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30 mars 2011 3 30 /03 /mars /2011 07:58

 LES DÉLIRES Tous les épisodes

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Le susmentionné lieutenant, dégingandé et tiré à quatre épingles°, voulut mettre de l'ordre dans ses troupes livrées quelque peu à elle-mêmes, lesquelles ne se souciaient aucunement de donner une bonne image de l'autorité et de l'impartialité dont elles eussent dû faire preuve. Sa voix tonitruante impressionna. Le silence revint.

Chacun se remit au travail — tout au moins le laissa croire — non sans quelques murmures.

Après m'avoir succinctement posé les questions d'usage en pareille circonstance, à savoir où je me trouvais à l'heure du crime et si je connaissais aux victimes des ennemis jurés, ou de simples ennemis tout au plus, mon interrogateur me dit d'un ton péremptoire que je pourrais me retirer. Il me remit sa carte en me demandant de lui faire part de détails nouveaux qui me reviendraient en mémoire.

Je lus,

Lieutenant Pékin Louf.

Avec un nom pareil, je me doutais bien qu'il lui avait fallu une autorité supérieure à la moyenne pour se faire entendre. Son surnom de Plouf— P. Louf — que j'avais entendu maintes fois susurrer, accompagné d'un geste suggestif, ne devait rien arranger.

Je n'étais cependant pas au bout de mes surprises. À peine avais-je esquissé un mouvement pour quitter sans regret la place, que Louf — dit Plouf — me retint.

« On m'informe à l'instant qu'un certain monsieur Nasier vous demande et dit avoir une requête à vous faire, me dit-il. »

J'attendis.

 

Saisie d'une intuition effroyable, je blêmis à l'arrivée dudit monsieur Nasier.

Alcofribas ! C'était Alcofribas !**

Je n'en crus pas mes yeux quand je le vis entrer en grande conversation avec le susdit Louf — dit Plouf.

Mais, que vois-je présentement ? Ne se donnent-ils pas de grandes tapes dans le dos comme de vieux camarades ?

« Qu'est-ce à croire ? m'interrogé-je. »

 

Alcofribas s'approche de moi et, doucereux comme il n'est pas permis, m'apprend qu'il reprend l'auberge restée vacante, et pour cause, et il me propose de m'y garder comme cuisinière.

À peine si je reconnais ses manières ! Lui, le galant, le séducteur.

Sûr de lui, il s'enflamme lorsqu'il me voit réticente.

Ne voit-il pas qu'il me charlatane ?

Que croit-il donc ce mâchefer ? me convaincre à force de vociférations incongrues ? Qu'imagine-t-il donc ce paroxyste ? me fléchir par la menace ? Qu'espère-t-il donc ce malitorne ? m'emberlificoter par ses manières de macho?

 

« Acceptez mon offre Oli ! Acceptez mon offre Oli... »  nonuple-t-il sur tous les tons sans se résoudre à perdre la partie.

 

Que voilà bien soudain un sinistre personnage !

Je contiens ma colère. J'imagine des choses bien vilaines qu'il a dû faire. Se pourrait-il vraiment qu'il soit à l'origine de cette histoire abominable ? Tout ça pour me tenir à sa merci ?

 

Et ce hareng pec de Plouf qui ne remue pas le petit doigt !

Mais comment lui dire mes soupçons ?

........................................................................ 

*Voir le texte n° 106 où l'on voit se rencontrer pour la première fois Oli et Alcofribas.

Alcofribas Nasier. Je ne te ferai pas l'injure, cher lecteur, de te rappeler à qui appartient ce célèbre pseudonyme que j'ai outrageusement emprunté !

[Après réflexion, je te fais quand même l'injure, c'est François Rabelais)

 

NOTES

le susmentionné lieutenant, dégingangé et tiré à quatre épingles

Susmentionné, susdit, susnommé... susdite, susmentionnée etc.

Mentionné(e) ci-dessus.

tiré à quatre épingles, mis sur son trente-et-un, très chic.

 

l'impartialité dont elles eussent dû faire preuve

eussent dû, subjonctif plus-que-parfait à valeur de conditionnel passé (2e forme), elles auraient dû (2e forme))

Ne pas confondre : du dû dus dut, due, dues, et dût

 

Mais que vois-je présentement...

Le texte qui est écrit au passé, temps du récit, passe brusquement au présent pour le rendre plus vivant. C'est le présent de narration.

 

Qu'est-ce à croire ? m'interrogé-je

Le voilà ! m'écrié-je.

Forme vieillie : Inversion du sujet je après un verbe se terminant par e au présent de l'indicatif.

On aurait à la 3e personne du singulier :

Qu'est-ce à croire, s'interroge-t-il.

Le voilà, s'écrie-t-il.

Voir : Eussé-je, eussè-je, j'eusse, fussé-je, fussè-je, je fusse, dussé-je, dussè-je, eût-il, fût-il, dût-il, fût-ce, fussent-ils, parlé-je..

 

Ne voit-il pas qu'il me charlatane

Ne voit-il pas

locution désuète qui marque la surprise.

Charlataner

1-faire le charlatan

2-tromper à la manière des charlatans, abuser quelqu'un par de belles paroles.

 

qu'espère donc ce malitorne ?

Un malitorne, un personnage qui a de mauvaises manières.

 

que croit donc ce mâchefer ?

Un mâchefer, un fanfaron, celui qui croit pouvoir mâcher du fer.

 

qu'imagine donc de paroxyste ?

Un paroxyste a un tempérament qui pousse à l'outrance, au paroxysme.

 

"acceptez mon offre", nonuple-t-il

Nonupler, répéter neuf fois.

 

et ce hareng pec de Plouf qui ne remue pas le petit doigt

Pec, fraîchement salé. ne s'emploie que dans la locution hareng pec.

 

<< 125 Délires qui n'ont rien de désopilant + Vieux proverbes

>> 127 Délires touchants d'une pauvre dupée + Les distinctions de la phrase interrogative

 

VERLAN ET LOUCHÉBEM

 

LE VERLAN

Le mot verlan est un mot verlan. On a mis à l'envers les syllabes de l'envers (vers-l'en) et on a écrit le mot en verlan.

Le verlan utilise ce procédé, mettre à l'envers les syllabes des mots.

Tomber devient béton dans le Laisse béton de Renaud.

On trouve déjà au XVIème siècle Bonbour pour Bourbon et Louis XV au XVIIIème devient Sequinzouill.

Le verlan a voulu être à ses débuts une sorte de langue secrète utilisée par les prisonniers qui ne voulaient pas être compris. Aujourd'hui certains groupes de jeunes vernalisent.

 

L'art et la manière de comprendre le verlan.

Lorsque le mot a deux syllabes, on l'a vu, on inverse les syllabes, c'est la permutation. Dans le cas où il n'y a qu'une seule syllabe, on inverse les sons. Une vie de ouf, c'est une vie de fou.

La syllabe unique se termine par une consonne ou un e muet ? Qu'à cela ne tienne ! On ajoute un e qui se prononce eu. Flic devient par dissyllabisation flikeu et par inversion keufli, la troncation fait disparaître le li et donne keuf.

Femme devient meuf. mère, reum.

Les règles parfois varient, on peut enlever une lettre ou la modifier, arabe devient rebeu, frère, reuf, juif, feuj. On peut revernaliser : dans ce cas, beur devient reubeu et keuf, feukeu.

Avec plus de deux syllabes on a le champ libre pour la fantaisie. La cigarette devient garettci et enculé léancu, chiredé ou chiré signifie déchiré, port'nawak ou nawak, n'importe quoi.

Et ainsi de suite.

 

LE LOUCHÉBEM (exemple : louf)

C'était et c'est toujours la langue propre aux bouchers, jargon bien hermétique dont seuls les habitués en saisissent le sens.

La première lettre est rejetée en fin de mot, Les mots commencent par L et se terminent soit par EM ou par OC. JI, UCHE, IC, ou autres variantes.

 

Boucher devient louchébem.

Fou, loufoc, d'où loufoque (par troncation louf).

Gigot, ligogem.

Patron, latronpuche.

Maquereau, lacromuche.

Etc

 

Pour en savoir + sur les langues populaires, voir l'article :

Champ lexical - Registre de langue (ou style), soutenu, courant, familier, populaire, argotique, ou vulgaire – Archaïsmes

 

> Retour au début de l'article

 

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27 mars 2011 7 27 /03 /mars /2011 13:45

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Une couple d'heures plus tard je me rendis à mon interrogatoire. On me fit observer véhémentement que j'avais six minutes de retard. Tout juste si l'on n'était pas sur le point de dépêcher, à mes trousses, la force publique.

« Je serais bien marrie que vous crussiez que je manque* à mes devoirs de citoyenne, me défendis-je, mais la nuit a été rude et le réveil difficile. »

Le lieutenant me posa moult questions parsemées de pièges, mais je ne donnai dans aucun. Ce ne fut pas sans mal. Les esprits s'échauffaient. On entendait des saillies. La plupart d'un goût douteux. On eût dit qu'autour de moi n'étaient que franches caillettes.

 

« Cette donzelle-là, c'est du menu fretin. Mais nul besoin de tendre un marquesèque. »

« À malin malin et demi°, peu me chaut qu'elle ait menti. » 

J'entendis même de vieux proverbes qui n'étaient plus de saison. À peine si l'on saisissait ce qui s'y cachait.

« Femme maligne et poule qui pond font grand bruit à la maison.** » 

« Mentir, tromper, embler et question, encheminent l'âme à perdition.** »

Et de rire.

Tous ces sarcasmes m'étaient destinés. Je ne bronchais pas. Seule dans mon coin, je me tenais coite, de peur d'indisposer la galerie.

Je songeais à mes chers disparus.

Toute joie m'était forclose. Leur souvenir serait engravé à mon coeur, à jamais.

.................................................. 

*Je serais bien marri que vous crussiez que nous manquons à ce que nous leur devons. Pascal, Les Provinciales.

 

**Femme maligne et poule qui pond font grand bruit à la maison.

**Mentir, tromper, embler et question, encheminent l'âme à perdition.

Deux proverbes anciens recueillis sur le site du Ministère de la Culture proverbes

On y trouve 24670 vieux proverbes ! Étonnant non ? En lire quelques-uns avec le mot AMOUR à la fin de l'article

 

NOTES

Titre - Délires qui n'ont rien de désopilant

Désopilant, qui fait rire, très amusant.

 

Une couple d'heures

deux heures environ.

On emploie une couple au féminin pour parler de deux animaux considérés comme étant ensemble, une couple de boeufs. Mais aussi par analogie on dit une couple d'heures. Cependant on dira une paire de chaussures, une paire de gants, etc.

Un couple, une couple, homonymes. 

voir le QUIZ 4 Noms masculins ou féminins - À vous de choisir.

 

On me fit observer véhémentement

avec véhémence, violemment, très fortement.

 

Je serais bien marrie

marrie, fâchée et repentante (marri masculin)

 

Le lieutenant me posa moult questions parsemées de pièges 

beaucoup (de), maint, plusieurs, moult ou moultes questions.

Adjectif employé parfois sous sa forme variable.  

Moult, l'adverbe est invariable, nous venant de l'ancien français, Xème siècle. On l'emploie aujourd'hui pour plaisanter ou bien par amour des archaïsmes. 

Un piège, donner dans un piège, tomber dans un piège, se laisser prendre au piège, être pris à son propre piège, etc.

 

L'ASYNDETE est une figure de style qui consiste en l'absence de mots de liaison, conjonctions ou adverbes, entre les diverses propositions d'une phrase ou entre les phrases mêmes.

Exemple ici :

Ce ne fut pas sans mal. Les esprits s'échauffaient. On entendait des saillies. La plupart d'un goût douteux. On eût dit qu'autour de moi n'étaient que franches caillettes.  

 

nul besoin de tendre un marquesèque

Marquesèque, filet à mailles très serrées pour le petit poisson.

 

À malin malin et demi°

Proverbe. On trouve toujours plus malin que soi.

Vous aimez les proverbes ? Amusez-vous !

 

Peu me chaut, verbe défectif chaloir, peu m'importe.

Voir chaloir dans l'article :

Les verbes défectifs - Pour peu qu'il vous en chaille !*

 

On entendait des saillies

Une saillie, sens figuré : Trait d'esprit brillant et imprévu.

 

« Mentir, tromper, embler et question, encheminent l'âme à perdition. »

Embler, ravir avec violence ou par surprise.

 

On eût dit qu'autour de moi n'étaient que franches caillettes

on eût dit, on aurait dit

Conditionnel passé, 2e et 1re forme.

Caillette, cailleter

Faire la caillette ; bavarder.

Une caillette, personne qui a du babil et point de consistance. Cet homme est une franche caillette.

Dans le commencement du XVIe siècle, il y avait un personnage fictif, très populaire : c'était l'innocent Caillette.

 

Et de rire, se met quelquefois à la fin d'un récit, et signifie : on se mit à rire.

 

Toute joie m'était forclose.

Forclos (forclose), participe passé de forclore, exclure.

Le verbe ne s'emploie qu'à l'infinitif et au participe passé.

Forclusion, prescription, perte d'un droit, le délai ayant expiré.

 

Le souvenir serait engravé en mon coeur, à jamais

engraver

1- enliser, ensabler

2-ici, graver sur...

 

<< 124 Délires des plus funestes + Le roi Candaule

>> 126 Délires sur un coup de théâtre + Verlan et Louchébem

 

Et voici quelques proverbes anciens que vous propose

le site du Ministère de la Culture, proverbes.

Ici ma recherche se borne au mot amour,

(Tout un programme !)

Je trouve, entre autres :

 

A table comme en amour, changement donne saveur

Absence d'une heure et d'un jour compte pour 10 ans en amour

Amour aveugle, raison.

Amour de belle fille et de gendre est comme lessive sans cendre

Amour de courtisan, caresse de putain, bienfait d'avare et promesse de femme ne durent pas plus d'un an

Amour de femme et ris de chien tout ne vaut rien qui ne dit rien

Amour de ramière, blandissement de chien

Amour est de telle propriété qui n'ayme n'est digne d'Etre aimé

Amour et mort, rien n'est plus fort

Amour fait moult, mais argent fait tout

Amour plus que rigueur gagne le coeur

Amour de gendre, lessive sans cendre

Amour de gendre, soleil d'hiver

Amour de monsieur, eau dans un panier

Amour de putain et vin de flacon, s'il vaut au matin, le soir n'est plus bon

Amour de reins, amour de rien

Amour de seigneur n'est pas héritage

Amour de vieux ne dure guère

Amour donne l'esprit aux femmes et le retire aux hommes

Amour en coeur, feu en estouppes

Amour et crainte sont le tymon et le fouet du charroy humain

Amour fait moult, argent fait tout

Amour n'a pas de sagesse ni colère de conseil

Amour ne veut point de compagnon

Amour passe, douleur demeure

Amour peines et argent ne peuvent rester secrets

Amour porte la musique

Amour se monstre là où il est

Amour se pèse à la balance

Amour sur beauté n'a jugement

Amour vainc tout mon coeur de félon

Amour vainc tout, et argent fait tout

Amour vainc tout, fors que coeur de félon

Amour volage aulx amans coûte cher

Amour veut celer ses joyaux

 

Tout cela donne bien à penser, n'est-ce pas ?

 

Vous aimez les proverbes ? Donnez-vous-en à coeur joie

> Proverbes tronqués à compléter QUIZ 89

 

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25 mars 2011 5 25 /03 /mars /2011 19:58

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Je commençai à douter de pouvoir jamais arriver à mes fins. Étais-je tombée dans un piège où l'on voulait m'empêcher de mener mes propres investigations, ou bien avait-on coutume d'épuiser l'énergie de ceux qui s'intéressaient quelque peu à leur prochain ? Je m'étais pliée de bonne grâce à toutes les lenteurs policières jusqu'à ce qu'il me fallût craquer, ce qui n'avait pas été du goût de Carat. J'en avais assez. Cependant, je me défendis de toute paranoïa en supposant que cette malaventure, avec un tel bicêtre, n'arrivait pas qu'à moi et qu'on se plaisait ici à émousser la résistance de ceux qui osaient poser des questions.

Comme je refusais de continuer à jouer le paragon de patience et que j'avais déjà marqué ma désapprobation, on consentit à m'écouter et à me répondre.

Un grand escogriffe de lieutenant dans un uniforme du dernier chic se présenta. Je vis aussitôt qu'il ne ressemblait en rien à son collègue blèche avec qui j'avais eu affaire avant lui, ce qui me donna quelque espoir. Il me dit que je n'avais pas à connaître les détails du drame qui venait de se dérouler À la bonne chère, l'enquête n'en étant qu'à ses débuts.

Je décidai de me mouver violemment les neurones pour le convaincre de me dire ce qui s'était passé.

Comme je précisai que j'étais employée là-bas, que mes patrons Alcmène et Amphi étaient des amis très proches, que je ne pouvais me résoudre à ne rien savoir du meurtre qui s'y était commis et que je ne savais dorénavant où aller puisque j'y avais le gîte et le couvert, mon interlocuteur reconnut que j'étais dans de sales draps° et me précisa que je pourrais toujours rester au poste de police si je ne voulais pas coucher dehors, d'autant plus que je devenais à ses yeux la première suspecte dans cette affaire. Comme il était très tard dans la nuit et qu'il devrait m'interroger à la première heure le lendemain, il ne me restait que peu de temps pour trouver un endroit quelque part, pour y dormir une heure ou deux tout au plus.

 

« Qui est mort ? Mais qui donc est mort ? » criai-je, n'y tenant plus.

J'entendis autour de moi grand éclat de risée et grand chuchillement*.

« Ces gens sont fous », pensai-je.

Je bisquais.

Je bisquais, que dis-je ? J'étais plutôt près de mourir de dépit !

Le lieutenant me vit si désespérée qu'il lâcha prise et me répondit enfin avec froideur : « Vos deux amis sont morts. »

J'étais effondrée. Je renonçai à en savoir davantage.

Je sortis pour aller retrouver Prétatou qui devait se morfondre à m'attendre.

« J'ai les crocs° », jappa-t-il d'aussi loin qu'il me vit.

 

Malgré la crainte que j'avais de me laisser surprendre, j'entrai avec lui dans le restaurant désert par la porte qui donnait sur le jardin. On ne m'avait pas demandé si j'en avais les clefs. Rien ne paraissait avoir été dérangé. Tout était comme à l'ordinaire, mais il planait un silence glacé. Je frissonnais à la pensée que je ne reverrais plus mes amis si chers. J'en eusse de marrisson pleuré comme une vache**. Une douleur gravative, telle une enclume, me pesait sur l'estomac.

 

Prétatou dévora sans vergogne ce qu'on n'avait pas servi ce soir-là. Je m'étonnai qu'il ne m'interrogeât point au sujet de ses maîtres que je savais qu'il chérissait, et qu'il ne voulût point en apprendre davantage.

      « J'aime les sushis** », grognait-il entre deux déglutitions.

.......................................................................  

* Pétrarque... En eût de marrison pleuré comme une vache, Mathurin Régnier, 1573-1613 Satire X

marison, marrisson ou marrison

 

**« J'aime les sushis » comme le dit Gad Elmaleh alias Chouchou dans le rôle-titre du film de Merzak Allouache tourné en 2003.

 

NOTES

Je commençai à douter de pouvoir jamais arriver à mes fins.

Je commençai à douter de pouvoir un jour arriver à mes fins.

sens positif de jamais

Voir l'article : Jamais, ne jamais, jamais plus, au grand jamais, à jamais, si jamais, oncques...

 

ceux qui s'intéressaient quelque peu à leur prochain

quelque peu, un peu.

 

jusqu'à ce qu'il me fallût craquer

fallût, subjonctif imparfait

On trouve parfois l'indicatif après jusqu'à ce que (cas rare)

craquer, familier.

Voir l'article Jusqu'à ce que, jusqu'à tant que


cette malaventure, avec un tel bicêtre, n'arrivait pas qu'à moi

Un bicêtre, un malheur, une infortune

Ce mot est voisin de bissextre, le jour bissextil, ajouté à l'année tous les quatre ans, et qui était considéré comme jour de malheur.

 

comme je refusais de continuer à jouer le paragon de patience

Un paragon (substantif), un exemple, un modèle, un archétype.

Littré : Ce qu'il y a de plus excellent, en parlant des personnes ou des choses.

Anne, puisqu'ainsi va, passait dans son village

Pour la perle et le parangon.

Le cas de conscience (Contes et nouvelles en vers par Monsieur Jean de La Fontaine)

En joaillerie : Une perle paragon, un diamant paragon se distinguent par leur grosseur et leur beauté.

 

il ne ressemblait en rien à son collègue blèche avec qui j'avais eu affaire avant lui

Blèche (ou Blêche que l'on trouve sur Littré), faible de caractère, laid, sans volonté, tarte, dolent.

Voir l'article : Avoir affaire ou avoir à faire ? Les affaires, une affaire de coeur, j'en fais mon affaire, je lui ai fait son affaire, une ténébreuse affaire, faire le bizness...

 

je décidai de me mouver violemment les neurones

Mouver, populaire, remuer, bouger.

Exemples :

-mouver (remuer) la sauce, en cuisine.

-mouver la terre d'un pot, en jardinage.

L'allégorie, la mythologie, la poésie sont essentielles à l'esprit humain, et c'est pourquoi précisément l'esprit qui mouve sans cesse doit renouveler sans cesse, par son éducation progressive, le langage de l'art. Bürger, Salons de 1861 à 1868

 

Être dans de sales draps°, ou vilains, beaux, jolis, mauvais draps.

Être dans une très mauvaise situation.

On dit aussi se mettre dans de sales (etc) draps°.

 

J'en eusse de marrisson pleuré comme une vache.

marrisson (Littré), marrison ou marisson (vieux mot hors d'usage), tristesse, chagrin, état de celui qui est marri (DMF) 

Ou : J'en aurais de chagrin pleuré comme un veau ! 

 

je bisquais, que dis-je, j'étais plutôt près de mourir de dépit !

Bisquer, mot familier et populaire, éprouver du dépit.

Près de, prêt à.

On confond souvent ces deux expressions.

Ne pas confondre : sortir, assortir, ressortir intrans. ou trans. indirect- quelquefois, quelques fois – davantage, d'avantage – bientôt, bien tôt – sitôt, si tôt - près de, prêt à

 

Avoir les crocs°, avoir très faim.

 

J'entendis près de moi grand éclat de risée et grand chuchillement

Grand éclat de risée et grand chuchillement, Jean de La Fontaine dans le conte Le roi Candaule et le Maître en droit : à en lire ci-dessous un extrait.

Chuchillement, sorte de chuchotement.

 

une douleur gravative, telle une enclume, me pesait sur l'estomac

Douleur gravative, sentiment de pesanteur.

 

<< 123 Délires de sbires et consorts - "Il avait toujours été nigaud, brigand, maniaque et souffreteux, brèche-dent, caborgnon, punais."

>> 125 Délires qui n'ont rien de désopilant + Vieux proverbes

 

 Notes sur le Roi Candaule

Jean de La Fontaine & Théophile Gautier

Jean de la Fontaine, notre fabuliste toujours aimé.

(Fabrice Luchini ne me démentirait pas !)

On connaît de lui quelques-unes de ses fables les plus célèbres. Heureux ceux et celles qui les connaissent par coeur ! Mais que connaît-on de ses autres oeuvres ? Peu de choses en vérité.

Et pourtant !

Que de savoureuses histoires il a écrites dont nous nous délectons !

La Fontaine publia ses contes et nouvelles de 1664 à 1666. Ce sont des histoires paillardes dont il trouva l'inspiration chez l'Arioste, Boccace, et François Rabelais, entre autres.

Je ne peux résister à l'envie de vous faire connaître ou relire : 

 

Le roi Candaule, et le Maître en droit

(extrait du conte)

Force gens ont été l'instrument de leur mal ;

Candaule en est un témoignage.

Ce roi fut en sottise un très grand personnage.

Il fit pour Gygès son vassal

Une galanterie imprudente et peu sage.

Vous voyez, lui dit-il, le visage charmant,

Et les traits délicats dont la reine est pourvue ;

Je vous jure ma foi que l'accompagnement

Est d'un tout autre prix, et passe infiniment ;

Ce n'est rien qui ne l'a vue

Toute nue.

Je vous la veux montrer sans qu'elle en sache rien ;

Car j'en sais un très bon moyen:

Mais à condition. . . , vous m'entendez fort bien,

Sans que j'en dise davantage ;

Gygès, il vous faut être sage :

Point de ridicule désir :

Je ne prendrais pas de plaisir

Aux voeux impertinents qu'une amour sotte et vaine

Vous ferait faire pour la reine.

Proposez-vous de voir tout ce corps si charmant,

Comme un beau marbre seulement.

Je veux que vous disiez que l'art, que la pensée,

Que même le souhait ne peut aller plus loin.

Dedans le bain je l'ai laissée :

Vous êtes connaisseur, venez être témoin

De ma félicité suprême.

Ils vont. Gygès admire. Admirer ; c'est trop peu.

Son étonnement est extrême.

Ce doux objet joua son jeu.

Gygès en fut ému, quelque effort qu'il pût faire.

Il aurait voulu se taire,

Et ne point témoigner ce qu'il avait senti :

Mais son silence eût fait soupçonner du mystère.

L'exagération fut le meilleur parti.

Il s'en tint donc pour averti ;

Et sans faire le fin, le froid, ni le modeste,

Chaque point, chaque article eut son fait, fut loué.

Dieux, disait-il au roi, quelle félicité !

Le beau corps ! le beau cuir ! ô ciel ! et tout le reste !

De ce gaillard entretien

La reine n'entendit rien ;

Elle l'eût pris pour outrage :

Car en ce siècle ignorant

Le beau sexe était sauvage ;

Il ne l'est plus maintenant ;

Et des louanges pareilles

De nos dames d'à présent

N'écorchent point les oreilles.

Notre examinateur soupirait dans sa peau.

L'émotion croissait, tant tout lui semblait beau.

Le prince s'en doutant l'emmena ; mais son âme

Emporta cent traits de flamme.

Chaque endroit lança le sien.

Hélas, fuir n'y sert de rien :

Tourments d'amour font si bien

Qu'ils sont toujours de la suite.

Près du prince Gygès eut assez de conduite ;

Mais de sa passion la reine s'aperçut.

Elle sut

L'origine du mal ; le roi prétendant rire

S'avisa de tout lui dire.

Ignorant ! savait-il point

Qu'une reine sur ce point

N'ose entendre raillerie ?

Et supposé qu'en son coeur

Cela lui plaise, elle rie,

Il lui faut, pour son honneur

Contrefaire la furie.

Celle-ci le fut vraiment,

Et réserva dans soi-même,

De quelque vengeance extrême

Le désir très véhément.

Je voudrais pour un moment,

Lecteur, que tu fusses femme :

Tu ne saurais autrement

Concevoir jusqu'où la dame

Porta son secret dépit.

Un mortel eut le crédit

De voir de si belles choses,

A tous mortels lettres closes !

Tels dons étaient pour des dieux,

Pour des rois, voulais-je dire ;

L'un et l'autre y vient de cire,

Je ne sais quel est le mieux.

Ces pensers incitaient la reine à la vengeance.

Honte, dépit, courroux, son coeur employa tout.

Amour même, dit-on, fut de l'intelligence : 

De quoi ne vient-il point à bout ?

Gygès était bien fait; on l'excusa sans peine :

Sur le montreur d'appas tomba toute la haine :

Il était mari; c'est son mal ;

Et les gens de ce caractère

Ne sauraient en aucune affaire

Commettre de péché qui ne soit capital.

Qu'est-il besoin d'user d'un plus ample prologue ?

Voilà le roi haï, voilà Gygès aimé,

Voilà tout fait et tout formé

Un époux du grand catalogue ;

Dignité peu briguée, et qui fleurit pourtant.

La sottise du prince était d'un tel mérite

Qu'il fut fait in petto confrère de Vulcan ;

De là jusqu'au bonnet la distance est petite.

Cela n'était que bien; mais la Parque maudite

Fut aussi de l'intrigue ; et sans perdre de temps

Le pauvre roi par nos amants

Fut député vers le Cocyte.

On le fit trop boire d'un coup :

Quelquefois, hélas ! c'est beaucoup.

Bientôt un certain breuvage

Lui fit voir le noir rivage,

Tandis qu'aux yeux de Gygès

S'étalaient de blancs objets :

Car, fût-ce amour, fût-ce rage,

Bientôt la reine le mit

Sur le trône et dans son lit.

Mon dessein n'était pas d'étendre cette histoire :

On la savait assez. Mais je me sais bon gré ;

Car l'exemple a très bien cadré ;

Mon texte y va tout droit : même j'ai peine à croire

Que le docteur en lois dont je vais discourir

Puisse mieux que Candaule à mon but concourir. [...]

à lire sur Wikisource : Le Roi Candaule et le maître en droit

Note - Le candaulisme est la perversion de Candaule.

 C'est par Hérodote qu'on connaît l'histoire de ce roi sarde tué par Gygès qui lui ravit le trône de Lydie.

Théophile Gautier écrivit sa nouvelle Le roi Candaule en 1844.

A la lecture de cette oeuvre, Victor Hugo fit part à Théophile de son enthousiasme : «Vous êtes un grand poète et un charmant esprit. Cher Théophile, je lis votre Roi Candaule avec bonheur. Vous prouvez, avec votre merveilleuse puissance, que ce qu'ils appellent la poésie romantique a tous les génies à la fois, le génie grec comme les autres. Il y a, à chaque instant de votre poème, d'éblouissants rayons de soleil. C'est beau, c'est joli, et c'est grand.» (Propos recueillis sur le site L'Antiquité des Méditerranées) 

Vous trouverez entre autres sur le site (mediterranes.net) la liste des mythes grecs et romains. Ne vous privez pas de donner libre cours à ce vice impuni, la lecture. 

Le Roi Candaule, nouvelle de Théophile Gautier

Lire un extrait dans La Pensée des Autres :

> THEOPHILE GAUTIER - Le Roi Candaule - Nyssia et Gygès

et le texte intégral dans Wikisource :

...........................................................  

 J'ai une tendresse et une admiration particulières pour Théophile Gautier qui nous a donné une oeuvre pleine de fantaisie et de charme. Mamiehiou

Note

*Ce vice impuni, la lecture, Valéry Larbaud.

 

> Retour au début de l'article

 

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18 mars 2011 5 18 /03 /mars /2011 18:57

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« Oli K », répondis-je bravement au petit homme au front maigre et à l'oeil cave qui me dévisageait impudemment. »

Il était entré brusquement, le bitos de bizingue sur le chef, m'intimant de décliner mon identité.

Un greffier balourd l'accompagnait qui s'installa à une table autre que la nôtre, s'apprêtant à noter scrupuleusement le moindre mot qui résonnerait à ses oreilles.

« Oliga gobbent ? [Oli K comment ?] voulut savoir mon interrogateur que j'entendais frappé de blésité.

K est mon patronyme, précisai-je, comme Monsieur K dans Le Château2.

L'homme eut un haut le coeur.

« Vous avez d'honorables aggoindanzes au Zâdeau ? s'inquiéta-t-il ? Un brodecdeur beud-êdre ?  »

[Vous avez d'honorables accointances au Château ?Un protecteur peut-être ?

Je compris que l'allusion que je venais de faire au personnage du roman de Kafka2, histoire de donner le change, était tombé à plat. Le petit inspecteur illettré ne connaissait rien qui sortît de ses préoccupations utopinambourgeoises. Il pensa que je parlais du Château3 qui se dressait là-haut sur la pointe de la falaise et qui faisait trembler tout un chacun à sa seule évocation.

Je ne me laissai pas prendre au dépourvu et saisis la balle au bond°.

L'effroi que je lisais maintenant dans les yeux de mon inquisiteur était tel que j'aurais pu, je crois, lui raconter n'importe quelle sornette, il m'aurait crue en tremblant.

Un blaps porte-malheur se promenait benoîtement près de sa main. Il l'écrasa d'un coup sec.

« Pourrais-je savoir votre nom ? demandai-je, pour l'incommoder davantage.

Garat, me répondit-il désarmé. Aveg un ZÉ cobbe Garabel, précisa-t-il. »

[Carat, avec un C comme caramel]

 

Il se muait ainsi en interrogé, mais sentant que j'allais prendre le dessus dans cette étrange situation, il se ressaisit aussitôt.

« Ze vous ai bosé ude guesdion, badeboiselle GA. Rébondez-y. »

 

Je pensai que révéler la relation que j'avais eue avec Pro4 ne me porterait pas préjudice, bien au contraire. C'était la chose à tenter dans cette position qui menaçait de tourner au vinaigre°. Je ne devais en aucun cas perdre pied et renoncer à l'avantage que je venais d'acquérir dans ce jeu de bras de fer psychologique.

Le scribe papelard nous lançait des regards de biais et tapait sans s'arrêter, même lorsque nous demeurions silencieux, à croire qu'il consignait chacune de nos mimiques, chacun de nos gestes, chacune de nos émotions, et cela sans état d'âme. Carat s'appliquait pour ne donner que la meilleure image de lui-même jusqu'à en perdre son naturel. 

« Je suis la protégée de monsieur Pro.

Dodre zous-gouverdeur ? Bonzieur Bro ! s''exclama Carat. »

[Notre sous-gouverneur ?]

 

J'avais fait mouche°. J'observai un instant Carat qui ne semblait pas se sortir indemne de cette situation. Il se transforma en un clin d'oeil en un doux agneau.

« Badeboiselle Ga, s'excusa-t-il en se levant, ze zuis désolé gu'on vous ait vait zubir audant de dragazzeries. Vous êdes libre.

Je n'en ai jamais douté. Je suis venue ici pour un simple renseignement : je voudrais savoir ce qui s'est passé aujourd'hui à l'auberge " À la bonne chère".

Désolé, zedde guezdion-là d'est bas de bon rezort.

[cette question-là n'est pas de mon ressort]

Ne craignez-vous donc pas que j'en réfère aux autorités ? Me faire subir une attente aussi longue est indigne de votre administration ! »

 

Je prenais tous les risques en me dressant audacieusement contre le pouvoir policier. Tout autre que moi, en des circonstances semblables, se fût tenu coi. Mais l'aplomb dont je faisais preuve me renforçait dans ma position. On craignait que je ne me plaignisse à la hiérarchie.

Dans son coin, le tabellion papillotait, rivé sur sa machine à écrire, tout secoué de soubresauts qui entraînaient un tremblotement des chairs flaccides de son visage.

Carat rétablit son couvre-chef et me raccompagna avec déférence jusqu'à la porte. Je l'entendis qui murmurait à un collègue ébahi : 

« Bévie-doi de la donzelle. Elle est vidaude. Bieux vaudrait l'envoyer au grad ! »  

[Méfie-toi de la donzelle, elle est finaude. Mieux vaudrait l'envoyer au grat !]

...................................................................

Titre -Il avait toujours été nigaud, brigand, maniaque et souffreteux, brèche-dent, caliborgnon, punais.

Souvenirs de la Marquise de Créquy

Le recueil des "Souvenirs de la Marquise de Créquy" sont de la plume de Maurice Cousin de Courchamp. Ce sont de banals souvenirs sous le règne de Louis XV, racontés d'une façon délicieusement pittoresque.

Voltaire, Jean-Jacques Rousseau, Madame de Maintenon, Madame D'Urfé, le Comte de Saint-Germain, le Comte de Cagliostro, Casanova, le Chevalier de Saint-George y défilent pour notre plus grand plaisir.

À lire sur google Books Souvenirs de la Marquise de Créquy

 

2-Le Château, Das Schloss, roman inachevé de Franz Kafka (1926) 

Le personnage K est un arpenteur qui tente en vain d'entrer en relation avec les fonctionnaires du Château où règne une bureaucratie qui a coupé tout contact avec les villageois, ses administrés. L'atmosphère y est sombre et fantasmagorique.

 

3-Si vous voulez en savoir plus sur le lugubre Château d'Utopinambourg, le château de notre histoire, reportez-vous aux textes n°7980 – etc.

 

4-Si vous voulez faire la connaissance de monsieur Pro, à moins que vous ne le connaissiez déjà, rencontrez-le dans les textes n°81- 82 - 83 - 84- 85 - etc

 

NOTES

Titre Délires de sbires et consorts

► Un sbire, de l'italien sbirro, un policier, en Italie (vient de la couleur rousse du costume).

Un homme de main au service d'un pouvoir oppressif.

► Et consorts, le T ne se prononce pas, le S ne se lie pas avec le mot suivant.

Désigne ceux qui ont un intérêt commun dans une affaire (en droit).

Par extension, ceux qui font partie d'une même cabale, d'une même association, qui se livrent à des manoeuvres secrètes.

 

le bitos de bizingue sur le chef

le chapeau de travers sur la tête

► Un bitos, en argot, un chapeau, un couvre-chef 

de bizingue, locution adverbiale, expression familière non connue de la plupart des dictionnaires, de travers, de guingois. Cf. Littré

 

Un greffier balourd l'accompagnait qui s'installa à une table

► Il y a disjonction entre l'antécédent greffier et la proposition subordonnée relative qui s'installa à une table.

L'HYPERBATE  est une figure de style qui consiste à séparer deux mots normalement assemblés en intercalant un ou plusieurs autres mots. La phrase en est de ce fait comme prolongée. 

Balourd, balourde, adjectif

Un balourd, personne grossière et stupide.

Un gros balourd, une grosse balourde.

Une balourdise, c'est une chose qui est faite ou dite par quelqu'un qui agit comme un balourd.

 

frappé de blésité

La blésité, vice de prononciation qui consiste à substituer une consonne faible à une plus forte, comme le z au s, le d au t, etc : lorsque, par exemple, on prononce zerme, zèvre, au lieu de germe, chèvre. 

 

K est mon patronyme précisai-je

► Le patronyme, le nom de famille.

► On sait que notre héroïne Oli, amnésique, n'a aucune idée de qui est sa famille, et qu'elle s'est, elle-même, forgé une identité.

► L'ALLUSION LITTÉRAIRE, mot ou expression qui fait allusion par analogie à une chose connue : un événement, un personnage, un ouvrage littéraire.

► cf. Ici, Monsieur K.

Rappel. Majuscule ou minuscule ? Voir la note de l'article Quand faut-il mettre une majuscule à Monsieur, Madame, Mademoiselle, etc. ? Comment abréger ces mots

 

Saisir la balle au bond°, saisir rapidement une opportunité de peur de la laisser passer.

 

Un blaps porte-malheur se promenait benoîtement près de sa main

► genre de coléoptère fort nuisible qui habite les endroits sombres et humides des maisons.

► Benoîtement, hypocritement, en faisant mine de rien.

 

le scribe papelard nous lançait des regards de biais

Papelard, benoît, faux-dévot, hypocrite.

 

Tourner au vinaigre°, mal tourner, tourner à la dispute.

 

Faire mouche°, atteindre son but avec précision.

 

le tabellion papillotait

Le greffier, le scribe, le tabellion

Un tabellion, aujourd'hui, par plaisanterie, un notaire.

Ici employé dans le sens d'officier public ayant une fonction subalterne, un plumitif, un scribouillard.

► Papilloter, cligner des yeux qui ne peuvent se fixer à cause d'un mouvement involontaire.

 

des soubresauts qui entraînaient un tremblotement des chairs flaccides de son visage

► La flaccidité, état d'une chose flasque qui fléchit sous la pression.

► Tremblotement, trembloter / papilloter

Rappel des verbes finissant par OTER ou OTTER, voir la note du texte n°20

voir aussi l'orthographe réformée, verbes en OTER et OTTER

Réforme de l'orthographe - L'orthographe recommandée aux enseignants - Lexique

 

méfie-toi de la donzelle, elle est finaude

La donzelle, terme méprisant que l'on emploie pour désigner une femme ou une fille.

 

mieux vaudrait l'envoyer au grat

Le grat, lieu où les poules grattent.

Je l'ai envoyée au grat°, je l'ai envoyée promener

 

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10 mars 2011 4 10 /03 /mars /2011 18:08

UNE PETITE HISTOIRE DE LA LANGUE FRANÇAISE

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Pauvre Rutebeuf !

 

Que n'entend-il ses complaintes traverser les siècles avec bonheur et donner au coeur des hommes une émotion sincère ?
On connaît peu de choses de la vie de ce trouvère qui vécut au XIIIe siècle sous Saint Louis et Philippe III Le Hardi.
Il excella dans la satire lyrique et ne craignit pas de flétrir toutes les institutions de son temps, ainsi dans « La Nouvelle Complainte d'Outremer » où il dénonça de manière précise et réaliste les vices des chevaliers, des clercs et des bourgeois qui s'engraissaient sur le dos des autres. Il fut le poète le plus original de son temps, le premier à parler de sa vie, le digne ancêtre de Villon.
Son talent, c'est un lyrisme mélancolique, ses plaintes sur sa misérable existence, sur son mariage, sur l'absence de ses amis, sur sa pauvreté.

 

Ci encoumence la complainte Rutebuef de son oeul
  
La complainte Rutebeuf
   Extrait

[...]
Que sunt mi ami devenu
Que j’avoie si pres tenu
Et tant amei ?
   Que sont mes amis devenus
   Que j'avais de si près tenus
   Et tant aimés ?
 
Je cuit qu’il sunt trop cleir semei ;
Il ne furent pas bien femei,
Si sunt failli.
   Je crois qu'ils sont trop clair semés ;
   Ils ne furent pas bien soignés,
   Ils sont partis.

Iteil ami m’ont mal bailli,
C’onques, tant com Diex m’assailli
E[n] maint costei,
   De tels amis m'ont maltraité
   Que, tant que Dieu m'a assailli
   De tous côtés,

N’en vi .I. soul en mon ostei.
Je cui li vens les m’at ostei,
L’amours est morte :
   N'en vis un seul en ma maison.
   Je crois que le vent les m'a ôtés,
   L'amour est morte :

Se sont ami que vens enporte,
Et il ventoit devant ma porte,
Ces enporta,
   Ce sont amis que vent emporte,
   Et il ventait devant ma porte,
   Sont emportés.

C’onques nuns ne m’en conforta
Ne tiens dou sien ne m’aporta.
Ice m’aprent :
   Ainsi jamais nul ne me réconforta
   Ni ne m'apporta de son bien.
   Voici ce que cela m'apprend :

Qui auques at, privei le prent ;
Et cil trop a tart ce repent
Qui trop a mis
   Ce que l'on a, ami le prend ;
   Et l'on se repent trop tard
   D'avoir trop dépensé

De son avoir a faire amis,
Qu’il nes trueve entiers ne demis
A lui secorre.
   De son avoir pour se faire des amis,
   Car il ne les trouve ni entièrement ni à demi
   À le secourir

Or lairai donc Fortune corre,
Si atendrai a moi rescorre,
Se jou puis faire.
   Maintenant je laisserai faire la Fortune 
   Et veillerai à me secourir moi-même
   Si je puis le faire.

Vers les bone gent m’estuet traire
Qui sunt preudome et debonaire
Et m’on norri.
   Vers les gens de bien m'en irai
   Qui sont bons et généreux
   Et m'ont nourri.

Mi autre ami sunt tuit porri:
Je les envoi a maitre Horri
Et cest li lais.
[...]
   Mes autres amis sont si pourris :
   Je les envoie à maître Horri le vidangeur
   Et les lui laisse.


Pour écrire sa chanson « Pauvre Rutebeuf », Léo Ferré s'est inspiré des poèmes : « La complainte Rutebeuf », « La Griesche d'Yver », « Le Mariage Rutebeuf ».
Cette chanson a connu plusieurs interprétations. Elle a été reprise par Catherine Sauvage, Jacques Douai, Hugues Aufray,  Hélène Martin, James Ollivier, Philippe Léotard, Marc Ogeret, Joan Baez, Cora Vaucaire, Nana Mouskouri, Didier Bardelivien, Dani Klein (et Vaya Con Dios).
Ne vous privez pas du plaisir d'entendre Léo Ferré ou Joan Baez ou Nana Mouscouri l'interpréter pour vous (sur la toile), pour ne citer qu'eux. 
 
 

Pauvre Rutebeuf 

de Léo Ferré

Que sont mes amis devenus
Que j'avais de si près tenus
Et tant aimés
Ils ont été trop clairsemés
Je crois le vent les a ôtés
L'amour est morte
Ce sont amis que vent me porte
Et il ventait devant ma porte
Les emporta

Avec le temps qu'arbre défeuille
Quand il ne reste en branche feuille
Qui n'aille à terre
Avec pauvreté qui m'atterre
Qui de partout me fait la guerre
Au temps d'hiver
Ne convient pas que vous raconte
Comment je me suis mis à honte
En quelle manière

Que sont mes amis devenus
Que j'avais de si près tenus
Et tant aimés
Ils ont été trop clairsemés
Je crois le vent les a ôtés
L'amour est morte
Le mal ne sait pas seul venir
Tout ce qui m'était à venir
M'est advenu

Pauvre sens et pauvre mémoire
M'a Dieu donné, le roi de gloire
Et pauvre rente
Et droit au cul quand bise vente
Le vent me vient, le vent m'évente
L'amour est morte
Ce sont amis que vent emporte
Et il ventait devant ma porte
Les emporta


Nous savons que bien d'autres oeuvres ont vu le jour en cette époque du Moyen Âge. Cette chronique n'a pas pour dessein d'en faire la liste exhaustive, mais seulement de jeter quelques jalons pour que nous goûtions de cette langue ancienne, jadis parlée par des voix qui se sont tues. Nous n'entendrons jamais leur accent, leur intonation, la musique de leurs mots dans leurs dialectes divers. Il nous reste, à travers les écrits, une certaine idée de la vie de notre pays.
Dans le chapitre qui va suivre, notre langue franchira une étape pour devenir ce qu'on appellera Le Moyen Français.


NOTES SUR LES COMPLAINTES

Une complainte est un long poème chanté. Elle dit l'histoire d'un personnage, réel le plus souvent, qui se lamente en racontant ses malheurs. Au fil des siècles, elle est devenue chanson populaire relatant des événements tragiques ou des crimes odieux.
Dès le XVIe siècle, les chanteurs ambulants, successeurs des jongleurs du Moyen Âge, entonnent dans les rues leurs complaintes reprises en choeur par les passants auxquels on distribue des feuilles volantes.

Peut-être avez-vous déjà entendu « La Complainte de Mandrin », celle du bandit justicier qui a défrayé la chronique au XVIIIe siècle, après qu'il eut été supplicié, roué sur la place publique. Cette complainte sera reprise, entre autres, par Yves Montand, Guy Béart, Francois Hadji Lazaro, Bernard Lavilliers et Faudel.
Au siècle dernier, le crime de Violette Nozières, le massacre d'Oradour-sur-Glane sont parmi les derniers thèmes qui ont inspiré les chanteurs des rues.

De nombreux poètes ont écrit des complaintes.
Paul Verlaine, emprisonné après avoir tiré sur Arthur Rimbaud en 1873, s'identifie à un pauvre hère, triste anti-héros dirait-on aujourd'hui, personnage à demi-légendaire, Kaspar Hauser, au tragique destin.

 

 Je suis venu calme orphelin 

Paul Verlaine


Gaspard Hauser chante :

Je suis venu, calme orphelin,
Riche de mes seuls yeux tranquilles,
Vers les hommes des grandes villes :
Ils ne m'ont pas trouvé malin.

A vingt ans un trouble nouveau
Sous le nom d’amoureuses flammes,
M’a fait trouver belles les femmes :
Elles ne m’ont pas trouvé beau.

Bien que sans patrie et sans roi
Et très brave ne l’étant guère,
J’ai voulu mourir à la guerre :
La mort n’a pas voulu de moi.

Suis-je né trop tôt ou trop tard ?
Qu’est-ce que je fais en ce monde ?
Ô vous tous, ma peine est profonde :
Priez pour le pauvre Gaspard !

 
Bon nombre d'entre nous ont appris dans leur enfance le poème « La Complainte du Petit Cheval Blanc » de Paul Fort. Elle fut reprise par Georges Brassens.


La complainte du Petit Cheval Blanc

Paul fort


Le petit cheval dans le mauvais temps,
Qu'il avait donc du courage !
C'était un petit cheval blanc,
Tous derrière et lui devant.
Il n'y avait jamais de beau temps
Dans ce pauvre paysage,
Il n'y avait jamais de printemps,
Ni derrière, ni devant.
[...]

Et sur ces tristes paroles qui, j'en suis sûre, vous ont arraché une larme, je vous dis à bientôt.

> Chapitre 8

 

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10 mars 2011 4 10 /03 /mars /2011 11:33

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Vous me direz que de se sentir à l'aise dans un poste de police n'est pas toujours chose aisée, que l'air assuré dont je ne pouvais me départir, même dans cette situation délicate, aurait pu jouer en ma défaveur, qu'on pouvait suspecter que j'étais le centre d'une affaire dans laquelle j'aurais joué un rôle peu reluisant, que ma frimousse joliette aurait pu fort indisposer un interlocuteur suspicieux ; vous me direz que l'émotion aurait pu me submerger jusqu'à me faire dire des choses que je n'aurais pas dû, que les heures d'attente auraient pu émousser mon calme et ma raison ; vous me direz que j'aurais pu craindre le pire.

Certes vous me diriez tout cela si vous ne saviez pas déjà ce dont je suis capable, chers lecteurs. Mais je crains bien que votre appréhension, quoiqu'elle soit justifiée, ne demeure inutile.

 

Le réduit sans fenêtres où l'on me fit entrer n'avait rien de confortable, si exiguës étaient ses dimensions, si âcre et si irrespirable l'air vicié qui y planait ; quelque innocent qu'on pût être, on se sentait oppressé, confiné, emprisonné avant l'heure, pour ainsi dire, dans cette grenouillère insalubre. Bien que je craignisse qu'il n'advînt mille choses qui eussent pu atteindre mon intégrité, j'étais préparée à faire front et à batailler vaillamment pour me défendre, et pour défendre aussi ceux pour lesquels j'aurais donné toute ma fortune – avais-je seulement un shilling ou un kopeck vaillant ?°

On m'enferma, seule, quelques heures, pour m'épuiser davantage. Mais j'avais ouï autrefois que la patience rendait tolérable ce qu'on ne pouvait empêcher*.

Peut-être allais-je devoir me soumettre à l'épreuve du bertillonnage, ou pire encore, à celle de l'ordalie. J'aspirai à ce qu'on m'épargnât, au bénéfice du doute, comme on le fait d'ordinaire dans les véritables démocraties. Mais je n'étais pas convaincue qu'il en fût ainsi à Utopinambourg.

J'eusse aimé qu'on m'interrogeât hic et nunc.

Plût à Dieu que je ne tombasse point sur un finassier capable d'insupportables finoteries !

...............................................

*La patience rend tolérable ce qu'on ne peut empêcher. Horace, poète latin, 6 décembre 65 av. J.C - 27 novembre 8 av. J.C.

 

NOTES

Titre : On me laissa mijoter

1- cuire à petit feu°

2- Attendre en réfléchissant.

Laisser mijoter quelqu'un, le faire attendre d'une façon bien désagréable.

 

Vous me direz... vous me direz...

L'ANAPHORE

Répétition en début de phrase d'un même mot, d'un même groupe de mots ou d'un même syntagme pour marteler une idée, marquer une obsession, rythmer un discours.

Ajout du 6 mai 2012 : Rappelez-vous M. Hollande lors de sa campagne à la présidentielle : "Moi président... Moi président... " 15 fois, ce n'est pas peu dire !    

 

Vous me direz que... que... que... , je crains que / cependant... /...

LA MÉTALEPSE en rhétorique annonce une réfutation polémique à un ou plusieurs éléments prévisibles.

L'HYPERBOLE développe ici la métalepse en exagérant l'idée afin de la mettre en relief. Voir la note des Délires n°13

 

l'air assuré dont je ne pouvais me départir

Se départir, renoncer, abandonner (une attitude).

Départir, partager, distribuer.

 

l'émotion aurait pu me submerger jusqu'à me faire dire des choses que je n'aurais pas dû

que je n'aurais pas dû (dire) : proposition elliptique du verbe dire

que (antécédent choses) est complément d'objet direct de dire, infinitif élidé.

aurait dû, devoir est un semi auxiliaire

dû : du, dû, due, dus, dues, dut, dût 

voir les semi auxiliaires devoir, aller, venir de, pouvoir etc. note du texte n°43

 

j'étais préparée à batailler vaillammant

je n'avais pas un kopeck vaillant

LE POLYPTOTE

Vaillamment, vaillant un même mot dans une même phrase ne revêtant pas la même forme grammaticale.

Ne pas avoir un sou vaillant°, être à sec, sans le sou.

Être dans la dèche (to be dire straits)

Ah ! Dire Straits !

L'un des plus grands groupes de rock britanniques qui ait vu le jour dans les années 70. Incontournable.

Ah !

Sultans of Swing, The Very Best of Dire Straits...

Money for nothing...

 

si exiguës étaient ses dimensions

Exigu, exigus, exiguë, exiguës.

De même ambigu, ambigus, ambiguë, ambiguës,

aigu, aiguë etc.

Et la ciguë que dut boire Socrate sur l'ordre de Mélétos.

Voir l'orthographe réformée de 1990, le tréma se met sur le u, pas sur le e.

Réforme de l'orthographe - L'orthographe recommandée aux enseignants - Lexique

 

on se sentait oppressé dans cette grenouillère

Une grenouillère

1- Lieu marécageux qu'affectionnent les grenouilles.

2- Lieu humide, malsain.

 

allais-je devoir me soumettre à l'épreuve du bertillonnage

Le bertillonnage ou système Bertillon ou anthropométrie judiciaire (1879) est une technique criminologique qui consiste en l'analyse biométrique d'identification à partir de photographies de face et de profil.

Pas politiquement correct du tout !

 

ou pire encore à celle de l'ordalie

L'ordalie ou jugement de Dieu était une preuve en justice qui consistait à faire subir aux plaidants une épreuve à l'issue de laquelle Dieu les faisait apparaître comme coupables ou innocents.

Exemple : On faisait marcher le suspect sur des braises. S'il était brûlé, il était coupable.

 

Hic et nunc, ici et maintenant, sans délai.

Lier les 3 mots hi-kè-tnunk [ ik‿ɛt nɔ̃k ] ou [ ik‿ɛt nœ̃k ]

 

Plût à Dieu que je ne tombasse point sur un finassier capable d'insupportables finoteries

Plût à Dieu, plaise à Dieu - exprime un souhait

Un finassier, une finassière, personne qui finasse, qui emploie des finasseries (des mauvaises finesses)

On dit aussi finasseur et finasseuse.

Un caractère finassier 

Une finoterie, une petite ruse

Finot ne s'écrit plus ainsi, on écrit finaud.  

 

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>> 123 Délires de sbires et consorts - "Il avait toujours été nigaud, brigand, maniaque et souffreteux, brèche-dent, caborgnon, punais."

 

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8 mars 2011 2 08 /03 /mars /2011 18:46

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La longue, longue, longue attente était bien faite pour mettre ma structure spinale à vif ; ajoutons à cela l'inconfort des sièges assez durs pour me hacher menu le fondement, sans dossier de surcroît pour mieux briser la résistance des muscles dorsaux, ceux que l'on nomme longissimus, splénius, mais aussi les érecteurs du rachis, les iliocostaux sans oublier les épineux.

Je sortis de cette épreuve toute moulue.

C'était sans compter le trouble qu'avaient jeté dans mon esprit les préceptes immoraux2 affichés devant mes yeux.

Après avoir rongé mon frein° et essayé, tant qu'à faire, toutes les méditations transcendantales, métaphysiques, orientales, la méthode Coué, l'auto hypnose même, j'entendis résonner le numéro dont on m'avait gratifié à l'entrée.

« Le soixante-dix ! rognonna sans galantiser un agent de la fonction publique, celui-là même qui n'avait cessé de fratrasser.

Tout juste si je n'avais pas pris racine°.

Je me mis debout. Mes articulations grincèrent.

 

Il faut dire que j'avais eu tout le temps de me pencher sur le nombre soixante-dix, nombre vigésimal que d'aucuns disent être une survivance d'un système ancien, en base 20. Ne comptait-on pas jadis avec les dix doigts de la main et les dix orteils ? Quatre-vingts et quatre-vingt-dix sont apparentés à ce fameux soixante-dix, histoire de compliquer l'apprentissage des nombres.

 

Soixante-dix, un signe.

Je songeai à la Septante, Bible hébraïque traduite en grec par soixante-dix sages et érudits (72 exactement) en 270 avant notre ère.

« Ἐν ἀρχῇ ἐποίησεν ὁ θεὸς τὸν οὐρανὸν καὶ τὴν γῆν. »3

Ainsi commence la Genèse de la Septante. Qui s'en étonnerait ?

 

Mais il y eut autre chose qui emplit mon coeur de plénitude alors que j'aurais dû brûler à petit feu°. Je me remémorai un passage biblique ou le nombre 70 prend une valeur morale d'une grandeur infinie :

« Seigneur, quand mon frère commettra des fautes contre moi, combien de fois dois-je lui pardonner ? Jusqu’à sept fois ? » Jésus répondit [à Pierre] : « Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à soixante-dix fois sept fois. »

 

J'étais prête à pardonner qui que ce fût et quoi qu'on me fît. Et j'entrai, confiante dans la cellule de mon interrogateur.

...................................................................

 *Le titre : Tout vient à point à qui sait attendre.

 Clément Marot, poète français, 1496- 1544.

 

2-Pour lire les préceptes immoraux, voir le texte précédent (n° 120) si vous l'avez manqué.

 

3-« Ἐν ἀρχῇ ἐποίησεν ὁ θεὸς τὸν οὐρανὸν καὶ τὴν γῆν. »

« Au commencement Dieu créa le ciel et la terre. »

 

4-« Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à soixante-dix fois sept fois. » Saint Matthieu 18, 21-35

 

NOTES

une attente bien faite pour mettre ma structure spinale à vif

Spinal, relatif à la colonne vertébrale, au rachis, à la moelle épinière.

 

des sièges assez durs pour me hacher menu le fondement

Le fondement, l'extrémité du rectum, l'anus.

Mot familier, précise le dictionnaire Le Robert, mot vulgaire, dit Le Littré.

 

je sortis de cette épreuve toute moulue

Avoir le corps moulu, sentir des douleurs partout.

 

Ronger son frein°, retenir son impatience, sa colère, sans rien en laisser paraître.

Cette expression vient de ce que le cheval mâche son mors (ronge son frein) quand il s'impatiente.

 

La méthode Coué.

Répétez-vous donc tous les matins au petit lever :

"Tous les jours à tous points de vue, je vais de mieux en mieux".

 

après avoir essayé, tant qu'à faire, toutes les méditations

tant qu’à faire

En attendant de faire quelque chose, rien n'interdit de faire autre chose pour peu que cela ait quelque rapport avec la précédente.

Cette expression peut avoir un caractère ironique.

Pendant que tu y es...

 

rognonna sans galantiser le fonctionnaire

rognonner, gronder, grommeler.

D'après Littré :

Une galantise, un acte galant.

Galantiser, flatter d'une manière galante, dire des galanteries.

 

celui-là même qui n'avait jamais cessé de fratrasser

fratrasser, s'occuper à des niaiseries.

 

Prendre racine°, entre autres acceptions, se tenir longtemps immobile.

 

Soixante-dix, un signe.

Cette phrase averbale utilise une figure de style, L'ELLIPSE, voir la note du texte 120

 

Nombre vigésimal ou vicésimal. Jusqu'à 69, les nombres sont décimaux, base dix. De 70 à 99, ils sont vigésimaux, base vingt.

Savoir écrire les nombres. Voir l'article :

> Savoir orthographier les adjectifs numéraux cardinaux (cent ou cents, vingt ou vingts...) + des millions, des milliards, des billions

 

Brûler à petit feu° se consumer d'impatience, lentement et cruellement.

 

J'étais prête à pardonner qui que ce fût et quoi qu'on me fît.

Voir les articles qui que - quoi que - quoique

 

je songeai à la Septante

La Bible est d'abord écrite en hébreu.

La Septante est sa traduction en grec.

La Vulgate est la traduction latine de Saint Jérome, Jérome de Stridon,.à partir de l'hébreu,

« Les apôtres des slaves », Cyrille et Méthode donnent une traduction en slavon.

La première partie (il y en a trois) de la Bible hébraïque est la Torah, l'enseignement divin transmis par Moïse dans cinq Livres, le Pentateuque : la Genèse, l'Exode, le Lévitique, les Nombres, le Deutéronome.

La Bible des chrétiens se compose de l'Ancien Testament, reprenant, entre autres livres, la Bible hébraïque et du Nouveau Testament, écrits se référant à l'avènement du Christ.

 

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8 mars 2011 2 08 /03 /mars /2011 18:30

 

Le 8 mars, jour de la femme,

et tous les autres jours,

jours des femmes...

 

 

J'AI FAIT UN RÊVE

                                I have a dream*

 

J'ai fait un rêve cette nuit

Où je voyais à l'infini

Des femmes qui dansaient en ronde.

C'étaient les femmes de ce monde

 

Qui s'étaient toutes rassemblées

En farandole colorée.

J'aperçois soudain parmi elles

Ma soeur, mon double, ma jumelle.

 

Est-ce moi ? Vraiment ? Est-ce moi ?

Or j'entends des millions de voix

Qui clament que je leur ressemble

Et que nous devons être ensemble,

 

La moitié de l'humanité,

Pour combattre et nous imposer.

Faisons triompher la justice !

Qu'aucune de nous ne subisse

 

Plus jamais ce qu'on voit encor :

La loi qu'exercent les plus forts

Qui, si bien, briment, ou dénigrent,

Ou s'acharnent comme des tigres

 

Jusqu'à ce que la mort s'ensuive.

Il faut que toute femme vive

Dans le respect, la dignité.

Œuvrons ensemble pour gagner !

 

Parlons-en, crions de concert

Sans jamais craindre aucun revers !

Protégeons les petites filles

Fragiles, douces et gentilles

 

Qui ne peuvent pas se défendre

Des pièges que l'on veut leur tendre

En affirmant :  C'est pour leur bien !

Femmes mutilées de demain.

 

Protégeons nos adolescentes

Qui s'ouvrent à la vie et tentent

De goûter aux fruits défendus :

Drogues, alcools, sexe qui tue.

 

Prenons soin de nos vieilles dames

Trop discrètes, ces pauvres âmes

Que certains parfois oublieraient,

Si jamais l'amour s'effaçait.

 

Femmes-enfants, femmes viriles

Des continents ou bien des îles,

Marchons toutes du même pas,

Les distances ne comptent pas.

 

Nous savons nous conduire en sages

Et nous avons tous les courages !

Ah ! Il nous reste une prière :

Venez donc avec nous, nos frères !

 

J'ai fait un rêve cette nuit

Où je voyais à l'infini

Des femmes qui dansaient en ronde.

C'étaient les femmes de ce monde.

 

♥ 

 

N.B. Encor : pour encore en poésie

 

"I have a dream" En mémoire de Martin Luther King

 

Poème lu et affiché à l'occasion de la Journée de la Femme

fêtée au Centre social de mon quartier.

8 mars 2010

 

..............................................................................................

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28 février 2011 1 28 /02 /février /2011 17:13

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Il fallait bien qu'à tout prix, au péril de ma vie peut-être, je susse de quoi il retournait. J'enjoignis Prétatou de se tenir coi dans sa niche jusqu'à mon retour. Il trépignait déjà d'impatience mais, futé comme pas deux, il savait qu'il ne pourrait subir la question sans regimber, si elle se présentait. Mieux valait qu'il se tînt à carreau°. Aussi m'obéit-il sans protester.

 

Je me rendis au poste de police le plus proche. Bien que j'insistasse pour qu'on me dît le nom de l'assassiné, les inspecteurs présents gardèrent bouche cousue°. On me fit asseoir dans le commissariat en m'ordonnant d'attendre mon tour. Une enfilade de chaises, occupées par des quidams, tous plus agacés d'attendre les uns que les autres, s'étirait le long des murs. Je calculai vite que quelques heures seraient nécessaires pour que vînt mon tour. Je me raisonnai pour parvenir à prendre mon mal en patience. On m'interdit de bavarder avec mes voisins de droite et de gauche, ceux-là mêmes qui me lançaient des oeillades suggestives mais ne pipaient.

J'eus tout le loisir de promener mon regard sur les murs de la pièce où nous étions confinés. Drôle de lieu en vérité. Étaient inscrites, dans des cadres colorés, des phrases, sortes d'aphorismes incongrus, de maximes travesties, d'apophtegmes défigurés, ou pire encore, de proverbes d'antan détournés de leur fonction moralisatrice. Je songeais aussitôt avec regret aux sages sentences telles celles qu'affectionnait Michel de Montaigne, gravées sur les poutres de sa Librairie, pour l'aider à faire jaillir de sa pensée les idées, capables, aujourd'hui encore, de nous édifier. Que nenni ! Je dus vite me rendre à l'évidence. Les pensées étalées devant mes yeux ébahis donnaient à réfléchir.

Je vous en livre quelques-unes :

Vous êtes une balance, pesez vos mots !

Tout témoin devient suspect s'il la ramène.

Les manants ont toujours tort.

Notre impartialité, deux poids deux mesures.

Rien ne sert de sourire, il faut pleurer à point.

À chacun sa verbosité.

Vise avant de te tirer une balle dans le pied, pauvre demeuré !

Si tu es ange, fais la bête.

La justice est aveugle, tiens-le toi pour dit.

Toute parole peut te trahir, ferme-la.

Au pilori, Candide, garde confiance quoi qu'il advienne !

L'évidence pour toi n'est pas celle des autres.

Aux innocents, la déveine.

Ta tête ne tient qu'à un fil, ne la perd pas de vue.

La vérité, toute la vérité, rien que la vérité n'est pas souvent bonne à dire.

À l'injustice nul n'est tenu.

"Le soleil ne luit pour personne."*

Vante l'odeur de qui pète, et sauve ta tête 

"Lasciate ogne speranza, voi ch'intrate."*

"The future looks bright ahead, don't be cruel."*

"No pasarán !"*

"La libertad es uno de los más preciosos dones que a los hombres dieron los cielos..."*

"Wenn du zum Weibe gehst, vergiss die Peitsche nicht""*

 

Polyglottes... et misogynes avec ça ! m'exclamai-je en mon for intérieur.

Je décidai de méditer tout ce fatras de maximes abstruses, histoire de me faire une idée précise de la philosophie pratiquée en ce lieu.

.....................................................................................   

*Les citations d'auteurs sont entre guillemets.

Les autres aphorismes sont de moi, mamiehiou, quoi qu'on en pense !

Voir plus bas les notes sur les aphorismes.

 

NOTES

Il fallait que je susse de quoi il retournait

ce quoi il retourne, ce dont il retourne, comprendre

Subjonctif après il faut que

verbe savoir au subjonctif imparfait

Concordance des temps, le verbe de la principale est au passé, celui de la subordonnée aussi.

On dirait plus couramment : il fallait que je sache...

Voir : Valeurs et emplois du subjonctif

> Verbes au subjonctif imparfait du tac au tac - Exercice n°6 sur le subjonctif

 

j'enjoignis Prétatou de se tenir coi

enjoindre, ordonner formellement.

Se conjugue comme joindre.

Les verbes difficiles conjugués à l'indicatif présent, au passé simple, au subjonctif présent et au subjonctif imparfait

Se tenir coi (masculin) coite (féminin)

se tenir silencieux, tranquille.

 

il ne pourrait subir la question sans regimber

subir la question, la torture

mettre à la question, donner la question pour faire avouer quelque chose

sans regimber, sans ruer dans les brancards.

 

Mieux valait qu'il se tînt à carreau

Se tenir à carreau°, se taire, se tenir sur ses gardes, ne pas se faire remarquer.

 

Bien que j'insistasse pour qu'on me dît le nom de l'assassiné

Les deux verbes sont au subjonctif imparfait. (concordance des temps)

On emploie le subjonctif après les locutions conjonctives bien que (concession) et pour que (but).

subjonctif présent : Bien que j'insiste pour qu'on me dise...

Voir : La clef des modes dans les conjonctives

 

Garder bouche cousue°, se taire, garder un secret.

 

ceux-là mêmes qui... ne pipaient

Ceux-là même ou ceux-là mêmes ? Celles-là même ou celles-là mêmes QUIZ 64 

ne pas piper, ne pas piper mot.

Voir la note des Délires n°26

 

Je songeais aussitôt aux sentences gravées sur les poutres de la Librairie de Montaigne

Voir LES SENTENCES de Montaigne qui suivent le texte des Délires n°105

Sa librairie, sa bibliothèque.

L'APOPHTEGME : parole mémorable qui vaut une maxime

LA MAXIME : règle morale, règle de conduite, précepte, sentence.

 

tout ce fatras de maximes abstruses

Abstrus, abscons, sibyllin, incompréhensible, amphigourique.

 

NOTES SUR LES APHORISMES

Vous êtes une balance, pesez vos mots !

Balance a de multiples acceptions. Signifie dénonciateur, en argot donneuse, cousin.

 

Tout témoin devient suspect s'il la ramène.

La ramener, ramener sa fraise°, donner son avis de façon inopinée et mal à propos.

 

Les manants ont toujours tort.

Un manant, homme mal élevé. Sens vieilli : paysan. 

 

La justice, deux poids deux mesures.

cf. La Fontaine :

     "Selon que vous serez puissant ou misérable,
     Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir."

Les animaux malades de la peste 

L'ELLIPSE, en rhétorique, produit un effet de raccourci en omettant les éléments en principe nécessaires à la compréhension d'une phrase ou d'un texte.

 

Rien ne sert de sourire, il faut pleurer à point.

cf. Encore La Fontaine :

     "Rien ne sert de courir, il faut partir à point."

Le lièvre et la tortue.

 

À chacun sa verbosité.

cf. Luigi Pirandello, "À chacun sa vérité."

La verbosité, défaut de celui qui expose les choses en trop de mots et d'une façon confuse.

Dans le contexte évidemment, pour noyer le poisson°, déstabiliser l'interrogateur et donner le tournis.

 

Vise avant de te tirer une balle dans le pied, pauvre demeuré.

Se tirer une balle dans le pied°, être assez maladroit pour faire quelque chose qui va à l'encontre de son propre intérêt. Il y a des gens comme ça !

 

Si tu es ange, fais la bête.

On a ici un paradoxe.

LE PARADOXE, en rhétorique, expose une idée qui apparaît au premier abord contraire au sens commun.

     Cf. "L'homme n'est ni ange ni bête, et le malheur veut que qui veut faire l'ange fait la bête.

 Blaise Pascal, Pensées.

 

La justice est aveugle, tiens-le toi pour dit.

La Justice, figure  ALLEGORIQUE de la mythologie grecque, Thémis représentée par une femme qui a les yeux bandés, symbole de l'impartialité de la justice.

Dans le pseudo aphorisme de mon cru, on peut comprendre tout autre chose.

 

Toute parole peut te trahir, alors ferme-la !

Ferme-là ! J'admets que la formule est un peu cavalière.

 

Au pilori, Candide, garde confiance quoi qu'il advienne.

Candide. Pensons à celui de Voltaire.

 

L'évidence pour toi n'est pas celle des autres.

Question de subjectivité.

 

Aux innocents, la déveine.

cf. Proverbe. Aux innocents, les mains pleines.

 

Ta tête ne tient qu'à un fil, ne la perd pas de vue.

Ta tête ne tient qu'à un fil°, tu peux perdre la vie à la moindre cause.

 

À l'injustice nul n'est tenu. 

LE TRUISME ou LA LAPALISSADE exprime une idée évidente, elle n'apporte donc aucune information ! 

Le truisme n'a pas le caractère péjoratif de la lapalissade.

cf. le proverbe : À l'impossible nul n'est tenu.  

 

"Le soleil ne luit pour personne."

Paul Éluard

Quel esprit mal tourné !

 

Vante l'odeur de qui pète, et sauve ta tête

     "Tout flatteur vit aux dépens de celui qui l'écoute."

La Fontaine encore ! Le Corbeau et le Renard

 

"Lasciate ogne speranza, voi ch'intrate."

cf. L'Enfer, de Dante Alighieri, dans Divina Commedia, La Divine Comédie (1308-1321)

     "Lasciate ogne speranza, voi ch'intrate... Laissez toute espérance, vous qui entrez."

Déjà rencontré dans Les Délires n°48

 

"The future looks bright ahead, don't be cruel..."

L'avenir brille devant toi, ne sois pas cruel...

Écoute donc le King sur la toile Don't be cruel. Ah ! Elvis ! Elvis !

 

"No pasarán !"

lls ne passeront pas !

No pasarán, un célèbre slogan prononcé par les partisans de la Seconde République Espagnole, mouvement antifascite radical.

 

« La libertad, Sancho, es uno de los más preciosos dones que a los hombres dieron los cielos..."

 Cervantès, Don Quichotte, Livre II ; Chapitre LVIII

Lecteur non hispanophone, si tu veux la traduction de cette phrase et la citation plus étoffée, n'hésite pas, reporte-toi aux Délires n°114.

 

"Wenn du zum Weibe gehst, vergiss die Peitsche nicht !" 

So die populäre Variante eines Satzes von Nietzsche, der im Original lautet : "Gieb mir, Weib, deine kleine Wahrheit! » sagte ich. Und also sprach das alte Weiblein : « Du gehst zu Frauen? Vergiss die Peitsche nicht! »  

"Wenn du zum Weibe gehst, vergiss die Peitsche nicht !"

Il faut replacer la phrase dans son contexte. Traduction dont je porte l'entière responsabilité : Quand tu vas voir la femme, n'oublie pas le fouet ! C'est la variante populaire d'une phrase de Nietsche qui était exactement celle-ci : « Femme, donne-moi ta petite vérité, dis-je. » Et voilà ce que déclara la petite vieille : « Tu vas voir les femmes ? N'oublie pas le fouet ! »

Friedrich Nietsche, Also sprach Zarathustra, Ainsi parlait Zarathoustra.

 

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25 février 2011 5 25 /02 /février /2011 11:05

  

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Nous eûmes vite fait de parcourir les quelques centaines de mètres qui nous séparaient de notre petite auberge, moi marchant à grands pas et Prétatou trottinant à mon côté, tout réjoui de m'avoir retrouvée, ce qu'indiquait fort bien le frénétique mouvement de sa queue. Aucun doute là-dessus.

Le chien ne sait mentir, il s'exprime tout au plus avec grande transparence, ce pourquoi nous aimons lui pardonner tout écart de conduite.

 

En arrivant, nous fûmes étonnés de voir que la rutilante enseigne À LA BONNE CHÈRE était éteinte, elle qui, à l'accoutumée, brillait de mille feux à cette heure. Un frisson nous parcourut comme si nous fussions électrisés par l'émotion. La stupéfaction et l'inquiétude nous gagnèrent d'autant plus que, lorsque nous parvînmes à l'entrée, nous lûmes sur un carton que nous jugeâmes bien grossièrement présenté, vu le soin que les propriétaires avaient d'ordinaire de s'appliquer en toutes choses :  Fermé à cause de meurtre.

Prétatou gloussa, ce qui n'était pas sa manière coutumière d'exprimer ses contrariétés, mais la circonstance valait bien qu'il ne s'en tînt pas à une réaction habituelle.

 

L'horrible pensée qui me traversa l'esprit fut qu'il pouvait s'agir d'Alcmène. On aurait occis mon amie si chère ? J'en vins en un éclair à souhaiter qu'Amphi fût la victime et non point celle pour qui mon coeur débordait d'affection. Je m'efforçai de n'avoir aucun remords que cette pensée m'eût traversé l'esprit, ne me sentant nullement responsable de ce que mes neurones chavirés n'en fissent qu'à leur tête, épaulés par des synapses complices qui véhiculaient sans vergogne des idées que la décence eût censurées en toute autre conjoncture.

« N'ayons pas de remords, me répétai-je, nous risquerions d'en être gênée ! »

Je m'entendis penser : Un seul être vous manque et tout est dépeuplé*.

 

« Je sais que ton coeur souhaite qu'il ne soit rien arrivé à Alcmène, renchérit Prétatou, mais Amphi n'est pas un mauvais bougre et son absence nous ferait grand tort, poursuivit-il. »

Son avis pragmatique et calculé donnait toujours à penser. J'imaginais vite Alcmène désemparée sans son protecteur de mari, fût-il parfois imbuvable et mal embouché avec ses sautes d'humeur intempestives. Mais n'en avions-nous pas pris notre parti ? Ne nous en étions-nous pas accommodées, de guerre lasse, au fil des jours, dès lors qu'elles ne pesaient plus bien lourd en face de ce que nous lui devions ?

Alcmène sans Amphi n'était pas concevable. Tout aussi peu qu'Amphi sans mon amène amie.

 

« Chère, chère Alcmène, gémis-je, te reverrai-je un jour en ce monde incertain ? »

..............................................

*Un seul être vous manque et tout est dépeuplé.

Vous voudriez connaître l'auteur de cette citation ?

Vous cherchez sur la toile et vous trouvez :

Un seul être vous manque et tout est dépeuplé.

Alphonse de Lamartine dans L'Internaute et dans Evene

ou bien Victor Hugo dans idid-it-myway.skyrock.com

Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé' Victor Hugo - .::.

et dans Je poème Un seul être est absent et tout est dépeuplé (réédition)

Lire sur mon blog :

> De la recherche difficile de l'auteur d'une citation & Fausses citations

 

NOTES

La rutilante enseigne À LA BONNE CHÈRE était éteinte

Homophones, mots qui se prononcent de la même manière et s'écrivent différemment.

Cher, chère, chair, chaire.

LA CHÈRE, nom commun, faire bonne chère, bien manger, faire un bon repas.

CHER - CHÈRE

adjectif qualificatif

- que l'on aime bien, pour qui on éprouve de l'affection.

Ma chère enfant.

- pour qui l'on éprouve une certaine considération, formule de politesse.

Cher ami, cher maître (pour le notaire, l'avocat, l'huissier...), cher confrère, etc

- coûteux, ces pommes sont chères

CHER, adverbe invariable, coùter cher, valoir cher...

Ces pommes se vendent cher.

Elles coûtent cher.

Je ne donnerais pas cher de ta peau.

Tu me le paieras cher.

Tu ne vaux pas cher.

Je donnerais cher pour ne faire aucune faute d'orthpgraphe.

LA CHAIR, constituant du corps humain ou animal ou autre.

Mon fils, tu es la chair de ma chair.

La chair de ce poulet est bien tendre.

La chair à saucisse.

Ces pauvres soldats furent de la chair à canon.

J'en ai la chair de poule.

La chair de ce fruit est bien juteuse.

En opposition avec l'âme. Le péché de chair.

« L'esprit est ardent mais la chair est faible. » Évangile selon Saint Matthieu

LA CHAIRE. Ce professeur à une chaire (charge) à l'université.

Une tribune : Il professe du haut de sa chaire.

Les prêtres faisaient leurs sermons du haut de leur chaire.

LA CHEIRE > Ne pas confondre les homophones : (adjectif) cher, (adverbe) cher, (substantifs) la chère, la chair, la chaire, la cheire.

 

Voir : Que signifient les mots synonyme, antonyme, homonyme, homophone, paronyme, hyperonyme, hyponyme, holonyme, méronyme ?

 

comme si nous fussions électrisés

fussions subjonctif imparfait

Voir la locution conjonctive comme si dans l'article Comme si + indicatif, subjonctif ou conditionnel, quel mode choisir ?

 

« N'ayons pas de remords, me dis-je, nous risquerions d'en être gênée ! »

LA SYLLEPSE

Oli se parle à elle-même : elle veut dire « Il faut que je n'aie pas de remords, je risquerais d'en être gênée. »

Le NOUS est ici pris pour JE. Le participe passé gênée est au féminin singulier.

La syllepse est une figure de style qui permet d'exprimer sa pensée sans pour autant qu'on suive les règles grammaticales.

Quand les pronoms personnels nous et vous sont employés pour une personne au singulier, l’adjectif, le participe passé qui s’accordent normalement avec ces pronoms, se mettent au singulier et au genre correspondant au sexe de la personne.

Emploi sylleptique de ON (familier) dans le sens de nous.

On a été bloqués dans un embouteillage.

Regardez-nous les garçons. On est pas jolies ?

NOUS mis pour ELLE

« Alors mademoiselle, nous nous sommes réveillée bien tard ce matin ! Nous sommes-nous bien reposée ? »

Autre exemple

Le Bon Usage (Grevisse)  nous fait remarquer que le mot espèce est parfois mis au masculin quand suit un nom au masculin. C'est aussi une syllepse, à éviter bien sûr !

Je me suis fait avoir par un espèce d'olibrius!

Au lieu de une espèce d'olibrius. 

 

Prétatou gloussa, ce qui n'était pas sa manière coutumière d'exprimer ses contrariétés, mais la circonstance valait bien qu'il ne s'en tînt pas à une réaction habituelle

L'expression de l'habitude

SYNONYMES, mots de sens proche.

Adjectifs qualificatifs

Coutumier (coutumière), habituel (habituelle)

Adverbes ou locutions adverbiales

D'habitude, habituellement, d'ordinaire, ordinairement, comme de coutume, à l'accoutumée.

Substantifs

Le dictionnaire Littré (en ligne) nous donne de fort intéressantes nuances.

1° LA COUTUME, L'HABITUDE.

Coutume est objectif, c'est-à-dire indique une manière d'être générale à laquelle nous nous conformons.

Au contraire, habitude est subjectif, c'est-à-dire indique une manière d'être qui nous est personnelle et qui détermine nos actions. L'habitude devient un besoin ; mais la coutume ne le devient jamais.

Cependant on dira également : j'ai la coutume ou j'ai l'habitude de prendre du café, avec cette nuance cependant que avoir la coutume exprime seulement le fait que je prends ordinairement du café, tandis que avoir l'habitude exprime qu'un certain besoin s'y joint.

 2° J'AI COUTUME, J'AI LA COUTUME.  

J'ai coutume de fumer, veut dire je fume d'ordinaire ; j'ai la coutume de fumer, veut dire que cela est entré dans mes coutumes. C'est cette nuance délicate il est vrai mais réelle qui fait que avoir coutume peut se dire des choses, tandis que avoir la coutume ne peut pas s'en dire.

La rivière a coutume de déborder à cette époque de l'année ; mais elle n'en a pas la coutume.

 

Je n'eus aucun remords

Noms au singulier se terminant par DS ou TS

voir la note du texte des Délires n°61

 

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  • J'aime trop les mots pour les garder par-devers moi - au fond de mon coeur et de mon esprit. Ils débordent de mes pensées en contes drolatiques, avec des quiz et des digressions sur la langue.
  • J'aime trop les mots pour les garder par-devers moi - au fond de mon coeur et de mon esprit. Ils débordent de mes pensées en contes drolatiques, avec des quiz et des digressions sur la langue.

Mon blog

Amoureuse des mots, je cherche comment faire partager ma passion. Il y a tant à découvrir dans les bibliothèques du monde, tant de mots à connaître intimement pour affiner notre pensée, tant de mots qu'on n'entend plus sur nos lèvres, enfermés qu'ils sont dans des livres poussiéreux. Il ne tient qu'à nous de les faire revivre et de les faire chanter. Notre langue, si belle, si riche, demande qu'on la respecte, qu'on la préserve, qu'on s'en amuse et qu'on la chérisse. Mamiehiou ............................................................................................................................................................................................ ...................................;....................................................................... « La langue française est une femme. Et cette femme est si belle, si fière, si modeste, si hardie, touchante, voluptueuse, chaste, noble, familière, folle, sage, qu'on l'aime de toute son âme, et qu'on n'est jamais tenté de lui être infidèle. » Anatole France ....................................................... ............... ................................................................................................................. « C'est une langue bien difficile que le français. À peine écrit-on depuis quarante-cinq ans qu'on commence à s'en apercevoir. » Colette

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