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8 avril 2011 5 08 /04 /avril /2011 12:24

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Le lendemain matin, rien ne parut de mes émotions de la veille. Dès le lever, je me sentis prête à affronter tous les obstacles qui se dresseraient devant moi. Ne savais-je pas que j'étais capable de sortir indemne des situations les plus délicates que je pourrais rencontrer ?

Je mis en ordre mes tâches à accomplir. Dieu seul sait combien j'étais peu procrastinatrice ! L'urgence était de trouver un emploi, le plus tôt possible, c'est-à-dire le jour même, car dans cette cité fort bien organisée, il était formellement interdit de rester sans emploi plus de vingt-quatre heures sous peine d'un châtiment exemplaire. Tout juste le temps de choisir l'activité proposée parmi celles, nombreuses, qui étaient vacantes. Inutile de vous préciser que le plein emploi était la première loi que s'imposait le pays. Pas de chômage. Pas d'assistanat.

 

Comme tu le sais déjà, lecteur attentif qui n'oublie jamais rien de ce que je te raconte, il ne s'agissait que de travailler trois heures par jour tout au plus1, ce qui suffisait amplement à la bonne marche de la vie de mes concitoyens.

Je me rendis donc au Bureau de l'Emploi où je pourrais étudier la liste des postes à pourvoir.

Je songeais en chemin à ce qui me conviendrait.

 

Nul besoin de te dire, lecteur toujours curieux des us et coutumes de mon temps, que le travail en usine avait depuis longtemps disparu, tous les objets dont nous nous servions, ici, à Utopinambourg, étant inusables. La plupart d'entre eux avaient été inventés, élaborés et fabriqués il y a quelques siècles, dupliqués en des matières inaltérables, voire indestructibles, et ils étaient toujours en usage, et comme neufs, depuis que les hommes avaient compris une fois pour toutes qu'ils avaient été décervelés par la société consumériste à force de publicités, pour beaucoup mensongères, et vantant des produits dont nul n'avait l'utilité.

 

Il fut un temps où leur esprit s'était plié à toutes sortes de règles dont ils eurent beaucoup de peine à se défaire. Il fut un temps où était impensable l'idée même de renoncer au crédit, aux séductions de la publicité, au faux besoin irrépressible d'acheter des choses nouvelles coûteuses et parfaitement superflues, où il était tout aussi inimaginable d'abandonner cette habitude de n'avoir à disposition que des objets dont on avait programmé à l'avance l'obsolescence pour qu'ils fussent vite hors d'usage la panne toujours menaçant et qu'on eût tout aussi vite l'envie d'en racheter de nouveaux, à la plus grande avidité des trusts, des cartels, et des mafias de l'économie viciée qui ne disaient pas toujours leur nom.

Il fut un temps — que tu connais bien cher lecteur  le mensonge [était] passé à l'état de spéculation, mis à la portée de tout le monde, et circulant librement pour les besoins de la société et de l'industrie, toutes les vanteries, jongleries, sensibleries de nos poètes, de nos orateurs et de nos hommes d'état, autant de puffs !2

C'était pitié de voir ces consommateurs compulsifs, tous asinant sans le savoir, et courant à leur perte, comme des dératés°.

Sais-tu, lecteur, qu'il fut un temps où l'idée des antipodes était une inconcevabilité4?

Eh bien sache qu'il fut un temps où l'idée de mettre un terme à la société de consommation était tout aussi inconcevable.

 

Croître pour croître était son credo.

L'usure, la clé de son économie.

 

Mais quels gogos, quels pigeons avaient donc été la plupart des hommes de ce temps révolu ! Et quel retournement avait dû se faire, non sans mal, pour parvenir au résultat d'aujourd'hui ! Il fallut traitailler et les prêchi-prêcha furent légion.

Aussi ne fabriquait-on plus à la chaîne ni voitures, ni vêtements, ni ustensiles de ménage, et l'on ne construisait plus ni maisons, ni digues, ni routes, ni ponts. Tout était durable, robuste, solide, infrangible, incassable3, d'aucuns diraient « costaud et increvable ». Il faut reconnaître que tous ces adjectifs jouaient leur rôle à merveille.

De quoi s'éjouir !

 

    « Ainsi donc, me dis-je, confiante, les emplois ne manquent pas, et l'un d'entre eux m'attend forcément. »

....................................................................

1- il ne s'agissait que de travailler trois heures par jour tout au plus.

Voir la note à la fin de l'article (reprise de Les Délires n°69)

 

 2- Le mensonge passé à l'état de spéculation, mis à la portée de tout le monde... autant de puffs ! cf. Le Puff ou Mensonge et Vérité du dramaturge Eugène SCRIBE, 1859.

On sait que notre jeune héroïne ne vit plus dans ce temps-là, qui est encore le nôtre. Grâce à sa curiosité toujours en éveil elle est parvenue à découvrir l'époque dans laquelle elle vit. Voir les Délires n°106.

 

3- Incassable, Unbreakable, est un thriller de super-héros, film réalisé en 2000 par M. Night Shyamalan avec Bruce Willis et Samuel L. Jackson.

 

4-  Il fut un temps où l'idée des antipodes était une inconcevabilité. Littré

 

NOTES

Titre : Délires sur la folie du consumérisme - l'obsolescence programmée

Le consumérisme 

En sociologie, le consumérisme est une idéologie qui veut que la consommation de biens soit primordiale (cf. le roman Les Choses de Georges Pérec). Le consumérisme se rattache à l'idée de société de consommation et dénonce un comportement qui se donne la consommation, voire la surconsommation, pour finalité.

Cf. Alain Soral analyste sociologue, Emmanuel Todd, économiste, Bernard Stiegler, philosophe.

L'association américaine "Buy_Nothing_Day", les associations françaises "Casseurs de pubs" ou "Journée sans achat" dénoncent la surconsommation.

L'obsolescence programmée

C'est le fait de produire un bien en prévoyant le moment où il ne sera bon qu'à jeter.

Lire l'article qui suit : La folie du consumérisme- Prêt à jeter

 

Inutile de préciser... Nul besoin de te dire ...

LA PRÉTÉRITION : C’est lorsqu’on affirme passer sous silence une chose dont on va pourtant parler.

 

Dieu sait combien j'étais peu procrastinatrice

Procrastinatrice, procrastinateur, procrastination.

Le procrastinateur a pour formule : Je remets toujours au lendemain ce que je pourrais faire le jour même !

 

Il fut un temps...

L'ANALEPSE (une) : En narratologie, c’est un retour sur des événements antérieurs au moment de la narration.

 

Il fut un temps... il fut un temps... il fut un temps...

L’ANAPHORE (une) est une figure de style qui consiste à commencer des vers ou des phrases par les mêmes mots ou les mêmes syntagmes. Elle rythme le discours telle une obsession et renforce une affirmation. Elle crée un effet de symétrie.

 

ils avaient été décervelés par la société consumériste

Décerveler, abêtir.

 

les menteries, jongleries... autant de puff

Le puff ou peuf, de l'anglais souffle, bouffée de tabac, bulle de savon.

Tromperie de charlatan. Littré

 

C'était pitié de voir ces consommateurs compulsifs

La compulsion est une névrose. On se sent contraint de faire quelque chose, on ne peut y échapper par sa propre volonté. Ici on ne cesse d'acheter sans pouvoir se raisonner.

 

tous asinant sans le savoir et courant à leur perte comme des dératés

Asiner, faire l'âne.

Courir comme un dératé, il paraît que l'on court plus vite si l'on n'a pas de rate !

 

tout était durable, robuste, solide, infrangible

Infrangible, qui ne peut être brisé

 

mettre un terme à la société de consommation était inconcevable

L'inconcevabilité, caractère de ce qui est inconcevable.

Il fut un temps où l'idée des antipodes était une inconcevabilité. Littré

 

il fallut traitailler et les prêchi-prêcha furent légion

Traitailler, faire sans cesse de nouveaux traités, de petites conventions mal observées ; tripoter dans les négociations. Littré

Un prêchi-prêcha ou prêchiprêcha, prechi-precha, prechiprecha, discours moralisateur ennuyeux.

 

De quoi s'éjouir !

S'éjouir, se réjouir. Ce mot a un peu vieilli mais il est encore bon, nous précise le Littré en 1880 !

 

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AJOUT

Note du 21 janvier 2013

En écrivant cet épisode de la fiction surréaliste et fantasmagorique des Délires (n°69), je ne croyais pas si bien dire. À savoir que l'illustre économiste britannique, Mr Keynes, avait déjà imaginé qu'il serait possible de ne travailler que trois heures par jour dans une société où chacun aurait dompté son Hybris. Cela suffirait pour subvenir à ses besoins. Cf. J. M. Keynes, La pauvreté dans l’abondance - John Maynard Keynes 1883-1946

Comment suis-je parvenue à la découverte, chez Mr Keynes, de cette idée folle, mais ô combien intéressante, bien après qu'elle eut germé dans mon esprit ? Je vais vous le dire.

J'ai écouté l'interview de Monsieur Michel Rocard, que j'ai en grande estime, sur RMC, le 21 janvier 2013. Il fait allusion à la pensée de Mr Keynes, qui, si elle peut sembler datée à certains, contient une vision qui mérite qu'on s'y attarde aujourd'hui.

En surfant sur la toile, je retrouve l'idée dans la revue CONTRETEMPS.

En voici un extrait :

Keynes, et après ? | Contretemps

"Keynes poussa l’audace jusqu’à envisager, pour une société capable de dompter son hybris, « des postes de trois heures par jour ou de quinze heures par semaine », car « trois heures par jour suffiront amplement à satisfaire le vieil Adam chez la plupart d’entre nous »[28]. Dans la Théorie générale, il reconnait certes « qu’à l’heure actuelle, la grande majorité des individus préfèrent l’augmentation de leur revenu à l’augmentation de leur loisir », et qu’on ne peut obliger ceux qui préfèrent un supplément de revenu à jouir d’un supplément de loisir ». Mais, aujourd’hui comme hier, la question (que Keynes ne pose pas) est de savoir pourquoi tant d’individus peuvent préférer travailler plus pour gagner plus dans un travail aliéné, que se serrer la ceinture dans un temps réputé libre mais tout aussi aliéné et vide. L’expérience des 35 heures avec flexibilité et compensation salariale apporterait d'édifiants éléments de réponse."

Étonnant, non ?

L'utopie des trois heures de travail par jour apparaît dans la cité d'Utopinambourg, lieu où se passe mon récit. À y réfléchir de près, ne serait-ce qu'une utopie ?

 

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2 avril 2011 6 02 /04 /avril /2011 16:22

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Je m'en fus.

Lorsque je sortis à l'air libre, je me félicitai de m'être évadée de la situation où j'étais près de m'engluer, Il s'en était fallu de peu qu'Alcofribas ne se mît à furibonder ; il s'était retenu de justesse et il avait enfin cessé de m'importuner, redoutant de paraître outrageusement entreprenant envers moi aux yeux de Louf.

Je n'étais pas fâchée que Louf eût été le témoin de cette scène éprouvante. Il serait toujours à même de se rappeler l'empressement pathologique dont Alcofribas avait fait preuve à mon égard, s'il reprenait à ce lamentable amoureux éconduit l'envie de jouer l'érotomane.

Bien que ces dernières heures m'eussent mise maintes fois à l'épreuve de la patience, je n'avais nulle envie de tomber folle. Je me considérai.

Dans tout ce qui était MOI et faisait MOI en cette minute, il n'était rien qui ne fût héroïque.1

 

Un doux serein automnal me rafraîchit. Un penchement de tête me fit recevoir comme une bénédiction les infimes gouttelettes en plein visage. Je fermai les yeux et me dis : « Voilà qu'il me faut maintenant reprendre en main° mon destin. »

Ne dit-on pas qu'il n'est que d'entreprendre pour réussir2?

 

Il n'était plus question de rentrer à l'auberge qui appartenait d'ores et déjà à celui qu'assurément j'aurais bien honni, mais il me fallait rester prudente et je décidai de le chasser de mes pensées, pour aller de l'avant.

La nature exerça à ce moment précis sa tyrannie. Il me fallait d'urgence avaler quelque chose. Comme je n'avais que quelques piécettes en poche et que je ne voulais pas réitérer l'expérience que j'avais eue le soir de mon arrivée à Utopinambourg3 — pour rien au monde je n'aurais mendigoter quoi que ce fût — je décidai de me contenter de quelques soupettes trempées dans un bouillon qu'on me servit dans une gargote. Je quémandai des os et des reliefs pour Prétatou. Il les dévora allègrement après que je l'eus récupéré.

 

L'heure était tardive. Nous nous réfugiâmes dans la cache de la défunte Alcmène pour y passer la nuit4.

................................................................

1-Dans tout ce qui était MOI et faisait MOI en cette minute, il n'était rien qui ne fût héroïque.

Cf. Dans tout ce qui était LUI et faisait LUI en cette minute, il n'était rien qui ne fût admirable. Montherlant

2-Il n'est que d'entreprendre pour réussir.

Exil de Cicéron, Desfontaines.

3-Le soir de mon arrivée à Utopinambourg où je me rends coupable de grivèlerie, voir Les Délires n°55, n°56 et suivants.

4-La cache secrète et insonorisée pour échapper à Big Brother, voir les Délires n°70, n°71 et suivants.

Pour info sur Big Brother, voir Les Délires n°63

 

NOTES

Je m'en fus, je m'en allai. Il s'en fut, il s'en alla, etc.

J'allai / je fus. être pouvait autrefois remplacer aller.

On le rencontre encore aujourd'hui dans des tournures littéraires au passé simple ou au subjonctif passé.

Je fus lui rendre visite (= j'allai lui rendre visite) ;

Je m'en fus lui annoncer la bonne nouvelle.

 

Il s'en était fallu de peu qu'Alcofribas ne se mît à furibonder.

Il ne s'en était fallu guère qu'il ne se mît à furibonder.

Il s'en fallait peu que, il s'en faudrait peu que, + subjonctif + ne explétif

Il s'en faut peu de choses que cela n'aille (Dictionnaire de l'Académie)

Peu s'en fallut que je ne vinsse (Littré)

Il s'en faut beaucoup...(pas de NE)

Il s'en faut de peu, il s'en faut de beaucoup (différence en quantité) Littré

ex : Il s'en faut de peu que le verre ne soit plein / Il s'en faut de beaucoup que le verre soit plein.

Attention, évitez le barbarisme :

Il s'en est guère fallu qu'il se casse la margoulette.

voir Les barbarismes (phrase n°35)

Furibonder, faire le furibond.

Une personne furibonde, sujette à la fureur.

Un geste furibond.

 

s'il lui reprenait l'envie de jouer l'érotomane

Érotomanie, maladie psychotique délirante. L'érotomane croit qu'il est aimé d'une personne et ne veut pas en démordre même s'il a tous les éléments qui prouvent le contraire. La violence que peut atteindre ce sentiment, cette pulsion, pousse parfois à des actes répréhensibles, voire meurtriers, celui ou celle qui en est atteint.

Les phases de l'érotomanie sont la phase d'espoir où l'on attend que l'être aimé se déclare, la phase de dépit où se manifestent agressivité et dépression, la phase de rancune qui peut mener au pire.

On rencontre des personnages érotomanes dans les films :

Anna M., Liaison Fatale, Un Frisson dans la Nuit, L'Histoire d'Adèle H, pour ne citer qu'eux.

 

Je n'avais nulle envie de tomber folle

Tomber suivi d'un adjectif attribut implique une action brusque ou un coup du sort.

On emploie le plus souvent ce verbe dans les expressions tomber amoureux, tomber malade mais on le rencontre maintenant dans tomber enceinte, tomber paralysé, tomber aveugle.

La littérature nous donne à lire tomber boiteux, tomber paralytique, tomber faible, tomber veuve, tomber bête et je me donne la liberté d'écrire ici tomber folle.

 

Je me considérai.

Se considérer :

Se regarder, s'examiner, s'estimer, se juger comme un personnage.

Narcisse se considère dans l'eau de la rivière et tombe amoureux de son reflet.

Je ne me considère pas comme l'amie d'Alcofribas, ce malotru !

S'estimer l'un l'autre

Ces deux amis-là se considéraient.

Être pesé, pris en considération..

Dans certaines circonstances, le moindre détail se considère.

 

Un doux serein automnal me rafraîchit. Un penchement de tête me fit recevoir les fines gouttelettes

Le serein est une humidité fine qui tombe après le coucher du soleil, ordinairement pendant la saison chaude et sans qu'il y ait de nuages au ciel.

Le penchement, action de rendre penchant, des penchements de tête. État d'un corps qui penche.

 

Voilà qu'il me faut maintenant prendre en main mon destin

Prendre en main, se charger d'une affaire soi-même et la diriger seul.

 

celui qu'assurément j'aurais bien honni

Honnir, faire honte à quelqu'un, blâmer en faisant honte.

 

pour rien au monde je n'aurais mendigoter quoi que ce fût

Mendigoter, quêter comme un mendiant.

quoi que

 

quelques soupettes trempées dans un bouillon qu'on me servit dans une gargote

Une soupette, une petite tranche de pain. Diminutif de soupe

Une gargote, petit restaurant où l'on donne à manger à bas prix.

 

je quémandai des os et des reliefs pour Prétatou

Quémander, mendier, solliciter les gens jusqu'à les importuner.

Des reliefs, ce qui reste d'un repas sur la table.

 

après que je l'eus récupéré

Après que

toujours l'indicatif après la locution conjonctive après que, ici le passé antérieur.

 

Formes disjointes de l'attribut

Dans tout ce qui était MOI et faisait MOI en cette minute, il n'était rien qui ne fût héroïque.

Je suis moi et vous êtes vous, ne vous en déplaise !

Dans la plupart des cas on trouve les formes disjointes de l'attribut après les expressions c'est ou si j'étais.

Ma plus belle histoire d'amour, c'est vous. (cf. Barbara)

Est-ce votre dernier mot ? Oui, ce l'est.

Si j'étais vous, (si j'étais de vous, si j'étais que de vous) je ne sourcillerais même pas à la lecture de toutes ces explications grammaticales que je me fais un plaisir de vous donner !

Si j'étais toi (vous, lui, elle...), si j'étais que toi, si j'étais de toi, si j'étais que de toi

On lira utilement l'article p. 301 sur le site de La grammaire FLE... research.jyu.fi/grfle/301.html

 

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1 avril 2011 5 01 /04 /avril /2011 04:50

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Étais-je stupide ou simplement naïve de croire qu'il était possible d'atteindre le bonheur dans cette vie semée d'embûches ? Et n'avais-je pas compris d'ores et déjà que toujours à nouveaux maux naissent nouvelles peines* ?

Je m'étais laissé aller jusqu'à m'attendrir lorsque Alcofribas m'avait dit naguère de suaves paroles, lorsqu'il m'avait aidée et conduite par la main, lorsqu'il avait répondu aux questions que je me posais. Je l'avais senti irrésistiblement attiré par mon charme et la douceur de mon caractère. Il s'était conduit en vrai protecteur et j'avais été près de lui ouvrir mon coeur.

Ô illusion !

Avais-je pensé que tout était possible avec lui, ou quoi ?

 

Qu'avais-je à me torturer l'esprit alors que l'évidence se faisait jour ? Il avait contrevenu à toutes les règles de la bienséance. Il s'était montré éhontément tel qu'il était. Comment se pouvait-il qu'on osât me traiter aussi barbarement ? Ma colère bouillonnait. De rose tendre qu'elles étaient, mes joues s'enflammèrent, cinabarines. Je ne me contenais plus.

J'aurais tant et tant aimé qu'on me mignotât et voilà que je m'étais laissé surprendre par le parlage d'un fourbe, les boniments d'un ridicule crispin.

Serais-je mieux avancée si j'avais ici accusé ouvertement Alcofribas, alors que je n'avais aucune preuve tangible, palpable, concrète... en un mot irrécusable, pour étayer ma suspicion ?

 

Que n'avais-je écouté Roboland ? Ne m'avait-il pas crié : « Méfie-toi d'Alcofribas ! » Et je n'avais cru qu'à une saute d'humeur, un accès de jalousie. Cher Roboland ! Quelle pitié de ne recevoir de l'affection que d'un robot !

 

« Que ferai-je maintenant ? me dis-je. Qui voir ? À qui me fier ? »

Allais-je à l'avenir m'empêcher de croire à la générosité, à la bonté ? Cesserais-je d'être toujours en quête de tendresse, de compassion, d'amitié ? Ou devrais-je me livrer encore au premier venu, pieds et poings liés°, avec un impardonnable indiscernement ?

Personne ne se tient jamais assez sur ses gardes.

Dieu ! Tout semble m'abandonner !

Dans les heures sombres et solitaires, il ne me reste plus, pour garder espoir, qu'à me bercer de vers qui chantent en ma mémoire.

 

   "Qu’un ami véritable est une douce chose.
   Il cherche vos besoins au fond de votre cœur ;
   Il vous épargne la pudeur
   De les lui découvrir vous-même.
   Un songe, un rien, tout lui fait peur
   Quand il s’agit de ce qu’il aime."*

 

Ne vous avais-je pas avertis, lecteurs incrédules, que j'étais prête à vous entraîner avec moi dans ce monde qui ressemble fort au vôtre d'ailleurs où nous irions, ensemble, de déceptions en déceptions ? N'étions-nous pas convenus que nous ferions la route ensemble ? Est-il besoin de vous dire que vous brûlez comme moi de l'envie de connaître des jours meilleurs ?

Voulez-vous, chers lecteurs, que je vous dise ce que je vais faire ?

Eh bien, je m'en vais délibérer avec moi-même.

...............................................................  

*Voyez que c'est du monde, et des choses humaines !

Toujours à nouveaux maux naissent nouvelles peines ;

Et ne m'ont les destins, à mon dam trop constans,

Jamais après la pluye, envoyé le beau temps

Mathurin Régnier, satire 11

 

**Qu'un ami véritable est une douce chose...

Jean de la Fontaine, Les deux amis.

 

NOTES

Je m'étais laissé aller

Attention, le participe passé laissé suivi d'un infinitif est invariable.  

> L'accord problématique des participes passés FAIT et LAISSÉ - Ils se sont fait ou faits / Elle s'est fait ou faite / Ils se sont laissé ou laissés...

 

Avais-je pensé que tout était possible avec lui ou quoi ?

Quoi ? Tu sais quoi ? Vous savez quoi sur QUOI ?

 

Il avait contrevenu à toutes les règles de la bienséance

Contrevenir : enfreindre, transgresser, agir contre.

Contrevenir aux lois, contrevenir à des ordres.

Se conjugue comme le verbe venir sauf aux temps composés où il s'accompagne de l'auxiliaire avoir.

Je suis venu, j'ai contrevenu à...

Cf. Littré : Il se conjugue avec l'auxiliaire avoir : il a contrevenu à vos ordres ; il s'est conjugué [autrefois] avec l'auxiliaire être : il est contrevenu à vos ordres ; et, au fond, rien n'empêche de dire ou d'écrire ainsi, puisque les composés de venir se conjuguent dans la plupart des cas avec l'auxiliaire être : je suis parvenu au sommet, je suis convenu du fait.   

N'étions-vous pas convenus que nous ferions la route ensemble ?

Convenir

Je voudrais ici attirer votre attention sur les sens de convenir puisque l'auxiliaire utilisé aux temps composés, être et avoir, varie selon le sens.

CONVENIR se conjugue avec l'auxiliaire être :

quand il signifie s'entendre sur une chose.

Nous étions convenus que nous nous verrions le lendemain.

Ils sont convenus du prix de cette marchandise, et de la manière d'en faire la publicité.

quand il signifie s'accorder.

J'étais convenu avec tous mes professeurs, ce qui était une gageure. (Prononcer gajure)

Les hommes et les femmes conviennent rarement sur le mérite d'une femme. La Bruyère

Pour en savoir plus, toujours penser à se plonger dans Le Littré (en ligne),

Le Trésor et L'Académie (voir le CNRTL) 

Lexicographie - Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales

quand on reconnaît une vérité.

Nous étions convenus de nos devoirs de citoyens.

Il était convenu que la chose existait vraiment.

(Dans la subordonnée introduite par que on a l'indicatif si la principale est affirmative, le subjonctif si elle est interrogative ou négative)

-être conforme en parlant des choses.

Vos manières ne sont jamais convenues avec celles de ma fille.

Il se conjugue avec l'auxiliaire avoir

quand il signifie convenable à, être propre à

Cette vie ne m'aurait jamais convenu.

être à la convenance

Ces décisions m'ont convenu.

être convenable

On se mit d'accord sur ce qu'il était convenu de faire.

Se convenir, verbe pronominal

quand il signifie se plaire, s'accepter

Leurs caractères se sont convenu parfaitement.

Nous nous sommes plu et convenu dès que nous nous sommes rencontrés.

On remarque que les participes passés convenu et plu sont invariables (pas de cod).

Faute que l'on entend souvent :

On dit : « Nous avons convenu de faire du shopping cet après-midi. »  alors qu'on devrait dire : » Juliette et moi, nous sommes convenues de faire des emplettes cet (ou cette) après-midi. »

Pour en savoir plus sur les participes passés : QUIZ 26

 

Se pouvait-il qu'on osât me traiter aussi barbarement ?

Barbarement, d'une façon barbare.

qu'on osât, subjonctif imparfait, §25 dans Valeurs et emplois du subjonctif

 

De rose tendre qu'elles étaient, mes joues s'enflammèrent, cinabarines.

L'hyperbate est une figure de style qui consiste à séparer deux mots normalement assemblés. Le rejet en fin de phrase met en relief l'adjectif cinabarine. Il y a disjonction.

Cinabarin (e), qui a la couleur rouge du cinabre, rouge vermillon.

Jeux sur les couleurs : 1-Complétez les phrases avec des noms de couleurs 2-Trouvez la couleur dans les titres des films 3-Cherchez l'intruse - QUIZ 63

 

Nuances de la couleur rouge : aniline, ponceau, framboise, fraise écrasée, rouge anglais, carmin, amarante, bordeaux, capucine, corail, écarlate, feu, vermeil, garance, tomate, vermillon, cinabarin, coquelicot, groseille, écrevisse, terracotta, cerise, cardinal, Bismark, andrinople, cramoisi, sang, sang de boeuf, grenat, tomette, senois, pourpre, nacarat, -de Falun, etc.

 

J'aurais tant aimé qu'on me mignotât

Mignoter, traiter de façon mignonne.

mignotât, subjonctif imparfait

 

Je m'étais laissé surprendre par le parlage d'un fourbe, les boniments d'un ridicule crispin

laissé > L'accord problématique des participes passés FAIT et LAISSÉ

Parlage

-bavardage, paroles inutiles

-discours que l'on tient dans le but de tromper. Le parlage d'un fourbe.

Crispin : valet de comédie qui fait de mauvais tours. Cf. Lesage, comédie : Le valet et son maître

>> sens figuré, se dit d'un personnage qui ressemble au valet de comédie.

 

Devrais-je me livrer au premier venu, avec un impardonnable indiscernement ?

Indiscernement, absence de discernement.

Cesserais-je... Devrais-je...

Le futur du passé, la forme conjuguée est le conditionnel présent. Ici le futur du passé est dans des phrases indépendantes au style indirect libre.

Comparer avec :

Je me demandais si je cesserais à l'avenir... si je devrais...

Je me demande si je cesserai à l'avenir... si je devrai...

Voir > *La concordance des temps dans les propositions subordonnées + Le style ou le discours direct et indirect

 

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>> 128 Délires bien faits pour tourner la page + L'érotomanie + Les formes disjointes de l'attribut

 

La phrase interrogative.

L'interrogation est disjonctive quand elle énonce une alternative

Étais-je stupide ou simplement naïve ?

Tournure familière :

Avais-je pensé que tout était possible avec lui ? Ou quoi ? 

 

L'interrogation est fictive lorsqu'on n'attend aucune réponse. Elle équivaut à une exclamation ou à une interjection.

Que n'avais-je écouté Roboland ? (Pourquoi n'avais-je pas...)

Allais-je à l'avenir cesser enfin d'être confiante ?

>ou bien lorsque la réponse suit aussitôt la question :

Voulez-vous, chers lecteurs, que je vous dise ce que je vais faire ? Eh bien, je m'en vais délibérer avec moi-même.

 

L'interrogation fictive est dite rhétorique ou oratoire lorsque la réponse est évidente. On n'a pas besoin de répondre.

Ne vous avais-je pas avertis, lecteurs incrédules, que j'étais prête à vous entraîner avec moi dans ce monde en allant de déceptions en déceptions ? Est-il besoin de vous dire que vous brûlez comme moi de l'envie de connaître des jours meilleurs ?

Serais-je mieux avancée si j'avais accusé ouvertement Alcofribas, alors que je n'avais aucune preuve tangible pour étayer ma suspicion ?

 

L'interrogation délibérative permet, à celui qui parle ou qui pense, de réfléchir avant de prendre une décision.

Que ferai-je maintenant ? Qui voir ? À qui me fier ?

 

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30 mars 2011 3 30 /03 /mars /2011 07:58

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Le susmentionné lieutenant, dégingandé et tiré à quatre épingles°, voulut mettre de l'ordre dans ses troupes livrées quelque peu à elle-mêmes, lesquelles ne se souciaient aucunement de donner une bonne image de l'autorité et de l'impartialité dont elles eussent dû faire preuve. Sa voix tonitruante impressionna. Le silence revint.

Chacun se remit au travail — tout au moins le laissa croire — non sans quelques murmures.

Après m'avoir succinctement posé les questions d'usage en pareille circonstance, à savoir où je me trouvais à l'heure du crime et si je connaissais aux victimes des ennemis jurés, ou de simples ennemis tout au plus, mon interrogateur me dit d'un ton péremptoire que je pourrais me retirer. Il me remit sa carte en me demandant de lui faire part de détails nouveaux qui me reviendraient en mémoire.

Je lus,

Lieutenant Pékin Louf.

Avec un nom pareil, je me doutais bien qu'il lui avait fallu une autorité supérieure à la moyenne pour se faire entendre. Son surnom de Plouf— P. Louf — que j'avais entendu maintes fois susurrer, accompagné d'un geste suggestif, ne devait rien arranger.

Je n'étais cependant pas au bout de mes surprises. À peine avais-je esquissé un mouvement pour quitter sans regret la place, que Louf — dit Plouf — me retint.

« On m'informe à l'instant qu'un certain monsieur Nasier vous demande et dit avoir une requête à vous faire, me dit-il. »

J'attendis.

 

Saisie d'une intuition effroyable, je blêmis à l'arrivée dudit monsieur Nasier.

Alcofribas ! C'était Alcofribas !**

Je n'en crus pas mes yeux quand je le vis entrer en grande conversation avec le susdit Louf — dit Plouf.

Mais, que vois-je présentement ? Ne se donnent-ils pas de grandes tapes dans le dos comme de vieux camarades ?

« Qu'est-ce à croire ? m'interrogé-je. »

 

Alcofribas s'approche de moi et, doucereux comme il n'est pas permis, m'apprend qu'il reprend l'auberge restée vacante, et pour cause, et il me propose de m'y garder comme cuisinière.

À peine si je reconnais ses manières ! Lui, le galant, le séducteur.

Sûr de lui, il s'enflamme lorsqu'il me voit réticente.

Ne voit-il pas qu'il me charlatane ?

Que croit-il donc ce mâchefer ? me convaincre à force de vociférations incongrues ? Qu'imagine-t-il donc ce paroxyste ? me fléchir par la menace ? Qu'espère-t-il donc ce malitorne ? m'emberlificoter par ses manières de macho?

 

« Acceptez mon offre Oli ! Acceptez mon offre Oli... »  nonuple-t-il sur tous les tons sans se résoudre à perdre la partie.

 

Que voilà bien soudain un sinistre personnage !

Je contiens ma colère. J'imagine des choses bien vilaines qu'il a dû faire. Se pourrait-il vraiment qu'il soit à l'origine de cette histoire abominable ? Tout ça pour me tenir à sa merci ?

 

Et ce hareng pec de Plouf qui ne remue pas le petit doigt !

Mais comment lui dire mes soupçons ?

........................................................................ 

*Voir le texte n° 106 où l'on voit se rencontrer pour la première fois Oli et Alcofribas.

Alcofribas Nasier. Je ne te ferai pas l'injure, cher lecteur, de te rappeler à qui appartient ce célèbre pseudonyme que j'ai outrageusement emprunté !

[Après réflexion, je te fais quand même l'injure, c'est François Rabelais)

 

NOTES

le susmentionné lieutenant, dégingangé et tiré à quatre épingles

Susmentionné, susdit, susnommé... susdite, susmentionnée etc.

Mentionné(e) ci-dessus.

tiré à quatre épingles, mis sur son trente-et-un, très chic.

 

l'impartialité dont elles eussent dû faire preuve

eussent dû, subjonctif plus-que-parfait à valeur de conditionnel passé (2e forme), elles auraient dû (2e forme))

Ne pas confondre : du dû dus dut, due, dues, et dût

 

Mais que vois-je présentement...

Le texte qui est écrit au passé, temps du récit, passe brusquement au présent pour le rendre plus vivant. C'est le présent de narration.

 

Qu'est-ce à croire ? m'interrogé-je

Le voilà ! m'écrié-je.

Forme vieillie : Inversion du sujet je après un verbe se terminant par e au présent de l'indicatif.

On aurait à la 3e personne du singulier :

Qu'est-ce à croire, s'interroge-t-il.

Le voilà, s'écrie-t-il.

Voir : Eussé-je, eussè-je, j'eusse, fussé-je, fussè-je, je fusse, dussé-je, dussè-je, eût-il, fût-il, dût-il, fût-ce, fussent-ils, parlé-je..

 

Ne voit-il pas qu'il me charlatane

Ne voit-il pas

locution désuète qui marque la surprise.

Charlataner

1-faire le charlatan

2-tromper à la manière des charlatans, abuser quelqu'un par de belles paroles.

 

qu'espère donc ce malitorne ?

Un malitorne, un personnage qui a de mauvaises manières.

 

que croit donc ce mâchefer ?

Un mâchefer, un fanfaron, celui qui croit pouvoir mâcher du fer.

 

qu'imagine donc de paroxyste ?

Un paroxyste a un tempérament qui pousse à l'outrance, au paroxysme.

 

"acceptez mon offre", nonuple-t-il

Nonupler, répéter neuf fois.

 

et ce hareng pec de Plouf qui ne remue pas le petit doigt

Pec, fraîchement salé. ne s'emploie que dans la locution hareng pec.

 

<< 125 Délires qui n'ont rien de désopilant + Vieux proverbes

>> 127 Délires touchants d'une pauvre dupée + Les distinctions de la phrase interrogative

 

VERLAN ET LOUCHÉBEM

 

LE VERLAN

Le mot verlan est un mot verlan. On a mis à l'envers les syllabes de l'envers (vers-l'en) et on a écrit le mot en verlan.

Le verlan utilise ce procédé, mettre à l'envers les syllabes des mots.

Tomber devient béton dans le Laisse béton de Renaud.

On trouve déjà au XVIème siècle Bonbour pour Bourbon et Louis XV au XVIIIème devient Sequinzouill.

Le verlan a voulu être à ses débuts une sorte de langue secrète utilisée par les prisonniers qui ne voulaient pas être compris. Aujourd'hui certains groupes de jeunes vernalisent.

 

L'art et la manière de comprendre le verlan.

Lorsque le mot a deux syllabes, on l'a vu, on inverse les syllabes, c'est la permutation. Dans le cas où il n'y a qu'une seule syllabe, on inverse les sons. Une vie de ouf, c'est une vie de fou.

La syllabe unique se termine par une consonne ou un e muet ? Qu'à cela ne tienne ! On ajoute un e qui se prononce eu. Flic devient par dissyllabisation flikeu et par inversion keufli, la troncation fait disparaître le li et donne keuf.

Femme devient meuf. mère, reum.

Les règles parfois varient, on peut enlever une lettre ou la modifier, arabe devient rebeu, frère, reuf, juif, feuj. On peut revernaliser : dans ce cas, beur devient reubeu et keuf, feukeu.

Avec plus de deux syllabes on a le champ libre pour la fantaisie. La cigarette devient garettci et enculé léancu, chiredé ou chiré signifie déchiré, port'nawak ou nawak, n'importe quoi.

Et ainsi de suite.

 

LE LOUCHÉBEM (exemple : louf)

C'était et c'est toujours la langue propre aux bouchers, jargon bien hermétique dont seuls les habitués en saisissent le sens.

La première lettre est rejetée en fin de mot, Les mots commencent par L et se terminent soit par EM ou par OC. JI, UCHE, IC, ou autres variantes.

 

Boucher devient louchébem.

Fou, loufoc, d'où loufoque (par troncation louf).

Gigot, ligogem.

Patron, latronpuche.

Maquereau, lacromuche.

Etc

 

Pour en savoir + sur les langues populaires, voir l'article :

Champ lexical - Registre de langue (ou style), soutenu, courant, familier, populaire, argotique, ou vulgaire – Archaïsmes

 

> Retour au début de l'article

 

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27 mars 2011 7 27 /03 /mars /2011 13:45

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Une couple d'heures plus tard je me rendis à mon interrogatoire. On me fit observer véhémentement que j'avais six minutes de retard. Tout juste si l'on n'était pas sur le point de dépêcher, à mes trousses, la force publique.

« Je serais bien marrie que vous crussiez que je manque* à mes devoirs de citoyenne, me défendis-je, mais la nuit a été rude et le réveil difficile. »

Le lieutenant me posa moult questions parsemées de pièges, mais je ne donnai dans aucun. Ce ne fut pas sans mal. Les esprits s'échauffaient. On entendait des saillies. La plupart d'un goût douteux. On eût dit qu'autour de moi n'étaient que franches caillettes.

 

« Cette donzelle-là, c'est du menu fretin. Mais nul besoin de tendre un marquesèque. »

« À malin malin et demi°, peu me chaut qu'elle ait menti. » 

J'entendis même de vieux proverbes qui n'étaient plus de saison. À peine si l'on saisissait ce qui s'y cachait.

« Femme maligne et poule qui pond font grand bruit à la maison.** » 

« Mentir, tromper, embler et question, encheminent l'âme à perdition.** »

Et de rire.

Tous ces sarcasmes m'étaient destinés. Je ne bronchais pas. Seule dans mon coin, je me tenais coite, de peur d'indisposer la galerie.

Je songeais à mes chers disparus.

Toute joie m'était forclose. Leur souvenir serait engravé à mon coeur, à jamais.

.................................................. 

*Je serais bien marri que vous crussiez que nous manquons à ce que nous leur devons. Pascal, Les Provinciales.

 

**Femme maligne et poule qui pond font grand bruit à la maison.

**Mentir, tromper, embler et question, encheminent l'âme à perdition.

Deux proverbes anciens recueillis sur le site du Ministère de la Culture proverbes

On y trouve 24670 vieux proverbes ! Étonnant non ? En lire quelques-uns avec le mot AMOUR à la fin de l'article

 

NOTES

Titre - Délires qui n'ont rien de désopilant

Désopilant, qui fait rire, très amusant.

 

Une couple d'heures

deux heures environ.

On emploie une couple au féminin pour parler de deux animaux considérés comme étant ensemble, une couple de boeufs. Mais aussi par analogie on dit une couple d'heures. Cependant on dira une paire de chaussures, une paire de gants, etc.

Un couple, une couple, homonymes. 

voir le QUIZ 4 Noms masculins ou féminins - À vous de choisir.

 

On me fit observer véhémentement

avec véhémence, violemment, très fortement.

 

Je serais bien marrie

marrie, fâchée et repentante (marri masculin)

 

Le lieutenant me posa moult questions parsemées de pièges 

beaucoup (de), maint, plusieurs, moult ou moultes questions.

Adjectif employé parfois sous sa forme variable.  

Moult, l'adverbe est invariable, nous venant de l'ancien français, Xème siècle. On l'emploie aujourd'hui pour plaisanter ou bien par amour des archaïsmes. 

Un piège, donner dans un piège, tomber dans un piège, se laisser prendre au piège, être pris à son propre piège, etc.

 

L'ASYNDETE est une figure de style qui consiste en l'absence de mots de liaison, conjonctions ou adverbes, entre les diverses propositions d'une phrase ou entre les phrases mêmes.

Exemple ici :

Ce ne fut pas sans mal. Les esprits s'échauffaient. On entendait des saillies. La plupart d'un goût douteux. On eût dit qu'autour de moi n'étaient que franches caillettes.  

 

nul besoin de tendre un marquesèque

Marquesèque, filet à mailles très serrées pour le petit poisson.

 

À malin malin et demi°

Proverbe. On trouve toujours plus malin que soi.

Vous aimez les proverbes ? Amusez-vous !

 

Peu me chaut, verbe défectif chaloir, peu m'importe.

Voir chaloir dans l'article :

Les verbes défectifs - Pour peu qu'il vous en chaille !*

 

On entendait des saillies

Une saillie, sens figuré : Trait d'esprit brillant et imprévu.

 

« Mentir, tromper, embler et question, encheminent l'âme à perdition. »

Embler, ravir avec violence ou par surprise.

 

On eût dit qu'autour de moi n'étaient que franches caillettes

on eût dit, on aurait dit

Conditionnel passé, 2e et 1re forme.

Caillette, cailleter

Faire la caillette ; bavarder.

Une caillette, personne qui a du babil et point de consistance. Cet homme est une franche caillette.

Dans le commencement du XVIe siècle, il y avait un personnage fictif, très populaire : c'était l'innocent Caillette.

 

Et de rire, se met quelquefois à la fin d'un récit, et signifie : on se mit à rire.

 

Toute joie m'était forclose.

Forclos (forclose), participe passé de forclore, exclure.

Le verbe ne s'emploie qu'à l'infinitif et au participe passé.

Forclusion, prescription, perte d'un droit, le délai ayant expiré.

 

Le souvenir serait engravé en mon coeur, à jamais

engraver

1- enliser, ensabler

2-ici, graver sur...

 

<< 124 Délires des plus funestes + Le roi Candaule

>> 126 Délires sur un coup de théâtre + Verlan et Louchébem

 

Et voici quelques proverbes anciens que vous propose

le site du Ministère de la Culture, proverbes.

Ici ma recherche se borne au mot amour,

(Tout un programme !)

Je trouve, entre autres :

 

A table comme en amour, changement donne saveur

Absence d'une heure et d'un jour compte pour 10 ans en amour

Amour aveugle, raison.

Amour de belle fille et de gendre est comme lessive sans cendre

Amour de courtisan, caresse de putain, bienfait d'avare et promesse de femme ne durent pas plus d'un an

Amour de femme et ris de chien tout ne vaut rien qui ne dit rien

Amour de ramière, blandissement de chien

Amour est de telle propriété qui n'ayme n'est digne d'Etre aimé

Amour et mort, rien n'est plus fort

Amour fait moult, mais argent fait tout

Amour plus que rigueur gagne le coeur

Amour de gendre, lessive sans cendre

Amour de gendre, soleil d'hiver

Amour de monsieur, eau dans un panier

Amour de putain et vin de flacon, s'il vaut au matin, le soir n'est plus bon

Amour de reins, amour de rien

Amour de seigneur n'est pas héritage

Amour de vieux ne dure guère

Amour donne l'esprit aux femmes et le retire aux hommes

Amour en coeur, feu en estouppes

Amour et crainte sont le tymon et le fouet du charroy humain

Amour fait moult, argent fait tout

Amour n'a pas de sagesse ni colère de conseil

Amour ne veut point de compagnon

Amour passe, douleur demeure

Amour peines et argent ne peuvent rester secrets

Amour porte la musique

Amour se monstre là où il est

Amour se pèse à la balance

Amour sur beauté n'a jugement

Amour vainc tout mon coeur de félon

Amour vainc tout, et argent fait tout

Amour vainc tout, fors que coeur de félon

Amour volage aulx amans coûte cher

Amour veut celer ses joyaux

 

Tout cela donne bien à penser, n'est-ce pas ?

 

Vous aimez les proverbes ? Donnez-vous-en à coeur joie

> Proverbes tronqués à compléter QUIZ 89

 

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25 mars 2011 5 25 /03 /mars /2011 19:58

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Je commençai à douter de pouvoir jamais arriver à mes fins. Étais-je tombée dans un piège où l'on voulait m'empêcher de mener mes propres investigations, ou bien avait-on coutume d'épuiser l'énergie de ceux qui s'intéressaient quelque peu à leur prochain ? Je m'étais pliée de bonne grâce à toutes les lenteurs policières jusqu'à ce qu'il me fallût craquer, ce qui n'avait pas été du goût de Carat. J'en avais assez. Cependant, je me défendis de toute paranoïa en supposant que cette malaventure, avec un tel bicêtre, n'arrivait pas qu'à moi et qu'on se plaisait ici à émousser la résistance de ceux qui osaient poser des questions.

Comme je refusais de continuer à jouer le paragon de patience et que j'avais déjà marqué ma désapprobation, on consentit à m'écouter et à me répondre.

Un grand escogriffe de lieutenant dans un uniforme du dernier chic se présenta. Je vis aussitôt qu'il ne ressemblait en rien à son collègue blèche avec qui j'avais eu affaire avant lui, ce qui me donna quelque espoir. Il me dit que je n'avais pas à connaître les détails du drame qui venait de se dérouler À la bonne chère, l'enquête n'en étant qu'à ses débuts.

Je décidai de me mouver violemment les neurones pour le convaincre de me dire ce qui s'était passé.

Comme je précisai que j'étais employée là-bas, que mes patrons Alcmène et Amphi étaient des amis très proches, que je ne pouvais me résoudre à ne rien savoir du meurtre qui s'y était commis et que je ne savais dorénavant où aller puisque j'y avais le gîte et le couvert, mon interlocuteur reconnut que j'étais dans de sales draps° et me précisa que je pourrais toujours rester au poste de police si je ne voulais pas coucher dehors, d'autant plus que je devenais à ses yeux la première suspecte dans cette affaire. Comme il était très tard dans la nuit et qu'il devrait m'interroger à la première heure le lendemain, il ne me restait que peu de temps pour trouver un endroit quelque part, pour y dormir une heure ou deux tout au plus.

 

« Qui est mort ? Mais qui donc est mort ? » criai-je, n'y tenant plus.

J'entendis autour de moi grand éclat de risée et grand chuchillement*.

« Ces gens sont fous », pensai-je.

Je bisquais.

Je bisquais, que dis-je ? J'étais plutôt près de mourir de dépit !

Le lieutenant me vit si désespérée qu'il lâcha prise et me répondit enfin avec froideur : « Vos deux amis sont morts. »

J'étais effondrée. Je renonçai à en savoir davantage.

Je sortis pour aller retrouver Prétatou qui devait se morfondre à m'attendre.

« J'ai les crocs° », jappa-t-il d'aussi loin qu'il me vit.

 

Malgré la crainte que j'avais de me laisser surprendre, j'entrai avec lui dans le restaurant désert par la porte qui donnait sur le jardin. On ne m'avait pas demandé si j'en avais les clefs. Rien ne paraissait avoir été dérangé. Tout était comme à l'ordinaire, mais il planait un silence glacé. Je frissonnais à la pensée que je ne reverrais plus mes amis si chers. J'en eusse de marrisson pleuré comme une vache**. Une douleur gravative, telle une enclume, me pesait sur l'estomac.

 

Prétatou dévora sans vergogne ce qu'on n'avait pas servi ce soir-là. Je m'étonnai qu'il ne m'interrogeât point au sujet de ses maîtres que je savais qu'il chérissait, et qu'il ne voulût point en apprendre davantage.

      « J'aime les sushis** », grognait-il entre deux déglutitions.

.......................................................................  

* Pétrarque... En eût de marrison pleuré comme une vache, Mathurin Régnier, 1573-1613 Satire X

marison, marrisson ou marrison

 

**« J'aime les sushis » comme le dit Gad Elmaleh alias Chouchou dans le rôle-titre du film de Merzak Allouache tourné en 2003.

 

NOTES

Je commençai à douter de pouvoir jamais arriver à mes fins.

Je commençai à douter de pouvoir un jour arriver à mes fins.

sens positif de jamais

Voir l'article : Jamais, ne jamais, jamais plus, au grand jamais, à jamais, si jamais, oncques...

 

ceux qui s'intéressaient quelque peu à leur prochain

quelque peu, un peu.

 

jusqu'à ce qu'il me fallût craquer

fallût, subjonctif imparfait

On trouve parfois l'indicatif après jusqu'à ce que (cas rare)

craquer, familier.

Voir l'article Jusqu'à ce que, jusqu'à tant que


cette malaventure, avec un tel bicêtre, n'arrivait pas qu'à moi

Un bicêtre, un malheur, une infortune

Ce mot est voisin de bissextre, le jour bissextil, ajouté à l'année tous les quatre ans, et qui était considéré comme jour de malheur.

 

comme je refusais de continuer à jouer le paragon de patience

Un paragon (substantif), un exemple, un modèle, un archétype.

Littré : Ce qu'il y a de plus excellent, en parlant des personnes ou des choses.

Anne, puisqu'ainsi va, passait dans son village

Pour la perle et le parangon.

Le cas de conscience (Contes et nouvelles en vers par Monsieur Jean de La Fontaine)

En joaillerie : Une perle paragon, un diamant paragon se distinguent par leur grosseur et leur beauté.

 

il ne ressemblait en rien à son collègue blèche avec qui j'avais eu affaire avant lui

Blèche (ou Blêche que l'on trouve sur Littré), faible de caractère, laid, sans volonté, tarte, dolent.

Voir l'article : Avoir affaire ou avoir à faire ? Les affaires, une affaire de coeur, j'en fais mon affaire, je lui ai fait son affaire, une ténébreuse affaire, faire le bizness...

 

je décidai de me mouver violemment les neurones

Mouver, populaire, remuer, bouger.

Exemples :

-mouver (remuer) la sauce, en cuisine.

-mouver la terre d'un pot, en jardinage.

L'allégorie, la mythologie, la poésie sont essentielles à l'esprit humain, et c'est pourquoi précisément l'esprit qui mouve sans cesse doit renouveler sans cesse, par son éducation progressive, le langage de l'art. Bürger, Salons de 1861 à 1868

 

Être dans de sales draps°, ou vilains, beaux, jolis, mauvais draps.

Être dans une très mauvaise situation.

On dit aussi se mettre dans de sales (etc) draps°.

 

J'en eusse de marrisson pleuré comme une vache.

marrisson (Littré), marrison ou marisson (vieux mot hors d'usage), tristesse, chagrin, état de celui qui est marri (DMF) 

Ou : J'en aurais de chagrin pleuré comme un veau ! 

 

je bisquais, que dis-je, j'étais plutôt près de mourir de dépit !

Bisquer, mot familier et populaire, éprouver du dépit.

Près de, prêt à.

On confond souvent ces deux expressions.

Ne pas confondre : sortir, assortir, ressortir intrans. ou trans. indirect- quelquefois, quelques fois – davantage, d'avantage – bientôt, bien tôt – sitôt, si tôt - près de, prêt à

 

Avoir les crocs°, avoir très faim.

 

J'entendis près de moi grand éclat de risée et grand chuchillement

Grand éclat de risée et grand chuchillement, Jean de La Fontaine dans le conte Le roi Candaule et le Maître en droit : à en lire ci-dessous un extrait.

Chuchillement, sorte de chuchotement.

 

une douleur gravative, telle une enclume, me pesait sur l'estomac

Douleur gravative, sentiment de pesanteur.

 

<< 123 Délires de sbires et consorts - "Il avait toujours été nigaud, brigand, maniaque et souffreteux, brèche-dent, caborgnon, punais."

>> 125 Délires qui n'ont rien de désopilant + Vieux proverbes

 

 Notes sur le Roi Candaule

Jean de La Fontaine & Théophile Gautier

Jean de la Fontaine, notre fabuliste toujours aimé.

(Fabrice Luchini ne me démentirait pas !)

On connaît de lui quelques-unes de ses fables les plus célèbres. Heureux ceux et celles qui les connaissent par coeur ! Mais que connaît-on de ses autres oeuvres ? Peu de choses en vérité.

Et pourtant !

Que de savoureuses histoires il a écrites dont nous nous délectons !

La Fontaine publia ses contes et nouvelles de 1664 à 1666. Ce sont des histoires paillardes dont il trouva l'inspiration chez l'Arioste, Boccace, et François Rabelais, entre autres.

Je ne peux résister à l'envie de vous faire connaître ou relire : 

 

Le roi Candaule, et le Maître en droit

(extrait du conte)

Force gens ont été l'instrument de leur mal ;

Candaule en est un témoignage.

Ce roi fut en sottise un très grand personnage.

Il fit pour Gygès son vassal

Une galanterie imprudente et peu sage.

Vous voyez, lui dit-il, le visage charmant,

Et les traits délicats dont la reine est pourvue ;

Je vous jure ma foi que l'accompagnement

Est d'un tout autre prix, et passe infiniment ;

Ce n'est rien qui ne l'a vue

Toute nue.

Je vous la veux montrer sans qu'elle en sache rien ;

Car j'en sais un très bon moyen:

Mais à condition. . . , vous m'entendez fort bien,

Sans que j'en dise davantage ;

Gygès, il vous faut être sage :

Point de ridicule désir :

Je ne prendrais pas de plaisir

Aux voeux impertinents qu'une amour sotte et vaine

Vous ferait faire pour la reine.

Proposez-vous de voir tout ce corps si charmant,

Comme un beau marbre seulement.

Je veux que vous disiez que l'art, que la pensée,

Que même le souhait ne peut aller plus loin.

Dedans le bain je l'ai laissée :

Vous êtes connaisseur, venez être témoin

De ma félicité suprême.

Ils vont. Gygès admire. Admirer ; c'est trop peu.

Son étonnement est extrême.

Ce doux objet joua son jeu.

Gygès en fut ému, quelque effort qu'il pût faire.

Il aurait voulu se taire,

Et ne point témoigner ce qu'il avait senti :

Mais son silence eût fait soupçonner du mystère.

L'exagération fut le meilleur parti.

Il s'en tint donc pour averti ;

Et sans faire le fin, le froid, ni le modeste,

Chaque point, chaque article eut son fait, fut loué.

Dieux, disait-il au roi, quelle félicité !

Le beau corps ! le beau cuir ! ô ciel ! et tout le reste !

De ce gaillard entretien

La reine n'entendit rien ;

Elle l'eût pris pour outrage :

Car en ce siècle ignorant

Le beau sexe était sauvage ;

Il ne l'est plus maintenant ;

Et des louanges pareilles

De nos dames d'à présent

N'écorchent point les oreilles.

Notre examinateur soupirait dans sa peau.

L'émotion croissait, tant tout lui semblait beau.

Le prince s'en doutant l'emmena ; mais son âme

Emporta cent traits de flamme.

Chaque endroit lança le sien.

Hélas, fuir n'y sert de rien :

Tourments d'amour font si bien

Qu'ils sont toujours de la suite.

Près du prince Gygès eut assez de conduite ;

Mais de sa passion la reine s'aperçut.

Elle sut

L'origine du mal ; le roi prétendant rire

S'avisa de tout lui dire.

Ignorant ! savait-il point

Qu'une reine sur ce point

N'ose entendre raillerie ?

Et supposé qu'en son coeur

Cela lui plaise, elle rie,

Il lui faut, pour son honneur

Contrefaire la furie.

Celle-ci le fut vraiment,

Et réserva dans soi-même,

De quelque vengeance extrême

Le désir très véhément.

Je voudrais pour un moment,

Lecteur, que tu fusses femme :

Tu ne saurais autrement

Concevoir jusqu'où la dame

Porta son secret dépit.

Un mortel eut le crédit

De voir de si belles choses,

A tous mortels lettres closes !

Tels dons étaient pour des dieux,

Pour des rois, voulais-je dire ;

L'un et l'autre y vient de cire,

Je ne sais quel est le mieux.

Ces pensers incitaient la reine à la vengeance.

Honte, dépit, courroux, son coeur employa tout.

Amour même, dit-on, fut de l'intelligence : 

De quoi ne vient-il point à bout ?

Gygès était bien fait; on l'excusa sans peine :

Sur le montreur d'appas tomba toute la haine :

Il était mari; c'est son mal ;

Et les gens de ce caractère

Ne sauraient en aucune affaire

Commettre de péché qui ne soit capital.

Qu'est-il besoin d'user d'un plus ample prologue ?

Voilà le roi haï, voilà Gygès aimé,

Voilà tout fait et tout formé

Un époux du grand catalogue ;

Dignité peu briguée, et qui fleurit pourtant.

La sottise du prince était d'un tel mérite

Qu'il fut fait in petto confrère de Vulcan ;

De là jusqu'au bonnet la distance est petite.

Cela n'était que bien; mais la Parque maudite

Fut aussi de l'intrigue ; et sans perdre de temps

Le pauvre roi par nos amants

Fut député vers le Cocyte.

On le fit trop boire d'un coup :

Quelquefois, hélas ! c'est beaucoup.

Bientôt un certain breuvage

Lui fit voir le noir rivage,

Tandis qu'aux yeux de Gygès

S'étalaient de blancs objets :

Car, fût-ce amour, fût-ce rage,

Bientôt la reine le mit

Sur le trône et dans son lit.

Mon dessein n'était pas d'étendre cette histoire :

On la savait assez. Mais je me sais bon gré ;

Car l'exemple a très bien cadré ;

Mon texte y va tout droit : même j'ai peine à croire

Que le docteur en lois dont je vais discourir

Puisse mieux que Candaule à mon but concourir. [...]

à lire sur Wikisource : Le Roi Candaule et le maître en droit

Note - Le candaulisme est la perversion de Candaule.

 C'est par Hérodote qu'on connaît l'histoire de ce roi sarde tué par Gygès qui lui ravit le trône de Lydie.

Théophile Gautier écrivit sa nouvelle Le roi Candaule en 1844.

A la lecture de cette oeuvre, Victor Hugo fit part à Théophile de son enthousiasme : «Vous êtes un grand poète et un charmant esprit. Cher Théophile, je lis votre Roi Candaule avec bonheur. Vous prouvez, avec votre merveilleuse puissance, que ce qu'ils appellent la poésie romantique a tous les génies à la fois, le génie grec comme les autres. Il y a, à chaque instant de votre poème, d'éblouissants rayons de soleil. C'est beau, c'est joli, et c'est grand.» (Propos recueillis sur le site L'Antiquité des Méditerranées) 

Vous trouverez entre autres sur le site (mediterranes.net) la liste des mythes grecs et romains. Ne vous privez pas de donner libre cours à ce vice impuni, la lecture. 

Le Roi Candaule, nouvelle de Théophile Gautier

Lire un extrait dans La Pensée des Autres :

> THEOPHILE GAUTIER - Le Roi Candaule - Nyssia et Gygès

et le texte intégral dans Wikisource :

...........................................................  

 J'ai une tendresse et une admiration particulières pour Théophile Gautier qui nous a donné une oeuvre pleine de fantaisie et de charme. Mamiehiou

Note

*Ce vice impuni, la lecture, Valéry Larbaud.

 

> Retour au début de l'article

 

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18 mars 2011 5 18 /03 /mars /2011 18:57

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« Oli K », répondis-je bravement au petit homme au front maigre et à l'oeil cave qui me dévisageait impudemment. »

Il était entré brusquement, le bitos de bizingue sur le chef, m'intimant de décliner mon identité.

Un greffier balourd l'accompagnait qui s'installa à une table autre que la nôtre, s'apprêtant à noter scrupuleusement le moindre mot qui résonnerait à ses oreilles.

« Oliga gobbent ? [Oli K comment ?] voulut savoir mon interrogateur que j'entendais frappé de blésité.

K est mon patronyme, précisai-je, comme Monsieur K dans Le Château2.

L'homme eut un haut le coeur.

« Vous avez d'honorables aggoindanzes au Zâdeau ? s'inquiéta-t-il ? Un brodecdeur beud-êdre ?  »

[Vous avez d'honorables accointances au Château ?Un protecteur peut-être ?

Je compris que l'allusion que je venais de faire au personnage du roman de Kafka2, histoire de donner le change, était tombé à plat. Le petit inspecteur illettré ne connaissait rien qui sortît de ses préoccupations utopinambourgeoises. Il pensa que je parlais du Château3 qui se dressait là-haut sur la pointe de la falaise et qui faisait trembler tout un chacun à sa seule évocation.

Je ne me laissai pas prendre au dépourvu et saisis la balle au bond°.

L'effroi que je lisais maintenant dans les yeux de mon inquisiteur était tel que j'aurais pu, je crois, lui raconter n'importe quelle sornette, il m'aurait crue en tremblant.

Un blaps porte-malheur se promenait benoîtement près de sa main. Il l'écrasa d'un coup sec.

« Pourrais-je savoir votre nom ? demandai-je, pour l'incommoder davantage.

Garat, me répondit-il désarmé. Aveg un ZÉ cobbe Garabel, précisa-t-il. »

[Carat, avec un C comme caramel]

 

Il se muait ainsi en interrogé, mais sentant que j'allais prendre le dessus dans cette étrange situation, il se ressaisit aussitôt.

« Ze vous ai bosé ude guesdion, badeboiselle GA. Rébondez-y. »

 

Je pensai que révéler la relation que j'avais eue avec Pro4 ne me porterait pas préjudice, bien au contraire. C'était la chose à tenter dans cette position qui menaçait de tourner au vinaigre°. Je ne devais en aucun cas perdre pied et renoncer à l'avantage que je venais d'acquérir dans ce jeu de bras de fer psychologique.

Le scribe papelard nous lançait des regards de biais et tapait sans s'arrêter, même lorsque nous demeurions silencieux, à croire qu'il consignait chacune de nos mimiques, chacun de nos gestes, chacune de nos émotions, et cela sans état d'âme. Carat s'appliquait pour ne donner que la meilleure image de lui-même jusqu'à en perdre son naturel. 

« Je suis la protégée de monsieur Pro.

Dodre zous-gouverdeur ? Bonzieur Bro ! s''exclama Carat. »

[Notre sous-gouverneur ?]

 

J'avais fait mouche°. J'observai un instant Carat qui ne semblait pas se sortir indemne de cette situation. Il se transforma en un clin d'oeil en un doux agneau.

« Badeboiselle Ga, s'excusa-t-il en se levant, ze zuis désolé gu'on vous ait vait zubir audant de dragazzeries. Vous êdes libre.

Je n'en ai jamais douté. Je suis venue ici pour un simple renseignement : je voudrais savoir ce qui s'est passé aujourd'hui à l'auberge " À la bonne chère".

Désolé, zedde guezdion-là d'est bas de bon rezort.

[cette question-là n'est pas de mon ressort]

Ne craignez-vous donc pas que j'en réfère aux autorités ? Me faire subir une attente aussi longue est indigne de votre administration ! »

 

Je prenais tous les risques en me dressant audacieusement contre le pouvoir policier. Tout autre que moi, en des circonstances semblables, se fût tenu coi. Mais l'aplomb dont je faisais preuve me renforçait dans ma position. On craignait que je ne me plaignisse à la hiérarchie.

Dans son coin, le tabellion papillotait, rivé sur sa machine à écrire, tout secoué de soubresauts qui entraînaient un tremblotement des chairs flaccides de son visage.

Carat rétablit son couvre-chef et me raccompagna avec déférence jusqu'à la porte. Je l'entendis qui murmurait à un collègue ébahi : 

« Bévie-doi de la donzelle. Elle est vidaude. Bieux vaudrait l'envoyer au grad ! »  

[Méfie-toi de la donzelle, elle est finaude. Mieux vaudrait l'envoyer au grat !]

...................................................................

Titre -Il avait toujours été nigaud, brigand, maniaque et souffreteux, brèche-dent, caliborgnon, punais.

Souvenirs de la Marquise de Créquy

Le recueil des "Souvenirs de la Marquise de Créquy" sont de la plume de Maurice Cousin de Courchamp. Ce sont de banals souvenirs sous le règne de Louis XV, racontés d'une façon délicieusement pittoresque.

Voltaire, Jean-Jacques Rousseau, Madame de Maintenon, Madame D'Urfé, le Comte de Saint-Germain, le Comte de Cagliostro, Casanova, le Chevalier de Saint-George y défilent pour notre plus grand plaisir.

À lire sur google Books Souvenirs de la Marquise de Créquy

 

2-Le Château, Das Schloss, roman inachevé de Franz Kafka (1926) 

Le personnage K est un arpenteur qui tente en vain d'entrer en relation avec les fonctionnaires du Château où règne une bureaucratie qui a coupé tout contact avec les villageois, ses administrés. L'atmosphère y est sombre et fantasmagorique.

 

3-Si vous voulez en savoir plus sur le lugubre Château d'Utopinambourg, le château de notre histoire, reportez-vous aux textes n°7980 – etc.

 

4-Si vous voulez faire la connaissance de monsieur Pro, à moins que vous ne le connaissiez déjà, rencontrez-le dans les textes n°81- 82 - 83 - 84- 85 - etc

 

NOTES

Titre Délires de sbires et consorts

► Un sbire, de l'italien sbirro, un policier, en Italie (vient de la couleur rousse du costume).

Un homme de main au service d'un pouvoir oppressif.

► Et consorts, le T ne se prononce pas, le S ne se lie pas avec le mot suivant.

Désigne ceux qui ont un intérêt commun dans une affaire (en droit).

Par extension, ceux qui font partie d'une même cabale, d'une même association, qui se livrent à des manoeuvres secrètes.

 

le bitos de bizingue sur le chef

le chapeau de travers sur la tête

► Un bitos, en argot, un chapeau, un couvre-chef 

de bizingue, locution adverbiale, expression familière non connue de la plupart des dictionnaires, de travers, de guingois. Cf. Littré

 

Un greffier balourd l'accompagnait qui s'installa à une table

► Il y a disjonction entre l'antécédent greffier et la proposition subordonnée relative qui s'installa à une table.

L'HYPERBATE  est une figure de style qui consiste à séparer deux mots normalement assemblés en intercalant un ou plusieurs autres mots. La phrase en est de ce fait comme prolongée. 

Balourd, balourde, adjectif

Un balourd, personne grossière et stupide.

Un gros balourd, une grosse balourde.

Une balourdise, c'est une chose qui est faite ou dite par quelqu'un qui agit comme un balourd.

 

frappé de blésité

La blésité, vice de prononciation qui consiste à substituer une consonne faible à une plus forte, comme le z au s, le d au t, etc : lorsque, par exemple, on prononce zerme, zèvre, au lieu de germe, chèvre. 

 

K est mon patronyme précisai-je

► Le patronyme, le nom de famille.

► On sait que notre héroïne Oli, amnésique, n'a aucune idée de qui est sa famille, et qu'elle s'est, elle-même, forgé une identité.

► L'ALLUSION LITTÉRAIRE, mot ou expression qui fait allusion par analogie à une chose connue : un événement, un personnage, un ouvrage littéraire.

► cf. Ici, Monsieur K.

Rappel. Majuscule ou minuscule ? Voir la note de l'article Quand faut-il mettre une majuscule à Monsieur, Madame, Mademoiselle, etc. ? Comment abréger ces mots

 

Saisir la balle au bond°, saisir rapidement une opportunité de peur de la laisser passer.

 

Un blaps porte-malheur se promenait benoîtement près de sa main

► genre de coléoptère fort nuisible qui habite les endroits sombres et humides des maisons.

► Benoîtement, hypocritement, en faisant mine de rien.

 

le scribe papelard nous lançait des regards de biais

Papelard, benoît, faux-dévot, hypocrite.

 

Tourner au vinaigre°, mal tourner, tourner à la dispute.

 

Faire mouche°, atteindre son but avec précision.

 

le tabellion papillotait

Le greffier, le scribe, le tabellion

Un tabellion, aujourd'hui, par plaisanterie, un notaire.

Ici employé dans le sens d'officier public ayant une fonction subalterne, un plumitif, un scribouillard.

► Papilloter, cligner des yeux qui ne peuvent se fixer à cause d'un mouvement involontaire.

 

des soubresauts qui entraînaient un tremblotement des chairs flaccides de son visage

► La flaccidité, état d'une chose flasque qui fléchit sous la pression.

► Tremblotement, trembloter / papilloter

Rappel des verbes finissant par OTER ou OTTER, voir la note du texte n°20

voir aussi l'orthographe réformée, verbes en OTER et OTTER

Réforme de l'orthographe - L'orthographe recommandée aux enseignants - Lexique

 

méfie-toi de la donzelle, elle est finaude

La donzelle, terme méprisant que l'on emploie pour désigner une femme ou une fille.

 

mieux vaudrait l'envoyer au grat

Le grat, lieu où les poules grattent.

Je l'ai envoyée au grat°, je l'ai envoyée promener

 

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10 mars 2011 4 10 /03 /mars /2011 18:08

UNE PETITE HISTOIRE DE LA LANGUE FRANÇAISE

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Pauvre Rutebeuf !

 

Que n'entend-il ses complaintes traverser les siècles avec bonheur et donner au coeur des hommes une émotion sincère ?
On connaît peu de choses de la vie de ce trouvère qui vécut au XIIIe siècle sous Saint Louis et Philippe III Le Hardi.
Il excella dans la satire lyrique et ne craignit pas de flétrir toutes les institutions de son temps, ainsi dans « La Nouvelle Complainte d'Outremer » où il dénonça de manière précise et réaliste les vices des chevaliers, des clercs et des bourgeois qui s'engraissaient sur le dos des autres. Il fut le poète le plus original de son temps, le premier à parler de sa vie, le digne ancêtre de Villon.
Son talent, c'est un lyrisme mélancolique, ses plaintes sur sa misérable existence, sur son mariage, sur l'absence de ses amis, sur sa pauvreté.

 

Ci encoumence la complainte Rutebuef de son oeul
  
La complainte Rutebeuf
   Extrait

[...]
Que sunt mi ami devenu
Que j’avoie si pres tenu
Et tant amei ?
   Que sont mes amis devenus
   Que j'avais de si près tenus
   Et tant aimés ?
 
Je cuit qu’il sunt trop cleir semei ;
Il ne furent pas bien femei,
Si sunt failli.
   Je crois qu'ils sont trop clair semés ;
   Ils ne furent pas bien soignés,
   Ils sont partis.

Iteil ami m’ont mal bailli,
C’onques, tant com Diex m’assailli
E[n] maint costei,
   De tels amis m'ont maltraité
   Que, tant que Dieu m'a assailli
   De tous côtés,

N’en vi .I. soul en mon ostei.
Je cui li vens les m’at ostei,
L’amours est morte :
   N'en vis un seul en ma maison.
   Je crois que le vent les m'a ôtés,
   L'amour est morte :

Se sont ami que vens enporte,
Et il ventoit devant ma porte,
Ces enporta,
   Ce sont amis que vent emporte,
   Et il ventait devant ma porte,
   Sont emportés.

C’onques nuns ne m’en conforta
Ne tiens dou sien ne m’aporta.
Ice m’aprent :
   Ainsi jamais nul ne me réconforta
   Ni ne m'apporta de son bien.
   Voici ce que cela m'apprend :

Qui auques at, privei le prent ;
Et cil trop a tart ce repent
Qui trop a mis
   Ce que l'on a, ami le prend ;
   Et l'on se repent trop tard
   D'avoir trop dépensé

De son avoir a faire amis,
Qu’il nes trueve entiers ne demis
A lui secorre.
   De son avoir pour se faire des amis,
   Car il ne les trouve ni entièrement ni à demi
   À le secourir

Or lairai donc Fortune corre,
Si atendrai a moi rescorre,
Se jou puis faire.
   Maintenant je laisserai faire la Fortune 
   Et veillerai à me secourir moi-même
   Si je puis le faire.

Vers les bone gent m’estuet traire
Qui sunt preudome et debonaire
Et m’on norri.
   Vers les gens de bien m'en irai
   Qui sont bons et généreux
   Et m'ont nourri.

Mi autre ami sunt tuit porri:
Je les envoi a maitre Horri
Et cest li lais.
[...]
   Mes autres amis sont si pourris :
   Je les envoie à maître Horri le vidangeur
   Et les lui laisse.


Pour écrire sa chanson « Pauvre Rutebeuf », Léo Ferré s'est inspiré des poèmes : « La complainte Rutebeuf », « La Griesche d'Yver », « Le Mariage Rutebeuf ».
Cette chanson a connu plusieurs interprétations. Elle a été reprise par Catherine Sauvage, Jacques Douai, Hugues Aufray,  Hélène Martin, James Ollivier, Philippe Léotard, Marc Ogeret, Joan Baez, Cora Vaucaire, Nana Mouskouri, Didier Bardelivien, Dani Klein (et Vaya Con Dios).
Ne vous privez pas du plaisir d'entendre Léo Ferré ou Joan Baez ou Nana Mouscouri l'interpréter pour vous (sur la toile), pour ne citer qu'eux. 
 
 

Pauvre Rutebeuf 

de Léo Ferré

Que sont mes amis devenus
Que j'avais de si près tenus
Et tant aimés
Ils ont été trop clairsemés
Je crois le vent les a ôtés
L'amour est morte
Ce sont amis que vent me porte
Et il ventait devant ma porte
Les emporta

Avec le temps qu'arbre défeuille
Quand il ne reste en branche feuille
Qui n'aille à terre
Avec pauvreté qui m'atterre
Qui de partout me fait la guerre
Au temps d'hiver
Ne convient pas que vous raconte
Comment je me suis mis à honte
En quelle manière

Que sont mes amis devenus
Que j'avais de si près tenus
Et tant aimés
Ils ont été trop clairsemés
Je crois le vent les a ôtés
L'amour est morte
Le mal ne sait pas seul venir
Tout ce qui m'était à venir
M'est advenu

Pauvre sens et pauvre mémoire
M'a Dieu donné, le roi de gloire
Et pauvre rente
Et droit au cul quand bise vente
Le vent me vient, le vent m'évente
L'amour est morte
Ce sont amis que vent emporte
Et il ventait devant ma porte
Les emporta


Nous savons que bien d'autres oeuvres ont vu le jour en cette époque du Moyen Âge. Cette chronique n'a pas pour dessein d'en faire la liste exhaustive, mais seulement de jeter quelques jalons pour que nous goûtions de cette langue ancienne, jadis parlée par des voix qui se sont tues. Nous n'entendrons jamais leur accent, leur intonation, la musique de leurs mots dans leurs dialectes divers. Il nous reste, à travers les écrits, une certaine idée de la vie de notre pays.
Dans le chapitre qui va suivre, notre langue franchira une étape pour devenir ce qu'on appellera Le Moyen Français.


NOTES SUR LES COMPLAINTES

Une complainte est un long poème chanté. Elle dit l'histoire d'un personnage, réel le plus souvent, qui se lamente en racontant ses malheurs. Au fil des siècles, elle est devenue chanson populaire relatant des événements tragiques ou des crimes odieux.
Dès le XVIe siècle, les chanteurs ambulants, successeurs des jongleurs du Moyen Âge, entonnent dans les rues leurs complaintes reprises en choeur par les passants auxquels on distribue des feuilles volantes.

Peut-être avez-vous déjà entendu « La Complainte de Mandrin », celle du bandit justicier qui a défrayé la chronique au XVIIIe siècle, après qu'il eut été supplicié, roué sur la place publique. Cette complainte sera reprise, entre autres, par Yves Montand, Guy Béart, Francois Hadji Lazaro, Bernard Lavilliers et Faudel.
Au siècle dernier, le crime de Violette Nozières, le massacre d'Oradour-sur-Glane sont parmi les derniers thèmes qui ont inspiré les chanteurs des rues.

De nombreux poètes ont écrit des complaintes.
Paul Verlaine, emprisonné après avoir tiré sur Arthur Rimbaud en 1873, s'identifie à un pauvre hère, triste anti-héros dirait-on aujourd'hui, personnage à demi-légendaire, Kaspar Hauser, au tragique destin.

 

 Je suis venu calme orphelin 

Paul Verlaine


Gaspard Hauser chante :

Je suis venu, calme orphelin,
Riche de mes seuls yeux tranquilles,
Vers les hommes des grandes villes :
Ils ne m'ont pas trouvé malin.

A vingt ans un trouble nouveau
Sous le nom d’amoureuses flammes,
M’a fait trouver belles les femmes :
Elles ne m’ont pas trouvé beau.

Bien que sans patrie et sans roi
Et très brave ne l’étant guère,
J’ai voulu mourir à la guerre :
La mort n’a pas voulu de moi.

Suis-je né trop tôt ou trop tard ?
Qu’est-ce que je fais en ce monde ?
Ô vous tous, ma peine est profonde :
Priez pour le pauvre Gaspard !

 
Bon nombre d'entre nous ont appris dans leur enfance le poème « La Complainte du Petit Cheval Blanc » de Paul Fort. Elle fut reprise par Georges Brassens.


La complainte du Petit Cheval Blanc

Paul fort


Le petit cheval dans le mauvais temps,
Qu'il avait donc du courage !
C'était un petit cheval blanc,
Tous derrière et lui devant.
Il n'y avait jamais de beau temps
Dans ce pauvre paysage,
Il n'y avait jamais de printemps,
Ni derrière, ni devant.
[...]

Et sur ces tristes paroles qui, j'en suis sûre, vous ont arraché une larme, je vous dis à bientôt.

> Chapitre 8

 

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10 mars 2011 4 10 /03 /mars /2011 11:33

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Vous me direz que de se sentir à l'aise dans un poste de police n'est pas toujours chose aisée, que l'air assuré dont je ne pouvais me départir, même dans cette situation délicate, aurait pu jouer en ma défaveur, qu'on pouvait suspecter que j'étais le centre d'une affaire dans laquelle j'aurais joué un rôle peu reluisant, que ma frimousse joliette aurait pu fort indisposer un interlocuteur suspicieux ; vous me direz que l'émotion aurait pu me submerger jusqu'à me faire dire des choses que je n'aurais pas dû, que les heures d'attente auraient pu émousser mon calme et ma raison ; vous me direz que j'aurais pu craindre le pire.

Certes vous me diriez tout cela si vous ne saviez pas déjà ce dont je suis capable, chers lecteurs. Mais je crains bien que votre appréhension, quoiqu'elle soit justifiée, ne demeure inutile.

 

Le réduit sans fenêtres où l'on me fit entrer n'avait rien de confortable, si exiguës étaient ses dimensions, si âcre et si irrespirable l'air vicié qui y planait ; quelque innocent qu'on pût être, on se sentait oppressé, confiné, emprisonné avant l'heure, pour ainsi dire, dans cette grenouillère insalubre. Bien que je craignisse qu'il n'advînt mille choses qui eussent pu atteindre mon intégrité, j'étais préparée à faire front et à batailler vaillamment pour me défendre, et pour défendre aussi ceux pour lesquels j'aurais donné toute ma fortune – avais-je seulement un shilling ou un kopeck vaillant ?°

On m'enferma, seule, quelques heures, pour m'épuiser davantage. Mais j'avais ouï autrefois que la patience rendait tolérable ce qu'on ne pouvait empêcher*.

Peut-être allais-je devoir me soumettre à l'épreuve du bertillonnage, ou pire encore, à celle de l'ordalie. J'aspirai à ce qu'on m'épargnât, au bénéfice du doute, comme on le fait d'ordinaire dans les véritables démocraties. Mais je n'étais pas convaincue qu'il en fût ainsi à Utopinambourg.

J'eusse aimé qu'on m'interrogeât hic et nunc.

Plût à Dieu que je ne tombasse point sur un finassier capable d'insupportables finoteries !

...............................................

*La patience rend tolérable ce qu'on ne peut empêcher. Horace, poète latin, 6 décembre 65 av. J.C - 27 novembre 8 av. J.C.

 

NOTES

Titre : On me laissa mijoter

1- cuire à petit feu°

2- Attendre en réfléchissant.

Laisser mijoter quelqu'un, le faire attendre d'une façon bien désagréable.

 

Vous me direz... vous me direz...

L'ANAPHORE

Répétition en début de phrase d'un même mot, d'un même groupe de mots ou d'un même syntagme pour marteler une idée, marquer une obsession, rythmer un discours.

Ajout du 6 mai 2012 : Rappelez-vous M. Hollande lors de sa campagne à la présidentielle : "Moi président... Moi président... " 15 fois, ce n'est pas peu dire !    

 

Vous me direz que... que... que... , je crains que / cependant... /...

LA MÉTALEPSE en rhétorique annonce une réfutation polémique à un ou plusieurs éléments prévisibles.

L'HYPERBOLE développe ici la métalepse en exagérant l'idée afin de la mettre en relief. Voir la note des Délires n°13

 

l'air assuré dont je ne pouvais me départir

Se départir, renoncer, abandonner (une attitude).

Départir, partager, distribuer.

 

l'émotion aurait pu me submerger jusqu'à me faire dire des choses que je n'aurais pas dû

que je n'aurais pas dû (dire) : proposition elliptique du verbe dire

que (antécédent choses) est complément d'objet direct de dire, infinitif élidé.

aurait dû, devoir est un semi auxiliaire

dû : du, dû, due, dus, dues, dut, dût 

voir les semi auxiliaires devoir, aller, venir de, pouvoir etc. note du texte n°43

 

j'étais préparée à batailler vaillammant

je n'avais pas un kopeck vaillant

LE POLYPTOTE

Vaillamment, vaillant un même mot dans une même phrase ne revêtant pas la même forme grammaticale.

Ne pas avoir un sou vaillant°, être à sec, sans le sou.

Être dans la dèche (to be dire straits)

Ah ! Dire Straits !

L'un des plus grands groupes de rock britanniques qui ait vu le jour dans les années 70. Incontournable.

Ah !

Sultans of Swing, The Very Best of Dire Straits...

Money for nothing...

 

si exiguës étaient ses dimensions

Exigu, exigus, exiguë, exiguës.

De même ambigu, ambigus, ambiguë, ambiguës,

aigu, aiguë etc.

Et la ciguë que dut boire Socrate sur l'ordre de Mélétos.

Voir l'orthographe réformée de 1990, le tréma se met sur le u, pas sur le e.

Réforme de l'orthographe - L'orthographe recommandée aux enseignants - Lexique

 

on se sentait oppressé dans cette grenouillère

Une grenouillère

1- Lieu marécageux qu'affectionnent les grenouilles.

2- Lieu humide, malsain.

 

allais-je devoir me soumettre à l'épreuve du bertillonnage

Le bertillonnage ou système Bertillon ou anthropométrie judiciaire (1879) est une technique criminologique qui consiste en l'analyse biométrique d'identification à partir de photographies de face et de profil.

Pas politiquement correct du tout !

 

ou pire encore à celle de l'ordalie

L'ordalie ou jugement de Dieu était une preuve en justice qui consistait à faire subir aux plaidants une épreuve à l'issue de laquelle Dieu les faisait apparaître comme coupables ou innocents.

Exemple : On faisait marcher le suspect sur des braises. S'il était brûlé, il était coupable.

 

Hic et nunc, ici et maintenant, sans délai.

Lier les 3 mots hi-kè-tnunk [ ik‿ɛt nɔ̃k ] ou [ ik‿ɛt nœ̃k ]

 

Plût à Dieu que je ne tombasse point sur un finassier capable d'insupportables finoteries

Plût à Dieu, plaise à Dieu - exprime un souhait

Un finassier, une finassière, personne qui finasse, qui emploie des finasseries (des mauvaises finesses)

On dit aussi finasseur et finasseuse.

Un caractère finassier 

Une finoterie, une petite ruse

Finot ne s'écrit plus ainsi, on écrit finaud.  

 

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8 mars 2011 2 08 /03 /mars /2011 18:46

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La longue, longue, longue attente était bien faite pour mettre ma structure spinale à vif ; ajoutons à cela l'inconfort des sièges assez durs pour me hacher menu le fondement, sans dossier de surcroît pour mieux briser la résistance des muscles dorsaux, ceux que l'on nomme longissimus, splénius, mais aussi les érecteurs du rachis, les iliocostaux sans oublier les épineux.

Je sortis de cette épreuve toute moulue.

C'était sans compter le trouble qu'avaient jeté dans mon esprit les préceptes immoraux2 affichés devant mes yeux.

Après avoir rongé mon frein° et essayé, tant qu'à faire, toutes les méditations transcendantales, métaphysiques, orientales, la méthode Coué, l'auto hypnose même, j'entendis résonner le numéro dont on m'avait gratifié à l'entrée.

« Le soixante-dix ! rognonna sans galantiser un agent de la fonction publique, celui-là même qui n'avait cessé de fratrasser.

Tout juste si je n'avais pas pris racine°.

Je me mis debout. Mes articulations grincèrent.

 

Il faut dire que j'avais eu tout le temps de me pencher sur le nombre soixante-dix, nombre vigésimal que d'aucuns disent être une survivance d'un système ancien, en base 20. Ne comptait-on pas jadis avec les dix doigts de la main et les dix orteils ? Quatre-vingts et quatre-vingt-dix sont apparentés à ce fameux soixante-dix, histoire de compliquer l'apprentissage des nombres.

 

Soixante-dix, un signe.

Je songeai à la Septante, Bible hébraïque traduite en grec par soixante-dix sages et érudits (72 exactement) en 270 avant notre ère.

« Ἐν ἀρχῇ ἐποίησεν ὁ θεὸς τὸν οὐρανὸν καὶ τὴν γῆν. »3

Ainsi commence la Genèse de la Septante. Qui s'en étonnerait ?

 

Mais il y eut autre chose qui emplit mon coeur de plénitude alors que j'aurais dû brûler à petit feu°. Je me remémorai un passage biblique ou le nombre 70 prend une valeur morale d'une grandeur infinie :

« Seigneur, quand mon frère commettra des fautes contre moi, combien de fois dois-je lui pardonner ? Jusqu’à sept fois ? » Jésus répondit [à Pierre] : « Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à soixante-dix fois sept fois. »

 

J'étais prête à pardonner qui que ce fût et quoi qu'on me fît. Et j'entrai, confiante dans la cellule de mon interrogateur.

...................................................................

 *Le titre : Tout vient à point à qui sait attendre.

 Clément Marot, poète français, 1496- 1544.

 

2-Pour lire les préceptes immoraux, voir le texte précédent (n° 120) si vous l'avez manqué.

 

3-« Ἐν ἀρχῇ ἐποίησεν ὁ θεὸς τὸν οὐρανὸν καὶ τὴν γῆν. »

« Au commencement Dieu créa le ciel et la terre. »

 

4-« Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à soixante-dix fois sept fois. » Saint Matthieu 18, 21-35

 

NOTES

une attente bien faite pour mettre ma structure spinale à vif

Spinal, relatif à la colonne vertébrale, au rachis, à la moelle épinière.

 

des sièges assez durs pour me hacher menu le fondement

Le fondement, l'extrémité du rectum, l'anus.

Mot familier, précise le dictionnaire Le Robert, mot vulgaire, dit Le Littré.

 

je sortis de cette épreuve toute moulue

Avoir le corps moulu, sentir des douleurs partout.

 

Ronger son frein°, retenir son impatience, sa colère, sans rien en laisser paraître.

Cette expression vient de ce que le cheval mâche son mors (ronge son frein) quand il s'impatiente.

 

La méthode Coué.

Répétez-vous donc tous les matins au petit lever :

"Tous les jours à tous points de vue, je vais de mieux en mieux".

 

après avoir essayé, tant qu'à faire, toutes les méditations

tant qu’à faire

En attendant de faire quelque chose, rien n'interdit de faire autre chose pour peu que cela ait quelque rapport avec la précédente.

Cette expression peut avoir un caractère ironique.

Pendant que tu y es...

 

rognonna sans galantiser le fonctionnaire

rognonner, gronder, grommeler.

D'après Littré :

Une galantise, un acte galant.

Galantiser, flatter d'une manière galante, dire des galanteries.

 

celui-là même qui n'avait jamais cessé de fratrasser

fratrasser, s'occuper à des niaiseries.

 

Prendre racine°, entre autres acceptions, se tenir longtemps immobile.

 

Soixante-dix, un signe.

Cette phrase averbale utilise une figure de style, L'ELLIPSE, voir la note du texte 120

 

Nombre vigésimal ou vicésimal. Jusqu'à 69, les nombres sont décimaux, base dix. De 70 à 99, ils sont vigésimaux, base vingt.

Savoir écrire les nombres. Voir l'article :

> Savoir orthographier les adjectifs numéraux cardinaux (cent ou cents, vingt ou vingts...) + des millions, des milliards, des billions

 

Brûler à petit feu° se consumer d'impatience, lentement et cruellement.

 

J'étais prête à pardonner qui que ce fût et quoi qu'on me fît.

Voir les articles qui que - quoi que - quoique

 

je songeai à la Septante

La Bible est d'abord écrite en hébreu.

La Septante est sa traduction en grec.

La Vulgate est la traduction latine de Saint Jérome, Jérome de Stridon,.à partir de l'hébreu,

« Les apôtres des slaves », Cyrille et Méthode donnent une traduction en slavon.

La première partie (il y en a trois) de la Bible hébraïque est la Torah, l'enseignement divin transmis par Moïse dans cinq Livres, le Pentateuque : la Genèse, l'Exode, le Lévitique, les Nombres, le Deutéronome.

La Bible des chrétiens se compose de l'Ancien Testament, reprenant, entre autres livres, la Bible hébraïque et du Nouveau Testament, écrits se référant à l'avènement du Christ.

 

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Amoureuse des mots, je cherche comment faire partager ma passion. Il y a tant à découvrir dans les bibliothèques du monde, tant de mots à connaître intimement pour affiner notre pensée, tant de mots qu'on n'entend plus sur nos lèvres, enfermés qu'ils sont dans des livres poussiéreux. Il ne tient qu'à nous de les faire revivre et de les faire chanter. Notre langue, si belle, si riche, demande qu'on la respecte, qu'on la préserve, qu'on s'en amuse et qu'on la chérisse. Mamiehiou ............................................................................................................................................................................................ ...................................;....................................................................... « La langue française est une femme. Et cette femme est si belle, si fière, si modeste, si hardie, touchante, voluptueuse, chaste, noble, familière, folle, sage, qu'on l'aime de toute son âme, et qu'on n'est jamais tenté de lui être infidèle. » Anatole France ....................................................... ............... ................................................................................................................. « C'est une langue bien difficile que le français. À peine écrit-on depuis quarante-cinq ans qu'on commence à s'en apercevoir. » Colette

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