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15 juillet 2011 5 15 /07 /juillet /2011 21:12

FLORILÈGE

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Un florilège de textes sélectionnés par mamiehiou

 .                                                                                                    .

 

-2-

 

Les Confessions

 

Saint Augustin (354 – 430)

 

Évêque d'Hippone* 

Père de l'Eglise  
 

Son père était africain, citoyen romain,

et sa mère, Sainte Monique était berbère, non romanisée.

 

Livre deuxième

Chapitre IV, 9 

Le larcin est condamné par votre loi divine, Seigneur, et par cette loi écrite au coeur des hommes, que leur iniquité même n’efface pas. Quel voleur souffre volontiers d’être volé ? Quel riche pardonne à l’indigent poussé par la détresse ? Eh bien ! moi, j’ai voulu voler, et j’ai volé sans nécessité, sans besoin, par dégoût de la justice, par plénitude d’iniquité ; car j’ai dérobé ce que j’avais meilleur, et en abondance. Et ce n’est pas de l’objet convoité par mon larcin, mais du larcin même et du péché que je voulais jouir. Dans le voisinage de nos vignes était un poirier chargé de fruits qui n’avaient aucun attrait de saveur ou de beauté. Nous allâmes, une troupe de jeunes vauriens, secouer et dépouiller cet arbre, vers le milieu de la nuit, ayant prolongé nos jeux jusqu’à cette heure, selon notre détestable habitude, et nous en rapportâmes de grandes charges, non pour en faire régal, si toutefois nous y goûtâmes, mais ne fût-ce que pour les jeter aux pourceaux : simple plaisir de faire ce qui était défendu.

 

Voici ce coeur, ô Dieu ! ce coeur que vous avez vu en pitié au fond de l’abîme. Le voici, ce coeur ; qu’il vous dise ce qu’il allait chercher là, pour être gratuitement mauvais, sans autre sujet de malice que la malice même. Hideuse qu’elle était, je l’ai aimée ; j’ai aimé à périr ; j’ai aimé ma difformité ; non l’objet qui me rendait difforme, mais ma difformité même, je l’ai aimée ! Âme souillée, détachée de votre appui pour sa ruine, n’ayant dans la honte d’autre appétit que la honte !
 

Chapire VI, 1

Qu’ai-je donc aimé en toi, malheureux larcin, crime nocturne de mes seize ans ? Tu n’étais pas beau, étant un larcin ; es-tu même quelque chose, pour que je parle de toi ? Ces fruits volés par nous étaient beaux, parce qu’ils étaient votre oeuvre, beauté infinie, créateur de toutes choses, Dieu bon, Dieu souverain bien et mon bien véritable. Ces fruits étaient beaux ; mais ce n’était pas eux que convoitait mon âme misérable ; j’en avais de meilleurs en abondance; je ne les ai donc cueillis que pour voler. Car aussitôt je les jetai, ne savourant que l’iniquité, ma seule jouissance, ma seule joie. Si j’en approchai quelqu’un de ma bouche, je n’y goûtai que la saveur de mon crime.

Et maintenant, Seigneur mon Dieu, je cherche ce qui m’a plu dans ce larcin, et je n’y vois aucune ombre de beauté.
 

Chapitre VI, 14 [...]

Et moi, qu’ai-je donc aimé dans ce larcin ? En quoi ai-je imité mon Dieu ? faux et criminel imitateur ! Ai-je pris plaisir à enfreindre la loi par la ruse, au défaut de la puissance ; et, sous les liens de la servitude, affectant une liberté boiteuse, ai-je trouvé dans la faculté de violer impunément la justice une ténébreuse image de la Toute-Puissance ? C’est l’esclave qui fuit son maître et n’atteint qu’une ombre ! O corruption ! ô monstre de vie ! ô abîme de mort ! Ce qui était illicite a-t-il pu me plaire, et par cela seul qu’il était illicite ?

 

Chapitre VII, 15

Que rendrai-je au Seigneur qui délivre mon âme du trouble de ces souvenirs ? Que je vous aime, Seigneur, que je vous rende grâces et confesse votre nom, ô vous qui m’avez remis** tant de criminelles et abominables oeuvres ! À votre grâce, à votre miséricorde je rapporte d’avoir fondu la glace de mes péchés. À votre grâce je rapporte tout ce que je n’ai pas fait de mal. Eh ! de quoi n’étais-je point capable ayant aimé le crime sans intérêt ? Et je confesse que tout m’est pardonné, et le mal que j’ai fait de gré, et celui que m’a épargné votre miséricorde. [...]
 

Chapitre VIII, 16

Malheureux ! quel avantage trouvais-je donc alors dans ces actions, dont aujourd’hui la pensée me fait rougir (Romains. VI, 21), et surtout dans ce vol où je n’aimai que lui ; rien que lui, rien sans doute, car lui-même n’était rien… pour moi cependant un surcroît de misère ! et pourtant seul je ne l’eusse pas fait. Ma mémoire me représente bien mon âme alors ; non, seul, je ne l’eusse pas fait. C’est donc, en outre, la société de mes complices que j’ai aimée. J’ai donc aimé autre chose que le vol ? Mais quoi ? Rien ; car cela même encore n’est rien.

Qu’y a-t-il donc là en réalité ? Qui me l’enseignera, que Celui qui éclaire mon coeur en dissipe les ténèbres ? Quelle est enfin la cause de cet acte coupable ? Mon esprit la recherche ; il la poursuit ; il veut la pénétrer. Si j’aimais ces fruits, si je les désirais, que ne les volais-je seul ? Ne suffisait-il pas à ma convoitise de commettre l’iniquité sans envenimer par le frottement de la complicité les démangeaisons de mon désir ? Mais ce plaisir que ces fruits ne me donnaient pas, je ne le trouvais dans le péché que par cette association de pécheurs.
 

Texte rédigé en latin.

Traduction de M. Moreau, 1864.
 

*Hippone est aujourd'hui Annaba en Algérie, en arabe عنابة

**pardonné 


 

Jalons d'histoire :

À partir de 146 avant J.C. Rome conquiert des territoires en Afrique du Nord qui deviennent des provinces romaines (conquête et destruction de Carthage, la capitale punique)

Avec la conversion de l'empereur romain Constantin, en 312 après J.C., les chrétiens ne sont plus persécutés et le christianisme se répand. (Saint Augustin)

En 647 les armées arabes envahissent les provinces romaines et s'emparent de toutes les villes. Après avoir résisté, les Berbères se convertissent à l'Islam, religion de leurs vainqueurs.

 

Retrouvez d'autres textes dans  Florilège - La pensée des autres

 

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15 juillet 2011 5 15 /07 /juillet /2011 19:24

La clef des modes dans les subordonnées conjonctives

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À telle enseigne que, à telles enseignes que (conséquence)

indicatif

Emploi littéraire

synonymes : à tel point que, si cela est vrai que.

 

J'ai voulu trop bien faire, à telle enseigne que rien ne s'est passé comme je le voulais. 

Je lui ai donné toute ma fortune, à telles enseignes qu'il ne fait plus cas de moi aujourd'hui, l'ingrat !

 

"À telles enseignes que" a d'abord signifié "la preuve en est que", ce sens est archaïque.

 

>> Conjonctions de subordination et locutions conjonctives classées : cause conséquence but temps condition comparaison concession exception proportion manière conformité supposition addition alternative

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15 juillet 2011 5 15 /07 /juillet /2011 19:22

La clef des modes dans les subordonnées conjonctives

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>> (supposition, hypothèse) subjonctif

Locutions conjonctives de sens proche : 

à supposer que,

en supposant que,

supposé que,

admettons que,

en admettant que,

une supposition que,

supposition que (régional ou familier),

dans la supposition que (rare)  

 

voir le §55 dans Valeurs et emplois du subjonctif  

 

À supposer qu'elle coure plus vite que ce chien enragé, il ne lui mordra pas les fesses.


À supposer que vous me voyiez gagner au loto, vous continueriez à me guigner deux francs six sous, ou même mes cent millions d'euros, pauvre dépensière compulsive que vous êtes !

 

Remarque :

J'en suis réduite à supposer que vous ne m'aimez guère.

Dans ce cas, on n'a pas affaire à la locution conjonctive à supposer que.

La complétive que vous ne m'aimez guère est complément d'objet direct du verbe supposer

 

>> Conjonctions de subordination et locutions conjonctives classées : cause conséquence but temps condition comparaison concession exception proportion manière conformité supposition addition alternative

 

>> Récapitulation des articles sur le subjonctif

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15 juillet 2011 5 15 /07 /juillet /2011 19:21

La clef des modes dans les subordonnées conjonctives

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À proportion que  (proportion) indicatif, langue écrite. 

= à mesure que, au fur et à mesure que.

 

À proportion qu'on se spécialise, on touche à un moins grand nombre de domaines de connaissances.

À proportion que les chercheurs avancent dans leurs découvertes, ils se rendent compte des erreurs scientifiques passées, vérités qu'on croyait être inébranlables.

 

>> Conjonctions de subordination et locutions conjonctives classées : cause conséquence but temps condition comparaison concession exception proportion manière conformité supposition addition alternative

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15 juillet 2011 5 15 /07 /juillet /2011 19:15

La clef des modes dans les subordonnées conjonctives

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Après que (locution conjonctive de temps) est toujours suivi de l'indicatif.

Dans la langue courante on utilise de plus en plus le subjonctif après "après que" par analogie avec la locution "avant que". C'est une faute.

Voir le §38 dans Emplois du subjonctif 

 

L'action du verbe de la principale est postérieure à celle du verbe de la subordonnée introduite par "après que" (comme dans les subordonnées introduites par "dès que, aussitôt que, depuis que, une fois que, sitôt que (littéraire)". Voir ces conjonctions dans l'article récapitulatif à la fin de l'article.

On a dans tous les cas un temps composé dans la subordonnée. 

 

On ne punit jamais les coupables après qu'on a dit qu'ils n'étaient que responsables.

(a dit, passé composé)

Après qu'il m'eut serré très fort dans ses bras, il partit sans se retourner, l'hypocrite.

(eut serré, passé antérieur)

Je ne te demanderai plus rien après que tu m'auras rendu ce service, et à cette seule condition, vu ?

(aura rendu, futur antérieur)

J'ai réglé ma facture après que le mécanicien a eu réparé ma voiture.

(a eu réparé, passé surcomposé)

 

avant que, après que

Je pleure toujours avant que tu ne partes. subjonctif

NE explétif - Quand peut-on l'employer ?

Je pleure toujours après que tu es parti. indicatif

 

>> Conjonctions de subordination et locutions conjonctives classées : cause conséquence but temps condition comparaison concession exception proportion manière conformité supposition addition alternative

 

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15 juillet 2011 5 15 /07 /juillet /2011 19:05

La clef des modes dans les subordonnées conjonctives

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À (un) tel point que, à un point tel que, au point que (conséquence) indicatif

 

Tu as fait des efforts à tel point que rien n'est plus comme avant.

Il m'a fait des choses invraisemblables, à tel point que j'en ai perdu mon sang-froid coutumier.

 

Cas où l'on a le subjonctif, voir > Au point que

 

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15 juillet 2011 5 15 /07 /juillet /2011 18:47
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À preuve que, indicatif (familier, populaire) = preuve que

on a une proposition sujet d’une phrase averbale (sans verbe)   

-à preuve que est suivi du indicatif, le subjonctif est rare

 

Il a eu de bonnes notes ce mois à preuve que tout est possible.

Tu m'as apporté beaucoup de satisfaction cette fois à preuve que tu en es capable.

Tenez, les voilà dans ma poche, preuve que je ne les avais pas perdus.

 

> c'est bien la preuve que... voilà la preuve...

 

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15 juillet 2011 5 15 /07 /juillet /2011 18:40

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Entretiens – Livre II

 

Épictète  (50 – 125 ou 130 après J.C.)

 

Philosophe de l'Ecole Stoïcienne

 

VIII - En toutes choses, il faut faire ce qui dépend de soi, et du reste être ferme et tranquille. Je suis obligé de m'embarquer ; que dois-je donc faire ? Bien choisir le vaisseau, le pilote, les matelots, la saison, le jour, le vent, voilà tout ce qui dépend de moi. Dès que je suis en pleine mer, il survient une grosse tempête ; ce n'est plus là mon affaire, c'est l'affaire du pilote. Le vaisseau coule à fond, que dois-je faire ? Je fais ce qui dépend de moi, je ne criaille point, je ne me tourmente point. Je sais que tout ce qui est né doit mourir, c'est la loi générale ; il faut donc que je meure. Je ne suis pas l'éternité ; je suis un homme, une partie du tout, comme une heure est une partie du jour. Une heure vient et elle passe ; je viens et je passe aussi : la manière de passer est indifférente ; que ce soit par la fièvre ou par l'eau, tout est égal.

Texte rédigé en grec

Traduction de André Dacier (1651-1722)

 

Voir d'autres textes dans  Florilège - La pensée des autres

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15 juillet 2011 5 15 /07 /juillet /2011 18:36

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À part que (restriction) indicatif

= mis à part que, mis à part le fait que

  

Le travail est terminé à part que tu n'as rien fait.

Rien n'est plus comme avant à part que tu continues à m'offrir des fleurs, malgré tout.

 

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  • J'aime trop les mots pour les garder par-devers moi - au fond de mon coeur et de mon esprit. Ils débordent de mes pensées en contes drolatiques, avec des quiz et des digressions sur la langue.
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Amoureuse des mots, je cherche comment faire partager ma passion. Il y a tant à découvrir dans les bibliothèques du monde, tant de mots à connaître intimement pour affiner notre pensée, tant de mots qu'on n'entend plus sur nos lèvres, enfermés qu'ils sont dans des livres poussiéreux. Il ne tient qu'à nous de les faire revivre et de les faire chanter. Notre langue, si belle, si riche, demande qu'on la respecte, qu'on la préserve, qu'on s'en amuse et qu'on la chérisse. Mamiehiou ............................................................................................................................................................................................ ...................................;....................................................................... « La langue française est une femme. Et cette femme est si belle, si fière, si modeste, si hardie, touchante, voluptueuse, chaste, noble, familière, folle, sage, qu'on l'aime de toute son âme, et qu'on n'est jamais tenté de lui être infidèle. » Anatole France ....................................................... ............... ................................................................................................................. « C'est une langue bien difficile que le français. À peine écrit-on depuis quarante-cinq ans qu'on commence à s'en apercevoir. » Colette

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