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7 mai 2011 6 07 /05 /mai /2011 11:09

LES DÉLIRES Tous les épisodes

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Je jetai un regard circulaire pour me rendre compte combien de personnes étaient dans ma situation. Un bon nombre de paires d'yeux étaient rivés sur la liste défilante, véritable farrago de postes à pourvoir. Les indécis soupiraient, les excités glougloutaient, les impatients choisissaient vite un emploi, se levaient brusquement et disparaissaient. Certains s'étaient endormis au fond de leur siège. Une jeune femme, à côté de moi, pouffa lorsqu'elle entendit les propos de mon voisin.

« En voilà un qui n'est pas près de vous séduire ! me glissa-t-elle à l'oreille. Il aurait besoin de prendre des cours de savoir-vivre.

— Des cours de savoir-vivre... lui répondis-je en écho feutré. Ne serait-ce pas là l'idée de créer une école bien faite pour dégrossir tant de personnes peu policées ? Avec un peu de publicité, on pourrait rameuter, pour les mettre dans le droit chemin de la politesse, les rustres, les rustiques, les grossiers.

— Les sots, les niais, continua-t-elle, les fats s'appliquant à faire étalage d'éloquence...

 Les insipides, renchéris-je, les effrontés, les insolents...

—  N'oublions pas les orgueilleux, les prétentieux, les présomptueux...

—  Les ennuyeux comme la pluie, et les balourds embourbés dans leurs balourdises...

— Les affreux, fort de leur impertinence...

— Les odieux, gros de leur arrogance...

Ceux-là même passés maîtres en outrecuidance...

Les péteux, les frileux, les vaniteux...

Les couards, les cafards, les vantards...

Que d'adjectifs en somme / Pour qualifier les hommes ! rimaillai-je.

Tels qu'en eux-mêmes enfin l'éternité les changeront.* soupira-t-elle, parodiant le poète. 

Il suffirait de modifier quelque peu leur génome... suggérai-je avec ironie. »

 

À ce moment précis, n'y tenant plus, nous fûmes prises d'un fou rire irrépressible et fîmes grand bruit, à tel point que les endormis se réveillèrent en sursaut, les excités nous invectivèrent vertement et les indécis, sans hésiter, nous intimèrent l'ordre de partir sur le champ, immiséricordieusement.

Nous nous exécutâmes séance tenante pour fuir le péril qui nous menaçait.

Je craignis un instant que mon voisin ne me poursuivît.

« Dieu fasse que ses pieds se clouent sur le carreau ! » pensai-je très fort.

......................................

* La politesse est à l'esprit

Ce que la grâce est au visage ;

De la bonté du coeur elle est la douce image,

Et c'est la bonté qu'on chérit.

Voltaire - Stances

......................................

**Le premier vers du poème de Stéphane Mallarmé est très célèbre.

Tel qu'en Lui-même enfin l'éternité le change,
Le Poète suscite avec un glaive nu
Son siècle épouvanté de n'avoir pas connu

Que la mort triomphait dans cette voix étrange !

Le tombeau d'Edgar Poe

......................................

NOTES

véritable farrago de postes à pourvoir

Un farrago, mélange confus de choses disparates.

 

les excités glougloutaient

Les dindons glougloutent. Voir les cris des animaux

QUIZ 3 texte 15. Délires pour un bestiaire. 

 

pour dégrossir les personnes peu policées

Policé, civilisé, éduqué, poli.

 

on pourrait rameuter les rustres, les rustiques, les grossiers

Rameuter, rassembler, regrouper.

 

ils nous intimèrent de partir sur-le-champ immiséricordieusement

sur-le-champ, aussitôt

Immiséricordieusement, sans miséricorde évidemment !

 

Que d'adjectifs en somme / Pour qualifier les hommes ! rimaillai-je

Rimailler, faire de mauvais vers. Un rimailleur.

......................................

Le séquençage du génome humain

cf. Le Magazine de la Santé du 3 mai 2011

On a mis treize ans, de 1990 à 2003 pour parvenir au séquençage du génome humain, l'ADN en petites coupures ! Cela a coûté 3 millions de dollars et nécessité le travail de 20 000 chercheurs. Aujourd'hui, vous pouvez connaître votre ADN pour 5 000 dollars. Grâce aux nouvelles avancées technologiques, vous payerez 100 dollars dans quelques mois. Étonnant non ?

 

Lire  La mort de la mort - Comment la technomédecine va bouleverser l'humanité, Laurent Alexandre.

Paru le 13 – 04 – 2011.

La génomique et les thérapies géniques, les cellules souches, les nanotechnologies réparatrices, l'hybridation entre l'homme et la machine sont autant de technologies qui vont bouleverser en quelques générations tous nos rapports au monde.

Lu sur le site Décitre.

 

<< 132 Délires d'un monde qui n'offre jamais aucune tranquillité + On ne peut pas faire plus de deux choses à la fois + Pour amateurs de scrabble les petits mots avec K

>> 134 Délires d'Oli et de Lio + L'anagramme

 

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Pour amateurs de scrabble, les petits mots avec J et Q :
J

Deux lettres

je

Trois lettres

jab, jam, jan, jar, jas, jet, jeu, job, jus

Quatre lettres

jard, ajut, déjà, dojo, éjet, hadj, haje, jack, jaco, jad, jain, jais, jale, jard, jars, jass, java, jazz, jean, jeep, jerk, jeté, jeun, jeux, jeze, joie, jojo, joli, lonc, jota, joue, joug, jour, jubé, judd, judo, juge, juif, juin, jump, junk, jupe, jure, jury, jute, maje, naja, puja, raja, soja, téju. 

Q

Trois lettres

faq, coq, qat, qin, qing, que, qui. 

Quatre lettres

cinq, fiqh, quad, quai, quel, quia, quid, quiz, quoi.

 

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W Délires n°131

K Délires n°132

X Délires n°134

Y Délires n°135

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30 avril 2011 6 30 /04 /avril /2011 08:05

LES DÉLIRES Tous les épisodes

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Nul besoin de faire à mon fâcheux aucune remarque ex abrupto. Mon silence suffit à le tenir à distance. Je crus lui avoir cloué le bec°. Définitivement.

Que nenni ! Il revint à la charge°, et me harcela derechef.

Que faire ?

Je le regardais de côté sans rien laisser paraître et je l'entrevoyais me dévisager effrontément, et sourire. Allais-je lui lancer quelque froide raillerie qui l'eût laissé pantois ou rendu furibond ? Je craignis de risquer le pire et restai murée dans un mutisme désapprobateur.

 

Mais aussi, quelle idée de faire se côtoyer des gens qui ne se connaissaient ni d'Eve ni d'Adam° ? Quelle incongruité que d'imposer une telle promiscuité ! Il y avait eu jadis cette délicieuse possibilité de se retirer dans sa chambre, seul, devant son écran personnel, à l'abri des regards indiscrets. Heureux temps révolu ! L'internet via l'ordinateur n'était plus de saison°. Il fallait qu'aujourd'hui tout se fît au vu et au su de tous.

 

Je ne fus pas longtemps à m'interroger. Mon voisin, assez perspicace pour lire dans mes pensées me donna l'explication. Mais qu'avait-il à faire montre de tant de prétention ?

 « Il est bien agréable de rencontrer par hasard des concitoyennes charmantes comme vous et désireuses de faire ma connaissance. La belle aubaine de ne plus se claquemurer chez soi ! Ce lieu est magnifiquement propice aux rencontres fortuites. N'est-il pas fait pour cela ? Enterrée, l'inefficace et ridicule coutume de s'en remettre au speed-dating — Mon Dieu ! De l'anglais ! Ici ! Quelle audace ! pensai-je — qui sévissait encore il y a peu dans notre cité. »

 

Je ne tournai pas la tête et l'écoutai, mine de rien, mais néanmoins distraite de l'écran qui, imperturbable, continuait d'afficher sa liste interminable. On ne peut faire attention à plus de deux choses à la fois, c'est bien connu. Malgré que j'en eusse, mon voisin m'accaparait tout entière, exacerbant mon impatience. Et j'éprouvai quelque dépit à perdre ainsi un temps précieux.

 

NOTES

Nul besoin de faire à mon fâcheux aucune remarque ex abrupto.

Fâcheux, importun

D'après Littré : La différence qu'il y a entre ces deux mots, c'est que celui qui fâche ou ce qui fâche peut n'être fâcheux qu'une fois, tandis que celui qui importune ou ce qui importune est fâcheux d'une manière répétée, continue.

Un importun vous assiège ; un fâcheux vous cause un ennui.

Un souvenir importun vous poursuit ; un souvenir fâcheux vous cause de la peine. 

Ex abrupto, brusquement, sans préambule.

Parler ex abrupto.

Exorde ex abrupto, exorde vif et sans précaution oratoire.

 

Je crus lui avoir cloué le bec°, rivé son clou°, fait taire.

 

Il me harcela derechef, de nouveau

 

Il revint à la charge

Revenir à la charge°, insister de nouveau pour arriver à ses fins.

 

je l'entrevoyais me dévisager effrontément

Entrevoir, ne voir qu'imparfaitement, sans bien distinguer.

Voir l'article L'agglutination – entr'acte ou entracte, grand'mère ou grand-mère, appui-tête ou appuie-tête, garde-meuble ou garde-meubles, des soutiens-gorge ou des soutien-gorge, un et des faire-part...

 

Allais-je lui lancer quelque froide raillerie qui l'eût laissé pantois

eût laissé, subjonctif dans une relative à valeur de conséquence, plus-que-parfait

On peut comprendre aussi : qui l'aurait laissé pantois, conditionnel passé.

quelque froide raillerie, quelque au singulier, littéraire.

raillerie, action de railler, de se moquer.

La raillerie est un air de gaieté qui remplit l'imagination, et qui lui fait voir en ridicule les objets qui se présentent ; l'humeur y mêle plus ou moins de douceur ou d'âpreté.

François de La Rochefoucauld, 1613 - 1680.

pantois, ici : interdit, stupéfait, penaud.

 

des gens qui ne se connaissaient ni d'Eve ni d'Adam°

Ne connaître quelqu'un ni d'Eve ni d'Adam°, ne pas le connaître du tout, ne pas avoir entendu parler de lui.

 

quelle incongruité d'imposer une telle promiscuité !

Incongruité, indécence, inconvenance, grossièreté.

Promiscuité, situation dans laquelle on se trouve dans un espace restreint avec un voisinage désagréable.

 

internet, via l'ordinateur, n'était plus de saison

Via, en passant par.

On ne met pas cette expression en italique parce qu'elle n'est pas en latin.

La Via Appia, la célèbre route romaine.

de saison, en opportunité, convenable.

C'est bien fait ; la prudence est toujours de saison. Molière

Ne plus être de saison, être hors de saison, ou hors saison, qui n'est plus opportun, plus de circonstance.

 

Il fallait que tout se fît au vu et au su de tous

fît subjonctif imparfait (concordance des temps, il fallait)

subjonctif après il faut que

Voir Valeurs et emplois du subjonctif 

au vu et au su, sans rien cacher, ouvertement.

 

qu'avait-il à faire montre de tant de prétention ?

Faire montre, faire parade

 

Speed-dating. L'anglicisme speed dating, rencontres rapides, est une méthode de suite de rencontres amoureuses.

 

la belle aubaine de ne plus se clauqemurer chez soi

Se claquemurer, se tenir renfermé, rester enfermé chez soi.

     Que vous jouez au monde un petit personnage,

     De vous claquemurer aux choses du ménage !

Molière, Les Femmes Savantes

 

Mine de rien, sans en avoir l'air.

 

Malgré que j'en eusse, malgré que j'en aie, malgré moi, à mon corps défendant.

Malgré qu'il en ait, malgré lui.

C'est le cas où la locution conjonctive malgré que est grammaticalement correcte, elle doit être sinon évitée.

Voir l'article Malgré que

 

On ne peut pas faire plus de deux choses à la fois.

Et même deux quand c'est risqué.

 

Cf.  la publication du 16 avril 2010 sur Sciences d'Étienne Kœchlin (Inserm/École nationale supérieure) et de Sylvain Charron.

Ils démontrent que le cerveau peut faire deux choses en même temps, en faisant travailler ses deux hémisphères, mais l'un après l'autre, pas simultanément. Ainsi on peut passer d'une activité à l'autre, plus ou moins vite selon les individus et on a l'impression de faire deux choses en même temps.

Corollaire : Téléphoner ou conduire, il faut choisir.

 

<< 131 Délires sur une chatte échaudée qui craint l'eau froide* + Pour amateurs de scrabble, les petits mots avec W

>> 133 Délires sur des conduites peu exemplaires - « La politesse est à l'esprit ce que la grâce est au visage. »+ Le séquençage du génome humain + Pour amateurs de scrabble les petits mots avec J et Q

 

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Pour amateurs de scrabble, les petits mots avec K

 

Deux lettres

ka

 

Trois lettres

kan, kea, khi, kid, kif, kil, kip, kir, kit, kob, kop, kot, kru, ksi, kwa, kyu, lek, oka, ska, ski, tek, wok, yak

 

Quatre lettres

amok, arak, beke, berk, bock, book, brik, cake, coke, desk, dock,

dunk, dyke, folk, funk, haik, haka, ikat, inuk, jack, jerk, junk, kadi, kaki, kale, kali, kami, kana, kaon, kapo, kart, kata, kava, kawa, kawi, képi, kern, keuf, keum, khan, khat, khol, kick, kief, kiki, kilo, kilt, kina, kiné, kite, kiwi, koan, koka, kola, kora, koré, koto, krak, ksar, kuna, kuru, kvas, kwas, kyat, lack, lakh, look, maki, mark, moka, moko, neck, okra, pack, puck, punk, pack, raki, rock, sake, saki, sikh, skai, skat, skif, skin, skip, skua, souk, taka, tank, teck, téké, trek, tiki, yack, yaka, yuko, york, zouk

 

VOIR  aussi

W Délires n°131

J et Q Délires n°133

X Délires n°134

Y Délires n°135

Z Délires n°136

 

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25 avril 2011 1 25 /04 /avril /2011 19:25

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Sauriez-vous répondre ?

1-Les mots suivants s'écrivent-ils avec S ou SS ?

res(s)urgir, res(s)aler, sus(s)urrer, as(sy)métrique.

2-Le S de ABASOURDI se prononce-t-il [s] ou [z] ?

Les réponses sont à la fin de l'article et dans l'article.

Règle générale

Un S placé entre deux voyelles se prononce [z].

Pour avoir le son [s] on double la lettre s.

 

Exceptions :

Voici ci-dessous les cas où le S ne se prononce pas [z] entre deux voyelles

 

Prennent une seule S* entre deux voyelles tout en se 

prononçant [s] les mots suivants :

susurrer, (in)vraisemblable, (in)vraisemblance,

vraisemblant, invraisemblabilité,

primesautier, primesautière,

tournesol (L'Académie, édition 1694, 1718 donnait tourne-sol)

ainsi que :

 

Des mots commençant par le préfixe dé- et dont le radical commence par S comme :

désacralisation, désacraliser désaisonnalisation désaisonnaliser désaper désectorisation désectoriser déségrégation désensibilisateur désensibilisation désensibiliser désexualisation désexualiser désiliciage désocialisation désocialiser désolidariser désorption désulfitage désulfiter désulfuration désulfurer désynchronisation désynchroniser

 

Des mots commençant par dys-

dysenterie dysentérique dysesthésie dysesthésique

 

Des mots commençant par le préfixe privatif a- et dont le radical commencent par s

asémanticité asémantique asepsie aseptique aseptisation aseptiser asexualité asexué asexuel asialie asociabilité asocial asymbolie asymétrie asymétrique asymptomatique asymptote asymptotique asynchrone asyndète asynergie asystolie

 

Certains mots commençant par re- ou ré- et dont le radical commence par S

resaler resalir resarcelé resemer réséquer résipiscence resocialisation resucée resurchauffer resurgir ou ressurgir

 

Des mots commençant par le préfixe para- dont le radical commencent par s

parasol parasexualité parasismique parasympathique parasynthétique

 

Des mots commençant par anti-, bio-, iso-, nano-, poly-, tétra-, ultra-

Exemples : antisocial, bioserveur, nanoseconde, etc. 

 

 

*un s ou une s, une l, une elle, une f, etc. Voir une curiosité :  Le nom et le genre des lettres - l'h, le h, un h, une h, un ache - l's, le s, une esse - etc.

 

Remarque : le s de abasourdi se prononce bien [z]

Voir l'article : Prononciation problématique de quelques mots en français : gageure, almanach, handball, imbroglio, mas, tomber dans le lacs, abasourdi, Auxerre, Bruxelles, Cassis...

 

.................................................................................

LE FRANÇAIS DANS TOUS SES ÉTATS

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.................................................................................

Réponses aux questions posées > au début de l'article 

1-S ou SS ? res(s)urgir, res(s)aler, sus(s)urrer, as(sy)métrique.

On écrit resurgir ou ressurgir, resaler, susurrer, asymétrique.

2-Le S de ABASOURDI se prononce-t-il [s] ou [z] ?

Il se prononce [z]

 

Récapitulation des articles sur la prononciation des mots

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Note - Les commentaires ci-dessous ont subi quelques dommages dans la présentation

lorsque je suis passée sur la plateforme du Nouvel Overblog.

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25 avril 2011 1 25 /04 /avril /2011 19:21

LES DÉLIRES Tous les épisodes

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<< 130 Délires sur une recherche d'emploi


J'étais sur le point de sombrer dans un sommeil pour longtemps irréveillable lorsque mon voisin me susurra : « Mademoiselle, je vois bien là quelques métiers qui vous siéraient et que vous choisiriez volontiers sans attendre si tant est que vous titilliez quelque peu votre vigilance. »

Tout estomaquée de cette impertinence, j'eus une furieuse envie de rétorquer qu'il devrait se mêler de ses affaires, et des siennes seulement. N'avais-je pas été accostée, il y a peu, par un gentleman fort avenant en qui j'avais été prête à mettre toute ma confiance et qui s'était mué en malotru érotomane** ?

Chat échaudé craint l'eau froide°. On ne m'y reprendrait pas.

Rude avait été la leçon. Je tremblais encore en y songeant.

 

      « Le sang-froid est de rigueur dans ce monde impitoyable », me dis-je, et la placidité dont je fis preuve en cet instant me stupéfia.

 

L'inconnu n'insista pas. Grand bien lui fit. Avait-il deviné à mon regard fuyant que pour un peu, je lui eusse dit des choses fort désagréables ?

Je lui aurais répondu, il se serait cru encouragé.

........................................................................

*Cf. Chat échaudé craint l'eau froide. Proverbe XIIIe siècle

Si vous avez vécu une expérience malheureuse, méfiez-vous de ce qui lui ressemble.

 

**érotomane, érotomanie, se reporter au texte des Délires N°128

 

NOTES

un sommeil pour longtemps irréveillable

qu'on ne peut réveiller

Littré : XVIe siècle Sommeil irreveillable, [De la Porte, Épithètes]

 

mon voisin me susurra

susurrer, prononcer s et pas z

une seule S entre deux voyelles et qui se prononce z

(une S ou un S, voir le nom des lettres, note du texte N°58)

Cas où le S ne se prononce pas [z] entre deux voyelles

 

je vois bien là quelques métiers qui vous siéraient

le verbe seoir, défectif.

> Les verbes défectifs - Pour peu qu'il vous en chaille !

 

si tant est que vous titilliez quelque peu votre vigilance

Titillation, léger chatouillement qui ne produit qu'une sensation agréable.

Titiller, causer la titillation / taquiner, agacer, exciter.

Ce vin titille agréablement le palais.

Ici : vous titilliez, IEZ terminaison du subjonctif (présent) après si tant est que.

Il ne faut pas oublier le i (devant ez) que l'on n'entend pas précisément puisqu'il se fond dans le son mouillé qui le précède.

Voir le subjonctif présent des verbes en GNER, gniez, gnions – IER, iiez, iions – YER, yiez, yions - ILLER, illiez, illons – (même chose pour l'imparfait de l'indicatif) 

> Les verbes difficiles conjugués à l'indicatif présent, au passé simple, au subjonctif présent et au subjonctif imparfait

 

Tout estomaquée de cette impertinence

Estomaqué, choqué, offensé.

Tout estomaquée, voir : Ne pas confondre : TOUT adjectif indéfini, pronom indéfini, adverbe (variable dans certains cas) et substantif

S'estomaquer, se tenir pour offensé de quelque chose, s'en choquer.

Je m'estomaque que vous m'interpelliez ainsi.

 

la placidité dont je fis preuve en cet instant me stupéfia.

Placidité, tranquillité douce et sereine.

 

Grand bien lui fit

Faire grand bien

Grand bien lui fit, cela lui fit grand bien. (indicatif - passé simple)

Grand bien lui fasse ! que cela lui fasse grand bien ! (subjonctif présent) Souhait. Ironique.

Grand bien lui fait, cela lui fait grand bien. (indicatif présent)

Ce remède me fait grand bien.

 

pour un peu, je lui eusse dit des choses fort désagréables

Pour un peu (selon le contexte) peut-être suivi :

-du conditionnel : Pour un peu je lui aurais dit des choses désagréables. Conditionnel passé Ière forme

Pour un peu je lui eusse dit... Conditionnel passé 2ème forme

-ou de l'imparfait de l'indicatif

Pour un peu je lui disais...

-ou même du présent de l'indicatif

Pour un peu je lui dis des choses désagréables.

Un peu plus, même chose que précédemment.

Un peu plus je lui disais des choses désagréables.

Encore un peu, même chose.

Encore un peu je lui eusse dit des choses désagréables.

Tournure vivante en Wallonie.

Cf. Le Bon Usage, Le Grevisse 

à rapprocher de :

Il s'en fallut guère que je ne lui disse des choses désagéables.

Il s'en est fallu guère que je ne lui dise...

Il s'en fallut peu de choses que je ne lui disse des choses désagéables.

Peu s'en fallut que je ne lui disse des choses désagéables.

Il s'en fallut beaucoup que je ne lui disse pas ... (tournure donnée par Littré)

dise subjonctif présent

disse subjonctif imparfait - concordance des temps avec le passé simple fallut (style soutenu)

 

Voir les articles :

Valeurs et emplois du subjonctif

Liste des conjonctions de subordination et des locutions conjonctives

 

Je lui aurais répondu, il se serait cru encouragé.

Si je lui avais répondu, il se serait cru encouragé.

 

<< 130 Délires sur une recherche d'emploi + De l'énergie à la graisse d'andouille

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Pour amateurs de scrabble, les petits mots avec W

Deux lettres

wu

Trois lettres

daw, ewe, kwa, wad, wap, wax, web, wok, won

Quatre lettres

biwa, dauw, iwan, kawi, kawi, kiwi, kwas, news, show, slow, swap, twin, wale, (+awale), wali, wasp, watt, whig, whip, wifi, witz, wurm.

 

VOIR

J et Q Délires n°133

X Délires n°134

Y Délires n°135

Z Délires n°136

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25 avril 2011 1 25 /04 /avril /2011 07:08

UNE PETITE HISTOIRE DE LA LANGUE FRANÇAISE

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Introduction au Moyen Français


Un peu d'histoire
Le XIVe siècle et le début du siècle suivant sont une des périodes les plus sombres de notre histoire.
À partir de 1315 s'installe une famine due au surpeuplement et à des conditions climatiques difficiles. La démographie régresse. La peste noire apparaît et fait des ravages (1348 -1350) avec de nombreuses récidives tant en France que dans l'Europe toute entière. Les guerres, les violences qu'elles entraînent font que l'on vit dans un climat de peur et d'insécurité. La royauté est incapable de défendre le pays. La crise de la féodalité, la captivité de Jean La Bon, la folie de Charles VI, la rivalité des Armagnacs et des Bourguignons, et la Guerre de Cent Ans, mettent le pays à feu et à sang. La crise religieuse due au Grand Schisme (1378 - 1417) divise les chrétiens, deux papes s'étant installés à la tête de l'Eglise catholique, l'un à Rome et l'autre en Avignon soutenu par la France, l'Espagne, l'Écosse et l'Italie du Sud. Après cette période, l'Eglise a de la peine à rétablir son autorité. Le terrain se prépare pour la Réforme protestante qui verra le jour avec Luther au début du XVIe siècle.

L'évolution de la langue 


Le moyen français est une variété historique du français parlé et écrit du XIVe au XVIe siècle. La langue française, issue du francien de l'Île-de-France se différencie alors des autres langues d'oïl.
En 1539, l'ordonnance de Villers-Cotterêts est édictée par le roi François Ier. Elle fait du français l'unique langue juridique et légale du royaume, prenant ainsi la place du latin. Les autres langues d'oïl, l'occitan et le francoprovençal sont dès lors appelés patois.

Quelles transformations apparaissent dans le moyen français ?
La déclinaison, héritée du latin, que l'on trouve dans l'ancien français, disparaît. Aussi, pour que la fonction des mots soit plus évidente dans la phrase, a-t-on recours à de nombreuses prépositions. L'ordre des mots se précise, le sujet se plaçant généralement devant le verbe. On utilise l'article plus fréquemment. On marque d'un e le féminin des adjectifs. Le pluriel des noms prend un s.
Ainsi le français revêt-il un caractère analytique.
La littérature en moyen français se développe. Le vocabulaire s'enrichit, la grammaire se précise.
Villon, Marot, Rabelais, Montaigne, Ronsard et les poètes de la Pléiade nous ont donné des chefs-d'oeuvre dans la langue de cette époque.


FRANÇOIS VILLON (1431 - 1463)

Mais quoy ! je fuyoië l'escolle
Comme fait le mauvaiz enffant
En escripvant cette parolle
A peu que le cueur ne me fent !

Notre poète, François de Moncorbier dit Villon, le plus fameux de cette période est plongé dans les malheurs de son temps. Quelques faits avérés le dépeignent comme un mauvais sujet. Il est arrêté pour des rixes, une affaire de meurtre, un vol. On perd sa trace vers 1463.
Ses écrits où il parle abondamment de sa vie, les « Lais » (« Legs ») et le « Petit Testament » sont en partie le reflet de la réalité et une bouffonnerie satirique, ils ont construit sa légende avec le « Grand Testament » qui, s'il reprend la plaisanterie, est le plus souvent grave et pathétique, révélant les confessions et les regrets.
Les moments lyriques de la poésie de Villon et ses plus belles ballades ont gardé intact, jusqu'à nous, leur pouvoir d'émotion.

 

La Ballade des Pendus 

Frères humains qui après nous vivez
N'ayez les coeurs contre nous endurciz,
Car, se pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tost de vous merciz*.
Vous nous voyez cy attachez cinq, six
Quant de la chair, que trop avons nourrie,
Elle est pieça* devoree et pourrie,
Et nous les os, devenons cendre et pouldre.
De nostre mal personne ne s'en rie :
Mais priez Dieu que tous nous veuille absouldre !

Se frères vous clamons, pas n'en devez
Avoir desdain, quoy que fusmes occiz
Par justice. Toutesfois, vous savez
Que tous hommes n'ont pas le sens rassiz;
Excusez nous, puis que sommes transis*,
Envers le filz de la Vierge Marie,
Que sa grâce ne soit pour nous tarie,
Nous préservant de l'infernale fouldre.
Nous sommes mors, ame ne nous harie*;
Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre !

La pluye nous a débuez et lavez,
Et le soleil desséchez et noirciz:
Pies, corbeaulx nous ont les yeulx cavez
Et arraché la barbe et les sourciz.
Jamais nul temps nous ne sommes assis;
Puis ça, puis la, comme le vent varie,
A son plaisir sans cesser nous charie,
Plus becquetez d'oiseaulx que dez à couldre.
Ne soyez donc de nostre confrarie;
Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre !

Prince Jhesus, qui sur tous a maistrie,
Garde qu'Enfer n'ait de nous seigneurie :
A luy n'avons que faire ne que souldre*.
Hommes, icy n'a point de mocquerie;
Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre.

NOTES
*Merciz : miséricorde
*pieça : depuis longtemps
*transis : trépassés
*âme ne nous harie : que nul ne nous tourmente
*souldre : payer

Cette ballade traduit les thèmes qui hantent le poète, l'effroi de la mort, la crainte du gibet, la misère, mais aussi la foi et l'appel à la charité chrétienne pour les pauvres gens. Elle s'émaille de détails et d'images réalistes qui surgissent devant nos yeux et ne peuvent nous laisser indifférents.
Je l'ai bien lu des dizaines de fois cette ballade, et je ne peux toujours pas m'empêcher de frémir quand s'égrènent devant mes yeux ses vers qui traduisent tant de douleurs. Mon coeur se serre d'horreur et de pitié. 

L'ombre de Villon est toujours là qui nous fascine. Elle continue de se glisser dans nos poèmes et nos chansons.
Georges Brassens,« foutrement moyenâgeux » comme il se dépeint lui-même, a mis en musique la « Ballade des dames du temps jadis ».

 

 Ballade des dames du temps jadis


Dites-moi où, n'en quel pays,
Est Flora la belle Romaine,
Archipiades*, ni Thaïs,
Qui fut sa cousine germaine ;
Echo parlant quand bruit on mène
Dessus rivière ou sus étang,
Qui beauté eut trop plus qu'humaine
Mais où sont les neiges d'antan?

Où est la très sage Héloïs,
Pour qui fut châtré et puis moine
Pierre Abélard à Saint-Denis ?
Pour son amour eut cette essoyne.
Semblablement, où est la royne
Qui commanda que Buridan
Fut jeté en un sac en Seine ?
Mais où sont les neiges d'antan ?

La reine Blanche comme lis
Qui chantait à voix de sirène,
Berthe au grand pied, Bietris, Alis,
Et Jehanne la bonne Lorraine
Qu'Anglois brûlèrent à Rouen ;
Où sont-ils, Vierge souveraine ?
Mais où sont les neiges d'antan ?

Prince n'enquérez de semaine
Où elles sont, ni de cet an,
Qu'à ce refrain ne vous remaine.

Version donnée sur le site   In Libro Veritas


S'inspirant de « La Ballade des Pendus », Léo Ferré nous a donné « L'amour n'a pas d'âge ». Serge Reggiani a chanté aussi cette ballade de façon bouleversante. De même s'en est inspiré Richard Desjardins le Québécois pour écrire sa chanson « Lomer (À la Frenchie Villon) ». Dans « Mon bistrot préféré » de Renaud, Villon est encore là, « qui rôde près du bar et des mauvais garçons ». Félix Leclerc a choisi de mettre en musique quelques pages de l'oeuvre du poète maudit. Le Groupe Eiffel chante« Mort j'appelle » qui s'inspire du rondeau « Mort j'appelle de ta rigueur ».

 

Mort j'appelle de ta rigueur

 

Mort, j'appelle de ta rigueur,
Qui m'as ma maîtresse ravie,
Et n'es pas encore assouvie
Si tu ne me tiens en langueur :

Onc puis n'eus force ni vigueur ;
Mais que te nuisoit-elle en vie,
Mort ?

Deux étions et n'avions qu'un coeur ;
S'il est mort, force est que dévie*,
Voire, ou que je vive sans vie
Comme les images, par coeur,
Mort !

NOTE *que dévie : que je meure

Version donnée sur le site In Libro Veritas


Et, si d'aventure vous vous promenez à Paris, rue Saint-Martin, vous ne manquerez pas de voir, au n°29, la Fontaine Maubuée avec sa pierre sculptée d'épis et de cornes d'abondance, fontaine que Villon a chantée dans son « Testament ».

Voilà, chers lecteurs, de quoi vous donner envie d'écouter des chansons où l'on rencontre ce personnage hors du commun. Je reviendrai bientôt avec d'autres poètes... si, jusque-là, Dieu me prête vie.
Littérairement vôtre,

mamiehiou
 

UNE PETITE HISTOIRE DE LA LANGUE FRANÇAISE

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22 avril 2011 5 22 /04 /avril /2011 04:12

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Une androïde fort charmante, à l'image de la Maria de Métropolis, m'accueillit, munie du sourire le plus sophistiqué que l'on pût imaginer — néanmoins je compris bientôt qu'elle était superlativement bornée. Elle m'installa avec sa grâce toute mécanique dans un large fauteuil en face d'un écran gigantesque.

J'avais bien raison ; les emplois proposés étaient nombreux, pour la plupart vacants depuis peu, car ici, à Utopinambourg*, on ne restait pas longtemps captif d'une activité particulière, fût-elle désirée ardemment et choisie au prime abord. On aimait le changement. Et il était d'autant plus facile de papillonner d'un emploi à un autre qu'on y prenait goût et qu'on évitait ainsi de s'ankyloser les bras, les jambes, ou pire, les neurones c'était selon.

 

L'offre était vaste, disais-je, à voir la longue, longue liste que parcouraient des yeux, ceux-là mêmes qui, comme les miens, cherchaient le petit boulot du moment.

« Il n'y a pas de sots métiers, il n'y a que de sottes gens », écrivait Monsieur Le Roux de Lincy**, il y a bien longtemps — si longtemps même qu'on aurait presque oublié ce proverbe vidé de son sens, puisqu'ici-bas tous les métiers étaient également respectés ; et l'on passait allègrement de l'un à l'autre pendant sa longue, longue vie qui aurait été bien monotone s'il avait fallu s'en tenir à un seul.

Et si s'éveillait brusquement une passion irrésistible pour une spécialité quelconque, on avait tout le loisir de consacrer, à son étude, le temps nécessaire pour en devenir un expert. Que ce fût l'art du barbier-chirurgien ou celui du décrotteur, l'art du chaircuitier saucisseur ou celui du conchyliculteur de moules, sans parler du bénéficier ni du bistourneur ; par ma foi, tous les métiers se valaient bien et Maître Horri*** n'aurait rien eu à envier aux inventeurs de fragrances nouvelles.

 

J'avais consacré quelque temps à l'art de la gastronomie comme vous le savez, et il me prit l'envie de trouver une autre occupationqui me conviendrait, il va sans dire.

Je lus avec une avidité gourmande le choix des emplois que l'on proposait. Comme on ne me prenait pas pour une sainte-nitouche, j'aurais pu postuler n'importe quel emploi, même celui que nul n'aurait osé me proposer, d'autant plus que la susdite androïde au cerveau duriuscule et dépourvue du moindre état d'âme n'avait pas pour fonction de me conseiller. Eût-elle tenté de s'aventurer à le faire, zeste !

J'étais mon seul juge.

L'écran se déroulait longuement devant moi avec une lenteur bien faite pour donner le temps de la réflexion, à tel point que peu s'en fallut que bientôt je ne m'endormisse. Et pas le moindre remontant ne m'était offert pour corroborer mon esprit !

C'est alors que, subrepticement, un inconnu vint s'asseoir à côté de moi, un peu trop près à mon goût.

.............................................................................

*Utopinambourg

Rappelez-vous l'arrivée de notre héroïne Oli à Utopinambourg,

les Délires n° 53

 

**Antoine Leroux de Lincy, 1806 – 1869, écrivain, archiviste paléographe, conservateur de la bibliothèque de l'Arsenal.

Il n'y a pas de sots métiers, il n'y a que de sottes gens.

Livres des Proverbes.

 

***Maître Horri, l'éboueur-type du Moyen Âge.

Voir La Complainte Rutebeuf dans :  Une petite histoire de la Langue Française racontée par mamiehiou– Chapitre 7 - L'ANCIEN FRANÇAIS DU IXe AU XIIIe SIÈCLE - CINQUIÈME PARTIE : Les complaintes de Rutebeuf

Mi autre ami sunt tuit porri :
Je les envoi a maitre Horri
Et cest li lais

 

NOTES

Un ou une androïde, robot construit à l'image d'un homme ou d'une femme.

Incarnée par Brigitte Helm, l'androïde du film Métropolis de Fritz Lang (1927), est construite à l'image d'une femme du peuple, Maria.

Un film - mémoire
Metropolis a été le premier film classé parmi les documentaires du patrimoine mondial. Il est inscrit au registre Mémoire du Monde  de l'Unesco. 

 

le sourire le plus sophistiqué qu'on pût imaginer

subjonctif dans une relative après un superlatif.

Ici, l'imparfait du subjonctif

§71 dans : Valeurs et emplois du subjonctif

 

ceux qui, comme moi, cherchaient le petit boulot du moment, histoire de se changer les idées, aussi.

L'HYPERBATE est une figure de style qui consiste à séparer deux mots normalement assemblés en intercalant un ou plusieurs autres mots. La phrase en est de ce fait comme prolongée en ajoutant l'élément déplacé. 

... histoire de se changer les idées, aussi.

au lieu de

... histoire de se changer aussi les idées.

 

Les métiers anciens susnommés (écrits en italique), je les ai recueillis pour la plupart dans les dictionnaires de Littré et de Godefroy (Le Dictionnaire de l'ancienne langue française et de tous ses dialectes du 9e au 15e siècle, 1881-1902).

Barbier-chirurgien, barbier, artisan qui coupe les cheveux et la barbe. Autrefois, les barbiers étaient aussi des chirurgiens !

Décrotteur, personne nettoyant et cirant les souliers des passants. Au figuré et par plaisanterie, celui qui corrige et arrange les écrits d'un autre.

Saucisseur et Chaircuitier, ancêtre du charcutier

Bénéficier, titulaire d'un bénéfice écclésiastique et qui en perçoit des revenus.

Bistourneur, personne castrant les animaux.

Conchyliculteur. La conchyliculture est l'élevage des mollusques conchifères (c'est-à-dire les coquillages en général)

Voir : Les mots formés avec l'élément culture, QUIZ n°9

...................

et Maître Horri n'avait rien à envier aux inventeurs de fragrances nouvelles

Le travail de Maître Horri dans le récit :

Maître Horri, descendant lointain du Maître Horri du XIIIe siècle, récupère tous les déchets biologiques, déchets d'animaux (dont déchets d'hommes), et déchets végétaux, pour les transformer en énergie. Cela a commencé au XXIème siècle, et même un peu avant et c'est très au point au siècle de notre héroïne !

Voir la note à la fin de l'article : on fabrique de l'énergie avec la graisse d'andouille.

Fragrance, parfum.

les inventeurs de fragrances nouvelles, les parfumeurs

 

j'ai consacré quelque temps à l'art de la gastronomie

quelque temps, un certain temps.

 

on ne me prenait pas pour une sainte-Nitouche

Nitouche : usité seulement dans la locution familière sainte nitouche, personne hypocrite, doucereuse, affectant la simplicité et l'innocence. Sainte n'y touche, c'est-à-dire une sainte qui n'y touche pas ; wallon et bourguig. mitouche.

 

je compris bientôt qu'elle était superlativement bornée

Superlativement, terme familier, qui ne se dit guère qu'en plaisantant. Au superlatif, extrêmement.

Exemple : Elle est superlativement laide.

 

la susdite androïde au cerveau duriuscule

Duriuscule, adjectif. Terme de plaisanterie. Lat. duriusculus, diminutif de durus, dur. Un peu dur. Cf. Littré

On trouve dans le Malade Imaginaire de Molière : Il est duriuscule [le pouls]

 

eût-elle tenté de s'aventurer à le faire, zeste !

eût-elle tenté, aurait-elle tenté, même si elle avait tenté

Zest ! ou zeste !

Ici, interjection familière et ironique dont on se sert pour repousser ce que dit une personne.

Il se vante de cela : zest !

Pour en savoir plus sur le mot zest ou zeste, lire la note du texte :

159 Délires où la prudence est de rigueur

 

pas le moindre remontant ne m'était offert pour corroborer mon esprit

Corroborer - Littré - Terme de médecine. Donner de la force. Il faut donner à cet enfant étiolé tout ce qui corrobore.  2° En général, affermir, appuyer, renforcer.

Vos encouragements, chers lecteurs, corroborent l'obstination et la ténacité que j'ai à poursuivre inlassablement une suite interminable de mes Délires... Mamiehiou

 .........................................................................

Aujourd'hui aux infos sur France 2, j'entends qu'on fabrique de l'énergie avec la graisse d'andouille. Et la présentatrice du journal d'ajouter qu'on pourra un jour utiliser tous les déchets animaux pour en faire de l'énergie.

Bravo Benoît Rivalan ! Ce charcutier de Guéméné-sur-Scorff dans le Morbihan qui produit 300 000 andouilles par an (est-ce possible ?) et par la même occasion 15 tonnes de graisse, a eu la bonne idée de transformer cette manne en un produit dont l'énergie alimente un groupe électrogène. Il en vend même à L'EDF.

Génial non ? On n'arrête pas le recyclage intelligent.

Et cela pour ne pas faire mentir l'adage : Tout est bon dans le cochon.

 

<< 129 Délires sur la folie du consumérisme + « Prêt à jeter » l'obsolescence programmée 

 >> 131 Délires sur une chatte échaudée qui craint l'eau froide* + Pour amateurs de scrabble, les petits mots avec W

 

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8 avril 2011 5 08 /04 /avril /2011 21:37

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Dans la nuit du 19 mars 2011, à 2h45, pour distraire mon insomnie, je suis allée sur Arte par hasard et j'y ai vu un film documentaire suivi d'une discussion qui m'ont sidérée.

 

« PRÊT A JETER »  un film de Cosima Dannoritzer

Quelle naïve j'étais jusqu'alors ! Mais à un point !

Ne me dit-on pas que les ingénieurs doivent s'appliquer dans leurs merveilleuses inventions à y introduire une fragilité, une défaillance qui font que l'objet ne doit pas durer ! Les ingénieurs deviennent des destructeurs.

 

L'obsolescence programmée**,

Moteur de notre économie !

 

Cette programmation qui peut paraître insensée, révoltante au premier abord, se comprend aussitôt qu'on l'explique par l'insatiable avidité de ceux qui tiennent dans leurs mains les rênes de l'industrie et de l'économie.

Dès les années vingt !

Et les années cinquante voient la naissance de la société de consommation en Amérique. Nous ne tardons pas à être contaminés. Quel gâchis !

 

 Un produit qui ne s'use pas

est une tragédie pour les affaires.

 

On donne dans le film de multiples exemples.

Thomas Edison inventa la lampe à incandescence qui durait 2500 heures. Elle inonda le marché mondial. Mais sa vie était beaucoup trop longue au goût du « Cartel des Ampoules » !

On réduisit son temps d'éclairage à 1000 heures.

Le bas nylon fut commercialisé en 1939 par la firme DuPont de Neumours. Sa fibre était, à l'origine, d'une grande solidité. Qu'à cela ne tienne ! On y introduisit une substance bien faite pour les faire filer vite.

Plus près de nous, il a suffi que l'utilisateur d'une imprimante pète les plombs quand elle est tombée en panne. « Irréparable, lui dit-on. » Il écrit sur la toile sa déconvenue et sa colère jusqu'à ce qu'un petit malin lui fasse savoir qu'une puce se trouve dans l'appareil et qu'elle compte le nombre de tirages déterminés pour la faire tomber en panne. Voilà qu'il enlève la puce en question et l'imprimante redémarre !

Et Apple qui se vante de fabriquer des produits écologiques ! Il bride artificiellement les chargeurs iPhone. Les acheteurs d'iPhone n'ont pas été prévenus que l'iPhone avait une durée de vie limitée du fait que la batterie n'était pas prévue pour être remplacée. Une class-action a été déposée contre Apple au sujet de la batterie de la machine.

(Les class-actions sont des actions collectives d'utilisateurs US contre une société en général.)

 

"La terre est assez grande pour les besoins de tous

mais trop petite pour l'avidité de chacun"

Mahatmah Gandhi

 

L'impact sur l'environnement est désastreux. Nous n'avons pas le droit d'envoyer nos déchets en Afrique ou ailleurs, mais ils passent sans encombre les frontières quand ils sont déclarés comme matériels d'occasion ! On ne peut se retenir de frémir de dégoût et de tristesse lorsqu'on voit les déchets s'accumuler sans honte dans des pays qui ne peuvent se défendre. Imaginons les millions de tonnes de frigos, de machines à laver, de téléviseurs, d'ordinateurs et appareils en tous genres qui polluent la belle nature africaine et qui tue ses enfants.

C'est notre faute. Nous le savons. Et nous agissons comme si nous n'y pouvions rien.

 

Il faut sortir de la logique de la démesure !

 

Livres sur le sujet

-The Waste Makers de Packard Vance

-Mort d'un commis voyageur d'Arthur Miller

 

Film

-1951 L’Homme au complet blanc (The Man in the White Suit) d'Alexander Mackendrick avec le merveilleux Alec Guinness.

Le désastre social lorsque les vêtements ne s'usent plus !

 

Pour ce qui est du film « Prêt à jeter » où j'ai puisé la majeure partie de la matière de cet article, on peut se le procurer en VOD et en DVD.

Regardez deux extraits du film mis en ligne en recherchant :

Prêt à jeter Arte

 

Ce documentaire donne lieu à une vive controverse. Si vous voulez en savoir plus et lire des commentaires très divers sur le sujet, vous pouvez vous reporter à l'article "Le mythe de l'obsolescence programmée" d'Alexandre Delaigue, que vous trouverez sur "le blog d'éconoclaste". Ce sera à vous de juger.

 

*Le consumérisme

En sociologie, le consumérisme est une idéologie qui veut que la consommation de biens soit primordiale (cf. le roman Les Choses de Georges Pérec). Le consumérisme se rattache à l'idée de société de consommation et dénonce un comportement qui se donne la consommation, voire la surconsommation, pour finalité.

Cf.  Alain Soral analyste sociologue, Emmanuel Todd, économiste, Bernard Stiegler, philosophe.

L'association américaine "Buy_Nothing_Day", les associations françaises "Casseurs de pubs" ou "Journée sans achat" dénoncent la surconsommation.

 

**L'obsolescence programmée

C'est le fait de produire un bien en prévoyant le moment où il ne sera bon qu'à jeter.

 

<< 129 Délires sur la folie du consumérisme + « Prêt à jeter » l'obsolescence programmée

 

Ajout du 23 avril 2013

Enfin ! On s'émeut de l'obsolescence programmée. L'heure est à la réparation des objets en panne. mais encore faut-il pouvoir réparer. Certains objets sont fabriqués de telle sorte qu'ils ne peuvent pas se démonter.

On remarque qu'il se vend de plus en plus de pièces détachées. C'est bon signe, signe qu'on veut faire des économies.

Le gouvernement veut mettre en place l'interdiction de fabriquer des objets qu'on ne puisse pas réparer et obliger le fabricant à mettre à disposition les pièces détachées nécessaires. Et peut-être les garanties de deux ans seront-elles prolongées à cinq ans.

Une bonne nouvelle ! Bricoleurs, à vos tourne-vis et à vos marteaux !

Entendu aujourd'hui au journal de 13 heures de France 2

 

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8 avril 2011 5 08 /04 /avril /2011 12:24

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Le lendemain matin, rien ne parut de mes émotions de la veille. Dès le lever, je me sentis prête à affronter tous les obstacles qui se dresseraient devant moi. Ne savais-je pas que j'étais capable de sortir indemne des situations les plus délicates que je pourrais rencontrer ?

Je mis en ordre mes tâches à accomplir. Dieu seul sait combien j'étais peu procrastinatrice ! L'urgence était de trouver un emploi, le plus tôt possible, c'est-à-dire le jour même, car dans cette cité fort bien organisée, il était formellement interdit de rester sans emploi plus de vingt-quatre heures sous peine d'un châtiment exemplaire. Tout juste le temps de choisir l'activité proposée parmi celles, nombreuses, qui étaient vacantes. Inutile de vous préciser que le plein emploi était la première loi que s'imposait le pays. Pas de chômage. Pas d'assistanat.

 

Comme tu le sais déjà, lecteur attentif qui n'oublie jamais rien de ce que je te raconte, il ne s'agissait que de travailler trois heures par jour tout au plus1, ce qui suffisait amplement à la bonne marche de la vie de mes concitoyens.

Je me rendis donc au Bureau de l'Emploi où je pourrais étudier la liste des postes à pourvoir.

Je songeais en chemin à ce qui me conviendrait.

 

Nul besoin de te dire, lecteur toujours curieux des us et coutumes de mon temps, que le travail en usine avait depuis longtemps disparu, tous les objets dont nous nous servions, ici, à Utopinambourg, étant inusables. La plupart d'entre eux avaient été inventés, élaborés et fabriqués il y a quelques siècles, dupliqués en des matières inaltérables, voire indestructibles, et ils étaient toujours en usage, et comme neufs, depuis que les hommes avaient compris une fois pour toutes qu'ils avaient été décervelés par la société consumériste à force de publicités, pour beaucoup mensongères, et vantant des produits dont nul n'avait l'utilité.

 

Il fut un temps où leur esprit s'était plié à toutes sortes de règles dont ils eurent beaucoup de peine à se défaire. Il fut un temps où était impensable l'idée même de renoncer au crédit, aux séductions de la publicité, au faux besoin irrépressible d'acheter des choses nouvelles coûteuses et parfaitement superflues, où il était tout aussi inimaginable d'abandonner cette habitude de n'avoir à disposition que des objets dont on avait programmé à l'avance l'obsolescence pour qu'ils fussent vite hors d'usage la panne toujours menaçant et qu'on eût tout aussi vite l'envie d'en racheter de nouveaux, à la plus grande avidité des trusts, des cartels, et des mafias de l'économie viciée qui ne disaient pas toujours leur nom.

Il fut un temps — que tu connais bien cher lecteur  le mensonge [était] passé à l'état de spéculation, mis à la portée de tout le monde, et circulant librement pour les besoins de la société et de l'industrie, toutes les vanteries, jongleries, sensibleries de nos poètes, de nos orateurs et de nos hommes d'état, autant de puffs !2

C'était pitié de voir ces consommateurs compulsifs, tous asinant sans le savoir, et courant à leur perte, comme des dératés°.

Sais-tu, lecteur, qu'il fut un temps où l'idée des antipodes était une inconcevabilité4?

Eh bien sache qu'il fut un temps où l'idée de mettre un terme à la société de consommation était tout aussi inconcevable.

 

Croître pour croître était son credo.

L'usure, la clé de son économie.

 

Mais quels gogos, quels pigeons avaient donc été la plupart des hommes de ce temps révolu ! Et quel retournement avait dû se faire, non sans mal, pour parvenir au résultat d'aujourd'hui ! Il fallut traitailler et les prêchi-prêcha furent légion.

Aussi ne fabriquait-on plus à la chaîne ni voitures, ni vêtements, ni ustensiles de ménage, et l'on ne construisait plus ni maisons, ni digues, ni routes, ni ponts. Tout était durable, robuste, solide, infrangible, incassable3, d'aucuns diraient « costaud et increvable ». Il faut reconnaître que tous ces adjectifs jouaient leur rôle à merveille.

De quoi s'éjouir !

 

    « Ainsi donc, me dis-je, confiante, les emplois ne manquent pas, et l'un d'entre eux m'attend forcément. »

....................................................................

1- il ne s'agissait que de travailler trois heures par jour tout au plus.

Voir la note à la fin de l'article (reprise de Les Délires n°69)

 

 2- Le mensonge passé à l'état de spéculation, mis à la portée de tout le monde... autant de puffs ! cf. Le Puff ou Mensonge et Vérité du dramaturge Eugène SCRIBE, 1859.

On sait que notre jeune héroïne ne vit plus dans ce temps-là, qui est encore le nôtre. Grâce à sa curiosité toujours en éveil elle est parvenue à découvrir l'époque dans laquelle elle vit. Voir les Délires n°106.

 

3- Incassable, Unbreakable, est un thriller de super-héros, film réalisé en 2000 par M. Night Shyamalan avec Bruce Willis et Samuel L. Jackson.

 

4-  Il fut un temps où l'idée des antipodes était une inconcevabilité. Littré

 

NOTES

Titre : Délires sur la folie du consumérisme - l'obsolescence programmée

Le consumérisme 

En sociologie, le consumérisme est une idéologie qui veut que la consommation de biens soit primordiale (cf. le roman Les Choses de Georges Pérec). Le consumérisme se rattache à l'idée de société de consommation et dénonce un comportement qui se donne la consommation, voire la surconsommation, pour finalité.

Cf. Alain Soral analyste sociologue, Emmanuel Todd, économiste, Bernard Stiegler, philosophe.

L'association américaine "Buy_Nothing_Day", les associations françaises "Casseurs de pubs" ou "Journée sans achat" dénoncent la surconsommation.

L'obsolescence programmée

C'est le fait de produire un bien en prévoyant le moment où il ne sera bon qu'à jeter.

Lire l'article qui suit : La folie du consumérisme- Prêt à jeter

 

Inutile de préciser... Nul besoin de te dire ...

LA PRÉTÉRITION : C’est lorsqu’on affirme passer sous silence une chose dont on va pourtant parler.

 

Dieu sait combien j'étais peu procrastinatrice

Procrastinatrice, procrastinateur, procrastination.

Le procrastinateur a pour formule : Je remets toujours au lendemain ce que je pourrais faire le jour même !

 

Il fut un temps...

L'ANALEPSE (une) : En narratologie, c’est un retour sur des événements antérieurs au moment de la narration.

 

Il fut un temps... il fut un temps... il fut un temps...

L’ANAPHORE (une) est une figure de style qui consiste à commencer des vers ou des phrases par les mêmes mots ou les mêmes syntagmes. Elle rythme le discours telle une obsession et renforce une affirmation. Elle crée un effet de symétrie.

 

ils avaient été décervelés par la société consumériste

Décerveler, abêtir.

 

les menteries, jongleries... autant de puff

Le puff ou peuf, de l'anglais souffle, bouffée de tabac, bulle de savon.

Tromperie de charlatan. Littré

 

C'était pitié de voir ces consommateurs compulsifs

La compulsion est une névrose. On se sent contraint de faire quelque chose, on ne peut y échapper par sa propre volonté. Ici on ne cesse d'acheter sans pouvoir se raisonner.

 

tous asinant sans le savoir et courant à leur perte comme des dératés

Asiner, faire l'âne.

Courir comme un dératé, il paraît que l'on court plus vite si l'on n'a pas de rate !

 

tout était durable, robuste, solide, infrangible

Infrangible, qui ne peut être brisé

 

mettre un terme à la société de consommation était inconcevable

L'inconcevabilité, caractère de ce qui est inconcevable.

Il fut un temps où l'idée des antipodes était une inconcevabilité. Littré

 

il fallut traitailler et les prêchi-prêcha furent légion

Traitailler, faire sans cesse de nouveaux traités, de petites conventions mal observées ; tripoter dans les négociations. Littré

Un prêchi-prêcha ou prêchiprêcha, prechi-precha, prechiprecha, discours moralisateur ennuyeux.

 

De quoi s'éjouir !

S'éjouir, se réjouir. Ce mot a un peu vieilli mais il est encore bon, nous précise le Littré en 1880 !

 

<< 128 Délires bien faits pour tourner la page + L'érotomanie + Les formes disjointes de l'attribut

>> 130 Délires sur une recherche d'emploi + De l'énergie à la graisse d'andouille

 

AJOUT

Note du 21 janvier 2013

En écrivant cet épisode de la fiction surréaliste et fantasmagorique des Délires (n°69), je ne croyais pas si bien dire. À savoir que l'illustre économiste britannique, Mr Keynes, avait déjà imaginé qu'il serait possible de ne travailler que trois heures par jour dans une société où chacun aurait dompté son Hybris. Cela suffirait pour subvenir à ses besoins. Cf. J. M. Keynes, La pauvreté dans l’abondance - John Maynard Keynes 1883-1946

Comment suis-je parvenue à la découverte, chez Mr Keynes, de cette idée folle, mais ô combien intéressante, bien après qu'elle eut germé dans mon esprit ? Je vais vous le dire.

J'ai écouté l'interview de Monsieur Michel Rocard, que j'ai en grande estime, sur RMC, le 21 janvier 2013. Il fait allusion à la pensée de Mr Keynes, qui, si elle peut sembler datée à certains, contient une vision qui mérite qu'on s'y attarde aujourd'hui.

En surfant sur la toile, je retrouve l'idée dans la revue CONTRETEMPS.

En voici un extrait :

Keynes, et après ? | Contretemps

"Keynes poussa l’audace jusqu’à envisager, pour une société capable de dompter son hybris, « des postes de trois heures par jour ou de quinze heures par semaine », car « trois heures par jour suffiront amplement à satisfaire le vieil Adam chez la plupart d’entre nous »[28]. Dans la Théorie générale, il reconnait certes « qu’à l’heure actuelle, la grande majorité des individus préfèrent l’augmentation de leur revenu à l’augmentation de leur loisir », et qu’on ne peut obliger ceux qui préfèrent un supplément de revenu à jouir d’un supplément de loisir ». Mais, aujourd’hui comme hier, la question (que Keynes ne pose pas) est de savoir pourquoi tant d’individus peuvent préférer travailler plus pour gagner plus dans un travail aliéné, que se serrer la ceinture dans un temps réputé libre mais tout aussi aliéné et vide. L’expérience des 35 heures avec flexibilité et compensation salariale apporterait d'édifiants éléments de réponse."

Étonnant, non ?

L'utopie des trois heures de travail par jour apparaît dans la cité d'Utopinambourg, lieu où se passe mon récit. À y réfléchir de près, ne serait-ce qu'une utopie ?

 

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2 avril 2011 6 02 /04 /avril /2011 16:22

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Je m'en fus.

Lorsque je sortis à l'air libre, je me félicitai de m'être évadée de la situation où j'étais près de m'engluer, Il s'en était fallu de peu qu'Alcofribas ne se mît à furibonder ; il s'était retenu de justesse et il avait enfin cessé de m'importuner, redoutant de paraître outrageusement entreprenant envers moi aux yeux de Louf.

Je n'étais pas fâchée que Louf eût été le témoin de cette scène éprouvante. Il serait toujours à même de se rappeler l'empressement pathologique dont Alcofribas avait fait preuve à mon égard, s'il reprenait à ce lamentable amoureux éconduit l'envie de jouer l'érotomane.

Bien que ces dernières heures m'eussent mise maintes fois à l'épreuve de la patience, je n'avais nulle envie de tomber folle. Je me considérai.

Dans tout ce qui était MOI et faisait MOI en cette minute, il n'était rien qui ne fût héroïque.1

 

Un doux serein automnal me rafraîchit. Un penchement de tête me fit recevoir comme une bénédiction les infimes gouttelettes en plein visage. Je fermai les yeux et me dis : « Voilà qu'il me faut maintenant reprendre en main° mon destin. »

Ne dit-on pas qu'il n'est que d'entreprendre pour réussir2?

 

Il n'était plus question de rentrer à l'auberge qui appartenait d'ores et déjà à celui qu'assurément j'aurais bien honni, mais il me fallait rester prudente et je décidai de le chasser de mes pensées, pour aller de l'avant.

La nature exerça à ce moment précis sa tyrannie. Il me fallait d'urgence avaler quelque chose. Comme je n'avais que quelques piécettes en poche et que je ne voulais pas réitérer l'expérience que j'avais eue le soir de mon arrivée à Utopinambourg3 — pour rien au monde je n'aurais mendigoter quoi que ce fût — je décidai de me contenter de quelques soupettes trempées dans un bouillon qu'on me servit dans une gargote. Je quémandai des os et des reliefs pour Prétatou. Il les dévora allègrement après que je l'eus récupéré.

 

L'heure était tardive. Nous nous réfugiâmes dans la cache de la défunte Alcmène pour y passer la nuit4.

................................................................

1-Dans tout ce qui était MOI et faisait MOI en cette minute, il n'était rien qui ne fût héroïque.

Cf. Dans tout ce qui était LUI et faisait LUI en cette minute, il n'était rien qui ne fût admirable. Montherlant

2-Il n'est que d'entreprendre pour réussir.

Exil de Cicéron, Desfontaines.

3-Le soir de mon arrivée à Utopinambourg où je me rends coupable de grivèlerie, voir Les Délires n°55, n°56 et suivants.

4-La cache secrète et insonorisée pour échapper à Big Brother, voir les Délires n°70, n°71 et suivants.

Pour info sur Big Brother, voir Les Délires n°63

 

NOTES

Je m'en fus, je m'en allai. Il s'en fut, il s'en alla, etc.

J'allai / je fus. être pouvait autrefois remplacer aller.

On le rencontre encore aujourd'hui dans des tournures littéraires au passé simple ou au subjonctif passé.

Je fus lui rendre visite (= j'allai lui rendre visite) ;

Je m'en fus lui annoncer la bonne nouvelle.

 

Il s'en était fallu de peu qu'Alcofribas ne se mît à furibonder.

Il ne s'en était fallu guère qu'il ne se mît à furibonder.

Il s'en fallait peu que, il s'en faudrait peu que, + subjonctif + ne explétif

Il s'en faut peu de choses que cela n'aille (Dictionnaire de l'Académie)

Peu s'en fallut que je ne vinsse (Littré)

Il s'en faut beaucoup...(pas de NE)

Il s'en faut de peu, il s'en faut de beaucoup (différence en quantité) Littré

ex : Il s'en faut de peu que le verre ne soit plein / Il s'en faut de beaucoup que le verre soit plein.

Attention, évitez le barbarisme :

Il s'en est guère fallu qu'il se casse la margoulette.

voir Les barbarismes (phrase n°35)

Furibonder, faire le furibond.

Une personne furibonde, sujette à la fureur.

Un geste furibond.

 

s'il lui reprenait l'envie de jouer l'érotomane

Érotomanie, maladie psychotique délirante. L'érotomane croit qu'il est aimé d'une personne et ne veut pas en démordre même s'il a tous les éléments qui prouvent le contraire. La violence que peut atteindre ce sentiment, cette pulsion, pousse parfois à des actes répréhensibles, voire meurtriers, celui ou celle qui en est atteint.

Les phases de l'érotomanie sont la phase d'espoir où l'on attend que l'être aimé se déclare, la phase de dépit où se manifestent agressivité et dépression, la phase de rancune qui peut mener au pire.

On rencontre des personnages érotomanes dans les films :

Anna M., Liaison Fatale, Un Frisson dans la Nuit, L'Histoire d'Adèle H, pour ne citer qu'eux.

 

Je n'avais nulle envie de tomber folle

Tomber suivi d'un adjectif attribut implique une action brusque ou un coup du sort.

On emploie le plus souvent ce verbe dans les expressions tomber amoureux, tomber malade mais on le rencontre maintenant dans tomber enceinte, tomber paralysé, tomber aveugle.

La littérature nous donne à lire tomber boiteux, tomber paralytique, tomber faible, tomber veuve, tomber bête et je me donne la liberté d'écrire ici tomber folle.

 

Je me considérai.

Se considérer :

Se regarder, s'examiner, s'estimer, se juger comme un personnage.

Narcisse se considère dans l'eau de la rivière et tombe amoureux de son reflet.

Je ne me considère pas comme l'amie d'Alcofribas, ce malotru !

S'estimer l'un l'autre

Ces deux amis-là se considéraient.

Être pesé, pris en considération..

Dans certaines circonstances, le moindre détail se considère.

 

Un doux serein automnal me rafraîchit. Un penchement de tête me fit recevoir les fines gouttelettes

Le serein est une humidité fine qui tombe après le coucher du soleil, ordinairement pendant la saison chaude et sans qu'il y ait de nuages au ciel.

Le penchement, action de rendre penchant, des penchements de tête. État d'un corps qui penche.

 

Voilà qu'il me faut maintenant prendre en main mon destin

Prendre en main, se charger d'une affaire soi-même et la diriger seul.

 

celui qu'assurément j'aurais bien honni

Honnir, faire honte à quelqu'un, blâmer en faisant honte.

 

pour rien au monde je n'aurais mendigoter quoi que ce fût

Mendigoter, quêter comme un mendiant.

quoi que

 

quelques soupettes trempées dans un bouillon qu'on me servit dans une gargote

Une soupette, une petite tranche de pain. Diminutif de soupe

Une gargote, petit restaurant où l'on donne à manger à bas prix.

 

je quémandai des os et des reliefs pour Prétatou

Quémander, mendier, solliciter les gens jusqu'à les importuner.

Des reliefs, ce qui reste d'un repas sur la table.

 

après que je l'eus récupéré

Après que

toujours l'indicatif après la locution conjonctive après que, ici le passé antérieur.

 

Formes disjointes de l'attribut

Dans tout ce qui était MOI et faisait MOI en cette minute, il n'était rien qui ne fût héroïque.

Je suis moi et vous êtes vous, ne vous en déplaise !

Dans la plupart des cas on trouve les formes disjointes de l'attribut après les expressions c'est ou si j'étais.

Ma plus belle histoire d'amour, c'est vous. (cf. Barbara)

Est-ce votre dernier mot ? Oui, ce l'est.

Si j'étais vous, (si j'étais de vous, si j'étais que de vous) je ne sourcillerais même pas à la lecture de toutes ces explications grammaticales que je me fais un plaisir de vous donner !

Si j'étais toi (vous, lui, elle...), si j'étais que toi, si j'étais de toi, si j'étais que de toi

On lira utilement l'article p. 301 sur le site de La grammaire FLE... research.jyu.fi/grfle/301.html

 

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1 avril 2011 5 01 /04 /avril /2011 04:50

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Étais-je stupide ou simplement naïve de croire qu'il était possible d'atteindre le bonheur dans cette vie semée d'embûches ? Et n'avais-je pas compris d'ores et déjà que toujours à nouveaux maux naissent nouvelles peines* ?

Je m'étais laissé aller jusqu'à m'attendrir lorsque Alcofribas m'avait dit naguère de suaves paroles, lorsqu'il m'avait aidée et conduite par la main, lorsqu'il avait répondu aux questions que je me posais. Je l'avais senti irrésistiblement attiré par mon charme et la douceur de mon caractère. Il s'était conduit en vrai protecteur et j'avais été près de lui ouvrir mon coeur.

Ô illusion !

Avais-je pensé que tout était possible avec lui, ou quoi ?

 

Qu'avais-je à me torturer l'esprit alors que l'évidence se faisait jour ? Il avait contrevenu à toutes les règles de la bienséance. Il s'était montré éhontément tel qu'il était. Comment se pouvait-il qu'on osât me traiter aussi barbarement ? Ma colère bouillonnait. De rose tendre qu'elles étaient, mes joues s'enflammèrent, cinabarines. Je ne me contenais plus.

J'aurais tant et tant aimé qu'on me mignotât et voilà que je m'étais laissé surprendre par le parlage d'un fourbe, les boniments d'un ridicule crispin.

Serais-je mieux avancée si j'avais ici accusé ouvertement Alcofribas, alors que je n'avais aucune preuve tangible, palpable, concrète... en un mot irrécusable, pour étayer ma suspicion ?

 

Que n'avais-je écouté Roboland ? Ne m'avait-il pas crié : « Méfie-toi d'Alcofribas ! » Et je n'avais cru qu'à une saute d'humeur, un accès de jalousie. Cher Roboland ! Quelle pitié de ne recevoir de l'affection que d'un robot !

 

« Que ferai-je maintenant ? me dis-je. Qui voir ? À qui me fier ? »

Allais-je à l'avenir m'empêcher de croire à la générosité, à la bonté ? Cesserais-je d'être toujours en quête de tendresse, de compassion, d'amitié ? Ou devrais-je me livrer encore au premier venu, pieds et poings liés°, avec un impardonnable indiscernement ?

Personne ne se tient jamais assez sur ses gardes.

Dieu ! Tout semble m'abandonner !

Dans les heures sombres et solitaires, il ne me reste plus, pour garder espoir, qu'à me bercer de vers qui chantent en ma mémoire.

 

   "Qu’un ami véritable est une douce chose.
   Il cherche vos besoins au fond de votre cœur ;
   Il vous épargne la pudeur
   De les lui découvrir vous-même.
   Un songe, un rien, tout lui fait peur
   Quand il s’agit de ce qu’il aime."*

 

Ne vous avais-je pas avertis, lecteurs incrédules, que j'étais prête à vous entraîner avec moi dans ce monde qui ressemble fort au vôtre d'ailleurs où nous irions, ensemble, de déceptions en déceptions ? N'étions-nous pas convenus que nous ferions la route ensemble ? Est-il besoin de vous dire que vous brûlez comme moi de l'envie de connaître des jours meilleurs ?

Voulez-vous, chers lecteurs, que je vous dise ce que je vais faire ?

Eh bien, je m'en vais délibérer avec moi-même.

...............................................................  

*Voyez que c'est du monde, et des choses humaines !

Toujours à nouveaux maux naissent nouvelles peines ;

Et ne m'ont les destins, à mon dam trop constans,

Jamais après la pluye, envoyé le beau temps

Mathurin Régnier, satire 11

 

**Qu'un ami véritable est une douce chose...

Jean de la Fontaine, Les deux amis.

 

NOTES

Je m'étais laissé aller

Attention, le participe passé laissé suivi d'un infinitif est invariable.  

> L'accord problématique des participes passés FAIT et LAISSÉ - Ils se sont fait ou faits / Elle s'est fait ou faite / Ils se sont laissé ou laissés...

 

Avais-je pensé que tout était possible avec lui ou quoi ?

Quoi ? Tu sais quoi ? Vous savez quoi sur QUOI ?

 

Il avait contrevenu à toutes les règles de la bienséance

Contrevenir : enfreindre, transgresser, agir contre.

Contrevenir aux lois, contrevenir à des ordres.

Se conjugue comme le verbe venir sauf aux temps composés où il s'accompagne de l'auxiliaire avoir.

Je suis venu, j'ai contrevenu à...

Cf. Littré : Il se conjugue avec l'auxiliaire avoir : il a contrevenu à vos ordres ; il s'est conjugué [autrefois] avec l'auxiliaire être : il est contrevenu à vos ordres ; et, au fond, rien n'empêche de dire ou d'écrire ainsi, puisque les composés de venir se conjuguent dans la plupart des cas avec l'auxiliaire être : je suis parvenu au sommet, je suis convenu du fait.   

N'étions-vous pas convenus que nous ferions la route ensemble ?

Convenir

Je voudrais ici attirer votre attention sur les sens de convenir puisque l'auxiliaire utilisé aux temps composés, être et avoir, varie selon le sens.

CONVENIR se conjugue avec l'auxiliaire être :

quand il signifie s'entendre sur une chose.

Nous étions convenus que nous nous verrions le lendemain.

Ils sont convenus du prix de cette marchandise, et de la manière d'en faire la publicité.

quand il signifie s'accorder.

J'étais convenu avec tous mes professeurs, ce qui était une gageure. (Prononcer gajure)

Les hommes et les femmes conviennent rarement sur le mérite d'une femme. La Bruyère

Pour en savoir plus, toujours penser à se plonger dans Le Littré (en ligne),

Le Trésor et L'Académie (voir le CNRTL) 

Lexicographie - Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales

quand on reconnaît une vérité.

Nous étions convenus de nos devoirs de citoyens.

Il était convenu que la chose existait vraiment.

(Dans la subordonnée introduite par que on a l'indicatif si la principale est affirmative, le subjonctif si elle est interrogative ou négative)

-être conforme en parlant des choses.

Vos manières ne sont jamais convenues avec celles de ma fille.

Il se conjugue avec l'auxiliaire avoir

quand il signifie convenable à, être propre à

Cette vie ne m'aurait jamais convenu.

être à la convenance

Ces décisions m'ont convenu.

être convenable

On se mit d'accord sur ce qu'il était convenu de faire.

Se convenir, verbe pronominal

quand il signifie se plaire, s'accepter

Leurs caractères se sont convenu parfaitement.

Nous nous sommes plu et convenu dès que nous nous sommes rencontrés.

On remarque que les participes passés convenu et plu sont invariables (pas de cod).

Faute que l'on entend souvent :

On dit : « Nous avons convenu de faire du shopping cet après-midi. »  alors qu'on devrait dire : » Juliette et moi, nous sommes convenues de faire des emplettes cet (ou cette) après-midi. »

Pour en savoir plus sur les participes passés : QUIZ 26

 

Se pouvait-il qu'on osât me traiter aussi barbarement ?

Barbarement, d'une façon barbare.

qu'on osât, subjonctif imparfait, §25 dans Valeurs et emplois du subjonctif

 

De rose tendre qu'elles étaient, mes joues s'enflammèrent, cinabarines.

L'hyperbate est une figure de style qui consiste à séparer deux mots normalement assemblés. Le rejet en fin de phrase met en relief l'adjectif cinabarine. Il y a disjonction.

Cinabarin (e), qui a la couleur rouge du cinabre, rouge vermillon.

Jeux sur les couleurs : 1-Complétez les phrases avec des noms de couleurs 2-Trouvez la couleur dans les titres des films 3-Cherchez l'intruse - QUIZ 63

 

Nuances de la couleur rouge : aniline, ponceau, framboise, fraise écrasée, rouge anglais, carmin, amarante, bordeaux, capucine, corail, écarlate, feu, vermeil, garance, tomate, vermillon, cinabarin, coquelicot, groseille, écrevisse, terracotta, cerise, cardinal, Bismark, andrinople, cramoisi, sang, sang de boeuf, grenat, tomette, senois, pourpre, nacarat, -de Falun, etc.

 

J'aurais tant aimé qu'on me mignotât

Mignoter, traiter de façon mignonne.

mignotât, subjonctif imparfait

 

Je m'étais laissé surprendre par le parlage d'un fourbe, les boniments d'un ridicule crispin

laissé > L'accord problématique des participes passés FAIT et LAISSÉ

Parlage

-bavardage, paroles inutiles

-discours que l'on tient dans le but de tromper. Le parlage d'un fourbe.

Crispin : valet de comédie qui fait de mauvais tours. Cf. Lesage, comédie : Le valet et son maître

>> sens figuré, se dit d'un personnage qui ressemble au valet de comédie.

 

Devrais-je me livrer au premier venu, avec un impardonnable indiscernement ?

Indiscernement, absence de discernement.

Cesserais-je... Devrais-je...

Le futur du passé, la forme conjuguée est le conditionnel présent. Ici le futur du passé est dans des phrases indépendantes au style indirect libre.

Comparer avec :

Je me demandais si je cesserais à l'avenir... si je devrais...

Je me demande si je cesserai à l'avenir... si je devrai...

Voir > *La concordance des temps dans les propositions subordonnées + Le style ou le discours direct et indirect

 

<< 126 Délires sur un coup de théâtre + Verlan et Louchébem

>> 128 Délires bien faits pour tourner la page + L'érotomanie + Les formes disjointes de l'attribut

 

La phrase interrogative.

L'interrogation est disjonctive quand elle énonce une alternative

Étais-je stupide ou simplement naïve ?

Tournure familière :

Avais-je pensé que tout était possible avec lui ? Ou quoi ?

 

L'interrogation est fictive lorsqu'on n'attend aucune réponse. Elle équivaut à une exclamation ou à une interjection.

Que n'avais-je écouté Roboland ? (Pourquoi n'avais-je pas...)

Allais-je à l'avenir cesser enfin d'être confiante ?

>ou bien lorsque la réponse suit aussitôt la question :

Voulez-vous, chers lecteurs, que je vous dise ce que je vais faire ? Eh bien, je m'en vais délibérer avec moi-même.

 

L'interrogation fictive est dite rhétorique ou oratoire lorsque la réponse est évidente. On n'a pas besoin de répondre.

Ne vous avais-je pas avertis, lecteurs incrédules, que j'étais prête à vous entraîner avec moi dans ce monde en allant de déceptions en déceptions ? Est-il besoin de vous dire que vous brûlez comme moi de l'envie de connaître des jours meilleurs ?

Serais-je mieux avancée si j'avais accusé ouvertement Alcofribas, alors que je n'avais aucune preuve tangible pour étayer ma suspicion ?

 

L'interrogation délibérative permet, à celui qui parle ou qui pense, de réfléchir avant de prendre une décision.

Que ferai-je maintenant ? Qui voir ? À qui me fier ?

 

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  • J'aime trop les mots pour les garder par-devers moi - au fond de mon coeur et de mon esprit. Ils débordent de mes pensées en contes drolatiques, avec des quiz et des digressions sur la langue.
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Amoureuse des mots, je cherche comment faire partager ma passion. Il y a tant à découvrir dans les bibliothèques du monde, tant de mots à connaître intimement pour affiner notre pensée, tant de mots qu'on n'entend plus sur nos lèvres, enfermés qu'ils sont dans des livres poussiéreux. Il ne tient qu'à nous de les faire revivre et de les faire chanter. Notre langue, si belle, si riche, demande qu'on la respecte, qu'on la préserve, qu'on s'en amuse et qu'on la chérisse. Mamiehiou ............................................................................................................................................................................................ ...................................;....................................................................... « La langue française est une femme. Et cette femme est si belle, si fière, si modeste, si hardie, touchante, voluptueuse, chaste, noble, familière, folle, sage, qu'on l'aime de toute son âme, et qu'on n'est jamais tenté de lui être infidèle. » Anatole France ....................................................... ............... ................................................................................................................. « C'est une langue bien difficile que le français. À peine écrit-on depuis quarante-cinq ans qu'on commence à s'en apercevoir. » Colette

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