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21 octobre 2010 4 21 /10 /octobre /2010 18:31

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Alcmène me serra si fort dans ses bras que je crus à un adieu. Je la rassurai : ma prudence n'aurait pas de faille. Et je la quittai promptement pour ne pas trop m'attendrir, ni m'amollir au point de revenir sur ma décision.

 

Lorsque je parvins à proximité du roc où s'ancrait le Châteauje vis que les remparts formaient avec la falaise une sorte de promontoire qui s'avançait dans la mer en en dominant les vagues monstrueuses qui venaient s'écraser en grands flocs. La vue de ce nid d'aigle° me donna un frisson. J'ignorais que la mer fût si proche.

Je m'apprêtais à gravir la crête par un chemin étroit, lorsque je fus bientôt arrêtée par une file impressionnante de gens qui me précédaient et progressaient avec lenteur. Je me sentis soudain prisonnière, lorsque d'autres personnes vinrent se positionner derrière moi. Je me rendis compte qu'il n'y avait alors plus d'issue hors de l'étroit couloir rocheux qui nous confinait.

On ne pouvait ni reculer ni s'enfuir, si grande qu'en eût été l'envie. Ceux-là même qui hésitaient n'avaient plus le loisir d'hésiter, les indécis n'avaient plus le loisir de rebrousser chemin, les claustrophobes n'avaient plus le loisir de s'évader, ni même de s'évanouir, au risque d'être piétinés.

Une embuscade appropriée nous eût décimés en un éclair.

Je chassai ces idées inopportunes et décidai de distraire mon attention en arrêtant mon regard sur l'étrange forteresse médiévale qui nous dominait, droit devant.

 

Mais les pensées sont têtues qui ne se font pas chasser si vite.

Elles reprirent le dessus, me forçant mordicus à détourner mon attention.

« Si ces gens craignaient de rencontrer Marie-Loup de Saint-Ange ou quelque autre personne vivant là-haut, il ne pourrait y avoir d'attente aussi longue », me dis-je.

Qu'est-ce qui poussait irrésistiblement tous ces individus, qui, au premier abord paraissaient en bonne santé, à vouloir se jeter dans la gueule du loup°, si loup il y avait ?

 

Un instant, je doutai d'Alcmène qui m'avait laissé entendre qu'il était trop dangereux de s'approcher de cet endroit sans y réfléchir à deux fois.

Le nom de Marisa-Loup et la légende incroyable qui s'attachait à sa famille* avaient peut-être fait surgir dans l'inconscient collectif, du fond des âges, des peurs ancestrales.

 

Fallait-il que je sois assez naïve pour prendre argent comptant° tout ce que cette pauvre Alcmène me racontait ? Elle m'avait donné mille signes qui trahissaient une sensibilité le plus souvent poussée à son paroxysme.

Peut-être étais-je son jouet ? Peut-être voulait-elle m'assujettir à ses fantasmes et faire de moi sa chose ?

Il me faudrait être sans cesse sur le qui-vive pour me défaire de cette faiblesse qui me désarmait devant la puissance de persuasion dont je commençais à la supposer capable, lorsqu'elle faisait appel à ma compassion la plus sincère, à l'instant même où elle me donnait le spectacle de son désarroi.

Je soupirai.

Et cependant, je savais que, bien que doutant d'elle, je ne laisserais pas d'être son amie.

 

L'aveuglement librement consenti obscurcit d'autant plus le chemin qui mène à la vérité.**

................................................................... 

*Le bal de Madame de Saint-Ange (44 Délires en abyme* Un conte dans le conte)

** La Vérité, toute la Vérité, rien que la Vérité...

 

NOTES

J'ignorais que la mer fût si proche.

fût, subjonctif imparfait.

Ignorer suivi de l'indicatif ou du subjonctif

> Le fait que - Je ne dis pas que - Cela ne veut pas dire que - Ce n'est pas que, ce n'est point que - ignorer que, j'ignore que - Il n'empêche que + indicatif ou subjonctif ?

 

hors de l'étroit couloir rocheux qui nous confinait.

Confiner, enfermer.

 

si grande qu'en eût été l'envie

subjonctif plus-que-parfait

pour grande qu'en eût été l'envie

quelque grande qu'en eût été l'envie

aussi grande qu'en eût été l'envie

Voir les deux sens de Si... que

 

Ceux-là même qui hésitaient n'avaient plus le loisir d'hésiter

> Ceux-là même ou ceux-là mêmes ? Celles-là même ou celles-là mêmes – cela même, ici même, là même, par là même, aujourd'hui même... QUIZ 64

 

une embuscade nous eût décimés...

>> nous auraient décimés

conditionnel passé

 

mais les pensées sont têtues qui ne se laissent pas chasser aussi vite.

Il y a ici disjonction : le pronom relatif QUI est éloigné de son antécédent pensées.

 

Soutenir mordicus

affirmer obstinément.

mordicus, familier, en latin : en mordant.

 

Je ne laisserais pas d'être son amie

je ne cesserais pas de l'être, je ne m'abstiendrais pas de l'aimer.

> Verbes qui se construisent avec à + infinitif ou de + infinitif

 

L'aveuglement librement consenti obscurcit d'autant plus le chemin qui mène à la vérité

L'aveuglement, Ensaio sobre a cegueira, 1995, roman de l'écrivain portugais José Saramago, Prix Nobel de Littérature. L'auteur imagine l'humanité frappée de cécité et décrit les conséquences d'un tel drame. En 2008, Fernando Meirelles en a tiré un film, Blindness.

 

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QUIZ 16 - Jeu littéraire

Rends à César ce qui est à César

Il s'agit de retrouver les auteurs des oeuvres suivantes.

Leurs nom commencent par A.

1 Colombe

2 Orgueil et Préjugés

3 La Jument Verte

4 Les Yeux d'Elsa

5 Les Oiseaux  

6 La Princesse au Petit Pois

7 Les Confessions

8 Sous le Pont Mirabeau

9 Les Chemins de la Faim

10 Les Tragiques

11 Le Jardin des Délices

12 Organon

13 des Corps Flottants

14 La Divine Comédie

15 On n'est pas des Boeufs

16 Paolo-Paoli

17 le Jeu de la Feuillée

18 L'homme à l'Oreille Cassée

Mais qui donc a dit que ce serait facile ?

 

Réponses ci-dessous

V

 1 Jean Anouilh 2 Jane Austen 3 Marcel Aymé 4 Louis Aragon 5 Aristophane 6 Hans Christian Andersen 7 Saint Augustin 8 Guillaume Apollinaire 9 Jorge Amado 10 Agrippa d'Aubigné 11 Fernando Arrabal 12 Aristote 13 Archimède 14 Dante Alighieri 15 Alphonse Allais 16 Arthur Adamov 17 Adam de la Halle 18 Edmond About  

 

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20 octobre 2010 3 20 /10 /octobre /2010 16:17

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UNE HISTOIRE DE COQ

 

Ce matin, je suis descendue dans mon jardin pour profiter de la douceur de l'été indien qui s'est installée depuis peu. J'aime y rester assise sur le banc et contempler les minuscules avancées du temps qui, de jour en jour, transforment les formes et les couleurs.

 

Planté au milieu de la pelouse, un coq est là qui me regarde.

« Je ne te connais pas », lui dis-je, « Que fais-tu donc chez moi ? »

 

Un murmure plaintif sort de son bec. Il reste figé, devant moi, et n'avance ni ne recule, m'observant avec méfiance mais sans crainte.

« Comme tu es beau ! » m'exclamé-je, sans croire vraiment que la flatterie puisse avoir sur lui quelque effet.  N'es-tu pas le coq que j'ai entendu plusieurs fois crier dans le jardin voisin et que j'ai entrevu par delà la haie, à courir, les ailes feu déployées, poursuivi par le chien et puis par le chat peu amènes qui te disaient leur désapprobation de t'être installé chez eux ? À coup sûr c'est bien toi. Qui d'autre ? Et ainsi te voilà réfugié chez moi, en quête d'un havre de paix, d'un paradis improbable. Tu as raison, qui ne tente pas sa chance n'a rien en ce vaste monde. Tu mérites ma protection si tant est que ton maître ne vienne te prendre pour te remettre dans son enfer. »

Il m'écoute avec attention. Je sens un piège : je l'aime déjà.

 

Mais voilà monsieur mon voisin qui arrive et pointe le nez par dessus le portail ajouré.

« Entrez donc, lui dis-je, vous venez chercher votre coq ? »

Il me raconte qu'on lui a fait ce cadeau, un cadeau bien encombrant, précise-t-il, parce qu'il a rendu service à un fermier. Ce dernier a pensé lui faire plaisir en lui offrant en retour le volatile innocent, qu'on destinerait probablement à la casserole.

« Lui couper le cou ? Le plumer ? Ah, je ne le pourrai pas, me dit le propriétaire du coq. Voyez comme il est heureux chez vous. En paix. Je vous le laisse. »

Comment supporter l'idée qu'on puisse rayer de la surface de la terre une créature aussi magnifique pour le plaisir d'un coup de fourchette ? Quelle abomination ! Quelle horrible pensée — vous en êtes d'accord, lecteur sensible, qui frémissez déjà — que d'imaginer ce bel animal, si vif, si fier, réduit misérablement à un tas d'os rongés et à une inutile plumée !

Mais comment accepter de l'adopter ? Chez moi ? Non, non, je ne puis m'y résoudre, ce n'est pas sa place.

Je voudrais protester, donner des arguments à mon voisin qui a su s'imposer de façon aussi cavalière, pour qu'il reprenne son coq. Mais peut-être sent-il dans ma voix une certaine réticence, une insistance sans conviction, une molle opposition. Il n'écoute pas et coupe court.

« Gardez-le, je sais qu'il sera heureux ici. »

Et le voilà qui s'en va et me laisse dans la plus grande perplexité.

 

Je contemple l'animal et ne peux que fondre de plaisir à sa vue. Son attitude noble et orgueilleuse force le respect ; la multitude des couleurs de son plumage, l'admiration. Son corps luit, comme recouvert de fines lames d'or et de cuivre qui miroitent au soleil, Sa longue queue noire dressée retombe en éventail, brillant d'une moire digne d'une soie orientale. Sa crête charnue lui donne un air royal. Ai-je jamais vu de coqs ? En ai-je jamais vraiment regardé un ? Je croyais l'avoir fait dans plus d'une basse-cour mais jamais je n'ai été ainsi saisie par une telle beauté.

 

Il ne me reste qu'une chose à faire : aller chercher pour le nouveau venu de quoi manger et boire.

J'ai tôt fait de mettre à sa disposition un récipient d'eau et de lui donner ce dont je dispose : de la mie de pain frais trempée, des grains de riz (bluté, dommage !) et des graines de lin bio, brillantes à souhait, bien faites pour restaurer sa santé, à croire que je veux faire de lui un produit bleu blanc coeur. Je passerai tout à l'heure à Jardiland pour acheter des aliments adéquats.

Il a tout compris, tout de suite, quand j'appelle : « Petit, petit, petit... »

« Je te nommerai Nestor. À présent, tu n'es plus seulement un coq, mais mon coq. »

À mon âge, qui donc eût dit que je succomberais à l'attrait d'un gallinacé !

 

Victor, mon petit fils est venu admirer Nestor. À quinze mois on est curieux de tout. Les animaux le fascinent. Chats, chiens, pigeons, chinchillas lui sont familiers, mais un coq ! Il veut l'attraper. Le coq court parmi les fleurs, il bat des ailes mais sans grande conviction pour prendre son envol.

 

« Attention, Victor ! On ne court pas après un coq ! On le regarde, c'est tout. »

 

Victor lui adresse des cocoricos comme il les a entendus sur quelque DVD qui énumère, pour les enfants, des cris d'animaux, et il est étonné de n'entendre en réponse que des gloussements. Drôle de dialogue.

Je m'afflige que le petit ne pourra décidément pas continuer à s'amuser sur une pelouse parsemée de fiente malodorante et collant aux semelles. Son père me propose de bâtir une cabane pour le coq et même d'y inviter quelques poules. Soyons raisonnable, ne nous laissons pas succomber au pouvoir de séduction de Nestor. Non, on ne pourra pas le garder. Mais, comment faire pour se séparer de lui tout en lui préservant la vie, tout en lui trouvant un lieu où il puisse être heureux ?

 

Voilà déjà plus d'un mois que j'habite chez mon coq. Il domine la situation de son allure altière. Je ne cesse de l'admirer, de lui parler doucement, de lui faire découvrir les choses intéressantes de mon jardin. Chaque matin, il me demande de soulever les grosses pierres qui servent de bordures et de décoration. Oui ! Il me le demande. À voir l'excitation qui le prend lorsqu'il m'aperçoit — il se précipite à ma rencontre, les ailes battantes, poussant même de petits cris — à voir l'insistance qu'il prend à vouloir marcher tout près de moi, sur mes pieds s'il le pouvait, je ne peux résister et je cède à ses désirs. Nous faisons le tour du jardin. Sous chaque pierre soulevée, on s'extasie devant la découverte de toute une faune qui affectionne les lieux sombres et humides. L'insecte ou le crustacé débusqué ne fait pas un pli, Nestor l'avale goulûment (entre autres mille-pattes, vers blancs, et cloportes), ou c'est une grosse limace gluante qui est aussitôt déchiquetée pour être gobée elle aussi, ou un énorme lombric ou des vermisseaux qui n'ont pas le temps de dire ouf, toute une nourriture savoureuse gorgée de protéines qui fait de mon volatile préféré un modèle du genre ; il gagnerait des médailles, j'en suis sûre. Vrai, il a doublé de volume depuis que nous avons fait connaissance. Fier comme Artaban, il se promène selon sa fantaisie, projetant d'un coup sec sa tête à chaque pas, arborant une assurance souveraine, en maître des lieux.

 

Mon chat langoureusement s'étire sur le banc tout chaud de soleil. Couché sur le dos, Caramel donne son ventre miel à admirer. L'oeil mi-clos, il ne perd pas de vue ce qui se passe autour de lui. J'aime savoir qu'il fait bon ménage avec Nestor. Deux merveilleux êtres intelligents qui vivent en bonne intelligence. Le Paradis dans mon jardin ! Ils ont compris qu'ils pouvaient tirer le meilleur parti en se côtoyant sans se jalouser trop, à faire comme si l'autre n'existait pas ou presque. Ils s'observent discrètement sans que je m'en aperçoive, mais je me doute bien que rien de ce que fait l'un n'échappe à l'autre. Et voilà mon Nestor qui, faisant semblant de picorer on ne sait quoi, s'approche du chat à demi-sommeillant, sans en avoir l'air, à petits pas, et il dresse le col pour se mettre la tête à la hauteur du banc, l'oeil rond et curieux. La distance diminue dangereusement entre mes deux chéris, et j'observe. Soudain, alors que le bec est près d'effleurer le joli ventre rond, un coup de patte vif et précis assène une gifle sur le coq ébaubi qui fait quelques pas en arrière, vexé je vous l'assure, de n'avoir pu éviter le rappel à l'ordre intempestif du chat : on ne plaisante pas avec une trop grande familiarité. Et voilà Nestor reparti un peu plus loin, sans avoir sourcillé, sachant bien qu'il ne doit s'en prendre qu'à lui-même s'il a reçu la semonce, faisant comme si de rien n'était, déambulant inlassablement dans l'herbe à la recherche de proies invisibles aux yeux du commun des mortels, et décidant qu'à tout prendre il vaut mieux ne pas tenir rigueur au félin, d'ordinaire accommodant, et qui l'a si bien accepté sur son territoire.

 

Les jours se raccourcissent. Nestor va se coucher vers les six heures et demie et chacune de ses soirées perd quelques minutes quotidiennes. Il a déniché dans la haie d'arbustes une place, sur une branche, qui lui convient, où il se sent à l'abri dans le feuillage. Mais une nuit, la pluie est si violente que, lorsque je le vois au matin, le plumage détrempé, l'air piteux, je ressens une immense pitié.

 

C'est urgent, il faut agir avant les mauvais jours, il ne peut rester ainsi à la rigueur des intempéries. Il faut que je case mon coq.

Comment faire pour trouver une personne qui respectera son intégrité et renoncera à le dévorer, maintenant qu'il est bien gras et appétissant à souhait ? Je me mets à la recherche d'un amoureux des coqs, d'une personne qui aura de préférence une volée de poules (histoire de gâter Nestor !) mais sans coq déjà installé dans la basse-cour, car on sait bien que le plus souvent deux coqs ensemble ne font pas bon ménage.

Je me remémore alors Jean de La Fontaine :

Deux Coqs vivaient en paix : une Poule survint,

Et voilà la guerre allumée.

[...]

 

Je veux que mon coq soit heureux, un point c'est tout.

Après avoir supplié mon voisin de rechercher lui aussi une famille accueillante, — hélas sans succès —  j'ai l'idée, un dimanche matin, de demander à une bonne dame de ma petite ville, que je connais pour avoir fait partie d'une famille paysanne, et à ce titre, j'ai bon espoir qu'elle trouve quelque fermier qui fasse l'affaire. Pendant la messe où je la rencontre (ô sacrilège !), j'ose lui murmurer discrètement : 

 

« Jeannette, j'ai un coq dont je voudrais me défaire. Verriez-vous une bonne personne qui pourrait l'adopter ? Plusieurs conditions cependant : qu'elle ne le mange pas, qu'elle ait des poules, qu'elle n'ait pas déjà un coq, et qu'on puisse lui faire confiance. »

 

Toujours prête à rendre service, elle réfléchit. Après l'ite missa est, lorsque les fidèles s'ébranlent pour sortir de l'église, voilà que ma Jeannette se poste au milieu de la nef principale, et arrête les paroissiens, les uns près les autres en leur demandant : « Ne voulez-vous pas un coq ? » On entend pouffer, on entend lui répondre que ce serait une bonne idée pour le dîner. Notre curé se propose en plaisantant de prélever une taxe sur la vente. L'essai est un fiasco lamentable. Personne ne veut adopter mon coq.

 

Je demande à mes connaissances. Sans succès.

Jusqu'à mon kiné qui veut bien essayer de résoudre mon problème.

« Je crois que j'ai votre homme, me dit-il. Faisons une tentative. »

Il décroche le téléphone :

« Allô, c'est toi ma chère amie. J'aurais quelque chose d'exceptionnel à te proposer...

Non, je t'assure, c'est très sérieux. C'est un coq. Un coq à adopter.

 Ce n'est pas une plaisanterie, c'est un coq magnifique, il faut que tu le voies. Tu ne résisteras pas.

 Écoute, je te fais une proposition honnête : tu prends le coq, et je garde ton fils pendant les vacances.

 Sais-tu que tu ferais une très bonne affaire. Il parle anglais. Il serait un excellent répétiteur pour ton...

»

Pince-sans-rire, mon kiné se tourne vers moi, l'air contrit.

« Rien à faire, me dit-il, rien à faire ! »

 

Il faut me rendre à l'évidence, l'objectif que je me suis fixé sera dur, très dur à atteindre. Il ne me reste qu'une solution : faire du porte à porte.

J'ai repéré les fermes qui bataillent contre l'invasion urbaine, celles qui sont disséminées autour de ma petite ville, au milieu des prés et des champs, celles, héroïques, qui résistent, qui n'ont pas encore été grignotées par l'avidité des promoteurs de lotissements nouveaux et des grandes surfaces.

Je ne veux pas faire cette démarche toute seule, et Jacques, mon mari, va m'accompagner. Il aime bien faire des connaissances nouvelles, mon mari.

 

On roule sur la route de campagne et l'on aperçoit de loin un fermier qui sort de chez lui pour regarder sa boîte aux lettres. Le temps d'arriver dans la cour de sa ferme, il a disparu. On sonne, on frappe. Personne ne répond. Ne voit-on pas bouger un rideau, ou est-ce une illusion ? Pourtant nous savons qu'il est là, à nous guetter. Le couple que nous formons fait figure de fâcheux qui viennent le déranger. Des Témoins porteurs de la Bonne Nouvelle ? Peut-être ? Que croit-il ? Nous ne nous avouons pas vaincus.

Voyons plus loin. Une dame fort sympathique nous ouvre sa porte. Elle est stupéfaite d'entendre la demande que nous lui faisons et l'on sent qu'elle a vraiment envie de rire.

Jacques l'interroge : 

« Votre nom me dit quelque chose, n'êtes-vous pas la soeur de la dame qui porte le même nom que vous et qui vit à la maison de retraite ? »

 

Et voilà, c'est parti pour des bavardages interminables. On n'a pas fini si on fait ainsi la conversation à tous les fermiers des environs !

Il y a bien une ferme éloignée que nous apercevons d'ici. Je n'ai pas envie de faire des kilomètres. Nous demandons alors à notre interlocutrice si elle ne connaîtrait pas le nom des gens qui habitent là-bas, et nous lui montrons du doigt la maison sur la colline. Chouette, elle le connaît ! On se contentera de téléphoner.

Quand on demande à la brave dame au bout du fil s'il lui plairait d'adopter notre coq, elle nous rit au nez — façon de parler — et elle nous répond, en colère :

« Mais mangez-le donc ! »

 

Nous ne nous décourageons pas.

Le lendemain, nous poursuivons nos investigations en prenant une direction nouvelle. Il y a bien à quelque deux ou trois kilomètres de chez nous une jolie ferme au bord de la route. Nous y passons devant à chaque fois que nous descendons en ville et longeons un grand pré où s'ébattent des poules, qui, ma foi, ont l'air bien heureuses d'être au grand air. Allons-y !

Un aimable monsieur nous accueille, qui semble à peine étonné de notre requête. Il a bien eu un coq autrefois, qu'il aimait bien, mais il a dû s'en séparer à cause d'un voisin qui ne supportait pas ses cocoricos intempestifs ; il est vrai que le pauvre animal inconscient se mettait à chanter à trois heures du matin, quel bêta ! Nous suggérons de faire l'expérience avec notre coq. Peut-être le voisin sera-t-il aujourd'hui plus accommodant.

 

Notre Nestor, pendant les deux premières semaines de son séjour chez nous, ne chantait pas. Une aubaine pour les voisins. Puis un jour, à notre grand étonnement, il a chanté une fois. J'ai bien cru m'arracher les cheveux dans mon lit, alors que je n'étais pas encore levée. C'était sept heures vingt du matin. Le lendemain, c'était sept heures vingt-deux, le voilà qui se remet à chanter, et trois fois. « Aïe, j'ai bien peur que nous ayons bientôt des plaintes du voisinage », ai-je pensé. Mais rien. De jour en jour, et au fur et à mesure que notre coq se sentait plus heureux chez nous, les cocoricos se sont multipliés. Jusqu'à onze fois. Je les comptais, anxieuse, au fond de mon lit, priant que ces cris cessent vite. J'espérais que tout le monde alentour était déjà réveillé, le chant se faisant entendre de plus en plus tard chaque jour, suivant l'heure du lever du soleil.

Comme nous avons bon espoir que l'aimable personne à laquelle nous vantons la beauté et l'intelligence de notre coq, se laissera tenter, nous lui affirmons que l'animal n'est pas un lève-tôt, et que ses poules seront assurément ravies d'avoir un beau mâle à leur disposition. Nous sentons que sa résistance fléchit, les arguments font mouche. C'est fait. Nestor est adopté.

 

Le jour de la séparation arrive et je suis toute triste. Le futur propriétaire vient pour chercher Nestor. Dès qu'il l'aperçoit, il tombe sous le charme. Son admiration n'est pas feinte. « C'est un beau coq, dit-il, et bien gros ! » Il enfile des gants épais pour se protéger des ergots puissants et des grosses pattes griffues.

Nous voilà, le monsieur, mon mari et moi entourant le coq qui commence à se douter que quelque chose de désagréable va lui arriver. Il s'affole et semble me dire : « Que me fais-tu là ? Toi que j'ai aimée, toi en qui j'avais toute confiance. Veux-tu me livrer à des mains étrangères ? Quelle trahison ! » J'ai envie de pleurer, de lui demander pardon, et je me sens vaguement ridicule. Nous n'arrivons à rien, car l'animal risque de s'envoler à chaque fois que nous nous approchons de lui pour le saisir et j'ai bien peur qu'il n'aille dans la rue.

 

« Attendons qu'il se décide à aller se coucher, » propose le monsieur.

J'ajoute : « Il est bientôt l'heure. »

 

On voit alors mon bel oiseau se jucher dans l'arbuste qu'il affectionne. C'est un jeu d'enfant que de s'emparer de lui lorsqu'il est près de s'endormir. On le met dans une petite cage. Je le caresse pour la première et la dernière fois. « Adieu, Nestor, je t'aime. » Le nouveau propriétaire, qui semble ravi, insiste pour nous l'acheter, mais Nestor n'a pas de prix ! Il nous apportera, pour nous remercier, des oeufs de ses poules.

 

Je ne t'ai pas perdu de vue, mon cher Nestor. Chaque fois que je longe le pré où tu passes une vie heureuse, je te vois, au milieu de tes compagnes. Tu les domines de toute ta hauteur, toujours digne et majestueux, portant avec ostentation tes couleurs flamboyantes, et je ralentis ma voiture, si aucune autre ne me suit de près, pour t'admirer encore, et encore. Et mon coeur se serre d'émotion, et je me traite de bête, pour être aussi sensible. Tout juste si je n'essuie pas une larme, heureuse que je suis d'avoir pu te sauver de l'indifférence des hommes.

 

Ô coq ! Emblème gaulois de mon pays ! Je comprends à présent pourquoi tu fus choisi parmi toute la gent animale pour le représenter, pourquoi on t'a préféré au lion, ou même à l'aigle qui t'a détrôné un temps, celui des empires des Napoléon, mais que tu as su chasser, et tu es revenu, tel le phénix qui renaît de ses cendres, plus glorieux que jamais ! Les Français se souviennent-ils que depuis le Moyen-Age où ils t'ont adopté comme symbole religieux — Ne trônes-tu plus en girouette sur le clocher de nos églises ? —  puis, à la Renaissance où tu t'es attaché à l'idée de notre Nation, tu as accompagné l'effigie de nos rois au fil des siècles. On te trouvait parfois, sur les pièces de monnaie, sur les timbres, sur les gravures, et tu te dresses toujours, bien visible, sur certains monuments fameux. Tu restes au fond de nous comme une certaine image de la France, la France profonde et paysanne, et tu apparais encore, exaltant les coeurs, sur les terrains où nos sportifs rêvent de la victoire.

Ô mon coq ! Je t'ai découvert, dans toute ta splendeur et avec un coeur qui ressent des choses dont je ne me serais jamais douté, avec une intelligence et une délicatesse qui m'étaient inconnues jusqu'alors. Je ne t'oublierai jamais, Nestor, toi dont le cocorico retentit encore dans mon souvenir !

 

Une voisine m'interpelle l'autre jour : « Ah ! Comme votre coq chantait le matin ! » Je crois à un reproche qu'elle va me faire.

« Comme il me manque, me dit-elle, comme il me manque de l'entendre ! »

.................................

Notes

Les moindres détails de cette histoire sont vrais, le croiriez-vous ?

 

m'exclamé-je ou m'exclamè-je (Nouvelle orthographe): je m'exclame avec le sujet inversé.

 

Eussé-je, eussè-je, j'eusse, fussé-je, fussè-je, je fusse, dussé-je, dussè-je, eût-il, fût-il, dût-il, fût-ce, fussent-ils, parlé-je...

Réforme de l'orthographe - L'orthographe recommandée aux enseignants - Lexique

 

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20 octobre 2010 3 20 /10 /octobre /2010 08:21

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Tout en haut du piton rocheux qui dominait la ville, se dressait, impressionnant et grave, le Château. On ne pouvait tourner la tête dans sa direction sans le voir et il rappelait, à tout un chacun, la puissance qu'il exerçait sur le mental. Les carcasses les moins robustes tremblaient, les esprits les plus résolus fléchissaient devant le symbole glacé et mortel. On faisait tout ce qu'il était possible pour éviter de lever les yeux sur lui, à tel point qu'on en oubliait le plus souvent de regarder les divines beautés du ciel changeant qui se moquait bien de ce qui se passait ici-bas.

 

Avant de nous extirper de la cache où nous nous étions dissimulées, bien à l'abri des ondes indiscrètes, je prévins Alcmène de ma décision de pénétrer dans cette forteresse.

Elle me traita d'intrépide et de téméraire et me pressa de lui dire de quel mal je me plaignais pour vouloir ainsi aller quérir un remède au Château, au risque de ne pas me porter mieux, ou même d'encourir un blâme. Elle ne put me décrire lequel exactement, car on craignait de parler librement de ces choses. Des rumeurs couraient, chuchotées imprudemment à l'oreille, quand on croyait se trouver dans un lieu sûr. Je ne lui dis pas un mot de mes intentions exactes, pour la préserver, au cas où on la presserait d'avouer ce qu'elle savait sur moi.  

Je me serais bien laissé convaincre de n'y point aller, si forts étaient les arguments de ma chère Alcmène, mais la curiosité qui m'animait était trop intense pour lui céder. Je saurais désormais qu'il me fallait me tenir sur mes gardes.

N'étais-je pas tout fraîchement arrivée dans ce monde d'inquisiteurs ? Je me doutais bien qu'on m'avait à l'oeil°.

 

Sitôt que je fus sortie à l'air libre, je respirai de toute ma capacité pectorale comme si une hyper oxygénation pouvait me délivrer de mes peurs. Il me fallait les vaincre pour affronter l'inconnu. Il me fallait les vaincre pour éclaircir le mystère.

 

     « À vouloir trop savoir, qu'y gagne-t-on ? dit le sot. Si tu m'apprends que l'architecture des pommes de pin fait que l'air virevolte autour d'elles, les pignes en seront-elles meilleures ? »

..........................................................

 

NOTES

Première phrase : ..........................le Château

LA SUSPENSION - Procédé de style qui veut produire un effet : rejet en fin de phrase du groupe nominal le Château.

 

à tel point qu'on en oubliait le plus souvent de regarder les divines beautés du ciel

conséquence après la locution conjonctive à tel point que

> À un tel point que, à un point tel que, au point que

 

il rappelait, à tout un chacun, la puissance qu'il exerçait

Tout un chacun, n'importe qui.


Je me serais bien laissé convaincre de n'y point aller

♦ Place de Y : Lorsque le verbe à l'infinitif est précédé d'un adverbe (bien, trop, toujours...) ou de la 2e partie de la nég. (pas, point, rien, jamais...) Y précède le groupe adverbe + infinitif 

> La place de Y et de EN dans la phrase. Vous recherchez des difficultés dans cet exercice ? Vous finirez bien par Y EN trouver. + QUIZ 67

♦ laissé, participe passé suivi d'un infinitif : invariable.

> L'accord problématique des participes passés FAIT et LAISSÉ - Ils se sont fait ou faits / Elle s'est fait ou faite / Ils se sont laissé ou laissés...


Je me doutais bien qu'on m'avait à l'oeil°.

on me surveillait

 

Sitôt que je fus sortie à l'air libre

langue soignée, emploi de la locution conjonctive > Sitôt que

passé antérieur

 

je respirai de toute ma capacité pectorale

pectoral, de la poitrine.

 

les pignes en seront-elles meilleures ?

Une pigne, c'est la graine de la pomme de pin mais c'est aussi parfois la pomme de pain elle-même. 

Dans la Loire on appelle une pomme de pain un babet.

 

Les babets ! Ce mot résonne dans ma mémoire et me plonge dans mon enfance. Comme les promenades dans les bois du Pilat fleuraient bon les résineux ! On y ramassait les babets, précieux butin qui devenait jouets. Les babets femelles avaient notre préférence, c'étaient les plus gros. Je sens encore sous mes doigts le rugueux contact de leurs écailles. Certains d'entre eux, cônes presque fermés, d'autres, cônes éclatés, que la nature artiste avait sculptés dans une inégalable perfection.

 

<< 76 Délires qui semblent donner peu d'espace à l'espoir

>>78 Délires qui promettent d'étranges rencontres - "Rends à César ce qui est à César" QUIZ 16 

 

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19 octobre 2010 2 19 /10 /octobre /2010 10:32

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La matriarche susnommée avait décrété moultes ordonnances, et Alcmène était prête à m'en donner tous les détails qui régissaient la cité. Elle fit appel à ma prudence.

« Ton ignorance, me dit-elle, est le pire de tous les maux. Et si tu veux préserver ta vie, il te faudra apprendre par le menu ce qui est autorisé et ce qui est interdit ici. Rien n'est plus précieux qu'une bonne connaissance de La Règle à laquelle tu dois te soumettre. Si tu l'enfreins, tu es perdue.

Tu as vu comme il est facile de tomber dans le piège des émotions qu'on ne doit en aucun cas laisser paraître. À chacun de tes manquements, des limiers à l'affût sont prêts à fondre sur toi. Et si tu veux avoir la vie sauve, il te faut payer des pots-de-vin qui te mettent sur la paille° pendant des décennies. Tu en as été le témoin. Amphi m'a fait un cadeau dont tu ne peux à peine imaginer le prix. Il n'en était aucunement contraint. Sans sa générosité, c'en était fait de moi... Je sais ce que tu penses. Tu te demandes pourquoi je n'ai pas moi-même payé sur mes propres deniers. Sache que ma bourse s'est vidée depuis fort longtemps. Je suis à sec. J'ai tant de fois manqué à La Règle, tant de fois violé ses commandements impitoyables — et cela sans le vouloir, tu peux bien me croire — qu'à chacune de mes erreurs, il m'a fallu me dépouiller un peu plus. L'impétuosité de mon caractère indocile, mon incapacité à brider les intempestifs mouvements de mon âme, mon humeur inconstante, mon comportement d'extravertie que je ne puis juguler, voilà ce dont je devrais me défaire, Amphi m'en fait le reproche chaque jour. Et si je continue ainsi, à être déraisonnable, irréfléchie, impulsive, inconséquente, écervelée... »

 

Alcmène ne put continuer. Elle éclata en sanglots. Je ne pouvais croire qu'elle était comme elle se décrivait elle-même, Mais une chose était sûre, elle s'acheminait lentement vers le désespoir.

Je jurai de mettre tout en oeuvre pour l'aider à sortir de ce cercle infernal. Il en allait de sa vie, et de la mienne aussi.

Comme j'étais naïve ! Il eût fallu une révolution pour le moins.

Je décidai d'aller au Château.

.....................................................................

 

NOTES

La matriarche susnommée avait décrété moultes ordonnances

la matriarche : il s'agit de Marisa-Loup. Voir les épisodes précédents.

susnommé, nommé ci-dessus.

susdit, susmentionné. 

moult ordonnances ou moultes ordonnances, synonymes : beaucoup de

MOULT, adverbe moult, vieux ou plaisant

 

il te faudra apprendre par le menu

par le menu, en détails.


Sans sa générosité, c'en était fait de moi

> Sans, s'en, sens, sent, c'en, cent, sang, des homophones à ne pas confondre – Sans suivi d'un singulier ou d'un pluriel ?


Si tu l'enfreins

verbe enfreindre

les verbes en DRE font à l'indicatif présent -DS -DS -D

les verbes en INDRE et SOUDRE font -S-S-T

> Les verbes difficiles conjugués à l'indicatif présent, au passé simple, au subjonctif présent et au subjonctif imparfait

 

des limiers à l'affût sont prêts à fondre sur toi

Un limier, un chien de chasse ou un détective, c'est selon.

Rappelez-vous les limiers que nous avons rencontrés au texte Les Délires  63  et suivants.

> L'accent circonflexe – Mettons-le seulement là où il faut - cru, crû, idolâtre, psychiatre, écolâtre, gaîment, absolument, ambigument, fantomatique, tempétueux... + Quiz 58


des pots-de-vin qui te mettent sur la paille° pendant des décennies

Je suis à sec

être sur la paille, être à sec, ne pas avoir d'argent.


mon comportement d'extravertie que je ne puis juguler

♦ Extravertie ou extrovertie, qui a une facilité à exprimer ses sentiments, qui aime les contacts avec autrui, qui est ouverte sur le monde.

Contraire, introvertie.

L'extraversion ou extroversion, l'introversion.

♦ je ne puis, je ne peux pas

> Ne pas confondre : je peux, je puis, je pus, je puisse, je pusse - puis-je, puissé-je ou puissè-je...

♦ juguler, arrêter que la chose se développe.

 

Il eût fallu une révolution

subjonctif plus-que-parfait à valeur de conditionnel passé

il aurait fallu - conditionnel passé (1re forme)

 

<< 75 Délires sur une psyché - À propos de digressions...

>> 77 Délires qui vont m'amener à affronter l'inconnu + Les babets

 

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18 octobre 2010 1 18 /10 /octobre /2010 08:37

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Les digressions suivantes, qui sont des analyses psychiques tout droit sorties du courant romantique qui veut qu'on s'attache à regarder son nombril plutôt que celui des autres, t'agaceront peut-être cher lecteur, toi qui est si impatient de connaître la suite des événements. Mais il faut en passer par là pour mieux appréhender ce qui se passe dans ma tête. Et je n'ai pas l'intention de m'excuser en quoi que ce soit quand je te dis cela ex abrupto !

Ta petite Oli qui s'autoflagelle parfois.  
.................................................................                                                                                                                              

Ma curiosité devint insatiable. Je voulais tout savoir et j'interrogeai Alcmène sur mille détails.

La crispation qui l'avait rendue si dure à mon égard dans les premières minutes de notre entretien, s'effaça peu à peu. Je lui pardonnai, car j'avais compris à quel point, successivement, l'angoisse l'avait paralysée, et la nervosité s'était installée à fleur de peau, a pedibus usque ad caput°, puisqu'il lui avait été impossible de dominer l'effet des giclées de noradrénaline qui l'avaient assaillie, et qui lui avaient si injustement ôté tout libre arbitre,

 

Je sais d'où le sais-je ? qu'il est indispensable de garder son calme et de ne pas vouloir à tout prix raisonner une personne sous l'emprise d'une émotion forte. Ce serait peine perdue. Toute sa volonté et sa capacité à faire travailler son intelligence sont annihilées par un processus cérébral implacable, la réduisant à être la proie de ses instincts primitifs.

 

Peu à peu s'effaça l'agressivité démesurée dont Alcmène avait fait preuve à mon égard alors que je lui avais seulement fait part de mon étonnement, Mais peut-être ne m'eût-il pas fallu rire ou même sourire, c'est cela qu'Alcmène avait ressenti comme insupportable.

 

Quand le calme fut revenu, elle dut reconnaître, en son for intérieur qu'il n'avait pas été dans mes intentions de me moquer d'elle, ni même de mettre en doute ses dires un seul instant. — Suis-je vraiment sincère en disant cela ?  Une fois de plus, je dus faire mon mea-culpa, j'étais trop impulsive et je devrais à l'avenir  tourner sept fois ma langue dans ma bouche° avant de m'exclamer. Ce faisant, et j'enfonçais là une porte ouverte°, je m'appliquerais à réfléchir aux conséquences éventuelles que pourraient entraîner mes paroles trop hâtives et je pèserais le pour et le contre pour les prononcer ou me taire. Cette attitude difficile irait à l'encontre de mon naturel que j'avais maintes fois décidé de chasser, et qui menaçait toujours de revenir au galop.

.................................................................

 

NOTES

Titre - La psyché, ici, ensemble des phénomènes psychiques d'une personne

 

a pedibus usque ad caput, des pieds à la tête (en latin)

 

les digressions suivantes t'agaceront peut-être

une digression - Cf. L'Académie : Ce qui dans un exposé, dans une conversation, un discours s'écarte du sujet principal. Faire une digression. Se perdre dans des digressions.

 

Pardonne-moi si je te dis cela ex abrupto !

Ex abrupto, sans préambule, brusquement. 

 

pour mieux appréhender ce qui se passe dans ma tête.

appréhender

1 -ici, comprendre

2 -craindre.

 

Ta petite Oli qui s'autoflagelle parfois

C'est Oli, la narratrice et l'héroïne de l'histoire qui parle.

S'autoflageller, s'auto-flageller, se critiquer très durement. 

 

impossible de dominer les giclées de noradrénaline

La noradrénaline, neurotransmetteur qui joue un rôle dans les émotions, entre autres.

 

peut-être ne m'eût-il pas fallu rire

verbe au subjonctif plus-que-parfait à valeur de conditionnel passé

Ne m'aurait-il pas fallu rire

 

Je dus faire mon mea-culpa (mea culpa - des mea culpa)

Faire son mea-culpa, avouer une faute avec contrition.

battre sa couple

Mea culpa ! C'est ma faute !

 

Ce faisant, en faisant cela.

 

Enfoncer une porte ouverte° 

J'enfonce une porte ouverte, je dis une vérité évidente, une banalité à faire pleurer.

Mais tu me pardonnes, cher lecteur, n'est-ce pas ?

 

Chassez le naturel, il revient au galop.°

Naturam expelles furca, tamen usque recurret, Horace, poète latin, vers 50 avant JC.

 

accord des participes passés, paralysée, installée, assaillie, avec le COD qui les précèdent

Pour en savoir plus sur les participes passés :

> Règles de l'accord des participes passés

et  > QUIZ 26 

 

le passé simple et l'imparfait, interrogeai, pardonnai, etc.

> Les emplois de l'imparfait de l'indicatif et du passé simple

 

le futur du passé, je devrais, je réfléchirais, etc. 

> Le conditionnel ne serait-il plus un mode ? Le futur antérieur du passé - Le futur antérieur hypothétique

 

<< 74 Délires kafkaïens* - QUIZ 15 Trouvez les hommes et les femmes célèbres dont le nom commence par PA

>> 76 Délires qui semblent donner peu d'espace à l'espoir

 

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16 octobre 2010 6 16 /10 /octobre /2010 11:13

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J'étais bien décidée désormais à être tout ouïe et à ne plus interrompre celle qui était à même de me donner les clefs de ce monde. Alcmène me promit que chaque tour d'écrou que je donnerais m'ouvrirait une porte pour progresser dans le labyrinthe inextricable dans lequel j'avais jusque-là erré sans guide. Peut-être pourrais-je un jour trouver le fil d'Ariane qui me permettrait de m'évader du piège où j'étais prise sans que je l'eusse voulu.

 

Ma nouvelle amie se fit fort de m'initier aux us et coutumes de cette contrée dont les exigences me paraissaient insupportables.

La première chose qu'elle m'apprit, quant à l'âge de ses concitoyens, me glaça : ils n'avaient pas d'âge. Tout au plus, pas d'âge visible, pas d'âge qu'on pût supputer, à voir les visages lisses, les allures alertes, les mouvements souples et aisés, les voix claires et sonores, les chevelures fournies des têtes nues.

« On ne vieillit pas ici, me déclara Alcmène d'une voix blanche. Les rides n'ont pas cours, les calvities sont interdites, on ne chevrote pas...   

 —Est-il possible... ? Je croyais que seul le bonheur supprimait la vieillesse*, me hasardai-je à dire... 

—Il est formellement interdit de tomber gravement malade, coupa-t-elle. »

Cette phrase tomba comme un couperet.

Elle continua :  

« S'il advenait qu'une petite indisposition fondît sur toi, il te la faudrait chasser sur l'heure.  

 —Cela se peut-il ? balbutiai-je. Mais pourquoi m'as-tu dit que je devais me rendre au château quand je t'ai parlé de pharmacie ce matin ? Tu me fais craindre le pire, murmurai-je. »  

Me voyant bouleversée par les explications d'Alcmène, Prétatou me donna un coup de lèche rapide sur la main et glapit : « Ne te laisse pas impressionner ainsi, ma chère, tout n'est pas perdu ! »

Je ne fus pas plus rassurée. 

................................................................ 

*Le bonheur supprime la vieillesse.

de Franz Kafka, l'incontournable Kafka, 1883 – 1924.

 

NOTES

Titre "Délires kafkaïens"

kafkaïen, adjectif dérivé de Kafka, auteur pragois.

> incompréhensible, absurde, cauchemardesque. 

 

J'étais décidée à être tout ouïe

à écouter avec la plus grande attention

Tout ouïe > Ne pas confondre : TOUT adjectif indéfini, pronom indéfini, adverbe (variable dans certains cas) et substantif

 

chaque tour d'écrou que je donnerais

Le Tour d'Ecrou. The Turn Of The Screw, 1898. Roman anglais d'Henry James. Chef d'oeuvre de la littérature fantastique. Il est à l'origine de films, de téléfilms et d'opéras.

 

pourrais-je un jour trouver le fil d'Ariane

le fil d'Ariane, ce qui sert à guider pour sortir de circonstances difficiles, en référence au fil d'Ariane qui permit à Thésée de sortir du labyrinthe (mythologie). Voir plus bas

 

sans que je l'eusse voulu

subjonctif plus-que-parfait de vouloir

> Sans que

 

quant à l'âge de mes concitoyens

quant à, quant au, quant aux, en ce qui concerne.

au, contraction de à le.

aux, contraction de à les.

 

On ne chevrote pas

chevroter, parler avec une voix tremblante.

♦ mot dérivé de chèvre

♦ Voir les mots en OTER et OTTER, la note du texte  20
 

pas d'âge qu'on pût supputer

supputer, calculer indirectement.


S'il advenait qu'une petite indisposition fondît sur toi

♦ advenir - Cf. L'Académie, 8e édition : Arriver par accident, par surprise. Il n'est employé qu'à l'infinitif et aux troisièmes personnes. Les choses étant dans cet état, il advint que...; s'il advenait que...

♦ fondît, subjonctif imparfait. >>Valeurs et emplois du subjonctif

 

Prétatou glapit

♦ glapir, japper, pour un petit chien, pousser des cris aigus.

♦ Pour retrouver les cris des animaux, se reporter au QUIZ 3 texte 15.  

 

Le labyrinthe. Mythologie grecque.

Pasiphaé, l'épouse de Minos, roi de Crète s'accouple avec un Taureau blanc et donne naissance au Minotaure, hybride au corps d'homme et à la tête de taureau. Le roi ordonne que le monstre soit enfermé dans un labyrinthe. L'architecte Dédale le construit. Thésée pénètre dans le labyrinthe et tue le Minotaure. Pour qu'il puisse en sortir, Ariane, amoureuse de Thésée, lui a donné l'idée de Dédale de s'attacher un fil à la cheville. Le fil d'Ariane. Mais Minos enferme Dédale et son fils Icare dans le labyrinthe. Ils s'enfuient grâce à des ailes confectionnées de plumes et de cire. Bien que Dédale mette en garde son fils de ne pas s'approcher du soleil, Icare, enivré par le vol, prend trop d'altitude, la cire fond, et le voilà précipité dans la mer qui portera son nom.

Thésée, infidèle, abandonnera Ariane. Et il épousera sa soeur, Phèdre.

 

On trouve dans Phèdre de Racine :

Ariane, ma sœur, de quel amour blessée
Vous mourûtes aux bords où vous fûtes laissée ! 

(Phèdre, acte 1, scène 1)

 

Rappelez-vous l'un des vers les plus beaux, célèbre pour sa métrique parfaite :

La fille de Minos et de Pasiphaé.

(Hippolyte parlant de Phèdre, l'épouse de son père Thésée, acte I, scène 1)

 

<< 73 Délires à décrypter sans plus attendre

>> 75 Délires sur une psyché - À propos de digressions...

 

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QUIZ 15

Trouvez des personnages célèbres

dont le nom commence par PA

 

1- Médecin alchimiste suisse, (1493-1541) dont les recherches sur la chimie aidèrent à son développement. Dommage qu'il ne fût pas d'accord avec les théories de Galien ! 

 

2- Inventeur de la machine à piston en 1687. Le pauvre, il fut chassé de France pour se réfugier en Angleterre au moment de la Révocation de l'Edit de Nantes par Louis XIV.

La France ne reconnaît souvent ses génies que trop tard. Il mourut miséreux.

 

3- Ah ! Si elle n'avait pas ouvert la fameuse jarre*  comme l'avait bien prévu Zeus, comme nous serions heureux !
*jarre ou boîte

 

4- La dopamine fait défaut à la maladie qu'il a décrite.

"Cesse donc de trembler ainsi, Papi !"

 

5- Mathématicien, physicien, biologiste, inventeur, philosophe, moraliste et théologien. Un des plus grand maîtres de la littérature française. Il nous a fait voyager, entre autres, dans l'esprit de géométrie et l'esprit de finesse, dans l'infiniment petit et l'infiniment grand. Le silence éternel de ces espaces infinis m'effraie.

 

6- Ah ! Le bon chirurgien qui remplaça la cautérisation des plaies à l'huile bouillante par la ligature des artères !

 

7- L'ami intime d'Achille

 

8- Quand on n'a pas d'enfant, on est jaloux de ceux qui en ont et quand on en a, ils vous font devenir chèvre ! La Sainte Vierge, peuchère, elle n'en a eu qu'un et regarde un peu les ennuis qu'il lui a fait ! Et encore, c'était un garçon. Citation de Pa...

 

9- Fils de Gargantua, héros éponyme d'Alcofribas Nasier.

 

10- Personnage d'Henri Charrière dans son roman autobiographique. Incarné au cinéma par Steve Macqueen. Le bagne, quelle galère !

 

11- L'Évangile selon Saint Matthieu, c'est de lui. Sa mère y incarne la Vierge Marie.

 

12- C'était au temps du cinéma muet. Les femmes se prenaient pour Loulou (1929) grâce à PA...

 

13- Célèbre flûtiste. Avec ses cornes et ses pieds de bouc, il n'a rien pour séduire et les dieux se moquent de lui. Il est le protecteur des bergers et des troupeaux. Mais aussi de la foule. Il donne un nom dérivé du sien à la foule en délire. Il meurt un jour, ce que ne font jamais les autres dieux !

 

14- Son amour a eu de bien tragiques conséquences, la guerre de Troie.

 

15- Il se suicide en 1950 dans une chambre d'hôtel de Turin et il laisse son dernier texte : La mort viendra et elle aura tes yeux. On considère qu'il est le plus grand écrivain italien du XXème siècle.

En1955 Michelangelo Antonioni donne d'après une de ses nouvelles, le film Tra donne sole, Femmes entre elles.

 

16- Une famille qui a fait beaucoup de voitures.

 

17- Prix Nobel de médecine en 1904. Champion des réflexes conditionnels. On se souvient de son chien.

 

18- Capitaine de l'Armée des Etats-Unis pendant la Première guerre mondiale, Old blood and guts, le vieux sang et tripes comme l'appelaient ses hommes obtint le grade de Général de Division pendant la Seconde Guerre Mondiale,

 

19- Couturier et fabricant de parfums, 1887-1936.

 

20- 1782-1840 Violoniste, altiste, guitariste et compositeur italien. Le plus grand violoniste qui ait jamais existé. En 1987, Klaus Kinski adapte sa jeunesse à l'écran sous le titre de Kinski-Pa...

 

21- Il donna un coup mortel à la théorie de la génération spontanée. A faire enrager ses pairs !

 

22- Encore heureux que nous ne fassions pas tous partie de son troupeau !


La solution est ci-dessous.

 

1- Paracelce Philippus

2- Papin Denis

3- Pandore

4- Parkinson James

5- Pascal Blaise

6- Paré Ambroise

7- Patrocle

8- Pagnol Marcel (citation extraite de Fanny)

9- Pantagruel, héros éponyme (qui a le même nom que le titre du livre). Alcofribas Nasier pseudonyme et anagramme de François Rabelais.

10- Papillon

11- Pasolini Pier paolo

12- Pabst Georg Wilhelm

13- Pan (nom dérivé, panique)

14- Pâris (Troyen, fils de Priam, il enlève Hélène, femme de Ménélas qui est grec et le frère du Roi des Rois, Agamemnon.)

15- Pavese Cesare

16- Panhard

17- Pavlov Ivan

18- Patton George

19- Patou Jean

20- Paganini Niccolò

21- Louis Pasteur qui découvrit l'existence des microbes. Et il soigna la rage illico !

22- Panurge, ami de Pantagruel. Il jette d'un bateau un mouton qui sera suivi par tous les autres, dans le Quart-Livre. Personnage de Rabelais

 

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15 octobre 2010 5 15 /10 /octobre /2010 15:40

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« Tu sembles n'avoir aucune idée sur notre gouvernement, commença mon Alcmène encore tout émotionnée. »

J'étais touchée qu'elle eût abandonné le voussoiement, ce qui me donna à penser qu'elle voulait que nous fussions proches. Proches jusqu'à quel point ?

« Ne m'as-tu pas déjà dit que j'étais tombée de la dernière averse ? lui répondis-je en souriant. 

Écoute, m'assura-t-elle avec le plus grand sérieux. Sache, qu'à notre tête, une matriarche a tous les pouvoirs. » 

 

Je ne m'en étonnai nullement. Pourquoi cela m'eût-il semblé étrange ?  

Alcmène suspendait ses phrases comme si j'eusse dû réagir à chacune d'elles.  

« Elle a pour nom Marisa-Loup de Saint-Ange, continua-t-elle. Ne m'as-tu pas laissée entendre que tu l'avais vue chez Marie Cratère ?

  J'éclatai de rire.

Marisa-Loup ! Une matriarche ? Le mot est plaisant ! Est-ce un titre ou un sobriquet ? »


Prétatou me rappela à l'ordre et me fit comprendre, par le truchement d'un aboiement qui n'admettait pas de réplique, que la raillerie était hors de saison. L'heure était grave.

 

« Comment dois-je prendre tes propos ? m'invectiva mon interlocutrice qui sembla soudain d'une susceptibilité exacerbée. Puis-je continuer à te parler sans entendre tes sarcasmes ? As-tu décidé de m'interrompre à chaque fois que quelque chose te semble bizarre ? Dans ces conditions, nous ne pourrons pas nous entendre et tu ne sauras rien ! J'avais cru que tu étais impatiente de savoir ce que j'avais à te dire. Je me suis trompée. Restons-en là ! 

Pardonne-moi Alcmène. Je t'en prie. Je suis prête à apprendre la grille de lecture de ce monde qui m'est encore inconnu, et à m'appliquer à le déchiffrer sous ta dictée. Je n'ai pas voulu me moquer, je te le jure. Je te promets qu'à l'avenir je t'écouterai avec tout le sérieux que tu exiges. Mais comprends-moi. Marisa-Loup ne peut être à mes yeux une matriarche. Elle a tout juste trente ans ! 

C'est ce que tu crois. Il faut, dès à présent, que ta grille de lecture comporte un logiciel lié aux âges.»

 

C'est alors qu'il me revint en mémoire les propos étranges de Marie Cratère auxquels je n'avais accordé aucun crédit. Ne m'avait-elle pas dit qu'elle avait, jadis, fréquenté Paracelse ?

..............................................................................

 

 NOTES

Titre : Délires à décrypter

Décrypter, décoder, déchiffrer.

 

mon Alcmène tout émotionnée

 ♦ L'adverbe tout n'est pas toujours invariable.

> Ne pas confondre : TOUT adjectif indéfini, pronom indéfini, adverbe (variable dans certains cas) et substantif 

♦ Émotionner et Émouvoir, voir la note du texte 21

 

J'étais touchée qu'elle eût abandonné le voussoiement, ce qui me donna à penser qu'elle voulait que nous fussions proches.

eût abandonné, subjonctif plus-que-parfait 

Le voussoiement, le vouvoiement.

Voussoyer, vouvoyer.

Voir la conjugaison des verbes en YER, texte 5
♦ que nous fussions poches, subjonctif imparfait

> Valeurs et emplois du subjonctif 

 

Ne m'as-tu pas déjà dit que j'étais tombée de la dernière averse

allusion à la réflexion d'Alcmène, voir le texte 57

"On pourra se goberger... se goinfrer... et partir sans payer quand les poules auront des dents°, hoqueta-t-elle. Êtes-vous donc tombée de la dernière averse°, ou bien voulez-vous mourir à tout prix ? "

 

Matriarche, patriarche, personne à la tête d'un groupe.

Cela implique que la matriache ait un certain âge.


pourquoi cela m'eût-il semblé étrange ? 

subjonctif plus-que parfait à valeur de conditionnel passé (2e forme)
pourquoi cela m'aurait-il semblé étrange ? (1re forme)


comme si j'eusse dû réagir

♦  Comme si

♦  Ne pas confondre : du dû dus dut, due, dues, et dût

et QUIZ 65 - Texte à trous "Du coeur et de l'ardeur d'apprendre"

 

Un sobriquet, surnom familier, pas toujours apprécié par la personne ainsi nommée qui pense qu'on se moque d'elle.

 

une susceptibilité exacerbée, mots commençant par EX, EXH, voir la note du texte 9

 

Un truchement, un interprète, un porte-parole, un intermédiaire qui traduit des pensées et des sentiments.

 

C'est hors de saison, c'est déplacé.

 

les propos étranges de Marie Cratère auxquels je n'avais accordé aucun crédit.

accorder du crédit à quelqu'un ou à quelque chose, le croire.

le participe passé accordé ne s'accorde pas, pas de complément d'objet direct placé avant lui

Voir L'accord des participes passés - QUIZ 26

 

Paracelce, médecin alchimiste de la Renaissance, voir la note du texte 16

 

<< 72 Délires qui mettent la patience à rude épreuve + 000 Délires qui soulèvent un coin du voile - Une parenthèse autobiographique sur laquelle vous pouvez faire l'impasse

 >> 74 Délires kafkaïens* - QUIZ 15 Trouvez les hommes et les femmes célèbres dont le nom commence par PA

 

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11 octobre 2010 1 11 /10 /octobre /2010 16:56

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Alcmène mit longtemps à se calmer. Elle me sut gré, sans le dire, de la patience pleine d'indulgence que je lui témoignais en restant là, à ses côtés, attentive au moindre de ses mouvements, au moindre de ses soupirs.

Pourquoi s'était-elle laissé aller jusqu'au point de me dévoiler sa faiblesse ? Ce que je lui avais dit l'avait stupéfiée. Mais qu'y avait-il donc dans mes propos de si troublant, de si incroyable, que Mademoiselle de Saint-Ange rendît  visite à Marie Cratère ?

Pourquoi semblait-elle bouleversée à ce point ?

Je commençai à douter de son état mental ; elle avait été bien malmenée la veille.

Qu'il fallait peu de choses à son imagination pour croire qu'il se passait entre les deux femmes une entente secrète et lourde de conséquences, à tel point qu'il était nécessaire de nous terrer au fond d'un trou pour en éclaircir le mystère ! Et quand bien même nous devrions en commenter l'occurrence, que sortirait-il de notre conversation ?

 

Je n'osais prendre la parole avant que le calme ne fût revenu tout à fait, et je considérais Alcmène qui s'apaisait peu à peu. Sa respiration devint plus régulière, et lorsque nos regards se croisèrent, elle me sourit. Elle était vraiment très jolie avec sa petite frimousse d'enfant punie, et je ressentis, en cet instant qui la rendait si proche de moi, comme un élan de tendresse vers cette jeune femme qui n'avait eu jusque-là personne à qui se confier et qui, pour la première fois décidait de sauter le pas° au risque de le regretter aussitôt.

Que savait-elle de moi ? Rien de plus que moi-même.

Connais-toi toi-même* avant de juger.

C'est bien ce que nous aurions pu nous dire pour nous mettre en garde, jusqu'à nous défier l'une de l'autre, jusqu'à nous défier de nous-mêmes. Mais nous n'avions rien à cacher. Et nos coeurs étaient purs. 

....................................................................... 

*Connais-toi toi-mêmeDevise de sagesse gravée sur le fronton du Temple d'Apollon à Delphes. Socrate reprendra cette maxime pour en faire l'un des piliers de sa philosophie.

 

NOTES

Elle me sut gré, sans le dire, de la patience que je lui témoignais

Savoir gré à quelqu'un de quelque chose, lui en être reconnaissant.

Je vous sais gré de... Je vous saurai gré de...

Savoir mauvais gré à quelqu'un de quelque chose, être mécontent de ce qu'il a fait.

Je vous sais mauvais gré de m'avoir insulté.

 

attentive au moindre de ses mouvements

au plus petit de ses mouvements, voir les comparatifs et les superlatifs irréguliers dans la note du texte 30

 

Pourquoi s'était-elle laissé aller

Le participe passé laissé est invariable lorsqu'il est suivi d'un infinitif

>L'accord problématique des participes passés FAIT et LAISSÉ - Ils se sont fait ou faits / Elle s'est fait ou faite / Ils se sont laissé ou laissés...

 

Ce que je lui avais dit l'avait stupéfiée.

stupéfiée, participe passé qui s'accorde avec l' (mis pour Alcmène), complément d'objet direct placé avant lui.

 

Qu'il fallait peu de choses à son imagination pour croire...

Cf. René Chateaubriand.

Qu'il fallait peu de choses à ma rêverie...

Voir l'extrait dans l'article :CHATEAUBRIAND


à tel point qu'il était nécessaire de nous terrer au fond d'un trou

>À un tel point que, à un point tel que, au point que

locutions conjonctives introduisant des propositions de conséquence

 

Et quand bien même nous devrions en commenter l'occurrence

Quand bien même, locution conjonctive suivie du conditionnel (condition)

> Quand - même quand - quand même - quand bien même - quand bien - quand même que + indicatif, subjonctif ou conditionnel, quel mode choisir ? 

Une occurrence, un événement qui arrive de façon fortuite.

 

avant que le calme ne fût revenu tout à fait.

♦ fût revenu subjonctif plus-que-parfait

subjonctif après la locution conjonctive >Avant que 

Ne est explétif après avant que, il n'est pas nécessaire.

>NE explétif - Quand peut-on l'employer ?

 

et je considérais Alcmène qui s'apaisait peu à peu.
Considérer, observer attentivement

s'apaisait : VERBES COMMENÇANT PAR AP et APP, voir la note du texte 14

 

jusqu'à nous défier l'une de l'autre

ici verbe pronominal réciproque 

se défier (de quelqu'un), se méfier de lui.

se défier de soi-même, ne pas avoir confiance en soi.

 

<< 71 Délires à vous donner des frissons, à votre corps défendant - QUIZ 14 Trouvez les proverbes à partir de leur définition - Retrouvez les expressions incomplètes

>> 73 Délires à décrypter sans plus attendre

 

Délires qui soulèvent un coin du voile - Une parenthèse autobiographique sur laquelle vous pouvez faire l'impasse

Vous savez si peu de choses sur moi, moi Oli, l'héroïne et la narratrice de cette histoire.

Je vais profiter d'un petit break1 dans mon récit pour vous en dire quelque chose.

Et je ne vais pas tergiverser ni vous en faire accroire2. À quoi bon ? Je suis si bien protégée devant mon ordinateur qui fait écran et mon écran qui éclaire ma chambre autour de laquelle je voyage3 avant l'aurore. Sans parler de mon nom qui ne révèle rien.

 

Bon, je l'avoue. Je suis vieille aujourd'hui. D'aucuns diraient à ma place :  Je suis une personne âgée ou même  Je suis installée dans la quatrième dimensionOh ! Pardon ! Lapsus..  dans le quatrième âge. Un âge canonique sinon canon4.

 

Vieille ? Qu'est-ce à dire ? vous exclamerez-vous. Que signifie vieille aujourd'hui ?

En fait non. Vous direz plutôt : Vieille comment ? ou bien Quel âge avez-vous donc ?

Si vous êtes un vrai internaute pratiquant assidûment les blogs vous préférerez : Quel âge as-tu ? Ou mieux encore : T'as quel âge ?

Il y a des chances que, bravant tout respect pour l'orthographe, vous écriviez plutôt : Ta quel age ? ou Té vielle comment ?

Eh bien voilà, j'ai quatre-vingt dix-huit ans5. C'est dit.

J'entends déjà les sifflets et les huées, le clap de fin de partie6... C'est mon blog qu'on éteint.  

 

(J'écris la suite pour ceux qui ne m'ont pas fuie en courant)

En fait, coquette, je plaisantais. J'ai cent quatorze ans.

Là, je sens déjà que vous ne me croyez plus...

Si j'avouais mon âge véritable, vous seriez estomaqués, chers lecteurs.

À chacun sa vérité7 !

Je vous vois acharnés à savoir ce que sont les êtres et les choses comme si les êtres et les choses en soi étaient ceci plutôt que cela. Luigi Pirandello

 

Je laisse ce tapuscrit  faire son oeuvre.

Lorsque je l'écris, il y a déjà bien longtemps que j'ai quitté la cité d'Utopinambourg.

Comme le Manuscrit trouvé à Saragosse, ou les Lettres Portugaises, on n'en saura pas plus que si cette histoire était écrite par un anonyme.

Bien que je sois très vieille j'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans8je suis toujours fidèle à moi-même, quoi que9  vous en pensiez, une honnête femme s'il en fut10.

Je vous pardonne vos trépignements d'impatience pour connaître la suite du récit de ma vie. À bientôt. Au prochain épisode.

Votre Oli*,

dont vous suivez fidèlement les pérégrinations.

*Je m'appelle Oli,

du petit nom que j'ai choisi.  (Délires 18).

NOTES

1-Un break. Parfois les anglicismes me surprennent. Un break, dans cette acception-là, indispose. Un dictionnaire me souffle que l'usage en est courant bien que condamnable, et il propose : pause.

Certes, pause est plus posé et s'impose. 

 

2-En faire accroire, tromper.

 

3-cf. Voyage autour de ma chambre du Comte Xavier de Maistre, publié sans nom d'auteur par son frère, le philosophe Joseph de Maistre, et à son insu. Anti-roman, anti-voyage.

Un jour, ce livre est arrivé dans ma bibliothèque comme par enchantement. Pour m'enchanter.

À lire sur la toile. Voir Gloubik, Voyage autour de ma chambre. On l'a écrit avec quelques fautes de frappe, dommage.

Voyage autour de ma Chambre

Vous pourrez y lire entre autres délires métaphysiques : "Messieurs et mesdames, soyez fiers de votre intelligence tant qu'il vous plaira ; mais défiez-vous beaucoup de l'autre, surtout quand vous êtes ensemble !"

 

4-Canon, super chouette.

 

 5-J'ai quatre-vingt dix-huit ans.

L'accord des adjectifs numéraux, vingt, cent, mille...

Et les cas particuliers.

Exemple : Pourquoi quatre-vingts pages et page quatre-vingt ? Etc.

Voir l'article : Savoir orthographier les adjectifs numéraux cardinaux (cent ou cents, vingt ou vingts...) + des millions, des milliards, des billions + Une réflexion sur "les liaisons dangereuses" de Michel Serres

Ne vous cassez donc plus la tête ! La nouvelle orthographe nous permet de mettre des traits d'union entre chaque élément.

Réforme de l'orthographe - L'orthographe recommandée aux enseignants - Lexique

 

6-Fin de partie, pièce de Samuel Beckett, 1957. 

 

7- À chacun sa vérité, pièce de Luigi Pirandello, 1917.

 

8- J'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans. 

Ah ! Le Spleen de Charles Baudelaire !

 

9-quoi que vous en pensiez...

voir les articles  

Quoi que 

Quoique

 

10-une honnête femme s'il en fut.

S'il en fut, expression figée, pas d'accent sur fut, passé simple.

 

Œuvres remarquables dites anonymes

 

+Lettres de La Religieuse Portugaise, dont on spécule encore aujourd'hui sur le nom de l'auteur. Écrites par une religieuse (pas si sûr !) passionnément amoureuse d'un officier français qui l'aurait abandonnée. Peut-être les plus belles pages de la littérature française ! L'amour, la passion, les supplications, la rage, tout y est. Un régal.

Extrait dans ce blog :

LETTRES PORTUGAISES anonyme - La passion amoureuse d'une religieuse

 

+Les Lettres Persanes (d'Usbek et de Rica) publiées sous un pseudonyme de Montesquieu, lequel pseudonyme affirme avoir trouvé ces lettres.

Histoire de critiquer quelque peu le pays qu'il habite (le nôtre), Montesquieu écrit sans se révéler. L'intelligence faite homme, au Siècle des Lumières.

 

+Le Manuscrit Trouvé à Saragosse, fine fleur du roman fantastique, récits en abyme, déjà cité dans ce blog.

 

Et bien d'autres.

Les écrivains adorent trouver des manuscrits qu'ils transcrivent dans leurs romans !

Une façon de se cacher, de dire "ce n'est pas moi, c'est un autre qui a écrit cela", parfois pour échapper aux foudres des autorités, ou encore... pour laisser planer le mystère.

 

Une citation qui n'a rien à voir avec ce qui précède :

De Luigi Pirandello :

Quel auteur pourra jamais dire comment et pourquoi un personnage a surgi dans son imaginaire ? Le mystère de la création artistique est le mystère même de la naissance naturelle.

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8 octobre 2010 5 08 /10 /octobre /2010 16:08

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Alcmène me prit par la main et m'emmena vers une large ottomane recouverte d'un précieux tapis turc dont les fils de laine et de soie entremêlés et tressés au noeud ghiodès étalaient leurs dessins rouges et or d'inspiration byzantine.

Docile, je m'y installai. Elle s'assit tout près de moi.

Comment se faisait-il qu'elle parlât tout bas alors qu'elle m'avait prévenue que personne ne pourrait nous entendre ?

« C'est la peur, me dis-je, la peur. Quoi d'autre ? »  

Une peur irraisonnée.

 

Tandis que nous étions à l'abri du monde et de ses vicissitudes, ne fussent que quelques instants volés au tumulte, je vis Alcmène soudain en proie à un frisson incoercible, une horripilation de tout le corps, à tel point que ce hérissonnement léger parvenait à m'atteindre, et j'en ressentais les vibrations duveteuses sur ses bras nus que j'effleurais parfois, si étroite était la distance qui nous séparait. Des gouttes de sueur glissaient le long de son visage comme s'il en pleuvait. Et malgré les signes flagrants de son émoi, je ne pouvais me résoudre à céder, moi aussi, à cette peur qui se serait voulue contagieuse.

 

Cette femme, à qui je devais tant, m'émouvait. J'avais envie de la calmer, de la rassurer, de lui dire des gentillesses pour qu'elle se sentît moins seule dans la tourmente qui gonflait sa poitrine jusqu'à lui donner le souffle court des asthmatiques.

J'aurais pu la prendre dans mes bras, lui donner des caresses et un baiser peut-être, mais nous n'étions pas liées d'amitié depuis assez longtemps pour que je pusse lui témoigner une affection aussi tendre et j'aurais craint qu'elle ne l'interprétât comme une invite discrète.

J'abhorre les malentendus et les quiproquos, les imbroglios* et la confusion des sentiments**.

Je me rendis compte de mon incapacité à témoigner de mon désir de lui venir en aide. Une retenue me paralysait comme si je me fusse attendue à des reproches.

Ma spontanéité s'était-elle donc émoussée à ce point depuis que j'étais entrée à Utopinambourg ?

   

.............................................................................. 

*Imbroglio, prononciation soit avec le son ll mouillé à l'italienne soit à la française imbroglio

>>Prononciation problématique de quelques mots en français : gageure, almanach, handball, imbroglio, mas, tomber dans le lacs, abasourdi, Auxerre, Bruxelles, Cassis...

 

** La Confusion des Sentiments, Verwirrung der Gefühlede Stefan Zweig. Connaissez-vous les nouvelles de Zweig ? Pas encore ? Que de plaisirs vous attendent à les lire !

 

NOTES
elle m'emmena vers une large ottomane

Une ottomane, grand siège de repos sur lequel on peut s'étendre à la manière turque, sorte de canapé soit sans dossier, soit avec un dossier arrondi, selon ce que nous disent les dictionnaires.

 

dont les fils tressés au noeud ghiordès étalaient leurs dessins rouges et or (ou rouge et or)

Le noeud ghiordès, tissage particulier des tapis turcs

L'accord des adjectifs de couleurs - Cas particulier :

Rouge fait partie d'un groupe coordonné : il peut être considéré comme un adjectif , leurs dessins rouges et or ou comme un substantif, leurs dessins rouge et or (où l'on voit du rouge et de l'or). Cf. Grevisse

L'accord des adjectifs de couleur, voir la note du texte 7

Vous aimez les couleurs ? Jeux sur les couleurs : 1-Complétez les phrases avec des noms de couleurs 2-Trouvez la couleur dans les titres des films 3-Cherchez l'intruse - QUIZ 63

 

Comment se faisait-il qu'elle parlât tout bas alors qu'elle m'avait prévenue

parlât, subjonctif imparfait

Subjonctif puisque le verbe de la proposition principale est à une tournure impersonnelle. Imparfait puisque le récit est à un temps passé.

Elle m'avait prévenue

Le participe passé employé avec avoir s'accorde avec le COD me (élidé) mis pour Oli, placé avant lui.

 

Une peur irraisonnée

voir le préfixe in (im- ir- il-) dans la note du texte 4

 

ne fussent que quelques instantsmême si ce n'étaient que quelques instants, voir l'article sur même si

 

une horripilation de tout le corps

Il y a horripilation lorsque les poils se dressent sur la peau. Les causes ? Le froid, la peur, l'énervement, le plaisir parfois.

Tu m'horripiles, tu me tapes sur les nerfs. (le H est muet)

 

en proie à un frisson incoercible

incoercible, que l'on ne peut retenir.

 

les signes flagrants de son émoi

 émoi, excitation sensuelle.

 

pour qu'elle se sentît moins seule...

subjonctif (imparfait) dans une subordonnée finale (de but)

> Pour que

 

j'aurais craint qu'elle ne l'interprétât comme une invite discrète

interprétât, subjonctif imparfait

subjonctif parce que dans une subordonnée dont la principale comporte un verbe exprimant un sentiment, la crainte.

Voir l'article sur l'emploi du subjonctif

Le NE est explétif, après craindre, avoir peur, etc

cas où il n'est pas obligatoire

NE explétif - Quand peut-on l'employer ? - sans que je ne - avant que je ne - je crains que tu ne - j'empêche que tu ne - je m'attends à ce que tu ne - je ne nie pas que tu ne...

 

j'abhorre les malentendus et les quiproquos

abhorrer, détester, abominer, haïr

 

> Retour au début de l'article 

>> 70 Délires près de dévoiler un secret

<< 72 Délires qui mettent la patience à rude épreuve + 000 Délires qui soulèvent un coin du voile - Une parenthèse autobiographique sur laquelle vous pouvez faire l'impasse

 

QUIZ 14

 

  Trouvez les proverbes à partir de leur définition

 

1- On ne doit pas juger les gens sur l'allure qu'ils ont.

2- Notre façon de faire ressemble beaucoup à celle de nos fréquentations.

3- Difficile de se débarrasser des stigmates de ses origines et de son passé.

4-On ne peut faire de déduction valable avec un seul élément.

5- Personne n'est obligé de faire ce qui est au-dessus de ses forces.

6- On fait des efforts considérables et on est bien déçu de ce qu'on obtient en fin de compte.

7- Ah, si les jeunes gens avaient l'expérience et les vieillards le tonus !

8- N'en faites pas trop aujourd'hui, laissez-en un peu pour demain.

9- Vous êtes malheureux aujourd'hui ? Parions que vous serez heureux demain !

10- Ne vous souciez donc pas de ce que diront les gens ! Agissez pour le mieux.

11-On ne doit refuser à personne les moyens de s'instruire.

12- Mais réfléchissez un peu avant de dire des âneries !

13- Une médisance fait plus de mal qu'une agression physique.

14- Il faut rester raisonnable et savoir faire une chose après l'autre.

15- Quand on a des choses à régler dans son ménage, il vaut mieux ne pas en faire profiter les autres !

 

Complétez le morceau qui manque dans les expressions :

 

1- L'habitude est une

2- À tout seigneur

3- Séparer le bon grain de

4- Cela me fait une belle

5- Faire le coup de

6- Jeter de la poudre

7- Jeux de mains

8- Jouer son

9- S'en donner à

10- On ne peut pas être à la fois

...

...

la laine sur le dos. 11

use le fourreau. 12

bien pendue 13

pour des lanternes 14

de crocodile 15

larrons en foire 16

son latin 17

sur les lèvres 18

la lie 19

lion mort 20

loges 21

loup blanc 22

enseigne 23

les mains pleines 24

 

 SOLUTION

 

1- On ne doit pas juger les gens sur l'allure qu'ils ont.

L'habit ne fait pas le moine.

2- Notre façon de faire ressemble beaucoup à celle des nos fréquentations.

Dis-moi qui tu hantes, je te dirai qui tu es.

3- Difficile de se débarrasser des stigmates de ses origines et de son passé.

La caque sent toujours le hareng. (La caque est la barrique où sont stockés les harengs)

4-On ne peut faire de déduction valable avec un seul élément.

Une hirondelle ne fait pas le printemps.

5- Personne n'est obligé de faire ce qui est au-dessus de ses forces.

A l'impossible, nul n'est tenu.

6- On fait des efforts considérables et on est bien déçu de ce qu'on obtient en fin de compte.

Le jeu n'en vaut pas la chandelle.

7- Ah, si les jeunes gens avaient l'expérience et les vieillards le tonus !

Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait.

8- N'en faites pas trop aujourd'hui, laissez-en un peu pour demain.

A chaque jour suffit sa peine.

9- Vous êtes malheureux aujourd'hui ? Parions que demain vous serez heureux !

Les jours se suivent et ne se ressemblent pas.

10- Ne vous souciez donc pas de ce que diront les gens ! Agissez pour le mieux.

Il faut bien faire et laisser dire.

11-On ne doit refuser à personne les moyens de s'instruire.

Il ne faut pas mettre la lampe allumée sous le boisseau.

12- Réfléchissez donc un peu avant de dire des âneries !

Il faut tourner sept fois la langue dans sa bouche avant de parler.

13- Une médisance fait plus de mal qu'une agression physique.

Un coup de langue est pire qu'un coup de lance.

14- Il faut rester raisonnable et savoir faire une chose après l'autre.

Il ne faut pas courir deux lièvres à la fois.

15- Quand on a des choses à régler dans son ménage, mieux vaut ne pas en faire profiter les autres !

Il faut laver son linge  

 

Compléter les expressions et les proverbes (ceux-ci sont en italiques) :

1- L'habitude est une seconde nature.

2- A tout seigneur tout honneur

3- Séparer le bon grain de l'ivraie

4- Cela me fait une belle jambe

5- Faire le coup de Jarnac

6- Jeter de la poudre aux yeux

7- Jeux de mains, jeux de vilains

8- Jouer son va-tout

9- S'en donner à coeur joie

10- On ne peut pas être à la fois juge et partie

11- Se laisser manger (ou tondre) la laine sur le dos

12- La lame use le fourreau

13- Avoir la langue bien pendue

14- Faire prendre des vessies pour des lanternes

15- Verser des larmes de crocodiles

16- S'entendre comme larrons en foire

17- Y perdre son latin

18- Avoir le coeur sur les lèvres

19- Boire le calice jusqu'à la lie

20- Chien en vie vaut mieux que lion mort

21- Etre aux premières loges

22- Etre connu comme le loup blanc

23- Etre logé à la même enseigne

24- Aux innocents, les mains pleines

 

> Retour au début de l'article

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7 octobre 2010 4 07 /10 /octobre /2010 09:16

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Jetant des regards furtifs de droite et de gauche pour s'assurer que personne ne nous entrapercevait, Alcmène m'emmena au fond du jardin où était aménagée une fosse qui ne laissait passer aucune onde de quelque nature qu'elle fût.

Lorsque la trappe fut retombée sur nous, l'atmosphère cotonneuse semblait faire barrage à nos voix qui en étaient tout assourdies. Le silence épais donnait à entendre des bruits inconnus qui venaient de l'intérieur de notre enveloppe charnelle, inaudibles dans les situations ordinaires de la vie, comme le sang canonnant sous nos tempes, le chuintement de nos alvéoles pulmonaires qui se déployaient et se repliaient à chaque souffle, nos viscères qui travaillaient sans relâche, mettant au turbin° enzymes et bactéries, notre système lymphatique qui charriait incessamment, et pas si lympathiquement que ça, ses petits soldats toujours prêts à l'attaque de microbes effrontés, nos ligaments et nos tendons qui bandaient dans l'effort pour maintenir notre équilibre, et le va-et-vient humide de nos paupières qui s'alourdissaient dans la pénombre.

J'attendais, anxieuse, l'explication d'Alcmène.

 

J'eus un instant le souvenir fugace d'un lieu clos où j'avais souffert un martyre si douloureux qu'il restait gravé en moi, profondément, jusqu'à me tarauder encore, bien que je fusse à l'abri du bourreau que j'avais fui. Mais il était trop tôt encore pour que la cicatrice se fût effacée, et il m'aurait fallu un psy expert en victimologie* pour me guérir des réminiscences qui me torturaient à chaque fois qu'une situation nouvelle me renvoyait aux épreuves endurées avec Marie Cratère.

 

Prétatou, qui s'était faufilé entre nos jambes, serait le témoin de notre conversation. C'est avec acuité qu'il percevait déjà l'émotion dans nos voix. L'oreille dressée et la queue immobile, on eût pensé, à le voir ainsi, se retenant de haleter, qu'il s'impliquait tout entier dans cette affaire.

...................................................................................

*David Servan-Schreiber, neuropsychiatre nous fait part de ses découvertes en neurobiologie dans les livres qu'il a écrits (Guérir, anti-cancer, etc.) Il a travaillé sur une méthode l'EMDR, qui vise à contrôler l'amygdale, où siègent nos émotions, afin de les archiver dans notre cortex frontal. Cette méthode, reconnue par l'INSERM en 2004 soigne le syndrome de stress post-traumatique par le mouvement de l'oeil. Voir sur la toile : David Servan-Schreiber, les vidéos proposées sur la question, EMDR, le cerveau émotionnel, etc.

EMDR, Eye Movement Desentization and Reprocessing – Reprogrammation et Désensibilisaton par le Mouvement de l'Oeil

Le 24 juillet 2011, David Servan-Schreiber meurt. Je suis triste.

Retrouver la note sur nos trois cerveaux à la suite du texte 67

 

NOTES

Personne ne nous entrapercevait

Entrapercevoir, on peut rencontrer entr'apercevoir. Apercevoir à peine, de façon rapide et fugitive.

Voir l'article L'agglutination – entr'acte ou entracte, grand'mère ou grand-mère, appui-tête ou appuie-tête, garde-meuble ou garde-meubles, des soutiens-gorge ou des soutien-gorge, un et des faire-part...

 

qui ne laissait passer aucune onde de quelque nature qu'elle fût

fût, subjonctif imparfait

de quelque nature qu'elle soit, subjonctif présent.

voir  l'article Quelque... que

 

l'atmosphère cotonneuse semblait faire barrage à nos voix qui en étaient tout assourdies

Cotonneuse, dérivés de mots se terminant par ON voir note du texte 63.

poumon, s'époumon(n)er, pulmonaire. 1N

tout assourdies, tout adverbe invariable mais pas tout le temps.

Voir l'article Ne pas confondre : TOUT adjectif indéfini, pronom indéfini, adverbe (variable dans certains cas) et substantif

 

les petits soldats de notre système lymphatique, les lymphocytes.

 

Aller au turbin° (argot) aller au boulot.

 

nos ligaments et nos tendons qui bandaient dans l'effort

Les ligaments relient les os entre eux dans les articulations.

Les tendons relient les muscles aux os.

 

il était trop tôt encore pour que la cicatrice se fût effacée

Le verbe s'effacer est au plus-que-parfait du subjonctif.

Subjonctif après la locution conjonctive pour que qui introduit une subordonnée finale (de but)

Voir l'expression du but dans la note du texte 51

 

j'avais souffert un martyre si douloureux

un martyre ou un martyr ? (Reprise de la note du texte 1)

Un martyre, souffrance ou mort endurée pour une cause, un idéal. Le martyre des premiers Chrétiens.

Par extension, une grande douleur.

Il lui a fait subir un martyre.

Un martyr, une martyre - substantif

celui ou celle qui a souffert et mort pour sa foi.

Saint Irénée, grec de naissance et évêque de Lyon mourut en martyr.

victime, celui qui souffre ou a souffert physiquement ou psychologiquement.

martyr(e) - adjectif qualificatif

un enfant martyr, une petite fille martyre.

 

Prétatou serait le témoin de notre conversation.

Serait, futur du passé 

Le conditionnel ne serait-il plus un mode ? Le futur du passé - Le futur hypothétique

 

On eût pensé qu'il s'impliquait tout entier

eût pensé, subjonctif plus-que-parfait à valeur de conditionnel passé (deuxième forme)

> on aurait pensé...

 

<< 69 Délires dans un drôle de pays de cocagne - La métanalyse

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  • J'aime trop les mots pour les garder par-devers moi - au fond de mon coeur et de mon esprit. Ils débordent de mes pensées en contes drolatiques, avec des quiz et des digressions sur la langue.

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Amoureuse des mots, je cherche comment faire partager ma passion. Il y a tant à découvrir dans les bibliothèques du monde, tant de mots à connaître intimement pour affiner notre pensée, tant de mots qu'on n'entend plus sur nos lèvres, enfermés qu'ils sont dans des livres poussiéreux. Il ne tient qu'à nous de les faire revivre et de les faire chanter. Notre langue, si belle, si riche, demande qu'on la respecte, qu'on la préserve, qu'on s'en amuse et qu'on la chérisse. Mamiehiou ............................................................................................................................................................................................ ...................................;....................................................................... « La langue française est une femme. Et cette femme est si belle, si fière, si modeste, si hardie, touchante, voluptueuse, chaste, noble, familière, folle, sage, qu'on l'aime de toute son âme, et qu'on n'est jamais tenté de lui être infidèle. » Anatole France ....................................................... ............... ................................................................................................................. « C'est une langue bien difficile que le français. À peine écrit-on depuis quarante-cinq ans qu'on commence à s'en apercevoir. » Colette

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