /12 /décembre /2012 18:10

Question préliminaire :

Qu'écririez-vous ?

N'étaient les larmes que je ne pouvais retenir, personne n'aurait connu ma tristesse.

OU

N'était les larmes que je ne pouvais retenir, personne n'aurait connu ma tristesse. 

Voir la remarque à la fin de l'article
 

N'était/ N'étaient + sujet inversé*

> le verbe de la proposition principale est au conditionnel présent : fait hypothétique présent ou futur

 

N'était sa timidité, il serait le plus séduisant des hommes.

> Si ce n'était sa timidité, il serait le plus séduisant des hommes.

> Sans sa timidité, il serait le plus séduisant des hommes.

> S'il n'était pas si timide, il serait le plus séduisant des hommes.

 

N'étaient vos accusations, je ne serais pas au tribunal aujourd'hui.

> Si ce n'étaient vos accusations, je ne serais pas au tribunal aujourd'hui.

> S'il n'y avait pas vos accusations, je ne serais pas au tribunal aujourd'hui.

 

Marie serait une charmante enfant, n'étaient ses mensonges continuels.

> Marie serait une charmante enfant, si ce n'étaient ses mensonges continuels.

> Marie serait une charmante enfant, si elle ne mentait pas continuellement.

> Marie serait une charmante enfant, sans ses mensonges continuels.

> Marie serait une charmante enfant, s'il n'y avait ses mensonges continuels.

 

Équivalents : n'était/n'étaient , si ce n’était/si ce n'étaient, si ce n’avait été/si ce n'avaient été, s’il n’y avait, s’il n’y avait pas eu.

Rare : emploi du conditionnel, du plus que parfait, du subjonctif imparfait à valeur de conditionnel présent.

 

N'eût été/ N'eussent été + sujet inversé, verbe être au subjonctif plus-que-parfait, style soutenu et littéraire*

> le verbe de la proposition principale est au conditionnel passé1 / subjonctif plus-que-parfait2 ou à l'imparfait de l'indicatif3 : fait hypothétique passé qui ne s'est pas produit.

 

N'eût été la fermeté du ministre, l'entreprise aurait mis1 tout le monde au chômage.

> N'eût été la fermeté du ministre, l'entreprise eût mis2 tout le monde au chômage.

> Si le ministre n'avait pas été ferme, l'entreprise aurait mis tout le monde au chômage.

> S'il n'y avait pas eu la fermeté du ministre, l'entreprise mettait3 tout le monde au chômage.

 

N'eussent été les conditions déplorables dans lesquelles tu travaillais, tu y fusses resté jusqu'à la fin de ta vie.

> Si ce n'avaient pas été les conditions déplorables dans lesquelles tu travaillais, tu y serais resté jusqu'à la fin de ta vie.

> S'il n'y avait pas eu les conditions déplorables dans lesquelles tu travaillais, tu y restais jusqu'à la fin de ta vie.

 

*REMARQUE

N'était, n'étaient, n'eût été, n'eussent été ont une valeur conditionnelle. On peut considérer qu'ils n'ont plus leur valeur normale. De ce fait, ils s'accordent ou non avec le sujet au pluriel qui suit :

N'étaient les larmes que je ne pouvais retenir, personne n'aurait connu ma tristesse.

OU

N'était les larmes que je ne pouvais retenir, personne n'aurait connu ma tristesse.

 

Voir aussi :

Eussé-je, eussè-je, j'eusse, fussé-je, fussè-je, je fusse, dussé-je, dussè-je, eût-il, fût-il, dût-il, fût-ce, fussent-ils, parlé-je...
 

je dusse, dussé-je, dussè-je

 

La conjugaison des verbes au subjonctif - Comment déjouer ses difficultés

 

Exercice grammatical en guise de jeu : Variations sur des phrases 1-Tu m'as menti, je ne suis pas restée. 2-Tu m'as menti, je suis restée

 

Champ lexical - Champ sémantique - Niveau de langue - Registre de langue - style soutenu, courant, familier, populaire, argotique, ou vulgaire - Archaïsmes

 

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LE FRANÇAIS DANS TOUS SES ÉTATS

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Amoureuse des mots, je cherche comment faire partager ma passion. Il y a tant à découvrir dans les bibliothèques du monde, tant de mots à connaître intimement pour affiner notre pensée, tant de mots qu'on n'entend plus sur nos lèvres, enfermés qu'ils sont dans des livres poussiéreux. Il ne tient qu'à nous de les faire revivre et de les faire chanter. Notre langue, si belle, si riche, demande qu'on la respecte, qu'on la préserve, qu'on s'en amuse et qu'on la chérisse. Mamiehiou ............................................................................................................................................................................................ ...................................;....................................................................... « La langue française est une femme. Et cette femme est si belle, si fière, si modeste, si hardie, touchante, voluptueuse, chaste, noble, familière, folle, sage, qu'on l'aime de toute son âme, et qu'on n'est jamais tenté de lui être infidèle. » Anatole France ....................................................... ............... ................................................................................................................. « C'est une langue bien difficile que le français. À peine écrit-on depuis quarante-cinq ans qu'on commence à s'en apercevoir. » Colette

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