Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
7 mars 2012 3 07 /03 /mars /2012 15:54

ACCUEIL & SOMMAIRE

Articles classés par catégories (tags)

Tous les articles du blog

♦ Vieux et vieil sont des adjectifs au masculin.

Le pluriel de vieux et de vieil est vieux.

Vieille(s) est féminin.

Vieux, vieille sont aussi des substantifs.

un vieux, une vieille

Beau et bel sont des adjectifs au masculin. 

Le pluriel de beau et de bel est beaux.

Belle(s) est féminin.

Beau et belle sont aussi des substantifs.

(1) Bel et bien est une locution adverbiale figée.

Nouveau et nouvel sont des adjectifs au masculin.

Le pluriel de l'adjectif nouveau et nouvel est nouveaux

Nouvelle(s) est féminin.

Nouveau et nouvelle sont aussi des substantifs.

un nouveau, une nouvelle

Attention > Ne pas confondre NOUVEAU l'adjectif (un nouvel ami) et l'adverbe (des nouveau-nés), les locutions adverbiales À NOUVEAU et DE NOUVEAU – nouvellement – une nouvelle - le renouveau ...

Fou et fol sont des adjectifs au masculin.

Fous est le pluriel de fou.

Folle(s) est le féminin. 

L'adjectif fou, autrefois antéposé* est postposé* au XIXe siècle

*antéposé : placé avant le nom - postposé : après le nom.

Un fol amour devient un amour fou.

         François Ier a écrit sur les vitraux de Chambord :

         "Souvent femme varie,
          Bien fol est qui s’y fie."

Fou et Fol sont aussi des substantifs

 Un fol (archaïque) peut être employé par plaisanterie. (des fols) 

Mou et mol sont des adjectifs au masculin.

mou, mous au pluriel

féminin : molle, molles

mol(s) (emploi littéraire et désuet)  

Dans l'usage courant, on emploie l'adjectif mou qui se place après le substantif.

Dans le style soutenu et surtout en poésie, on dit quelquefois mol au masculin quand le mot qui suit commence par une voyelle : un mol abandon.(Cf. Littré)

On rencontre parfois mol après le substantif.

"Et tous mes voeux pour vous seront mols et timides", Corneille, Héraclite, III, 1. (citation donnée par Littré)

mou et molle peuvent être substantivés > un mou, une molle > un mollasson, une mollassonne.

(2)  On écrit vieil devant un nom masculin commençant par une voyelle ou un h muet. On fait de même pour beau et bel, pour nouveau et nouvel, pour mou et mol, pour fou et fol. 

Un vieux monsieur, un vieil homme, un vieux Hollandais.

Un beau monsieur, un bel homme, un beau hâbleur.  

(3)   Un bel homme, un beau et charmant homme. (beau devant la conjonction de coordination et)

On peut trouver un bel et charmant homme, mais cela ne suit pas la règle.

Un nouvel orage, un nouveau et violent orage. (ou un nouvel et violent orage).

Une particularité :

Le mot gens peut être masculin ou féminin.

Des gens vieux - De vieilles gens

(4)   Lorsque l'adjectif précède le mot gens, il se met au féminin pluriel (vieilles)

Lorsqu'il suit le mot gens, il se met au masculin pluriel (vieux).

Étonnant non ?

 

Vous hésitez sur le genre d'un substantif :

> Féminin ou masculin ? Le genre des noms dont on n'est pas sûr + Quiz 4

Vous hésitez entre le H muet et le H aspiré

Grammaire aidenet >"h" aspiré et muet liste alphabétique

et

> La liaison - L'élision - L'enchaînement - La disjonction

 

EXERCICE À TROUS

Complétez par beau, bel, beaux, belle, ou belles 

Méfiez-vous ! cet exercice n'est peut-être pas aussi facile

que vous pouvez le penser.

 

1-Comme vous avez de ...... enfants, madame !

De ma vie je n'ai vu un aussi ...... enfant que votre jeune Victor.

C'est vraiment un ...... et charmant enfant !

Quel ...... animal ! Approche donc ...... petit chat.

5-Je suis si jeune et si ......, me dit-elle.

Quel ...... profil ! Quelle ...... chevelure ! Quel ...... entrain !

Elle est ...... et bien tombée dans le ravin.

Cet individu a un ...... air ; méfiez-vous de lui.

Il appartient au ...... monde et il habite les ...... quartiers.

10-J'ai un ...... arbre dans mon jardin.

Il va me donner de ...... fleurs et de ...... fruits

C'est un ...... hall que vous avez là.

J'admire votre ...... hamster au pelage roux.

Vous pêchez avec un bien ...... hameçon. Est-il en or ?

15-Nous habitons un ...... hameau au creux de la vallée.

Quel ...... hangar ! Vous l'avez tout décoré.

Goùte-moi ce ...... haricot !

Regarde ces pauvres écureuils. La foudre a fait une ...... hécatombe.

L'empereur dit avoir un ...... habit neuf, mais il est ...... et bien tout nu !

 

Correction

Les chiffres (1) (2) (3) (4)  renvoient au texte explicatif 

 

1-Comme vous avez de beaux enfants, madame !

De ma vie je n'ai vu un aussi bel enfant que votre jeune Victor.

C'est vraiment un beau et charmant enfant !  (3)

Quel bel animal ! Approche donc beau petit chat.

5-Je suis si jeune et si belle, me dit-elle.

Quel beau profil ! Quelle belle chevelure ! Quel bel entrain !  (2)

Elle est bel et bien tombée dans le ravin. (1)

Cet individu a un bel air ; méfiez-vous de lui.

Il appartient au beau monde et il habite les beaux quartiers.

10-J'ai un bel arbre dans mon jardin. Il va me donner de belles fleurs et de beaux fruits.

C'est un beau hall que vous avez là. (2)

J'admire votre beau hamster au pelage roux.  (2)

Vous pêchez avec un bien bel hameçon. Est-il en or ?  (2)

Nous habitons un beau hameau au creux de la vallée. (2)

15-Quel beau hangar ! Vous l'avez tout décoré.  (2)

Goùte-moi ce beau haricot !  (2)

Regarde ces pauvres écureuils. La foudre a fait une belle hécatombe.

J'ai rencontré dans ce village de vieilles gens bien courtois. (4)

L'empereur dit avoir un bel habit neuf, mais il est bel et bien tout nu !

 

Notes

Le beau monde. Les gens élégants et riches.

Les beaux quartiers. Les quartiers où habite le beau monde.

On a un h aspiré dans : le hall, le hamster, le hameau, le hangar, le haricot et un h muet dans l'hameçon et l'habit.

Un article connexe > CET ou CETTE - Quiz 102

 

Le français dans tous ses états

Les QUIZ + Exercices d'orthographe et de grammaire

Vous aimez les exercices à trous ? Récapitulation de ceux que vous trouverez dans le blog

 

 

ACCUEIL & SOMMAIRE

Articles classés par catégories (tags)

Tous les articles du blog

 

Repost 0
Published by mamiehiou.over-blog.com - dans Le français dans tous ses états
commenter cet article
3 mars 2012 6 03 /03 /mars /2012 14:18

ACCUEIL & SOMMAIRE

Tous les articles du blog

  Articles classés par catégories (tags)

 

Définition de la proposition

 

Le Dictionnaire de l'Académie (8e édition) : Membre de phrase composé essentiellement d'un sujet et d'un verbe et accessoirement d'un complément ou d'un attribut. Dans la plupart des phrases, il y a une proposition principale, à laquelle se rattachent diverses propositions accessoires, subordonnées, incidentes.

Le Dictionnaire de l'Académie (9e édition) > PROPOSITION (§ Grammaire)

................................

Une phrase simple est composée d'une proposition indépendante qui s'articule généralement autour d'un verbe appelé prédicat. La phrase est dite complexe si elle a plusieurs propositions.

 

Les différentes propositions sont, traditionnellement : 

o Les propositions indépendantes

o Les propositions principales

o Les propositions subordonnées :

o Les subordonnées conjonctives sont introduites par des conjonctions de subordination ou des locutions conjonctives.

Voir les articles

Qu'est-ce qu'une conjonction de subordination et une locution conjonctive ?

La clef des modes - Liste des conjonctions de subordination...

 

o Les subordonnées relatives sont introduites par des pronoms relatifs.

 

o Les subordonnées interrogatives indirectes sont introduites par un mot interrogatif, adverbe interrogatif, pronom interrogatif ou syntagme* avec un adjectif interrogatif.

*Un syntagme est un groupe de mots formant une unité lexicale.

Voir Syntagme- Wiktionnaire

 

o Les propositions incises sont intercalées dans une phrase (par exemple, pour préciser le locuteur dans des paroles rapportées).

 

o Les propositions infinitives contiennent un infinitif accompagné de son sujet.

 

o Les propositions participiales contiennent un participe (présent ou passé) accompagné de son sujet.

.................................

Le Grevisse (le Bon Usage) renonce aux termes de propositions principales et propositions subordonnées.

Pour le Grevisse, la phrase simple comporte un prédicat (en général un verbe).

Une phrase contenant plusieurs verbes résulte de la réunion de plusieurs phrases simples, phrases et sous-phrases.

................................. 

Il existe des phrases sans verbe (phrases averbales)

le mot averbal est un néologisme formé sur l'adjectif verbal et le préfixe privatif a-. On ne le trouve pas dans la plupart des dictionnaires.

 

Exemples

Quel âne !

Bêtises que tout cela !

 

« Quelle langue parlez-vous ?

L'anglais. » (phrase elliptique, je parle l'anglais)

L'ellipse est un raccourci, un sous-entendu.

.................................

 

Analyse logique

de quelques phrases-types

 

L'analyse logique d'une phrase est l'analyse grammaticale de ses propositions ; elle précise leurs natures (comment elles s'appellent) et leurs fonctions (le rôle qu'elles jouent dans la phrase).

 

Exemples de propositions :

Louise dort.

Proposition indépendante.

 

Louise dort, je la regarde.

Deux propositions indépendantes juxtaposées.

 

Louise dort et je la regarde.

Deux propositions indépendantes coordonnées par la conjonction de coordination et.

 

"Louise dort, dis-je, et je la regarde"

dis-je, proposition indépendante incise.

 

Je regarde Louise quand elle dort.

Je regarde Louise, proposition principale.

quand elle dort, proposition subordonnée conjonctive, introduite par la conjonction de subordination quand, complément de temps du verbe regarder.

 

Je me demande si Louise dort.

(comment, quand, pourquoi, où, dans quelles conditions....)

Je me demande, proposition principale.

si Louise dort, proposition interrogative indirecte complément d'objet direct de se demander.

Interrogation directe : "Louise, dort-elle ?"

SI est adverbe interrogatif, il introduit l'interrogative indirecte.

Ne pas le confondre avec SI conjonction de subordination de condition.

 

Tu ne savais pas qui je regardais.

(quelle fille, laquelle...)

Tu ne savais pas, proposition principale.

qui je regardais, proposition interrogative indirecte, complément d'objet direct de savoir.

Interrogation directe :

"Qui regardes-tu ?" m'as-tu demandé.

QUI est pronom interrogatif. Ne pas le confondre avec QUI, pronom relatif.

concordance des temps : la principale est à un temps passé, la subordonnée est elle aussi à un temps passé.

 

Je regarde Louise qui dort.

Je regarde Louise, proposition principale.

Qui dort, proposition subordonnée relative, introduite par le pronom relatif qui, complément de l'antécédent Louise.

Qui représente l'antécédent Louise.

Fonction du pronom relatif qui : sujet de dort.

 

Qui vivra verra (Celui qui vivra verra)

Qui vivra, proposition relative substantive (sans antécédent) sujet de verra.

 

J'entends les enfants chanter.

Les enfants chanter, proposition infinitive complément d'objet direct de entendre.

 

La nuit tombant, nous nous hâtâmes de rentrer.

La nuit tombant, proposition participiale, complément circonstanciel de temps et de cause de se hâter de rentrer.

(=comme la nuit tombait)

 La nuit est sujet du participe présent tombant. À ne pas confondre avec l'adjectif "tombante"

Voir :

Ne pas confondre participes présents, gérondifs et adjectifs verbaux, (en) fatiguant fatigant – (en) convainquant convaincant – (en) émergeant émergent – (en) résidant résident...

 

La famille réunie, nous fêtions l'anniversaire de Louise.

La famille réunie, proposition participiale, complément circonstanciel de temps de fêter.

(=quand la famille était réunie)

 Réunie, participe passé (verbal), à ne pas confondre avec l'adjectif.

   

 >> Exercice grammatical en guise de jeu 

Variations sur des phrases

1-Tu m'as menti, je ne suis pas restée. 2-Tu m'as menti, je suis restée.

 

ACCUEIL & SOMMAIRE

Tous les articles du blog

Articles classés par catégories (tags)

.................................................................................

Note sur les commentaires : Bug chez overblog. Erreur de maintenance.

On a mélangé les commentaires ci-dessous :

les questions et les réponses ne se suivent pas logiquement.

Repost 0
Published by mamiehiou.over-blog.com - dans Le français dans tous ses états
commenter cet article
2 mars 2012 5 02 /03 /mars /2012 09:48

ACCUEIL & SOMMAIRE

Articles classés par catégories (tags)

Tous les articles du blog

Une anagramme 

C'est l'interversion des lettres d'un mot, parfois d'un syntagme* ou d'une phrase, pour former un autre mot ou un autre syntagme ou une autre phrase.

*Un syntagme est un groupe de mots formant une unité lexicale.

 

L'anagrammatisme, est l'art de faire des anagrammes.

Dans un sens péjoratif, et rare, c'est l'art compliquer un mot ou une phrase qui devient alors incompréhensible à la plupart des gens.

Anagrammatiser un mot, une phrase, c'est faire des anagrammes, s'amuser à en faire.

anagrammer, son synonyme, s'emploie au participe passé. Un mot anagrammé.

 

Ave Maria, gratia plena, Dominus tecum.

Je vous salue Marie pleine de grâce, le Seigneur est avec vous.

>>Virgo serena, pia, munda et immaculata.

Vierge sereine, pieuse, pure et immaculée

 

Quid est veritas ? (question de Pilate)

Qu'est-ce que la vérité ?

>> Est vir qui adest

C'est l'homme qui est ici

 

Horatio Nelson

>>Honor est a Nilo

en latin, l'honneur vient du Nil

Honor est a Nilo, titre du poème sur la victoire de Nelson à la bataille du Nil, le 1er août 1798.

a poem based on Horatio Nelson's victory at the Battle of the River Nile, 1st. August 1798

Horatio Nelson - Wikipédia

Florence Nightingale

>>Flit on, cheering angel 

Poursuis ton vol, ange de bonté

Florence Nightingale - Wikipédia

Alien form >> Life on mars

Tom Cruise >> So I'm cuter

Clint Eastwood >> Old West action

Diplomacy >> Mad policy

Dirty room >> Dormitary

Disraeli >> I lead, Sir

William Ewart Gladstone >> Wild agitator means well

Astronomer >> Moonstarer 

Ptolemaios >> Apo melitos

                    (fait de miel, allusion à la bonté du roi)

Arsinoh >> Ion Hras

                (violette de Héra)

Viala désigne les pensées et les violettes en latin. Ion en grec signifie violet.

Selon la mythologie grecque, Zeus, pour nourrir sa bien aimée Io, crée Ion, la Viala, la violette —  Io dont il était l'amoureux et l'amant et qu'il avait transformée en une génisse blanche pour la protéger de Héra son épouse et sa soeur, jalouse d'elle.

Pythagore croyait que les anagrammes cachaient des mystères philosophiques. Platon et ses disciples pensaient que les anagrammes révélaient la divinité et la destinée.

 

Voir : Anagrams FAQ Page - What is the history of anagrams ?

Pierre de Ronsard

 « Marie, qui voudroit vostre beau nom tourner 

 Il trouveroit aimer : aimez-moi donc, Marie »

 

Marie >>aimer

anagramme du nom du poète >>Rose de Pindare

Beaucoup se sont amusés à rechercher pour pseudonyme une anagramme de leur nom ou bien leur nom est une anagramme du nom de quelqu'un d'autre.
Pascal Obispo >>Pablo Picasso
Paul Verlaine >>Pauvre Lélian.
Voltaire<< (François Marie) Arouet Le Jeune,  probablement AROVET LE IEUNE (le u devient v, le j devient i)
Boris Vian >>Bison ravi, Brisavion, Baron Visi
Jean-Paul Sartre >>Jean Sol Partre  dans L'Écume des jours de Boris Vian
François Rabelais >>Alcofribas Nasier
Salvador Dalí >>Avida dollars (surnom donné par André Breton)
Raymond Queneau >>Don Evané Marquy ou Rauque Anonyme
André Breton >>Étron de Bran

Marguerite de Crayencour >>Marguerite Yourcenar
        (il manque un c)

Honoré (de Balzac) >>Lord R’hoone
Margaret Thatcher : >>Rather great match

Quiz sur les pseudonymes des écrivains :

QUIZ 19 (1) , QUIZ 19 (2) & QUIZ 19 (3)

 

ACCUEIL & SOMMAIRE

Articles classés par catégories (tags)

Tous les articles du blog

Repost 0
Published by mamiehiou.over-blog.com - dans Le français dans tous ses états
commenter cet article
25 février 2012 6 25 /02 /février /2012 09:23

ACCUEIL & SOMMAIRE

Tous les articles du blog

Les diverses catégories (ou tags)

 

Vous êtes-vous jamais demandé quels films ont marqué votre vie ? Si vous aviez à donner quatre ou cinq titres de films, comme ça, rapidement, sans y réfléchir longtemps, que diriez-vous ? Réfléchir, ce serait raisonner et ce n'est pas ici une question de raison, c'est plutôt l'émotion que vous avez ressentie quand vous les avez vus, qui doit ressurgir1 et vous faire dire : « Ces films-là, je les aime parce qu'ils font partie de moi-même. »

Si toutes les expériences de la vie nous construisent, il en est de même des livres et des films. Tel film que j'aime, vous l'avez peut-être vu sans vous émouvoir et vous vous étonnez de ce qu'on puisse y prêter autant d'attention.

 

Je ne veux pas vous parler de tous les films que j'ai aimés, mon blog n'y suffirait pas, mais de ceux-là mêmes qui ont laissé une empreinte profonde, indélébile et qui me reviennent en mémoire tout au long de ma vie, à propos d'un rien, d'une image, d'un nom entendu par hasard, d'une musique, d'une pensée, mais surtout d'un certain frémissement du coeur et de l'âme.

 

Sans ordre chronologique, sans ordre de préférence, les voilà bientôt qui accourent, alors que je donne libre cours à ma rêverie.

Je veux vous en donner une courte liste.

 

Autant en emporte le vent - 1939

Je l'ai aimé pour l'esthétique de l'oeuvre en Technicolor, pour la grandeur de l'épopée, pour les acteurs et le jeu de leur personnage, pour l'intrigue et les rebondissements, pour l'intelligence et la sensibilité de l'auteur du livre2 — que j'ai lu, après avoir vu le film, il y a bien longtemps déjà.

Mais je l'ai aimé surtout — et c'est pour cela qu'il figure ici — pour la violence des passions, qui bouleverse, qui vous prend tout entier, jusqu'à vous couper le souffle. Et vous vous exclamez : « Est-il possible d'aimer ainsi ? Et moi, un jour, aimerai-je avec autant de force ? »

 

Le Bois de Bouleaux - 1970

Les images, un bois de bouleaux où le regard se perd parmi les arbres, si beaux. L'histoire est empreinte de tristesse, de nostalgie, à la fois de douceur et de violence, et les liens tendus entre les deux frères font chavirer le coeur. La menace de la mort est là, qui rôde. Quelle retenue et quelle pudeur la décrivent ! Et puis ce mort, qu'on lave avec vénération.

Et qui nous renvoie à notre propre fin, inéluctable.

 

Fanny et Alexandre - 1982

Film flamboyant où les personnages — et la maison — évoluent au coeur d'une vaste famille qui, à l'apparence unie et heureuse, se perd, se cherche, se trouve, nouant et dénouant les fils de l'amour tendre et de la passion, de la fidélité et de la trahison, des déceptions et de l'espérance.

Film magnifique dont le scénario raconte une réalité qui s'émaille çà et là d'instants tenant du fantastique, ou mieux, du merveilleux, et qui nous faire dire : « En ce monde, tout est donc possible ! »

Ingmar Bergman y a mis de sa propre vie.

 

Ordet - 1943

On s'interroge. Qui est-il, cet homme qui ose prêcher en haut de la colline et annoncer la fin des temps ? Est-ce un fou ?

Au-delà des apparences, au-delà de ce que le spectateur incrédule pourrait croire, il n'en est rien. Un prophète de notre temps, un visionnaire. Tout en lui est improbable, inédit, déraisonnable ; mais au fil de l'histoire un sentiment s'installe en nous qui pourrait nous laisser croire à une part de vérité.

Et le dénouement nous éclaire et nous frappe comme la foudre.

À noter l'atmosphère mystérieuse et mystique, le cadre sauvage d'un coin perdu au Danemark, le noir et blanc, et la patine des vieux films qu'on ne rencontrent plus beaucoup sur nos écrans de télévision.

 

Le Nom de la Rose - 1986

On s'embourbe ici dans le marasme d'une abbaye moyenâgeuse où les moines lisent et recopient sans cesse les manuscrits non frappés par l'Index. Et soudain des meurtres inexpliqués. Voilà pour l'intrigue. Mais l'histoire va bien au-delà et ce sont les déchirements vécus par les protagonistes qui remuent les consciences. La religion dans ses états les plus sulfureux. Ici, la religion catholique, certes, en proie aux remous de cette époque-là, mais la question, plus vaste, nous amène à évoquer toutes les doctrines religieuses qui oppriment, et le terrorisme, la torture, les inquisitions, l'interdiction des libertés, les lois partiales et inhumaines, les censures qui brident les esprits. L'intolérance, quoi ! 

 

Je dois aussi vous dire que la bibliothèque fascinante dans laquelle on déambule et où l'on risque sa vie à chaque pas, m'a donné une émotion particulière. J'aime les bibliothèques, celles qui font rêver, celles qui n'en finissent pas de vous ensorceler, les mystérieuses, les tentaculaires, les labyrinthiques où l'on aime à se perdre. Je me suis déjà laissé aller à délirer sur les bibliothèques dans un article que j'ai fait, jusqu'à parodier la bibliothèque borgésienne.

111 Délires hitchcockiens (et suivants)

 

Je ne vous parlerai pas du roman dont j'ai suivi avec volupté les fils enchevêtrés — encore heureux que je l'aie lu avant de voir le film — ni de l'auteur du roman, Umberto Eco que j'aime et que j'admire pour son intelligence, l'étendue de ses connaissances, et son humour ! Un plaisir de l'entendre.

 

Le Bal des Vampires - 1967

La fantaisie, le fantastique et l'humour, voilà les ingrédients précieux qui me ravissent.

La meilleure histoire de vampires que j'ai vue, et j'en ai beaucoup vu !

 

Été violent - 1959

La passion, c'est la passion qui domine le film. La passion, filmée dans ses détails les plus ténus — un regard... — dans son expression la plus violente.

Tout est sacrifié pour cette passion qui se rit douloureusement des convenances et des dangers. Une passion poussée à son paroxysme sur fond de décor fasciste, entre deux êtres qui se ressemblent si peu.

Et cette fin, où la séparation, l'insupportable séparation, inévitable, irrémédiable, déchire les deux personnages.

Qui n'a jamais vécu une telle séparation ne peut en ressentir tout le tourment.

 

Les Sept Samouraïs - 1954

Sûrement le film qui m'a le plus impressionnée. Parce qu'il est EXTRAORDINAIRE à tous points de vue. L'art est consommé : le jeu des personnages, l'expression de leurs sentiments, de leurs émotions, l'héroïsme des samouraïs, les scènes filmées d'une manière tout à fait étonnante, tout concourt à faire de ce film un film hors du commun.

 

Mort à Venise – 1971

Un chant sur le désir, le désir inassouvi, et sur la mort.

1911 – La Belle époque

Un vieil homme* a passé sa vie à côté de la vraie vie (je pense à Faust). Le voilà, par un pur hasard, dans un hôtel à Venise. S'immisce dans son esprit, dans son coeur, dans son corps, un désir auquel le spectateur ose à peine croire.

« Tadzio ! »

Une mère appelle son enfant sur la plage, un bel enfant au seuil de l'adolescence, blond, gracile, presque frêle.

Et pour rester le plus longtemps possible à pouvoir le côtoyer, à pouvoir le regarder, alors qu'il sait que Venise est menacée par une épidémie de choléra — que cachent tant bien que mal les autorités — le vieux compositeur restera là, et il s'éteindra doucement sur le rivage, en contemplant l'objet aimé, sans jamais lui avoir dit un seul mot.

 

J'avais lu deux ou trois fois la nouvelle de Thomas Mann chargé de détails autobiographiques et de connotations littéraires, et qui m'avait fascinée. J'étais jeune alors.

Le film fut, pour moi, une révélation.

La magnificence. Voilà ce que nous offre Luchino Visconti. Et la musique de Gustav Mahler, somptueuse, sublime.

 

*Gustav von Aschenbach, le personnage, est écrivain dans la nouvelle, compositeur dans le film. N'est-il pas en quelque sorte un avatar de Gustav Mahler ?

...........................

« Mais, me direz-vous, aucun film français parmi ceux-là ? » Et je vous répondrai que bon nombre de films français m'ont plu, beaucoup plu, mais devrais-je mentir ? C'est venu comme ça.

 

Autant en emporte le vent (film) – Wikipédia

Le Bois de bouleaux- Wikipédia 

Andreïjz Wajda Le Bois de bouleaux (1970) - the never ending blog

>> Blog très intéressant que je viens de découvrir.

Il y a trois jours que son auteur a fait un article sur Le Bois de Bouleaux !

Fanny et Alexandre– Wikipédia

Ordet– Wikipédia

Le Nom de la rose (film, 1986) – Wikipédia

Le Bal des vampires– Wikipédia

Été violent– Wikipédia

Les Sept Samouraïs — Wikipédia

Mort à Venise– le film - Wikipédia

La Mort à Venise– la nouvelle – Wikipédia

Vous pourriez croire, lecteurs cinéphiles, que ces films, je les ai vus à leur sortie (!) Il n'en est rien. J'en ai vu sur des écrans de cinéma mais, pour les plus anciens, je les ai rencontrés par hasard dans les ciné-clubs de la télévision.

Et voilà que revient, une fois encore, la nostalgie.

 

Les ciné-clubs

Jamais je n'aurais manqué un film de ciné-club au temps ou les ciné-clubs étaient dignes de ce nom.

 

o-De 1971 à 1996, Le "Ciné-Club", présenté par Claude-Jean Philippe était un trésor. Pendant plusieurs semaines, on se plongeait dans les films d'un cinéaste, et au final, on avait l'impression de le connaître. C'était géant !

Puis on passait à un autre génie.

Le vendredi soir était sacré. Il y avait, sur la 2ème chaîne de l'ORTF, "Apostrophe" présenté par ce cher Bernard Pivot et puis le "Ciné-Club". Il était parfois bien tard lorsque le film finissait et mes yeux papillotaient. On n'avait pas de magnétoscope pour enregistrer !

Je garde de ce temps-là un souvenir ébloui.

 

o-Le "Ciné-Club" diffusé aujourd'hui sur France 2 tous les mois, ne ressemble plus à celui que j'ai tant aimé. Quelle culture cinématographique auront nos jeunes – ceux qui aiment vraiment le cinéma - si on ne leur propose pas des films de valeur avec des commentaires intelligents et judicieux ?

 

o-Le ciné-club "Le Cinéma de Minuit" a été crée en 1976. Il était aussi bien intéressant et nous donnait de nombreux vieux films le dimanche soir. Résonne encore à mes oreilles la voix monocorde du présentateur.

 

o-De 1982 à 1998, on s'est régalé à "La Dernière Séance" présentée de façon tout à fait charmante par Eddy Mitchel et qui donnait des films américains. Je suis bien sûre de ne pas être la seule à la regretter.

...........................

1982. C'était la quatrième année des Rencontres Cinématographiques Internationales à Saint-Étienne.

Elles proposaient plusieurs films pour chaque cinéaste choisi. C'est là que j'ai découvert Andrzej Wajda et son Bois de Bouleaux. Je me souviens, comme si c'était hier, des films signés de lui que j'ai vus à cette occasion. Quel enthousiasme c'était !

 

1957 : Ils aimaient la vie (Kanał)

1958 : Cendres et diamant (Popiół i diament)

1970 : Paysage après la bataille (Krajobraz po bitwie)

1970 : Le Bois de bouleaux (Brzezina)

1974 : La Terre de la grande promesse (Ziemia obiecana)1

1977 : L'Homme de marbre (Człowiek z marmuru)

1979 : Les Demoiselles de Wilko (Panny z Wilka)

1980 : Le Chef d'orchestre (Dyrygent)

1981 : L'Homme de fer (Człowiek z żelaza)

 

>> Pour les Stéphanois nostalgiques :
>>Cinéma polonais à Saint-Etienne : Hommes de marbre et... hommes de stuc

dans : unite.jean-jaures.org

Recherche documentaire UNITE >> Saint-Etienne 05 02 1982 n° 454

  

Et vous, chers lecteurs internautes qui avez eu la patience de me lire jusque-là, je suis bien sûre que vous pourriez énumérer les films qui vous ont marqués, bouleversés, subjugués et que vous avez envie de faire partager.

 

1-Orthographe resurgir ou ressurgir

2- L'auteur de Autant en emporte le vent est l'Américaine Margaret Mitchell.

 

ACCUEIL & SOMMAIRE

Tous les articles du blog

Les diverses catégories (ou tags)

Repost 0
Published by mamiehiou.over-blog.com - dans Miscellanées
commenter cet article
24 février 2012 5 24 /02 /février /2012 10:47

ACCUEIL & SOMMAIRE

Articles classés par catégories (tags)

Tous les articles du blog

 

Est-il correct de dire :

"J'ai très envie de vous voir. Cela me ferait très plaisir."

> Réponse §3

 

1-TRÈS est un adverbe de degré qui s'emploie généralement avec un adjectif, un autre adverbe, ou une préposition, mais pas avec un verbe.

Il est très beau.

Il parle très mal.

Il s'installe très loin de Paris.

 

2-TRÈS peut-il s'employer avec un NOM ?

Il a très peur.

Cela me fait très plaisir.

Elle est très enfant.

J'ai très besoin de vous.

Il a très faim et très soif.

J'ai très mal aux pieds.

Elle a très honte de ce qu'elle a fait.

Il a très hâte de me revoir.

Faites très attention à ce que vous dites.

Nous avons très sommeil.

Il a très raison d'insister.

C'est très dommage que vous ne veniez pas.

 

On rencontre quelques exemples de cet usage de TRÈS suivi d'un nom dans la littérature.

 

3-Qu'en pensent les grammairiens  ?

Certains condamnent cet usage, d'autres le qualifient de familier.

On peut raisonnablement penser que l'usage prend le pas sur ces considérations et que l'on peut employer TRÈS dans les locutions verbales suivantes :

-avoir très faim, très soif, très peur, très mal, très sommeil, très envie.

-faire très mal, très peur, très attention.

alors que d'autres locutions avec TRÈS (par exemple très plaisir) ne sont généralement pas admises par la plupart des usagers.

Est-il correct de dire :

"J'ai très envie de vous voir. Cela me ferait très plaisir."

Réponse : très envie est admis par l'usage, très plaisir est à éviter.

Remarque :

On admet les expressions :

-avoir très chaud, très froid - il fait très chaud, très froid. Cas particuliers où chaud et froid sont des noms mais aussi des adjectifs dans des locutions verbales figées.

On dit aussi avoir (très) frais.

Je me suis réfugiée au sous-sol pour avoir frais.

 

4-Que peut-on utiliser à la place de très ?

Des adverbes qui peuvent modifier des verbes comme :

-bien, fort, joliment, extrêmement, terriblement, etc.

J'ai terriblement peur. J'ai vraiment envie de pleurer. Etc.

Remarque :

On ne peut pas employer beaucoup pour très.

On ne peut pas dire : J'ai beaucoup faim. Cela me fait beaucoup envie. Etc.

 

-grand

avoir grand-faim, grand-soif, grand-peine, grand-peur / c’est grand-pitié.

L'emploi de grand peut paraître recherché à certains.

Pourtant on admettra volontiers que dire la phrase incorrecte : Cela me fait très plaisir de vous voir, c'est moins élégant que : J'ai grand plaisir à vous voir.

 

5-Plutôt que de dire...

> Plutôt que de dire : J'ai très envie - Cela me fait très envie

> on peut dire :

J'ai bien envie de...

J'ai une extrême envie, une furieuse envie de...

Je meurs d'envie de...

J'ai bonne envie de... (+ rare)

 

> Plutôt que de dire : J'ai très plaisir... - Cela me fait très plaisir

> on peut dire :

-J'ai grand plaisir à.. j'ai beaucoup de plaisir... j'éprouve un grand plaisir...

-avec beaucoup de plaisir, avec grand plaisir.

-Bien du plaisir, dans l'expression Je vous souhaite bien du plaisir ! Formule ironique quand vous prenez congé de quelqu'un qui peut s'attendre à quelque chose de désagréable. Ou Je lui souhaite bien du plaisir !

 

> Plutôt que de dire : J'ai très peur - Cela me fait très peur

> on peut dire :

J'ai bien peur. Cela me fait bien peur, vraiment peur.

J'ai grand-peur.

J'ai eu grand'peur. (vieilli)

J'ai eu une belle peur.

J'ai eu joliment peur.

Proverbe: Tel menace qui a grand peur. (= celui qui a grand peur menace.)

 

> Plutôt que de dire : J'ai très faim

> on peut dire :

J'ai une grande faim. J'ai une grosse faim.

J'ai une faim dévorante.

j'ai extrêmement faim.

Par plaisanterie Je n'ai pas grande faim de souffrir.

 

> Plutôt que de dire : J'ai très sommeil

> on peut dire :

J'ai grande envie de dormir.

Je tombe de sommeil.

J'ai un grand besoin de dormir.

Je suis accablé de sommeil.

 

> On peut employer de la même façon : assez, bien, fort et trop.

Vous avez fort envie d'être agréable avec moi et assez envie qu'on se réconcilie.

J'ai bien envie de vous dire ce que je pense, et pas trop envie de rester avec vous.

 

Remarque 1

Le même problème se pose avec l'adverbe si.

On préférera dire :

-Il a tellement honte qu'il se tait.

à

Il a si honte qu'il se tait.

-Il a tellement peur qu'il tremble.

à

il a si peur qu'il tremble.

-J'ai tellement faim que je te mangerais.

à

J'ai si faim que je te mangerais.

 

Remarque 2

Je n'ai trouvé aucune expression formée de très+nom dans les dictionnaires de l'Académie, ni dans le Trésor, ni dans le Littré.

 

Pour retrouver ces dictionnaires, voir l'article :

Ouvrages de référence dont je me sers pour écrire mes articles

 

LE FRANÇAIS DANS TOUS SES ÉTATS

ACCUEIL & SOMMAIRE

Articles classés par catégories (tags)

Tous les articles du blog

 

Repost 0
Published by mamiehiou.over-blog.com - dans Le français dans tous ses états
commenter cet article
24 février 2012 5 24 /02 /février /2012 07:34

LES DÉLIRES Tous les épisodes

ACCUEIL & SOMMAIRE

 Tous les articles du blog

 

Arrivé à ce point de l'histoire de ma vie, cher lecteur, où tu te rends compte du nombre de questions restant pour toi irrésolues, questions fondamentales ou détails pour le moins, qui n'ont encore reçu aucune explication rationnelle — qui parle ici de raison dans ce monde irraisonnable peuplé de gens déraisonnables ? — tu as déjà maintes fois rencontré, à chacun des épisodes de mon existence sans répit, une foultitude de petits éléments nouveaux bien faits pour éclairer ta lanterne°. Mais que de points obscurs encore qui mettront ta patience à mal ! Et voilà que tes neurones fourmillent de ces mille questions que tu brûles de me poser.

Sache-le, si je pouvais y répondre, je le ferais impromptu pour assouvir ta curiosité, mais je suis moi-même incapable de mettre en ordre le puzzle qui n'a de cesse de me tourmenter et je ne laisse d'en arranger ni d'en déranger les pièces que je découvre, une à une, pour tenter d'apporter une certaine cohérence dans ce monde où chaque geste est épié, scruté, le plus souvent censuré, où tout acte est jugé à l'aune de son inconstitutionnalité (inconstitutionnalité), où l'insubordination est punie de la peine capitale.

 

Je décidai de retourner à ma cache, ce lieu hermétique et protégé où se tapissait monsieur Pro, bien décidée à lui arracher quelques secrets encore.

Je t'entends d'ici t'exclamer, lecteur avide de connaître le moyen que j'avais de pouvoir ainsi aller et venir sans encombre en me dérobant devant l'oeil inquisiteur de Big Brother.

 « Quelle astuce merveilleuse as-tu donc trouvée, petite Oli pour t'échapper du champ des caméras disposées en grand nombre ? »

 

Prétatou. C'était Prétatou, mon chien dont le dévouement était sans bornes, futé comme pas deux — plus imaginatif que lui, tu meurs — lequel, pour venir à mon aide comme il le fit si souvent déjà, eut cette idée ingénieuse de détourner l'attention des innombrables regards scrutateurs fixés sur ma personne. Dès que je prenais discrètement mon sifflet à ultra-sons que l'oreille humaine ne pouvait percevoir mais qui faisaient vibrer celle de mon Prétatou, toujours attentif et prêt à m'obéir, il se mettait aussitôt à faire son numéro.

Il sautait comme un kangourou, tourbillonnait comme une feuille au vent, virevoltait telle une ballerine, prenait des pauses de Marylin ou de Marlene (en Lola-Lola** s'entend), faisait des doubles, triples, quadruples sauts périlleux en avant, et en arrière, des quintuples même parfois, glissait en un moonwalk que Michael n'eût pas renié, et variait à l'envi entrechats, pas de biche, grands écarts, flic-flac et gargouillades.

Comment ? 

« Excusez du peu ! » me dis-tu, lecteur incrédule.

Crois-tu vraiment que je veuille te faire prendre des vessies pour des lanternes° ?  M'accuserais-tu d'entortillement ?

 

Si Prépatou ne se fût pas évertué, avec la plus grande application, à attirer l'attention des surveillants, véritables gardes-chiourmes qui passaient vingt-quatre heures sur vingt-quatre à lorgner chez moi, c'en eût été fait de ma personne.

Aussitôt, dis-je, que les numéros prodigieux de Prétatou commençaient, toutes les caméras policières dardaient leur viseur sur lui, et sur lui seul, tant il était attractif, et nul ne se préoccupait plus de ce qui se passait ailleurs, ce qui me laissait le champ libre d'aller et de venir où bon me semblait.

Mon cher toutou toujours prêt à tout. Prêt à l'impossible.

 

Nous avions compris depuis belle lurette que les cerveaux chargés de nous surveiller étaient atteints d'un crétinisme sans faille !

............................................................. 

*Quel entortillement dans tout ce discours ! Bossuet

Pour lire ou relire un extrait de la célèbre oraison de Bossuet "Madame se meurt ! Madame est morte !" Reportez-vous au texte 80 Délires d'une ratiocineuse invétérée - Madame se meurt ! Madame est morte !

 

**Lola-Lola, personnage incarné par Marlene Dietrich dans le film l'Ange bleu de Joseph von Sternberg, 1930.

 

NOTES

Couper bras et jambes°

Cf. Littré. Au figuré et familièrement. Couper bras et jambes à quelqu'un, lui retrancher beaucoup de ses prétentions, de ce qu'il regarde comme ses droits.

Cet arrêt nous a coupé bras et jambes.

Plus ordinairement, ôter à quelqu'un le moyen d'agir, d'arriver à ses fins.

Cet événement nous a coupé bras et jambes.

Couper bras et jambes, signifie encore frapper d'étonnement, de stupeur, de découragement.

Cette nouvelle me coupa bras et jambes.

 

questions restant pour moi irrésolues

irrésolues, qui n'ont pas trouvé de solution.

 

qui parle ici de raison dans ce monde irraisonnable

monde qui n'est pas conforme à la raison, qui n'est pas doué de raison.

 

Irrésolu, irraisonnable

Le préfixe in 

Voir la note du texte 4 Délires inopérants - Immodérées et charmeresses blandices de la volupté 

 

tu as rencontré une foultitude d'éléments nouveaux

La foultitude, familier, plaisant. Grand nombre, grande quantité. La foule.

 

Éclairer sa lanterne°, clarifier quelque chose pour qu'on comprenne.

 

Je ne laisse d'en arranger ni d'en déranger les pièces...

Je ne cesse de...

 

je le ferais impromptu pour assouvir ta curiosité

Impromptu, sur-le-champ, sans préparation.


tout acte est jugé à l'aune de son inconstitutionnalité

à l'aune, à la mesure, selon

une aune, mesure ancienne de 3 pieds 7 pouces 10 lignes 5/6, équivalant à 1m, 182. Littré

Inconstitutionnalité, qualité d'un acte, d'une opinion contraire à la constitution.

Ici, contraire à la constitution d'Utopinambourg appelée La Règle.

 

lieu où se tapissait monsieur Pro

Se tapir, se cacher, se terrer.

 

Prétatou eut cette idée ingénieuse

Ingénieux, qui tient de l'imagination et de l'habileté.

 

des innombrables regards scrutateurs fixés sur ma personne

un scrutateur, c'est celui qui observe attentivement quelqu'un afin de découvrir des aspects cachés de sa personnalité. Inquisiteur.

 

[il] glissait en un moonwalk que Michael n'eût pas renié.

n'eût pas renié, n'aurait pas renié (conditionnel passé)

Michael Jackson, il va sans dire.

 

et variait à l'envi entrechats, pas de biche, grands écarts, flic-flac et gargouillades

ce sont des pas de danse classique.

à l'envi, à qui mieux mieux.

 

Excusez du peu, me direz-vous

Cf. Littré : Ironiquement. Excusez, excusez du peu, se dit pour exprimer son étonnement de l'outre-cuidance, de l'impertinence, de l'avidité de quelqu'un.

 

Crois-tu vraiment que je veuille te faire prendre des vessies pour des lanternes° ?

Prendre des vessies pour des lanternes°

Cf. Littré : Il veut faire croire que des vessies sont des lanternes, c'est-à-dire il veut faire croire des choses absurdes et bizarres.

 

Si Prépatou ne se fût pas évertué, avec la plus grande application, à attirer l'attention des surveillants, véritables gardes-chiourmes qui passaient vingt-quatre heures sur vingt-quatre à lorgner chez moi, c'en eût été fait de ma personne.

Si Prétatou ne s'était pas évertué... c'en aurait été fait...

Voir les modes qui suivent la conjonction SI

 

M'accuserais-tu d'entortillement ?

Entortillement

Cf. Littré entre autres acceptions :

Action de ce qui s'entortille autour d'une chose ; état d'une chose entortillée autour d'une autre.

Au figuré, embarras, obscurité du style. Il y a de l'entortillement dans cette phrase.

 

Il y a belle lurette, depuis belle lurette

Vient de la métanalyse de "belle heurette".

Voir la métanalyse + exemples de métanalyse : Notes du texte 69 Délires dans un drôle de pays de cocagne + La métanalyse

 

Crétinisme

Maladie caractérisée par une dégénérescence des facultés intellectuelles et physiques (nanisme, goitre lié à une insuffisance thyroïdienne, etc.)

Par extension, stupidité.

 

<< 143 Délires sur l'incrédulité de Lio - "Qui sait souffrir peut tout oser."*

>> 145 Délires autour d'une inéluctable séparation.

 

LES DÉLIRES Tous les épisodes

ACCUEIL & SOMMAIRE

Articles classés par catégories (tags)

Tous les articles du blog

Repost 0
Published by mamiehiou.over-blog.com - dans LES DELIRES
commenter cet article
23 février 2012 4 23 /02 /février /2012 13:45

LES DÉLIRES Tous les épisodes

ACCUEIL & SOMMAIRE

Tous les articles du blog

 

La révélation de monsieur Pro me bouleversa et me plongea dans la plus profonde perplexité.

Non que je ne le crusse pas  j'avais rencontré jusque-là trop de preuves confirmant que ce qu'il avançait était vrai  mais je redoutais de révéler à mes concitoyens l'incroyable chose.

« Qui sait souffrir peut tout oser.1 », me dis-je pour m'encourager.

Et cependant, j'étais épouvantée à l'idée d'affronter l'incrédulité de mes semblables, sans parler des risques que j'encourrais dès lors que j'irais à l'encontre des règles drastiques qui sévissaient dans cet état policier où tout manquement était puni, effroyablement puni.

Je me décidai à parler à Lio.

Elle haussa les épaules.

Elle lança un « Hum ! » accompagné d'un sourire narquois et secoua la tête en signe de désapprobation. On entendit grilloter les perles de ses boucles.

Et, grandiloquente, elle s'écria : « Ô toi, qui règnes en ce lieu du parfait savoir vivre ensemble, et de la bienséance, et des belles manières, prends garde ! On va te desceptrer ! »

Je fis fi de l'ironie. J'insistai. Je déployai des arguments.

« Les femmes sont si avides d'émotions que la plupart d'entre elles préfèrent le malheur à la tranquillité »2, railla-t-elle.

Je ne la savais pas misogyne. Je ne pus croire à une telle trahison. Comment ? Lio, en qui j'avais placé toute ma confiance, toute mon amitié... elle ne croyait pas à ce que je croyais, et cela, malgré tous les efforts que je faisais pour la persuader ?

Elle me demanda de cesser d'inventer une telle fable et de ne pas m'aviser de la répéter à quiconque. Elle enfonça le clou° : « Il ne faut qu'une brebis galeuse pour gâter tout un troupeau.° »

Certes, je savais bien que je mettrais notre avenir en péril si jamais j'annonçais une vérité aussi apocalyptique.

On me traiterait d'énergumène à l'imagination effrénée et plus personne ne mettrait le pied dans notre école qui, jusqu'à ce jour, jouissait d'une réputation d'honorabilité sans conteste — excepté peut-être le jour où j'avais interrogé mes disciples sur leurs origines3 , ce qui avait quelque peu ébranlé leurs idées reçues.

 

Je ne poursuivis pas la conversation avec mon amie qui crut que j'en avais fini une fois pour toutes avec cette histoire.

« L'incrédulité a ses enthousiastes, ainsi que la superstition 4, déplorai-je à part moi, et si je persiste à vouloir convaincre qui que ce soit de croire en la réalité, je suis bien sûre que je vais me colleter avec ces enthousiastes-là. »

J'en eusse gagé ma tête à couper°.

................................................................................

1*Qui sait souffrir peut tout oser.

Luc de Clapiers, marquis de Vauvenargues (1715-1747)

 

2Les femmes sont si avides d'émotions que la plupart d'entre elles préfèrent le malheur à la tranquillité.

Extrait de Correspondance, Madame du Deffand,

 

3Voir l'épisode  141 Délires qui plongent dans l'inconscient - « On ne renie pas son enfance ; on l'enfouit au fond de son coeur... »*

 

4L'incrédulité a ses enthousiastes, ainsi que la superstition.

Réflexions et Maximes, Francis Bacon baron Verulam (1561-1626)

 

NOTES

Non que je ne le crusse pas

voir l'article : Non que, non pas que, non moins que, non plus que, non point que...

 

sans parler des risques que j'encourrais dès lors que j'irais à l'encontre des règles

j'encourrais, conditionnel présent, 2R

encourir se conjugue comme courir.

j'encourais, imparfait de l'indicatif. 1R

j'encourrai futur, 2R

Voir l'article Dès lors que

 

elle lança un hum accompagné d'un sourire narquois

Hum, interjection qui marque doute, réticence, impatience. Cf. Littré

Qu'est-ce qu'une interjection ? Qu'est-ce qu'une onomatopée ?

Narquois, moqueur

 

On entendit grilloter les perles de ses boucles.

Grillotter, faire un petit bruit de grelot.

Cf. Littré : Les dames, tant anciennes que modernes, ont accoutumé de pendre des perles en nombre à leurs oreilles, pour le plaisir, dit Pline, qu'elles ont à les sentir grilloter, s'entre-touchant l'une l'autre. Saint François de Sales.

 

on va te desceptrer

Desceptrer, ôter le sceptre ; détrôner.

 

si jamais j'annonçais une vérité aussi apocalyptique

Apocalyptique, acception dans le texte : épouvantable comme la fin du monde dans l'Apocalypse.

 

j'irais à l'encontre des règles drastiques

Drastique, très sévère, draconien, rigoureux.

 

je vais me colleter avec ces enthousiastes-là

Colleter, saisir brutalement quelqu'un au collet.

se colleter, lutter avec quelqu'un.

 

Enfoncer le clou°, insister, marteler une idée pour qu'elle entre dans la tête de son interlocuteur.

 

Il ne faut qu'une brebis galeuse pour gâter tout un troupeau.°

Proverbe - Il suffit d'une seule personne vicieuse pour gâter tout un groupe.

 

Je gagerais ma tête à couper°, affirmation folle et extravagante pour dire qu'on est très sûr de ce qu'on avance. Cf. Dictionnaire du bas-langage, ou Des manières de parler usitées parmi le peuple

 

<< 142 Délires sur l'origine d'Utopinambourg - Se soustraire à la banalisation et la surmédiatisation du mal, au terrorisme, à la pollution, à la menace nucléaire.

>> 144 Délires à vous couper bras et jambes°- Quel entortillement dans tout ce discours !*

 

LES DÉLIRES Tous les épisodes

ACCUEIL & SOMMAIRE

Articles classés par catégories (tags)

Tous les articles du blog

Repost 0
Published by mamiehiou.over-blog.com - dans LES DELIRES
commenter cet article
18 février 2012 6 18 /02 /février /2012 13:52

ACCUEIL

Récapitulation des articles : Ne pas confondre

Tous les articles du blog

Exercice

Qu'écririez-vous : TOUT ou TOUTE ?

Il est tout(e) imagination. C'est une tout(e) autre histoire. Elle est tout(e) à moi. Je suis tout(e) émue.

Elle est sortie tout(e) armée de la tête de Zeus. Je suis tout(e) ouïe.

Correction en fin d'article.

1-TOUT adjectif indéfini

 

L'adjectif indéfini est variable en genre et en nombre, tout, tous, toute, toutes, il s'accorde avec le substantif qui le suit.

 

1a-TOUT + déterminant + substantif

toute la vie (la : article défini)

toute une histoire (une : article indéfini)

tous mes amis (mes : adjectif possessif)

toutes ces personnes (ces : adjectif démonstratif)

 

1b-TOUT + substantif sans déterminant

En tout bien tout honneur.

Tout flatteur vit au dépens de celui qui l'écoute. (La Fontaine)

Mon ami est tout(e) honnêteté et toute sincérité.

Dans ce cas, on peut considérer TOUT comme un adverbe.

(voir le § adverbe : Tout renforce un substantif, il peut être invariable))

 

1c-TOUT + pronom

tout ce que vous me dites

tout ce qui vous plaît

tous ceux dont vous parlez

tout ça parce que je t'aime

tout ceci, tout cela

 

1d-Pour TOUT = pour seul, unique

Il partit avec ses souvenirs pour tout bagage.

 

1e-D'autres locutions avec TOUT

somme toute, tout un chacun, toute sorte de, toute espèce de, etc.

 

1f-TOUT AUTRE ou TOUTE AUTRE ?

tout autre, toute autre, dans le sens de : n'importe quel (quelle) autre

Toute autre voiture aurait fait l'affaire. (n'importe quelle voiture)

Ne pas confondre avec l'adverbe TOUT AUTRE invariable signifiant tout à fait autre, entièrement différent, souvent précédé d'un article indéfini.

Ah ! Lorsque tu étais plus jeune, tu étais une tout autre personne.(tu étais une personne tout à fait autre, tout à fait différente)

C'est une tout autre histoire. 

 

1g-TOUT + nombre avec ou sans article

Tous trois, toutes les quatre...

 

2-TOUT Pronom indéfini

 

2a-TOUT pronom indéfini variable TOUT, TOUS, TOUTE, TOUTES

Le pronom indéfini TOUT peut représenter un nom ou un pronom mentionné précédemment.

J'en ai connu des gens qui se disaient philosophes. Ils ne m'ont pas tous convaincue/ Tous ne m'ont pas convaincue.

Celles que nous avons aimées n'étaient pas toutes jolies.

 

2b-TOUT pronom indéfini nominal

Il représente un ensemble de personnes ou de choses.

La patience n'est pas donnée à tous.

Tout, dans vos gestes, me rappelle votre mère.

C'est tout.

Tout est là.

Ce sera tout ou rien.

Proverbes. Tout passe, tout lasse, tout casse.

Tout est bien qui finit bien.

Etc.

 

2c-Comme TOUT (familier) = Extrêmement

Il est beau comme tout

 

2d-en TOUT = À tous égards, en tous points.

Il est bon en tout ? Est-ce possible ?

 

3-TOUT adverbe

 

3a-Qu'est-ce qu'un adverbe ?

Un adverbe est un mot invariable qui modifie ou détermine le sens d'un verbe (travailler plus), d'un adjectif (vraiment jolie), d'un autre adverbe (trop loin), d'une préposition (très près de...), parfois d'un nom (tout émotion)

Une locution adverbiale est un syntagme formé de plusieurs mots (à jamais, tout de suite, tout en haut, n'importe comment, en revanche...).

 

3b-L'adverbe TOUT

ou l'indéfini TOUT employé adverbialement

- devant un adjectif, un adverbe : très, entièrement, totalement absolument

Il était rouge de colère, tout rouge. (+ adjectif)

Regarde maman, mon jouet est tout cassé. (+ participe passé employé comme adjectif) 

Je savais faire cela quand j'étais tout jeune.

C'est son portrait tout craché !

Vous me parlez tout doucement, s'il vous plaît ! (+ adverbe)

Tout autrement, tout bonnement, tout bêtement, tout crûment, tout différemment, tout doucement, etc.

Il me l'a donné tout brûlant. (+ participe présent employé comme adjectif)

 

3c-L'adverbe TOUT peut-être variable.

Athéna est sortie tout armée de la tête de Zeus, et aussitôt toute prête à rejoindre les dieux de l'Olympe.

Les adverbes sont généralement invariables, sauf TOUT dans un cas précis, pour raison d'euphonie (pour que ce soit plus agréable à l'oreille) quand il précède un adjectif au féminin qui commence par une CONSONNE, ou un H ASPIRÉ

On écrira : une femme toute honteuse (h aspiré), toute menue, toute belle. Mais une femme tout épanouie, une chevelure tout hirsute (h muet, on fait la liaison)

Je suis toute tremblante et tout ébaubie lorsque tu parais devant moi.

Pour en savoir + lire l'article : La liaison, l'élision, l'enchaînement, la disjonction, le H muet, le H aspiré, le Y, etc.

 

- devant un substantif

Tout gosse, je n'en menais pas large. (familier)

Elle se sent toute chose. (familier)

Regardez donc cet athlète, il est tout muscles.

(tout invariable devant des expressions consacrées comme :

Je suis tout yeux tout oreilles.

Il est tout ouïe

Nous étions tout feu tout flamme.

Quand il me voit, il est tout sucre et tout miel.

 

- renforce un substantif épithète ou attribut - rare, littéraire ou vieilli (tout est généralement invariable)

On voudrait être tout indulgence.

Mon petit-fils Victor est tout spontanéité, il est tout imagination.

Elle est toute fantaisie.

Dans ce cas TOUT peut être aussi considéré comme un adjectif. (Voir le §1)

 

- dans les locutions prépositives : tout le long de, tout au long de

Il se promène tout le long de la rivière.

 

3d-TOUT AUTRE 

Tout est un adverbe invariable dans le sens de complètement, tout à fait, entièrement différent.

L'expression tout autre s'accompagne le plus souvent d'un article indéfini, un, une.

C'est une tout autre histoire. Une histoire entièrement différente.

Voir ci-dessus TOUT adjectif indéfini dans TOUT AUTRE, TOUTE AUTRE, variable dans le sens de n'importe quel(le) autre.

 

3e-être TOUT(E) à quelqu'un

Cf. Littré : Je suis tout à vous, formule de politesse, signifiant : je suis tout disposé à faire ce qui vous sera agréable. Elliptiquement. Tout à vous, se dit dans les formules de salutation par lesquelles on finit une lettre. En ce sens, une femme écrit : je suis tout à vous.

 

être TOUT à vous = entièrement à vous 

Je suis tout vôtre, je vous suis entièrement dévoué.

 

Cas où le sens implique un sentiment amoureux 

Je suis toute à vous.

Elle était toute à moi. 

 

3f-être TOUT(E) à quelque chose = être entièrement pris par quelque chose

Elle était toute à l'attention qu'elle portait à son travail.

 

Ne pas confondre avec l'adjectif indéfini, déterminant variable, tout autre, toute autre, si on peut le remplacer par n'importe quel autre, n'importe quelle autre.

Était-ce dû à l'émotion gastronomique, qui, comme toute autre émotion, ne peut s'exprimer que par la langue du coeur ? Cf. Les Délires n° 101

 

3g-TOUT ... que locution conjonctive marquant la concession,

avec l'indicatif ou le subjonctif

TOUT + adjectif + que

Tout bête qu'il était, il n'était pas moins homme.

Tout bête qu'il fût...

TOUT + substantif + que

Tout avocat que vous êtes, vous pourriez vous tromper.

Tout avocat que vous soyez...

Pour en savoir + lire le § 49 dans : Valeurs et emplois du subjonctif

 

3h-Quelques locutions adverbiales avec TOUT

à toute allure, en toute hâte, en toute liberté, en toute simplicité, en toute conscience, au tout début, etc.

                 Voir : Qu'est-ce qu'une locution ?

 

3i-TOUT qui renforcent des locutions adverbiales

Tout à son aise, tout à loisir, tout au contraire, tout de travers, tout du long, tout à la fois, tout à côté, tout au bout, tout en haut, tout en bas, tout d'abord etc.

 

Locutions

Être tout feu tout flamme pour quelque chose ou quelqu'un, être tout yeux, tout oreilles, être tout ouïe, être tout sucre et tout miel, etc.

 

Locutions figées

Tout à coup, tout à fait, tout à l'heure, tout de bon, tout de même, etc.

 

TOUT devant un gérondif

Il n'avait pas une minute à perdre ; il me parlait tout en se rasant.

 

TOUT avec un adjectif

tout-électrique ou tout électrique, tout-confort ou tout confort, etc.

 

TOUT devant les tissus, les matériaux

Un vêtement tout soie, tout laine, etc.

Regarde ma belle robe, elle est tout soie.

 

TOUTE dans les commandements

En avant toute, en arrière toute, à droite toute, etc.

 

4-TOUT substantif masculin

 

un tout, le tout, mon tout

du tout, du tout au tout, pas du tout, rien du tout, etc.

populaire, argot : et (tout) le toutim

.......................................................................

Eh bien, c'est à peu près tout. Si vous voulez en savoir plus, allez donc visiter le site du CNRS (Cnrtl) où vous trouverez Le Trésor de la Langue Française et les Dictionnaires de l'Académie, entre autres.

 

Croyez que je suis grammaticalement tout à vous,

mamiehiou 

 

Récapitulation des articles : "Ne pas confondre... "

LE FRANÇAIS DANS TOUS SES ÉTATS

ACCUEIL & SOMMAIRE

Correction de l'exercice

Qu'écririez-vous : TOUT ou TOUTE ?

Après avoir lu les explications, vous aurez écrit bien justement :

Il est tout imagination (l'adverbe tout renforce le substantif, 3c)

OU toute imagination (l'adjectif indéfini détermine le substantif)

C'est une tout autre histoire. (1f)

Elle est tout à moi. OU Elle est toute à moi (selon le sens). (3e)

Je suis tout émue. (3c)

Elle est sortie tout armée de la tête de Zeus. (3c)

Je suis tout ouïe. (3i)

> Retour au début de l'article

ACCUEIL

Récapitulation des articles : Ne pas confondre

Tous les articles du blog

Articles classés par catégories (tags)

Repost 0
Published by mamiehiou.over-blog.com - dans Le français dans tous ses états
commenter cet article
8 février 2012 3 08 /02 /février /2012 19:17

ACCUEIL

Tous les articles du blog

Pour retrouver un mot dans l'article Ctrl f

En linguistique, "l'agglutination consiste en ce que deux ou plusieurs termes originairement distincts, mais qui se rencontraient fréquemment en syntagme au sein de la phrase, se soudent en une unité absolue ou difficilement analysable."

Ferdinand de Saussure, linguiste suisse - 1857-1913

 

Des conjonctions, des adverbes, des prépositions, des noms, des pronoms, des verbes, se sont agglutinés.

Exemples :

lorsque (lors + que), puisque (puis + que), quoique, parce que

parmi, malgré, hormis, aussitôt, bientôt, sitôt, plutôt

deçà, delà, dessus, dessous, dedans, dehors

pourtant, déjà, autrefois, parfois, toutefois

toujours, jamais (anc. français jà  = déjà + mais = plus)

aussi, autant

jadis (ancien français jà a dis = il y a déjà des jours )

 naguère (ancien français n’a guère)

cependant (pendant ce)

dorénavant (d’or en avant)

désormais (dès or mais)

aujourd'hui (au jour d’hui, hui signifiant aujourd'hui)

Etc.

Certaines personnes disent fautivement : au jour d'aujourd'hui ce qui comporte trois fois le mot jour ! À éviter.

 

Mots agglutinés

en (pronom) + verbe

enlever, entraîner, emporter, emmener, s’enfuir, s’envoler, s'ensuivre...

 

entre (préposition)

entrouvrir, s’entraider, entrapercevoir ou entr'apercevoir (le Trésor), un entre-aperçu,

entracte, entrecôte, entrecuisse, entrejambe ou entre-jambes, entrepont, entre-temps ou entretemps, entrevoie ou entre-voie...

 

arrière (adverbe)

arrière-boutique, arrière-pensée, arrière-grand-père, arrière-arrière-petit-fils.

 

avant (préposition)

avant-hier, avant-scène, avant-veille, avant-dernier, avant-guerre.

 

contre (préposition)

contre-allée, contrordre, contre-courant, contrecoup contre-amiral et contre-ut, contrepoison, contrevent.

 

en pronom + verbe

enlever, entraîner, emporter, emmener, s’enfuir, s’envoler, s'ensuivre...

 

entre (préposition)

Entre suivi de a, i, o ou u s'agglutine avec le mot qui suit.

entrouvrir, s’entraider, entrapercevoir ou entr'apercevoir (le Trésor), un entre-aperçu, entracte, entrecôte, entrecuisse, entrejambe ou entre-jambes, entrepont, entre-temps ou entretemps, entrevoie ou entre-voie...

 

grand (adjectif)

Dans sa 8e édition (1932-1935), l'Académie a remplacé l’apostrophe par un trait d’union dans les composés du type grand’mère >> grand-mère

 

sans (préposition)

sans-gêne, sans -papiers.

 

sous (préposition)

sous-bail, sous-lieutenant, sous-vêtement, sous-équipement, sous-main, sous-développé...

 

sur (préposition)

survêtement, surproduction, suraigu, surfin, surdéveloppé, sur-le-champ...

 

non (adverbe)

nonobstant, nonchalant,

le nonchaloir (nonchalance, paresse, inaction)

suivi du trait d'union :

Le non-être, le non-moi, le non-sens, le point de non-retour, la non-violence, la non-mitoyenneté, la non-apparition, le non-amour, la non-reconnaissance, la non-fiction, le non-droit, la non-pratique

 

presque (adverbe)

On a une disjonction après presque sauf dans presqu’île.

La presque unanimité, la presque certitude

 

quasi (adverbe)

Il est suivi d'un trait d'union.

la quasi-totalité, la quasi-ignorance, la quasi-certitude

 

e- (électronique)

e-mail, e-commerce, e-médecine, e-pharmacie, e-administration

 

nom + nom

timbre-poste, malle-poste, wagon-lit, pause café, télé couleur

bébé-éprouvette contrôle-radar, centre-ville, Nord-Vietnam, bureaucratie

automobile, auto-école, autoroute, radio-reporter, ciné-roman, photocopie, télédistribution, cybercafé, cyberculture, cybernétique

infogérance, inforoute, informatique, internaute, internet

sourd-muet, bracelet-montre, montre-bracelet, porte-fenêtre, bar-tabac, wagon-restaurant, canne-parapluie, Alsace-Lorraine, chou-fleur, oiseau-mouche

avec -o- : boulodrome, cocaïnomane, gazomètre, francophone soûlographie

 

verbe + verbe

tournevirer, virevolter, chausse-trape, virevolte, cache-cache, passe-passe, pousse-pousse, prêchi-prêcha (ou chaussetrappe, passepasse, poussepousse, prêchiprêcha)

 

adjectif (ou nom) + adjectif

(avec -o-) franco-russe, germano-soviétique, sino-japonais, austro-hongrois politico-culturel

 

verbe + nom

Au pluriel, s ou x à la fin des noms formés d’un verbe + un nom

un couvre-lit, des couvre-lits, un porte-drapeau, des porte-drapeaux, un casse-noisette, des casse-noisettes, un essuie-main, des essuie-mains, un porte-avion, des porte-avions, un perce-neige, des perce-neiges, un appui-tête, des appuis-tête ou un appuie-tête, des appuie-tête, un garde-meuble ou un garde -meubles, des garde-meubles (lieu), garde-manger/invariable, un aide-maçon, des aides-maçons, aide-mémoire/invariable, faire-part/invariable

Le pluriel de soutien-gorge est indécis, on écrit le plus souvent des soutiens-gorge.

 

Remarques

L’Académie (1935) supprime le trait d'union : portefaix, portefeuille, portemanteau...

 

En 1990, le Conseil supérieur de la langue française recommande porteclé, portecrayon, portemine, portemonnaie, portevoix, tirebouchon, couvrepied et les mots composés avec tout, faitout mangetout, passepartout, pluriel des crochepieds, des brisetouts, etc.

L’Académie 2000 recommande le pluriel des gagne-petits.

 

préposition + nom

s au pluriel

un à-pic, des à-pics, un à-coup, des à-coups

 

verbe + complément prépositionnel

en général invariable

des boute-en-train, des pince-sans-rire, des tire-au-flanc, des touche-à-tout, un vol-au-vent au pluriel : des vol-au-vent ou vols-au-vent...

 

verbe + nom complément

le pousse-café, un tire-botte, un porte-drapeau...

 

participe présent + nom

les ayants cause, les ayants droit...

 

Agglutination avec

hélio-, pyro-, auto-, ciné-, photo-, radio-, télé-, cyclo-, aéro-, anti-, archi-, crypto-, ex-, extra-, hyper-, hypo-, micro-, mini-, néo-, poly-, mono-, post-, pré-, pseudo-, semi-, simili-, super-, supra-, ultra-, méga-, vice-, para-, inter-, pro-, bi-, tri-, quadra-, quadri,- multi-, omni-, péri-, juxt-, etc.

Certains éléments sont proches des préfixes.

 

Les listes de mots cités ne sont pas exhaustives

 

Le contraire de l'agglutination : la déglutination (mauvaise coupure) : m'amie, ma mie - la griotte, l'agriotte - la merise (l'amerise, l'amère cerise)

oooooooooooooooooooooooooooooo

Je jette un coup d'oeil dans le Littré  

On lit dans sa deuxième édition (1872-1877)

ENTR'ABATTRE (S') ENTR'ABORDER (S') ENTR'ACCOLER (S') ENTR'ACCORDER (S') ENTR'ACCROCHER (S') ENTR'ACCUSER (S') ENTR'ACTE ENTR'ADMIRER (S') ENTR'ADMONESTER (S') ENTR'AFFRONTER (S') ENTR'AIDER (S') ENTR'AIGUISER (S') ENTR'APERCEVOIR ENTR'APPELER (S') ENTR'APPRENDRE (S') ENTR'APPROCHER (S') ENTR'ARQUEBUSER (S') ENTR'ASSASSINER (S') ENTR'ASSIGNER (S') ENTR'ASSOMMER (S') ENTR'ATTAQUER (S') ENTR'AVERTIR (S') ENTR'AVOUER (S') ENTR'AVOUER (S') ENTRE-BÂILLER ENTRE-BAISER (S') ENTRE-BATTRE (S') ENTRE-BIENFAIRE (S') ENTRE-BLESSER (S') ENTRE-BRISER (S') ENTRE-CARESSER (S') ENTRE-CASSER (S') ENTRE-CÉDER (S') ENTRE-CHARGER (S') ENTRE-CHERCHER (S') ENTRE-CHÉRIR (S') ENTRE-CHOQUEMENT ENTRE-CHOQUER (S') ENTR'ÉCLAIRCIR (S') ENTRE-CLORE ENTRE-COMBATTRE (S') ENTRE-COMMUNIQUER (S') ENTRE-CONFESSER (S') etc.

J'arrête ici la liste inachevée. >> Dictionnaire Littré

Je vous signale qu'on ne retrouve pas tous ces mots bien savoureux dans le Trésor  ni dans le Dictionnaire de l'Académie, parce que leur orthographe a été modifiée.

> Lexicographie- Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales

oooooooooooooooooooooooooooooo

 

La nouvelle orthographe - l'orthographe réformée

Le Premier ministre Michel Rocard a créé en 1989 un Conseil supérieur de la langue française, chargé de veiller, dans divers domaines, sur le destin et la qualité du français, et aussi de préparer, non pas une réforme de l’orthographe, ce que M. Rocard excluait explicitement, mais des rectifications portant sur cinq points. Ceci a été réalisé, en grande partie, dans un rapport publié le 6 décembre 1990 dans le Journal officiel de la République française.

>>Réforme de l'orthographe - L'orthographe recommandée aux enseignants - Lexique

 

RAPPORT DU CONSEIL SUPÉRIEUR DE LA LANGUE FRANÇAISE
publié dans les documents administratifs
du
Journal officiel du 6 décembre 1990

Principes

Extrait :

Au-delà même du domaine de l’enseignement, une politique de la langue, pour être efficace, doit rechercher la plus large participation des acteurs de la vie sociale, économique, culturelle, administrative. Comme l’a déclaré le Premier ministre, il n’est pas question de légiférer en cette matière. Les édits linguistiques sont impuissants s’ils ne sont pas soutenus par une ferme volonté des institutions compétentes et s’ils ne trouvent pas dans le public un vaste écho favorable. C’est pourquoi ces propositions sont destinées à être enseignées aux enfants — les graphies rectifiées devenant la règle, les anciennes demeurant naturellement tolérées ; elles sont recommandées aux adultes, et en particulier à tous ceux qui pratiquent avec autorité, avec éclat, la langue écrite, la consignent, la codifient et la commentent.

On sait bien qu’il est difficile à un adulte de modifier sa façon d’écrire. Dans les réserves qu’il peut avoir à adopter un tel changement, ou même à l’accepter dans l’usage des générations montantes, intervient un attachement esthétique, voire sentimental, à l’image familière de certains mots. L’élaboration des présentes propositions a constamment pris en considération, en même temps que les arguments proprement linguistiques, cet investissement affectif. On ne peut douter pourtant que le même attachement pourra plus tard être porté aux nouvelles graphies proposées ici, et que l’invention poétique n’y perdra aucun de ses droits, comme on l’a vu à l’occasion des innombrables modifications intervenues dans l’histoire du français.

Le bon usage a été le guide permanent de la réflexion. Sur bien des points il est hésitant et incohérent, y compris chez les plus cultivés. Et les discordances sont nombreuses entre les dictionnaires courants, ne permettant pas à l’usager de lever ses hésitations. C’est sur ces points que le Premier ministre a saisi en premier lieu le Conseil supérieur, afin d’affermir et de clarifier les règles et les pratiques orthographiques.

oooooooooooooooooooooooooooooo

 

Lire aussi sur ce blog les articles :

> Y a-t-il un trait d'union ou pas ? Au delà ou au-delà ? Par delà ou par-delà ? AU ou PAR ou EN etc. + deçà, delà, devant, derrière, avant, arrière, dessus, dessous, dedans, dehors, haut, bas.

> Ne pas confondre : trait d'union et tiret

ACCUEIL

Tous les articles du blog

 

Repost 0
Published by mamiehiou.over-blog.com - dans Le français dans tous ses états
commenter cet article
6 février 2012 1 06 /02 /février /2012 08:21

LES DÉLIRES Tous les épisodes

ACCUEIL & SOMMAIRE

Tous les articles du blog

 

Sitôt que j'eus poussé la porte de la pièce protégée où je l'avais confiné, monsieur Pro se leva, confus et bredouillant.

« Vous voilà reposé ? lui demandai-je.

— Merci... merci pour tout... pour votre courage... votre générosité... »

Je le laissai parler sans lui poser aucune question qui eût pu le mettre dans l'embarras. Il allait livrer, sans aucun doute, les motifs de sa venue chez moi.

« Je n'ai nulle part où aller... Je suis traqué... perdu... et personne à qui me fier... excepté vous... »

Il dut reprendre son souffle, l'émotion lui nouant la gorge.

« Rasseyez-vous, lui dis-je avec sollicitude. Je vous l'ai dit. Ici, vous ne craignez rien.

— Je ne suis pas venu pour échapper à mon sort. Je suis venu pour vous... et pour les autres... peut-être. »

Il s'arrêta quelques instants ; sa respiration se fit plus régulière.

 

Je m'étais installée sur un petit cabriolet, bien en face de lui, pour mieux le regarder, et je m'étonnais que son visage fût parsemé de rides. Était-ce le tourment qui l'avait ainsi marqué ? Était-ce la vieillesse qui faisait son oeuvre ? Rien n'aurait pu laisser imaginer qu'à Utopinambourg la vieillesse eût droit de cité. La vieillesse, aucun de mes concitoyens lambda n'en connaissait les signes, encore moins les affres.

 

Qu'était-il donc advenu de lui depuis notre rencontre ? Il y avait si peu de temps encore ; tout juste quelques mois ? Fallait-il qu'en ce pays que je croyais protégé de toute maladie, je pusse voir quelqu'un portant les stigmates d'un état qui ne laissait aucun doute ? Et comment se faisait-il que je les connaissais, ces signes de la sénescence, que personne, jamais, n'avait vus, dont personne, jamais, ne parlait ? Je songeai alors à Marie Cratère. C'était sur elle que je les avais remarqués : ses rides profondes, ses cheveux blancs, mais sur nul autre — ceux qui s'y connaissent quelque peu en gériatrie ajouteraient : ni démarche hésitante, ni voix chevrotante — et sa pensée et sa mémoire étaient aussi vives que si elle avait eu vingt ans. Marie Cratère — je frémis à son souvenir — la vieille Marie Cratère qui m'avait hébergée alors que j'étais perdue et dans le plus grand désarroi, celle-là même qui s'était livrée aux pires exactions sur ma personne.

 

J'attendais, impatiente, que monsieur Pro se livrât à moi.

« Quand vous saurez, me dit-il, vous comprendrez que vous courrez un grand danger... si jamais... 

Si jamais ? demandai-je.

Si jamais vous vous risquez à rendre public ce que je vais vous dire. »

Ce préambule n'augurait rien de bien rassurant. Je brûlais d'entendre la suite du discours.

Monsieur le sous-gouverneur inspira profondément et se résolut à me dévoiler son secret.

« Notre cité sort tout droit de l'imagination d'un être d'une intelligence supérieure, mais dont la prétention n'a d'égale que sa puissance. Pour échapper à une civilisation vouée à une lente décomposition, ou pire, à une destruction inéluctable — ne fallait-il pas se soustraire à la banalisation et la surmédiatisation du mal1, au terrorisme, à la pollution, à la menace nucléaire... ? cet être enfin, dont je n'ose prononcer le nom, imagina de construire Utopinambourg comme un havre capable de protéger une petite partie de l'humanité, microcosme que vous connaissez, mademoiselle Oli, un monde en réduction où vous vivez présentement, avec vos concitoyens tout aussi ignorants de leur passé que s'ils venaient de sortir du ventre de leur mère.

Cet univers en miniature, construit de toutes pièces par un groupe de scientifiques et de techniciens de haut niveau, les Maîtres d'Utopinambourg, c'était le dessein qu'ils avaient formé pour soustraire au monde corrompu quelques humains, triés sur le volet°, qui auraient vivre dans la plus grande plénitude, loin de la tyrannie et des malheurs auxquels ils auraient échappé, dans une cité parfaite où auraient régné l'ordre et la beauté, le luxe, le calme et la volupté2, une cité où même les nuages seraient merveilleux3.

« Personne ne manquerait de rien, se dirent-ils. Chacun se livrerait à ce qu'il aime, et surtout... la maladie et la mort en seraient bannies. »

 

Monsieur Pro poussa un long soupir de regret et fit une courte pause. Puis il reprit :

« C'était sans compter que la nature humaine serait toujours et irrémédiablement partagée entre le Bien et le Mal. L'homme, dès lors qu'il se sent libéré de toute contrainte, dès lors qu'on lui propose tout le bonheur possible, ne se résout aucunement à profiter de cette chance inouïe, mais aussitôt se livre à des exactions coupables envers ses semblables.

Utopinambourg, ma chère petite Oli, est un fiasco monumental. Ce n'est aujourd'hui que par la force, la répression policière, que l'on fait régner l'ordre... un semblant d'ordre.

Big Brother4, murmurai-je, ou bien quelqu'un, quelque chose qui lui ressemble.

C'est cela même, acquiesça monsieur Pro. C'est cela même... »

 

Il ne m'en dit pas plus. Je restai sur ma faim°. Mais le plus dur à avouer était d'ores et déjà dévoilé. J'étais sûre maintenant qu'il y avait, au-delà des frontières invisibles et infranchissables d'Utopinambourg, un autre monde, un monde ancien d'où j'étais issue, un monde d'où l'on m'avait tirée, sans que je pusse me défendre.

Comment me résoudre désormais à garder par devers-moi ce secret qu'on m'avait confié ? Et si je le révélais, ne craindrais-je pas qu'il ne subvertît les esprits, qu'il ne provoquât un soulèvement et des affrontements tels que taire la vérité serait un moindre mal ?

Devrais-je rester à l'avenir dans le dédoublement ? Je serais celle qui sait et qui se tait, et celle qui se tait tout en souffrant de savoir.

...................... 

1"...la banalisation et la surmédiatisation du mal : cash, crash, krach, trash et flash, en temps réel et en prime time ...

lire la page 105 du livre de Hervé Etchart, 2003.

Le Démon et le Nombre 

(voir l'aperçu sur la toile) 

Le Démon et le Nombre - Résultats Google Recherche de Livres

Le Démon et le Nombre est une réflexion sur notre société occidentale d'aujourd'hui. Des thèmes qui s'affrontent, le Bien et le Mal, la folie et la raison, la religion et la science, thèmes abordés de tous temps chez les philosophes, les théologiens, les hommes de sciences...

 

2 Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
   Luxe, calme et volupté.
 

extrait de L'invitation au Voyage

de Charles Baudelaire 1821 - 1867

Les Fleurs du mal, Spleen et Idéal

Lire L'invitation au voyage

dans Poèmes d'amour – Tome 2 - Florilège proposé par mamiehiou

 

3 Les nuages, les merveilleux nuages.

dans L'étranger de Charles Baudelaire - Petits Poèmes en Prose

Lire le poème à la fin de l'article.

Les merveilleux nuages (1961)

Titre du roman de Françoise Sagan

 

4 Big Brother

dans1984 le roman de George Orwell

Voir la note du texte :  63 Délires sur Big Brother

Et

Pour lire la rencontre avec Marie Cratère, voir Les Délires N°16

Pour lire la rencontre avec monsieur Pro, voir Les Délires N°81

 

NOTES

Sitôt que j'eus poussé la porte de la pièce protégée où je l'avais confiné, monsieur Pro se leva

Sitôt que j'eus poussé (passé antérieur)

voir la locution conjonctive de temps > Sitôt que

 

monsieur Pro ou Monsieur Pro ?

> Quand faut-il mettre une majuscule à Monsieur, Madame, Mademoiselle, etc ? Comment abréger ces mots ? 

 

Je le laissai parler sans lui poser aucune question qui eût pu le mettre dans l'embarras.

qui eût pu, subjonctif plus-que-parfait à valeur de conditionnel (conditionnel passé deuxième forme)

> qui aurait pu le mettre dans l'embarras

 

je m'étais installée sur un petit cabriolet

Un cabriolet, ici, un fauteuil léger à dossier cintré.

 

Je m'étonnais que son visage fût parsemé de rides

fût subjonctif imparfait

subjonctif dans une conjonctive qui dépend d'un verbe exprimant un sentiment, je m'étonnais.

imparfait dû à la concordance des temps, la proposition principale étant au passé.

Au présent on a : je m'étonne que son visage soit parsemé...

 

ces signes de la sénescence que personne, jamais, n'avait vus

La sénescence, ensemble des phénomènes non pathologiques qui affectent le corps humain à partir d'un certain âge que l'on associe à la vieillesse.

 

Quand vous saurez, me dit-il, vous comprendrez que vous courrez un grand danger si jamais

Vous courrez, futur / vous courez, indicatif présent / vous courriez, conditionnel présent

Si jamais, voir >Jamais, ne jamais, jamais plus, au grand jamais, à jamais, si jamais, oncques... + Adverbes et locutions adverbiales de temps

 

la vieillesse n'avait pas droit de cité à Utopinambourg

Le droit de cité, c'est la jouissance de tous les droits du citoyen, membre d'une cité.

 

aucun de mes concitoyens lambda (ou lambdas) n'en connaissaient les affres

Lambda, le L grec 

adjectif et substantif, banal, quelconque, moyen

Des lambda, des citoyens lambda.

La nouvelle orthographe permet le s

> Réforme de l'orthographe - L'orthographe recommandée aux enseignants - Lexique

Les affres, substantif féminin pluriel. Très grande angoisse, épouvante.

Les affres de la mort, les affres de l'amour (les tourments)

 

Fallait-il que je pusse voir quelqu'un portant les stigmates

Je pusse subjonctif imparfait

subjonctif dans la conjonctive après falloir

imparfait, le verbe de la principale il fallait est au passé, concordance des temps.

Voir l'article :  Valeurs et emplois du subjonctif 

 

Trier sur le volet°, sélectionner soigneusement le meilleur.

 

par devers soi, ou par devers-soi, au fond de son esprit ou de son coeur. Cf. Littré

On ne fait pas la liaison si devers est suivi d'une voyelle. Cependant quelques-uns lient.

par devers / eux ou par devers-z-eux

 

quelques humains qui auraient dû vivre dans la plus grande plénitude 

> Ne pas confondre : du dû dus dut, due, dues, et dût

 

Je restai sur ma faim

Rester sur sa faim°  Ne pas manger à satiété.

Sens figuré, être déçu de ne pas obtenir ce que l'on attend.

 

un monde ancien d'où j'étais issue

issu, issue, adjectif dérivé du verbe issir, défectif.

> Les verbes défectifs - Pour peu qu'il vous en chaille !

 

Ne craindrais-je pas qu'il ne subvertît les esprits, qu'il ne provoquât un soulèvement

L'explétif Ne, voir l'article NE explétif - Quand peut-on l'employer ? - sans que je (ne) - avant que je (ne) - je crains que tu (ne) - j'empêche que tu (ne) - je m'attends à ce que tu (ne) - je ne nie pas que tu (ne)...

subvertir, mettre sens dessus dessous, renverser. 

......................

L'ÉTRANGER, Baudelaire, Petits poèmes en prose, I (1869)

—  Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis ? ton père, ta mère, ta soeur ou ton frère?
—  Je n'ai ni père, ni mère, ni soeur, ni frère.
—  Tes amis ?
—  Vous vous servez là d'une parole dont le sens m'est resté jusqu'à ce jour inconnu.
—  Ta patrie ?
—  J'ignore sous quelle latitude elle est située.
—  La beauté ?
—  Je l'aimerais volontiers, déesse et immortelle.
—  L'or ?
—  Je le hais comme vous haïssez Dieu.
—  Eh ! qu'aimes-tu donc, extraordinaire étranger ?
—  J'aime les nuages... les nuages qui passent... là-bas... là-bas... les merveilleux nuages !

 

<< 141 Délires qui plongent dans l'inconscient - « On ne renie pas son enfance ; on l'enfouit au fond de son coeur... »* 

>> 143 Délires sur l'incrédulité de Lio- « Qui sait souffrir peut tout oser. »

 

LES DÉLIRES Tous les épisodes

ACCUEIL & SOMMAIRE

Articles classés par catégories (tags)

Tous les articles du blog

Repost 0
Published by mamiehiou.over-blog.com - dans LES DELIRES
commenter cet article

Présentation

  • : LE BLOG DE MAMIEHIOU - La langue française telle qu'on l'aime  De la grammaire, des exercices divers, des dictées commentées, des histoires, des textes d'auteurs, des infos pratiques...
  • : Pour tous ceux qui aiment la langue française. Son histoire, sa grammaire et son orthographe. Des dictées commentées, des exercices ébouriffants, un florilège de textes d'auteurs, etc.
  • Contact

Mon Profil

  • mamiehiou.over-blog.com
  • J'aime trop les mots pour les garder par-devers moi - au fond de mon coeur et de mon esprit. Ils débordent de mes pensées en contes drolatiques, avec des quiz et des digressions sur la langue.
  • J'aime trop les mots pour les garder par-devers moi - au fond de mon coeur et de mon esprit. Ils débordent de mes pensées en contes drolatiques, avec des quiz et des digressions sur la langue.

Mon blog

Amoureuse des mots, je cherche comment faire partager ma passion. Il y a tant à découvrir dans les bibliothèques du monde, tant de mots à connaître intimement pour affiner notre pensée, tant de mots qu'on n'entend plus sur nos lèvres, enfermés qu'ils sont dans des livres poussiéreux. Il ne tient qu'à nous de les faire revivre et de les faire chanter. Notre langue, si belle, si riche, demande qu'on la respecte, qu'on la préserve, qu'on s'en amuse et qu'on la chérisse. Mamiehiou ............................................................................................................................................................................................ ...................................;....................................................................... « La langue française est une femme. Et cette femme est si belle, si fière, si modeste, si hardie, touchante, voluptueuse, chaste, noble, familière, folle, sage, qu'on l'aime de toute son âme, et qu'on n'est jamais tenté de lui être infidèle. » Anatole France ....................................................... ............... ................................................................................................................. « C'est une langue bien difficile que le français. À peine écrit-on depuis quarante-cinq ans qu'on commence à s'en apercevoir. » Colette

Rechercher Un Mot Du Blog