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6 janvier 2011 4 06 /01 /janvier /2011 09:26

LES DÉLIRES Tous les épisodes

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« Je n'ai point surpris mon esprit avec un moment de plaisir tranquille, depuis que je suis hors d'auprès de vous »*

C'est avec ces mots inattendus qu'Alcofribas m'accueillit le lendemain sitôt que j'eus franchi le portail du Jardin des Délices.

Si je n'eusse point aimé sa manière, je m'en fusse allée sur le champ, mais je trouvai la formule exquise bien que surannée.

Avait-il flairé, tel un chien d'arrêt, que je n'étais pas une jeune fille ordinaire et qu'il lui faudrait s'appliquer beaucoup pour que je m'intéressasse à lui. Je craignis un instant qu'il en voulût faire un peu trop. Le style du XVIIème siècle n'était plus de rigueur et La Carte du Tendre avait fait long feu.

Cela me fit chaud au coeur, malgré tout.

 

« S'il vous plaît, madame, de me laisser vous guider dans ce jardin comme je le fis hier, me proposa-t-il, permettez à votre serviteur de vous prendre la main. Je vous fais la promesse que vous ne serez pas déçue. »

Je lui répondis du tac au tac.

« Je ne puis empêcher à une galante personne telle que vous de me suggérer le meilleur choix possible. Vous me connaissez peu, mais assez pour savoir me distraire. Je me fie à vous. »

J'aurais bien ajouté : « tout en gardant les yeux ouverts. » ou bien : « je me tiens tout de même sur mes gardes. », mais j'aurais eu peur de l'indisposer à mon égard.

 

« J'imagine que vous aimez les bibliothèques, dit-il d'un ton qui n'admettait aucune contestation. Il en est une dans ce jardin qui ne laisse de surprendre. On y voit des choses qui tiennent du merveilleux. Vous m'en direz des nouvelles !

Certes j'avais entendu parler de bibliothèques peu ordinaires : comme celle d'Alexandrie dont les ouvrages précieux et irremplaçables s'étaient consumés par accident, la Bibliothèque de Babel dont la description laisse pantois, la bibliothèque du monastère du Nom de la Rose qui devait renfermer le tome 2 de La Poétique d'Aristote, ouvrage soi-disant perdu à jamais, la Bibliothèque de Diderot qu'acquit Catherine de Russie, admiratrice de notre philosophe des Lumières, la bibliothèque dublinoise de Trinity Collège où sont exposées les merveilles médiévales : The Book of Dimma, The Book of Armargh en gaélique, et l'incontournable Book of Kells dont l'enluminure de l'Évangile selon Saint-Matthieu est inégalée. Je m'arrête ici de dérouler la liste des bibliothèques fameuses dont tu n'auras de cesse, cher lecteur, d'en connaître les curiosités, si tant est que cela soit possible.

 Pour ce qui était de celle dont me parlait Alcofribas, je demandais à voir. 

...............................................................

*Je n'ai point surpris mon esprit avec un moment de plaisir tranquille, depuis que je suis hors d'auprès de vous. Mademoiselle de Scudéry

Langage précieux. En clair : Je n'ai pas eu un seul moment de plaisir tout le temps où je n'ai pas été auprès de vous.

 

NOTES

Titre : Délires de bibliolâtre

Un bibliolâtre est celui qui idolâtre les livres.

Un bibliomane, un bibliophile.

 

sitôt que j'eus franchi le portail

eus franchi, passé antéreur

dès que j'eus franchi le portail

aussitôt que que j'eus franchi le portail

après que j'eus franchi le portail

la locution conjonctive > Sitôt que 

> Ne pas confondre : sortir, assortir, ressortir intrans. ou trans. indirect- quelquefois, quelques fois – davantage, d'avantage – bientôt, bien tôt – sitôt, si tôt - près de, prêt à

 

La Carte du Tendre avait fait long feu

Mademoiselle Madeleine de Scudéry, dite Sappho, 1607-1701, femme de lettres qui fréquenta l'Hôtel de Rambouillet où se réunissaient chaque samedi les écrivains et les célébrités.

Elle écrivit des romans précieux, notamment Clélie, histoire romaine, où l'on peut se promener grâce à la Carte du Tendre (oeuvre collective) qui figure un pays imaginaire et allégorique dont la géographie est propice à l'amour :

L'amoureux recherche sa dame dans des villes, Tendre-sur-Estime, Tendre-sur-Reconnaissance, Tendre-sur-Inclination et des villages Jolis Vers, Générosité, Grand Cœur, Billet doux, Sensibilité, mais aussi et pour son malheur Négligence, Oubli, Perfidie, Orgueil… Il traverse des fleuves Estime, Reconnaissance, Inclination, mais les mers ont pour noms Dangereuse ou d'Inimitié, et attention à ne pas choir dans le lac d'Indifférence !

 

Si je ne n'eusse point aimé sa manière, je m'en fusse allée sur le champ.

subjonctif plus-que-parfait dans les deux propositions

Voir la conjonction de subordination > Si

 

je trouvai la formule exquise bien que surannée

Suranné, archaïque, vieilli, démodé. qui date d'une autre époque.

 

Je ne puis empêcher à une galante personne telle que vous de me suggérer le meilleur choix possible.

ou

Je ne puis empêcher une galante personne telle que vous

On trouve parfois dans la littérature empêcher à quelqu'un de faire quelque chose au lieu de la construction courante empêcher quelqu'un de faire quelque chose. D'après Grevisse.

 

des bibliothèques

La bibliothèque d'Alexandrie était la plus célèbre bibliothèque de l'Antiquité à Alexandrie en Égypte fondée en -288 . Elle brûla en 642.

La Bibliothèque de Babel  nouvelle de Jorge Luis Borges, 1899-1986, une métaphore très remarquable de la littérature.

Vue dans Le Nom de la Rose, la bibliothèque du roman de Umberto Eco, italien, né en 1932, à la fois romancier, essayiste, philosophe, linguiste, spécialiste de la sémiotique. Et un homme d'un humour, d'un humour, je ne vous dis que ça !

Cette bibliothèque s'inspire de la précédente.

 

Elle ne laisse de surprendre, elle ne cesse pas de surprendre.

Ne pas laisser de + infinitif, (littéraire) ne pas cesser de, ne pas manquer de, n'être pas sans.

J'énonce là des idées qui ne laissent pas de vous étonner, n'est-il pas vrai ?

 

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4 janvier 2011 2 04 /01 /janvier /2011 18:55

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Alcmène me regarda, étonnée, lorsque je rentrai ce jour-là.

« C'est étrange me fit-elle observer, on dirait que tu as quelque chose de changé. Dis-moi un peu comment s'est déroulée ta promenade. Je t'envie de pouvoir t'éclipser ainsi sans avoir de compte à rendre à personne. Mais ma parole, ajouta-t-elle en scrutait ma mine épanouie, tu aurais vu s'ouvrir devant toi la caverne recélant les merveilles des Mille et une nuits que tu n'aurais pas la mine plus radieuse. Sont-ce les secrets de l'univers que tu as découverts avec Roboland1 ? »

J'hésitai. N'était-il pas trop tôt pour dévoiler un sentiment qui venait de naître ? Étais-je assurée de ne pas me fourvoyer encore une fois dans un labyrinthe d'émotions qui précipiterait ma perte ?

 

L'aveuglement se dissipa soudain comme vapeur et je me mis à réfléchir à ce qui m'arrivait. La vie m'avait appris que je ne devais en aucun cas succomber au premier numéro de charme qui aurait quelque impact sur ma personne, a fortiori s'il venait d'un inconnu dont je ne savais rien. Je me remémorai par le menu les étapes qui m'avaient enchantées lors de cette première rencontre. S'était insinuée dans mon esprit une perverse fasciole qui commençait à me dévorer. Était-ce à ce point douloureux qu'il me faudrait renoncer à revoir ce jeune homme plein de séduction ? J'avais eu, jusqu'à ce jour, une vie bien éprouvée. Ne devais-je point lutter contre un feu dévorant qui, si je le laissais prendre le pas sur ma raison, consumerait toute clairvoyance ?

« Alcofribas, murmurai-je dans un souffle. Il s'appelle Alcofribas2.  

Tu m'as l'air bien harponnée, se désola Alcmène. Je t'ai dit mille fois : " Prends garde !" »

 

C'était une situation dont rien, ni personne, n'auraient su empêcher qu’elle fût rude et grave.3

 

Prétatou, qui n'avait rien perdu de ce qui m'arrivait, acquiesça.

« Elle lutte contre le feu dévorant qui est près de consumer sa clairvoyance, aboya-t-il en écho »

...................................................................

1Pour en avoir plus sur Roboland, voir les Délires n°96 et n°97

 

2-Alcofribas Nasier, anagramme de François Rabelais.

L'écrivain publie Pantagruel sous ce pseudonyme en 1532 ainsi que Gangantua en 1534. Grand bien lui fait puisque ses écrits suivants seront interdits.

 

3- Une situation dont rien, ni personne, ne sauraient empêcher qu’elle soit rude et grave. Charles de Gaulle.

 

NOTES

Alcmène me regarda, étonnée

Étonné et surpris 

"Chacun a ses faiblesses. Littré en avait pour sa bonne. Un jour qu’il la lutinait, Madame Littré poussa la porte et s’écria : « Ah, monsieur, je suis surprise ! » Et le regretté Littré, se rajustant, lui répondit : « Non, madame, vous êtes étonnée. C’est nous qui sommes surpris. » 

 

La caverne recélant les merveilles des Mille et une nuits

Les Mille et Une Nuits est un recueil anonyme de contes populaires en arabe, d'origine persane et indienne.

L'origine des Contes des Mille et Une Nuits est difficile à connaître car ils ont été transmis oralement, probablement de l'Inde à l'Iran, et au monde arabe.

Leur première version écrite date du XIIIème siècle. 

Résumé

Le sultan Schahriar, trahi par son épouse, la condamne à mort. À partir de ce jour-là, il assassine chaque matin la femme qu'il a épousée la veille, sûr ainsi de ne plus être trompé. Il se marie avec Shéhérazade, la fille du Grand Vizir. Elle a l'idée de raconter à son mari une histoire qu'elle laisse en suspens chaque nuit. Le sultan, avide de connaître la suite de l'histoire lui laisse la vie sauve, et ainsi de suite chaque soir. Au bout de mille et une nuits, il renonce à vouloir la tuer.

 

Dans ce texte des Délires, la caverne remplie de merveilles renvoie au conte de Ali Baba et les quarante voleurs. Le héros est stupéfait de découvrir les trésors lorsque la porte s'ouvre quand il prononce la fameuse phrase « Sésame, ouvre-toi. »

 

a fortiori s'il venait d'un inconnu dont je ne savais rien

a fortiori ou à fortiori

Réforme de l'orthographe - L'orthographe recommandée aux enseignants - Lexique

 

s'était insinuée dans mon esprit une perverse fasciole

Une fasciole, ver qui parasite le foie et les voies biliaires de certains animaux.

Synonyme, la douve (du foie) qui peut contaminer l'homme lorsqu'il mange du cresson sauvage. On ne peut s'en défaire, et l'on meurt, grignoté de l'intérieur.

 

tu m'as l'air bien harponnée

Harponner - Ce terme est parfois employé par certains banquiers qui usent et abusent de moyens visant à faire acheter à leurs clients des produits dont ces derniers n'ont nul besoin mais qui rapportent gros à la banque.

Ils harponnent les clients crédules souvent ignorants et peu argentés et leur font parfois perdre beaucoup d'argent. Méfiance !

 

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29 décembre 2010 3 29 /12 /décembre /2010 19:06

UNE PETITE HISTOIRE DE LA LANGUE FRANÇAISE

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 « Dis-moi pourquoi le vent... »
 

L'autre jour, Victor, mon petit-fils de deux ans a posé, à sa maman, une question :« Dis-moi, pourquoi le vent ? » C'était son premier pourquoi.
Cette interrogation qui peut paraître anodine et naturelle, serait la première d'une longue liste d'autres pourquoi :
« Dis-moi, pourquoi la France ?* »
Et comme son chinchilla est originaire du Chili :
« Dis-moi, pourquoi le Chili ? »
Et voilà qu'on lui donne à qui mieux mieux des explications à sa mesure.

Un jour peut-être, lorsqu'il sera plus grand, me demandera-t-il :
« Dis-moi, pourquoi le français ? »
Je ne me déroberai pas devant sa petite frimousse tout éclairée de curiosité. Et je lui raconterai, comme un conte passionnant, plein de rebondissements, l'histoire de la Langue Française.
.....................................

Il faut remonter en des temps très anciens où la France ne s'appelait pas encore la France et où le français, qui se déclinait en de multiples dialectes, n'était pas encore une langue écrite.

À la tête d'un vaste empire qui s'étend du Danemark à la Lombardie, de l'Elbe à l'Ebre, Charles Ier le Grand, dit  Charlemagne, laisse, à sa mort en 814, son empire à son fils Louis le Pieux ou le Débonnaire.
Louis le Pieux, pour satisfaire ses fils qui se querellent au sujet de sa succession, partage cet empire en trois parts pour ses trois fils : son aîné Lothaire, Louis le Germanique et Charles Le Chauve.
À la mort de son père en 840, Lothaire veut s'emparer du pouvoir mais ses frères se liguent contre lui. Une sanglante bataille défait Lothaire qui s'enfuit.
En 842, les deux princes, Louis et Charles, se rencontrent à Strasbourg, non seulement pour conclure une alliance contre Lothaire, mais pour que chacun des deux reconnaisse à l'autre son droit à un royaume.
Comme on parle le tudesque, une langue germanique, dans le royaume de Louis, et une langue romane dans le royaume de Charles, les Serments de Strasbourg sont écrits dans les deux langues. Louis le Germanique prête serment dans la langue romane et Charles le Chauve dans la langue germanique.
Ainsi sont fondés deux royaumes, chacun sur le critère le plus naturel, celui de la langue.

Jusqu'alors, on consignait les écrits en latin.
Le « Serment » rédigé en langue romane fut le premier texte en langue vernaculaire et la chose était si sacrilège que cet écrit aurait bien disparu s'il n'avait été sauvé par un cousin des princes.
Les termes qu'on relève dans le « Serment » sont en langue d'oïl, la langue d'oc ou occitane étant parlée dans le sud de la France.

C'est ainsi que naquit la langue française.

NOTES

Louis le Débonnaire.
Débonnaire signifie extrêmement bon, clément, paternel.
La débonnaireté, la bonté, la bienveillance, la mansuétude.

Le latin est une langue indo-européenne.

Du latin vulgaire sont issues les langues romanes comme le français, l'italien, l'espagnol, le portugais, le romanche, etc.
Le latin vulgaire (l'adjectif, ici, n'a aucun sens péjoratif) était le latin que parlaient les populations, le latin populaire par opposition au latin écrit, laquelle était la langue savante, la seule autorisée par l'Église à cette époque.
Le latin écrit a eu le mérite de permettre les échanges entre  les érudits de toute l'Europe.

Une langue vernaculaire, une langue propre à un pays.

...........................

*Jacqueline de Romilly, Académicienne, ne s'est-elle pas posé la question, ou ne nous l'a-t-elle pas posée dans son livre : "Pourquoi la Grèce ?" Je ne vous saurais trop vous recommander la lecture de ce texte tout à fait passionnant .

Mamiehiou

UNE PETITE HISTOIRE DE LA LANGUE FRANÇAISE

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Article connexe → Mots d'enfant – Les perles de Victor

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28 décembre 2010 2 28 /12 /décembre /2010 15:42

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Fascinée par cette étrange table circulaire où s'étalaient en rayons divergents les couloirs du temps*, je me complus à étudier, inscrites en des signes le plus souvent cabalistiques, alphabets improbables qui se perdaient dans la nuit du passé, les civilisations. Et ce fut un plaisir visible pour mon accompagnateur de m'en expliquer les imbrications.

La leçon dura ce qu'il fallait pour que, lassée de l'interroger, je craignis qu'il ne se lassât, lui aussi, de me répondre. Mais il se faisait fort d'exercer une amabilité toute bienveillante et il s'appliquait en souriant. Il aurait pu me faire sentir que tout dans ma conduite était d'une puérile naïveté, à voir l'ébahissement que je montrais à chaque fois qu'il me donnait l'explication demandée, mais la délicatesse dont il faisait preuve, l'indulgence qu'il montrait dans ses considérations traitant des causes et des conséquences de chaque point abordé, alors qu'il aurait pu se moquer de mon ignorance et de ma candeur, lui donnaient un air charmant comme celui que l'on voit sur le visage des pères soucieux d'instruire leurs enfants encore ignorants des choses de ce monde.

Ma reconnaissance était telle que j'aurais voulu la lui témoigner d'une façon peu ordinaire, mais le seul mot qui sortit de ma bouche, lorsque notre conversation prit fin, fut un merci à peine audible, si grande était l'admiration que je portais à mon interlocuteur. Moi qui, d'ordinaire, n'étais pas sujette à des accès de timidité, je sentais confusément que la situation où je me trouvais ne ressemblait à aucune de celles que j'avais connues.

L'émotion que j'avais éprouvée lorsqu'il m'avait saisi la main, la douceur et la patience qui animaient ses propos didactiques, exercèrent sur moi un effet tout à fait imprévisible. J'aurais voulu que cette heure n'eût pas de fin.

Savais-je à ce moment-là que s'éveillaient des sens encore tout embrouillés dans le désert de mon cœur ?

D'aussi loin qu'il m'en souvienne, c'était la première fois qu'un jeune homme s'intéressât à ma personne, et ce fut ce jour-là.

 

Nous restâmes quelques instants silencieux, pour jouir plus profondément de la sensation délicieuse d'être ensemble.

Ô prodige ! Sublime brûlure ! Douceur ineffable ! Euphorie fulgurante ! Séisme cérébral où se révèlent à la fois tout ce qui est possible et son contraire !

.................................................................

*Les Couloirs du Temps, 1998. Les Visiteurs 2, film français réalisé par Jean-Marie Poiré. Suite du film Les Visiteurs,1993.

 

NOTES

Titre : Délires suaves et foudroyants

antithèse qui opposent les deux adjectifs.

suave, délicieux, doux, exquis, délicat, gracieux, harmonieux.

Peut qualifier un parfum, une musique, un sentiment.

La suavité, suavement.

 

je me complus à étudier les civilisations

Complaire se conjugue comme plaire.

+Acquiescer aux idées, aux goûts d'autrui pour lui faire plaisir, pour lui plaire.

Il aime plaire et complaire.

Quel flatteur!  Il cherche toujours à me complaire.

Se complaire, prendre un plaisir personnel à faire quelque chose.

Il se complaît à vous être agréable.

Ce verbe peut avoir un sens péjoratif.

Il se complaît dans ses mensonges, dans sa veulerie.

La Nouvelle orthographe donne : il plait, il déplait, il complait

Réforme de l'orthographe

Plu, complu, déplu.

Ces participes passés sont invariables.

Elle s'est plu (complu, déplu) à me raconter cette histoire.

Mais, on précise dans le Bon usage de Grevisse qu' il y a une tendance à accorder ces participes comme ceux des autres verbes pronominaux.

Cette forme n'est pas considérée comme correcte.

Elle s'était plue à me la raconter. 

Pour en savoir plus sur les participes passés : QUIZ 26

 

inscrite en des signes le plus souvent cabalistiques

Des signes cabalistiques

sens figuré : des signes incompréhensibles.

 

alphabets improbables qui se perdaient dans la nuit du passé

L'alphabet, mot formé sur les deux premières lettres grecques alpha et bêta.

On estime que les premiers signes à caractère symbolique comme le sont ceux d'un alphabet, motifs retrouvés récemment chez des bushmen d'Afrique du Sud, remonte à 60 000 ans, des incisions sur des coquilles d'œuf d'autruche !

Les grottes françaises recèlent des signes datant de 30 000 à 12 000 ans.

Au XVème siècle avant J.C. on utilise un alphabet consonantique, ancêtre du nôtre, dont on a retrouvé la trace dans le Mont Sinaï.

Les alphabets arabe et latin comme la plupart des alphabets, découlent de l'alphabet phénicien.

D'autres écritures ne comportent pas d'alphabet, l'antique écriture cunéiforme des Assyriens, des Chaldéens et des Perses (signes en forme de clous ou de coins), les idéogammes (chinois ou japonais, les hiéroglyphes de l'Egypte antique), symboles graphiques représentant des mots ou des idées.

 

la douceur et la patience qui animaient ses propos didactiques

didactique, qui se rapporte à l'enseignement.

 

d'aussi loin qu'il m'en souvienne

Voir l'article Aussi loin que

Loin que, si loin que, aussi loin que, d'aussi loin que, du plus loin que, bien loin que, au plus loin que, de si loin que

 

Ô prodige ! Sublime brûlure ! Douceur ineffable !

Ô : INTERJECTION suivie d'un nom propre, d'un syntagme nominal (groupe nominal) sans article, ou d'un pronom.

1- sert à interpeller, à invoquer,

Ô ciel ! Ô Dieu de l'univers !

Ô toi que j'eusse aimée, ô toi qui le savais ! Baudelaire

2- ou traduit un sentiment vif : joie, admiration, crainte, colère, douleur.

Ô rage ! Ô désespoir ! Molière.

 

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21 décembre 2010 2 21 /12 /décembre /2010 12:06

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Nous traversâmes le jardin des roses. L'air s'embaumait.

Toute une collection des plantes les plus précieuses nous faisait une haie d'honneur ; les vigoureux rosiers grimpants aux feuilles denses et luisantes escaladaient des arbustes palissés ; les rosiers buissons balançaient mollement leurs larges fleurs solitaires perchées sur leur haute tige épineuse ; d'autres supportaient avec grâce leurs bouquets d'une vingtaine de petites fleurs serrées, suspendues sur des rameaux tout hérissés ; les rosiers lianes, souples et dociles, s'étaient laissés suspendre sur des arceaux et des pergolas.

Je vous épargnerai la liste du nom des roses que l'on s'était appliqué à inscrire sur de petits panneaux discrets pour instruire le curieux. Je ne vous parlerai pas de la Compassion, de la Dublin Bay Macdub, de la Handel macha, de la Gloire de Dijon, ni de la Buff beauty, de la Céleste, de la Complicata, de la Constance Spry, encore moins de la Bobbie James, de la Veilchen Blau, de la Seagull, de la Félicité Perpétue. Je ne vous dirai rien d'elles, ni de leur couleur, ni de leur parfum, ni de leur délicate architecture.

Mes sens enivrés me plongèrent dans une muette rêverie.

 

Quelqu'un, soudain, me surprit. Venant de derrière moi sans crier gare, on me chuchota à l'oreille :

Et rose, elle a vécu ce que vivent les roses,

L'espace d'un matin...*

Je fronçai le sourcil. Passe encore qu'un jeune homme osât m'aborder aussi cavalièrement en usant de la poétique, mais qu'il m'arrachât à la contemplation des merveilles de la nature, quelle impudence !

 

« Je vois, monsieur, que vous voulez entrer en conversation avec moi. Je vous y autorise à la condition que vous me serviez d'éclaireur dans ce labyrinthe où il n'est point aisé de se retrouver.

Qu'y a-t-il que je puisse faire pour vous être agréable, madame ?

Je cherche la table des calendriers, et je n'ai trouvé personne pour me l'indiquer. »

Sans attendre que j'émisse un soupir de protestation, le jeune inconnu me prit par la main, et je me laissai conduire en silence jusqu'à un vaste plateau circulaire où des aiguilles pivotaient, en des rythmes divers qui se télescopaient, les unes marquant les années, les autres les mois, d'autres encore les jours. Les minutes et les secondes n'étaient pas oubliées et les trotteuses sautillaient à vous donner le vertige. Le tout dans un kaléidoscope étourdissant qui marquait les civilisations et les pays, imbriqués les uns dans les autres, à vous faire perdre le nord.

« Quelle confusion ! m'exclamai-je. À y regarder trop, je n'y vois goutte. »

 

Et c'est ainsi que, grâce à la patience de mon sauveur pédagogue, je sus enfin que 6780 était l'année hébraïque où nous étions, 6112, l'année des Hindous, 5707 concernait les Bouddhistes,1098, les Chinois depuis l'avènement de leur République, 3056, ceux qui en étaient restés au calendrier Julien, 3763 donnait l'année ab urbe condita, les Persans étaient dans leur 2389ème année, et les nostalgiques de la Révolution Française en était restés à 1217.

Le seul repère que j'avais, la seule date que je connaissais, était l'An I de la République en 1792. Pour me situer dans mon année, moi qui étais française de souche, habitant dans un coin de France, je fis le calcul facile qui était d'additionner 1217 à 1792 et d'y ajouter 1, ce qui me donna l'année 3010.

« Ah, fis-je mine de m'écrier, voici l'année du calendrier grégorien, 3010. »

Et, triomphante, je pointai du doigt le nombre qui figurait sur l'immense ronde des dates.

Je venais enfin de me situer dans le temps des hommes.

 

Les années passent. Les hommes passent. L'humanité perdure. Jusqu'à quand ?

..............................................................  

*Et rose, elle a vécu ce que vivent les roses,

L'espace d'un matin...

François de Malherbe, 1555-1628.

Le poète avait écrit :

Et Rosette a vécu ce que vivent les roses,

L'espace d'un matin...

Mais une faute de copiage de l'imprimeur a donné ce vers ineffable :

Et Rose, elle a vécu ce que vivent les roses...

Mais peut-être n'est-ce qu'une légende...

Pour en savoir + sur Malherbe Une petite histoire de la langue française - Chapitre 12 - XVIIe siècle (1) - À L'AUBE DE LA LANGUE CLASSIQUE - Les grammairiens façonnent notre langue - Malherbe - Vaugelas - L'Académie Française

 

NOTES

L'air s'embaumait

Embaumer, remplir d'une bonne odeur.

S'embaumer, être imprégné d'une bonne odeur. cf. Littré

 

Note de mamiehiou : Vous l'aurez compris, cette histoire se passe dans mille ans puisque nous sommes encore en 2010.

Plus que quelques jours et nous passerons en 2011. Bon Noël à tous !

 

Je vous épargnerai... Je ne vous parlerai pas...

La Prétérition, figure de style. On affirme qu'on ne va pas vous parler de quelque chose pour ensuite vous en parler quand même.

 

m'aborder aussi cavalièrement en usant de la poétique

Une Poétique, un traité de l'art de la poésie. Cf. La Poétique d'Aristote.

 

à y regarder trop, je n'y vois goutte

voir la note sur les adverbes de négation archaïques

> Je ne marche pas, je ne vois point, je ne mange mie, je ne bois goutte

 

<< 105 Délires sur une réponse qui se fait attendre + Les sentences chères à Montaigne

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16 décembre 2010 4 16 /12 /décembre /2010 09:36

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Flanquée de mon robotus amoureux et de mon Prétatou qui trottinait, la queue raide et dressée comme l'arborent les chiens sûrs d'eux et qui veulent en remontrer, je déambulais dans le Jardin* qui, malgré l'heure matinale, était envahi de promeneurs. Certains flânaient, semblait-il, sans but précis, goûtant la douceur tiède de l'été sur le déclin, d'autres, pressés, couraient en tous sens à la recherche probable de connaissances.

 

    « Mon cher Roboland, demandai-je, pourrais-tu m'indiquer où se trouve la carte des calendriers ? Il me tarde de débrouiller une liste sibylline de dates variées que Robobert m'a donnée sans m'éclairer.

   — Que veux-tu donc savoir, ma petite Oli ? », murmura-t-il d'une voix de crécelle qu'il s'efforçait en vain d'adoucir. « Et parle-moi un peu de cette liste qui te turlupine. »

   — Je l'ai notée quelque part, dis-je en fouillant jusqu'au tréfonds de mes poches. La voilà : 6780, 6112, 5707, 1098, 3056, 3763, 2389, 1217*.

 

Je pus lire dans le regard de mon guide un éclair d'affolement. Ses doigts grincèrent quand ils se mirent à gratter son front avec application.

    « 6780, 6112, 5707, 1098, 3056, 3763, 2389, 1217... reprit-il, comme absorbé par des calculs qui semblaient ne plus devoir finir. Voyons voir,  6780, 6112, 5707, 1098, 3056, 3763, 2389, 1217... »

 

J'avais compris depuis longtemps qu'il ne servait à rien de montrer son impatience et  je rongeais mon frein° en gardant l'espoir que le temps de la réflexion remettrait en place les idées de Roboland. Mais comme les minutes s'écoulaient sans qu'aucun son nouveau ne sortît de la bouche de mon robotus pétrifié, j'en déduisis que la confusion de ses idées, sans aucun doute possible, venait de sa timidité excessive doublée de l'envie de ne pas me décevoir, ce qui le paralysait définitivement.

 

Prétatou fit un bond en arrière quand Roboland se mit à hoqueter.

Nous avions déjà vécu la chose et il eût été inutile de nous affoler. Je n'allais tout de même pas me laisser tournebouler sous prétexte qu'un robotus se déglinguait. Je décidai donc de le planter là, en proie à ses soubresauts intempestifs.

Prétatou m'approuva.

    « Laissons-le donc là, en proie à ses soubresauts intempestifs. Qu'il se déglingue donc à sa guise ! Nous n'allons quand même pas nous faire avoir une seconde fois ! »

Et, tout en lançant à Roboland un regard de biais, ce docte penseur ajouta une sentence sans appel : « On est timide parce qu'on voudrait paraître mieux que ce que l'on est de crainte d'être jugé. La timidité cache un orgueil démesuré. »

    « Tout n'est pas si simple, ajoutai-je, sans vouloir trouver des excuses à qui que ce fût. Tout n'est pas si simple... »

 

Sur ce, nous continuâmes notre chemin à la recherche d'un guide plus performant.

...........................................................

* 6780, 6112, 5707, 1098, 3056, 3763, 2389, 1217. cette liste de nombres est censée nous donner la date où nous sommes dans l'histoire. Voir le texte Les Délires n°99. Si l'on fait un calcul savant, en consultant les calendriers, on doit pouvoir la trouver. La solution sera dans le prochain texte.

 

NOTES

Le Jardin des Délices et de la Connaissance

 voir le texte n°95

 

comme l'arborent les chiens sûrs d'eux et qui veulent en remontrer

Arborer, montrer ostensiblement.

On veut en remontrer quand on se croit supérieur aux autres.

 

une suite sibylline de dates variées

Sibyllin, incompréhensible.

 

Une voix de crécelle, une voix aiguë et désagréable.

Une crécelle, instrument en bois, sorte de tourniquet qui sert à faire du bruit. On s'en servait dans les rues, il y a très longtemps, du jeudi saint au samedi saint, avant le jour de Pâques, quand les cloches ne sonnaient plus.

 

Ronger son frein°, contenir son impatience sans rien laisser paraître.

 

en proie à ses soubresauts intempestifs

Intempestif, inopportun.

 

ce docte penseur ajouta une sentence sans appel

Une sentence - Ici, un aphorisme, une maxime, une pensée morale qui a pour dessein d'édifier le lecteur.

 

<< 104 Délires sur l'incongruité de la jalousie + QUIZ 21 - Des inventeurs et des inventions - Tu n'as pas inventé le fil à couper le beurre

>> 106 Délires où je me retrouve enfin

 

Michel de Montaigne (1533-1592) l'auteur des ESSAIS, avait fait peindre sur les poutres de sa librairie (sa bibliothèque où il écrivait), plusieurs sentences qu'il aimait méditer.

 

Les voici, traduites du grec et du latin :

1. Le bout du savoir pour l'homme est de considérer comme bon ce qui arrive, et pour le reste d'être sans souci. (Ecclésiaste)

2. Dieu a donné à l'homme le goût de connaître pour le tourmenter. (Ecclésiaste)

3. Le vent gonfle les outres vides, l'outrecuidance les hommes sans jugement. (Stobée)

4. Tout ce qui est sous le soleil a même fortune et loi. (Ecclésiaste)

5. La vie la plus douce, c'est de ne penser à rien. (Sophocle)

6. Ce n'est pas plus de cette façon ou de celle-là ou que d'aucune des deux. (Sextus Empiricus)

7. Du grand et du petit monde des choses que Dieu a faites en si grand nombre, la notion est en nous. (Ecclésiaste)

8. Car je vois que tous, tant que nous sommes, nous ne sommes rien de plus que des fantômes ou une ombre légère. (Sophocle)

9. Ô malheureux esprit des hommes ! Ô coeurs aveugles ! En quelles ténèbres de la vie, et dans quels grands périls s'écoule ce tout petit peu de temps que nous avons ! (Lucrèce)

10. Celui qui d'aventure se prend pour un grand homme, le premier prétexte l'abattra complètement. (Euripide)

11. Toutes les choses, avec la terre, le ciel et la mer, ne sont rien auprès de la totalité du grand tout. (Lucrèce)

12. As-tu vu un homme qui se figure sage ? Un dément donnera plus que lui à espérer. (Proverbes)

13. Puisque tu ignores comment l'âme est unie au corps, tu ne connais pas l'oeuvre de Dieu. (Ecclésiaste
)

14. Cela peut être et cela peut ne pas être. (Sextus Empiricus)

15. Le bon est admirable. (Platon)

16. L'homme est d'argile

17. Ne soyez point sages à vos propres yeux. (
Ad Rom)

18. La superstition obéit à l'orgueil comme à son père. (Stobée)

19. Dieu ne laisse personne d'autre que lui-même s'enorgueillir. (Hérodote)

20. Ne crains ni ne souhaite ton dernier jour. (Martial)

21. Homme, tu ne sais si ceci ou cela te convient plus, ou l'un et l'autre également. (Ecclésiaste)


22. Je suis homme, je considère que rien d'humain ne m'est étranger. (Térence)

23. Ne sois pas plus sage qu'il ne faut, de peur d'être stupide. (Ecclésiaste )


24. L'homme qui présume de son savoir ne sait pas encore ce que c'est que savoir. (Corinthiens)

25. L'homme qui n'est rien, s'il pense être quelque chose, se séduit soi-même et se trompe. (
Ad Galates)

26. Ne soyez pas plus sages qu'il ne faut. (Romains)

27. Aucun homme n'a su, ni ne saura rien de certain. (Xénophane)

28. Qui sait si vivre est ce qu'on appelle mourir, et si mourir c'est vivre ? (Euripide, cité par Stobée)


29. Toutes les choses sont trop difficiles pour que l'homme puisse les comprendre. (Ecclésiaste)

30. On peut dire beaucoup de paroles dans un sens et dans l'autre. (Homère)

31. Le genre humian est excessivement avide de récits. (Lucrèce)

32. Quelle inanité dans les choses ! (Perse)

33. Partout vanité ! (Ecclésiaste
)

34. Garder la mesure, observer la limite et suivre la nature. (Pharsale)

35. Pourquoi te glorifier, terre et cendre ? (Ecclésiaste)

36. Malheur à vous qui êtes sages à vos propres yeux ! (Isaïe)

37. Jouis agréablement du présent, le reste est en dehors de toi.

38. À tout raisonnement on peut opposer un raisonnement d'égale force. (Sextus Empiricus)

39. Notre esprit erre dans les ténèbres et ne peut, aveugle qu'il est, discerner le vrai. (Michel de l'Hospital)


40. Dieu a fait l'homme semblable à l'ombre, de laquelle qui jugera quand, par l'éloignement de la lumière, elle sera évanouie ?(Ecclésiaste)

41. Il n'y a rien de certain que l'incertitude, et rien plus misérable et plus fier que l'homme. (Pline)

42. De toutes les oeuvres de Dieu, rien n'est plus inconnu à n'importe quel homme que la trace du vent. (Ecclésiaste)

43. Chacun des dieux et des hommes a ses préférences. (Euripide)

44. L'opinion que tu as de ton importance te perdra, parce que tu te crois quelqu'un. (Ménandre, dans Stobée)

45. Les hommes sont tourmentés par l'opinion qu'ils ont des choses, non par les choses mêmes. (Épictète)

46. Il est bien que le mortel ait des pensées qui ne s'élèvent pas au-dessus des hommes. (Euripide)

47. Pourquoi fatiguer ton esprit d'éternels projets qui te dépassent ? (Horace)

48. Les jugements du Seigneur sont un profond abîme. (
Psaume)

49. Je ne décide rien. (Sextus Empiricus)

50. Je ne comprends pas. (Sextus Empiricus)

51. Je suspends mon jugement. (Sextus Empiricus)

52. J'examine. (Sextus Empiricus)

53. En ayant pour guides la coutume et les sens.

54. Par le raisonnement alternatif.

55. Je ne puis comprendre. (Sextus Empiricus)

56. Rien de plus.

57. Sans pencher d'un côté.

 

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13 décembre 2010 1 13 /12 /décembre /2010 18:19

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« Devrais-je attendre encore longtemps ? » se permit de me souffler Prétatou qui s'attachait de plus en plus à ma personne.

Tout autre corniaud se fût laissé emporter par de joyeuses cabrioles ou d'intempestifs aboiements pour traduire son impatience ; les chiens et leurs maîtres savent de quoi je parle. Pour ce qui était de Prétatou, il me suffisait de lui apprendre que ses paroles frisaient l'impertinence et l'impolitesse, pour que, immédiatement, il calmât ses ardeurs émotionnelles.

« Je te comprends, Oli, je te comprends quoi que tu me dises... C'est si facile », reprit-il, docile.

Il devenait ainsi le cabot le plus policé du monde. Le seul signe dont il ne pouvait se défaire était le balancement plus ou moins vif de la queue, à la vue duquel on pouvait mesurer son degré d'excitation.

« Allons-y mon ami, déclarai-je. »

Il ne se tint plus de joie, mais ne pipa.

 

C'est ainsi que, quelques minutes plus tard, nous passâmes derechef le grand portail qui servait d'entrée au Jardin. La note résonna de son étrange vibrato. Était-ce pour annoncer notre arrivée ? Je n'aurais su le dire bien que je le supposasse. Nous étions donc repérés mais nous n'en avions cure.

Et voilà que, du plus loin que nous l'apercevons, notre robotus préféré, qui est tout empressement, accourt à notre rencontre, et si vite que cliquette sa carcasse dégingandée.

« Tout doux, Roboland, tout doux ! m'exclamai-je. Te voilà donc tout brillamment nickelé. Je suis ravie de te revoir. Sache que Robobert, tout fort et fier qu'il est, ne peut te remplacer. »

Tout en prononçant ces paroles qui n'avaient pour dessein que de redonner confiance à Roboland encore tout essoufflé, j'entrevis le susdit Robobert au visage émacié de jalouseté.

« Se peut-il que le métal dont sont faits ces roboti se corrode ainsi ? me demandai-je. »

« Un toilettage aura tôt fait de le rendre nickel chrome », ironisa mon Prétatou qui voyait d'un mauvais œil les œillades que ce malappris de Robobert m'adressait.

Dépité, le robotus éconduit tourna les talons.

Il n'est rien comme la jalousie pour absorber un robotus tout entier.*

 

« Et maintenant, allons donc voir les calendriers », m'empressai-je de proposer.

Mon impatience n'avait que trop duré.

.....................................................................

Cf. Milan Kundera : Il n'est rien comme la jalousie pour absorber un être humain tout entier.  

   

NOTES

Tout autre corniaud se fût laissé emporter par de joyeuses cabrioles. 

♦ Un corniaud, un chien bâtard, un chien mâtiné, un chien qui n'est pas de race pure.

♦ se fût laissé emporter, se serait laissé emporter, conditionnel passé 2e forme et 1re forme.

 

il devenait ainsi le cabot le plus policé du monde

Policé, éduqué.

 

il ne se tint plus de joie mais ne pipa

Ne pas piper, ne pas souffler mot, ne rien dire.

Piper, émettre un petit cri.

Un poussin, un poulet ou un petit oiseau pipe.

 

nous passâmes derechef le grand portail

derechef, de nouveau.

> Ne pas confondre NOUVEAU l'adjectif un nouvel ami et l'adverbe des nouveau-nés, les locutions adverbiales À NOUVEAU et DE NOUVEAU

 

la note résonna de son étrange vibrato

Un vibrato, modulation d'un son, d'une note de musique.

 

Nous n'en avions cure, cela nous était égal.

 

Le susdit Robobert, Robobert que j'ai mentionné plus haut.

susdite, susdits, susdites - susmentionné

 

se peut-il que le métal dont sont faits ces roboti se corrode ainsi

un robotus, des roboti. (mots inventés pour les besoins de l'histoire !)

Si vous voulez en savoir plus sur le robotus et les roboti, reportez-vous aux Délires n°95 lorsqu'ils font leur apparition.

Se corroder, s'abîmer, s'éroder sous l'action d'une réaction chimique.

Corroder, détruire, ronger.

La rouille corrode le fer.

La corrosion, corrosif. 

 

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>> 105 Délires sur une réponse qui se fait attendre + Les sentences chères à Montaigne

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Tu n'as pas inventé le fil à couper le beurre ! 

Tu n'as pas inventé la poudre !

Tu n'as pas inventé le bouton à quatre trous !

Tu n'as pas inventé l'eau chaude !

Tu n'es pas très malin !

D'autres si !

 

QUIZ 21

Des inventeurs et des inventions

 

Peut-être connaissez-vous...

1 l'inventeur de la pasteurisation en 1865.

   et du vaccin contre la rage en 1885

2 l'inventeur de l'autoradio en 1922.

3 l'inventeur du ruban adhésif Scotch en 1925.

4 l'inventeur de la fibre de verre en 1836.

5 l'inventeur du pneumatique en 1887.

6 l'inventeur du téléphone en 1876.

7 l'inventeur du phonographe, en 1878.

8 l'inventeur de la pile électrique en 1800.

9 l'inventeur de l'alphabet pour les aveugles en 1825.

10 l'inventeur de la boite de conserve en 1795.

11 l'inventeur du bas nylon, en 1938.

12 l'inventeur de l'avion en 1890.

13 l'inventeur du principe du phonographe en 1877.

14 l'inventeur d'une nouvelle charrue en 1829.

15 l'inventeur du camembert.

16 l'inventeur de la première automobile en 1771.

17 l'inventeur du révolver.

18 les inventeurs de la première automobile moderne en 1889.

19 l'inventeur de l'hydravion, en 1910.

20 l'inventeur de l'imperméabilisation

     des tissus pour vêtements en 1748.

21 les inventeurs du premier engin volant en 1782.

22 l'inventeur de la machine électrique à laver le linge

      en 1901.

23 l'inventeur de la carte à puce en 1974.

24 l'inventeur du télescope, en 1672.

25 l'inventeur de la photographie en 1816.

26 l'inventeur de la fermeture à glissière en 1891.

27 l'inventeur de l'hélicoptère (1861).

28 l'inventeur du métier à tisser en 1802.

29 les inventeurs du cinématographe en 1895.

30 l'inventeur du parcmètre en 1935.

31 l'inventeur du sandwich en 1762.

32 l'inventeur du premier cylindre piston à vapeur en 1690.

33 l'inventeur de la clémentine en 1900.

34 l'inventeur d'une potion qui allait devenir le Coca-cola, en 1886.

35 l'inventeur des premières briques

     de lait longue conservation en 1961.

36 l'inventeur de la poubelle en 1884.

37 l'inventeur d'un système de TSF, transmission sans fil en 1912.

48 l'inventeur de la pénicilline en 1928.

39 l'inventeur de la guillotine en 1792.

40 l'inventeur de l'imprimerie.

41 l'inventeur du parachute en 1797

42 l'inventeur de la machine à coudre à usage domestique

     en 1851.

43 l'inventeur du four à micro-ondes, en 1945.

44 l'inventeur du premier instrument de musique électronique

     en 1919.

45 l'inventeur de la lampe à incandescence en 1879.

46 l'inventeur de la pyramide à degrés de Saqqarah

      la plus ancienne pyramide d'Egypte

      entre 2700 et 2800 ans avant J.C.

47 l'inventeur de l'ascenseur moderne en 1853.

48 l'inventeur de la pêche Melba.

49 l'inventeur du baromètre en 1644.

50 l'inventeur de la bombe atomique en 1944.

 

Voyez plus bas le nom des inventeurs,

ces génies qui font que le monde est ce qu'il est.

 

1 Louis Pasteur, inventeur de la pasteurisation en 1865

et du vaccin contre la rage en 1885.

2 George Frost, inventeur américain de l'autoradio en 1922.

3 Dick Drew, inventeur américain du ruban adhésif, le Scotch, en 1925.

4 Ignace Dubus-Bonnel, inventeur de la fibre de verre en 1836.

5 John Boyd Dunlop, écossais,inventeur du pneumatique en 1887

6 Alexandre Graham Bell, écossais, inventeur du téléphone en 1876.

7 Karl Benz, allemand, associé à Gottlieb Daimler et Wilhelm Maybach, inventeurs de la première automobile moderne, en 1889.

8 Alessandro Volta, italien, inventeur de la pile électrique en 1800.

9 Louis Braille, inventeur de l'alphabet pour les aveugles,en 1825.

10 Nicolas Appert, inventeur français de la conserve (appertisation) en 1795.

11 Wallace H. Carothers, inventeur du bas nylon, en 1938.

12 Clément Ader, inventeur français de l'avion en 1890.

13 Le poète Charles Cros, inventeur du principe du phonographe en 1877.

14 Vincent Charlemagne Pluchet, inventeur d'une nouvelle charrue en 1829.

15 Marie Harel, inventrice du camembert.

16 Joseph Cugnot, inventeur de la première automobile en 1771.

17 Samuel Colt, inventeur américain du révolver.

18 Thomas Alva Edison, inventeur américain du Phonographe, en 1878.

19 Henri Fabre, inventeur de l'hydravion, en 1910.

20 François Fresneau de La Gataudière, inventeur de l'imperméabilisation des tissus pour vêtements en 1748.

21Joseph-Michel et Jacques-Étienne Montgolfier inventeurs du premier engin volant en 1782.

22 Alva J. Ficher, inventeur de la machine électrique à laver le linge en 1901.

23 Roland Moreno, inventeur français de la carte à puce en 1974.

24 Isaac Newton, astronome anglais, inventeur du télescope, en 1672.

25 Nicéphore Niepce, inventeur de la photographie en 1816.

26 Whitcomb Judson, américain, inventeur de la fermeture à glissière, en 1891 (Elias Howe l'avait imaginée sans l'exploiter)

27 Gustave Ponton d'Amécourt, inventeur de l'hélicoptère (1861).

28 Joseph-Marie Jacquard, inventeur français du métier à tisser en 1802

29 Les frères Lumière, inventeurs du cinématographe en 1895.

30 Carl Magee, américain,inventeur du parcmètre en 1935.

31 Le majordome de John Montagu Comte de Sandwich, britannique inventeur du sandwich en 1762.

32 Denis Papin, inventeur du premier cylindre piston à vapeur en 1690.

33 Le Révérend Père Clément, inventeur de la clémentine en 1900, en croisant le mandarinier et l'orange.

34 John S. Pemberton, pharmacien américain, inventeur d'une potion qui allait devenir le Coca-cola, en 1886.

35 Ruben Rausing, suédois, inventeur des premières briques de lait longue conservation en 1961.

36 Eugène Poubelle, préfet de Paris, inventeur de la poubelle en 1884.

37 Lucien Rouzet, inventeur d'un système de TSF, transmission sans fil en 1912.

48 Alexander Fleming, inventeur de la pénicilline en 1928.

39 Antoine Louis, inventeur de la guillotine en 1792. Joseph Ignace Guillotin obtint que l'appareil fût utilisé équitablement pour tous les condamnés, et il évita de nombreuses souffrances.

40 Johannes Gutenberg a imprimé le premier livre en série La Bible. En fait il n'a pas inventé l'imprimerie qui existait avant lui, mais il a considérablement amélioré le procédé.

41 André-Jacques Garnerin, inventeur du parachute en 1797.

42 Isaac Singer, inventeur américain de la machine à coudre à usage domestique, en 1851.

43 Percy Spencer, américain, inventeur du four à micro-ondes en 1945.

44 Léon Theremin (Lev Sergueïevitch Termen) russe inventeur du premier instrument de musique électronique, le theremin en 1919.

45 Thomas Edison, inventeur de la lampe à incandescence en 1879.

46 Imhotep, inventeur de la pyramide à degrés de Saqqarah la plus ancienne pyramide d'Egypte entre 2700 et 2800 ans avant J.C.

47 Elisha Otis, américain, inventeur de l'ascenseur moderne en 1853.

48 Auguste Escoffier, célèbre cuisinier, inventeur de la pêche Melba pour la cantatrice australienne Nellie Melba en 1893 (?).

49 Evangelista Torricelli, italien, inventeur du baromètre pour mesurer la pression atmosphérique en 1644.

50 Enrico Fermi, italien, avec son collaborateur Leó Szilárd invente le premier réacteur atomique.

 

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10 décembre 2010 5 10 /12 /décembre /2010 07:45

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Je dormis cette nuit-là comme l'enfant qui vient de naître.

Un grattement discret se fit entendre à ma porte alors que, tout fraîchement éveillée, je m'apprêtai à rejoindre mes hôtes qui devaient prendre le petit déjeuner. C'était l'heure.

Rien ne m'obligeait à me lever aussi tôt certes, mais je brûlais d'envie de retourner au Jardin.

Lorsque j'ouvris la porte, Prétatou se précipita dans mes jambes en aboyant de joie, comme savent le faire si bien les chiens heureux.

Ne sait-on pas que le chien a son sourire dans sa queue*?

« Oli, jappa-t-il, chère Oli, rien ne t'oblige à te lever si tôt, mais ne brûles-tu point de l'envie de retourner avec moi dans le Jardin des Délices et de la Connaissance ? »

Je lui prodiguai quelques bonnes caresses en enfonçant mes doigts gratteurs dans son doux pelage frisé. Il en fut fort aise et sa queue, battant de droite et de gauche, fut d'une éloquence canine évidente.

 

Après quelques ablutions nécessaires, je descendis à la cuisine où Alcmène et Amphi étaient déjà attablés.

Si Alcmène m'avait témoigné son admiration pour le repas que j'avais réussi la veille, Amphi, taciturne comme on le connaît, ne m'avait encore rien dit qui eût pu me flatter. Cependant, ne voulant pas être en reste, il me prodigua quelques compliments que je reçus avec une grande pudeur.

« D'où tiens-tu tes talents de cuisinière, me demanda-t-il ?

Peut-être avez-vous entendu parler de Marie Cratère, m'aventurai-je à lui répondre. Je suis restée chez elle assez de temps pour qu'elle m'initiât aux règles élémentaires de la cuisine. »

Au nom de Marie Cratère, Amphi sourcilla. Me crut-il ? J'en doute. On sait que tout commerce avec cette femme peu recommandable s'avérait impossible puisque l'accès à la forêt qu'elle habitait était vivement déconseillé sous peine de sanctions, et que les histoires qu'on racontait sur elle étaient si effrayantes qu'elles ôtaient toute envie de la rencontrer. Alcmène me jeta un regard de côté et ne dit mot. Mes assertions l'estomaquaient à chaque fois que j'évoquais le nom de la sorcière.

Mes commensaux ne voulurent point en savoir davantage, et nous en restâmes là.

.........................................

*Le chien, — quelle drôle de bête ! — a sa sueur sur sa langue et son sourire dans sa queue. Victor Hugo, L'homme qui rit

 

NOTES

Titre : fort matin, très tôt le matin, de bonne heure, de bon matin, au point du jour, dès potron-minet...

 

tout fraîchement éveillée

Tout, ici adverbe invariable, mais il ne l'est pas toujours.

> Ne pas confondre : TOUT adjectif indéfini, pronom indéfini, adverbe (variable dans certains cas) et substantif

 

comme l'enfant qui vient de naître

Verbes en aître et oître, aître comme connaître et oître comme croître

> Les verbes difficiles conjugués à l'indicatif présent, au passé simple, au subjonctif présent et au subjonctif imparfait

La Nouvelle Orthographe supprime l'accent circonflexe sauf lorsque croître (croitre) peut être confondu avec croire : je croîs, je croitrai, etc.

 

Un grattement se fit entendre... je m'apprêtai...

Les emplois du passé simple

> Les emplois de l'imparfait de l'indicatif et du passé simple

 

je m'apprêtai à rejoindre mes hôtes

Les hôtes, un hôte, une hôte, deux acceptions :

1- ceux qui reçoivent et 2- ceux qui sont reçus, les invités.
Une hôtesse, celle qui reçoit.

 

après quelques ablutions nécessaires, je descendis à la cuisine

Ablutions, ablation, voir la note du texte 19

Mots se terminant par ATION, ASSION voir la note dans le même texte.

Voir aussi :

> Paronymes - paronomase - Quiz 27

 

Il ne m'avait encore rien dit qui eût pu me flatter

qui eût pu me flatter

subjonctif dans une proposition subordonnée relative contenant une idée de conséquence.

verbe flatter accompagné du semi auxiliaire pouvoir.

Voir la note sur les semi auxiliaires, texte 43 

 

compliments que je reçus avec une grande pudeur

pudeur : ici, modestie, timidité, retenue

 

Je suis restée chez elle assez de temps pour qu'elle m'initiât

initiât, subjonctif imparfait

assez... pour que

subjonctif dans une proposition subordonnée introduite par (assez...) pour que. Ici, c'est une subordonnée de conséquence.

imparfait, puisque le texte est au passé.

Voir l'article Pour que, pour... que

 

puisque l'accès de la forêt est interdit

sens précis et emploi de puisque. Voir l'article Puisque

accès, mots commençant par AC, ACC, voir la note du texte 8

verbes conjugués et participes passés se terminant par I, IS, IT, ÎT, voir la note du même texte 8

 

Les histoires qu'on racontait étaient si effrayantes

Mots commençant par EFF, pas d'accent sur le E

 

l'accès à la forêt qu'elle habitait était vivement déconseillé

> Les adverbes en -MENT - QUIZ 109

 

Mes commensaux ne voulurent point en savoir davantage

Ne... point, sens de cette négation et d'autres négations archaïques :

> Je ne marche pas, je ne vois point, je ne mange mie, je ne bois goutte

Un commensal, des commensaux.

Le commensal est celui qui mange à la même table que la personne en question.

Le pluriel des noms en AL

> Les noms qui se terminent par au, aux, aus, eau, eaux, eu, eux, eus, oeu, oeux, ou, oux, ous

 

Davantage, d'avantage

> Ne pas confondre : sortir, assortir, ressortir intrans. ou trans. indirect- quelquefois, quelques fois – davantage, d'avantage – bientôt, bien tôt – sitôt, si tôt - près de, prêt à

 

Nous en restâmes là

Nous n'allâmes pas plus loin, la discussion s'interrompit.

En rester là

 

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9 décembre 2010 4 09 /12 /décembre /2010 19:16

 

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Ainsi pleuvait-il sur ma modeste personne des félicitations sans mélange ; le plaisir que j'en ressentis fut immense. N'étais-je pas, pour la première fois, reconnue ?

C'était pour moi une sensation délicieuse comparable à celle que me procuraient le boire, lorsque j'avais soif, le manger, lorsque j'avais faim, le dormir, lorsque j'avais sommeil. Un plaisir basique sinon nécessaire que personne encore ne m'avait donné l'occasion de satisfaire, mes pérégrinations ne m'ayant pas octroyé le loisir de me construire une vie sociale, ni d'assouvir l'instinct grégaire auquel seul l'ascète échappe.

 

Bien que j'en eusse goûté quelques avantages, je n'avais pu m'habituer tout à fait à ma vie errante et sans attaches qui ne m'avait offert jusque-là qu'insécurité et solitude. Ce moment fut d'une douceur qu'il ne m'avait encore jamais été donné de vivre.

J'avais offert à Alcmène mon amitié, j'habitais un lieu confortable, douillet même, mon travail m'épanouissait. Que demander de plus ?

 

Mais, me direz-vous, comment se pouvait-il qu'un tel état eût pu me suffire ? Vous me connaissez assez maintenant pour me savoir insatiable, et une vie feutrée n'eût point nourri mes aspirations. Quand bien même j'aurais pu calmer mes appétits, il y serait toujours resté quelque soif qu'il eût fallu apaiser.

Le Paradis perdu donne, au désir inassouvi, une amertume qui ne s'adoucira jamais.

 

« À quoi rêves-tu donc ? s'enquit Alcmène en me voyant si profondément plongée dans mes réflexions. N'es-tu point contente d'avoir su si bien conquérir notre clientèle ?

La reconnaissance du ventre est éphémère et il faut, pour qu'elle perdure, renouveler les petits plats à chaque fois que l'appétit revient, soupirai-je. » 

...............................................................................  

*[… ] tout désir est une illusion, mais les choses sont ainsi disposées qu'on ne voit l'inanité du désir qu'après qu'il est assouvi.

Ernest Renan, 1823-1892 . Écrivain, historien, philosophe français,

Histoire des origines du Christianisme (7 volumes), Souvenirs d'Enfance et de Jeunesse. Etc.

 

NOTES

Ainsi pleuvait-il des félicitations sans mélange

pures, sans qu'aucune critique négative ne vînt les altérer

 

Le boire, le manger, le dormir, infinitifs substantivés

 

mes pérégrinations ne m'ayant pas octroyé le loisir de me construire une vie sociale

Octroyer, donner

 

l'instinct grégaire auquel seul l'ascète échappe

On sait que l'instinct grégaire pousse chaque individu à faire partie d'un groupe. Il y a sa place et il établit des relations avec ses congénères. L'homme n'est pas le seul être vivant à posséder cet instinct et bon nombre d'insectes, de poissons, d'oiseaux et de mammifères, dont nous sommes, aiment se retrouver entre eux.

Un ascète - Sens propre : Celui qui mène une vie austère faite de prières et d'abstinence.

Par extension, celui qui mène une vie austère.

 

bien que j'en eusse goûté quelques avantages

eusse goûté, subjonctif plus-que parfait

Voir l'article Bien que

 

quand bien même j'aurais pu calmer mes appétits

Voir Quand - même quand - quand même - quand bien même - quand bien - quand même que

 

le Paradis perdu donne, au désir inassouvi, une amertume qui ne s'adoucira jamais

Le paradis perdu nous renvoie à un monde inatteignable où régnait une félicité parfaite. Cf. La Génèse, 1er livre de la Bible.

Paradise lost, Le Paradis Perdu, 1667, poème épique, œuvre célèbre de John Milton, écrivain anglais. Traduction de François René de Chateaubriand, illustrations de Gustave Doré.  

 

Les besoins de l'homme

Il y a assez de tout dans le monde pour satisfaire aux besoins de l'homme, mais pas assez pour assouvir son avidité.

Mahātmā Ghandhi 1869-1948

Mahātmā signifie en hindi, Grande âme.

 

<< 101 Délires sur des congratulations plurilingues

>> 103 Délires qui me chassèrent du lit fort matin

 

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7 décembre 2010 2 07 /12 /décembre /2010 18:39

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Alors ils arrêtèrent de construire la ville. C'est pourquoi on l'appela Babel : parce que c'est là que l'Eternel brouilla le langage de toute la terre et c'est de là qu'il les dispersa sur toute la surface de la terre. Bible 11, 8-9

 

L'usage du français était vivement recommandé à Utopinambourg. Il fallait une langue partagée par tous pour établir une communication sans ambiguïtés entre les concitoyens embarqués dans cet espace clos et limité.

 

À l'aube de la constitution de ce pays, on avait bien essayé d'imposer une langue commune. L'anglais fut désigné, envers et contre les minorités récalcitrantes, puisque parlé et entendu par le plus grand nombre comme pidgin dans la plupart des cas. Mais des jaloux avaient rejeté ce choix en voulant, par la force, imposer leur propre langue.

Pour éviter les guerres intestines, l'espéranto, le volapuk, l'interlingua, l'ido, le slovio, le tokopona furent expérimentés. Sans succès. On choisit enfin le français, qui émanait du territoire, langue romantique, nuancée et légère, avec ses douceurs euphoniques et son e muet, féminin, sombre, inégalé. Les querelles cessèrent. Ceux qui n'étaient pas natifs d'un de ces coins du monde où on le parlait encore, se rallièrent ainsi à l'une des langues les plus belles, sans abandonner leur dialecte maternel, pratiqué, en catimini, dans l'intimité.

 

Je m'entendis congratuler en des langues que je ne connaissais point. Chacun s'exclamait en son idiome naturel. Était-ce dû à l'émotion gastronomique, qui, comme toute autre,  ne peut s'exprimer que par la langue du coeur° ? Sans conteste, ça l'était.

Une cacophonie, certes non conforme aux lois en vigueur, traduisit l'enthousiasme général, à la grande joie du cordon bleu que j'étais et qui venait de se révéler

La recherche psycholinguistique l'a démontré : L'affect a sa part dans la langue qui résonne dans le sein de la mère. Le nouveau-né n'a-t-il pas déjà ses vagissements spécifiques ? Croyez-moi, je n'invente rien.

 

Alcmène et Amphi furent ravis d'avoir déniché une cuisinière dont on faisait grand cas.

 

NOTES

Titre : des congratulations plurilingues

Une communauté plurilingue, une communauté qui parle plusieurs langues.

 

il fallait une communication sans ambiguïté

ou ambigüité d'après la nouvelle orthographe.

> Réforme de l'orthographe - L'orthographe recommandée aux enseignants - Lexique

 

l'anglais fut désigné envers et contre les minorités

Envers et contre, en dépit de.

 

comme pidgin dans la plupart des cas

Les pidgins sont-ils des langues comme les autres?

 

chacun s'exclamait dans son idiome naturel

Un idiome, une langue propre à une communauté. 

 

qui comme tout autre, ne peut s'exprimer que dans la langue du coeur

La langue du coeur°, la langue maternelle.

TOUT AUTRE ou TOUTE AUTRE ?

1- Tout est un adverbe invariable dans le sens de complètement, tout à fait, entièrement différent.

L'expression tout autre s'accompagne le plus souvent d'un article indéfini, un, une.

C'est une tout autre histoire. Une histoire entièrement différente.

2- tout est un déterminant variable, tout autre, toute autre, si on peut le remplacer par n'importe quel autre, n'importe quelle autre.

Était-ce dû à l'émotion gastronomique, qui, comme toute autre (émotion),  ne peut s'exprimer que par la langue du coeur° ?

Savoir tout sur TOUT : Ne pas confondre : TOUT adjectif indéfini, pronom indéfini, adverbe (variable dans certains cas) et substantif

 

L'espéranto, le volapuk, l'interlingua, l'ido, le slovio, le tokopona et d'autres encore sont des langues expérimentales qui furent construites de toutes pièces pour tenter de faire communiquer entre eux les gens de tous pays qui voudraient les apprendre.

L'espéranto est, de ces langues, la plus parlée. On estime à 10 millions le nombre de personnes l'ayant apprise, 100 000 la parleraient couramment.

(Données 2010)

 

La cacophonie traduisit l'enthousiasme général

L'EUPHONIE - LA CACOPHONIE

La cacophonie, dissonance phonique, mélange désagréable de sons.

Son contraire, l'euphonie.

L'euphonie s'attache à rendre une harmonie des sons dans la phrase. La langue française est particulièrement riche en exemples.

elle évite l'hiatus (ou le hiatus) en faisant l'élision de voyelles, l'école au lieu de la école.

elle s'attache à respecter les liaisons, le petit homme (on entend le t), les petits enfants (on entend le z)

on rajoute des lettres qui n'ont rien à voir avec la rigueur grammaticale. 

Vas-y. Parles-en (pour va-y et parle-en, imprononçable)

de même : Va-t-en ! A-t-il parlé ?

on fait varier l'adverbe tout, d'ordinaire invariable comme tous les adverbes, lorsqu'il précède une consonne ou un h muet devant un qualificatif au féminin. 

Je la vis revenir toute honteuse et toute repentante.

Ah ! m'exclamé-je. = ou bien m'exclamè-je (je m'exclame à la forme interrogative)

Autre inversion : Eussé-je dit mille fois de faire les liaisons, il les eût négligées.

voir l'article : Eussé-je, eussè-je, j'eusse, fussé-je, fussè-je, je fusse, dussé-je, dussè-je, eût-il, fût-il, dût-il, fût-ce, fussent-ils, parlé-je...

L'on au lieu de on, si on veut éviter l'hiatus, si l'on veut éviter l'hiatus.

Etc.

Voir l'emploi de l'on : Les homophones ont, on - l'on, l'ont, long

Malheureusement aujourd'hui, on peut déplorer qu'on néglige de plus en plus de faire les liaisons qui supposent de la part du locuteur une connaissance de la langue pour pouvoir les faire correctement, car il faut savoir la terminaison des mots pour les lier.

On entend : j'ai fait-z-un rêve.

ou bien : il va-t-aller la voir et lui offrir quatre-z-oranges.

Ce sont des pataquès.

PATAQUÈS : faute de liaison
Il n’est point-z-à vous, il n’est pas-t-à vous.

Mais alors, je ne sais PAS-T-À-QU'EST-CE

>La liaison - L'élision - L'enchaînement - La disjonction

>Savoir orthographier les adjectifs numéraux cardinaux (cent ou cents, vingt ou vingts...) + des millions, des milliards, des billions + Une réflexion sur "les liaisons dangereuses" de Michel Serres

>Paronymie - Paranomase

 

on choisit enfin le français avec son e muet et ses douceurs euphoniques

Le e muet, caduc, instable, féminin, sombre, non transcrit phonétiquement en syllabe finale (ex : femme [fam] ), schwa, phonétiquement écrit [ә], autant de nuances intéressantes que nous révèlent la phonétique, la phonologie, la poésie.

♥ ♥ ♥ ♥ ♥ ♥ ♥ ♥ ♥ ♥ ♥ ♥ ♥ ♥ ♥ ♥ ♥ ♥ ♥ ♥ ♥ ♥ ♥ ♥ ♥ ♥ 

En fin de vers, des rimes féminines, aériennes, plus douces que la douceur même.

Ô Verlaine, qui d'autre a su les chanter mieux que toi ?

 

Écoutez la chanson bien douce

Écoutez la chanson bien douce
Qui ne pleure que pour vous plaire,
Elle est discrète, elle est légère :
Un frisson d'eau sur de la mousse !

La voix vous fut connue (et chère ?)
Mais à présent elle est voilée
Comme une veuve désolée,
Pourtant comme elle encore fière,

Et dans les longs plis de son voile,
Qui palpite aux brises d'automne.
Cache et montre au coeur qui s'étonne
La vérité comme une étoile.

Elle dit, la voix reconnue,
Que la bonté c'est notre vie,
Que de la haine et de l'envie
Rien ne reste, la mort venue.

Elle parle aussi de la gloire
D'être simple sans plus attendre,
Et de noces d'or et du tendre
Bonheur d'une paix sans victoire.

Accueillez la voix qui persiste
Dans son naïf épithalame.
Allez, rien n'est meilleur à l'âme
Que de faire une âme moins triste !

Elle est en peine et de passage,
L'âme qui souffre sans colère,
Et comme sa morale est claire !...
Écoutez la chanson bien sage.

 

Paul Verlaine, 1844-1896

Il adresse à Mathilde Mauté une prière tendre, pour lui demander pardon dans l'espoir de la reconquérir.

Versification. Comment compter les pieds* syllabes d'un vers ?

 

Alcmène et Amphi furent ravis d'avoir déniché une cuisinière dont on faisait grand cas.

faire cas de, estimer.

cf. Littré :

Voilà le cas qu'on fait de votre exploit. Racine.

Ma fille fait cas de vous. Molière

 

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Amoureuse des mots, je cherche comment faire partager ma passion. Il y a tant à découvrir dans les bibliothèques du monde, tant de mots à connaître intimement pour affiner notre pensée, tant de mots qu'on n'entend plus sur nos lèvres, enfermés qu'ils sont dans des livres poussiéreux. Il ne tient qu'à nous de les faire revivre et de les faire chanter. Notre langue, si belle, si riche, demande qu'on la respecte, qu'on la préserve, qu'on s'en amuse et qu'on la chérisse. Mamiehiou ............................................................................................................................................................................................ ...................................;....................................................................... « La langue française est une femme. Et cette femme est si belle, si fière, si modeste, si hardie, touchante, voluptueuse, chaste, noble, familière, folle, sage, qu'on l'aime de toute son âme, et qu'on n'est jamais tenté de lui être infidèle. » Anatole France ....................................................... ............... ................................................................................................................. « C'est une langue bien difficile que le français. À peine écrit-on depuis quarante-cinq ans qu'on commence à s'en apercevoir. » Colette

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