Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
27 octobre 2010 3 27 /10 /octobre /2010 16:44

ACCUEIL & SOMMAIRE

Tous les articles du blog

 

AN TORNAOD - LA FALAISE

 

Je la revois encore ce jour-là, si merveilleusement jeune et belle. Elle dansait en un tourbillon au rythme du vent. Le geste qu'elle faisait pour retenir son bob, profondément enfoncé sur la tête pourtant, la rendait irrésistible de drôlerie. Elle riait et me lançait des mots que je n'entendais pas, perdus, envolés, emportés aussitôt par les bourrasques. Mes yeux ne pouvaient se détacher d'elle. Elle se livrait tout entière à l'élément déchaîné, et j'avais une furieuse envie de l'arracher aux bras d'Éole qui la fouettait si fort que parfois je la voyais vaciller comme un roseau. Mais elle se ressaisissait bien vite et continuait sa danse éperdue. « Je t'aime, lui criais-je », mais ma voix se perdait aussi, si bien qu'Adèle se retournait pour me regarder en m'interrogeant du regard, et je la voyais rire et rire encore. Comme nous étions heureux !

 

Ce coin de Bretagne, grandiose et sauvage, nous l'avions choisi pour nos vacances, nos premières vacances d'amoureux. Fuir la ville, fuir nos semblables, mettre une bonne fois nos études entre parenthèse, n'être que nous deux sur la terre. À nous aimer.

 

« Attention ! Tu es trop près du bord ! » Je me précipitai pour la prendre dans mes bras. Je la serrai de toutes mes forces. Elle se moqua de moi avec un petit roucoulement de plaisir. Oui j'étais bien là pour la protéger, mais je la laissai aussitôt s'échapper et la voilà qui recommence à me faire peur et elle met ses deux bras en balance comme le funambule qui ne craint pas les abîmes vertigineux qu'il défie. « Arrête ! lui criai-je » et le son de ma voix se fit plus pressant, plus crispé. Une rafale plus forte l'eût enlevée.

Je la grondai, je la traitai d'enfant. Elle jubilait.

Soudain, on sentit que la force du vent tombait doucement.

- C'est moins drôle, dit-elle. J'aimais bien Hurlevent.

- Ce sera bientôt l'heure de trouver un coin paisible pour monter notre tente, peut-être serions-nous plus raisonnables de descendre dans un lieu abrité, lui proposai-je.

- Oh non ! dit l'intrépide. Regarde, le vent s'est calmé. Dressons-la ici, que nous puissions voir, en nous couchant, le soleil baisser doucement en se jouant des nuages et nous offrir ses couleurs. Je veux, oui, je veux du spectacle !

- Ce sera bien sexy de devoir se relever la nuit et de défaire la tente si le vent se lève à nouveau, marmonnai-je.

- Tentons le diable donc ! Je veux me laisser bercer par le chant du ressac, et des vagues qui s'écrasent, tout en bas, sur la falaise. Je veux être ivre de sensations nouvelles ! Gaspar ! se mit-elle à hurler comme pour entendre un écho, mais sa voix ne revint pas à nos oreilles.

J'aimais lorsqu'elle donnait libre cours à son enthousiasme. Sa joie de vivre explosait, sans limite, et je mesurais à quel point j'étais différent d'elle, toujours soucieux des convenances, pesant le pour et le contre à chaque fois qu'il me fallait prendre une décision. Elle m'avait libéré, d'une certaine façon, et je ne m'offusquais jamais de l'entendre se moquer gentiment de moi. Je sentais que petit à petit j'avais commencé à me transformer depuis que je la connaissais. Je savais mieux prendre la vie comme elle venait, plus joyeuse était mon humeur et je parvenais même à mettre quelque fantaisie dans mes projets. Elle s'en réjouissait.

 

Nous arrivâmes à un calvaire qui se dressait, seul, comme abandonné dans le paysage inhospitalier. Il était de facture bretonne avec ses grands bras étendus que l'on devinait avoir été travaillé de pieuses sculptures depuis longtemps émoussées par le sel et le vent. Adèle ne manqua pas d'être émue à sa vue et évoqua, avec des accents profonds, la prière des innombrables femmes de pêcheurs qui, pendant des siècles, avaient dû venir là, sur le promontoire gigantesque, pour dire adieu à leur aimé en regardant s'éloigner son bateau dans le flot cruel, ou bien pour l'attendre, et voir, à l'horizon, se profiler soudain la silhouette reconnue du fragile esquif, et ressentir, à cet instant, un soubresaut violent dans la poitrine, jusqu'à ce qu'elles pussent serrer dans leurs bras, comme des folles, leur homme retrouvé. Je vis ma chère Adèle s'approcher de l'oeuvre monumentale et en caresser le fût rugueux dont le granite rongé était torturé de crevasses d'un vert grisâtre. Elle se recueillit un instant, puis se releva aussi vive et enjouée qu'elle l'était quelques minutes auparavant, et elle voulut m'entraîner dans sa course éperdue. J'avais sur le dos le matériel de camping qui commençait à peser et je fus ravi qu'Adèle prît pitié de moi et voulût bien en rester là de notre galopade aventureuse.

Nous nous installâmes sans tergiverser bien qu'il me semblât que l'endroit ne nous offrît pas une grande sécurité mais je succombai au pouvoir de persuasion d'Adèle qui faisait de moi tout ce qu'elle voulait. Il serait temps de déguerpir au plus vite si le vent se levait à nouveau. La facilité de déployer et de replier la tente était enfantine, et nous aurions tôt fait de changer d'endroit si l'inquiétude se faisait sentir.

 

Le crépuscule arriva doucement après une explosion de couleurs fantastiques. Quand nous fûmes installés, nous nous assîmes sur le roc infertile face au couchant. J'écoutai Adèle s'exclamer, et je jouissais, de concert avec elle, d'un ravissement inattendu devant le spectacle de la nature s'illuminant des couleurs du prisme qui viraient au fil des heures, à celles les plus chaudes, le jaune, l'orangé, le rouge, jusqu'à ce que le soleil eût disparu enfin derrière l'horizon. C'est alors que s'alluma le phare dans la nuit naissante, au milieu de l'eau, et il se mit à nous lancer, de façon intermittente, des clins d'oeil complices.

Lorsque nous décidâmes de nous arracher à cette contemplation pour profiter des dernières lueurs qui nous permettraient de prendre notre repas frugal, le vent se leva brusquement, une pluie battante nous surprit et nous força à plier bagage sur le champ. En jeunes gens ignorants des caprices du temps en ce lieu exposé, nous fîmes de mauvaise fortune bon coeur, comme nous avions vaguement prévu qu'un changement pouvait arriver, mais non la violence dont nous fûmes la proie en un éclair. Nous étions en train de rassembler nos affaires qui menaçaient de s'éparpiller, lorsqu'une rafale plus forte que les autres souleva notre tente dont les flancs s'étaient mis à battre de façon peu ordinaire, et nous n'eûmes que le temps de nous écarter pour la voir s'arracher de son ancrage que je m'étais pourtant appliqué à fixer le plus solidement possible, et s'en aller tout bonnement dans les airs, courir en sautillant jusqu'au bord du finisterre, là où la terre n'est plus, et plonger sans hésitation dans le vide, pour disparaître de notre vue. Nous fûmes tout ébaubis de nous retrouver dépouillés de tout, sous la pluie battante, parvenant à peine à résister à la force du noroît, qui, à coup sûr, avait atteint le haut degré de l'échelle de Beaufort, c'est ce qu'un météorologue aurait constaté s'il avait eu le loisir de le mesurer. L'urgence était de nous trouver un abri, et nous nous mîmes à courir comme des fous, sans savoir exactement où nous diriger, car nous n'avions pas repéré de havre qui eût pu nous abriter.

Le phare qui, tout à l'heure, jetait ses feux alentour, était invisible, et c'est tout juste si nous pouvions nous orienter dans la direction opposée de la falaise, pour ne pas être précipités dans la mer, si dense était l'air qui s'obscurcissait. N'eussent été les éclairs qui s'étaient mis de la partie et qui nous permettaient de nous situer approximativement, nous eussions couru dans un trou noir.

 

- Regarde ! Une maison !

Adèle, dont l'acuité du regard ne laissait rien échapper, me montra en effet un vieux manoir à proximité. C'était inespéré. Il nous semblait bien être déjà passés par là, mais ce devait être un effet de notre imagination. Nous nous sentions trop perdus pour nous étonner du fait que nous ne l'avions pas vu auparavant. Nous avions l'espoir qu'il serait habité, pour pouvoir y demander refuge, et, dans le cas contraire, nous étions prêts à toute effraction pour y pénétrer.

 

La bâtisse s'élevait, fantomatique, et sa silhouette de pierres grises se détachait sur le ciel noir, à chaque fois qu'un éclair la faisait surgir devant nous. Nous n'aurions jamais eu le coeur de nous approcher d'elle en d'autres circonstances, ni d'avoir la moindre envie de frapper à sa porte, car elle nous apparaissait bien peu accueillante. Cela tenait  à son aspect ancien, sans rien qui égayât sa façade austère. Haute de trois étages, avec sa toiture d'ardoise pentue et flanquée d'une tourelle, elle se dressait devant nous et nous en imposait.

 

Lorsque nous parvînmes non sans difficultés jusqu'à la porte, je saisis le marteau puissant qui devait résonner à l'intérieur dans toutes les salles, et je frappai trois coups. Nous dûmes attendre un moment interminable, et je n'osais pas frapper de nouveau pour ne faire aucun écart de politesse au cas où l'occupant eût besoin de tout ce temps pour arriver à l'entrée, ce qui l'aurait peut-être indisposé à notre égard dès l'abord. Nous étions prêts, Adèle et moi, à être les plus souriants et les plus aimables possibles bien que l'envie nous prît de pleurer, si longue était l'attente. Nous nous regardions, battus par l'orage, en nous scrutant à travers la pluie et les éclairs qui nous permettaient de nous entrevoir, et qui ajoutaient à notre angoisse.

On entendit une présence. Quelqu'un poussait un lourd battant derrière la porte, puis une clef grinça. Une vieille femme en noir nous ouvrit. Nous lui demandâmes l'hospitalité avec une politesse appuyée. Elle eut un mouvement d'hésitation, quand soudain, derrière elle, surgit une jeune fille souriante qui nous remplit d'espoir.

- Laisse, Gwen, dit-elle, je m'occupe de ces pauvres égarés.

Si la première impression que nous avait donnée la vieille femme était empreinte d'hostilité, nous nous sentîmes immédiatement réconfortés par le caractère aimable de la jeune fille qui nous pria d'entrer bien vite pour nous mettre à l'aise et nous sécher. Elle nous amena dans un grand salon qui nous sembla glacial et nous nous demandions comment il serait possible d'y tenir longtemps sans attraper une fluxion de poitrine. Mais la jeune fille demanda à Gwen (était-ce Gwenvred, Gwenola, peut-être Gwennina ?) de mettre du bois dans la cheminée, et de nous donner des couvertures. La domestique, ce ne pouvait qu'en être une, de celles qui, dans certaines rares familles encore, s'attachent à la maisonnée, prêtes à rester pour la servir jusqu'à la fin de leurs jours, car on devinait qu'elle avait depuis longtemps dépassé l'âge de la retraite - la domestique donc, continuait d'exécuter les ordres, comme si ce fût chose toute naturelle.

 

Nous n'étions pas étonnés que la maison fût éclairée par des lampes à huile, l'orage était si violent que l'installation électrique n'avait pas dû résister ; il semblait presque évident que, dans cet endroit désert, la foudre eût eu raison d'elle, et nous étions rassurés qu'on eût été céans aussi prévoyant. L'atmosphère qui régnait là était particulière, peut-être était-ce dû à la situation qui l'était aussi. Adèle et moi, nous nous lancions des regards entendus qui traduisaient à la fois notre étonnement et comme un léger malaise, mais nous chassions cela bien vite, car nous étions trop heureux d'avoir non seulement trouvé un abri, mais aussi la compagnie d'une jeune fille bien avenante, presque une enfant, qui ne savait quoi inventer pour nous être agréable. Ce qui nous charmait aussi, tout en nous troublant, c'était cette façon qu'elle avait de nous entretenir, en employant des formules surannées, comme si elle s'appliquait à vouloir nous étonner par ses manières qui ressemblaient bien peu à celles des jeunes filles de son âge. Elle avait revêtu une longue robe blanche, légère et décolletée, et il semblait que le froid ne la gênât aucunement, alors que nous grelottions tous les deux.

 

Après une bonne flambée qui nous réchauffa Adèle et moi, nous eûmes le plaisir d'entendre une proposition que nous n'osions pas espérer :

- Mes chers invités, permettez-moi de vous considérer comme tels, puisque le hasard a voulu que vous choisissiez ma maison pour y trouver refuge, je vous invite à une collation qui vous remettra de vos émotions, si vous le voulez bien.

- Nous ne pouvons refuser cette invitation qui nous paraît bien généreuse de votre part, et nous ne vous cacherons pas que nous mourons de faim puisque notre repas s'est éparpillé à tous vents. Merci de tout coeur, mademoiselle, lui répondis-je, ravi.

- Vous pouvez m'appeler Léonore. Sachez que je suis tout à fait enchantée de votre compagnie. Il y a bien longtemps qu'un voyageur perdu n'a pas franchi ma porte et je suis heureuse que le hasard ait conduit vos pas jusqu'à moi. Un hasard providentiel.

Nous lui déclinâmes nos noms. Quand je prononçai le mien, je vis un frisson la parcourir, et elle murmura :

- Je crois bien l'avoir entendu crier tout à l'heure, et il est parvenu jusqu'à mes oreilles, apporté par une rafale.

Nous nous regardâmes Adèle et moi, étonnés qu'une telle chose fût possible, et nous supposâmes que Léonore s'était approchée de nous quand Adèle avait crié mon nom. Nous aurions dû l'apercevoir alors, puisqu'aucun obstacle n'obstruait la vue, mais la jeune fille devait se cacher dans quelque anfractuosité du terrain pour nous épier, si rares devaient être ses distractions.

Nous passâmes dans la salle à manger. Une belle table ronde y avait été préparée, avant même que nous n'eussions accepté l'invitation, car de nombreux plats, tous plus appétissants les uns que les autres nous attendaient déjà, pour notre plus grande satisfaction. Une immense suspension garnie de chandelles illuminait le tout, et l'on se serait cru dans un conte du Roi Arthur. À peine aurions-nous été surpris de voir surgir ses Chevaliers. Nous ne prîmes pas le temps de nous extasier longtemps, si désireux que nous étions de goûter aux mets qui s'offraient à nous, pour assouvir l'appétit qui nous dévorait. Léonore s'assit en face de nous sans mot dire et nous regarda patiemment nous régaler.

Au milieu du repas, nous prîmes conscience de notre indélicatesse à nous restaurer ainsi en silence et nous décidâmes d'engager la conversation.

- Nous nous étonnons que vous vous vous trouviez toute seule avec votre domestique dans ce coin isolé. N'avez-vous donc pas de parents ? demanda Adèle intriguée.

- Oh si ! Et que Dieu les garde ! s'exclama Léonore. Mais ils ont dû partir pour Quiberon. On dit qu'une armée d'émigrés va débarquer avec le soutien de la flotte anglaise...

Elle s'interrompit comme foudroyée par un impair qu'elle venait de commettre.

- Je crois que je parle trop, mais j'éprouve quelque inquiétude pour eux. Hoche est sur les dents. Je n'aime pas que mes parents risquent leur vie pour des questions de politique. Leur témérité n'a d'égale, hélas, que leur générosité.

Adèle et moi fûmes perplexes en entendant les explications de la jeune fille qui parlait d'événements auxquels nous ne comprenions pas grand chose. Certes la question des immigrés sans papiers faisait couler beaucoup d'encre en ce moment, mais qu'ils se fussent organisés en armée nous paraissait bien improbable, et bien que nous sussions que l'Angleterre acceptât plus volontiers que la France que des émigrés s'installassent sur son sol, nous voyions difficilement comment une flotte aurait pu être affrétée pour soutenir ces pauvres gens. À croire que les Anglais voulaient s'immiscer dans notre politique nationale, ce qui nous sembla invraisemblable. Quant à ce Hoche que semblait bien connaître notre hôtesse, ce devait être le descendant belliqueux du général de l'armée Sambre et Meuse qui restait dans nos mémoires comme une bribe des leçons que nous avions apprises à l'école. Ainsi donc, depuis quelques jours que nous avions délibérément renoncé à écouter les infos comme nous avions l'habitude de le faire, il semblait s'être passé, sur la scène politique, des choses que nous ne soupçonnions pas. Nous ne demandâmes pas plus d'explications à Léonore qui paraissait contrariée de nous en avoir trop dit déjà, comme si ce fût une chose confidentielle, et nous continuâmes tranquillement nos agapes jusqu'à ce que notre faim se fût apaisée. Adèle me lançait des clins d'oeil entendus, elle supposait que c'était un esprit dérangé qui voulait nous faire croire des choses inventées, et elle l'interrogea, sans qu'il y parût, sur ses lectures. Léonore nous dit s'intéresser à tous les événements qui touchaient ses semblables. Elle dévorait maintes gazettes. Comme elle devait avoir été bouleversée par le tremblement de terre en Haïti l'année même, et sans y faire directement allusion, elle évoqua le souvenir de Toussaint Louverture qui avait dirigé la révolte des esclaves noirs et rappela le décret qui y avait supprimé l'esclavage, elle nous appris que le mot dollar venait de l'allemand thaler et que le mètre était la dix millionième partie du quart du méridien terrestre, comme l'avait défini l'Académie des Sciences, elle nous donna une leçon sur le système métrique dans les poids, les mesures et la monnaie et elle déplora qu'il ne fût pas institué dans le monde entier. Peut-être avait-elle séjourné longtemps en Angleterre et notre système décimal était pour elle une nouveauté à laquelle elle s'efforçait de s'habituer. Nous étions suspendus à ses lèvres à l'écoute de ce qu'elle nous racontait, pêle-mêle, avec un plaisir qu'elle ne cachait pas, et nous comprenions son avidité à faire partager ses connaissances à des jeunes gens qu'elle venait de rencontrer, alors qu'elle restait le plus souvent dans un grand isolement comme elle nous l'avait expliqué. On voyait qu'elle avait à coeur de s'attacher notre attention, et nous serions bien restés là toute la nuit pour lui plaire, si elle n'avait pas vu dans notre attitude la fatigue qui se faisait sentir.

- Je vais vous faire voir vos chambres, nous suggéra-t-elle.

Elle nous emmena suivre les couloirs d'un labyrinthe qui semblaient n'avoir pas de fin, et elle s'arrêta devant une porte qu'elle dît être celle de la chambre d'Adèle, l'autre, contiguë, la mienne.

Nous nous souhaitâmes une bonne nuit et Léonore s'en fut pour se diriger vers quelque autre endroit de la maison.

Mais Adèle, sitôt Léonore partie, se réfugia promptement chez moi, pour fuir l'angoisse d'être seule, et elle se lova vite dans mes bras afin de s'abandonner au contact de ma peau, je sentis alors ses jambes et ses pieds glacés qui me firent frissonner et que j'eus plaisir à réchauffer.

- Tu sais, me dit-elle, il n'y a pas d'eau courante. J'ai seulement repéré un broc de faïence ancienne, rempli d'eau fraîche, accompagné de sa large cuvette assortie, pour se laver. C'est d'un folklo ! Et pour ce qui est des toilettes, il y a, dans la table de chevet, un petit pot de chambre tout décoré, avec, au fond, un oeil peint... ou bien un vrai oeil, qui sait ?

Et elle se mit à rire, sans pouvoir s'arrêter, tant ses nerfs étaient à vif. Quelques minutes après, nous avions sombré au plus profond de notre sommeil.

 

J'entendis, au milieu de la nuit, un grincement ténu. C'était ma porte qu'on ouvrait lentement et j'eus un instant de panique. Mais je fus quelque peu rassuré quand j'entrevis Léonore, plus blanche que jamais dans sa longue robe, le teint diaphane, les yeux clairs grand ouverts, qui eussent pu m'hypnotiser si je n'avais pas été sur le qui-vive, les cheveux noirs défaits tombant jusqu'à la taille, et les pieds nus, au risque d'attraper la mort. Je sautai de mon lit, en ayant garde de ne pas découvrir Adèle qui n'était pas supposée s'y trouver, et je m'approchai lentement de Léonore pour ne pas l'effrayer. Elle me saisit la main, m'intimant de la suivre sans prononcer un seul mot. J'obéis. Nous détricotâmes le labyrinthe pour parvenir à une pièce que je devinai être sa chambre.

Elle se dévêtit en prenant sa longue robe par le bas, en la faisant remonter lentement le long de son corps, en levant les bras bien haut pour que passât le vêtement par la tête. Le temps qu'elle prit dura une éternité. Son corps dénudé s'offrit à ma vue. Un jeune corps de seize ans à peine, dans toute sa perfection. Elle s'étendit simplement sur sa couche et je fus, tremblant, comme frappé par le spectacle que m'offrait cette chambre étrange, éclairée d'une vague lumière verte, reflet de serpentine et de smaragdite, qui venait on ne sait d'où, et qui jetait des moires mouvantes sur les objets insolites qui la meublaient, et sur le corps offert de Léonore. On eût dit qu'on se trouvait au fond de l'océan, car des poissons passaient par instants dans l'espace, comme si une lanterne magique projetait ses ombres chinoises alentour. C'était un lieu enchanteur que devait avoir conçu la jeune fille, en donnant libre cours à son imagination féconde, pour se donner des sensations particulières. Des coraux grimpaient aux murs, des algues voletaient dans l'air mollement. Tout un décor marin des profondeurs qui me fascinait.

- Viens, susurra-t-elle.

L'invite n'admettait pas de refus et je me soumis à ses voeux.

Le plaisir brutal, violent, intense que je ressentis dans ses bras, jamais je n'en avais connu aucun autre qui lui ressemblât. Jamais aucun autre ne pourrait l'égaler.

Il y eut alors, dans la maison, un grand cri rauque et terrifiant qui n'en finissait pas. Je courus pour rejoindre Adèle qui devait avoir peur dans le lit que j'avais si lâchement déserté. Je ne sus comment je retrouvai ma chambre et je vis mon amie, saisie, sur son séant, attendant je ne sais quoi.

- Vite, lui dis-je, nous partons.

Elle ne me demanda aucune explication, enfila promptement son jean et son tee-shirt, et me suivit.

Devant la porte d'entrée se trouvait la servante qui nous barrait le passage. Je lui donnai un coup sur le côté afin que nous pussions sortir de la maison. Mais la porte était bien fermée.

“Pourquoi donc nous piéger ainsi ? pensai-je. Est-ce un cauchemar que je fais ?”

Léonore apparut, elle me tendit la clef. La vieille femme n'eut pas la force de nous empêcher de fuir.

 

La brume laiteuse recouvrait le plateau où se dressait la maison derrière nous. Nous eûmes tôt fait de trouver un chemin qui nous emmena dans le village proche. Nous entrâmes dans une auberge matinale où s'étaient réunis les marins en partance pour leur prochaine pêche. Il se donnaient du courage en parlant haut et fort, mais leurs voix se turent quand ils nous virent entrer dans l'état où nous étions. Nous entendîmes des sarcasmes à notre endroit. Ils parlaient de nous comme des étourneaux perdus et se riaient de notre accoutrement fripé, encore humide de la veille.

- Nous nous sommes perdus. Tout ce que nous possédions s'est envolé dans la tempête. Pourriez-vous nous faire l'aumône d'un café et d'un peu de chaleur ? demandai-je timidement à l'aubergiste.

Les marins ricanèrent.

- Vous avez donc passé la nuit dehors ? s'enquit l'un d'eux.

- Non, lui répondis-je, avec la ferme intention de ne pas lui donner trop de détails.

Je précisai :

 - Nous nous sommes abrités dans la maison près de la falaise. Nous y avons été aimablement invités.

Un silence mortel s'établit soudain.

- La maison sur la falaise ? Mais il n'y a pas de maison sur la falaise...

- Je comprends, poursuivis-je, vous vous moquez de nous !

- On se demande bien qui se moque des autres ici ! grogna un vieux loup de mer peu affable.

- Et qui donc vous a aimablement invité à passer la nuit dans cette fameuse maison ? interrogea un quatrième.

- Une jeune fille, de seize ans tout juste, et sa vieille gouvernante, répondis-je.

Le silence s'épaissit encore. Les sarcasmes cessèrent. J'ajoutai :

- La jeune fille nous a dit s'appeler Léonore.

- Léonore ? reprirent-ils en choeur. Vous avez bien dit Léonore ?

- C'est vrai, ajouta ma chère Adèle qui était restée coite jusque-là.

- Il y avait bien une maison sur la colline, expliqua l'aubergiste abasourdi. Mais il y a si longtemps, que l'histoire qui parle d'elle est devenue une légende. Nos anciens aiment la raconter et elle passe ainsi, de génération en génération. On ne sait plus très bien si elle est vraie.

- Il faut dire, enchaîna un marin qui avait gardé jusque-là le silence, que dans le petit cimetière derrière l'église, il y a bien une Léonore qui est morte à seize ans.

- Tu veux parler de cette famille royaliste qui a voulu soutenir les émigrés et s'est fait écrasée par l'armée vendéenne de Hoche, ajouta un autre. On n'eut plus jamais d'eux ni vent ni nouvelles.

- Mais Léonore était restée chez elle quand ses parents sont partis guerroyer, si l'on peut dire, précisa-t-on.

- Et la falaise s'est effondrée.

- Et la jeune fille est morte.

- Avec sa domestique.

- Personne ne les a jamais retrouvées. La mer les a emportées.

- Pauvre Léonore ! Un drame épouvantable. Elle était, paraît-il sur le point de se marier.

- La belle n'a pas eu le temps de connaître l'amour, se mit à fredonner l'un d'eux.

Chacun avait un détail de cette histoire à raconter, qui lui revenait en mémoire, et l'on se désolait que la vie de cette Léonore fût si tragiquement et si tôt interrompue.

Adèle et moi étions perplexes. Ne se moquaient-ils pas de nous ? Se pouvait-il que cette histoire comportât quelque vérité ? Nous nous remémorions ce que nous avait dit Léonore. Ses paroles pouvaient bien se rapporter au temps lointain où elle avait vécu, alors que nous croyions ferme qu'elle vivait aujourd'hui. Nous décidâmes de passer derrière l'église pour y lire les inscriptions sur les pierres tombales.

C'était vrai. Il y avait bien une famille De Coulanges D'Estoc dont un mausolée portait le nom sur son fronton, et une phrase qui ne laissait aucun doute :

À la mémoire de Léonore 1779-1795.

 

Mais il en fallait plus encore, à ma chère Adèle et à moi, pour en avoir le coeur net, et nous décidâmes de remonter sur la falaise pour apercevoir, s'il était encore possible, l'antique maison où nous avions passé la nuit.

Nous la cherchâmes, en vain. De guerre lasse, nous nous laissâmes tomber près du calvaire qui avait, la veille, arrêter nos pas. Adèle s'assit sur le socle, et, pendant que nous devisions, libérés de nos peurs, elle sentit soudain sous son doigt des lettres gravées que nous n'avions pas remarquées auparavant. Il semblait bien qu'il y eût des siècles qu'on les avait tracées là, comme pour l'éternité. Nous les lûmes avec difficulté. C'étaient deux noms entrelacés : Gaspar et Léonore.

Je frissonnai, sans pouvoir cacher mon trouble.

- Tu l'as aimée, murmura Adèle, interloquée. Je sais que tu l'as aimée !

Je ne pus mentir et les larmes me vinrent. Mon silence était un aveu.

- Ainsi, c'en est fait de moi, ajouta-t-elle bouleversée. L'amour que je te portais est mort à jamais.

- Je t'aime, Adèle. Je te jure que je t'aime.

En disant ces mots, c'est de Léonore que je rêvais.

 

 ACCUEIL & SOMMAIRE

Tous les articles du blog

 

Repost 0
Published by mamiehiou.over-blog.com - dans contes-nouvelles-poèmes
commenter cet article
26 octobre 2010 2 26 /10 /octobre /2010 08:28

LES DÉLIRES Tous les épisodes

ACCUEIL & SOMMAIRE

Tous les articles du blog

 

Parmi la confusion du silence crispé, perçaient par échappées les pleurs et les soupirs. Aucun de ceux qui défilaient n'eût voulu dévoiler le pourquoi ni le comment de la décision qu'il avait prise.

 Ce dont on ne peut pas parler, il faut le taire.*

Il fallait que tous eussent un besoin assez pressant pour se lancer dans une aventure dont ils ne connaissaient pas l'issue exacte. Seul, l'impératif espoir de guérir de leurs maux les y avait poussés. Ne murmurait-on pas que nul ne ressortait de cette forteresse s'il en avait passé par trois fois l'entrée ?

Non ! Je ne pouvais ajouter foi à tout ce que j'avais entendu se murmurer !

J'étais là pour en avoir le cœur net.

 

Le rempart franchi, je traversai une lice barrée par une seconde muraille tout aussi forte et élevée que la première et qui se dressait, jetant son ombre menaçante. Des gardes, en cottes souples de métal, s'escrimaient à l'épée dans cet espace clos. Ils s'arrêtaient parfois, distraits par notre déambulation sans fin, nous jetaient des regards de côté, puis ferraillaient de plus belle. 

 

Au-delà de ce mur fortifié, j'arrivai dans une vaste cour où serpentait la file d'attente jusqu'au donjon circulaire dont la cime se perdait vers le ciel.

Ce n'est qu'à la tombée de la nuit que vint mon tour d'y entrer. On nous avait donné plusieurs fois de l'eau pour nous rafraîchir, faute de quoi, les plus épuisés eussent vu leur dernière heure venir.

 

Lorsque je pénétrai dans le bâtiment insolite, des salles en enfilade, le long d'un couloir en spirale, qui se prolongeait en escalier en colimaçon, laissaient pénétrer le regard par de grandes baies vitrées qui longeaient le parcours. On y pouvait voir d'étranges personnages vêtus tout de blanc, qui se donnaient l'allure et les manières de laborantins au travail. Toutes sortes d'appareils laissaient deviner qu'on y concoctait de savantes tisanes, des mixtures et des panacées.

Je me demandai, l'espace d'un éclair si ce n'était qu'un décorum visant à impressionner nos esprits en état de faiblesse, Mais je me ressaisis en me rendant compte que, à mettre continûment en doute la réalité que je percevais, je m'interdisais de raisonner avec justesse.

C'est sans raisonner qu'un enfant qui tète ajuste ses lèvres

de la manière la plus propre à tirer le lait de la mamelle.**

 

Quelle lassitude !

Ne pouvais-je pas, au moins jusqu'au lendemain, cesser de ratiociner, prendre les choses telles qu'elles se présenteraient à moi, et, comme l'enfant qui vient de naître, m'adapter, naturellement, à ce qui m'attendait ?

 

.......................................................

*Ce dont on ne peut pas parler, il faut le taire. Wittgenstein

Ce qu'on ne peut pas dire, il ne faut surtout pas le taire, mais l'écrire. Derrida

 

**C'est sans raisonner qu'un enfant qui tète ajuste ses lèvres de la manière la plus propre à tirer le lait de la mamelle.

Pensée de Jacques-Bégnine Bossuet (1627-1704) qui n'a cessé de vouloir nous montrer le chemin !

Rappelez-vous ses oraisons, et la plus fameuse d'entre elles, l'Oraison Funèbre de Henriette-Anne d'Angleterre, Duchesse d'Orléans, belle-soeur de Louis XIV, prononcée à ses funérailles, à Saint-Denis le 21 jour d'août 1670. Elle avait vingt-six ans.

[... ] Nous devrions être assez convaincus de notre néant : mais s'il faut des coups de surprise à nos coeurs enchantés de l'amour du monde, celui-ci est assez grand et assez terrible. Ô nuit désastreuse ! Ô nuit effroyable, où retentit tout à coup, comme un éclat de tonnerre, cette étonnante nouvelle : Madame se meurt ! Madame est morte !

Pour en savoir + sur ce Sermon, voir l'article : De la rhétorique - De l'éloquence - De la langue de bois - Des périphrases - Appeler un chat un chat

 

NOTES

Le titre LE POLYPTOTE est la répétition d'un même mot revêtant différentes formes grammaticales dans une même phrase (ou dans deux phrases qui se suivent)

Madame se meurt ! Madame est morte !

 

Parmi la confusion du silence crispé

Parmi, préposition, est généralement suivi d'un nom pluriel ou collectif (au milieu de)

Il a un emploi vieilli ou littéraire avec un nom abstrait au singulier, un lieu, un objet non comptable.

Cf. Littré : Par le milieu de, au milieu de, au sein de (ce qui est le sens étymologique), avec le régime au singulier.

Parmi, adverbe. J'avais une trentaine élèves, certains étaient bien dissipés et quelques-uns dociles parmi.


Aucun de ceux qui défilaient n'eût voulu dévoiler le pourquoi

verbe vouloir au subjonctif plus-que-parfait à valeur de conditionnel

> aucun n'aurait voulu dévoiler le pourquoi

 

perçaient par échappées les pleurs

par moments, par intervalles.

 

je traversai une lice barrée par une seconde muraille

Une lice

un espace entre deux murs ou deux clôtures.

une clôture

un champ clos où se passaient les tournois à l'époque médiévale.

Les combattants entraient en lice.

Ils se mesuraient dans la lice.

À partir du XIIIème siècle, le château fort se renforce d'une double enceinte. L'espace entre les deux remparts est appelé lice.

 

le long couloir en spirale qui se prolongeait en escalier en colimaçon

Un couloir en spirale, un escalier en hélice, en colimaçon, à double hélice, hélocoïdal.

> lire la note du texte des Délires n°111

 

on y concoctait des panacées

Une panacée, un remède universel, une formule capable de guérir tous les maux.

 

ce n'était qu'un décorum visant à impressionner nos esprits

Le décorum, les convenances, le protocole, le cérémonial.

Vient du latin decorum

 

Ne pouvais-je pas cesser de ratiociner ?

Ratiociner

1-faire des raisonnements.

2-se perdre en raisonnements interminables

Le ratiocineur, la ratiocineuse. 

 

<< 79 Délires où l'on ne s'amuse guère

>> 81 Délires céruléens, entre autres - Les Couleurs

 

LES DÉLIRES Tous les épisodes

ACCUEIL & SOMMAIRE

Tous les articles du blog

Repost 0
Published by mamiehiou.over-blog.com - dans LES DELIRES
commenter cet article
24 octobre 2010 7 24 /10 /octobre /2010 17:05

LES DÉLIRES Tous les épisodes

ACCUEIL & SOMMAIRE

Tous les articles du blog

 

La réverbération des rayons du soleil sur la paroi rocheuse verticale qui nous enserrait nous mettait à l'épreuve. Nous étions dans un four. C'était comme si l'on eût voulu que les plus faibles d'entre nous s'épuisassent dans cette montée au calvaire.

Cependant, n'étions-nous pas là de notre propre volonté ? Ne nous étions pas dit, inconsciemment peut-être, comme aurait pu nous l'enseigner Épictète :

Être libre, c'est vouloir que les choses arrivent comme elles arrivent.

J'entendais derrière moi une jeune fille qui sanglotait et reniflait bruyamment. Je me fis un devoir de me retourner plusieurs fois, de lui sourire et de lui adresser quelques mots d'encouragement. Elle me répondait par un hochement de tête, et le spectacle de son accablement me rendait toute triste. Le jeune homme qui me précédait, successivement, s'arrêtait, se remettait en route, puis allongeait le pas, peut-être pour se donner l'illusion d'aller plus vite que les autres, ce qui cassait le rythme de mon avancée, et j'allais, ralentissant ou accélérant, selon l'espace qu'il me restait à franchir entre lui et moi. Un manque d'attention me fit le heurter plusieurs fois et je lui en voulais de devoir fixer ma pensée sur sa personne, alors que j'avais à découvrir le Château qui s'avançait en grossissant devant moi.

 

Les murailles épaisses, qui avaient dû faire face autrefois à l'assaut des trébuchets et des mangonneaux, barraient la vue, et l'on apercevait, çà et là creusées, des meurtrières derrière lesquelles on pouvait supposer qu'on nous épiait. J'imaginais que les sièges auxquels les habitants de cette forteresse avaient résisté, n'avaient pu aboutir qu'aux fiascos des assaillants. 

 

Nous arrivâmes enfin devant l'entrée. Il fallait encore franchir un pont-levis qui surplombait des douves profondes où l'eau bouillonnante allait et venait à la cadence des jeux du flux et du ressac. Le déferlement de la mer s'engouffrait impétueusement dans cette anfractuosité creusée de main d'homme et celui qui s'y serait risqué s'y fût perdu dans les tourbillons comme un fétu de paille. Les siècles n'avaient pas entamé la roche qui résistait, immuable, à l'offensive des vagues.

 

Au milieu du pont, je m'aventurai à me pencher pour voir tout en bas, au risque du vertige. Le grondement s'accompagnait d'embruns qui montaient jusqu'à nous. Nous reçûmes, comme un rafraîchissement salutaire, le poudrin qui retombait.

Je dus passer sous une herse hérissée et menaçante qui marquait l'entrée. L'état de la machinerie que l'on apercevait à proximité, laissait deviner qu'elle était encore en usage et qu'elle devait baisser et remonter la lourde porte grillée en rythmant la vie dans l'enceinte protégée.

Que craignaient donc les maîtres des lieux au point de s'enfermer ainsi ? Et pourquoi ?

Était-ce simplement une mascarade qui visait à impressionner, ou bien s'y cachait-il une peur véritable ?

 

Je me rendis compte qu'aucun autre que nous n'était venu en touriste et je subodorais que la visite allait nous réserver des surprises.

 

NOTES
C'était comme si l'on eût voulu que les plus faibles d'entre nous s'épuisassent

le verbe vouloir est au subjonctif plus-que-parfait

> Comme si + indicatif, subjonctif ou conditionnel, quel mode choisir ?

s'épuisassent, subjonctif (imparfait) après vouloir dans la proposition principale

> Valeurs et emplois du subjonctif

 

dans cette montée aucalvaire

le calvaire

♦ Le crâne, dans la traduction latine de Golgotha, la colline près de Jérusalem où Jésus de Nazareth a été crucifié.

♦ C'est la représentation de la Passion du Christ (peinture, sculpture... ).

Les Calvaires bretons

♦ Ici, c'est un calvaire ! C'est un chemin de croix ! Un supplice ! Une torture !

 

les trébuchets et les mangonneaux étaient des machines de siège, le contre-poids permettait d'envoyer des catapultes par dessus la muraille. Les premiers trébuchets étaient à traction et la force était fournie par des hommes.

 

une meurtrière (ou archère, archière, raière, arbalétrière) est une mince ouverture dans une muraille. Elle permet de surveiller les alentours et d'envoyer des projectiles.

 

les sièges n'avaient pu aboutir qu'au fiasco des assaillants

le fiasco, l'échec

 

un pont-levis qui surplombait les douves 

les douves sont un fossé qui empêche l'accès au château.

 

la cadence des jeux du flux et du ressac

le ressac est le retour violent des vagues lorsqu'elles ont frappé un obstacle.

 

le poudrin qui retombait

le poudrin, la poudre d'eau, les fines gouttelettes.


je subodorais que la visite allait nous réserver des surprises

je soupçonnais... 

 

<< 78 Délires qui promettent d'étranges rencontres - QUIZ 16 Rends à César ce qui est à César

>> 80 Délires d'une ratiocineuse invétérée

 

LES DÉLIRES Tous les épisodes

ACCUEIL & SOMMAIRE

Tous les articles du blog

Repost 0
Published by mamiehiou.over-blog.com - dans LES DELIRES
commenter cet article
23 octobre 2010 6 23 /10 /octobre /2010 06:24

ACCUEIL & SOMMAIRE

Tous les articles du blog

Articles classés par catégories (tags)

 

L'HÉRITIER

14 septembre 1981

 

Maître Valance de Lancogne avait envoyé une lettre à Paul Malmaison. Décacheter une lettre venant d'un notaire n'était pas chose courante pour Paul. Il la lut. Il fut frappé de stupeur.

Était-il possible qu'un jeune homme triste et solitaire, qui n'avait jamais eu un sou vaillant, prît connaissance d'une nouvelle aussi invraisemblable qu'inespérée  ?

 

On lui parlait d'un oncle dont il était l'héritier ! Quel oncle ? Son père avait quitté sa mère lorsqu'il était tout petit et il n'avait jamais entendu parler de sa famille paternelle. Sa pauvre maman abandonnée, avait gardé, enfoui au fond de son coeur, un secret douloureux qu'elle ne voulut jamais raviver en donnant au jeune garçon des explications qu'elle jugeait vaines. Elle avait réussi à élever son enfant tant bien que mal, avec beaucoup d'amour il est vrai, mais l'argent avait toujours cruellement manqué. Un soir glacé de décembre, alors qu'elle avait lutté désespérément pour ne pas le laisser seul au monde, une pneumonie l'avait emportée.  

 

Ainsi donc Gaspard Malmaison avait-il fait de Paul son héritier, non qu'il l'eût voulu délibérément, s'en était-il un seul instant soucié ? mais le destin avait voulu que la seule personne qui restât de la famille fut son neveu, Paul, qu'il n'avait jamais rencontré. 

 

Le jeune homme ne pouvait pas croire à cette chance, et, sans savoir encore de quels biens il s'agissait, il se surprit à éprouver une joie hésitante et une certaine tendresse envers cet homme défunt. Il ne pourrait jamais le rencontrer pour le remercier. Le remercier ! Pourquoi d'ailleurs ?

....

 

Paul alla au rendez-vous fixé par le notaire. Il l'entendit lui lire des textes divers : des articles, des actes, des droits, en langue sibylline et à une vitesse peu commune. Il comprit peu de choses, si ce n'est l'essentiel : il devenait le propriétaire d'une maison, et un pécule assez coquet lui resterait après qu'il aurait payé les frais. Il signa et parapha un nombre incalculable de pages que le notaire tournait à une vitesse étonnante au fur et à mesure des signatures et des paraphes.

On lui remit des clefs.

Interloqué, il n'osait s'en saisir.

    « Elles sont à vous, il ne vous reste plus qu'à prendre possession des lieux.  »

Et on l'attira poliment vers la sortie.

....

 

Un vieux car poussif longea une route de campagne interminable et s'arrêta à une croisée de chemins. 

      « C'est ici ! Vous pouvez descendre, dit aimablement le chauffeur à qui le jeune propriétaire avait demandé où se trouvait la Combe de l'Homme ».

 

Paul se rappela un conte de Charles Nodier qu'il avait lu naguère et qui s'intitulait La Combe de l'Homme Mort. Un frisson furtif le parcourut.

      « Suis-je bête, pensa-t-il.  »

....

 

      « Vous allez chez qui comme ça ? J'peux vous renseigner ?  »

Le jeune voyageur s'entendit répondre : « Chez monsieur Malmaison.  »

Le chauffeur fronça le sourcil : « Vous ne le trouverez pas. Il est mort.  »

Comme Paul se taisait, le chauffeur ajouta :  « C'est tout droit, là-haut, au bout du chemin, derrière le petit bois.

 

Dès que Paul fut descendu du car, il reçut en plein visage une bouffée d'air frais et odorant qui le fit presque tituber.

Il était persuadé qu'il venait de tourner définitivement une page de son passé. Il en ressentit un vertige mêlé de plaisir. La ville ne lui avait jamais apporté de joies. Il avait dû toujours batailler pour survivre et il ne laissait derrière lui ni amour, ni travail.Ses joues creuses son teint blême, ses longs membres osseux témoignaient d'une fatigue depuis longtemps installée dans son grand corps efflanqué. À partir de ce jour-là pourtant, sa vie basculait. L'avenir ne pouvait que lui sourire.

 

Les arbres aux couleurs chatoyantes lui firent une haie d'honneur. Il avança au milieu d'un tourbillon de feuilles qui dansaient pour lui. La bise lui fouetta le sang. Soudain, alors qu'il suivait le chemin qui faisait le tour du bois, il sursauta. Une vieille maison de granit avait surgi devant lui.

     « C'est ma maison ! » pensa-t-il. 

À peine s'il pouvait y croire. 

Le jardin était rempli de fleurs automnales. Les chrysanthèmes pourpres et dorés faisaient de vastes tapis de lumière, les volubilis géants grimpaient le long de la barrière et offraient l'éclat de leurs clochettes blanches et roses, les hibiscus mauves n'avaient pas encore perdu leurs fleurs veloutées. Dans les deux grands érables rouge sang qui ponctuaient les limites du jardin, voltigeaient, joyeuses et agiles, de petites mésanges bleues.

      « C'est le paradis, pensa le jeune homme, stupéfait et ravi.  »

Et il respira profondément

 

Il ouvrit le portail et contempla un long moment ce spectacle qu'il ne pouvait quitter du regard. Soudain, il détourna les yeux. N'avait-il pas senti une présence derrière lui ? Sur le chemin, une toute jeune fille l'observait en souriant. Il fit quelques pas pour s'approcher d'elle. Aussi vive que l'éclair elle disparut on ne sait où. À ce moment-là, il aurait bien aimé ne pas être seul pour partager toutes ses joies.

     « Je l'apprivoiserai, se dit-il.  »

 

Il entra dans la maison et il s'étonna qu'elle ne fût pas fermée à clef. Les murs étaient épais et il y faisait froid, mais la vaste cuisine lui sembla chaleureuse avec sa grande cheminée au manteau de chêne buriné. Paul n'avait jamais rien vu de pareil. Il allait faire un bon feu avec les bûches qu'il avait vues dehors, sur le côté de la maison. La chambre contiguë était petite et confortable. Il aimerait l'édredon de duvet qui faisait un gros ventre sur le lit.

Il était comblé.

     « Demain, je visiterai le village.  »

....

 

Les rayons du soleil réveillèrent Paul Malmaison. Il n'avait pas fermé les volets et il avait regardé, des heures durant, avant de s'endormir, les chauves-souris voleter dans la nuit claire. La lumière dansait maintenant dans les voilages de guipure blanche.

     « Tout cela est à moi. Même le soleil s'invite dans ma chambre.  »

Il tira l'édredon très haut sous le menton. Quelle jouissance de ne plus avoir peur du lendemain ! La petite fortune de son oncle le mettrait à l'abri pour quelque temps.

Il rêva à tout ce qu'il allait faire : mettre de l'ordre dans la maison, débarrasser le jardin de ses quelques fleurs fanées, descendre au village, rencontrer des gens à qui il se promettait de faire force sourires ; peut-être pourrait-il engager une conversation avec certains d'entre eux ! Il reverrait la jolie demoiselle qu'il avait aperçue la veille. Il marcherait longtemps dans la campagne et cela l'amusait d'imaginer qu'il prendrait des couleurs. Il mangerait des produits sains et délicieux ; il savourerait le lait bourru, les oeufs tout frais, les bons fromages, la cochonnaille, les légumes qu'il aimerait à faire pousser dans son jardin, les fraises sauvages et les airelles qu'il chercherait dans les bois ; il élèverait peut-être des poules et des lapins ; il s'instruirait en recettes paysannes ; il se voyait déjà se couper de larges tranches de gros pain de campagne et les tartiner de beurre frais.

Il prit faim, se leva, se vêtit. Il lui sembla que le regard que lui réfléchissait le miroir terni était gai, comme jamais encore il ne l'avait été.

...

 

Dehors, l'air, plus vif que la veille, lui fouetta le visage. Paul dévala le chemin caillouteux et s'approcha du village. Il avançait contre le vent et ne se sentait pas très solide sur ses jambes, ce qui le faisait vaciller parfois de droite ou de gauche. Deux paysans qui avaient l'air pressés le croisèrent sans lui adresser un regard.

Sur la place du village, — oh ! c'était un tout petit village ! — il eut plaisir à voir la boulangerie, l'épicerie et le petit café qui se côtoyaient. Il entra dans le café pour y commander un petit déjeuner. Les trois clients assis à une table cessèrent de bavarder.

     « On ne sert pas de petit déjeuner ici !  »

Paul voulut expliquer qu'un bol de lait aurait suffi, mais il ne put ajouter un mot : le regard d'acier du cafetier le mit mal à l'aise. Il sortit en s'excusant.

 

Une bouffée parfumée de pain chaud le saisit quand il ouvrit la porte de la boulangerie. Il acheta une grosse miche de pain qu'il serra fort contre lui. Il demanda à la boulangère peu affable où il pourrait se procurer du bon lait. Elle lui répondit que tous les fermiers donnaient leur lait à la coopérative et qu'ils ne vendaient pas le lait comme ça. Déçu, Paul se dirigea vers l'épicerie. La porte était close. Il insista pour l'ouvrir. Elle était bien verrouillée. Pourtant il lui semblait avoir vu bouger quelqu'un tout à l'heure, derrière les victuailles de la vitrine.

     « C'est trop fort ! s'exclama-t-il.  »

Les larmes lui montèrent aux yeux. Il sentit confusément qu'on l'observait derrière les volets à demi clos des maisons sur la place. Il s'en retourna vite.

.....

 

Les langues allaient bon train au village depuis que Paul y avait mis les pieds. Personne n'avait su, à la mort du vieux Malmaison, qui hériterait du domaine, de ses champs et de ses bois. Il n'avait pas d'héritier, c'était sûr. Tout serait vendu aux enchères, c'était couru. Et les plus riches du village voyaient cela d'un très bon oeil. Ils s'étaient déjà mis d'accord pour se partager l'affaire en limitant les prix. Puis on avait appris, Dieu sait comment ! qu'il y avait un héritier, un homme de la ville, qui viendrait s'emparer de tout. Chaque jour, on avait guetté les voitures que l'on ne connaissait pas, on avait épié le car et ses voyageurs. Et il était arrivé.

 

Sans même qu'il s'en doutât, on l'avait observé, on l'avait regardé s'installer à la Combe. Voilà maintenant qu'il y restait ! Il faisait du feu. Il achetait de quoi manger. Et, en ce moment même, il arrangeait le jardin, il arrachait les mauvaises herbes.  

     « Mais, vous l'avez vu vu ce jeune homme, si maigre, si décharné que c'en n'est pas possible ?  »

     « Vous savez qu'il a essayé de parler à la Corinne, la petite de la Combe ? Elle sait pas ce qu'elle risque la Corinne, de s'approcher d'un homme de la ville.    »

      « Il est si pâle. Il est malade, c'est sûr. Une de ces maladies qu'on n'attrape pas chez nous.   »

       « Vous avez vu à la télé ? Y en a qui ont le sida. Ils sont maigres comme lui. Ils n'ont que la peau sur les os. Il est venu ici pour se soigner, pour respirer notre bon air. Il va nous l'empoisonner.  » 

     « On va pas se laisser faire.   »

.....

 

On se persuada de la maladie du jeune Malmaison. La nouvelle se répandit comme une traînée de poudre.

     « On va se débarrasser de lui, vous allez voir. Il va pas moisir chez nous.   »

      « Il va vite comprendre qu'on veut pas de lui ici, ça doit être un homo. Il doit être drogué. Faut pas croire qu'il va nous infecter.   »

       « Vous avez entendu la Corinne comme elle prendrait pitié ?  » 

     « Ah ! Si nos filles se mettent à le fréquenter, quel malheur pour not' village !  »

.....

 

Quand il fut revenu chez lui, Paul se dit qu'il ne se découragerait pas si vite, qu'après tout, il se faisait peut-être des idées. Les gens d'ici n'étaient pas aimables parce qu'ils répugnaient à voir s'installer chez eux un étranger. En fait, il ne se sentait pas vraiment un étranger puisqu'il était le neveu de Malmaison. On s'habituerait sûrement à lui. Ce n'était qu'une question de temps. Il descendrait tous les jours au village pour essayer de faire la connaissance de gens plus bienveillants. À force d'être salués aimablement, il y en aurait bien quelques-uns qui se rendraient compte qu'ils n'avaient rien à craindre de lui.

     « Avec le temps, se dit-il, avec le temps... »

Il s'assit à la grande table de chêne polie par les ans. Il la caressa un instant. La patine l'avait rendue douce comme une peau de femme. Il revit en pensée le visage de la jeune fille dont il eût bien aimé connaître le nom, et le seul regard humain qu'on lui eût jamais adressé ici.

     « Je la rencontrerai, et je lui parlerai, et nous deviendrons amis. »

Il se décida à entamer son très frugal repas, quelques  tranches de pain et un peu d'eau fraîche de son puits. Lorsqu'il coupa la miche de pain, horreur ! la croûte recouvrait une moisissure pestilentielle. Paul poussa un cri, un cri de rage.

     « C'en est trop ! Ces paysans sont des sauvages. Ils veulent me faire partir d'ici. Mais non, je ne céderai pas, je ne céderai jamais. Ils pourront me faire ce qu'ils voudront. Je suis chez moi. J'en ai vu d'autres. Ils n'arriveront pas à leurs fins ! »

.....

 

Il décida de réfléchir à une stratégie pour faire face. Il irait faire ses provisions au village voisin. Ce n'était pas si loin. Il y avait bien un vélo dans la remise. Cela lui ferait du bien de faire un peu de sport. Il se constituerait une petite réserve.

Il s'achèterait des livres aussi.

 

Il se prit à rêver à des plaisirs jusque-là impossibles. Plus tard, il aurait même la télévision. Il inviterait des amis, ses amis de mauvaise fortune qui viendraient bien le voir s'il leur payait le voyage. Ils parleraient de leurs jours de misère en buvant du champagne et en dégustant du foie gras. Il se réjouissait à l'avance de ces soirées chaleureuses où ils riraient, ils riraient...

.....

 

Il enfourcha le vieux vélo, et quelques heures plus tard, il revint, les sacoches pleines et un grand panier sanglé sur le porte-bagages. En passant dans le village, il vit des ombres qui s'esquivaient. Il avait envie de rire et de crier quelque chose, comme s'il leur avait joué un bon tour, mais il choisit de ne pas attiser leur méfiance. Il s'enivrait de l'air froid qui lui cinglait le visage, du soleil que buvaient les nuages, du paysage qui resplendissait de couleurs. Il n'avait jamais rien vu d'aussi beau. Et sa joie revint.

Arrivé chez lui, il eut le sentiment d'être en état de siège. Toutes ces victuailles achetées ! N'était-il pas devenu fou ? Cette histoire ne tenait pas debout.

     « On verra bien, on verra bien, murmura-t-il. »

.....

 

Le calme ne régna pas, ce soir-là, au village. La veillée fut agitée. On réunit un véritable conseil. Un conseil d'hommes, bien sûr, d'hommes bien-pensants et déterminés.

      « Il nous nargue.

      «  Avez-vous vu ce qu'il avait sur son vélo ? »

      « De quoi se nourrir pour un mois ! »

      « Il s'incruste. Rien ne pourra le faire changer d'avis. »

      « Il faut faire quelque chose. Pourquoi attendre ? »

.....

 

Une semaine passa, solitaire pour Paul. Il se familiarisait avec la campagne alentour qui le distrayait de son amertume. Ses longues marches lui faisaient du bien. Lorsqu'il s'approvisionnait au village voisin, les gens de là-bas ne le regardaient pas d'un mauvais oeil.

Comme il avait fort à faire à tenir sa maison, à préparer le jardin pour l'hiver, — cette activité nouvelle l'amusait beaucoup —  à casser du petit bois pour la cheminée, et surtout à rêver, à échafauder des projets pour l'avenir, à souffler un peu, enfin, il en aurait presque oublié la présence du village, si proche pourtant.

.....

 

Un matin, il n'y eut pas de soleil pour réveiller Paul Malmaison. Il avait mal dormi. De drôles de cauchemars l'avaient assailli. Il eut le sentiment qu'il n'arriverait jamais à être heureux tout à fait. Elle était comme ça, sa vie, sa pauvre vie. 

Il faisait froid. Les bûches, dans la haute cheminée, s'étaient depuis longtemps consumées.

Il se leva et s'approcha de la fenêtre, attiré par d'étranges bruits. Il n'en crut pas ses yeux. Un homme était là, qui le regardait, un fusil à son côté. Paul ouvrit la fenêtre pour lui parler. L'homme mit en joue. Paul, sidéré, fit un bond en arrière. Il entendit un remue-ménage, des chars et des brouettes que l'on traînait sur le gravier.

 

Paul voit empilées devant lui, dans l'encadrement de la porte qu'il a ouverte pour s'enfuir, de grosses pierres scellées de mortier. Saisi d'horreur, il regarde fixement l'homme qui le vise. Il n'ose bouger. Il doit encore faire un mauvais rêve. Tous les hommes du village semblent s'être rassemblés autour de la maison. Personne ne dit mot. Inutile d'essayer de fuir par les fenêtres. Chacune est gardée par un homme armé. Paul les voit une à une se boucher sans qu'il puisse se défendre. Il est pétrifié. Aucun son ne peut sortir de sa bouche.

.....

 

Combien de jours a-t-il passé dans sa prison ? Il ne saurait le dire. Il ne lui reste plus rien à manger depuis des heures interminables.

Il a longtemps hurlé. Puis il s'est tu. Personne ne passe sur ce chemin perdu en haut de la colline.

     « Je vais mourir... Je vais mourir... »

.....  

 

Des mois passent.

Un promeneur égaré s'étonne de voir une maison sans porte, aux volets clos, et ceinturée de belles glycines en fleurs.

 

ACCUEIL & SOMMAIRE

Tous les articles du blog

Articles classés par catégories (tags)

 

Repost 0
Published by mamiehiou.over-blog.com - dans contes-nouvelles-poèmes
commenter cet article
21 octobre 2010 4 21 /10 /octobre /2010 18:31

LES DÉLIRES Tous les épisodes

ACCUEIL & SOMMAIRE

Tous les articles du blog

 

Alcmène me serra si fort dans ses bras que je crus à un adieu. Je la rassurai : ma prudence n'aurait pas de faille. Et je la quittai promptement pour ne pas trop m'attendrir, ni m'amollir au point de revenir sur ma décision.

 

Lorsque je parvins à proximité du roc où s'ancrait le Châteauje vis que les remparts formaient avec la falaise une sorte de promontoire qui s'avançait dans la mer en en dominant les vagues monstrueuses qui venaient s'écraser en grands flocs. La vue de ce nid d'aigle° me donna un frisson. J'ignorais que la mer fût si proche.

Je m'apprêtais à gravir la crête par un chemin étroit, lorsque je fus bientôt arrêtée par une file impressionnante de gens qui me précédaient et progressaient avec lenteur. Je me sentis soudain prisonnière, lorsque d'autres personnes vinrent se positionner derrière moi. Je me rendis compte qu'il n'y avait alors plus d'issue hors de l'étroit couloir rocheux qui nous confinait.

On ne pouvait ni reculer ni s'enfuir, si grande qu'en eût été l'envie. Ceux-là même qui hésitaient n'avaient plus le loisir d'hésiter, les indécis n'avaient plus le loisir de rebrousser chemin, les claustrophobes n'avaient plus le loisir de s'évader, ni même de s'évanouir, au risque d'être piétinés.

Une embuscade appropriée nous eût décimés en un éclair.

Je chassai ces idées inopportunes et décidai de distraire mon attention en arrêtant mon regard sur l'étrange forteresse médiévale qui nous dominait, droit devant.

 

Mais les pensées sont têtues qui ne se font pas chasser si vite.

Elles reprirent le dessus, me forçant mordicus à détourner mon attention.

« Si ces gens craignaient de rencontrer Marie-Loup de Saint-Ange ou quelque autre personne vivant là-haut, il ne pourrait y avoir d'attente aussi longue », me dis-je.

Qu'est-ce qui poussait irrésistiblement tous ces individus, qui, au premier abord paraissaient en bonne santé, à vouloir se jeter dans la gueule du loup°, si loup il y avait ?

 

Un instant, je doutai d'Alcmène qui m'avait laissé entendre qu'il était trop dangereux de s'approcher de cet endroit sans y réfléchir à deux fois.

Le nom de Marisa-Loup et la légende incroyable qui s'attachait à sa famille* avaient peut-être fait surgir dans l'inconscient collectif, du fond des âges, des peurs ancestrales.

 

Fallait-il que je sois assez naïve pour prendre argent comptant° tout ce que cette pauvre Alcmène me racontait ? Elle m'avait donné mille signes qui trahissaient une sensibilité le plus souvent poussée à son paroxysme.

Peut-être étais-je son jouet ? Peut-être voulait-elle m'assujettir à ses fantasmes et faire de moi sa chose ?

Il me faudrait être sans cesse sur le qui-vive pour me défaire de cette faiblesse qui me désarmait devant la puissance de persuasion dont je commençais à la supposer capable, lorsqu'elle faisait appel à ma compassion la plus sincère, à l'instant même où elle me donnait le spectacle de son désarroi.

Je soupirai.

Et cependant, je savais que, bien que doutant d'elle, je ne laisserais pas d'être son amie.

 

L'aveuglement librement consenti obscurcit d'autant plus le chemin qui mène à la vérité.**

................................................................... 

*Le bal de Madame de Saint-Ange (44 Délires en abyme* Un conte dans le conte)

** La Vérité, toute la Vérité, rien que la Vérité...

 

NOTES

J'ignorais que la mer fût si proche.

fût, subjonctif imparfait.

Ignorer suivi de l'indicatif ou du subjonctif

> Le fait que - Je ne dis pas que - Cela ne veut pas dire que - Ce n'est pas que, ce n'est point que - ignorer que, j'ignore que - Il n'empêche que + indicatif ou subjonctif ?

 

hors de l'étroit couloir rocheux qui nous confinait.

Confiner, enfermer.

 

si grande qu'en eût été l'envie

subjonctif plus-que-parfait

pour grande qu'en eût été l'envie

quelque grande qu'en eût été l'envie

aussi grande qu'en eût été l'envie

Voir les deux sens de Si... que

 

Ceux-là même qui hésitaient n'avaient plus le loisir d'hésiter

> Ceux-là même ou ceux-là mêmes ? Celles-là même ou celles-là mêmes – cela même, ici même, là même, par là même, aujourd'hui même... QUIZ 64

 

une embuscade nous eût décimés...

>> nous auraient décimés

conditionnel passé

 

mais les pensées sont têtues qui ne se laissent pas chasser aussi vite.

Il y a ici disjonction : le pronom relatif QUI est éloigné de son antécédent pensées.

 

Soutenir mordicus

affirmer obstinément.

mordicus, familier, en latin : en mordant.

 

Je ne laisserais pas d'être son amie

je ne cesserais pas de l'être, je ne m'abstiendrais pas de l'aimer.

> Verbes qui se construisent avec à + infinitif ou de + infinitif

 

L'aveuglement librement consenti obscurcit d'autant plus le chemin qui mène à la vérité

L'aveuglement, Ensaio sobre a cegueira, 1995, roman de l'écrivain portugais José Saramago, Prix Nobel de Littérature. L'auteur imagine l'humanité frappée de cécité et décrit les conséquences d'un tel drame. En 2008, Fernando Meirelles en a tiré un film, Blindness.

 

<< 77 Délires qui vont m'amener à affronter l'inconnu + Les babets

>> 79 Délires où l'on ne s'amuse guère

 

QUIZ 16 - Jeu littéraire

Rends à César ce qui est à César

Il s'agit de retrouver les auteurs des oeuvres suivantes.

Leurs nom commencent par A.

1 Colombe

2 Orgueil et Préjugés

3 La Jument Verte

4 Les Yeux d'Elsa

5 Les Oiseaux  

6 La Princesse au Petit Pois

7 Les Confessions

8 Sous le Pont Mirabeau

9 Les Chemins de la Faim

10 Les Tragiques

11 Le Jardin des Délices

12 Organon

13 des Corps Flottants

14 La Divine Comédie

15 On n'est pas des Boeufs

16 Paolo-Paoli

17 le Jeu de la Feuillée

18 L'homme à l'Oreille Cassée

Mais qui donc a dit que ce serait facile ?

 

Réponses ci-dessous

V

 1 Jean Anouilh 2 Jane Austen 3 Marcel Aymé 4 Louis Aragon 5 Aristophane 6 Hans Christian Andersen 7 Saint Augustin 8 Guillaume Apollinaire 9 Jorge Amado 10 Agrippa d'Aubigné 11 Fernando Arrabal 12 Aristote 13 Archimède 14 Dante Alighieri 15 Alphonse Allais 16 Arthur Adamov 17 Adam de la Halle 18 Edmond About  

 

LES DÉLIRES Tous les épisodes

Tous les QUIZ

ACCUEIL & SOMMAIRE

Tous les articles du blog

Repost 0
Published by mamiehiou.over-blog.com - dans LES DELIRES
commenter cet article
20 octobre 2010 3 20 /10 /octobre /2010 16:17

ACCUEIL & SOMMAIRE

Tous les articles du blog

Articles classés par catégories (tags)

 

UNE HISTOIRE DE COQ

 

Ce matin, je suis descendue dans mon jardin pour profiter de la douceur de l'été indien qui s'est installée depuis peu. J'aime y rester assise sur le banc et contempler les minuscules avancées du temps qui, de jour en jour, transforment les formes et les couleurs.

 

Planté au milieu de la pelouse, un coq est là qui me regarde.

« Je ne te connais pas », lui dis-je, « Que fais-tu donc chez moi ? »

 

Un murmure plaintif sort de son bec. Il reste figé, devant moi, et n'avance ni ne recule, m'observant avec méfiance mais sans crainte.

« Comme tu es beau ! » m'exclamé-je, sans croire vraiment que la flatterie puisse avoir sur lui quelque effet.  N'es-tu pas le coq que j'ai entendu plusieurs fois crier dans le jardin voisin et que j'ai entrevu par delà la haie, à courir, les ailes feu déployées, poursuivi par le chien et puis par le chat peu amènes qui te disaient leur désapprobation de t'être installé chez eux ? À coup sûr c'est bien toi. Qui d'autre ? Et ainsi te voilà réfugié chez moi, en quête d'un havre de paix, d'un paradis improbable. Tu as raison, qui ne tente pas sa chance n'a rien en ce vaste monde. Tu mérites ma protection si tant est que ton maître ne vienne te prendre pour te remettre dans son enfer. »

Il m'écoute avec attention. Je sens un piège : je l'aime déjà.

 

Mais voilà monsieur mon voisin qui arrive et pointe le nez par dessus le portail ajouré.

« Entrez donc, lui dis-je, vous venez chercher votre coq ? »

Il me raconte qu'on lui a fait ce cadeau, un cadeau bien encombrant, précise-t-il, parce qu'il a rendu service à un fermier. Ce dernier a pensé lui faire plaisir en lui offrant en retour le volatile innocent, qu'on destinerait probablement à la casserole.

« Lui couper le cou ? Le plumer ? Ah, je ne le pourrai pas, me dit le propriétaire du coq. Voyez comme il est heureux chez vous. En paix. Je vous le laisse. »

Comment supporter l'idée qu'on puisse rayer de la surface de la terre une créature aussi magnifique pour le plaisir d'un coup de fourchette ? Quelle abomination ! Quelle horrible pensée — vous en êtes d'accord, lecteur sensible, qui frémissez déjà — que d'imaginer ce bel animal, si vif, si fier, réduit misérablement à un tas d'os rongés et à une inutile plumée !

Mais comment accepter de l'adopter ? Chez moi ? Non, non, je ne puis m'y résoudre, ce n'est pas sa place.

Je voudrais protester, donner des arguments à mon voisin qui a su s'imposer de façon aussi cavalière, pour qu'il reprenne son coq. Mais peut-être sent-il dans ma voix une certaine réticence, une insistance sans conviction, une molle opposition. Il n'écoute pas et coupe court.

« Gardez-le, je sais qu'il sera heureux ici. »

Et le voilà qui s'en va et me laisse dans la plus grande perplexité.

 

Je contemple l'animal et ne peux que fondre de plaisir à sa vue. Son attitude noble et orgueilleuse force le respect ; la multitude des couleurs de son plumage, l'admiration. Son corps luit, comme recouvert de fines lames d'or et de cuivre qui miroitent au soleil, Sa longue queue noire dressée retombe en éventail, brillant d'une moire digne d'une soie orientale. Sa crête charnue lui donne un air royal. Ai-je jamais vu de coqs ? En ai-je jamais vraiment regardé un ? Je croyais l'avoir fait dans plus d'une basse-cour mais jamais je n'ai été ainsi saisie par une telle beauté.

 

Il ne me reste qu'une chose à faire : aller chercher pour le nouveau venu de quoi manger et boire.

J'ai tôt fait de mettre à sa disposition un récipient d'eau et de lui donner ce dont je dispose : de la mie de pain frais trempée, des grains de riz (bluté, dommage !) et des graines de lin bio, brillantes à souhait, bien faites pour restaurer sa santé, à croire que je veux faire de lui un produit bleu blanc coeur. Je passerai tout à l'heure à Jardiland pour acheter des aliments adéquats.

Il a tout compris, tout de suite, quand j'appelle : « Petit, petit, petit... »

« Je te nommerai Nestor. À présent, tu n'es plus seulement un coq, mais mon coq. »

À mon âge, qui donc eût dit que je succomberais à l'attrait d'un gallinacé !

 

Victor, mon petit fils est venu admirer Nestor. À quinze mois on est curieux de tout. Les animaux le fascinent. Chats, chiens, pigeons, chinchillas lui sont familiers, mais un coq ! Il veut l'attraper. Le coq court parmi les fleurs, il bat des ailes mais sans grande conviction pour prendre son envol.

 

« Attention, Victor ! On ne court pas après un coq ! On le regarde, c'est tout. »

 

Victor lui adresse des cocoricos comme il les a entendus sur quelque DVD qui énumère, pour les enfants, des cris d'animaux, et il est étonné de n'entendre en réponse que des gloussements. Drôle de dialogue.

Je m'afflige que le petit ne pourra décidément pas continuer à s'amuser sur une pelouse parsemée de fiente malodorante et collant aux semelles. Son père me propose de bâtir une cabane pour le coq et même d'y inviter quelques poules. Soyons raisonnable, ne nous laissons pas succomber au pouvoir de séduction de Nestor. Non, on ne pourra pas le garder. Mais, comment faire pour se séparer de lui tout en lui préservant la vie, tout en lui trouvant un lieu où il puisse être heureux ?

 

Voilà déjà plus d'un mois que j'habite chez mon coq. Il domine la situation de son allure altière. Je ne cesse de l'admirer, de lui parler doucement, de lui faire découvrir les choses intéressantes de mon jardin. Chaque matin, il me demande de soulever les grosses pierres qui servent de bordures et de décoration. Oui ! Il me le demande. À voir l'excitation qui le prend lorsqu'il m'aperçoit — il se précipite à ma rencontre, les ailes battantes, poussant même de petits cris — à voir l'insistance qu'il prend à vouloir marcher tout près de moi, sur mes pieds s'il le pouvait, je ne peux résister et je cède à ses désirs. Nous faisons le tour du jardin. Sous chaque pierre soulevée, on s'extasie devant la découverte de toute une faune qui affectionne les lieux sombres et humides. L'insecte ou le crustacé débusqué ne fait pas un pli, Nestor l'avale goulûment (entre autres mille-pattes, vers blancs, et cloportes), ou c'est une grosse limace gluante qui est aussitôt déchiquetée pour être gobée elle aussi, ou un énorme lombric ou des vermisseaux qui n'ont pas le temps de dire ouf, toute une nourriture savoureuse gorgée de protéines qui fait de mon volatile préféré un modèle du genre ; il gagnerait des médailles, j'en suis sûre. Vrai, il a doublé de volume depuis que nous avons fait connaissance. Fier comme Artaban, il se promène selon sa fantaisie, projetant d'un coup sec sa tête à chaque pas, arborant une assurance souveraine, en maître des lieux.

 

Mon chat langoureusement s'étire sur le banc tout chaud de soleil. Couché sur le dos, Caramel donne son ventre miel à admirer. L'oeil mi-clos, il ne perd pas de vue ce qui se passe autour de lui. J'aime savoir qu'il fait bon ménage avec Nestor. Deux merveilleux êtres intelligents qui vivent en bonne intelligence. Le Paradis dans mon jardin ! Ils ont compris qu'ils pouvaient tirer le meilleur parti en se côtoyant sans se jalouser trop, à faire comme si l'autre n'existait pas ou presque. Ils s'observent discrètement sans que je m'en aperçoive, mais je me doute bien que rien de ce que fait l'un n'échappe à l'autre. Et voilà mon Nestor qui, faisant semblant de picorer on ne sait quoi, s'approche du chat à demi-sommeillant, sans en avoir l'air, à petits pas, et il dresse le col pour se mettre la tête à la hauteur du banc, l'oeil rond et curieux. La distance diminue dangereusement entre mes deux chéris, et j'observe. Soudain, alors que le bec est près d'effleurer le joli ventre rond, un coup de patte vif et précis assène une gifle sur le coq ébaubi qui fait quelques pas en arrière, vexé je vous l'assure, de n'avoir pu éviter le rappel à l'ordre intempestif du chat : on ne plaisante pas avec une trop grande familiarité. Et voilà Nestor reparti un peu plus loin, sans avoir sourcillé, sachant bien qu'il ne doit s'en prendre qu'à lui-même s'il a reçu la semonce, faisant comme si de rien n'était, déambulant inlassablement dans l'herbe à la recherche de proies invisibles aux yeux du commun des mortels, et décidant qu'à tout prendre il vaut mieux ne pas tenir rigueur au félin, d'ordinaire accommodant, et qui l'a si bien accepté sur son territoire.

 

Les jours se raccourcissent. Nestor va se coucher vers les six heures et demie et chacune de ses soirées perd quelques minutes quotidiennes. Il a déniché dans la haie d'arbustes une place, sur une branche, qui lui convient, où il se sent à l'abri dans le feuillage. Mais une nuit, la pluie est si violente que, lorsque je le vois au matin, le plumage détrempé, l'air piteux, je ressens une immense pitié.

 

C'est urgent, il faut agir avant les mauvais jours, il ne peut rester ainsi à la rigueur des intempéries. Il faut que je case mon coq.

Comment faire pour trouver une personne qui respectera son intégrité et renoncera à le dévorer, maintenant qu'il est bien gras et appétissant à souhait ? Je me mets à la recherche d'un amoureux des coqs, d'une personne qui aura de préférence une volée de poules (histoire de gâter Nestor !) mais sans coq déjà installé dans la basse-cour, car on sait bien que le plus souvent deux coqs ensemble ne font pas bon ménage.

Je me remémore alors Jean de La Fontaine :

Deux Coqs vivaient en paix : une Poule survint,

Et voilà la guerre allumée.

[...]

 

Je veux que mon coq soit heureux, un point c'est tout.

Après avoir supplié mon voisin de rechercher lui aussi une famille accueillante, — hélas sans succès —  j'ai l'idée, un dimanche matin, de demander à une bonne dame de ma petite ville, que je connais pour avoir fait partie d'une famille paysanne, et à ce titre, j'ai bon espoir qu'elle trouve quelque fermier qui fasse l'affaire. Pendant la messe où je la rencontre (ô sacrilège !), j'ose lui murmurer discrètement : 

 

« Jeannette, j'ai un coq dont je voudrais me défaire. Verriez-vous une bonne personne qui pourrait l'adopter ? Plusieurs conditions cependant : qu'elle ne le mange pas, qu'elle ait des poules, qu'elle n'ait pas déjà un coq, et qu'on puisse lui faire confiance. »

 

Toujours prête à rendre service, elle réfléchit. Après l'ite missa est, lorsque les fidèles s'ébranlent pour sortir de l'église, voilà que ma Jeannette se poste au milieu de la nef principale, et arrête les paroissiens, les uns près les autres en leur demandant : « Ne voulez-vous pas un coq ? » On entend pouffer, on entend lui répondre que ce serait une bonne idée pour le dîner. Notre curé se propose en plaisantant de prélever une taxe sur la vente. L'essai est un fiasco lamentable. Personne ne veut adopter mon coq.

 

Je demande à mes connaissances. Sans succès.

Jusqu'à mon kiné qui veut bien essayer de résoudre mon problème.

« Je crois que j'ai votre homme, me dit-il. Faisons une tentative. »

Il décroche le téléphone :

« Allô, c'est toi ma chère amie. J'aurais quelque chose d'exceptionnel à te proposer...

Non, je t'assure, c'est très sérieux. C'est un coq. Un coq à adopter.

 Ce n'est pas une plaisanterie, c'est un coq magnifique, il faut que tu le voies. Tu ne résisteras pas.

 Écoute, je te fais une proposition honnête : tu prends le coq, et je garde ton fils pendant les vacances.

 Sais-tu que tu ferais une très bonne affaire. Il parle anglais. Il serait un excellent répétiteur pour ton...

»

Pince-sans-rire, mon kiné se tourne vers moi, l'air contrit.

« Rien à faire, me dit-il, rien à faire ! »

 

Il faut me rendre à l'évidence, l'objectif que je me suis fixé sera dur, très dur à atteindre. Il ne me reste qu'une solution : faire du porte à porte.

J'ai repéré les fermes qui bataillent contre l'invasion urbaine, celles qui sont disséminées autour de ma petite ville, au milieu des prés et des champs, celles, héroïques, qui résistent, qui n'ont pas encore été grignotées par l'avidité des promoteurs de lotissements nouveaux et des grandes surfaces.

Je ne veux pas faire cette démarche toute seule, et Jacques, mon mari, va m'accompagner. Il aime bien faire des connaissances nouvelles, mon mari.

 

On roule sur la route de campagne et l'on aperçoit de loin un fermier qui sort de chez lui pour regarder sa boîte aux lettres. Le temps d'arriver dans la cour de sa ferme, il a disparu. On sonne, on frappe. Personne ne répond. Ne voit-on pas bouger un rideau, ou est-ce une illusion ? Pourtant nous savons qu'il est là, à nous guetter. Le couple que nous formons fait figure de fâcheux qui viennent le déranger. Des Témoins porteurs de la Bonne Nouvelle ? Peut-être ? Que croit-il ? Nous ne nous avouons pas vaincus.

Voyons plus loin. Une dame fort sympathique nous ouvre sa porte. Elle est stupéfaite d'entendre la demande que nous lui faisons et l'on sent qu'elle a vraiment envie de rire.

Jacques l'interroge : 

« Votre nom me dit quelque chose, n'êtes-vous pas la soeur de la dame qui porte le même nom que vous et qui vit à la maison de retraite ? »

 

Et voilà, c'est parti pour des bavardages interminables. On n'a pas fini si on fait ainsi la conversation à tous les fermiers des environs !

Il y a bien une ferme éloignée que nous apercevons d'ici. Je n'ai pas envie de faire des kilomètres. Nous demandons alors à notre interlocutrice si elle ne connaîtrait pas le nom des gens qui habitent là-bas, et nous lui montrons du doigt la maison sur la colline. Chouette, elle le connaît ! On se contentera de téléphoner.

Quand on demande à la brave dame au bout du fil s'il lui plairait d'adopter notre coq, elle nous rit au nez — façon de parler — et elle nous répond, en colère :

« Mais mangez-le donc ! »

 

Nous ne nous décourageons pas.

Le lendemain, nous poursuivons nos investigations en prenant une direction nouvelle. Il y a bien à quelque deux ou trois kilomètres de chez nous une jolie ferme au bord de la route. Nous y passons devant à chaque fois que nous descendons en ville et longeons un grand pré où s'ébattent des poules, qui, ma foi, ont l'air bien heureuses d'être au grand air. Allons-y !

Un aimable monsieur nous accueille, qui semble à peine étonné de notre requête. Il a bien eu un coq autrefois, qu'il aimait bien, mais il a dû s'en séparer à cause d'un voisin qui ne supportait pas ses cocoricos intempestifs ; il est vrai que le pauvre animal inconscient se mettait à chanter à trois heures du matin, quel bêta ! Nous suggérons de faire l'expérience avec notre coq. Peut-être le voisin sera-t-il aujourd'hui plus accommodant.

 

Notre Nestor, pendant les deux premières semaines de son séjour chez nous, ne chantait pas. Une aubaine pour les voisins. Puis un jour, à notre grand étonnement, il a chanté une fois. J'ai bien cru m'arracher les cheveux dans mon lit, alors que je n'étais pas encore levée. C'était sept heures vingt du matin. Le lendemain, c'était sept heures vingt-deux, le voilà qui se remet à chanter, et trois fois. « Aïe, j'ai bien peur que nous ayons bientôt des plaintes du voisinage », ai-je pensé. Mais rien. De jour en jour, et au fur et à mesure que notre coq se sentait plus heureux chez nous, les cocoricos se sont multipliés. Jusqu'à onze fois. Je les comptais, anxieuse, au fond de mon lit, priant que ces cris cessent vite. J'espérais que tout le monde alentour était déjà réveillé, le chant se faisant entendre de plus en plus tard chaque jour, suivant l'heure du lever du soleil.

Comme nous avons bon espoir que l'aimable personne à laquelle nous vantons la beauté et l'intelligence de notre coq, se laissera tenter, nous lui affirmons que l'animal n'est pas un lève-tôt, et que ses poules seront assurément ravies d'avoir un beau mâle à leur disposition. Nous sentons que sa résistance fléchit, les arguments font mouche. C'est fait. Nestor est adopté.

 

Le jour de la séparation arrive et je suis toute triste. Le futur propriétaire vient pour chercher Nestor. Dès qu'il l'aperçoit, il tombe sous le charme. Son admiration n'est pas feinte. « C'est un beau coq, dit-il, et bien gros ! » Il enfile des gants épais pour se protéger des ergots puissants et des grosses pattes griffues.

Nous voilà, le monsieur, mon mari et moi entourant le coq qui commence à se douter que quelque chose de désagréable va lui arriver. Il s'affole et semble me dire : « Que me fais-tu là ? Toi que j'ai aimée, toi en qui j'avais toute confiance. Veux-tu me livrer à des mains étrangères ? Quelle trahison ! » J'ai envie de pleurer, de lui demander pardon, et je me sens vaguement ridicule. Nous n'arrivons à rien, car l'animal risque de s'envoler à chaque fois que nous nous approchons de lui pour le saisir et j'ai bien peur qu'il n'aille dans la rue.

 

« Attendons qu'il se décide à aller se coucher, » propose le monsieur.

J'ajoute : « Il est bientôt l'heure. »

 

On voit alors mon bel oiseau se jucher dans l'arbuste qu'il affectionne. C'est un jeu d'enfant que de s'emparer de lui lorsqu'il est près de s'endormir. On le met dans une petite cage. Je le caresse pour la première et la dernière fois. « Adieu, Nestor, je t'aime. » Le nouveau propriétaire, qui semble ravi, insiste pour nous l'acheter, mais Nestor n'a pas de prix ! Il nous apportera, pour nous remercier, des oeufs de ses poules.

 

Je ne t'ai pas perdu de vue, mon cher Nestor. Chaque fois que je longe le pré où tu passes une vie heureuse, je te vois, au milieu de tes compagnes. Tu les domines de toute ta hauteur, toujours digne et majestueux, portant avec ostentation tes couleurs flamboyantes, et je ralentis ma voiture, si aucune autre ne me suit de près, pour t'admirer encore, et encore. Et mon coeur se serre d'émotion, et je me traite de bête, pour être aussi sensible. Tout juste si je n'essuie pas une larme, heureuse que je suis d'avoir pu te sauver de l'indifférence des hommes.

 

Ô coq ! Emblème gaulois de mon pays ! Je comprends à présent pourquoi tu fus choisi parmi toute la gent animale pour le représenter, pourquoi on t'a préféré au lion, ou même à l'aigle qui t'a détrôné un temps, celui des empires des Napoléon, mais que tu as su chasser, et tu es revenu, tel le phénix qui renaît de ses cendres, plus glorieux que jamais ! Les Français se souviennent-ils que depuis le Moyen-Age où ils t'ont adopté comme symbole religieux — Ne trônes-tu plus en girouette sur le clocher de nos églises ? —  puis, à la Renaissance où tu t'es attaché à l'idée de notre Nation, tu as accompagné l'effigie de nos rois au fil des siècles. On te trouvait parfois, sur les pièces de monnaie, sur les timbres, sur les gravures, et tu te dresses toujours, bien visible, sur certains monuments fameux. Tu restes au fond de nous comme une certaine image de la France, la France profonde et paysanne, et tu apparais encore, exaltant les coeurs, sur les terrains où nos sportifs rêvent de la victoire.

Ô mon coq ! Je t'ai découvert, dans toute ta splendeur et avec un coeur qui ressent des choses dont je ne me serais jamais douté, avec une intelligence et une délicatesse qui m'étaient inconnues jusqu'alors. Je ne t'oublierai jamais, Nestor, toi dont le cocorico retentit encore dans mon souvenir !

 

Une voisine m'interpelle l'autre jour : « Ah ! Comme votre coq chantait le matin ! » Je crois à un reproche qu'elle va me faire.

« Comme il me manque, me dit-elle, comme il me manque de l'entendre ! »

.................................

Notes

Les moindres détails de cette histoire sont vrais, le croiriez-vous ?

 

m'exclamé-je ou m'exclamè-je (Nouvelle orthographe): je m'exclame avec le sujet inversé.

 

Eussé-je, eussè-je, j'eusse, fussé-je, fussè-je, je fusse, dussé-je, dussè-je, eût-il, fût-il, dût-il, fût-ce, fussent-ils, parlé-je...

Réforme de l'orthographe - L'orthographe recommandée aux enseignants - Lexique

 

ACCUEIL & SOMMAIRE

Tous les articles du blog

Articles classés par catégories (tags)

Repost 0
Published by mamiehiou.over-blog.com - dans contes-nouvelles-poèmes
commenter cet article
20 octobre 2010 3 20 /10 /octobre /2010 08:21

LES DÉLIRES Tous les épisodes

ACCUEIL & SOMMAIRE

Tous les articles du blog

 

Tout en haut du piton rocheux qui dominait la ville, se dressait, impressionnant et grave, le Château. On ne pouvait tourner la tête dans sa direction sans le voir et il rappelait, à tout un chacun, la puissance qu'il exerçait sur le mental. Les carcasses les moins robustes tremblaient, les esprits les plus résolus fléchissaient devant le symbole glacé et mortel. On faisait tout ce qu'il était possible pour éviter de lever les yeux sur lui, à tel point qu'on en oubliait le plus souvent de regarder les divines beautés du ciel changeant qui se moquait bien de ce qui se passait ici-bas.

 

Avant de nous extirper de la cache où nous nous étions dissimulées, bien à l'abri des ondes indiscrètes, je prévins Alcmène de ma décision de pénétrer dans cette forteresse.

Elle me traita d'intrépide et de téméraire et me pressa de lui dire de quel mal je me plaignais pour vouloir ainsi aller quérir un remède au Château, au risque de ne pas me porter mieux, ou même d'encourir un blâme. Elle ne put me décrire lequel exactement, car on craignait de parler librement de ces choses. Des rumeurs couraient, chuchotées imprudemment à l'oreille, quand on croyait se trouver dans un lieu sûr. Je ne lui dis pas un mot de mes intentions exactes, pour la préserver, au cas où on la presserait d'avouer ce qu'elle savait sur moi.  

Je me serais bien laissé convaincre de n'y point aller, si forts étaient les arguments de ma chère Alcmène, mais la curiosité qui m'animait était trop intense pour lui céder. Je saurais désormais qu'il me fallait me tenir sur mes gardes.

N'étais-je pas tout fraîchement arrivée dans ce monde d'inquisiteurs ? Je me doutais bien qu'on m'avait à l'oeil°.

 

Sitôt que je fus sortie à l'air libre, je respirai de toute ma capacité pectorale comme si une hyper oxygénation pouvait me délivrer de mes peurs. Il me fallait les vaincre pour affronter l'inconnu. Il me fallait les vaincre pour éclaircir le mystère.

 

     « À vouloir trop savoir, qu'y gagne-t-on ? dit le sot. Si tu m'apprends que l'architecture des pommes de pin fait que l'air virevolte autour d'elles, les pignes en seront-elles meilleures ? »

..........................................................

 

NOTES

Première phrase : ..........................le Château

LA SUSPENSION - Procédé de style qui veut produire un effet : rejet en fin de phrase du groupe nominal le Château.

 

à tel point qu'on en oubliait le plus souvent de regarder les divines beautés du ciel

conséquence après la locution conjonctive à tel point que

> À un tel point que, à un point tel que, au point que

 

il rappelait, à tout un chacun, la puissance qu'il exerçait

Tout un chacun, n'importe qui.


Je me serais bien laissé convaincre de n'y point aller

♦ Place de Y : Lorsque le verbe à l'infinitif est précédé d'un adverbe (bien, trop, toujours...) ou de la 2e partie de la nég. (pas, point, rien, jamais...) Y précède le groupe adverbe + infinitif 

> La place de Y et de EN dans la phrase. Vous recherchez des difficultés dans cet exercice ? Vous finirez bien par Y EN trouver. + QUIZ 67

♦ laissé, participe passé suivi d'un infinitif : invariable.

> L'accord problématique des participes passés FAIT et LAISSÉ - Ils se sont fait ou faits / Elle s'est fait ou faite / Ils se sont laissé ou laissés...


Je me doutais bien qu'on m'avait à l'oeil°.

on me surveillait

 

Sitôt que je fus sortie à l'air libre

langue soignée, emploi de la locution conjonctive > Sitôt que

passé antérieur

 

je respirai de toute ma capacité pectorale

pectoral, de la poitrine.

 

les pignes en seront-elles meilleures ?

Une pigne, c'est la graine de la pomme de pin mais c'est aussi parfois la pomme de pain elle-même. 

Dans la Loire on appelle une pomme de pain un babet.

 

Les babets ! Ce mot résonne dans ma mémoire et me plonge dans mon enfance. Comme les promenades dans les bois du Pilat fleuraient bon les résineux ! On y ramassait les babets, précieux butin qui devenait jouets. Les babets femelles avaient notre préférence, c'étaient les plus gros. Je sens encore sous mes doigts le rugueux contact de leurs écailles. Certains d'entre eux, cônes presque fermés, d'autres, cônes éclatés, que la nature artiste avait sculptés dans une inégalable perfection.

 

<< 76 Délires qui semblent donner peu d'espace à l'espoir

>>78 Délires qui promettent d'étranges rencontres - "Rends à César ce qui est à César" QUIZ 16 

 

LES DÉLIRES Tous les épisodes

ACCUEIL & SOMMAIRE

Tous les articles du blog

 

Repost 0
Published by mamiehiou.over-blog.com - dans LES DELIRES
commenter cet article
19 octobre 2010 2 19 /10 /octobre /2010 10:32

 LES DÉLIRES Tous les épisodes

ACCUEIL & SOMMAIRE

Tous les articles du blog

 

La matriarche susnommée avait décrété moultes ordonnances, et Alcmène était prête à m'en donner tous les détails qui régissaient la cité. Elle fit appel à ma prudence.

« Ton ignorance, me dit-elle, est le pire de tous les maux. Et si tu veux préserver ta vie, il te faudra apprendre par le menu ce qui est autorisé et ce qui est interdit ici. Rien n'est plus précieux qu'une bonne connaissance de La Règle à laquelle tu dois te soumettre. Si tu l'enfreins, tu es perdue.

Tu as vu comme il est facile de tomber dans le piège des émotions qu'on ne doit en aucun cas laisser paraître. À chacun de tes manquements, des limiers à l'affût sont prêts à fondre sur toi. Et si tu veux avoir la vie sauve, il te faut payer des pots-de-vin qui te mettent sur la paille° pendant des décennies. Tu en as été le témoin. Amphi m'a fait un cadeau dont tu ne peux à peine imaginer le prix. Il n'en était aucunement contraint. Sans sa générosité, c'en était fait de moi... Je sais ce que tu penses. Tu te demandes pourquoi je n'ai pas moi-même payé sur mes propres deniers. Sache que ma bourse s'est vidée depuis fort longtemps. Je suis à sec. J'ai tant de fois manqué à La Règle, tant de fois violé ses commandements impitoyables — et cela sans le vouloir, tu peux bien me croire — qu'à chacune de mes erreurs, il m'a fallu me dépouiller un peu plus. L'impétuosité de mon caractère indocile, mon incapacité à brider les intempestifs mouvements de mon âme, mon humeur inconstante, mon comportement d'extravertie que je ne puis juguler, voilà ce dont je devrais me défaire, Amphi m'en fait le reproche chaque jour. Et si je continue ainsi, à être déraisonnable, irréfléchie, impulsive, inconséquente, écervelée... »

 

Alcmène ne put continuer. Elle éclata en sanglots. Je ne pouvais croire qu'elle était comme elle se décrivait elle-même, Mais une chose était sûre, elle s'acheminait lentement vers le désespoir.

Je jurai de mettre tout en oeuvre pour l'aider à sortir de ce cercle infernal. Il en allait de sa vie, et de la mienne aussi.

Comme j'étais naïve ! Il eût fallu une révolution pour le moins.

Je décidai d'aller au Château.

.....................................................................

 

NOTES

La matriarche susnommée avait décrété moultes ordonnances

la matriarche : il s'agit de Marisa-Loup. Voir les épisodes précédents.

susnommé, nommé ci-dessus.

susdit, susmentionné. 

moult ordonnances ou moultes ordonnances, synonymes : beaucoup de

MOULT, adverbe moult, vieux ou plaisant

 

il te faudra apprendre par le menu

par le menu, en détails.


Sans sa générosité, c'en était fait de moi

> Sans, s'en, sens, sent, c'en, cent, sang, des homophones à ne pas confondre – Sans suivi d'un singulier ou d'un pluriel ?


Si tu l'enfreins

verbe enfreindre

les verbes en DRE font à l'indicatif présent -DS -DS -D

les verbes en INDRE et SOUDRE font -S-S-T

> Les verbes difficiles conjugués à l'indicatif présent, au passé simple, au subjonctif présent et au subjonctif imparfait

 

des limiers à l'affût sont prêts à fondre sur toi

Un limier, un chien de chasse ou un détective, c'est selon.

Rappelez-vous les limiers que nous avons rencontrés au texte Les Délires  63  et suivants.

> L'accent circonflexe – Mettons-le seulement là où il faut - cru, crû, idolâtre, psychiatre, écolâtre, gaîment, absolument, ambigument, fantomatique, tempétueux... + Quiz 58


des pots-de-vin qui te mettent sur la paille° pendant des décennies

Je suis à sec

être sur la paille, être à sec, ne pas avoir d'argent.


mon comportement d'extravertie que je ne puis juguler

♦ Extravertie ou extrovertie, qui a une facilité à exprimer ses sentiments, qui aime les contacts avec autrui, qui est ouverte sur le monde.

Contraire, introvertie.

L'extraversion ou extroversion, l'introversion.

♦ je ne puis, je ne peux pas

> Ne pas confondre : je peux, je puis, je pus, je puisse, je pusse - puis-je, puissé-je ou puissè-je...

♦ juguler, arrêter que la chose se développe.

 

Il eût fallu une révolution

subjonctif plus-que-parfait à valeur de conditionnel passé

il aurait fallu - conditionnel passé (1re forme)

 

<< 75 Délires sur une psyché - À propos de digressions...

>> 77 Délires qui vont m'amener à affronter l'inconnu + Les babets

 

LES DÉLIRES Tous les épisodes

ACCUEIL & SOMMAIRE

Tous les articles du blog

Repost 0
Published by mamiehiou.over-blog.com - dans LES DELIRES
commenter cet article
18 octobre 2010 1 18 /10 /octobre /2010 08:37

LES DÉLIRES Tous les épisodes

ACCUEIL & SOMMAIRE

Tous les articles du blog

 

Les digressions suivantes, qui sont des analyses psychiques tout droit sorties du courant romantique qui veut qu'on s'attache à regarder son nombril plutôt que celui des autres, t'agaceront peut-être cher lecteur, toi qui est si impatient de connaître la suite des événements. Mais il faut en passer par là pour mieux appréhender ce qui se passe dans ma tête. Et je n'ai pas l'intention de m'excuser en quoi que ce soit quand je te dis cela ex abrupto !

Ta petite Oli qui s'autoflagelle parfois.  
.................................................................                                                                                                                              

Ma curiosité devint insatiable. Je voulais tout savoir et j'interrogeai Alcmène sur mille détails.

La crispation qui l'avait rendue si dure à mon égard dans les premières minutes de notre entretien, s'effaça peu à peu. Je lui pardonnai, car j'avais compris à quel point, successivement, l'angoisse l'avait paralysée, et la nervosité s'était installée à fleur de peau, a pedibus usque ad caput°, puisqu'il lui avait été impossible de dominer l'effet des giclées de noradrénaline qui l'avaient assaillie, et qui lui avaient si injustement ôté tout libre arbitre,

 

Je sais d'où le sais-je ? qu'il est indispensable de garder son calme et de ne pas vouloir à tout prix raisonner une personne sous l'emprise d'une émotion forte. Ce serait peine perdue. Toute sa volonté et sa capacité à faire travailler son intelligence sont annihilées par un processus cérébral implacable, la réduisant à être la proie de ses instincts primitifs.

 

Peu à peu s'effaça l'agressivité démesurée dont Alcmène avait fait preuve à mon égard alors que je lui avais seulement fait part de mon étonnement, Mais peut-être ne m'eût-il pas fallu rire ou même sourire, c'est cela qu'Alcmène avait ressenti comme insupportable.

 

Quand le calme fut revenu, elle dut reconnaître, en son for intérieur qu'il n'avait pas été dans mes intentions de me moquer d'elle, ni même de mettre en doute ses dires un seul instant. — Suis-je vraiment sincère en disant cela ?  Une fois de plus, je dus faire mon mea-culpa, j'étais trop impulsive et je devrais à l'avenir  tourner sept fois ma langue dans ma bouche° avant de m'exclamer. Ce faisant, et j'enfonçais là une porte ouverte°, je m'appliquerais à réfléchir aux conséquences éventuelles que pourraient entraîner mes paroles trop hâtives et je pèserais le pour et le contre pour les prononcer ou me taire. Cette attitude difficile irait à l'encontre de mon naturel que j'avais maintes fois décidé de chasser, et qui menaçait toujours de revenir au galop.

.................................................................

 

NOTES

Titre - La psyché, ici, ensemble des phénomènes psychiques d'une personne

 

a pedibus usque ad caput, des pieds à la tête (en latin)

 

les digressions suivantes t'agaceront peut-être

une digression - Cf. L'Académie : Ce qui dans un exposé, dans une conversation, un discours s'écarte du sujet principal. Faire une digression. Se perdre dans des digressions.

 

Pardonne-moi si je te dis cela ex abrupto !

Ex abrupto, sans préambule, brusquement. 

 

pour mieux appréhender ce qui se passe dans ma tête.

appréhender

1 -ici, comprendre

2 -craindre.

 

Ta petite Oli qui s'autoflagelle parfois

C'est Oli, la narratrice et l'héroïne de l'histoire qui parle.

S'autoflageller, s'auto-flageller, se critiquer très durement. 

 

impossible de dominer les giclées de noradrénaline

La noradrénaline, neurotransmetteur qui joue un rôle dans les émotions, entre autres.

 

peut-être ne m'eût-il pas fallu rire

verbe au subjonctif plus-que-parfait à valeur de conditionnel passé

Ne m'aurait-il pas fallu rire

 

Je dus faire mon mea-culpa (mea culpa - des mea culpa)

Faire son mea-culpa, avouer une faute avec contrition.

battre sa couple

Mea culpa ! C'est ma faute !

 

Ce faisant, en faisant cela.

 

Enfoncer une porte ouverte° 

J'enfonce une porte ouverte, je dis une vérité évidente, une banalité à faire pleurer.

Mais tu me pardonnes, cher lecteur, n'est-ce pas ?

 

Chassez le naturel, il revient au galop.°

Naturam expelles furca, tamen usque recurret, Horace, poète latin, vers 50 avant JC.

 

accord des participes passés, paralysée, installée, assaillie, avec le COD qui les précèdent

Pour en savoir plus sur les participes passés :

> Règles de l'accord des participes passés

et  > QUIZ 26 

 

le passé simple et l'imparfait, interrogeai, pardonnai, etc.

> Les emplois de l'imparfait de l'indicatif et du passé simple

 

le futur du passé, je devrais, je réfléchirais, etc. 

> Le conditionnel ne serait-il plus un mode ? Le futur antérieur du passé - Le futur antérieur hypothétique

 

<< 74 Délires kafkaïens* - QUIZ 15 Trouvez les hommes et les femmes célèbres dont le nom commence par PA

>> 76 Délires qui semblent donner peu d'espace à l'espoir

 

LES DÉLIRES Tous les épisodes

ACCUEIL & SOMMAIRE

Tous les articles du blog

Repost 0
Published by mamiehiou.over-blog.com - dans LES DELIRES
commenter cet article
16 octobre 2010 6 16 /10 /octobre /2010 11:13

 LES DÉLIRES Tous les épisodes

Tous les QUIZ

ACCUEIL & SOMMAIRE

Tous les articles du blog

 

J'étais bien décidée désormais à être tout ouïe et à ne plus interrompre celle qui était à même de me donner les clefs de ce monde. Alcmène me promit que chaque tour d'écrou que je donnerais m'ouvrirait une porte pour progresser dans le labyrinthe inextricable dans lequel j'avais jusque-là erré sans guide. Peut-être pourrais-je un jour trouver le fil d'Ariane qui me permettrait de m'évader du piège où j'étais prise sans que je l'eusse voulu.

 

Ma nouvelle amie se fit fort de m'initier aux us et coutumes de cette contrée dont les exigences me paraissaient insupportables.

La première chose qu'elle m'apprit, quant à l'âge de ses concitoyens, me glaça : ils n'avaient pas d'âge. Tout au plus, pas d'âge visible, pas d'âge qu'on pût supputer, à voir les visages lisses, les allures alertes, les mouvements souples et aisés, les voix claires et sonores, les chevelures fournies des têtes nues.

« On ne vieillit pas ici, me déclara Alcmène d'une voix blanche. Les rides n'ont pas cours, les calvities sont interdites, on ne chevrote pas...   

 —Est-il possible... ? Je croyais que seul le bonheur supprimait la vieillesse*, me hasardai-je à dire... 

—Il est formellement interdit de tomber gravement malade, coupa-t-elle. »

Cette phrase tomba comme un couperet.

Elle continua :  

« S'il advenait qu'une petite indisposition fondît sur toi, il te la faudrait chasser sur l'heure.  

 —Cela se peut-il ? balbutiai-je. Mais pourquoi m'as-tu dit que je devais me rendre au château quand je t'ai parlé de pharmacie ce matin ? Tu me fais craindre le pire, murmurai-je. »  

Me voyant bouleversée par les explications d'Alcmène, Prétatou me donna un coup de lèche rapide sur la main et glapit : « Ne te laisse pas impressionner ainsi, ma chère, tout n'est pas perdu ! »

Je ne fus pas plus rassurée. 

................................................................ 

*Le bonheur supprime la vieillesse.

de Franz Kafka, l'incontournable Kafka, 1883 – 1924.

 

NOTES

Titre "Délires kafkaïens"

kafkaïen, adjectif dérivé de Kafka, auteur pragois.

> incompréhensible, absurde, cauchemardesque. 

 

J'étais décidée à être tout ouïe

à écouter avec la plus grande attention

Tout ouïe > Ne pas confondre : TOUT adjectif indéfini, pronom indéfini, adverbe (variable dans certains cas) et substantif

 

chaque tour d'écrou que je donnerais

Le Tour d'Ecrou. The Turn Of The Screw, 1898. Roman anglais d'Henry James. Chef d'oeuvre de la littérature fantastique. Il est à l'origine de films, de téléfilms et d'opéras.

 

pourrais-je un jour trouver le fil d'Ariane

le fil d'Ariane, ce qui sert à guider pour sortir de circonstances difficiles, en référence au fil d'Ariane qui permit à Thésée de sortir du labyrinthe (mythologie). Voir plus bas

 

sans que je l'eusse voulu

subjonctif plus-que-parfait de vouloir

> Sans que

 

quant à l'âge de mes concitoyens

quant à, quant au, quant aux, en ce qui concerne.

au, contraction de à le.

aux, contraction de à les.

 

On ne chevrote pas

chevroter, parler avec une voix tremblante.

♦ mot dérivé de chèvre

♦ Voir les mots en OTER et OTTER, la note du texte  20
 

pas d'âge qu'on pût supputer

supputer, calculer indirectement.


S'il advenait qu'une petite indisposition fondît sur toi

♦ advenir - Cf. L'Académie, 8e édition : Arriver par accident, par surprise. Il n'est employé qu'à l'infinitif et aux troisièmes personnes. Les choses étant dans cet état, il advint que...; s'il advenait que...

♦ fondît, subjonctif imparfait. >>Valeurs et emplois du subjonctif

 

Prétatou glapit

♦ glapir, japper, pour un petit chien, pousser des cris aigus.

♦ Pour retrouver les cris des animaux, se reporter au QUIZ 3 texte 15.  

 

Le labyrinthe. Mythologie grecque.

Pasiphaé, l'épouse de Minos, roi de Crète s'accouple avec un Taureau blanc et donne naissance au Minotaure, hybride au corps d'homme et à la tête de taureau. Le roi ordonne que le monstre soit enfermé dans un labyrinthe. L'architecte Dédale le construit. Thésée pénètre dans le labyrinthe et tue le Minotaure. Pour qu'il puisse en sortir, Ariane, amoureuse de Thésée, lui a donné l'idée de Dédale de s'attacher un fil à la cheville. Le fil d'Ariane. Mais Minos enferme Dédale et son fils Icare dans le labyrinthe. Ils s'enfuient grâce à des ailes confectionnées de plumes et de cire. Bien que Dédale mette en garde son fils de ne pas s'approcher du soleil, Icare, enivré par le vol, prend trop d'altitude, la cire fond, et le voilà précipité dans la mer qui portera son nom.

Thésée, infidèle, abandonnera Ariane. Et il épousera sa soeur, Phèdre.

 

On trouve dans Phèdre de Racine :

Ariane, ma sœur, de quel amour blessée
Vous mourûtes aux bords où vous fûtes laissée ! 

(Phèdre, acte 1, scène 1)

 

Rappelez-vous l'un des vers les plus beaux, célèbre pour sa métrique parfaite :

La fille de Minos et de Pasiphaé.

(Hippolyte parlant de Phèdre, l'épouse de son père Thésée, acte I, scène 1)

 

<< 73 Délires à décrypter sans plus attendre

>> 75 Délires sur une psyché - À propos de digressions...

 

LES DÉLIRES Tous les épisodes

Tous les QUIZ

ACCUEIL & SOMMAIRE

Tous les articles du blog

QUIZ 15

Trouvez des personnages célèbres

dont le nom commence par PA

 

1- Médecin alchimiste suisse, (1493-1541) dont les recherches sur la chimie aidèrent à son développement. Dommage qu'il ne fût pas d'accord avec les théories de Galien ! 

 

2- Inventeur de la machine à piston en 1687. Le pauvre, il fut chassé de France pour se réfugier en Angleterre au moment de la Révocation de l'Edit de Nantes par Louis XIV.

La France ne reconnaît souvent ses génies que trop tard. Il mourut miséreux.

 

3- Ah ! Si elle n'avait pas ouvert la fameuse jarre*  comme l'avait bien prévu Zeus, comme nous serions heureux !
*jarre ou boîte

 

4- La dopamine fait défaut à la maladie qu'il a décrite.

"Cesse donc de trembler ainsi, Papi !"

 

5- Mathématicien, physicien, biologiste, inventeur, philosophe, moraliste et théologien. Un des plus grand maîtres de la littérature française. Il nous a fait voyager, entre autres, dans l'esprit de géométrie et l'esprit de finesse, dans l'infiniment petit et l'infiniment grand. Le silence éternel de ces espaces infinis m'effraie.

 

6- Ah ! Le bon chirurgien qui remplaça la cautérisation des plaies à l'huile bouillante par la ligature des artères !

 

7- L'ami intime d'Achille

 

8- Quand on n'a pas d'enfant, on est jaloux de ceux qui en ont et quand on en a, ils vous font devenir chèvre ! La Sainte Vierge, peuchère, elle n'en a eu qu'un et regarde un peu les ennuis qu'il lui a fait ! Et encore, c'était un garçon. Citation de Pa...

 

9- Fils de Gargantua, héros éponyme d'Alcofribas Nasier.

 

10- Personnage d'Henri Charrière dans son roman autobiographique. Incarné au cinéma par Steve Macqueen. Le bagne, quelle galère !

 

11- L'Évangile selon Saint Matthieu, c'est de lui. Sa mère y incarne la Vierge Marie.

 

12- C'était au temps du cinéma muet. Les femmes se prenaient pour Loulou (1929) grâce à PA...

 

13- Célèbre flûtiste. Avec ses cornes et ses pieds de bouc, il n'a rien pour séduire et les dieux se moquent de lui. Il est le protecteur des bergers et des troupeaux. Mais aussi de la foule. Il donne un nom dérivé du sien à la foule en délire. Il meurt un jour, ce que ne font jamais les autres dieux !

 

14- Son amour a eu de bien tragiques conséquences, la guerre de Troie.

 

15- Il se suicide en 1950 dans une chambre d'hôtel de Turin et il laisse son dernier texte : La mort viendra et elle aura tes yeux. On considère qu'il est le plus grand écrivain italien du XXème siècle.

En1955 Michelangelo Antonioni donne d'après une de ses nouvelles, le film Tra donne sole, Femmes entre elles.

 

16- Une famille qui a fait beaucoup de voitures.

 

17- Prix Nobel de médecine en 1904. Champion des réflexes conditionnels. On se souvient de son chien.

 

18- Capitaine de l'Armée des Etats-Unis pendant la Première guerre mondiale, Old blood and guts, le vieux sang et tripes comme l'appelaient ses hommes obtint le grade de Général de Division pendant la Seconde Guerre Mondiale,

 

19- Couturier et fabricant de parfums, 1887-1936.

 

20- 1782-1840 Violoniste, altiste, guitariste et compositeur italien. Le plus grand violoniste qui ait jamais existé. En 1987, Klaus Kinski adapte sa jeunesse à l'écran sous le titre de Kinski-Pa...

 

21- Il donna un coup mortel à la théorie de la génération spontanée. A faire enrager ses pairs !

 

22- Encore heureux que nous ne fassions pas tous partie de son troupeau !


La solution est ci-dessous.

 

1- Paracelce Philippus

2- Papin Denis

3- Pandore

4- Parkinson James

5- Pascal Blaise

6- Paré Ambroise

7- Patrocle

8- Pagnol Marcel (citation extraite de Fanny)

9- Pantagruel, héros éponyme (qui a le même nom que le titre du livre). Alcofribas Nasier pseudonyme et anagramme de François Rabelais.

10- Papillon

11- Pasolini Pier paolo

12- Pabst Georg Wilhelm

13- Pan (nom dérivé, panique)

14- Pâris (Troyen, fils de Priam, il enlève Hélène, femme de Ménélas qui est grec et le frère du Roi des Rois, Agamemnon.)

15- Pavese Cesare

16- Panhard

17- Pavlov Ivan

18- Patton George

19- Patou Jean

20- Paganini Niccolò

21- Louis Pasteur qui découvrit l'existence des microbes. Et il soigna la rage illico !

22- Panurge, ami de Pantagruel. Il jette d'un bateau un mouton qui sera suivi par tous les autres, dans le Quart-Livre. Personnage de Rabelais

 

LES DÉLIRES Tous les épisodes

Tous les QUIZ

ACCUEIL & SOMMAIRE

Tous les articles du blog 

Repost 0
Published by mamiehiou.over-blog.com - dans LES DELIRES
commenter cet article

Présentation

  • : LE BLOG DE MAMIEHIOU - La langue française telle qu'on l'aime  De la grammaire, des exercices divers, des dictées commentées, des histoires, des textes d'auteurs, des infos pratiques...
  • : Pour tous ceux qui aiment la langue française. Son histoire, sa grammaire et son orthographe. Des dictées commentées, des exercices ébouriffants, un florilège de textes d'auteurs, etc.
  • Contact

Mon Profil

  • mamiehiou.over-blog.com
  • J'aime trop les mots pour les garder par-devers moi - au fond de mon coeur et de mon esprit. Ils débordent de mes pensées en contes drolatiques, avec des quiz et des digressions sur la langue.
  • J'aime trop les mots pour les garder par-devers moi - au fond de mon coeur et de mon esprit. Ils débordent de mes pensées en contes drolatiques, avec des quiz et des digressions sur la langue.

Mon blog

Amoureuse des mots, je cherche comment faire partager ma passion. Il y a tant à découvrir dans les bibliothèques du monde, tant de mots à connaître intimement pour affiner notre pensée, tant de mots qu'on n'entend plus sur nos lèvres, enfermés qu'ils sont dans des livres poussiéreux. Il ne tient qu'à nous de les faire revivre et de les faire chanter. Notre langue, si belle, si riche, demande qu'on la respecte, qu'on la préserve, qu'on s'en amuse et qu'on la chérisse. Mamiehiou ............................................................................................................................................................................................ ...................................;....................................................................... « La langue française est une femme. Et cette femme est si belle, si fière, si modeste, si hardie, touchante, voluptueuse, chaste, noble, familière, folle, sage, qu'on l'aime de toute son âme, et qu'on n'est jamais tenté de lui être infidèle. » Anatole France ....................................................... ............... ................................................................................................................. « C'est une langue bien difficile que le français. À peine écrit-on depuis quarante-cinq ans qu'on commence à s'en apercevoir. » Colette

Rechercher Un Mot Du Blog