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24 février 2012 5 24 /02 /février /2012 07:34

LES DÉLIRES Tous les épisodes

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Arrivé à ce point de l'histoire de ma vie, cher lecteur, où tu te rends compte du nombre de questions restant irrésolues pour toi, questions fondamentales ou détails pour le moins, qui n'ont encore reçu aucune explication rationnelle — qui parle ici de raison dans ce monde irraisonnable peuplé de gens déraisonnables ? — tu as déjà maintes fois rencontré, à chacun des épisodes de mon existence sans répit, une foultitude de petits éléments nouveaux bien faits pour éclairer ta lanterne°. Mais que de points obscurs encore qui mettront ta patience à mal ! Et voilà que tes neurones fourmillent de ces mille questions que tu brûles de me poser.

Sache-le, si je pouvais y répondre, je le ferais impromptu pour assouvir ta curiosité, mais je suis moi-même incapable de mettre en ordre le puzzle qui n'a de cesse de me tourmenter et je ne laisse d'en arranger ni d'en déranger les pièces que je découvre, une à une, pour tenter d'apporter une certaine cohérence dans ce monde où chaque geste est épié, scruté, le plus souvent censuré, où tout acte est jugé à l'aune de son inconstitutionnalité (inconstitutionnalité), où l'insubordination est punie de la peine capitale.

 

Je décidai de retourner à ma cache, ce lieu hermétique et protégé où se tapissait monsieur Pro, bien décidée à lui arracher quelques secrets encore.

Je t'entends d'ici t'exclamer, lecteur avide de connaître le moyen que j'avais de pouvoir ainsi aller et venir sans encombre en me dérobant devant l'oeil inquisiteur de Big Brother.

 « Quelle astuce merveilleuse as-tu donc trouvée, petite Oli pour t'échapper du champ des caméras disposées en grand nombre ? »

 

Prétatou. C'était Prétatou, mon chien dont le dévouement était sans bornes, futé comme pas deux — plus imaginatif que lui, tu meurs — lequel, pour venir à mon aide comme il le fit si souvent déjà, eut cette idée ingénieuse de détourner l'attention des innombrables regards scrutateurs fixés sur ma personne. Dès que je prenais discrètement mon sifflet à ultra-sons que l'oreille humaine ne pouvait percevoir mais qui faisaient vibrer celle de mon Prétatou, toujours attentif et prêt à m'obéir, il se mettait aussitôt à faire son numéro.

Il sautait comme un kangourou, tourbillonnait comme une feuille au vent, virevoltait telle une ballerine, prenait des pauses de Marylin ou de Marlene (en Lola-Lola** s'entend), faisait des doubles, triples, quadruples sauts périlleux en avant, et en arrière, des quintuples même parfois, glissait en un moonwalk que Michael n'eût pas renié, et variait à l'envi entrechats, pas de biche, grands écarts, flic-flac et gargouillades.

Comment ? 

« Excusez du peu ! » me dis-tu, lecteur incrédule.

Crois-tu vraiment que je veuille te faire prendre des vessies pour des lanternes° ?  M'accuserais-tu d'entortillement ?

 

Si Prépatou ne se fût pas évertué, avec la plus grande application, à attirer l'attention des surveillants, véritables gardes-chiourmes qui passaient vingt-quatre heures sur vingt-quatre à lorgner chez moi, c'en eût été fait de ma personne.

Aussitôt, dis-je, que les numéros prodigieux de Prétatou commençaient, toutes les caméras policières dardaient leur viseur sur lui, et sur lui seul, tant il était attractif, et nul ne se préoccupait plus de ce qui se passait ailleurs, ce qui me laissait le champ libre d'aller et de venir où bon me semblait.

Mon cher toutou toujours prêt à tout. Prêt à l'impossible.

 

Nous avions compris depuis belle lurette que les cerveaux chargés de nous surveiller étaient atteints d'un crétinisme sans faille !

............................................................. 

*Quel entortillement dans tout ce discours ! Bossuet

Pour lire ou relire un extrait de la célèbre oraison de Bossuet "Madame se meurt ! Madame est morte !" Reportez-vous au texte 80 Délires d'une ratiocineuse invétérée - Madame se meurt ! Madame est morte !

 

**Lola-Lola, personnage incarné par Marlene Dietrich dans le film l'Ange bleu de Joseph von Sternberg, 1930.

 

NOTES

Couper bras et jambes°

Cf. Littré. Au figuré et familièrement. Couper bras et jambes à quelqu'un, lui retrancher beaucoup de ses prétentions, de ce qu'il regarde comme ses droits.

Cet arrêt nous a coupé bras et jambes.

Plus ordinairement, ôter à quelqu'un le moyen d'agir, d'arriver à ses fins.

Cet événement nous a coupé bras et jambes.

Couper bras et jambes, signifie encore frapper d'étonnement, de stupeur, de découragement.

Cette nouvelle me coupa bras et jambes.

 

questions restant irrésolues pour moi

irrésolues, qui n'ont pas trouvé de solution.

 

qui parle ici de raison dans ce monde irraisonnable

monde qui n'est pas conforme à la raison, qui n'est pas doué de raison.

 

Irrésolu, irraisonnable

Le préfixe in 

Voir la note du texte 4 Délires inopérants - Immodérées et charmeresses blandices de la volupté 

 

tu as rencontré une foultitude d'éléments nouveaux

La foultitude, familier, plaisant. Grand nombre, grande quantité. La foule.

 

Éclairer sa lanterne°, clarifier quelque chose pour qu'on comprenne.

 

Je ne laisse d'en arranger ni d'en déranger les pièces...

Je ne cesse de...

 

je le ferais impromptu pour assouvir ta curiosité

Impromptu, sur-le-champ, sans préparation.


tout acte est jugé à l'aune de son inconstitutionnalité

à l'aune, à la mesure, selon

une aune, mesure ancienne de 3 pieds 7 pouces 10 lignes 5/6, équivalant à 1m, 182. Littré

Inconstitutionnalité, qualité d'un acte, d'une opinion contraire à la constitution.

Ici, contraire à la constitution d'Utopinambourg appelée La Règle.

 

lieu où se tapissait monsieur Pro

Se tapir, se cacher, se terrer.

 

Prétatou eut cette idée ingénieuse

Ingénieux, qui tient de l'imagination et de l'habileté.

 

des innombrables regards scrutateurs fixés sur ma personne

un scrutateur, c'est celui qui observe attentivement quelqu'un afin de découvrir des aspects cachés de sa personnalité. Inquisiteur.

 

[il] glissait en un moonwalk que Michael n'eût pas renié.

n'eût pas renié, n'aurait pas renié (conditionnel passé)

Michael Jackson, il va sans dire.

 

et variait à l'envi entrechats, pas de biche, grands écarts, flic-flac et gargouillades

ce sont des pas de danse classique.

à l'envi, à qui mieux mieux.

 

Excusez du peu, me direz-vous

Cf. Littré : Ironiquement. Excusez, excusez du peu, se dit pour exprimer son étonnement de l'outre-cuidance, de l'impertinence, de l'avidité de quelqu'un.

 

Crois-tu vraiment que je veuille te faire prendre des vessies pour des lanternes° ?

Prendre des vessies pour des lanternes°

Cf. Littré : Il veut faire croire que des vessies sont des lanternes, c'est-à-dire il veut faire croire des choses absurdes et bizarres.

 

Si Prépatou ne se fût pas évertué, avec la plus grande application, à attirer l'attention des surveillants, véritables gardes-chiourmes qui passaient vingt-quatre heures sur vingt-quatre à lorgner chez moi, c'en eût été fait de ma personne.

Si Prétatou ne s'était pas évertué... c'en aurait été fait...

Voir les modes qui suivent la conjonction SI

 

M'accuserais-tu d'entortillement ?

Entortillement

Cf. Littré entre autres acceptions :

Action de ce qui s'entortille autour d'une chose ; état d'une chose entortillée autour d'une autre.

Au figuré, embarras, obscurité du style. Il y a de l'entortillement dans cette phrase.

 

Il y a belle lurette, depuis belle lurette

Vient de la métanalyse de "belle heurette".

Voir la métanalyse + exemples de métanalyse : Notes du texte 69 Délires dans un drôle de pays de cocagne + La métanalyse

 

Crétinisme

Maladie caractérisée par une dégénérescence des facultés intellectuelles et physiques (nanisme, goitre lié à une insuffisance thyroïdienne, etc.)

Par extension, stupidité.

 

<< 143 Délires sur l'incrédulité de Lio - "Qui sait souffrir peut tout oser."*

>> 145 Délires autour d'une inéluctable séparation.

 

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23 février 2012 4 23 /02 /février /2012 13:45

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La révélation de monsieur Pro me bouleversa et me plongea dans la plus profonde perplexité.

Non que je ne le crusse pas  j'avais rencontré jusque-là trop de preuves confirmant que ce qu'il avançait était vrai  mais je redoutais de révéler à mes concitoyens l'incroyable chose.

« Qui sait souffrir peut tout oser.1 », me dis-je pour m'encourager.

Et cependant, j'étais épouvantée à l'idée d'affronter l'incrédulité de mes semblables, sans parler des risques que j'encourrais dès lors que j'irais à l'encontre des règles drastiques qui sévissaient dans cet état policier où tout manquement était puni, effroyablement puni.

Je me décidai à parler à Lio.

Elle haussa les épaules.

Elle lança un « Hum ! » accompagné d'un sourire narquois et secoua la tête en signe de désapprobation. On entendit grilloter les perles de ses boucles.

Et, grandiloquente, elle s'écria : « Ô toi, qui règnes en ce lieu du parfait savoir vivre ensemble, et de la bienséance, et des belles manières, prends garde ! On va te desceptrer ! »

Je fis fi de l'ironie. J'insistai. Je déployai des arguments.

« Les femmes sont si avides d'émotions que la plupart d'entre elles préfèrent le malheur à la tranquillité »2, railla-t-elle.

Je ne la savais pas misogyne. Je ne pus croire à une telle trahison. Comment ? Lio, en qui j'avais placé toute ma confiance, toute mon amitié... elle ne croyait pas à ce que je croyais, et cela, malgré tous les efforts que je faisais pour la persuader ?

Elle me demanda de cesser d'inventer une telle fable et de ne pas m'aviser de la répéter à quiconque. Elle enfonça le clou° : « Il ne faut qu'une brebis galeuse pour gâter tout un troupeau.° »

Certes, je savais bien que je mettrais notre avenir en péril si jamais j'annonçais une vérité aussi apocalyptique.

On me traiterait d'énergumène à l'imagination effrénée et plus personne ne mettrait le pied dans notre école qui, jusqu'à ce jour, jouissait d'une réputation d'honorabilité sans conteste — excepté peut-être le jour où j'avais interrogé mes disciples sur leurs origines3 , ce qui avait quelque peu ébranlé leurs idées reçues.

 

Je ne poursuivis pas la conversation avec mon amie qui crut que j'en avais fini une fois pour toutes avec cette histoire.

« L'incrédulité a ses enthousiastes, ainsi que la superstition 4, déplorai-je à part moi, et si je persiste à vouloir convaincre qui que ce soit de croire en la réalité, je suis bien sûre que je vais me colleter avec ces enthousiastes-là. »

J'en eusse gagé ma tête à couper°.

................................................................................

1*Qui sait souffrir peut tout oser.

Luc de Clapiers, marquis de Vauvenargues (1715-1747)

 

2Les femmes sont si avides d'émotions que la plupart d'entre elles préfèrent le malheur à la tranquillité.

Extrait de Correspondance, Madame du Deffand,

 

3Voir l'épisode  141 Délires qui plongent dans l'inconscient - « On ne renie pas son enfance ; on l'enfouit au fond de son coeur... »*

 

4L'incrédulité a ses enthousiastes, ainsi que la superstition.

Réflexions et Maximes, Francis Bacon baron Verulam (1561-1626)

 

NOTES

Non que je ne le crusse pas

voir l'article : Non que, non pas que, non moins que, non plus que, non point que...

 

sans parler des risques que j'encourrais dès lors que j'irais à l'encontre des règles

j'encourrais, conditionnel présent, 2R

encourir se conjugue comme courir.

j'encourais, imparfait de l'indicatif. 1R

j'encourrai futur, 2R

Voir l'article Dès lors que

 

elle lança un hum accompagné d'un sourire narquois

Hum, interjection qui marque doute, réticence, impatience. Cf. Littré

Qu'est-ce qu'une interjection ? Qu'est-ce qu'une onomatopée ?

Narquois, moqueur

 

On entendit grilloter les perles de ses boucles.

Grillotter, faire un petit bruit de grelot.

Cf. Littré : Les dames, tant anciennes que modernes, ont accoutumé de pendre des perles en nombre à leurs oreilles, pour le plaisir, dit Pline, qu'elles ont à les sentir grilloter, s'entre-touchant l'une l'autre. Saint François de Sales.

 

on va te desceptrer

Desceptrer, ôter le sceptre ; détrôner.

 

si jamais j'annonçais une vérité aussi apocalyptique

Apocalyptique, acception dans le texte : épouvantable comme la fin du monde dans l'Apocalypse.

 

j'irais à l'encontre des règles drastiques

Drastique, très sévère, draconien, rigoureux.

 

je vais me colleter avec ces enthousiastes-là

Colleter, saisir brutalement quelqu'un au collet.

se colleter, lutter avec quelqu'un.

 

Enfoncer le clou°, insister, marteler une idée pour qu'elle entre dans la tête de son interlocuteur.

 

Il ne faut qu'une brebis galeuse pour gâter tout un troupeau.°

Proverbe - Il suffit d'une seule personne vicieuse pour gâter tout un groupe.

 

Je gagerais ma tête à couper°, affirmation folle et extravagante pour dire qu'on est très sûr de ce qu'on avance. Cf. Dictionnaire du bas-langage, ou Des manières de parler usitées parmi le peuple

 

<< 142 Délires sur l'origine d'Utopinambourg - Se soustraire à la banalisation et la surmédiatisation du mal, au terrorisme, à la pollution, à la menace nucléaire.

>> 144 Délires à vous couper bras et jambes°- Quel entortillement dans tout ce discours !*

 

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18 février 2012 6 18 /02 /février /2012 13:52

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Récapitulation des articles : Ne pas confondre

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Exercice

Qu'écririez-vous : TOUT ou TOUTE ?

Il est tout(e) imagination. C'est une tout(e) autre histoire. Elle est tout(e) à moi. Je suis tout(e) émue.

Elle est sortie tout(e) armée de la tête de Zeus. Je suis tout(e) ouïe.

Correction en fin d'article.

1-TOUT adjectif indéfini

 

L'adjectif indéfini est variable en genre et en nombre, tout, tous, toute, toutes, il s'accorde avec le substantif qui le suit.

 

1a-TOUT + déterminant + substantif

toute la vie (la : article défini)

toute une histoire (une : article indéfini)

tous mes amis (mes : adjectif possessif)

toutes ces personnes (ces : adjectif démonstratif)

 

1b-TOUT + substantif sans déterminant

En tout bien tout honneur.

Tout flatteur vit au dépens de celui qui l'écoute. (La Fontaine)

Mon ami est tout(e) honnêteté et toute sincérité.

Dans ce cas, on peut considérer TOUT comme un adverbe.

(voir le § adverbe : Tout renforce un substantif, il peut être invariable))

 

1c-TOUT + pronom

tout ce que vous me dites

tout ce qui vous plaît

tous ceux dont vous parlez

tout ça parce que je t'aime

tout ceci, tout cela

 

1d-Pour TOUT = pour seul, unique

Il partit avec ses souvenirs pour tout bagage.

 

1e-D'autres locutions avec TOUT

somme toute, tout un chacun, toute sorte de, toute espèce de, etc.

 

1f-TOUT AUTRE ou TOUTE AUTRE ?

tout autre, toute autre, dans le sens de : n'importe quel (quelle) autre

Toute autre voiture aurait fait l'affaire. (n'importe quelle voiture)

Ne pas confondre avec l'adverbe TOUT AUTRE invariable signifiant tout à fait autre, entièrement différent, souvent précédé d'un article indéfini.

Ah ! Lorsque tu étais plus jeune, tu étais une tout autre personne.(tu étais une personne tout à fait autre, tout à fait différente)

C'est une tout autre histoire. 

 

1g-TOUT + nombre avec ou sans article

Tous trois, toutes les quatre...

 

2-TOUT Pronom indéfini

 

2a-TOUT pronom indéfini variable TOUT, TOUS, TOUTE, TOUTES

Le pronom indéfini TOUT peut représenter un nom ou un pronom mentionné précédemment.

J'en ai connu des gens qui se disaient philosophes. Ils ne m'ont pas tous convaincue/ Tous ne m'ont pas convaincue.

Celles que nous avons aimées n'étaient pas toutes jolies.

 

2b-TOUT pronom indéfini nominal

Il représente un ensemble de personnes ou de choses.

La patience n'est pas donnée à tous.

Tout, dans vos gestes, me rappelle votre mère.

C'est tout.

Tout est là.

Ce sera tout ou rien.

Proverbes. Tout passe, tout lasse, tout casse.

Tout est bien qui finit bien.

Etc.

 

2c-Comme TOUT (familier) = Extrêmement

Il est beau comme tout

 

2d-en TOUT = À tous égards, en tous points.

Il est bon en tout ? Est-ce possible ?

 

3-TOUT adverbe

 

3a-Qu'est-ce qu'un adverbe ?

Un adverbe est un mot invariable qui modifie ou détermine le sens d'un verbe (travailler plus), d'un adjectif (vraiment jolie), d'un autre adverbe (trop loin), d'une préposition (très près de...), parfois d'un nom (tout émotion)

Une locution adverbiale est un syntagme formé de plusieurs mots (à jamais, tout de suite, tout en haut, n'importe comment, en revanche...).

 

3b-L'adverbe TOUT

ou l'indéfini TOUT employé adverbialement

- devant un adjectif, un adverbe : très, entièrement, totalement absolument

Il était rouge de colère, tout rouge. (+ adjectif)

Regarde maman, mon jouet est tout cassé. (+ participe passé employé comme adjectif) 

Je savais faire cela quand j'étais tout jeune.

C'est son portrait tout craché !

Vous me parlez tout doucement, s'il vous plaît ! (+ adverbe)

Tout autrement, tout bonnement, tout bêtement, tout crûment, tout différemment, tout doucement, etc.

Il me l'a donné tout brûlant. (+ participe présent employé comme adjectif)

 

3c-L'adverbe TOUT peut-être variable.

Athéna est sortie tout armée de la tête de Zeus, et aussitôt toute prête à rejoindre les dieux de l'Olympe.

Les adverbes sont généralement invariables, sauf TOUT dans un cas précis, pour raison d'euphonie (pour que ce soit plus agréable à l'oreille) quand il précède un adjectif au féminin qui commence par une CONSONNE, ou un H ASPIRÉ

On écrira : une femme toute honteuse (h aspiré), toute menue, toute belle. Mais une femme tout épanouie, une chevelure tout hirsute (h muet, on fait la liaison)

Je suis toute tremblante et tout ébaubie lorsque tu parais devant moi.

Pour en savoir + lire l'article : La liaison, l'élision, l'enchaînement, la disjonction, le H muet, le H aspiré, le Y, etc.

 

- devant un substantif

Tout gosse, je n'en menais pas large. (familier)

Elle se sent toute chose. (familier)

Regardez donc cet athlète, il est tout muscles.

(tout invariable devant des expressions consacrées comme :

Je suis tout yeux tout oreilles.

Il est tout ouïe

Nous étions tout feu tout flamme.

Quand il me voit, il est tout sucre et tout miel.

 

- renforce un substantif épithète ou attribut - rare, littéraire ou vieilli (tout est généralement invariable)

On voudrait être tout indulgence.

Mon petit-fils Victor est tout spontanéité, il est tout imagination.

Elle est toute fantaisie.

Dans ce cas TOUT peut être aussi considéré comme un adjectif. (Voir le §1)

 

- dans les locutions prépositives : tout le long de, tout au long de

Il se promène tout le long de la rivière.

 

3d-TOUT AUTRE 

Tout est un adverbe invariable dans le sens de complètement, tout à fait, entièrement différent.

L'expression tout autre s'accompagne le plus souvent d'un article indéfini, un, une.

C'est une tout autre histoire. Une histoire entièrement différente.

Voir ci-dessus TOUT adjectif indéfini dans TOUT AUTRE, TOUTE AUTRE, variable dans le sens de n'importe quel(le) autre.

 

3e-être TOUT(E) à quelqu'un

Cf. Littré : Je suis tout à vous, formule de politesse, signifiant : je suis tout disposé à faire ce qui vous sera agréable. Elliptiquement. Tout à vous, se dit dans les formules de salutation par lesquelles on finit une lettre. En ce sens, une femme écrit : je suis tout à vous.

 

être TOUT à vous = entièrement à vous 

Je suis tout vôtre, je vous suis entièrement dévoué.

 

Cas où le sens implique un sentiment amoureux 

Je suis toute à vous.

Elle était toute à moi. 

 

3f-être TOUT(E) à quelque chose = être entièrement pris par quelque chose

Elle était toute à l'attention qu'elle portait à son travail.

 

Ne pas confondre avec l'adjectif indéfini, déterminant variable, tout autre, toute autre, si on peut le remplacer par n'importe quel autre, n'importe quelle autre.

Était-ce dû à l'émotion gastronomique, qui, comme toute autre émotion, ne peut s'exprimer que par la langue du coeur ? Cf. Les Délires n° 101

 

3g-TOUT ... que locution conjonctive marquant la concession,

avec l'indicatif ou le subjonctif

TOUT + adjectif + que

Tout bête qu'il était, il n'était pas moins homme.

Tout bête qu'il fût...

TOUT + substantif + que

Tout avocat que vous êtes, vous pourriez vous tromper.

Tout avocat que vous soyez...

Pour en savoir + lire le § 49 dans : Valeurs et emplois du subjonctif

 

3h-Quelques locutions adverbiales avec TOUT

à toute allure, en toute hâte, en toute liberté, en toute simplicité, en toute conscience, au tout début, etc.

                 Voir : Qu'est-ce qu'une locution ?

 

3i-TOUT qui renforcent des locutions adverbiales

Tout à son aise, tout à loisir, tout au contraire, tout de travers, tout du long, tout à la fois, tout à côté, tout au bout, tout en haut, tout en bas, tout d'abord etc.

 

Locutions

Être tout feu tout flamme pour quelque chose ou quelqu'un, être tout yeux, tout oreilles, être tout ouïe, être tout sucre et tout miel, etc.

 

Locutions figées

Tout à coup, tout à fait, tout à l'heure, tout de bon, tout de même, etc.

 

TOUT devant un gérondif

Il n'avait pas une minute à perdre ; il me parlait tout en se rasant.

 

TOUT avec un adjectif

tout-électrique ou tout électrique, tout-confort ou tout confort, etc.

 

TOUT devant les tissus, les matériaux

Un vêtement tout soie, tout laine, etc.

Regarde ma belle robe, elle est tout soie.

 

TOUTE dans les commandements

En avant toute, en arrière toute, à droite toute, etc.

 

4-TOUT substantif masculin

 

un tout, le tout, mon tout

du tout, du tout au tout, pas du tout, rien du tout, etc.

populaire, argot : et (tout) le toutim

.......................................................................

Eh bien, c'est à peu près tout. Si vous voulez en savoir plus, allez donc visiter le site du CNRS (Cnrtl) où vous trouverez Le Trésor de la Langue Française et les Dictionnaires de l'Académie, entre autres.

 

Croyez que je suis grammaticalement tout à vous,

mamiehiou 

 

Récapitulation des articles : "Ne pas confondre... "

LE FRANÇAIS DANS TOUS SES ÉTATS

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Correction de l'exercice

Qu'écririez-vous : TOUT ou TOUTE ?

Après avoir lu les explications, vous aurez écrit bien justement :

Il est tout imagination (l'adverbe tout renforce le substantif, 3c)

OU toute imagination (l'adjectif indéfini détermine le substantif)

C'est une tout autre histoire. (1f)

Elle est tout à moi. OU Elle est toute à moi (selon le sens). (3e)

Je suis tout émue. (3c)

Elle est sortie tout armée de la tête de Zeus. (3c)

Je suis tout ouïe. (3i)

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Récapitulation des articles : Ne pas confondre

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8 février 2012 3 08 /02 /février /2012 19:17

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Pour retrouver un mot dans l'article Ctrl f

En linguistique, "l'agglutination consiste en ce que deux ou plusieurs termes originairement distincts, mais qui se rencontraient fréquemment en syntagme au sein de la phrase, se soudent en une unité absolue ou difficilement analysable."

Ferdinand de Saussure, linguiste suisse - 1857-1913

 

Des conjonctions, des adverbes, des prépositions, des noms, des pronoms, des verbes, se sont agglutinés.

Exemples :

lorsque (lors + que), puisque (puis + que), quoique, parce que

parmi, malgré, hormis, aussitôt, bientôt, sitôt, plutôt

deçà, delà, dessus, dessous, dedans, dehors

pourtant, déjà, autrefois, parfois, toutefois

toujours, jamais (anc. français jà  = déjà + mais = plus)

aussi, autant

jadis (ancien français jà a dis = il y a déjà des jours )

 naguère (ancien français n’a guère)

cependant (pendant ce)

dorénavant (d’or en avant)

désormais (dès or mais)

aujourd'hui (au jour d’hui, hui signifiant aujourd'hui)

Etc.

Certaines personnes disent fautivement : au jour d'aujourd'hui ce qui comporte trois fois le mot jour ! À éviter.

 

Mots agglutinés

en (pronom) + verbe

enlever, entraîner, emporter, emmener, s’enfuir, s’envoler, s'ensuivre...

 

entre (préposition)

entrouvrir, s’entraider, entrapercevoir ou entr'apercevoir (le Trésor), un entre-aperçu,

entracte, entrecôte, entrecuisse, entrejambe ou entre-jambes, entrepont, entre-temps ou entretemps, entrevoie ou entre-voie...

 

arrière (adverbe)

arrière-boutique, arrière-pensée, arrière-grand-père, arrière-arrière-petit-fils.

 

avant (préposition)

avant-hier, avant-scène, avant-veille, avant-dernier, avant-guerre.

 

contre (préposition)

contre-allée, contrordre, contre-courant, contrecoup contre-amiral et contre-ut, contrepoison, contrevent.

 

en pronom + verbe

enlever, entraîner, emporter, emmener, s’enfuir, s’envoler, s'ensuivre...

 

entre (préposition)

Entre suivi de a, i, o ou u s'agglutine avec le mot qui suit.

entrouvrir, s’entraider, entrapercevoir ou entr'apercevoir (le Trésor), un entre-aperçu, entracte, entrecôte, entrecuisse, entrejambe ou entre-jambes, entrepont, entre-temps ou entretemps, entrevoie ou entre-voie...

 

grand (adjectif)

Dans sa 8e édition (1932-1935), l'Académie a remplacé l’apostrophe par un trait d’union dans les composés du type grand’mère >> grand-mère

 

sans (préposition)

sans-gêne, sans -papiers.

 

sous (préposition)

sous-bail, sous-lieutenant, sous-vêtement, sous-équipement, sous-main, sous-développé...

 

sur (préposition)

survêtement, surproduction, suraigu, surfin, surdéveloppé, sur-le-champ...

 

non (adverbe)

nonobstant, nonchalant,

le nonchaloir (nonchalance, paresse, inaction)

suivi du trait d'union :

Le non-être, le non-moi, le non-sens, le point de non-retour, la non-violence, la non-mitoyenneté, la non-apparition, le non-amour, la non-reconnaissance, la non-fiction, le non-droit, la non-pratique

 

presque (adverbe)

On a une disjonction après presque sauf dans presqu’île.

La presque unanimité, la presque certitude

 

quasi (adverbe)

Il est suivi d'un trait d'union.

la quasi-totalité, la quasi-ignorance, la quasi-certitude

 

e- (électronique)

e-mail, e-commerce, e-médecine, e-pharmacie, e-administration

 

nom + nom

timbre-poste, malle-poste, wagon-lit, pause café, télé couleur

bébé-éprouvette contrôle-radar, centre-ville, Nord-Vietnam, bureaucratie

automobile, auto-école, autoroute, radio-reporter, ciné-roman, photocopie, télédistribution, cybercafé, cyberculture, cybernétique

infogérance, inforoute, informatique, internaute, internet

sourd-muet, bracelet-montre, montre-bracelet, porte-fenêtre, bar-tabac, wagon-restaurant, canne-parapluie, Alsace-Lorraine, chou-fleur, oiseau-mouche

avec -o- : boulodrome, cocaïnomane, gazomètre, francophone soûlographie

 

verbe + verbe

tournevirer, virevolter, chausse-trape, virevolte, cache-cache, passe-passe, pousse-pousse, prêchi-prêcha (ou chaussetrappe, passepasse, poussepousse, prêchiprêcha)

 

adjectif (ou nom) + adjectif

(avec -o-) franco-russe, germano-soviétique, sino-japonais, austro-hongrois politico-culturel

 

verbe + nom

Au pluriel, s ou x à la fin des noms formés d’un verbe + un nom

un couvre-lit, des couvre-lits, un porte-drapeau, des porte-drapeaux, un casse-noisette, des casse-noisettes, un essuie-main, des essuie-mains, un porte-avion, des porte-avions, un perce-neige, des perce-neiges, un appui-tête, des appuis-tête ou un appuie-tête, des appuie-tête, un garde-meuble ou un garde -meubles, des garde-meubles (lieu), garde-manger/invariable, un aide-maçon, des aides-maçons, aide-mémoire/invariable, faire-part/invariable

Le pluriel de soutien-gorge est indécis, on écrit le plus souvent des soutiens-gorge.

 

Remarques

L’Académie (1935) supprime le trait d'union : portefaix, portefeuille, portemanteau...

 

En 1990, le Conseil supérieur de la langue française recommande porteclé, portecrayon, portemine, portemonnaie, portevoix, tirebouchon, couvrepied et les mots composés avec tout, faitout mangetout, passepartout, pluriel des crochepieds, des brisetouts, etc.

L’Académie 2000 recommande le pluriel des gagne-petits.

 

préposition + nom

s au pluriel

un à-pic, des à-pics, un à-coup, des à-coups

 

verbe + complément prépositionnel

en général invariable

des boute-en-train, des pince-sans-rire, des tire-au-flanc, des touche-à-tout, un vol-au-vent au pluriel : des vol-au-vent ou vols-au-vent...

 

verbe + nom complément

le pousse-café, un tire-botte, un porte-drapeau...

 

participe présent + nom

les ayants cause, les ayants droit...

 

Agglutination avec

hélio-, pyro-, auto-, ciné-, photo-, radio-, télé-, cyclo-, aéro-, anti-, archi-, crypto-, ex-, extra-, hyper-, hypo-, micro-, mini-, néo-, poly-, mono-, post-, pré-, pseudo-, semi-, simili-, super-, supra-, ultra-, méga-, vice-, para-, inter-, pro-, bi-, tri-, quadra-, quadri,- multi-, omni-, péri-, juxt-, etc.

Certains éléments sont proches des préfixes.

 

Les listes de mots cités ne sont pas exhaustives

 

Le contraire de l'agglutination : la déglutination (mauvaise coupure) : m'amie, ma mie - la griotte, l'agriotte - la merise (l'amerise, l'amère cerise)

oooooooooooooooooooooooooooooo

Je jette un coup d'oeil dans le Littré  

On lit dans sa deuxième édition (1872-1877)

ENTR'ABATTRE (S') ENTR'ABORDER (S') ENTR'ACCOLER (S') ENTR'ACCORDER (S') ENTR'ACCROCHER (S') ENTR'ACCUSER (S') ENTR'ACTE ENTR'ADMIRER (S') ENTR'ADMONESTER (S') ENTR'AFFRONTER (S') ENTR'AIDER (S') ENTR'AIGUISER (S') ENTR'APERCEVOIR ENTR'APPELER (S') ENTR'APPRENDRE (S') ENTR'APPROCHER (S') ENTR'ARQUEBUSER (S') ENTR'ASSASSINER (S') ENTR'ASSIGNER (S') ENTR'ASSOMMER (S') ENTR'ATTAQUER (S') ENTR'AVERTIR (S') ENTR'AVOUER (S') ENTR'AVOUER (S') ENTRE-BÂILLER ENTRE-BAISER (S') ENTRE-BATTRE (S') ENTRE-BIENFAIRE (S') ENTRE-BLESSER (S') ENTRE-BRISER (S') ENTRE-CARESSER (S') ENTRE-CASSER (S') ENTRE-CÉDER (S') ENTRE-CHARGER (S') ENTRE-CHERCHER (S') ENTRE-CHÉRIR (S') ENTRE-CHOQUEMENT ENTRE-CHOQUER (S') ENTR'ÉCLAIRCIR (S') ENTRE-CLORE ENTRE-COMBATTRE (S') ENTRE-COMMUNIQUER (S') ENTRE-CONFESSER (S') etc.

J'arrête ici la liste inachevée. >> Dictionnaire Littré

Je vous signale qu'on ne retrouve pas tous ces mots bien savoureux dans le Trésor  ni dans le Dictionnaire de l'Académie, parce que leur orthographe a été modifiée.

> Lexicographie- Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales

oooooooooooooooooooooooooooooo

 

La nouvelle orthographe - l'orthographe réformée

Le Premier ministre Michel Rocard a créé en 1989 un Conseil supérieur de la langue française, chargé de veiller, dans divers domaines, sur le destin et la qualité du français, et aussi de préparer, non pas une réforme de l’orthographe, ce que M. Rocard excluait explicitement, mais des rectifications portant sur cinq points. Ceci a été réalisé, en grande partie, dans un rapport publié le 6 décembre 1990 dans le Journal officiel de la République française.

>>Réforme de l'orthographe - L'orthographe recommandée aux enseignants - Lexique

 

RAPPORT DU CONSEIL SUPÉRIEUR DE LA LANGUE FRANÇAISE
publié dans les documents administratifs
du
Journal officiel du 6 décembre 1990

Principes

Extrait :

Au-delà même du domaine de l’enseignement, une politique de la langue, pour être efficace, doit rechercher la plus large participation des acteurs de la vie sociale, économique, culturelle, administrative. Comme l’a déclaré le Premier ministre, il n’est pas question de légiférer en cette matière. Les édits linguistiques sont impuissants s’ils ne sont pas soutenus par une ferme volonté des institutions compétentes et s’ils ne trouvent pas dans le public un vaste écho favorable. C’est pourquoi ces propositions sont destinées à être enseignées aux enfants — les graphies rectifiées devenant la règle, les anciennes demeurant naturellement tolérées ; elles sont recommandées aux adultes, et en particulier à tous ceux qui pratiquent avec autorité, avec éclat, la langue écrite, la consignent, la codifient et la commentent.

On sait bien qu’il est difficile à un adulte de modifier sa façon d’écrire. Dans les réserves qu’il peut avoir à adopter un tel changement, ou même à l’accepter dans l’usage des générations montantes, intervient un attachement esthétique, voire sentimental, à l’image familière de certains mots. L’élaboration des présentes propositions a constamment pris en considération, en même temps que les arguments proprement linguistiques, cet investissement affectif. On ne peut douter pourtant que le même attachement pourra plus tard être porté aux nouvelles graphies proposées ici, et que l’invention poétique n’y perdra aucun de ses droits, comme on l’a vu à l’occasion des innombrables modifications intervenues dans l’histoire du français.

Le bon usage a été le guide permanent de la réflexion. Sur bien des points il est hésitant et incohérent, y compris chez les plus cultivés. Et les discordances sont nombreuses entre les dictionnaires courants, ne permettant pas à l’usager de lever ses hésitations. C’est sur ces points que le Premier ministre a saisi en premier lieu le Conseil supérieur, afin d’affermir et de clarifier les règles et les pratiques orthographiques.

oooooooooooooooooooooooooooooo

 

Lire aussi sur ce blog les articles :

> Y a-t-il un trait d'union ou pas ? Au delà ou au-delà ? Par delà ou par-delà ? AU ou PAR ou EN etc. + deçà, delà, devant, derrière, avant, arrière, dessus, dessous, dedans, dehors, haut, bas.

> Ne pas confondre : trait d'union et tiret

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6 février 2012 1 06 /02 /février /2012 08:21

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Sitôt que j'eus poussé la porte de la pièce protégée où je l'avais confiné, monsieur Pro se leva, confus et bredouillant.

« Vous voilà reposé ? lui demandai-je.

— Merci... merci pour tout... pour votre courage... votre générosité... »

Je le laissai parler sans lui poser aucune question qui eût pu le mettre dans l'embarras. Il allait livrer, sans aucun doute, les motifs de sa venue chez moi.

« Je n'ai nulle part où aller... Je suis traqué... perdu... et personne à qui me fier... excepté vous... »

Il dut reprendre son souffle, l'émotion lui nouant la gorge.

« Rasseyez-vous, lui dis-je avec sollicitude. Je vous l'ai dit. Ici, vous ne craignez rien.

— Je ne suis pas venu pour échapper à mon sort. Je suis venu pour vous... et pour les autres... peut-être. »

Il s'arrêta quelques instants ; sa respiration se fit plus régulière.

 

Je m'étais installée sur un petit cabriolet, bien en face de lui, pour mieux le regarder, et je m'étonnais que son visage fût parsemé de rides. Était-ce le tourment qui l'avait ainsi marqué ? Était-ce la vieillesse qui faisait son oeuvre ? Rien n'aurait pu laisser imaginer qu'à Utopinambourg la vieillesse eût droit de cité. La vieillesse, aucun de mes concitoyens lambda n'en connaissait les signes, encore moins les affres.

 

Qu'était-il donc advenu de lui depuis notre rencontre ? Il y avait si peu de temps encore ; tout juste quelques mois ? Fallait-il qu'en ce pays que je croyais protégé de toute maladie, je pusse voir quelqu'un portant les stigmates d'un état qui ne laissait aucun doute ? Et comment se faisait-il que je les connaissais, ces signes de la sénescence, que personne, jamais, n'avait vus, dont personne, jamais, ne parlait ? Je songeai alors à Marie Cratère. C'était sur elle que je les avais remarqués : ses rides profondes, ses cheveux blancs, mais sur nul autre — ceux qui s'y connaissent quelque peu en gériatrie ajouteraient : ni démarche hésitante, ni voix chevrotante — et sa pensée et sa mémoire étaient aussi vives que si elle avait eu vingt ans. Marie Cratère — je frémis à son souvenir — la vieille Marie Cratère qui m'avait hébergée alors que j'étais perdue et dans le plus grand désarroi, celle-là même qui s'était livrée aux pires exactions sur ma personne.

 

J'attendais, impatiente, que monsieur Pro se livrât à moi.

« Quand vous saurez, me dit-il, vous comprendrez que vous courrez un grand danger... si jamais... 

Si jamais ? demandai-je.

Si jamais vous vous risquez à rendre public ce que je vais vous dire. »

Ce préambule n'augurait rien de bien rassurant. Je brûlais d'entendre la suite du discours.

Monsieur le sous-gouverneur inspira profondément et se résolut à me dévoiler son secret.

« Notre cité sort tout droit de l'imagination d'un être d'une intelligence supérieure, mais dont la prétention n'a d'égale que sa puissance. Pour échapper à une civilisation vouée à une lente décomposition, ou pire, à une destruction inéluctable — ne fallait-il pas se soustraire à la banalisation et la surmédiatisation du mal1, au terrorisme, à la pollution, à la menace nucléaire... ? cet être enfin, dont je n'ose prononcer le nom, imagina de construire Utopinambourg comme un havre capable de protéger une petite partie de l'humanité, microcosme que vous connaissez, mademoiselle Oli, un monde en réduction où vous vivez présentement, avec vos concitoyens tout aussi ignorants de leur passé que s'ils venaient de sortir du ventre de leur mère.

Cet univers en miniature, construit de toutes pièces par un groupe de scientifiques et de techniciens de haut niveau, les Maîtres d'Utopinambourg, c'était le dessein qu'ils avaient formé pour soustraire au monde corrompu quelques humains, triés sur le volet°, qui auraient vivre dans la plus grande plénitude, loin de la tyrannie et des malheurs auxquels ils auraient échappé, dans une cité parfaite où auraient régné l'ordre et la beauté, le luxe, le calme et la volupté2, une cité où même les nuages seraient merveilleux3.

« Personne ne manquerait de rien, se dirent-ils. Chacun se livrerait à ce qu'il aime, et surtout... la maladie et la mort en seraient bannies. »

 

Monsieur Pro poussa un long soupir de regret et fit une courte pause. Puis il reprit :

« C'était sans compter que la nature humaine serait toujours et irrémédiablement partagée entre le Bien et le Mal. L'homme, dès lors qu'il se sent libéré de toute contrainte, dès lors qu'on lui propose tout le bonheur possible, ne se résout aucunement à profiter de cette chance inouïe, mais aussitôt se livre à des exactions coupables envers ses semblables.

Utopinambourg, ma chère petite Oli, est un fiasco monumental. Ce n'est aujourd'hui que par la force, la répression policière, que l'on fait régner l'ordre... un semblant d'ordre.

Big Brother4, murmurai-je, ou bien quelqu'un, quelque chose qui lui ressemble.

C'est cela même, acquiesça monsieur Pro. C'est cela même... »

 

Il ne m'en dit pas plus. Je restai sur ma faim°. Mais le plus dur à avouer était d'ores et déjà dévoilé. J'étais sûre maintenant qu'il y avait, au-delà des frontières invisibles et infranchissables d'Utopinambourg, un autre monde, un monde ancien d'où j'étais issue, un monde d'où l'on m'avait tirée, sans que je pusse me défendre.

Comment me résoudre désormais à garder par devers-moi ce secret qu'on m'avait confié ? Et si je le révélais, ne craindrais-je pas qu'il ne subvertît les esprits, qu'il ne provoquât un soulèvement et des affrontements tels que taire la vérité serait un moindre mal ?

Devrais-je rester à l'avenir dans le dédoublement ? Je serais celle qui sait et qui se tait, et celle qui se tait tout en souffrant de savoir.

...................... 

1"...la banalisation et la surmédiatisation du mal : cash, crash, krach, trash et flash, en temps réel et en prime time ...

lire la page 105 du livre de Hervé Etchart, 2003.

Le Démon et le Nombre 

(voir l'aperçu sur la toile) 

Le Démon et le Nombre - Résultats Google Recherche de Livres

Le Démon et le Nombre est une réflexion sur notre société occidentale d'aujourd'hui. Des thèmes qui s'affrontent, le Bien et le Mal, la folie et la raison, la religion et la science, thèmes abordés de tous temps chez les philosophes, les théologiens, les hommes de sciences...

 

2 Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
   Luxe, calme et volupté.
 

extrait de L'invitation au Voyage

de Charles Baudelaire 1821 - 1867

Les Fleurs du mal, Spleen et Idéal

Lire L'invitation au voyage

dans Poèmes d'amour – Tome 2 - Florilège proposé par mamiehiou

 

3 Les nuages, les merveilleux nuages.

dans L'étranger de Charles Baudelaire - Petits Poèmes en Prose

Lire le poème à la fin de l'article.

Les merveilleux nuages (1961)

Titre du roman de Françoise Sagan

 

4 Big Brother

dans1984 le roman de George Orwell

Voir la note du texte :  63 Délires sur Big Brother

Et

Pour lire la rencontre avec Marie Cratère, voir Les Délires N°16

Pour lire la rencontre avec monsieur Pro, voir Les Délires N°81

 

NOTES

Sitôt que j'eus poussé la porte de la pièce protégée où je l'avais confiné, monsieur Pro se leva

Sitôt que j'eus poussé (passé antérieur)

voir la locution conjonctive de temps > Sitôt que

 

monsieur Pro ou Monsieur Pro ?

> Quand faut-il mettre une majuscule à Monsieur, Madame, Mademoiselle, etc ? Comment abréger ces mots ? 

 

Je le laissai parler sans lui poser aucune question qui eût pu le mettre dans l'embarras.

qui eût pu, subjonctif plus-que-parfait à valeur de conditionnel (conditionnel passé deuxième forme)

> qui aurait pu le mettre dans l'embarras

 

je m'étais installée sur un petit cabriolet

Un cabriolet, ici, un fauteuil léger à dossier cintré.

 

Je m'étonnais que son visage fût parsemé de rides

fût subjonctif imparfait

subjonctif dans une conjonctive qui dépend d'un verbe exprimant un sentiment, je m'étonnais.

imparfait dû à la concordance des temps, la proposition principale étant au passé.

Au présent on a : je m'étonne que son visage soit parsemé...

 

ces signes de la sénescence que personne, jamais, n'avait vus

La sénescence, ensemble des phénomènes non pathologiques qui affectent le corps humain à partir d'un certain âge que l'on associe à la vieillesse.

 

Quand vous saurez, me dit-il, vous comprendrez que vous courrez un grand danger si jamais

Vous courrez, futur / vous courez, indicatif présent / vous courriez, conditionnel présent

Si jamais, voir >Jamais, ne jamais, jamais plus, au grand jamais, à jamais, si jamais, oncques... + Adverbes et locutions adverbiales de temps

 

la vieillesse n'avait pas droit de cité à Utopinambourg

Le droit de cité, c'est la jouissance de tous les droits du citoyen, membre d'une cité.

 

aucun de mes concitoyens lambda (ou lambdas) n'en connaissaient les affres

Lambda, le L grec 

adjectif et substantif, banal, quelconque, moyen

Des lambda, des citoyens lambda.

La nouvelle orthographe permet le s

> Réforme de l'orthographe - L'orthographe recommandée aux enseignants - Lexique

Les affres, substantif féminin pluriel. Très grande angoisse, épouvante.

Les affres de la mort, les affres de l'amour (les tourments)

 

Fallait-il que je pusse voir quelqu'un portant les stigmates

Je pusse subjonctif imparfait

subjonctif dans la conjonctive après falloir

imparfait, le verbe de la principale il fallait est au passé, concordance des temps.

Voir l'article :  Valeurs et emplois du subjonctif 

 

Trier sur le volet°, sélectionner soigneusement le meilleur.

 

par devers soi, ou par devers-soi, au fond de son esprit ou de son coeur. Cf. Littré

On ne fait pas la liaison si devers est suivi d'une voyelle. Cependant quelques-uns lient.

par devers / eux ou par devers-z-eux

 

quelques humains qui auraient dû vivre dans la plus grande plénitude 

> Ne pas confondre : du dû dus dut, due, dues, et dût

 

Je restai sur ma faim

Rester sur sa faim°  Ne pas manger à satiété.

Sens figuré, être déçu de ne pas obtenir ce que l'on attend.

 

un monde ancien d'où j'étais issue

issu, issue, adjectif dérivé du verbe issir, défectif.

> Les verbes défectifs - Pour peu qu'il vous en chaille !

 

Ne craindrais-je pas qu'il ne subvertît les esprits, qu'il ne provoquât un soulèvement

L'explétif Ne, voir l'article NE explétif - Quand peut-on l'employer ? - sans que je (ne) - avant que je (ne) - je crains que tu (ne) - j'empêche que tu (ne) - je m'attends à ce que tu (ne) - je ne nie pas que tu (ne)...

subvertir, mettre sens dessus dessous, renverser. 

......................

L'ÉTRANGER, Baudelaire, Petits poèmes en prose, I (1869)

—  Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis ? ton père, ta mère, ta soeur ou ton frère?
—  Je n'ai ni père, ni mère, ni soeur, ni frère.
—  Tes amis ?
—  Vous vous servez là d'une parole dont le sens m'est resté jusqu'à ce jour inconnu.
—  Ta patrie ?
—  J'ignore sous quelle latitude elle est située.
—  La beauté ?
—  Je l'aimerais volontiers, déesse et immortelle.
—  L'or ?
—  Je le hais comme vous haïssez Dieu.
—  Eh ! qu'aimes-tu donc, extraordinaire étranger ?
—  J'aime les nuages... les nuages qui passent... là-bas... là-bas... les merveilleux nuages !

 

<< 141 Délires qui plongent dans l'inconscient - « On ne renie pas son enfance ; on l'enfouit au fond de son coeur... »* 

>> 143 Délires sur l'incrédulité de Lio- « Qui sait souffrir peut tout oser. »

 

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2 février 2012 4 02 /02 /février /2012 08:23

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Le cours que je donnai alors porta sur le mystère des origines, non de l'origine des espèces1 comme on pourrait le penser, ni de l'origine du monde — là n'était pas mon propos. Mais je m'aventurai à poser la question de savoir si quelqu'un d'entre nous se rappelait l'endroit d'où il venait, avant d'arriver à Utopinambourg, et s'il avait emporté avec lui le souvenir de sa famille, ou pour le moins, le plus fugace souvenir de son enfance, si tant est qu'il eût été un jour un enfant. J'osai me risquer à aborder un sujet qui plongea mon auditoire dans la plus grande stupéfaction. Je compris bientôt que jamais aucun d'entre mes auditeurs ne s'était vraiment posé la question. Je m'en étonnai d'autant plus que cette pensée, quant à moi, ne m'avait jamais laissée en repos et je supposai qu'ils avaient été les victimes d'un effaçage de souvenirs parfaitement réussi, d'un lavage de cerveau d'une redoutable efficacité. Pourquoi étais-je la seule à éprouver d'une façon aussi douloureuse la nostalgie aiguë d'un passé qui m'échappait, mais que je savais se cacher bien là, au tréfonds de mon inconscient verrouillé ?

 

Moi, Oli, oui moi, Oli, n'avais-je pas naguère rencontré, agitant leurs petites mains et souriant aux anges, deux enfançons des plus joliets, dans le bois de Marie Cratère ?2

 

Tout ce que je réussis à faire fut de jeter un pavé dans la mare°. J'entendis des murmures inquiets, je vis les fronts se plisser. La classe était en émoi. Je sentis comme une effervescence qui agitait les coeurs et les pensées. J'avais levé un lièvre° qu'il serait sans doute bien difficile de faire rentrer au gîte.
C'est alors que je fus assaillie de questions étranges et d'agressions verbales :

« Qu'est-ce donc qui vous prend d'inventer de telles histoires, de parler ainsi incongrûment ? »

« Existerait-il quelque chose hors de notre cité ? »

« Peut-on à l'avenir faire confiance à une maîtresse à penser qui raconte des balivernes ? » 

« Des fadaises, cria quelqu'un ! »

On lui emboîta le pas° :

« Des contes, à n'en pas douter ! »

« Sornettes que tout cela ! »

« Ce ne sont que sottises ! »

« Des calembredaines à coup sûr ! »

« Des coquecigrues ! » hoqueta-on. 

« Pourquoi diable ces billevesées ? » susurra un timide.

« Foin de telles fariboles ! »

On osa « foutaises » et « conneries ». Le croiriez-vous ?


J'étais bouleversée, désemparée. Mes disciples, mes chers disciples d'ordinaire si polis et si policés, si attentifs et si objectifs, si réfléchis et si affranchis de tout préjugé... mes disciples faisaient la révolution. Je me vis déjà arrêtée, embastillée, suppliciée peut-être. On ne jette pas le trouble impunément à Utopinambourg !


Je vis que mal m'en avait pris d'aborder un sujet aussi sensible. J'avais prévu quelques réactions qui auraient pu me surprendre, mais à ce point !

C'est alors que les esprits s'accoisèrent, brusquement.
Les jeunes gens les plus excités qui s'étaient levés — certains mêmes brandissant le poing — se rassirent.
Et dans ce silence assourdissant, l'un d'eux prit la parole :

« Chère mademoiselle Oli, dit-il, nous nous sommes laissé emporter, Pardonnez-nous cette réaction que nous ne comprenons pas très bien nous-mêmes. Peut-être vos questions nous ont-elles troublés, à tel point que, incapables de reconnaître qu'elles remuaient en nous quelque chose d'infiniment intime et de très profondément enfoui, nous avons ressenti un incompréhensible et insupportable malaise, lequel a bouleversé notre façon de penser, jusqu'à nous faire nous comporter comme des êtres insensés. »
« C'est quelque chose de très étrange », renchérit un condisciple qui lui aussi semblait être revenu à la raison. « Mademoiselle Oli, je crois que nous allons réfléchir à tout cela calmement. »

Une femme se leva et prit la parole à son tour :

« Il faut que je vous dise : une violente vibration m'a parcourue tout entière lorsque je vous ai entendu dire : "quand vous étiez enfant"... enfant... enfant...  » répéta-t-elle. « Avons-nous jamais été des enfants ? Et pourquoi n'y a-t-il pas d'enfants à Utopinambourg ? »

Elle se rassit, se jeta la tête sur les genoux, et éclata en sanglots.

J'en avais assez fait et assez vu ce jour-là dans ce cours qui avait ébranlé si fort les esprits.
Je donnai congé à mes auditeurs après les avoir remerciés de m'avoir écoutée et je m'éclipsai.
J'avais hâte de rejoindre Monsieur Pro qui devait s'être réveillé et qui, sûrement, avait d'étonnantes révélations à me faire.

................................................................

*Titre : « On ne renie pas son enfance ; on l'enfouit au fond de son coeur, et l'ombre portée, l'ombre magique devient un symbole. »
Dominique Blondeau (romancière québécoise d'origine française)

 

1- De l'origine des Espèces. Retrouvez le texte intégral de Charles Darwin,1809-1882, in Libro Veritas

Charles Darwin - De l'Origine des Espèces

 

2- La rencontre d'Oli et des enfançons

Voir les Délires n°13 et 14 :

13 Délires spectaculaires - Ô temps, suspends ton vol !

14 Délires chargés d'une émotion incommensurable - It's a long way to Tipperary*
 
 

NOTES

s'il avait emporté avec lui le souvenir de sa famille, pour le moins le plus fugace souvenir

pour le moins, à tout le moins, tout au moins, en estimant les choses au minimum, en se bornant au minimum.

fugace, qui dure très peu, qui passe vite.


si tant est qu'il eût été un jour un enfant
eût été, subjonctif plus-que-parfait
voir l'article
si tant est que

 

la nostalgie aiguë d'un passé qui m'échappait

aigu, aiguë, exigu, exiguë, exigus, exiguë, ambigu, ambiguë,

le tréma de l'adjectif au féminin est sur le e, comme la ciguë

Exiguïté, ambiguïté.

Avec la nouvelle orthographe, le tréma a changé de place

Réforme de l'orthographe - L'orthographe recommandée aux enseignants - Lexique

 

cette pensée, quant à moi, ne m'avait jamais laissée en repos

quant à moi, pour moi, en ce qui me concerne.

quant est toujours suivi de à, au, aux

Ne pas confondre avec la conjonction quand.

 

là, au tréfonds de mon inconscient verrouillé

au tréfonds, littéraire, ce qu'il y a au plus profond. 

 

Jeter ou lancer un pavé dans la mare (aux canards, aux grenouilles)°, faire une révélation qui scandalise, et jette le trouble.

 

Lever un lièvre°. Mettre au jour une question gênante ou cachée.

 

parler ainsi Incongrûment

d'une façon qui n'est pas convenable, ni correcte, ni juste.

Congru, congrûment.

incongru, incongruité (inconvenance)

Une réponse congrue, une réponse qui convient exactement.

Congruer : vieilli, convenir.

La portion congrue, ressources à peine suffisantes pour subsister.

L'accent circonflexe des adverbes congrûment et incongrûment est la trace du e disparu des adjectifs au féminin (in)congrue.

De même assidûment, continûment, crûment, dûment, indûment, goulûment, nûment (=crûment, tel quel).

Mais on a sans accent absolument, ambigument, éperdument, ingénument, prétendument, résolument.

Le Trésor donne prétendument et prétendûment, cette dernière graphie n'est admise ni par Littré, ni par l'Académie.

Substantif : Un éperduement ou éperdument est l'abandon à l'ivresse d'une passion
 

Emboîter le pas°, ici, imiter.


Foin de telles fariboles !

foin de, Interjection qui traduit le mépris ou l'impatience.

 

Je crus que mal m'en avait pris d'aborder un sujet aussi sensible

Mal lui en prit veut dire qu'il y eut des conséquences désagréables

Mêmes tournures avec bien : Bien m'en prend d'aborder le sujet.

 

c'est alors que les esprits s'accoisèrent

S'accoiser, se calmer, devenir coi (coite).

accoiser, rendre coi, calme, tranquille. cf. Littré

 

dans ce silence assourdissant

ALLIANCE DE MOTS, OXYMORE ou OXYMORON

 

nous nous sommes laissé emporter.

laissé, participe passé suivi d'un infinitif, invariable.

Voir : L'accord problématique des participes passés FAIT et LAISSÉ 

 

je me vis déjà embastillée

Embastiller, enfermer à la Bastille, emprisonner.


Une violente vibration m'a parcourue tout entière.
TOUT ADVERBE, toute tremblante, tout ébaubie.
Les adverbes sont généralement invariables, sauf TOUT dans un cas précis, pour raison d'euphonie, quand il précède un adjectif au féminin qui commence par une consonne, ou un H aspiré
On écrira,
une femme toute honteuse (h aspiré), toute menue, toute belle. Mais une femme tout épanouie, une chevelure tout hirsute (h muet, on fait la liaison)

Pour en savoir + sur tout, lire l'article :  Ne pas confondre : TOUT adjectif indéfini, pronom indéfini, adverbe (variable dans certains cas) et substantif

 

>>140 Délires sur la visite inopinée de Monsieur Pro. « La vie est une grande surprise... »>>

>>142 Délires sur l'origine d'Utopinambourg - Ne fallait-il pas lutter contre la banalisation et la surmédiatisation du mal, la pollution, la menace nucléaire ?*

 

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30 janvier 2012 1 30 /01 /janvier /2012 10:27

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On peut employer indifféremment, et cela sans faire de fautes :

second ou deuxième, sauf dans des expressions particulières. 


Littré (1863 et deuxième édition 1872-1877) 
Deuxième ne se dit guère (si ce n'est dans les nombres composés : vingt-deuxième, cent-deuxième, etc.) ; c'est second qu'on emploie le plus souvent. En faveur de deuxième, on a prétendu qu'il valait mieux que second, pourvu que le nombre des objets dépassât deux, second terminant une énumération après premier, et deuxième indiquant qu'il sera suivi de troisième, etc. Mais cette raison, tout arbitraire, laisse prévaloir l'usage.

L'Académie  
Second : Deuxième, qui est immédiatement après le premier.
Deuxième : vient immédiatement après le premier. 

Le Grevisse (le Bon Usage) reprend l'idée que second et deuxième ont la même signification avec cette précision que second relève de la langue soignée.
De plus, il  dénonce, comme Littré les prescriptions arbitraires de certains grammairiens qui considéraient qu'on employait deuxième lorsque la série comportait plus de deux termes, troisième... L'usage n'a jamais suivi cette règle.

Expressions particulières
Seconde chance
Enseignement du second degré
De seconde main
La seconde (vitesse)
Le second (après le capitaine)
Le capitaine en second qui commande à défaut du capitaine en pied
Voyager en seconde classe
De second ordre
Être dans un état second
Il est mon second (=adjoint)
Classe, élève de seconde
J'habite au second
etc.
mais on dit le Deuxième sexe
    cf. Le Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir


Cette liste n'est pas exhaustive. Vous pouvez trouver les définitions et les emplois particuliers de second et deuxième sur le site du CNRS : 

>>Lexicographie - Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales

(qui propose le Trésor et l'Académie entre autres)

 

°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°
Monsieur Julien Lepers, dans son livre "Des fautes de français que je ne ferai jamais plus" reprend l'idée erronée qu'on ne peut pas employer second quand il y a un troisième.
On pourrait dire qu'il pèche par hypercorrectisme ou hypercorrection.
 
"On parle d’hypercorrectisme ou d’hypercorrection quand, dans le souci de remédier aux « fautes », des usagers considèrent comme incorrect un emploi qui, en fait, est irréprochable." cf. Le Bon Usage

Je relèverais aussi dans son livre la mise en garde qu'il fait pour l'emploi de voire même, qu'il condamne.
Certes, on dit aujourd'hui voire plus simplement.
Mais on ne peut pas considérer que voire même est une faute.

 

>>Je lis dans l'Académie, 8ème édition :
 voire : "On le joint souvent au mot MÊME.

Ce remède est inutile, voire même pernicieux.

>>dans le Littré qui reprend L'Académie :
voire : Il se joint souvent au mot même.

 

Voire, emploi vieilli au sens de vraiment, certes.

Peut être employé par antiphrase pour exprimer un doute ou nier quelque chose – Littéraire ou ironique.

« Ne croyez-vous pas que cette jeune fille dont je suis tombé fou amoureux est la plus sincère, la plus honnête, la plus belle, la plus intelligente... et qu'elle n'en veut pas à mon argent ?

—Voire ! »

 

°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°

Je m'étonne que, pour écrire son livre, Monsieur Julien Lepers, qui est, par ailleurs, un excellent et sympathique animateur de télévision n'ait lu ni le Dictionnaire de l'Académie, ni le Trésor, ni le Littré, ni le Grevisse, tous dictionnaires incontournables. 

Errare humanum est.*

Monsieur Lepers a emprunté un chemin pavé de bonnes intentions. Mais il n'est pas grammairien.
Moi non plus d'ailleurs. Je suis simplement passionnée de grammaire et je veux faire partager cette passion. 

 

Voir sur ce blog : 

Le français dans tous ses états 


Et aussi l'article :
M. Julien Lepers vient de publier un livre : "Les fautes de français que je ne ferai jamais plus." Dommage ! Fions-nous plutôt à M. Bernard Pivot !

 

°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°

*Errare humanum est, perseverare diabolicum .

Se tromper est humain, persévérer est diabolique.

Comment Monsieur Lepers va-t-il s'y prendre pour corriger ses erreurs et les faire connaître à ses lecteurs qui lui font confiance ? 

 

.................................................................................

LE FRANÇAIS DANS TOUS SES ÉTATS

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.................................................................................

 

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29 janvier 2012 7 29 /01 /janvier /2012 13:24

 

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Exercice 1- Un billion en chiffres a combien de zéro ?

R- 1 000 000 000 000 : 12 zéros
Et en anglais one billion ?

R- un milliard,1000 000 000 : 9 zéros

Voir § 2 c-

Exercice 2- Les nombres suivants sont-ils écrits sans fautes ?

vingt-trois / quatre-vingts / quatre-vingt-cinq / soixante-dix /

cinq cents / cinq cent vingt / /cent cinq /

cent dix mille cinquante-sept / quatre cent mille quatre-vingt dix-huit /

trois mille cinq cent-vingt / L'an mille / L'an deux mil treize /

Un billion vaut un million de millions / Page quatre-vingt

> correction et explications en rouge à la fin de l'article.

Et voir aussi l'orthographe recommandée aujourd'hui.

 

  Sommaire de l'article

  1 Les adjectifs numéraux cardinaux sont-ils variables ou invariables ?

  2 Système décimal et système vigésimal (ou vicésimal)

  3 La nouvelle orthographe

  4 Liaison ou disjonction - Michel Serres nous dit comment il nous faut prononcer les nombres suivis d'un substantif.

 

RAPPEL

Les nombres sont des adjectifs numéraux :

adjectifs numéraux cardinaux : un deux trois, quatre...

adjectifs numéraux ordinaux : premier, deuxième, troisième, quatrième...

 

1 Les adjectifs numéraux cardinaux sont invariables

sauf exceptions.

Les mille parfums. Les quatre vérités. Les cent recommandations.
 
a-MILLE

-invariable, sauf lorsqu'il est un nom : les milles marins.

-adjectif numéral, exemple : deux mille cinq cent vingt-six

-Il peut s'écrire mil dans les dates lorsqu'il est suivi d'un nombre : Année 1980, mil (ou mille) neuf cent quatre-vingts  

Mais mil ne peut pas être précédé d'un nombre.

On trouve : l'an mil ou l'an mille - l'an mil (mille) deux-cents - l'an deux mille - Nous sommes en 2012 (deux mille douze)
-On écrit : des mille et des cents.
 
b-CENT et VINGT prennent un -s lorsqu'ils sont à la fois multipliés par un nombre qui les précède et non suivis d'un nombre.


-Cent, cent trois, deux cents, deux cent trente-quatre, cinq mille deux cents, trois cent mille, puisque mille est adjectif numéral.
 
-Vingt, vingt et un (pas de trait d'union), quatre-vingts, quatre-vingt-deux. Quatre-vingt-quinze. Invariable quand il suit cent et mille. Mille vingt, cent vingt. Quatre-vingts millions, quatre-vingts milliards.


Si quatre-vingt est employé comme ADJECTIF NUMÉRAL CARDINAL (=quatre-vingtième), il ne prend pas de s.

Page quatre-vingt (=quatre-vingtième page). Article quatre-vingt.

 

c-MILLION - MILLIARD - BILLION

Ce sont des noms, ils peuvent prendre la marque du pluriel.

Deux cents millions, quatre cents milliards.

Un milliard équivaut à mille millions

Un billion est un synonyme vieilli de milliard.

Le mot Billion a reçu une nouvelle valeur : un million de millions (1012), mais elle n'est pas entrée dans l'usage (décret de 1961).

 
ON NOTERA LA PLACE DES TRAITS D'UNION DANS TOUS LES EXEMPLES.

 

  Système décimal et système vigésimal (ou vicésimal) 

Notre système de numération est décimal. Nous comptons en base dix.

Cependant les nombres français (de 1 à 100, pour ne citer qu'eux) ne sont décimaux que jusqu'à 69.

Il sont, de 70 jusqu'à 99, vigésimaux (ou vicésimaux). Nous comptons en base 20.

soixante-dix : 70, (3X20)+10

quatre-vingts : 80, 4x20 etc.

 

le système décimal viendrait de ce que nous avons dix doigts.

Le système vigésimal (ou vicésimal) viendrait de ce que nous avons dix doigts et dix orteils.

Comparez soixante-dix et septante*, quatre-vingts et octante*, quatre-vingt-dix et nonante*.

*septante, octante, nonante sont utilisés en Suisse, en Belgique et dans quelques régions françaises, parfois aussi dans la finance pour éviter des erreurs de compréhension.

 

Wiktionnaire Entrée Quatre-vingts : Quatre-vingts (80) provient de l’ancien système vigésimal de numération (4×20), système qui était utilisé dans une grande partie de l’Europe au Moyen-Âge et en gaulois, notamment pour le commerce car plus pratique pour limiter le nombre d’unités nécessaires et ne nécessitant pas de savoir compter les grands nombres.

 

Entrée Vingt : Concernant la numération vigésimale (quatre-vingts) : les Celtes comptaient (comme le reste de l’humanité) avec leurs doigts mais, loin de s’arrêter aux seuls doigts des mains, continuaient avec les orteils et obtinrent ainsi une base vigésimale.

 

Nous mesurons la difficulté qu'ont nos chers petits lorsqu'ils apprennent les nombres (français) !

vingt et un, trente et un, quarante et un, cinquante et un, soixante et un, et brusquement soixante et onze... quatre-vingts, quatre-vingt-un, quatre-vingt-onze...

 

 

 3 La nouvelle orthographe

 Lire sur la nouvelle orthographe :

>> Réforme de l'orthographe - L'orthographe recommandée aux enseignants - Lexique

§1. Les éléments des numéraux composés sont systématiquement reliés par des traits d'union.

Ainsi, on peut écrire : deux-mille, mille-deux-cent-trente-et-un, cinq-cent-mille, l'emploi du trait d'union étant étendu à tous les numéraux qui forment un nombre complexe.

Lu sur le Cnrtl, entrée mille > MILLE

 

 4 En ce dimanche 29 janvier 2012, j'ai entendu Michel Serres, comme tous les dimanches, sur France Info, à 12 heures15.

Et je ne l'ai pas seulement entendu, ni même seulement écouté... j'ai bu ses paroles. Comme toujours.

Philosophe de notre temps, et non des moindres, il donne, à qui veut l'entendre, un éclairage sur notre monde, éclairage tout à la fois original, et simple, et plaisant, grâce à son immense savoir et à une observation fine qui force l'admiration.

Ainsi donc aujourd'hui nous fait-il observer que bon nombre de gens ne font pas la liaison entre l'adjectif numéral et le mot euro(s) lorsqu'ils parlent d'argent.

Tout était si facile au temps du franc, mot qui commençait par une consonne, ce qui ne nécessitait aucune liaison, partant, aucune réflexion orthographique !

Ainsi entend-on souvent, avec la disjonction, c'est-à-dire un arrêt de la voix entre deux mots, ce qui peut faire hiatus :

cent[...]euros

deux cents[...]euros

quatre-vingts[...]euros

cent vingt[...]euros

etc.

Monsieur Serres nous fait remarquer que, lorsqu'on dit les âges, on n'a aucune difficulté pour faire la liaison appropriée. On dira sans hésitation aucune :

quatre-vingts-z-ans

vingt-t-ans

cent-t-ans

Mais avec les euros il n'en va pas de même. À croire que l'on veuille cacher son ignorance de la règle qui exige que parfois les adjectifs numéraux cardinaux prennent la marque du pluriel.

Il faudrait dire :

cent-t-euros

deux cents-z-euros

quatre-vingts-z-euros

cent vingt-t-euros

etc.

Combien de fois ai-je entendu qu'on parlait de cent-z-euros ?

C'est comme si mes dents grinçaient.

Voilà !

Prenez donc plaisir comme moi à écouter notre philosophe.

Merci, Monsieur Serres !

Pour en savoir + et entendre les émissions hebdomadaires depuis novembre 2011 >Le sens de l'info - France Info

Articles connexes

>> La liaison - L'élision - l'enchaînement - La disjonction

>> Les lettres numérales - les chiffres romains - QUIZ 46

> Retour au début de l'article

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Exercice au début de l'article

Avez-vous tout retenu ? Où sont les erreurs ?

Il y a une seule faute : Trois mille cinq cent vingt

pas de trait d'union

 

vingt-trois / quatre-vingts / quatre-vingt-cinq / soixante-dix /

a-vingt-trois : on met un trait d'union entre les dizaines et les unités.

On écrira de même vingt-trois mille

b-vingts prend un -s lorsqu'il est multiplié par un chiffre qui le précède et qu'il n'est pas suivi  d'un nombre.

cinq cents / cinq cent vingt / cent cinq /

c-Même règle que pour vingt : cent prend un -s lorsqu'il est multiplié par un nombre qui le précède et qu'il n'est pas suivi d'un nombre

cent dix mille cinquante-sept / quatre cent mille quatre-vingt dix-huit /

d-mille est invariable, voir a- et c-

trois mille cinq cent vingt / L'an mille / L'an deux mil treize /

voir d- On écrit : L'an mille (ou l'an mil). On peut écrire mil dans les dates lorsqu'il est suivi d'un nombre. On ne peut pas écrire l'an trois mil par exemple.

Un billion vaut un million de millions /

un billion (voir ci-dessus dans le corps de l'article)

Page quatre-vingt /

e- quatre-vingt : pas de s à vingt ; il ne s'agit pas ici d'un nombre cardinal mais d'un nombre ordinal : c'est la quatre-vingtième page

> Retour au début de l'article

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29 janvier 2012 7 29 /01 /janvier /2012 10:27

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Sitôt que Monsieur Pro eut engagé la conversation, ses forces l'abandonnèrent. Je compris qu'il ne serait pas en mesure d'expliquer quoi que ce fût sur le choix qu'il avait fait de venir se réfugier auprès de moi. N'avait-il donc pas en ce monde un ami qui eût pu lui venir en aide ? Et qu'aurais- je été capable de faire pour lui ?

« Monsieur Pro, lui dis-je pour le rassurer, vous êtes ici en sécurité. Reprenez vos forces. »

Je lui proposai une collation qu'il refusa. À voir l'attitude qu'il prenait, le dos courbé, les paupières s'alourdissant, et son silence soudain, je sus qu'il me faudrait m'armer de patience. Je lui proposai de se reposer là quelques heures. Je reviendrais le voir bientôt. Il ne se fit pas prier et s'affaissa sur l'ottomane. Je l'entendis qui balbutiait : « La vie est une grande surprise....* » 

Les derniers mots se perdirent.
Il tenait à la main ce que je crus être un message qu'il n'avait pas eu la force de me tendre, une feuille de papier qui glissa sur le sol. Je supposai qu'elle m'était destinée et je m'autorisai à tenter de déchiffrer la dizaine de lignes griffonnées, espérant qu'elles m'éclaireraient quelque peu sur les intentions de Monsieur Pro. Mais à ma grande stupéfaction, j'y vis une écriture étrange, en boustrophédon, me sembla-t-il. Je n'osai emporter le billet et le plaçai à côté du dormeur.
Avant de sortir de ma cachette, je disposai, sur un petit guéridon à portée de main, quelques fruits, des biscuits que j'avais confectionnés et un petit verre de ratafia, pour qu'il pût se sustenter au cas où il se réveillerait avant mon retour.

Rien n'aurait pu m'étonner davantage que cette visite inattendue et inexplicable. Monsieur Pro avait, non seulement risqué sa vie à venir ainsi jusqu'à moi – je songeai au chemin parcouru – mais il s'était aussi déterminé à risquer la mienne, car s'afficher ainsi avec moi aurait pu me rendre suspecte, à coup sûr. Je me mis à trembler à cette pensée et je lui en voulus de me mettre ainsi en danger.

Lorsque je retournai à l'école – j'avais un cours à assurer qui n'attendrait pas – je croisai Lio qui m'avait aperçue avec mon hôte et qui se faisait
un sang d'encre° à m'attendre.
Elle voulut des explications et je lui répondis évasivement, ce qui l'inquiéta d'autant plus, habituée qu'elle était à ma franchise. Elle insista. Je marmottai quelques mots sans suite et je la vis perplexe. Ne croyait-elle pas que je me perdais ainsi dans des évagations bien simulées pour
noyer le poisson°?

« Cela ne lui ressemble guère », pensa-t-elle.

Je ne faisais ainsi qu'exciter sa curiosité. Elle cessa enfin de me pousser dans mes derniers retranchements, craignant que je continuasse à lui parler amphibologiquement.
Je fus très contrariée de la décevoir et me querellai de n'avoir pu satisfaire sa curiosité. C'était bien là notre première anicroche. Qu'aurais-je pu faire d'autre ?

........................................... 

 *« La vie est une grande surprise. Pourquoi la mort n'en serait pas une plus grande ? »

 « Life is a great surprise. I don't see why death should not be an even greater one »
Vladimir Nabokov 1899-1977

 

NOTES

Sitôt que Monsieur Pro eut engagé la conversation, ses forces l'abandonnèrent...
eut engagé, passé antérieur

la locution conjonctive de temps (emploi littéraire) > Sitôt que

Il ne serait pas en mesure d'expliquer quoi que ce fût

quoi que ce soit, subjonctif présent
quoi que ce fût, subjonctif imparfait
> quoi que (ne pas confondre avec quoique)


son silence soudain
le mot soudain peut être :
adjectif, qui survient d'une manière inattendue, brusque.
Son silence soudain (silence auquel je ne m'attendais pas)

ou adverbe, tout à coup.

Il cessa soudain de parler.

N'avait-il donc pas en ce monde un ami qui eût pu lui venir en aide ?
eût pu, subjonctif plus-que-parfait à valeur de conditionnel passé (conditionnel passé deuxième forme)
un ami qui aurait pu lui venir en aide
aurait pu, conditionnel passé première forme


Je reviendrais le voir bientôt, futur du passé, le texte étant au passé.

> Le conditionnel ne serait-il plus un mode ? Le futur antérieur du passé - Le futur antérieur hypothétique - Exercice d'application

 

il s'affaissa sur l'ottomane

l'ottomane, voir la note des Délires n°71

espérant qu'elles m'éclaireraient quelque peu sur les intentions de Monsieur Pro

Quelque peu, un peu.

> Ne pas confondre : quoique, quoi... que – quelque, quelque... que, quel que

j'y vis une écriture étrange, en boustrophédon

écrire en boustrophédon

type d'écriture ancienne utilisé par les orientaux et les Grecs où une ligne se lit de gauche à droite, la suivante de droite à gauche, et ainsi de suite alternativement. Ce mouvement imite les sillons tracés dans les champs par des boeufs. Étymologie :Mot grec venant de boeuf et de tourner.


Des biscuits que j'avais confectionnés
accord du participe passé confectionnés avec le complément d'objet direct placé lui avant lui : que pronom relatif représentant biscuits.

> Règles de l'accord des participes passés

et un petit verre de ratafia

Ratafia. Liqueur spiritueuse, composée d'eau-de-vie, de sucre, et du jus de certains fruits ou de l'arôme de quelque fleur. cf. Littré

pour qu'il pût se sustenter au cas où il se réveillerait

Se sustenter, s'alimenter, se restaurer.

Je croisai Lio qui m'avait aperçue
aperçue, participe passé qui s'accorde avec le complément d'objet direct M' (ME élidé) mis pour je, c'est-à-dire Oli la narratrice.

Se faire un sang d'encre°, se faire du mauvais sang, se ronger les sangs, se faire du souci, se tourmenter.

 

je lui répondis évasivement, ce qui l'inquiéta d'autant plus, habituée qu'elle était à ma franchise

habituée adjectif apposé à l' (elle)

L'adjectif apposé habituée est prolongé par une proposition relative qu'elle était à ma franchise.

Le pronom relatif qu' (que)mis pour habituée est attribut de elle >> elle était habituée à ma franchise.

 

je marmottai quelques mots sans suite

Marmotter, parler d'une manière confuse, marmonner.

 

je me perdais ainsi dans des évagations

Une évagation. Littéraire. Disposition de l'esprit à se détacher de l'objet auquel il devrait se fixer. Se perdre dans des évagations.

Noyer le poisson°

Créer la confusion pour tromper quelqu'un, embrouiller les choses pour éluder une question.

craignant que je continuasse à lui parler amphibologiquement.

je continuasse, subjonctif imparfait

subjonctif dans une proposition qui dépend du verbe craindre

> Valeurs et emplois du subjonctif

amphibologiquement - Littéraire. De manière équivoque.
synonyme : ambigument (pas d'accent sur le u)


Je me querellai de n'avoir pu satisfaire sa curiosité

se quereller, pronominal réfléchi, se faire des reproches à soi-même.

c'était bien là notre première anicroche

Une anicroche. Familier, petite difficulté qui cause un désagrément passager.
 

<< 139 Délires d'une fuite éperdue "Personne ne peut savoir si le monde est fantastique ou réel."

>> 141 Délires qui plongent dans l'inconscient « On ne renie pas son enfance ; on l'enfouit au fond de son coeur... »*

 

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21 janvier 2012 6 21 /01 /janvier /2012 16:02

 

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Définition du mot partitif

Cf. Littré :
Terme de grammaire. Qui désigne une partie d'un tout.
Noms partitifs, comme moitié.
Adjectifs partitifs, comme plusieurs.

La préposition de se prend souvent avec un sens partitif.
 

Cf. L'Académie 8ème édition :

Terme de grammaire qui désigne une partie d'un tout. De est partitif dans les phrases : Vendez-moi de votre vin; manger de bonne viande. Article partitif, Article précédé de la préposition de (du, de la, des) qui sert à exprimer un Tout dont on n'envisage qu'une partie. Boire du vin, de la bière. Donnez-moi des fruits de votre jardin.


DE peut être préposition (1),

article indéfini (2) ou partitif (3).


DU contraction de  DE + LE devant une consonne un h aspiré et un y. 

>du plaisir, du yacht

DE LA devant une consonne, un h aspiré et un y.

>de la boue, de la honte
DE L' (LE ou LA sont élidés) devant un mot masculin ou féminin commençant par une voyelle ou un h muet.

>de l'ennui, de l'école, de l'héroïsme, de l'horreur

(et devant yeuse et ypérite)

DES devant un pluriel, contraction de DE + LES

>(les enfants) des autres

D' (DE élidé)

>d'autres enfants, d'horribles jardins


Pour en savoir +

> LA LIAISON - L'ÉLISION - L'ENCHAÎNEMENT - LA DISJONCTION

 

1- La préposition DE

 

-suivie d'un substantif (syntagme nominal)
Avez-vous entendu les propos de la voisine ?
   >préposition + complément de nom

La voisine complément du groupe nominal les propos.


Connaissez-vous le nom des provinces françaises ?    

DES article défini contracté (DES = DE + LES)

    >préposition + complément de nom


Fermez la porte d'entrée. (DE élidé)
   >préposition + complément de nom


Visitez les belles villes de France.
   >préposition + complément de nom


Je viens de Paris, et lui du Maroc.

DU article défini contracté (DU = DE + LE)
   >préposition + complément de lieu

 

Je vais mourir de peur
   -préposition + complément de cause

 

Je n'ai pas dormi de la nuit
   -préposition + complément de temps

 

Je doute de vous
  >préposition + complément d'objet indirect

 

Vous parlez du chapeau bleu ?

Le naufrage du Costa Concordia, c'était le comble de l'horreur, de l'épouvante.

Je me repose à l'ombre de l'yeuse.
   >DU article défini contracté, contraction de la préposition DE avec l'article défini LE
   >LA s'élident en L' devant une voyelle et un h muet. 

Note : pas de disjonction devant yeuse. > La liaison - L'élision - L'enchaînement - La disjonction

 

Vous vous méfiez des chiens après avoir été mordu.  

   >DES article défini contracté, contraction de la préposition DE et de l'article défini LES. 


-suivie d'un adjectif ou d'un participe passé

Il y eut deux enfants de malades
   >préposition + adjectif, attribut du sujet réel. (= deux enfants furent malades)
Il y aurait cent personnes de noyées.
   >préposition + participe passé, attribut du sujet réel (= cent personnes seraient noyées)
Avez-vous une case de vide ?
   >préposition + adjectif, attribut du complément d'objet direct (= une case est vide)

 

2- L'article indéfini


L'article indéfini s'emploie devant un nom qui désigne quelqu'un ou quelque chose que l'on ne connaît pas encore, dont on n'a pas encore parlé (UN, UNE, DES), au contraire de l'article défini (LE, LA, LES)
Sentez la nuance entre :
Des enfants arrivèrent. 
Les enfants arrivèrent. 

Lorsque le nom est précédé d'une épithète, DES est remplacé par DE dans la langue écrite et aussi dans la langue parlée de style soigné. Mais on emploie de plus en plus souvent DES.
Tu as de beaux yeux, tu sais.
Vous avez des enfants terribles.
Vous avez de très jolis enfants.

Après sans, on emploie DES, la forme pleine de l'article, quand le verbe est à la forme négative :
Il ne parle jamais sans dire des bêtises. = Il dit des bêtises.
Il parle sans dire de bêtises = Il ne dit pas de bêtises.

On emploie DES dans certaines locutions figées, des nouveaux venus, des jeunes mariés, des gros mots, des faux pas, des grandes personnes, des grands hommes, des mauvaises langues, etc.

 

3- L'article partitif  DE - DU - DE LA -DES


Il s'apparente à l'article indéfini.
Il s'emploie devant un nom (ou un pronom) et indique qu'il s'agit d'une quantité indénombrable. Il s'emploie aussi devant des noms abstraits.

De l'amour, avant toute chose !
On va prendre de la moutarde.
Je n'ai jamais rencontré de fille plus jolie. 
Nous n'avons plus à moudre du café.
Je vous ai préparé de la daurade et pour moi du hareng.
Cessez de boire de l'alcool.

De la sueur perlait sur son front.
Il a perdu de sa crédibilité.
Donnez-moi de votre patience.
Il n'a pas d'argent.
Il faut de tout pour faire un monde.
Il n'y a pas de bonheur plus immense.
Nous avons goûté de tous les plaisirs.

(différent de : Nous avons goûté à tous les plaisirs)

J'ai horreur de manger du riz.

Tournure négative : >Je ne mange jamais de riz.

Avoir du coeur et de la bonté, voilà ce qui compte.

>Et toi, tu n'as pas de coeur. Tu n'as pas de bonté. 


Les Compléments partitifs
Quelques-uns d'entre nous
Plusieurs parmi vous
Ceux d'entre eux
Personne des Dupont
Qui de vous
Qui d'entre nous
Laquelle choisissez-vous de ces photos ?
(de ces photos est séparé du mot dont il est complément laquelle)

 

>>Voir la liste des articles "Ne pas confondre..."

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  • : LE BLOG DE MAMIEHIOU - La langue française telle qu'on l'aime  De la grammaire, des exercices divers, des dictées commentées, des histoires, des textes d'auteurs, des infos pratiques...
  • : Pour tous ceux qui aiment la langue française. Son histoire, sa grammaire et son orthographe. Des dictées commentées, des exercices ébouriffants, un florilège de textes d'auteurs, etc.
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  • J'aime trop les mots pour les garder par-devers moi - au fond de mon coeur et de mon esprit. Ils débordent de mes pensées en contes drolatiques, avec des quiz et des digressions sur la langue.
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Mon blog

Amoureuse des mots, je cherche comment faire partager ma passion. Il y a tant à découvrir dans les bibliothèques du monde, tant de mots à connaître intimement pour affiner notre pensée, tant de mots qu'on n'entend plus sur nos lèvres, enfermés qu'ils sont dans des livres poussiéreux. Il ne tient qu'à nous de les faire revivre et de les faire chanter. Notre langue, si belle, si riche, demande qu'on la respecte, qu'on la préserve, qu'on s'en amuse et qu'on la chérisse. Mamiehiou ............................................................................................................................................................................................ ...................................;....................................................................... « La langue française est une femme. Et cette femme est si belle, si fière, si modeste, si hardie, touchante, voluptueuse, chaste, noble, familière, folle, sage, qu'on l'aime de toute son âme, et qu'on n'est jamais tenté de lui être infidèle. » Anatole France ....................................................... ............... ................................................................................................................. « C'est une langue bien difficile que le français. À peine écrit-on depuis quarante-cinq ans qu'on commence à s'en apercevoir. » Colette

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