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18 août 2010 3 18 /08 /août /2010 08:06

LES DÉLIRES Tous les épisodes

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La deuxième salle offrait un aspect si différent de la précédente que je crus, sans l'ombre d'un doute, avoir été droguée, ou hypnotisée, ou envoûtée que sais-je  pour voir des choses aussi incohérentes et défiant les lois de la raison. J'aurais perdu le sens si ma volonté ne s'était pas arc-boutée (arcboutée) pour résister à l'absurdité de la situation qu'il m'était donné de vivre.

Je ne pus rester qu'un instant dans l'immense et luxueuse salle de bal où miroitaient les lustres aux gouttes de cristal, les miroirs gigantesques et les ors des boiseries. Sur les consoles et les meubles précieux de Boulle** et de ses disciples, s'étalaient à profusion des vases de Gallé, de Daum et de Lalique, des porcelaines de Saxe, de Sèvres, de Limoges et de Chine, des verres multicolores soufflés à Murano, des cratères antiques, aux figures peintes en noir sur fond brique ou en brique sur fond noir***, sur lesquels s'activaient les héros de la guerre de Troie ; Agamemnon y sacrifiait sa fille Iphigénie* ; Ulysse y construisait son cheval ; Achille suppliciait Hector ; Stentor, les mains en porte-voix avertissait ses compagnons comme l'eussent fait cinquante guerriers à la fois.

 

Je suppliais Marie de me faire sortir du cauchemar où elle s'était plu à me plonger. Vous m'auriez vue croiser les doigts en prière et tendre les bras vers elle.

« Mourrai-je tant de fois sans sortir de la vie ?* »

 

Elle me dit que j'extravaguais et insista pour que je pusse continuer l'aventure, trop contente d'étaler en pleine lumière ses pouvoirs. Qu'attendait-elle de moi ? Pourquoi prenait-elle tant de plaisir à me persécuter ?

Il me fallait savoir si tout ce qui m'entourait était chose réelle, si je n'étais pas la proie d'hallucinations. Je l'implorai. Mais sa bouche était scellée. Seul un sourire sardonique errait vaguement sur ses lèvres.

Méchante comme une teigne !

.................................................................

*Titre « Mourrai-je tant de fois sans sortir de la vie ?* »

« Cet ennemi barbare, injuste, sanguinaire,

Songez, quoi qu'il ait fait, songez qu'il est mon père »

Iphigénie de Jean Racine

Iphigénie, sur ordre de l'oracle de Delphes, exprimé par les cris de la Pythie qui transmettait les volontés des dieux, fut sacrifiée pour que les Grecs soient vainqueurs.

Cf. Homère, Euripide, Racine...

 

**-André Charles Boulle (1642-1732) célèbre ébéniste de Louis XIV.

L'École Boulle fut fondée au XIXème à Paris.

 

***-Décorations  sur les céramiques attiques (selon l'époque de la Grèce antique) à figures rouges ou à figures noires sur les cratères, vases, coupes, etc. 

 

NOTES

je crus, sans l'ombre d'un doute, avoir été droguée

sans aucun doute possible.

 

- que sais-je -

> Cas où l'on peut omettre le point d'interrogation dans une phrase interrogative

 

si ma volonté ne s'était pas arcboutée

Arc-bouter, arcbouter et ses dérivés, avec ou sans trait d'union. Rendre plus solide au moyen d'un arc-boutant, arc-boutant.

Le corps s'arc-boute pour mieux résister à une force, pour être plus fort.


J'aurais perdu le sens si ma volonté ne s'était pas arc-boutée pour résister à l'absurdité de la situation qu'il m'était donné de vivre.

 ACCORD DES PARTICIPES PASSÉS

Le participe passé d'un verbe impersonnel est toujours invariable.

Goûtez de ces cerises qu'il m'a fallu cueillir.

Pour en savoir plus sur les participes passés : > QUIZ 26

 

des cratères antiques aux figures peintes en noir

Un cratère, vase antique à deux anses où l'on versait le vin et l'eau.

 

Stentor, les mains en porte-voix, avertissait ses compagnons

Stentor, héros grec à la célèbre voix. Une voix de Stentor.

 

me faire sortir du cauchemar où elle s'était plu à me plonger
Le participe passé plu est invariable.
> Participes passés invariables : ils se sont succédé, parlé, souri, menti, nui, plu déplu, complu, ri, fait mal/tort/justice - rendu compte, donné rendez-vous - ils se sont fait/laissé mordre..

 

Vous m'auriez vue croiser les doigts.

Le participe passé est suivi d'un infinitif

> Règles de l'accord des participes passés

Ici, accord du participe passé avec le complément d'objet direct me (m') mis pour Oli : me fait l'action de l'infinitif croiser. 


Vous m'auriez vue tendre les bras vers elle

Liaisons concernant les prépositions

On lie généralement les prépositions avec le mot qui suit.

Dès hier, en automne,  sans un sou, sous un arbre, avant elle...

Pas de liaison après certaines prépositions : hormis, non compris, ci-inclus, selon, vers, à travers, envers, hors.

Vers elle, vers eux (on prononce verelles, vereux)

HOMONYMES VER, VERS, VERT, VAIR / et VERTE

Un ver blanc, un ver de terre. Tu te tortilles comme un ver.

Je tendais les bras vers elle. Elle recula vers son amant, la friponne !

Je la priai envers et contre tous de me lire ces vers de Verlaine.

Cendrillon, rappelez-vous, avait perdu, pour son bonheur, sa pantoufle de vair. (fourrure)

On disait d'Henri IV qu'il était un vert galant.

Vous voilà bien gaillard et bien vert, monsieur, vous n'affichez pas vos cent cinq ans !

Ces fruits sont verts. (pas mûrs)

Il n'y avait aucun espoir, le ver était dans le fruit. (c'était perdu d'avance.)

Ôtez donc ce vert-de-gris des objets en cuivre et en bronze, boniche !

Elle m'en a dit, des vertes et des pas mûres, la gaillarde !

Elle s'y connaissait en langue verte (en argot), cette dévergondée !

La chlorophylle donne le vert des plantes, je ne vous apprends rien !

Téléphonez gratuitement, c'est un numéro vert.

"Toto est académicien ! cria Adèle, l'épouse de Victor Hugo, le jour où il fut permis au grand homme de porter l'habit vert.”

Quelles belles plantes ! Vous avez la main verte.

Ah ! l'Amérique ! Le billet vert ! (le dollar, sans S au singulier))

Vous pourrez parler quand je vous aurai donné le feu vert.

La liste des expressions n'est pas exhaustive, évidemment.

> Que signifient les mots synonyme, antonyme, homonyme, homophone, paronyme, hyperonyme, hyponyme, holonyme, méronyme ?

 

Sa bouche était scellée

bien fermée. Marie ne parlait pas.

Un sceau, un cachet d'un roi, d'un état, etc. qui authentifie un acte.

Autrefois on apposait son sceau sur une lettre, on marquait d'une empreinte personnelle un cachet de cire qui scellait le document.

J'ai confié cette histoire à mon ami sous le sceau du secret.

 

Seul un sourire sardonique errait vaguement sur ses lèvres

sardonique, froid et cruel.

 

Méchante comme une teigne

> Comparaisons – léger comme... méchante comme... long comme... nu comme... sourd comme... solide comme... ronfler comme... sauter comme... battre comme... jurer comme... menteur comme... QUIZ 52

 

<< 30 Délires à ne pas mettre sous les yeux des enfants -"Double, double toil and trouble"

>> 32 Délires d'une femme atrabilaire dont la roideur d'esprit n'est plus à démontrer -"Es la libertad de tiranizar, que es lo contrario de la libertad."

 

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17 août 2010 2 17 /08 /août /2010 07:39

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Délires à ne pas mettre sous les yeux des enfants

qui ne sont pas psychologiquement prêts

à affronter des images

particulièrement traumatisantes,

encore que l'on sache bien

que les contes pour enfants

 sont pour le moins terrifiants,

et que nos chers petits

en tirent une jouissance libératrice1...

si celle-ci ne développe pas leur perversité.

 

À côté de ce paysage fantomatique, une autre toile, son pendant, non moins impressionnante que la première, donnait le spectacle d'une lande battue par les vents. Une végétation rabougrie se frayait un passage entre les cailloux infertiles. Le ciel ténébreux et tourmenté prenait la majeure partie de la scène, comme pour étouffer celui qui la regardait. On s'attendait à voir surgir on ne sait d'où, dans ce décor digne de Macbeth2, ses sorcières inquiétantes.

 Double, double toil and trouble ;

 Fire burn, and cauldron bubble.

Mais le plus terrible était une bête immonde qui, au tiers du tableau, se dressait, effrayante, et qui me regardait, dardant ses yeux de feu, les lèvres retroussées, prête à mordre cruellement qui s'aventurerait dans ce no man's land improbable. On eût dit le Chien des Baskerville3 ou bien la Bête du Gévaudan4, monstre hideux égaré là, vision cauchemardesque bien faite pour ébranler les esprits les plus aguerris.

 

Je ne pouvais détacher mon regard de ces paysages insensés, je haletais à perdre le souffle dans l'air vicié, lorsque, soudainement, Marie m'entraîna dans la pièce voisine. Je compris alors que j'allais parcourir des salles en enfilade et je me demandai par quel tour de magie la maison était devenue soudain aussi vaste.

................................................................ 

1-Lire La Psychanalyse des contes de Bruno Bettelheim.

2-Macbeth pièce de William Shakespeare, 1606

Acte IV, scène I

On entend les sorcières, jeteuses de sort :

Double, double toil and trouble ;
Fire burn, and caldron bubble.

(Double double peine et ennui

Le feu brûle, le chaudron boullonne)

Repris dans le film Harry Potter à écouter sur You Tube

Double Trouble [Harry Potter Film] + Lyrics  

 3-Le chien des Baskerville, roman de Conan Doyle.

4-La bête du Gévaudan a hanté ce pays auvergnat entre 1765 et 1768. Cet animal monstrueux, devenu mythique, aurait dévoré cinquante personnes.

 

 

NOTES

à côté de ce paysage fantomatique

Fantomatique a perdu l'accent circonflexe de fantôme

> L'accent circonflexe – Mettons-le seulement là où il faut - cru, crû, idolâtre, psychiatre, écolâtre, gaîment, absolument, ambigument, fantomatique, tempétueux... + Quiz 58

 

une autre toile, son pendant

Un objet à son pendant, quand le deuxième objet lui est semblable, ou qu'il a un caractère qui lui ressemble. On peut les disposer symétriquement pour donner un effet. Deux vases, deux potiches, deux tableaux etc.

 

mais le plus terrible était une bête immonde

immonde, répugnante, épouvantable, qui inspire le dégoût et l'horreur.

 

dardant ses yeux de feu

Un dard était une arme pointue que l'on lançait, c'est aussi l'aiguillon de certains insectes. 

Le soleil darde ses rayons.

Haineuse, je dardais mes yeux sur lui.

 

On eût dit le chien des Baskerville ou la Bête du Gévaudan

eût dit, subjonctif plus-que-parfait à valeur de conditionnel passé

on aurait dit

> Valeurs et emplois du subjonctif

 

monstre hideux égaré là

monstre hideux, pas de liaison (disjonction) car le H est aspiré, la hideur.

> La liaison - L'élision - L'enchaînement - La disjonction

 

vision cauchemardesque bien faite pour ébranler les esprits les plus aguerris

Un cauchemar (sans D), cauchemarder, cauchemardesque.

Aguerri, endurci, capable d'affronter les pires dangers.

 

je haletai à perdre le souffle dans l'air vicié

l'air irrespirable parce que pollué.

 

j'allais parcourir des salles en enfilade

en enfilade, qui se suivent à la file.

 

mais le plus terrible était une bête immonde

pour ébranler les esprits les plus aguerris

L'EXPRESSION DE LA COMPARAISON

Comparatif de supériorité, d'infériorité, d'égalité. On utilise les adverbes : plus, moins, aussi, autant (… que...)

Ils modifient

+le sens de l'adjectif qualificatif (plus joli)  

+de l'adverbe (aussi loin)

+du verbe. (Tu chantes moins).

Paul est costaud mais mon frère l'est beaucoup plus (que lui).

Je travaille beaucoup mais tu travailles autant (que moi)

Superlatif relatif : le plus, le moins. Je suis la moins bête de toutes.

Superlatif absolu avec les adverbes : très, fort, etc. Il parle très haut.

Comparatifs et superlatifs irréguliers : Bien, (le) mieux / Mal, (le) pire, (le) pis / Petit, (le) moindre. Beaucoup (le) plus. Peu (le) moins.

Marie s'exprime mal, mais toi, c'est bien pire. (= bien pis)

Je n'ai pas fait la moindre faute (la plus petite faute).

Parfois, le superlatif peut être employé comme nom.

Le mieux est l'ennemi du bien. Le pire reste à venir.

La subordonnée circonstancielle de comparaison est introduite par les conjonctions de subordination ou les locutions conjonctives comme

+plus (...) que

+moins (...) que

+aussi (...) que

+tel que

Tu en as fait plus que moi. (subordonnée elliptique, tu en as fait plus que j'en ai fait.)

Elle est belle comme le jour (comme le jour est beau).

Elle est moins intelligente que je le croyais.

Ils ne sont pas tels que je me les imaginais.

Pour en savoir + > Conjonctions de sub. et locutions conjonctives classées : cause conséquence but temps condition comparaison concession exception proportion manière conformité supposition addition alternative

Lire la remarque n°3 sur les subordonnées corrélatives comparatives dans l'article Remarques

Deux indépendantes parallèles.

Plus il est aimable avec moi, plus il m'énerve.

Moins tu parles, mieux je me porte.

Groupes nominaux parallèles.  

Telle mère, telle fille.

 

<< 29 Délires sur la plasticité et l'élasticité architecturale d'une habitation pour le moins étrange -"Le Soleil noir de la Mélancolie"

>> 31 Délires sur la suite de la visite singulière -" Mourrai-je tant de fois sans sortir de la vie ?"

 

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16 août 2010 1 16 /08 /août /2010 06:03

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« Suis-moi, me dit-elle en adoptant un air entendu. »

Son œil gauche cligna. Peut-être le plus ardent.

C'est alors qu'elle ouvrit des portes derrière lesquelles je découvris, à ma grande stupéfaction, des salles dont je ne soupçonnais pas l'existence.

 

La première ne pouvait être qu'un repaire de brigands.

Mes jambes flageolèrent.

J'entrai.

Il planait dans la pénombre une vapeur âcre, comme si l'on eût respiré l'opium dans l'antre enfumé d'un bouge. L'air, aux volutes un instant dérangées par ma venue, faisait comme se mouvoir les objets alentour. Des lits crasseux où l'on devinait que des corps s'étaient naguère étendus, s'allongeaient à même le sol. Si elles n'avaient été d'une solidité jamais démentie, de vastes tables de chêne graisseuses, patinées par l'âge, auraient crouler sous le poids de la multitude de bouteilles, de flasques, de pichets, de godets et de carafes qui miroitaient obscurément, prêts à s'entrechoquer comme s'il y avait du tangage.

 

Un grand tableau de Turner* qui s'étalait sur le mur capta mon regard. Il représentait, dans une confusion surnaturelle propre à l'artiste, des brouillards mêlés aux ténèbres, des tempêtes fusionnant avec les mers déchaînées, des vents impétueux tourbillonnant dans l'espace impénétrable, des soleils noirs** s'enroulant sur eux-mêmes, et l'on croyait percevoir des grondements dans le ciel lourd qui pesait comme un couvercle*** et celui des flots démontés. On y devinait un bateau près de s'engloutir, et, longeant son flanc éventré, un cachalot perdu — ou était-ce un rorqual ? — étalait sa masse sombre et semblait empalé sur un mât brisé.

.............................................................

*Joseph Mallord William Turner (1775-1851) peintre britannique considéré comme le précurseur de l'impressionnisme.

 

**El Desdichado
Gérard de Nerval, 1808 – 1855

 

Je suis le Ténébreux, - le Veuf, - l'Inconsolé,
Le Prince d'Aquitaine à la Tour abolie :
Ma seule Étoile est morte, - et mon luth constellé
Porte le Soleil noir de la Mélancolie.

Dans la nuit du Tombeau, Toi qui m'as consolé,
Rends-moi le Pausilippe et la mer d'Italie,
La fleur qui plaisait tant à mon coeur désolé,
Et la treille où le Pampre à la Rose s'allie.

Suis-je Amour ou Phébus ?... Lusignan ou Biron ?
Mon front est rouge encor du baiser de la Reine ;
J'ai rêvé dans la Grotte où nage la sirène...

Et j'ai deux fois vainqueur traversé l'Achéron :
Modulant tour à tour sur la lyre d'Orphée
Les soupirs de la Sainte et les cris de la Fée.

 

L'ALLIANCE DE MOTS OU OXYMORE

"Les soleils noirs de la mélancolie."

Voir la note des Délires n°10

 

***LA COMPARAISON.

"Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle..."

Charles Baudelaire.

 

NOTES

Suis-moi, me dit-elle, en adoptant un air entendu.

d'un air entendu, comme si Oli était de connivence, complice en somme

Les différentes natures de EN

EN peut être une PREPOSITION

-préposition devant un gérondif … en adoptant un air entendu.

-préposition de lieu, en Europe, en France, en Auvergne.

On dit aussi en Avignon, en Arles... (Les Provençaux le disent pour les villes de Provence)

Mais à Paris, à Arras...

Devant les îles, en Haïti, en Islande, en Crète, en Corse...

Mais à Chypre, à la Réunion...

-devant la matière, en laine, en corne...

-dans le sens de dans. Il tourne comme un ours en cage. Il est en cavale.

-devant un état, en colère, en nage, en pleurs, en deuil.

-dans le sens de sur. Il est mis en croix, en bière.

-suivi de plus ou moins + adjectif invariable.  

C'est la même histoire, mais en plus beau.

EN, PRONOM PERSONNEL

-voir la note du texte 28

Barbara aime beaucoup Brest. Elle en apprécie l'animation, même quand il pleut. (l'animation de Brest)

Barbara de Jacques Prévert extrait

Rappelle-toi Barbara
Il pleuvait sans cesse sur Brest ce jour-là
Et tu marchais souriante
Épanouie ravie ruisselante
Sous la pluie

EN, ADVERBE DE LIEU

-peut remplacer un complément de lieu.

Je viens d'Istanbul, mais si, j'en viens !

EN, dans quelques expressions.

en fait, en l'occurrence, en être (être homosexuel), de fleur en fleur, un arbre en fleurs, clés en main, être en faute, d'heure en heure.

 

il planait dans la pénombre une vapeur âcre

Âcre, cuisant, brûlant, -l'âcreté.

 

dans l'antre enfumé d'un bouge

un bouge, un café peu recommandable malpropre et obscur, mal famé, un boui-boui.

 

des corps s'étaient naguère étendus

JADIS & NAGUÈRE

Jadis, il y a très longtemps. Naguère, il y a peu.


des lits crasseux s'allongeaient à même le sol

S'allonger, 2L.

LES MOTS COMMENÇANT PAR AL N'ONT PAS TOUJOURS 2L

Allaiter, alléger, allier, allouer, allumer... + leurs dérivés

MAIS aligner, alanguir, aliter, alourdir, aluner (imprégner d'alun), alunir (atterrir sur la lune)... + leurs dérivés.

 

une multitude de bouteilles, de flasques,

Une flasque, un flacon plat qu'on peut mettre dans la poche.

 

un cachalot perdu, ou était-ce un rorqual,

mammifères marins.

Moby Dick ou le cachalot de Herman Melville, un fleuron de la littérature mondiale.

 

<< 28 Délires sur un départ annoncé -"Il faut beaucoup de hardiesse pour oser être soi."

>> 30 Délires à ne pas mettre sous les yeux des enfants -"Double, double toil and trouble"

 

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16 août 2010 1 16 /08 /août /2010 05:47

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Je me savais libre de partir quand mon envie deviendrait trop pressante. Pourtant, je ressentais obscurément qu'un lien s'était établi au fil des jours avec Marie, laquelle n'avait cessé de vouloir m'attacher à elle par l'intérêt qu'elle suscitait en me dévoilant parcimonieusement ses dons extraordinaires. Je ne voulais pas rompre inéluctablement l'entente tacite qui s'était établie entre nous : elle avait une multitude de choses à m'enseigner encore, mais, s'il fallait en passer par là, je n'hésiterais pas un instant pour m'émanciper de sa tutelle qui commençait à me coûter. Je me jurai de ne jamais être sa séide.

J'aurais pu m'enfuir sans crier gare pour me soustraire à sa colère qui, j'en étais sûre, n'allait pas manquer de se manifester quand je lui aurais fait part de ma décision ; mais je me sentais tenue de la prévenir, comme l'exigeait la bienséance, au risque de m'attirer ses foudres.

Je me bardai de hardiesse. Il m'en fallait un max pour oser être moi.*

 

Ainsi donc l'heure était venue de briser le joug.

Lorsque Marie entendit les premiers mots qui annonçaient mon départ, elle resta figée, comme électrisée. J'en fus consternée, voire bouleversée. Tous les espoirs qu'elle avait mis en moi s'effondraient comme un château de cartes. Je compris, à son regard qui jetait des éclairs insensés, que j'avais eu tort de me confier à elle. Je cherchai les arguments les plus convaincants pour calmer les transports de son courroux.

Elle tenta de se maîtriser et y parvint avec peine. Je voyais ses yeux rouler dans ses orbites comme s'ils cherchaient quelque chose à quoi s'accrocher, ou bien sa pensée hyperbolique s'élaborait-elle à la vitesse Mach1000** parcourant en tous sens des synapses parfaitement rodées aux questions les plus ardues. Je m'attendais au pire, et je compris vite que Marie voudrait mettre tout en œuvre pour me retenir. Pour ce faire, elle se mit à déployer ses pouvoirs de séduction.

......................................................  

*Il faut une grande hardiesse pour oser être soi.

Eugène Delacroix.

 

**Mach, prononcer mak.

Mach1 = 1 fois la vitesse du son. Mach2 (2 fois). Etc.

 

NOTES

me dévoilant parcimonieusement ses dons extraordinaires

Parcimonieusement, avec parcimonie, chichement. Encore un trait mesquin de Marie Cratère.

 

je ne voulais pas rompre inéluctablement l'entente tacite

Inéluctablement, de façon définitive et immanquable.

L'entente tacite, sans qu'on ait à la dire, à l'exprimer.

 

il fallait en passer par là.

il fallait accepter, s'y résigner, malgré tout.

 

Je jurai de ne jamais être sa séide

Un séide s'attache et obéit aveuglément à son maître.

De l'arabe Zayd.

 

J'aurais pu m'enfuir sans crier gare

Sans crier gare, de façon imprévue, inopinée.

 

Il me fallait un max [de hardiesse] pour oser être moi.

Un max, familier pour maximum.

 

je me sentais tenue de la prévenir au risque de m'attirer ses foudres

CHAMP LEXICAL DE LA COLERE (non exhaustif)

Substantifs : les foudres, l'ire, le courroux (littéraire) la fureur, la furie, la rage, l'emportement, l'exaspération, l'irritation, l'énervement...

Défauts de celui qui y succombe : la susceptibilité, l'irascibilité...

 

j'en fus consternée, voire bouleversée

voire (= même) Renchérit sur ce qui précède.

>> Second ou deuxième ? Voire ou voire même ? Que doit-on dire ?

 

les espoirs[...] s'effondraient comme un château de cartes°

Un château de cartes est toujours près de s'effondrer car ses fondations sont bien fragiles.

 

les arguments les plus convaincants

Convaincant, adjectif variable./ convainquant, participe présent.

Voir : Ne pas confondre participes présents, gérondifs et adjectifs verbaux, en fatiguant fatigant – en convainquant convaincant – en émergeant émergent – en résidant résident..

 

Sa pensée hyperbolique s'élaborait-elle à la vitesse Mach 10

Hyperbolique, exagéré - une hyperbole.

 

Pour ce faire, elle se mit à déployer ses pouvoirs de séduction

pour faire cela.

 

EN (=DE +...) PRONOM PERSONNEL qui remplace une chose, une phrase, une idée, JAMAIS UNE PERSONNE.

> La place de Y et de EN dans la phrase. Vous recherchez des difficultés dans cet exercice ? Vous finirez bien par Y EN trouver. + QUIZ 67

 

ERREUR : On entend trop souvent cette faute de remplacer une personne par le pronom personnel EN  

 

C'est ta cousine ? Comme tu parles d'elle ! (ET NON Comme tu en parles !)

Ton frère est vraiment trop attirant. Je rêve de lui la nuit. ( ET NON  j'en rêve.)

Je fus consternée de cette histoire, j'en fus consternée.

J'ai déjà vu votre ami, je m'en souviens. /Je me souviens d'avoir vu votre ami. (EN remplace toute la proposition qui précède.)

MAIS J'ai déjà vu votre ami, je me souviens de lui.

Quel beau roman ! Tu t'en souviens ?

Cette agréable jeune fille que nous avons rencontrée hier, te souviens-tu d'elle ?

 

ACCORD DES PARTICIPES PASSÉS

PRÉCÉDÉS DE EN

 

PROBLEME : FAUT-IL ACCORDER LE PARTICIPE PASSE EMPLOYE AVEC AVOIR AVEC LE PRONOM PERSONNEL EN ?

1er cas.

Je me souviens de cette bière, j'en ai déjà bu.

Le participe passé bu ne s'accorde pas avec en, bien que EN soit COD du verbe boire et placé avant. (J'ai déjà bu de cette bière)

2ème cas.

Il y a accord possible quand EN est complément d'un adverbe de quantité, combien, autant, beaucoup, moins, plus.

Des livres, combien il en a dévorés (ou dévoré) ! Accord facultatif.

Des films de cette qualité, combien en avez vous vu (vus) ?

Il en a tant écrit (s) de ces romans à l'eau de rose.

Certains dictionnaires précisent qu'il vaut mieux faire l'accord quand l'adverbe de quantité précède EN et ne pas le faire quand il le suit.

Des romans à l'eau de rose, il en a beaucoup écrit.

Nous verrons plus tard les autres natures de EN.

Pour en savoir plus sur l'accord des participes passés : 

Règles de l'accord des participes passés

QUIZ 26 

 

<< 27 Délires sur le jeu des possibles*-" Rien n'est aussi dangereux que la certitude d'avoir raison."

>> 29 Délires sur la plasticité et l'élasticité architecturale d'une habitation pour le moins étrange -"Le Soleil noir de la Mélancolie"

 

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14 août 2010 6 14 /08 /août /2010 18:44

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Je ne révélai rien de mon désarroi à Sissi qui se gavait de fraises en m'attendant dans le sous-bois. Sa sagesse pourtant aurait pu m'apaiser, mais je me serais reproché de lui faire partager mes inquiétudes. En outre il m'eût été difficile de confesser que son amicale compagnie ne me suffisait plus et que j'avais une autre ambition, celle de ne plus vouloir rester aussi longtemps isolée du monde.

 

La jeune femme, à peine entrevue, avait fait naître en moi des désirs jusque-là inconnus. Fallait-il me résoudre à traîner ainsi, en ermite ou presque, toute mon existence ? Je sentis des pulsions m'envahir, et brusquement, je me mis à pleurer de ne rien savoir de mon passé, moi qui n'avais pas la mémoire dans la peau, et qui devais me contenter de l'instant présent sans prescience de l'avenir.

Encore heureux que je ne souffrisse pas du syndrome de Korsakoff1, qui veut que celui qui en est atteint, oublie au fur et à mesure ce qu'il vit, ce qu'il perçoit, ce qu'il apprend. Sa mémoire ne fixe rien, le temps qui s'écoule n'est pour lui qu'un éternel présent. Inconscient même de son trouble, voilà qu'il devient expert en fabulations. Je me demandais si l'on ressentait parfois quelque nostalgie quand on était frappé de ce mal, mais j'en déduisis vite que non, puisque ce sentiment ne tient qu'au regret de ce qui n'est plus.

 

Sissi remarqua ma tristesse et se fit fort de me réconforter, en se frottant délicatement à ma personne, sans m'interroger sur l'objet qui me tourmentait. Ses soies rugueuses me firent un massage salutaire qui soulagea mon psychisme près de s'en aller à vau-l'eau.

 

Je lui étais d'une reconnaissance sans bornes pour la fidélité dont elle avait fait preuve dans les moments difficiles, alors qu'elle aurait pu m'abandonner mille fois. Je remerciai le Ciel pour les bienfaits dont il voulait bien me combler, en gardant l'espoir que des jours heureux m'attendaient, et je savais fort bien que chacun d'entre nous est le maître de son destin, s'il est résolu à ne pas s'acharner, à ne pas s'épuiser à vouloir changer ce qui ne peut l'être2, et s'il consent à ne travailler que sur quoi il peut avoir quelque pouvoir, pour son bien, ou mieux, pour celui des autres aussi.

 

................................................................ 

*Titre Rien n'est aussi dangereux que la certitude d'avoir raison.

Le jeu des possibles, François Jacob.

 

1-Korsakoff ou Korsakov

 

2-Que la force me soit donnée de supporter ce qui ne peut être changé et le courage de changer ce qui peut l'être mais aussi la sagesse de distinguer l'un de l'autre. Marc-Aurèle, empereur romain et philosophe stoïcien, 121 -180 après J.C.

 

NOTES 

Je me serais reproché de lui faire partager mes inquiétudes.

Je est féminin.

Pourquoi reproché et pas reprochée ?

Verbe pronominal se reprocher. Les verbes pronominaux suivent la règle générale qui veut que le participe passé s'accorde avec le complémént d'objet direct s'il est placé avant lui (même règle que celle avec les verbes conjugués avec avoir). 

Me est un pronom réfléchi complément d'objet indirect : j'aurais reproché à moi.

Donc, pas d'accord.

> Qu'est-ce qu'un verbe pronominal (réfléchi, réciproque, subjectif...) ? + QUIZ 32 Accord du participe passé des verbes pronominaux

 

Il m'eût été difficile de confesser

Le verbe être est au subjonctif plus-que-parfait à valeur de conditionnel passé (2e forme).

>> Il m'aurait été difficile (1re forme)

 

Fallait-il me résoudre à traîner ainsi, en ermite

L'ermite vit seul dans un endroit reculé du monde. Certains ermites religieux mènent une vie d'ascète dans leur ermitage. 

Un ermitage ou hermitage est une habitation isolée du monde.

 

Korsakoff, neurologue russe qui a décrit le syndrome qui porte son nom.

 

un massage salutaire qui soulagea mon psychisme près de s'en aller à vau-l'eau

Ne pas confondre : près de, prêt à.

 On entend trop souvent prêt à, employé à la place de près de.
>>Il est près de partir, il est sur le point de partir.

Le ciel est près de nous tomber sur la tête, avec tous ces engins volants. Il va nous tomber sur la tête.
>>Il est prêt à partir, il y est décidé, disposé, il s'y est préparé. 

>>L'emploi de prêt de + infinitif est vieilli

Il est condamné aujourd'hui (communiqué de l'Académie du 19 novembre 1964, cf. Le Trésor)

>>Grevisse précise : Mais la langue littéraire (ou même la langue écrite) continue à employer prêt à avec le sens « sur le point de ».

 

À vau-l'eau, vau leau, vau-leau

Mon psychisme s'en allait à vau-l'eau, il était sens dessus dessous, tout désorganisé. 

 

SANS

 

Je lui étais d'une reconnaissance sans bornes

La locution sans bornes est toujours au pluriel (exception en poésie)

 

Préposition SANS suivie d'un nom au singulier ou au pluriel.

Cas général, on se fie au sens.

Un chien sans queue. Il pourrait en avoir une, et une seule.

Une voiture sans roues. Elle en aurait plusieurs si elle en avait.

Une chemise sans manches. Un film sans paroles. Un ciel sans soleil.

Ce travail est sans aucuns frais.

> Aucun, aucuns, aucune, aucunes, d'aucuns

Pour les cas particuliers, il faudra consulter le dictionnaire.

EX : Sans encombre, sans exemple, sans preuve, sans inconvénient, sans douleur, sans façons, sans soins, sans soucis, sans défauts etc.

> Voir dans le Trésor : SANS

Et dans ce blog la locution conjonctive Sans que  

Voir : Sans, s'en, sens, sent, c'en, cent, sang, des homophones à ne pas confondre – Sans suivi d'un singulier ou d'un pluriel ?

 

SI


chacun est le maître de son destin s'il est résolu à ne pas s'acharner...

SI Conjonction de subordination qui introduit une proposition subordonnée de condition.

Si tu m'offres un cadeau, je l'accepte.

Offres , action possible au moment présent (fait éventuel / hypothèse).

Si tu m'offres un cadeau, je l'accepterai.

Offres, action possible dans l'avenir (potentiel)

Si tu m'offrais un cadeau, je l'accepterais. (attention à la concordance des temps, ici, imparfait/ conditionnel présent)

offrais, action qui n'est pas réalisée au moment présent (irréel du présent)

Si tu m'avais offert un cadeau, je l'aurais accepté. (plus-que parfait de l'indicatif, conditionnel passé)

OU Si tu m'eusses offert un cadeau, je l'eusse accepté. (les deux verbes sont au subjonctif plus-que-parfait) 

Avais offert/eusses offert, action qui ne s'est pas produite dans le passé. (irréel du passé)

          Pour en savoir +  SI (si... que, si, si tant est que, si bien que, etc.)

 

 je me demandais si l'on était parfois frappé de nostalgie

SI adverbe interrogatif qui introduit une proposition subordonnée interrogative indirecte.

Discours direct : Je me demandais : « Est-on parfois frappé de nostalgie ? » 

          Voir : *La concordance des temps dans les propositions subordonnées + Le style ou le discours direct et indirect


SI adverbe d'affirmation qui répond à une phrase négative.

Tu n'es pas venu hier.

Si !

 

<< 26 Délires sur une mise à l'écart -"Qu'est-ce que la vie sinon une série de folies inspirées ?"

>> 28 Délires sur un départ annoncé -"Il faut beaucoup de hardiesse pour oser être soi."

 

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14 août 2010 6 14 /08 /août /2010 18:29

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Un mois déjà que Marie m'hébergeait. Grâce à elle, j'avais acquis sur certains sujets un savoir encyclopédique. Je ne me lassais de rien et m'intéressais à tout. Marie, en vrai Pygmalion*, s'occupait, avec une rage euphorique, de mon instruction, sinon de mon éducation où il restait beaucoup à faire. Nous ne voyions personne et vivions en autarcie.

 

Un jour que je m'étais enfoncée dans le bois, toujours flanquée de Sissi, pour aller cueillir des fraises sauvages sur la demande expresse de Marie, je revins inopinément pour prendre le panier que j'avais oublié (cela peut vous paraître bizarre, mais ne suis-je pas une tête de linotte  ?) Je compris alors que Marie m'avait éloignée pour recevoir quelqu'un, une dame en l'occurrence, qu'elle ne voulait pas que je croisasse. Si je l'eusse questionnée sur ses fréquentations, elle n'eût pipé mot. Ainsi ne tenait-elle pas à ce que je rencontrasse mes semblables et à ce que je fisse mon entrée dans le monde. Elle voulait m'accaparer, me garder indûment et pour elle seule. J'en conçus du dépit.

 

Je me cachai pour voir ce qu'elle allait fricoter avec la visiteuse. Je pouvais observer l'étrangère tout à loisir par une fente appropriée dans la porte que les insectes xylophages avait grignotée à coeur joie. Je ne saisissais pas les paroles échangées, car le dialogue se faisait à voix basse comme si l'on craignait que quelqu'un pût surprendre un secret.

 

La dame, c'en était une assurément, dont je scrutai l'allure et les manières, forçait mon admiration. C'était une fort belle femme aux gestes mesurés, élégamment vêtue, et je me demandais quel commerce étrange elle avait avec Marie qui s'entretenait avec elle comme si leur relation ne datait pas d'hier. Je pestais de ne pas entendre un traître mot de leur conversation, ce qui excitait ma curiosité au plus haut point, et je me demandais si j'aurais le coeur d'interroger Marie, si grande était ma crainte de déclencher sa colère. Elle m'aurait reproché mon indiscrétion, ou m'aurait cru d'une curiosité malsaine, ou pire encore, si d'aventure elle souffrait d'espionnite (= espionite), m'aurait-elle punie, battue ou condamnée à quitter sa maison. Je ne voulais encourir aucune de ces éventualités. Je me tus, en brûlant néanmoins de découvrir le pot aux roses°, le mystère de cette affaire qui allait dorénavant hanter mes jours et mes nuits.

..............................................................

*What is life but a series of inspired follies ? The difficulty is to find them to do. Never lose a chance : it doesn't come every day.

Pygmalion de George Bernard Shaw, 1856 - 1950

Qu'est-ce que la vie, sinon une série de folies inspirées ? La difficulté vient de ce qu'il faut les trouver pour les faire. Ne laissez pas passer une seule chance ; cela n'arrive pas tous les jours.

Traduction de Mamiehiou

 

NOTES

Pygmalion. Dans la mythologie grecque, Pygmalion était le roi de Chypre. Il avait sculpté une statue dont il était tombé éperdument amoureux. Il supplia Aphrodite (>Vénus à Rome) de lui donner une femme qui ressemblât à son oeuvre. Aphrodite anima la statue, ce fut Galatée. Pygmalion l'épousa.

Pygmalion est une pièce du dramaturge irlandais Bernard Shaw. Son histoire a donné lieu à un film My fair Lady avec la merveilleuse Audrey Hepburn.

 

Nous ne VOYIONS personne.

Attention à ne pas oublier le I. Rappel de la conjugaison de l'imparfait aux 1re et 2e personnes du pluriel, toujours IONS IEZ.

Nous copiiions, nous riiez, Vous rayiez, vous craigniez, nous appareillions.

De même pour le présent du subjonctif.

Il faut que vous daigniez, que vous essuyiez, que nous pliions, que nous cueillions...

Voir :

> Ne pas confondre l'indicatif imparfait et le subjonctif présent de certains verbes - Quiz 55

> La conjugaison des verbes au subjonctif - Comment déjouer ses difficultés

 

Nous vivions en autarcie

Nous n'avions pas d'échanges extérieurs, nous nous suffisions à nous-mêmes, nous ne faisions de commerce avec personne.

 

Si je l'eusse questionnée sur ses fréquentations, elle n'eût pipé mot

eusse espionnée, eût pipé, subjonctif plus-que-parfait à valeur de conditionnel passé (emploi littéraire)

> Si conjonction de subordination.

Ne pas piper, ne rien dire, ne pas souffler mot.

 

Je me cachai pour voir ce qu'elle allait fricoter avec la visiteuse.

Fricoter. Familier.

Mais qu'est-ce que tu fricotes ? Qu'est-ce que tu manigances ?

 

la porte que les insectes xylophages avaient grignotée à coeur joie

Les insectes xylophages se nourrissent de bois.


Si d'aventure elle souffrait d'espionite

Espionite, espionnite, maladie de celui qui croit être constamment espionné.

 

Je me demandais si j'aurais le coeur d'interroger Marie.

 discours indirect

Discours direct : Aurai-je le coeur d'interroger Marie ?

> La concordance des temps dans les propositions subordonnées + Le style (ou le discours) direct et indirect

Si, adverbe interrogatif qui introduit une subordonnée interrogative indirecte (de même pour les adverbes quand, pourquoi, comment, où).

Proposition principale au présent

Ai-je le coeur de l'interroger ? me demandé-je. (style direct)

Je me demande si j'ai le coeur de l'interroger.(style indirect)

Aurai-je le coeur de l'interroger ? (direct)

Je me demande si j'aurai le coeur de l'interroger (indirect)

Proposition principale au passé, attention à la concordance des temps.

Ai-je le coeur de l'interroger ? (direct, présent).

Je me demandais si j'avais le coeur de l'interroger. (indirect, imparfait)

Aurai-je le coeur de l'interroger ? (direct, futur).

Je me demandais si j'AURAIS le coeur de l'interroger (indirect, conditionnel à valeur de futur du passé)

ATTENTION : On ne distingue pas, à l'oral le futur de l'indicatif AURAI du conditionnel présent AURAIS

Un truc : remplacez le sujet JE par TU.

au futur : Tu auras le coeur de l'interroger..

au futur du passé ou conditionnel présent : Je me demandais si tu aurais le coeur de l'interroger.

 

<< 25 Délires qui auraient pu engendrer une vive controverse -" Est-ce que ça vous chatouille ou est-ce que ça vous gratouille ?"

>> 27 Délires sur le jeu des possibles*-" Rien n'est aussi dangereux que la certitude d'avoir raison."

 

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14 août 2010 6 14 /08 /août /2010 17:50

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Il fallait bien que je fusse reconnaissante à celle qui n'avait pas protesté lorsque je lui avais enlevé Souci de la bouche. Je déployai tous les ressorts de ma gratitude et la servis ce jour-là comme une reine.

 

Nous discourûmes pendant le repas sur les liens affectueux qui procurent tant de douceur. Je développai en thèse, antithèse et synthèse leurs avantages et leurs désavantages, si tant est qu'ils se développent, s'améliorant ou se pervertissant, selon l'abnégation ou la sujétion, le dévouement ou l'intérêt. Je lui parlai de l'amitié fidèle que Sissi me vouait et de celle que je lui portais. Marie m'observait, d'air dubitatif, et elle ne crut pas bon de m'exposer sa pensée sur les lois qui régissent les rapports entre les êtres vivants qui s'entre-dévorent allègrement, et le plus souvent sans état d'âme, cela pour subsister, quand ce n'est pas pour exciter voluptueusement leurs papilles.

 

L'heure était à l'apaisement. Quand on y travaille, on ne se lance pas sur des sujets que l'on sait par avance susceptibles de susciter des dissensions. On les fuit comme la peste si l'on sent qu'ils n'engendreraient que la discorde et qu'ils empêcheraient de déjeuner en paix. La digestion n'en est que meilleure.

Je sus gré à ma commensale de se tenir coite et de ne faire aucun commentaire sur les sentiments qui m'unissaient à Sissi, sentiments qui, je vous l'accorde, éveilleraient une certaine suspicion chez la plupart de mes congénères.

 

Ce jour-là, je n'oubliai pas d'aller voir comment Sissi s'était remise de son émotion. Je consentis même à la câliner, elle, et ses petits aussi, qui s'attachèrent à moi, jusqu'à me gratouiller (grattouiller) de leurs petits ongles charmants. « Est-ce que ça te chatouille ?* » me demandaient-ils, joueurs, jusqu'à m'écorcher. Et moi, trop contente de voir leur joie, je m'abandonnai au plaisir des griffures. Je me serais bien laissé manger toute crue, si Sissi n'était pas intervenue.

.............................................................. 

*Est-ce que ça vous chatouille ou est-ce que ça vous gratouille ? dit le Knock de Jules Romains.

 

NOTES

Le titre : Délires qui auraient pu engendrer une vive controverse

une controverse, une discussion qui peut être très animée, au sujet d'une opinion que les argumentateurs ne partagent pas.

 

Nous discourûmes pendant le repas

1R ou 2R dans COURIR, comme discourir, parcourir, concourir, encourir, recourir...

Courir prend 1R sauf au futur et au présent du conditionnel

Je cours, je courais, je courus, j'ai couru, que je coure, que je courusse, courant.

MAIS je courrai (futur), je courrais (cond. présent)

Même conjugaison avec MOURIR je mourais, imparfait de l'indicatif, je mourrai, futur, je mourrais, conditionnel présent, mourant, participe présent.

la chasse à courre. Courre, verbe, poursuivre une bête chevreuil, cerf, etc.)

 

selon l'abnégation ou la sujétion

Sujétion, tomber sous la sujétion de quelqu'un, être sous son joug, se soumettre à son autorité et de ce fait perdre son indépendance.

 

Je lui parlai de l'amitié fidèle que Sissi me vouait

De l'amitié. On peut dire :

Je te voue une amitié fidèle.

Je vous porte de l'amitié.

Je vous ai pris en amitié.

Moins usité : Je prends amitié pour vous.

Je veux faire amitié avec vous.

Etc.

 

ETC.

On met un seul point après etc. Pas trois.

Et cætera ou et cetera. Rarement écrit en entier.

Pas d'accent. Invariable au pluriel, exemple : des et cetera.

 

Marie m'observait, l'air dubitatif,

Dubitatif, plein de doute.

 

les êtres vivants qui s'entre-dévorent allègrement

S'entre-dévorer, s'entre-manger, s'entremanger - à rapprocher de s'entre-tuer, s'entre-égorger.

 

Je sus gré à ma commensale de se tenir coite

Un commensal (des commensaux), celui qui mange avec moi, à la même table.

Coite, féminin de coi, silencieux, qui ne parle pas.

  

Quand on travaille à l'apaisement, on ne se lance pas sur des sujets que l'on sait par avance susceptibles de susciter des dissensions

UN EMPLOI DU PRESENT DE L'INDICATIF, quand on énonce une vérité générale.

Les sifflantes (consonnes fricatives)  [s] [z]  [x] |v] [f] [ ʃ ] [ʒ]  que l'on trouve dans se ze xe ve fe che je che.

L'ALLITERATION produite par la répétition de la sifflante [s] fait naître un malaise ou n'augure rien de bon. 

Rappelez-vous :

Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ?

de Racine dans Andromaque. L'allitération marque la folie d'Oreste.

> Que les consonnes sonnent !

 

sentiments qui éveilleraient une certaine suspicion

Suspicion, méfiance.

suspicieux, plein de suspicion, suspect.

 

Je me serais bien laissé manger

Les participes passés fait et laissé sont invariables lorsqu'ils sont suivis d'un infinitif.

> L'accord problématique des participes passés FAIT et LAISSÉ - Ils se sont fait ou faits / Elle s'est fait ou faite / Ils se sont laissé ou laissés...

 

<< 24 Délires d'une cuisinière assassine - *Tant va pot à l'eve que brise.°

>> 26 Délires sur une mise à l'écart -"Qu'est-ce que la vie sinon une série de folies inspirées ?"

 

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12 août 2010 4 12 /08 /août /2010 05:03

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Alors que toute mon attention se portait sur la multitude de devoirs que je devais accomplir, sans avoir un instant pour souffler, tout occupée à courir de la cuisine à la chambre et de la casserole au chaudron, je ne perçus pas une lamentation, comme un appel au secours que me lançait Sissi. Un instant, je crus qu'elle m'appelait, mais ne m'en souciai guère, habituée déjà aux supplications d'une laie qui voulait m'empêcher de tourner en rond°. Loin de moi l'envie de me débarrasser d'elle, je l'avais prise en affection, mais elle me tenait un peu trop au cul et aux chausses°, et j'avais besoin d'air.

« Oli ! me cria Marie. Arrive un peu ici ! »

J'obéis.

Je vis, étendu sur la table comme sur un autel pour le sacrifice, Souci qui couinait comme un cochon qu'on égorge.

« Occis Souci, m'ordonna Marie. Nous le découperons et le dégusterons quand il aura bien doré à la broche. » 

Et la voilà qui se pourlèche à cette idée.

Coupable d'anthropophagie ! C'est la sentence que j'aurais prononcée s'il m'avait fallu la juger.

Je ne bougeai pas d'un pouce.

« Tu as du souci à te faire, dis-je à Souci, et Sissi aussi. » 

« J'ai attrapé le plus gras », expliqua Marie, « celui qui, ayant repéré la mamelle la plus généreuse, a su établir par la force une hiérarchie**. »

Et quand on sait que Sissi est hyper-mamelue !...

Ce disant, la voilà qui brandit un coutelas menaçant. Je m'interpose. Je monte sur mes grands chevaux ; je jure mes grands dieux° que jamais, au grand jamais, je ne permettrai un tel crime. Je suis à genoux. Je la supplie. Elle faiblit et se plie à ma prière. Elle soupire.

« Je sais ô combien délectable eût été sa chair tendre ! » 

Ne la vois-je pas maintenant, toute contrite, qui se reprend à la vue de mes larmes ?

« C'est OK. Nous serons végétariennes aujourd'hui, admet-elle. »

 

Je rendis Souci à Sissi qui n'espérait plus.

« Tant va pot à l'eve que brise° », dit la laie bouleversée qui ne savait plus ce qu'elle chantait.

Mais peut-être n'étais-je pas en mesure de saisir le sens de ce proverbe sibyllin.

 

..................................................................... 

*Tant va la cruche à l'eau qu'à la fin elle se casse.°

 Il ne faut pas braver trop souvent le danger, sinon les risques sont grands.

On trouve dans le Roman de Renart : Tant va pot à l'eve que brise.°

On peut visiter le joli site : Les PROVERBES

 

**C'est vrai, ça se passe comme ça chez les marcassins, le plus fort choisit la mamelle la plus généreuse.

La raison du plus fort est toujours la meilleure. (La Fontaine)

 

NOTES

tout occupée à courir de la cuisine à la chambre

l'adverbe tout n'est pas toujours invariable :

> Ne pas confondre : TOUT adjectif indéfini, pronom indéfini, adverbe variable dans certains cas et substantif


sans avoir un instant pour souffler

SIFFLER, SOUFFLER, SOUFFRIR et leurs dérivés prennent 2F mais pas boursoufler, ni soufre et ses dérivés.

L'orthographe réformée admet boursouffler

> Réforme de l'orthographe - L'orthographe recommandée aux enseignants - Lexique

 

Occis Souci, m'ordonna Marie

Occire, (occis-e) tuer. Ne s'emploie bien aujourd'hui que pour plaisanter, à l'infinitif et au participe passé.

> Voir l'article sur les verbes défectifs, pour peu qu'il vous en chaille !

 

Et la voilà qui se pourlèche à cette idée

se pourlécher ou se pourlécher les babines.

 

Je ne bougeai pas d'un pouce

Un pouce, mesure ancienne, 2,7cm.

 

Et quand on sait que Sissi est hyper-mamelue !

Hyper-mamelue, qui a de gros seins, ici de grosses mamelles.


jamais, au grand jamais, je ne permettrai un tel crime

> Jamais, ne jamais, jamais plus, au grand jamais, à jamais, si jamais, oncques...

 

je sais ô combien délectable eût été sa chair tendre

eût été, verbe être au subjonctif plus-que-parfait à valeur de conditionnel passé = aurait été

 

saisir le sens de ce proverbe sibyllin

sibyllin, difficile à comprendre, qui a un sens caché. Attention au Y.

 

Les temps

Le texte est un récit. Le passé simple est le temps du récit par excellence. Certains verbes sont à l'imparfait.

> Les emplois de l'imparfait de l'indicatif et du passé simple

 

Ce disant, la voilà qui se pourlèche [...] brandit. [...] je m'interpose

Un paragraphe de l'épisode est écrit au présent - Une figure de style, L'ENALLAGE ou LA SUBSTITUTION, c'est un changement brusque de temps ou de mode, ou de genre, ou de nombre, ou de nom ou de pronom, ce qui a pour effet de dramatiser une situation.

Par exemple ici :

EMPLOI DU PRESENT DANS UN TEXTE AU PASSE.

Il permet de rendre la scène plus vivante, plus présente,en rompant la distance établie par le récit au passé. Il vise à provoquer une émotion plus vive.

Voir aussi LA SYLLEPSE note des Délires n°119

 

<< 23 Délires d'une Marie bien chiche -"Le riche avare est semblable à un âne chargé d'or, qui mange de la paille."

>> 25 Délires qui auraient pu engendrer une vive controverse -" Est-ce que ça vous chatouille ou est-ce que ça vous gratouille ?"

 

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12 août 2010 4 12 /08 /août /2010 04:26

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« La peste soit de l'avarice et des [avaricieuses]*! » m'exclamai-je intérieurement dans une tournure moliéresque.

 

Mon regard fit le tour de la pièce misérablement meublée, empoussiérée, encrassée même. Assurément, Marie Cratère thésaurisait, ne dépensant pas un sou pour améliorer son confort, et de plus, elle ne savait manier ni le chiffon ni le balai.

« Elle est pleine aux as°, et si elle croit pouvoir m'amadouer jusqu'à ce que je devienne docile... et femme de ménage de surcroît, elle peut toujours aller se faire voir. »

Mes pensées frisèrent la grossièreté. N'allais-je pas sortir de mes gonds°?

« Voyons voir, continuai-je, si je puis tirer d'elle quelque chose qui enrichisse mon savoir-faire sinon mon savoir-vivre. Nous verrons bien laquelle de nous est la plus futée. La coquine, la maligne. Mais elle me ferait perdre mon sang-froid, ma parole ! »

Je sentis mes joues en feu.

« Tu sembles bien fiévreuse ma fille. Il est temps que je te donne les moyens de te soigner », déclara impérativement la vieille femme.

« J'ai tort, me dis-je, je me suis laissé emporter. Il me faut apprendre à la connaître avant de la juger. »

 

Je frissonnai soudain au souvenir fulgurant de la mise en garde que l'on peut méditer chez Matthieu l'évangéliste : Ne jugez point, afin de n'être pas jugés, car on vous jugera comme vous avez jugé, et l'on se servira pour vous de la mesure dont vous mesurez les autres.

Ma propre sagesse me stupéfia. Mais je n'eus pas le temps de m'endormir sur mes lauriers°.

« Va me quérir des fagots et prépare un bon feu ! Nous accommoderons les herbes comme je te l'ai promis puis je te montrerai comment il faut faire bouillir, rôtir, mijoter, rissoler, mitonner, bouillotter, frire, et revenir les viandes et les légumes afin que la cuisine soit un régal. Allez ! Ne traîne pas. Remue-toi ! »

« Mazette ! Une herborisatrice doublée d'un maître queux ! Il me faut voir cela, m'étonnai-je en mon for intérieur. »

 

Je me demandai s'il fallait vraiment que j'aliénasse ma liberté pour un plat qui se mange froid°... ou chaud, c'est selon. Je décidai de m'instruire malgré tout. Il faut saisir la balle au bond°. On n'apprend jamais assez.

 

........................................................................................

*Le riche avare est semblable à un âne qui mange de la paille.

Proverbe algérien

**La peste soit de l'avarice et des avaricieux.

Vous aurez reconnu les paroles de La Flèche qui peste contre Harpagon, dans l'Avare de Molière

 

L'AVARE. Acte 1, scène 3.

LA FLECHE - Je dis que la peste soit de l'avarice et des avaricieux.

HARPAGON - De qui veux-tu parler ?

LA FLECHE - Des avaricieux.

HARPAGON - Et qui sont-ils, ces avaricieux ?

LA FLECHE - Des vilains et des ladres.

 

NOTES

Titre : Délires d'une Marie bien chiche

Chiche, avare, cupide, radin, pingre.

Archaïque : avaricieux, ladre, fesse-mathieu (des fesse-mathieux).  

Dictionnaire universel de Furetière - 1690

volume 2 page 14

"On appelle fesse-mathieu un homme qui prête à gros intérêts, et qu'on ne veut pas nommer ouvertement usurier. C'est un fesse-mathieu, MOLIERE. C'est un terme qu'on a dit par corruption, au lieu de dire, Il fait le St. Matthieu, ou ce que Saint Matthieu faisait avant sa convertion : car on tient qu'il étoit (était) alors usurier."

Voir pince-maille et grippe-sou dans les notes du texte : 164 Délires aux larmes de crocodile « Pleurez , pleurez mes yeux et fondez-vous en eau. »

 

Elle est pleine aux as

être plein aux as, être riche - L'expression vient du poker.

 

N'allais-je pas sortir de mes gonds ?

Sortir de ses gonds. Comme une porte en colère. Du jamais vu !

être hors de soi, s'emporter

 

je me suis laissé emporter.

Laissé, participe passé suivi d'un infinitif : invariable.

Voir : L'accord problématique des participes passés FAIT et LAISSÉ - Ils se sont fait ou faits / Elle s'est fait ou faite / Ils se sont laissé ou laissés...

 

une herborisatrice doublée d'un maître queux

Un herborisateur ou une herborisatrice herborise, en cueillant et en étudiant les plantes. Un herboriste les vend.

Un maître queux (pas de féminin), un (chef) cuisinier.

Littré : Grand queux de France, nom d'un officier de la maison du roi qui commandait à tous les officiers de la cuisine et de la bouche.

 

La coquine, la maligne

Un coquin, une personne peu fréquentable, un gredin, un fripon, une canaille.

Roué, rusé, qui agit dans son intérêt.

ADJECTIFS AYANT UN FEMININ IRREGULIER

malin, maligne (le Malin est un autre nom du Diable),

bénin, bénigne,

hébreu, hébraïque (hébraïque peut-être aussi du masculin)),

muscat, muscade,

absous, absoute et dissous, dissoute,

coi, coite,

favori, favorite,

tiers, tierce (une tierce personne).

> Adjectifs et participes passés qui ont un féminin irrégulier – QUIZ 107

 

je n'eus pas le temps de m'endormir sur mes lauriers

S'endormir sur ses lauriers°.

Ne plus faire d'efforts après avoir été vainqueur, après avoir réussi quelque chose.

 

quelque chose qui enrichisse mon savoir-faire

EMPLOI DU SUBJONCTIF DANS UNE RELATIVE

quand la subordonnée comporte une idée de conséquence.

Je m'appliquerai à vous faire un remède qui vous guérisse.

Voir l'article sur le subjonctif

 

ma propre sagesse me stupéfia

Stupéfier, engourdir, paralyser, inhiber.

Une drogue qui stupéfie. (des stupéfiants)

Sens plus courant, étonner, sidérer, effarer, consterner.  

Votre attitude désinvolte me stupéfie.

Stupéfié, part. passé.

J'étais stupéfiée par ce spectacle ahurissant.

Stupéfait, adjectif, sidéré, médusé, étonné, ébahi, éberlué, jusqu'à être incapable de réagir.  

Elle se déshabilla, il fut stupéfait.

Voir stupéfaire dans l'article sur les défectifs

 

Il me faut voir cela, m'étonnai-je en mon for intérieur

HOMONYMES FOR, FORT, FORS, FORE.

Le for intérieur, le siège de la conscience qui pèse le bien et le mal.

Fort, forte, adjectif qualificatif.  

Tu es très fort.

Fort, adverbe de manière, très, extrêmement, excessivement, beaucoup, de façon exagérée.  

Tu y vas fort. C'est un peu fort. Elle est fort jolie.

Vous chantiez, j'en suis fort aise. / Eh bien, dansez maintenant. (La Fontaine)

Fors, sauf, excepté, hormis.  

Tout est perdu fors l'honneur ! s'écria François 1er, défait par les armées de Charles Quint à Pavie en 1525.

Fore, du verbe forer.‪‫

 

Proverbe. La vengeance est un plat qui se mange froid.

 

<< 22 Délires éthiques-"Science sans conscience n'est que ruine de l'âme."

>> 24 Délires d'une cuisinière assassine - *Tant va pot à l'eve que brise.°

 

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12 août 2010 4 12 /08 /août /2010 03:39

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C'est le lendemain que devait se poursuivre mon initiation. Je pressentais sans doute obscurément qu'il me faudrait un jour ou l'autre en payer le prix. Ma gratitude y suffirait-elle ?

Science sans conscience n'est que ruine de l'âme*, expliqua Marie Cratère qui tenait à me montrer combien elle était soucieuse d'utiliser la connaissance végétale qu'elle avait, et cela dans un seul dessein, celui de faire le bien, celui de plaire à autrui, en lui permettant d'agrémenter sa nourriture tout en le revigorant, en le requinquant, en le soignant, en le soulageant, en le guérissant même. Jamais, jurait-elle, elle ne pourrait se résoudre à employer ses dons dans la fabrication de drogues nuisibles, dût-elle refuser des sommes considérables en retour.

Je la crus.

« Écoute bien ceci, me dit-elle, je veux t'apprendre aujourd'hui comment on fait une infusion, une décoction, une macération, une fumigation. Nous confectionnerons des onguents, des cataplasmes, des eaux de parfum et des liqueurs. Je t'enseignerai comment tirer, grâce à mon alambic, les essences précieuses des fleurs et des fruits. Hâte-toi, nous n'avons pas une minute à perdre. »

 

Je dus choisir, dans un grand coffre qui renfermait des vêtements de toutes sortes, la robe qui me seyait le mieux, le petit tablier à carreaux et le fichu que je nouai pour retenir mes cheveux.

« Ce sont des cadeaux de mes clientes, précisa Marie.  »

Mes yeux se dessillèrent. Je compris alors qu'elle se livrait à un commerce très lucratif où le troc avait une place de choix. En outre, n'avais-je pas entraperçu la veille, quand elle avait ouvert un tiroir pour y prendre des cuillères**, quelque chose que je devinai être des pièces d'or et d'argent qui avaient lui, quand elle avait enfoncé ses doigts dans leur masse fluide avec un jouissement qu'elle tenta vainement de dissimuler. Je crus avoir la berlue. Ni billets, ni menue monnaie. Non, des thalers, des agnels, des hyperpérions, des pistoles, des napoléons, des louis et autres écus sonnants et trébuchants ! Peut-être y avait-il des bijoux. J'en vins à me demander quels services étaient rendus pour mériter de tels présents. Et je commençai à douter de la probité de ma protectrice.

................................................................ 

*Science sans conscience n'est que ruine de l'âme.

 Sublime pensée de notre François Rabelais, dans Pantagruel.

**des cuillères ou des cuillers (même prononciation)

 

NOTES

Écoute bien ceci, me dit-elle...

CECI, CELA, pronoms démonstratifs qui remplacent un groupe nominal, une proposition, une phrase, une idée.

CECI annonce ce qui suit.

Retenez bien ceci : Vous êtes une bête, on ne tirera jamais rien de vous.

CELA résume ce qui précède.

Je vous ai dit ce que je savais. Avez-vous aimé cela ?

 

cela dans un seul dessein, celui de faire le bien

un dessein, un but qu'on s'est fixé.

> Peut-on dire "dans quel but ? dans le but de... " ?

 

agrémenter sa nourriture tout en le revigorant, en le requinquant

requinquer (familier) remettre sur pied, redonner de l'énergie.

 

Infusion, décoction, macération, fumigation.

Si vous avez le moindre doute sur la signification de ces mots, vous pouvez aller faire un tour sur le site du Cnrtl :

> Lexicographie - Centre National de Ressources Textuelles et lexicales

 

comment tirer, grâce à mon alambic, les essences précieuses

Un alambic sert à distiller pour recueillir les huiles essentielles, les alcools...

 

je dus choisir la robe qui me seyait le mieux

SEOIR, verbe défectif.

Cela me sied, cela me va bien, cela me convient. Cela lui seyait, cela lui siéra.

Participe présent :

1-littéraire, séant(e). Bienséant, convenable.

2-Seyant(e) un vêtement seyant, qui va bien.

Participe passé :

sis(e), situé, qui se trouve. S'emploie dans des textes de droit. L'immeuble sis 5, rue de l'Hôtel de Ville. 

S'emploie aussi dans le style littéraire. Le manoir, sis loin du village...

> Les verbes défectifs - Pour peu qu'il vous en chaille !*

 

ce sont des cadeaux de mes clientes

cadeaux, cheveux...

LES NOMS QUI, AU SINGULIER, SE TERMINENT PAR EU, ŒU, AU, EAU FONT LEUR PLURIEL EN X.

Un cheveu, des cheveux, un vœu, des vœux, un essieu, des essieux, un puceau, des puceaux, un matériau, des matériaux, un vaisseau, des vaisseaux, un neveu, des neveux, un boyau, des boyaux...

SAUF un landau, des landaus, un sarrau, des sarraus, un bleu, des bleus, un pneu, des pneus.

> Les noms qui se terminent par au, aux, aus, eau, eaux, eu, eux, eus, oeu, oeux, ou, oux, ous

 

mes yeux se dessillèrent

je vis la réalité telle qu'elle était.

 

Je compris alors qu'elle se livrait à un commerce très lucratif

un commerce qui rapporte de l'argent.

 

avec un jouissement qu'elle tenta vainement de dissimuler

Le mot  jouissement est un HAPAX

Un hapax (le h est muet) ou apax est un mot qu'on ne rencontre qu'une seule fois dans la littérature.

 

Ballade Sappho  - Verlaine (1844-1996)

Ma douce main de maîtresse et d’amant
Passe et rit sur ta chère chair en fête,
Rit et jouit de ton jouissement.
Pour la servir tu sais bien qu’elle est faite,
Et ton beau corps faut que je le dévête
Pour l’enivrer sans fin d’un art nouveau
Toujours dans la caresse toujours prête.
Je suis pareil à la grande Sappho. 

 

Un autre exemple, le Ptyx.

Ptyx, un hapax dont on a longtemps cherché le sens jusqu'à ce que Mallarmé avoue que ce mot n'avait été crée que pour la rime  en -YX !

 

Mallarmé 1842-1898

Ses purs ongles très haut dédiant leur onyx,
L'Angoisse, ce minuit, soutient, lampadophore,
Main rêve vespéral brûlé par le Phénix
Que ne recueille pas de cinéraire amphore

Sur les crédences, au salon vide : nul ptyx,
Aboli bibelot d'inanité sonore,
(Car le Maître est allé puiser des pleurs au Styx
Avec ce seul objet dont le Néant s'honore).

Mais proche la croisée au nord vacante, un or
Agonise selon peut-être le décor
Des licornes ruant du feu contre une nixe,

Elle, défunte nue en le miroir, encor
Que, dans l'oubli fermé par le cadre, se fixe
De scintillations sitôt le septuor.

 

Autres apax :

péripatéticiennement (Balzac) - goinfresse (Scarron) – etc.

> Hapax, mots-valises, mots fantômes et autres mots étranges

 

n'avais-je pas entraperçu quelque chose qu'elle tenta vainement de dissimuler.

L'interrogation est fictive, le point d'interrogation peut être omis.

> Cas où l'on peut omettre le point d'interrogation dans une phrase interrogative

 

quand elle avait enfoncé ses doigts

OU quand elle avait enfoncé les doigts

> Adjectifs possessifs - Emplois particuliers - J'ai mal à la tête ou à ma tête ? Ils ont pris leur chapeau ou leurs chapeaux ? 

 

Et je commençai à douter de la probité de ma protectrice.

Probité, qualité de celui qui est honnête, intègre, incorruptible, probe.

 

<< 21 Délires que l'on pourrait croire sans grandes conséquences -  There's always tomorrow 

>> 23 Délires d'une Marie bien chiche - Le riche avare est semblable à un âne chargé d'or, qui mange de la paille.

 

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Amoureuse des mots, je cherche comment faire partager ma passion. Il y a tant à découvrir dans les bibliothèques du monde, tant de mots à connaître intimement pour affiner notre pensée, tant de mots qu'on n'entend plus sur nos lèvres, enfermés qu'ils sont dans des livres poussiéreux. Il ne tient qu'à nous de les faire revivre et de les faire chanter. Notre langue, si belle, si riche, demande qu'on la respecte, qu'on la préserve, qu'on s'en amuse et qu'on la chérisse. Mamiehiou ............................................................................................................................................................................................ ...................................;....................................................................... « La langue française est une femme. Et cette femme est si belle, si fière, si modeste, si hardie, touchante, voluptueuse, chaste, noble, familière, folle, sage, qu'on l'aime de toute son âme, et qu'on n'est jamais tenté de lui être infidèle. » Anatole France ....................................................... ............... ................................................................................................................. « C'est une langue bien difficile que le français. À peine écrit-on depuis quarante-cinq ans qu'on commence à s'en apercevoir. » Colette

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