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14 août 2010 6 14 /08 /août /2010 17:50

LES DÉLIRES Tous les épisodes

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Il fallait bien que je fusse reconnaissante à celle qui n'avait pas protesté lorsque je lui avais enlevé Souci de la bouche. Je déployai tous les ressorts de ma gratitude et la servis ce jour-là comme une reine.

 

Nous discourûmes pendant le repas sur les liens affectueux qui procurent tant de douceur. Je développai en thèse, antithèse et synthèse leurs avantages et leurs désavantages, si tant est qu'ils se développent, s'améliorant ou se pervertissant, selon l'abnégation ou la sujétion, le dévouement ou l'intérêt. Je lui parlai de l'amitié fidèle que Sissi me vouait et de celle que je lui portais. Marie m'observait, d'air dubitatif, et elle ne crut pas bon de m'exposer sa pensée sur les lois qui régissent les rapports entre les êtres vivants qui s'entre-dévorent allègrement, et le plus souvent sans état d'âme, cela pour subsister, quand ce n'est pas pour exciter voluptueusement leurs papilles.

 

L'heure était à l'apaisement. Quand on y travaille, on ne se lance pas sur des sujets que l'on sait par avance susceptibles de susciter des dissensions. On les fuit comme la peste si l'on sent qu'ils n'engendreraient que la discorde et qu'ils empêcheraient de déjeuner en paix. La digestion n'en est que meilleure.

Je sus gré à ma commensale de se tenir coite et de ne faire aucun commentaire sur les sentiments qui m'unissaient à Sissi, sentiments qui, je vous l'accorde, éveilleraient une certaine suspicion chez la plupart de mes congénères.

 

Ce jour-là, je n'oubliai pas d'aller voir comment Sissi s'était remise de son émotion. Je consentis même à la câliner, elle, et ses petits aussi, qui s'attachèrent à moi, jusqu'à me gratouiller (grattouiller) de leurs petits ongles charmants. « Est-ce que ça te chatouille ?* » me demandaient-ils, joueurs, jusqu'à m'écorcher. Et moi, trop contente de voir leur joie, je m'abandonnai au plaisir des griffures. Je me serais bien laissé manger toute crue, si Sissi n'était pas intervenue.

.............................................................. 

*Est-ce que ça vous chatouille ou est-ce que ça vous gratouille ? dit le Knock de Jules Romains.

 

NOTES

Le titre : Délires qui auraient pu engendrer une vive controverse

une controverse, une discussion qui peut être très animée, au sujet d'une opinion que les argumentateurs ne partagent pas.

 

Nous discourûmes pendant le repas

1R ou 2R dans COURIR, comme discourir, parcourir, concourir, encourir, recourir...

Courir prend 1R sauf au futur et au présent du conditionnel

Je cours, je courais, je courus, j'ai couru, que je coure, que je courusse, courant.

MAIS je courrai (futur), je courrais (cond. présent)

Même conjugaison avec MOURIR je mourais, imparfait de l'indicatif, je mourrai, futur, je mourrais, conditionnel présent, mourant, participe présent.

la chasse à courre. Courre, verbe, poursuivre une bête chevreuil, cerf, etc.)

 

selon l'abnégation ou la sujétion

Sujétion, tomber sous la sujétion de quelqu'un, être sous son joug, se soumettre à son autorité et de ce fait perdre son indépendance.

 

Je lui parlai de l'amitié fidèle que Sissi me vouait

De l'amitié. On peut dire :

Je te voue une amitié fidèle.

Je vous porte de l'amitié.

Je vous ai pris en amitié.

Moins usité : Je prends amitié pour vous.

Je veux faire amitié avec vous.

Etc.

 

ETC.

On met un seul point après etc. Pas trois.

Et cætera ou et cetera. Rarement écrit en entier.

Pas d'accent. Invariable au pluriel, exemple : des et cetera.

 

Marie m'observait, l'air dubitatif,

Dubitatif, plein de doute.

 

les êtres vivants qui s'entre-dévorent allègrement

S'entre-dévorer, s'entre-manger, s'entremanger - à rapprocher de s'entre-tuer, s'entre-égorger.

 

Je sus gré à ma commensale de se tenir coite

Un commensal (des commensaux), celui qui mange avec moi, à la même table.

Coite, féminin de coi, silencieux, qui ne parle pas.

  

Quand on travaille à l'apaisement, on ne se lance pas sur des sujets que l'on sait par avance susceptibles de susciter des dissensions

UN EMPLOI DU PRESENT DE L'INDICATIF, quand on énonce une vérité générale.

Les sifflantes (consonnes fricatives)  [s] [z]  [x] |v] [f] [ ʃ ] [ʒ]  que l'on trouve dans se ze xe ve fe che je che.

L'ALLITERATION produite par la répétition de la sifflante [s] fait naître un malaise ou n'augure rien de bon. 

Rappelez-vous :

Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ?

de Racine dans Andromaque. L'allitération marque la folie d'Oreste.

> Que les consonnes sonnent !

 

sentiments qui éveilleraient une certaine suspicion

Suspicion, méfiance.

suspicieux, plein de suspicion, suspect.

 

Je me serais bien laissé manger

Les participes passés fait et laissé sont invariables lorsqu'ils sont suivis d'un infinitif.

> L'accord problématique des participes passés FAIT et LAISSÉ - Ils se sont fait ou faits / Elle s'est fait ou faite / Ils se sont laissé ou laissés...

 

<< 24 Délires d'une cuisinière assassine - *Tant va pot à l'eve que brise.°

>> 26 Délires sur une mise à l'écart -"Qu'est-ce que la vie sinon une série de folies inspirées ?"

 

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12 août 2010 4 12 /08 /août /2010 05:03

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Alors que toute mon attention se portait sur la multitude de devoirs que je devais accomplir, sans avoir un instant pour souffler, tout occupée à courir de la cuisine à la chambre et de la casserole au chaudron, je ne perçus pas une lamentation, comme un appel au secours que me lançait Sissi. Un instant, je crus qu'elle m'appelait, mais ne m'en souciai guère, habituée déjà aux supplications d'une laie qui voulait m'empêcher de tourner en rond°. Loin de moi l'envie de me débarrasser d'elle, je l'avais prise en affection, mais elle me tenait un peu trop au cul et aux chausses°, et j'avais besoin d'air.

« Oli ! me cria Marie. Arrive un peu ici ! »

J'obéis.

Je vis, étendu sur la table comme sur un autel pour le sacrifice, Souci qui couinait comme un cochon qu'on égorge.

« Occis Souci, m'ordonna Marie. Nous le découperons et le dégusterons quand il aura bien doré à la broche. » 

Et la voilà qui se pourlèche à cette idée.

Coupable d'anthropophagie ! C'est la sentence que j'aurais prononcée s'il m'avait fallu la juger.

Je ne bougeai pas d'un pouce.

« Tu as du souci à te faire, dis-je à Souci, et Sissi aussi. » 

« J'ai attrapé le plus gras », expliqua Marie, « celui qui, ayant repéré la mamelle la plus généreuse, a su établir par la force une hiérarchie**. »

Et quand on sait que Sissi est hyper-mamelue !...

Ce disant, la voilà qui brandit un coutelas menaçant. Je m'interpose. Je monte sur mes grands chevaux ; je jure mes grands dieux° que jamais, au grand jamais, je ne permettrai un tel crime. Je suis à genoux. Je la supplie. Elle faiblit et se plie à ma prière. Elle soupire.

« Je sais ô combien délectable eût été sa chair tendre ! » 

Ne la vois-je pas maintenant, toute contrite, qui se reprend à la vue de mes larmes ?

« C'est OK. Nous serons végétariennes aujourd'hui, admet-elle. »

 

Je rendis Souci à Sissi qui n'espérait plus.

« Tant va pot à l'eve que brise° », dit la laie bouleversée qui ne savait plus ce qu'elle chantait.

Mais peut-être n'étais-je pas en mesure de saisir le sens de ce proverbe sibyllin.

 

..................................................................... 

*Tant va la cruche à l'eau qu'à la fin elle se casse.°

 Il ne faut pas braver trop souvent le danger, sinon les risques sont grands.

On trouve dans le Roman de Renart : Tant va pot à l'eve que brise.°

On peut visiter le joli site : Les PROVERBES

 

**C'est vrai, ça se passe comme ça chez les marcassins, le plus fort choisit la mamelle la plus généreuse.

La raison du plus fort est toujours la meilleure. (La Fontaine)

 

NOTES

tout occupée à courir de la cuisine à la chambre

l'adverbe tout n'est pas toujours invariable :

> Ne pas confondre : TOUT adjectif indéfini, pronom indéfini, adverbe variable dans certains cas et substantif


sans avoir un instant pour souffler

SIFFLER, SOUFFLER, SOUFFRIR et leurs dérivés prennent 2F mais pas boursoufler, ni soufre et ses dérivés.

L'orthographe réformée admet boursouffler

> Réforme de l'orthographe - L'orthographe recommandée aux enseignants - Lexique

 

Occis Souci, m'ordonna Marie

Occire, (occis-e) tuer. Ne s'emploie bien aujourd'hui que pour plaisanter, à l'infinitif et au participe passé.

> Voir l'article sur les verbes défectifs, pour peu qu'il vous en chaille !

 

Et la voilà qui se pourlèche à cette idée

se pourlécher ou se pourlécher les babines.

 

Je ne bougeai pas d'un pouce

Un pouce, mesure ancienne, 2,7cm.

 

Et quand on sait que Sissi est hyper-mamelue !

Hyper-mamelue, qui a de gros seins, ici de grosses mamelles.


jamais, au grand jamais, je ne permettrai un tel crime

> Jamais, ne jamais, jamais plus, au grand jamais, à jamais, si jamais, oncques...

 

je sais ô combien délectable eût été sa chair tendre

eût été, verbe être au subjonctif plus-que-parfait à valeur de conditionnel passé = aurait été

 

saisir le sens de ce proverbe sibyllin

sibyllin, difficile à comprendre, qui a un sens caché. Attention au Y.

 

Les temps

Le texte est un récit. Le passé simple est le temps du récit par excellence. Certains verbes sont à l'imparfait.

> Les emplois de l'imparfait de l'indicatif et du passé simple

 

Ce disant, la voilà qui se pourlèche [...] brandit. [...] je m'interpose

Un paragraphe de l'épisode est écrit au présent - Une figure de style, L'ENALLAGE ou LA SUBSTITUTION, c'est un changement brusque de temps ou de mode, ou de genre, ou de nombre, ou de nom ou de pronom, ce qui a pour effet de dramatiser une situation.

Par exemple ici :

EMPLOI DU PRESENT DANS UN TEXTE AU PASSE.

Il permet de rendre la scène plus vivante, plus présente,en rompant la distance établie par le récit au passé. Il vise à provoquer une émotion plus vive.

Voir aussi LA SYLLEPSE note des Délires n°119

 

<< 23 Délires d'une Marie bien chiche -"Le riche avare est semblable à un âne chargé d'or, qui mange de la paille."

>> 25 Délires qui auraient pu engendrer une vive controverse -" Est-ce que ça vous chatouille ou est-ce que ça vous gratouille ?"

 

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12 août 2010 4 12 /08 /août /2010 04:26

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« La peste soit de l'avarice et des [avaricieuses]*! » m'exclamai-je intérieurement dans une tournure moliéresque.

 

Mon regard fit le tour de la pièce misérablement meublée, empoussiérée, encrassée même. Assurément, Marie Cratère thésaurisait, ne dépensant pas un sou pour améliorer son confort, et de plus, elle ne savait manier ni le chiffon ni le balai.

« Elle est pleine aux as°, et si elle croit pouvoir m'amadouer jusqu'à ce que je devienne docile... et femme de ménage de surcroît, elle peut toujours aller se faire voir. »

Mes pensées frisèrent la grossièreté. N'allais-je pas sortir de mes gonds°?

« Voyons voir, continuai-je, si je puis tirer d'elle quelque chose qui enrichisse mon savoir-faire sinon mon savoir-vivre. Nous verrons bien laquelle de nous est la plus futée. La coquine, la maligne. Mais elle me ferait perdre mon sang-froid, ma parole ! »

Je sentis mes joues en feu.

« Tu sembles bien fiévreuse ma fille. Il est temps que je te donne les moyens de te soigner », déclara impérativement la vieille femme.

« J'ai tort, me dis-je, je me suis laissé emporter. Il me faut apprendre à la connaître avant de la juger. »

 

Je frissonnai soudain au souvenir fulgurant de la mise en garde que l'on peut méditer chez Matthieu l'évangéliste : Ne jugez point, afin de n'être pas jugés, car on vous jugera comme vous avez jugé, et l'on se servira pour vous de la mesure dont vous mesurez les autres.

Ma propre sagesse me stupéfia. Mais je n'eus pas le temps de m'endormir sur mes lauriers°.

« Va me quérir des fagots et prépare un bon feu ! Nous accommoderons les herbes comme je te l'ai promis puis je te montrerai comment il faut faire bouillir, rôtir, mijoter, rissoler, mitonner, bouillotter, frire, et revenir les viandes et les légumes afin que la cuisine soit un régal. Allez ! Ne traîne pas. Remue-toi ! »

« Mazette ! Une herborisatrice doublée d'un maître queux ! Il me faut voir cela, m'étonnai-je en mon for intérieur. »

 

Je me demandai s'il fallait vraiment que j'aliénasse ma liberté pour un plat qui se mange froid°... ou chaud, c'est selon. Je décidai de m'instruire malgré tout. Il faut saisir la balle au bond°. On n'apprend jamais assez.

 

........................................................................................

*Le riche avare est semblable à un âne qui mange de la paille.

Proverbe algérien

**La peste soit de l'avarice et des avaricieux.

Vous aurez reconnu les paroles de La Flèche qui peste contre Harpagon, dans l'Avare de Molière

 

L'AVARE. Acte 1, scène 3.

LA FLECHE - Je dis que la peste soit de l'avarice et des avaricieux.

HARPAGON - De qui veux-tu parler ?

LA FLECHE - Des avaricieux.

HARPAGON - Et qui sont-ils, ces avaricieux ?

LA FLECHE - Des vilains et des ladres.

 

NOTES

Titre : Délires d'une Marie bien chiche

Chiche, avare, cupide, radin, pingre.

Archaïque : avaricieux, ladre, fesse-mathieu (des fesse-mathieux).  

Dictionnaire universel de Furetière - 1690

volume 2 page 14

"On appelle fesse-mathieu un homme qui prête à gros intérêts, et qu'on ne veut pas nommer ouvertement usurier. C'est un fesse-mathieu, MOLIERE. C'est un terme qu'on a dit par corruption, au lieu de dire, Il fait le St. Matthieu, ou ce que Saint Matthieu faisait avant sa convertion : car on tient qu'il étoit (était) alors usurier."

Voir pince-maille et grippe-sou dans les notes du texte : 164 Délires aux larmes de crocodile « Pleurez , pleurez mes yeux et fondez-vous en eau. »

 

Elle est pleine aux as

être plein aux as, être riche - L'expression vient du poker.

 

N'allais-je pas sortir de mes gonds ?

Sortir de ses gonds. Comme une porte en colère. Du jamais vu !

être hors de soi, s'emporter

 

je me suis laissé emporter.

Laissé, participe passé suivi d'un infinitif : invariable.

Voir : L'accord problématique des participes passés FAIT et LAISSÉ - Ils se sont fait ou faits / Elle s'est fait ou faite / Ils se sont laissé ou laissés...

 

une herborisatrice doublée d'un maître queux

Un herborisateur ou une herborisatrice herborise, en cueillant et en étudiant les plantes. Un herboriste les vend.

Un maître queux (pas de féminin), un (chef) cuisinier.

Littré : Grand queux de France, nom d'un officier de la maison du roi qui commandait à tous les officiers de la cuisine et de la bouche.

 

La coquine, la maligne

Un coquin, une personne peu fréquentable, un gredin, un fripon, une canaille.

Roué, rusé, qui agit dans son intérêt.

ADJECTIFS AYANT UN FEMININ IRREGULIER

malin, maligne (le Malin est un autre nom du Diable),

bénin, bénigne,

hébreu, hébraïque (hébraïque peut-être aussi du masculin)),

muscat, muscade,

absous, absoute et dissous, dissoute,

coi, coite,

favori, favorite,

tiers, tierce (une tierce personne).

> Adjectifs et participes passés qui ont un féminin irrégulier – QUIZ 107

 

je n'eus pas le temps de m'endormir sur mes lauriers

S'endormir sur ses lauriers°.

Ne plus faire d'efforts après avoir été vainqueur, après avoir réussi quelque chose.

 

quelque chose qui enrichisse mon savoir-faire

EMPLOI DU SUBJONCTIF DANS UNE RELATIVE

quand la subordonnée comporte une idée de conséquence.

Je m'appliquerai à vous faire un remède qui vous guérisse.

Voir l'article sur le subjonctif

 

ma propre sagesse me stupéfia

Stupéfier, engourdir, paralyser, inhiber.

Une drogue qui stupéfie. (des stupéfiants)

Sens plus courant, étonner, sidérer, effarer, consterner.  

Votre attitude désinvolte me stupéfie.

Stupéfié, part. passé.

J'étais stupéfiée par ce spectacle ahurissant.

Stupéfait, adjectif, sidéré, médusé, étonné, ébahi, éberlué, jusqu'à être incapable de réagir.  

Elle se déshabilla, il fut stupéfait.

Voir stupéfaire dans l'article sur les défectifs

 

Il me faut voir cela, m'étonnai-je en mon for intérieur

HOMONYMES FOR, FORT, FORS, FORE.

Le for intérieur, le siège de la conscience qui pèse le bien et le mal.

Fort, forte, adjectif qualificatif.  

Tu es très fort.

Fort, adverbe de manière, très, extrêmement, excessivement, beaucoup, de façon exagérée.  

Tu y vas fort. C'est un peu fort. Elle est fort jolie.

Vous chantiez, j'en suis fort aise. / Eh bien, dansez maintenant. (La Fontaine)

Fors, sauf, excepté, hormis.  

Tout est perdu fors l'honneur ! s'écria François 1er, défait par les armées de Charles Quint à Pavie en 1525.

Fore, du verbe forer.‪‫

 

Proverbe. La vengeance est un plat qui se mange froid.

 

<< 22 Délires éthiques-"Science sans conscience n'est que ruine de l'âme."

>> 24 Délires d'une cuisinière assassine - *Tant va pot à l'eve que brise.°

 

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12 août 2010 4 12 /08 /août /2010 03:39

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C'est le lendemain que devait se poursuivre mon initiation. Je pressentais sans doute obscurément qu'il me faudrait un jour ou l'autre en payer le prix. Ma gratitude y suffirait-elle ?

Science sans conscience n'est que ruine de l'âme*, expliqua Marie Cratère qui tenait à me montrer combien elle était soucieuse d'utiliser la connaissance végétale qu'elle avait, et cela dans un seul dessein, celui de faire le bien, celui de plaire à autrui, en lui permettant d'agrémenter sa nourriture tout en le revigorant, en le requinquant, en le soignant, en le soulageant, en le guérissant même. Jamais, jurait-elle, elle ne pourrait se résoudre à employer ses dons dans la fabrication de drogues nuisibles, dût-elle refuser des sommes considérables en retour.

Je la crus.

« Écoute bien ceci, me dit-elle, je veux t'apprendre aujourd'hui comment on fait une infusion, une décoction, une macération, une fumigation. Nous confectionnerons des onguents, des cataplasmes, des eaux de parfum et des liqueurs. Je t'enseignerai comment tirer, grâce à mon alambic, les essences précieuses des fleurs et des fruits. Hâte-toi, nous n'avons pas une minute à perdre. »

 

Je dus choisir, dans un grand coffre qui renfermait des vêtements de toutes sortes, la robe qui me seyait le mieux, le petit tablier à carreaux et le fichu que je nouai pour retenir mes cheveux.

« Ce sont des cadeaux de mes clientes, précisa Marie.  »

Mes yeux se dessillèrent. Je compris alors qu'elle se livrait à un commerce très lucratif où le troc avait une place de choix. En outre, n'avais-je pas entraperçu la veille, quand elle avait ouvert un tiroir pour y prendre des cuillères**, quelque chose que je devinai être des pièces d'or et d'argent qui avaient lui, quand elle avait enfoncé ses doigts dans leur masse fluide avec un jouissement qu'elle tenta vainement de dissimuler. Je crus avoir la berlue. Ni billets, ni menue monnaie. Non, des thalers, des agnels, des hyperpérions, des pistoles, des napoléons, des louis et autres écus sonnants et trébuchants ! Peut-être y avait-il des bijoux. J'en vins à me demander quels services étaient rendus pour mériter de tels présents. Et je commençai à douter de la probité de ma protectrice.

................................................................ 

*Science sans conscience n'est que ruine de l'âme.

 Sublime pensée de notre François Rabelais, dans Pantagruel.

**des cuillères ou des cuillers (même prononciation)

 

NOTES

Écoute bien ceci, me dit-elle...

CECI, CELA, pronoms démonstratifs qui remplacent un groupe nominal, une proposition, une phrase, une idée.

CECI annonce ce qui suit.

Retenez bien ceci : Vous êtes une bête, on ne tirera jamais rien de vous.

CELA résume ce qui précède.

Je vous ai dit ce que je savais. Avez-vous aimé cela ?

 

cela dans un seul dessein, celui de faire le bien

un dessein, un but qu'on s'est fixé.

> Peut-on dire "dans quel but ? dans le but de... " ?

 

agrémenter sa nourriture tout en le revigorant, en le requinquant

requinquer (familier) remettre sur pied, redonner de l'énergie.

 

Infusion, décoction, macération, fumigation.

Si vous avez le moindre doute sur la signification de ces mots, vous pouvez aller faire un tour sur le site du Cnrtl :

> Lexicographie - Centre National de Ressources Textuelles et lexicales

 

comment tirer, grâce à mon alambic, les essences précieuses

Un alambic sert à distiller pour recueillir les huiles essentielles, les alcools...

 

je dus choisir la robe qui me seyait le mieux

SEOIR, verbe défectif.

Cela me sied, cela me va bien, cela me convient. Cela lui seyait, cela lui siéra.

Participe présent :

1-littéraire, séant(e). Bienséant, convenable.

2-Seyant(e) un vêtement seyant, qui va bien.

Participe passé :

sis(e), situé, qui se trouve. S'emploie dans des textes de droit. L'immeuble sis 5, rue de l'Hôtel de Ville. 

S'emploie aussi dans le style littéraire. Le manoir, sis loin du village...

> Les verbes défectifs - Pour peu qu'il vous en chaille !*

 

ce sont des cadeaux de mes clientes

cadeaux, cheveux...

LES NOMS QUI, AU SINGULIER, SE TERMINENT PAR EU, ŒU, AU, EAU FONT LEUR PLURIEL EN X.

Un cheveu, des cheveux, un vœu, des vœux, un essieu, des essieux, un puceau, des puceaux, un matériau, des matériaux, un vaisseau, des vaisseaux, un neveu, des neveux, un boyau, des boyaux...

SAUF un landau, des landaus, un sarrau, des sarraus, un bleu, des bleus, un pneu, des pneus.

> Les noms qui se terminent par au, aux, aus, eau, eaux, eu, eux, eus, oeu, oeux, ou, oux, ous

 

mes yeux se dessillèrent

je vis la réalité telle qu'elle était.

 

Je compris alors qu'elle se livrait à un commerce très lucratif

un commerce qui rapporte de l'argent.

 

avec un jouissement qu'elle tenta vainement de dissimuler

Le mot  jouissement est un HAPAX

Un hapax (le h est muet) ou apax est un mot qu'on ne rencontre qu'une seule fois dans la littérature.

 

Ballade Sappho  - Verlaine (1844-1996)

Ma douce main de maîtresse et d’amant
Passe et rit sur ta chère chair en fête,
Rit et jouit de ton jouissement.
Pour la servir tu sais bien qu’elle est faite,
Et ton beau corps faut que je le dévête
Pour l’enivrer sans fin d’un art nouveau
Toujours dans la caresse toujours prête.
Je suis pareil à la grande Sappho. 

 

Un autre exemple, le Ptyx.

Ptyx, un hapax dont on a longtemps cherché le sens jusqu'à ce que Mallarmé avoue que ce mot n'avait été crée que pour la rime  en -YX !

 

Mallarmé 1842-1898

Ses purs ongles très haut dédiant leur onyx,
L'Angoisse, ce minuit, soutient, lampadophore,
Main rêve vespéral brûlé par le Phénix
Que ne recueille pas de cinéraire amphore

Sur les crédences, au salon vide : nul ptyx,
Aboli bibelot d'inanité sonore,
(Car le Maître est allé puiser des pleurs au Styx
Avec ce seul objet dont le Néant s'honore).

Mais proche la croisée au nord vacante, un or
Agonise selon peut-être le décor
Des licornes ruant du feu contre une nixe,

Elle, défunte nue en le miroir, encor
Que, dans l'oubli fermé par le cadre, se fixe
De scintillations sitôt le septuor.

 

Autres apax :

péripatéticiennement (Balzac) - goinfresse (Scarron) – etc.

> Hapax, mots-valises, mots fantômes et autres mots étranges

 

n'avais-je pas entraperçu quelque chose qu'elle tenta vainement de dissimuler.

L'interrogation est fictive, le point d'interrogation peut être omis.

> Cas où l'on peut omettre le point d'interrogation dans une phrase interrogative

 

quand elle avait enfoncé ses doigts

OU quand elle avait enfoncé les doigts

> Adjectifs possessifs - Emplois particuliers - J'ai mal à la tête ou à ma tête ? Ils ont pris leur chapeau ou leurs chapeaux ? 

 

Et je commençai à douter de la probité de ma protectrice.

Probité, qualité de celui qui est honnête, intègre, incorruptible, probe.

 

<< 21 Délires que l'on pourrait croire sans grandes conséquences -  There's always tomorrow 

>> 23 Délires d'une Marie bien chiche - Le riche avare est semblable à un âne chargé d'or, qui mange de la paille.

 

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10 août 2010 2 10 /08 /août /2010 07:53

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La confiance que j'avais dans le genre humain était telle que, crédule sans être simplette, je m'en serais remise à la pire démone sans m'apercevoir un instant du danger. Ce qui comptait pour moi, c'était qu'on me parlât gentiment, qu'on m'apprît des choses que je ne connaissais point encore ; et ainsi étais-je aveuglée par mon inconscience juvénile jusqu'à me reposer tout entière sur celui ou celle dont la prodigalité me comblait.

 

Après avoir ingurgité une épaisse macrabouillasse* bien faite pour me restaurer, moi qui avais payé de ma personne, je suivis Marie Cratère jusqu'à l'appentis exigu qui jouxtait la misérable chaumière. Un bric-à-brac à faire peur ne m'émut en rien, j'en avais vu d'autres, et je me sentis prête à me coucher sur le grabat peu ragoûtant qui recouvrait la majeure partie de l'espace minuscule. La fatigue me fit m'effondrer de toute ma hauteur, jusqu'à me faire oublier Souci, Sou, Ci et Sissi, auxquels je ne souhaitai pas bonne nuit.

 

À peine avais-je abaissé les paupières que je ne pouvais plus retenir, comme un marin amène les voiles en rentrant au port, qu'un grattement suspect me fit dresser l'oreille, et c'est tout endormie que je soulevai péniblement la planche qui servait de porte pour me trouver nez à groin avec celle qui n'avait pas renoncé à mon amitié. Je me souvins alors que j'avais négligé ma fidèle Sissi et je marmonnai en rechignant quelques bribes inintelligibles pour faire mes excuses, ce qui souligna ma faute plus qu'elle ne l'effaça. Après tout, je n'avais pas de comptes à rendre à cette grosse bête qui me suivait en tous lieux et qui, je le sentais bien, n'allait pas me lâcher si vite. Sissi s'aperçut du dérangement qu'elle occasionnait, mais elle fut tout émotionnée d'entendre que j'avais quelque déférence pour elle. Elle comptait bien sur l'avenir pour rattraper la douce amitié qu'elle avait cru un instant perdue. Le lendemain serait un autre jour**. Elle aviserait selon la tournure que prendraient les événements. Et, tandis qu'elle se morfondait, je voguais, recroquevillée sur ma paillasse, dans l'espace enchanté où me berçait Morphée.

 

La nouvelle lune, toujours fidèle à l'ordre cosmologique, avait escamoté sa face lumineuse. On n'y voyait goutte. Une chouette égarée ne chuinta pas.

....................................................  

*Macrabouillasse, mot du poète haïtien Frankétienne.

 

**There's always tomorrow, Demain est un autre jour. Dernière phrase du film de Victor Fleming Gone with the wind, Autant en emporte le vent (1939) d'après le roman de Margaret  Mitchell.

 

NOTES

crédule sans être simplette, je m'en serais remise à la pire démone

Crédule, qui croit facilement ce qu'on lui raconte.

Crédible, qu'il est tout à fait possible de croire.

Simplette, plus que naïve, comme le nain Simplet.

Le démon, la démone, démoniaque. 

 

Ce qui comptait pour moi, c'était qu'on me parlât gentiment, qu'on m'apprît des choses que je ne connaissais point encore...

parlât, apprît, subjonctif imparfait


jusqu'à me reposer tout entière

tout est ici un adverbe

Ne pas confondre : TOUT adjectif indéfini, pronom indéfini, adverbe variable dans certains cas et substantif

 

aveuglée par mon inconscience juvénile

juvénile, qui se rapporte à la jeunesse.

 

celle dont la prodigalité me comblait

prodigalité, qualité de celui qui est prodigue, généreux, mais aussi, qui dépense trop.  

L'Enfant Prodigue (parabole évangélique) a dilapidé sa part d'héritage qu'il avait réclamée à son père. Celui-ci lui pardonne et fête son retour. Merveilleux exemple de l'amour paternel, reflet de l'amour divin, selon les chrétiens.

 

l'appentis exigu qui jouxtait la misérable chaumière

exigu, exiguë

jouxter, être attenant, proche.

 

je me sentis prête à me coucher sur le grabat

un grabat, un lit misérable (de grabataire / malade)

 

À peine avais-je abaissé les paupières que je ne pouvais plus retenir, comme un marin amène les voiles en rentrant au port

Une figure de style, LA COMPARAISON.

 

cette grosse bête qui me suivait en tous lieux

Homonymes - lieu lieue...

Un lieu (des lieux) un endroit. 

Une lieue (des lieues) 4 kilomètres, ancienne mesure. 

Une lieue marine, 4 milles marins. 20 000 lieues sous les mers, roman de Jules Verne.

Le lieu (les lieus) le colin, poisson.

 

Elle fut tout émotionnée

tout adverbe invariable sauf exception

> Ne pas confondre : TOUT adjectif indéfini, pronom indéfini, adverbe variable dans certains cas et substantif

ÉMOTIONNER & ÉMOUVOIR

Émotionner, émotionné, familier, implique un choc, une perturbation.

Émouvoir, ému, moins démonstratif qu'émotionner. Se rapporte à quelque chose qui touche le coeur, qui rend triste.

 

j'avais quelque déférence pour elle

une certaine déférence

déférence, attitude qui marque le respect.

 

l'espace enchanté où me berçait Morphée

Morphée, dieu du sommeil, fils d'Hypnos, lui-même frère de Thanatos, voir note du texte 1.

 

La nouvelle lune, toujours fidèle à l'ordre cosmologique, avait escamoté sa face lumineuse.

C'est une LAPALISSADE !

Figure de style qui vaut ce qu'elle vaut !

La nouvelle lune est sombre, invisible ; la face que voient les Terriens n'est pas éclairée par le soleil, contrairement à la pleine lune qu'on voit tout entière. Entre les deux, des croissants de lune qui croissent ou décroissent. Si le croissant de lune a la forme d'un D, elle croît, s'il a la forme d'un C, elle décroît (moyen mnémotechnique = pour s'en souvenir). D'où l'affirmation : "La lune est une menteuse".

Cf.   Le film Se souvenir des belles choses.

 

On n'y voyait goutte, on n'y voyait pas.

Ne... goutte, adverbe de négation

voir >Je ne marche pas, je ne vois point, je ne mange mie, je ne bois goutte

Ne pas oublier le N' qui accompagne l'adverbe de négation. On ne l'entend pas précisément et on peut le confondre avec la liaison qui suit le ON.  

On n'y / on y, même son.

 

<< 20 Délires d'une laie toute laide à force d'être jalouse –"Jealousy is a green-eyed monster."

>> 22 Délires éthiques -"Science sans conscience n'est que ruine de l'âme."

 

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10 août 2010 2 10 /08 /août /2010 07:26

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C'était sans compter Sissi qui s'était morfondue dans l'attente de mon retour. Quand elle m'aperçut, comme j'étais radieuse, exultant de joie d'avoir cueilli les herbes que je rapportais chez Marie Cratère, quand elle entendit les explications que, jeune novice, j'avais écoutées avec une attention toute particulière, quand elle me regarda disposer avec soin mes précieuses trouvailles, puis, quand elle me vit glisser lentement dans l'eau fraîche, et barboter, et m'ébrouer avec délices, le corps diaphane et écumant, quand enfin je revêtis ma chemise toute parfumée de lavande, la laie éblouie sentit son thorax se resserrer jusqu'à l'étouffer, son coeur battre la chamade et, malgré qu'elle en eût, une secrète rage l'envahir.

 

Elle aurait voulu me crier qu'elle ne consentait pas que la vieille s'emparât de moi. Elle seule, Sissi, pouvait me comprendre et m'aimer. Mais elle était une bête, noire et sauvage, qui sentait le plus souvent la charogne, et, bien qu'elle ressentît au fond du coeur quelque humanité, comment aurait-elle rivalisé avec Marie la sorcière qui savait si bien ensorceler ?

Elle ne pouvait avouer son amour, elle aurait craint que je ne me risse d'elle. Et elle se remémora les instants si précieux qu'elle avait passés ces dernières heures, où je m'étais laissé aller aux confidences comme si nous eussions été des amies de longue date. La passion l'avait prise dans ses rets. Non, elle ne renoncerait pas à laisser la place.

 

Et, un moment après, la voilà qui me guettait, éperdue, alors que je m'affairais dans la masure toute réchauffée par la soupe qui mijotait et clapotait dans le chaudron suspendu dans l'âtre. Je bavardais, inconsciente du drame qui se jouait là, tout près de moi, sans voir le groin humide collé à la fenêtre, et les petits yeux vifs qui me dévisageaient.

  ............................................................................   

*"O, beware, my lord, of jealousy ; It is the green-eyed monster which doth mock. The meat it feeds on."

William Shakespeare, Othello 

"Attention, monseigneur, à la jalousie ; c'est le monstre aux yeux verts qui tourmente la proie dont il se nourrit."

 

NOTES

comme j'étais radieuse

LES ADJECTIFS QUALIFICATIFS SE TERMINANT PAR EUX S'ECRIVENT EUX (féminin euse)

précieux, douloureux, calamiteux, faramineux, capiteux...

SAUF bleu (bleue, bleus), hébreu (hébraïque).

Feu dans le sens de décédé récemment, (feu, feus, feue, feues). Invariable, Feu Monsieur, Feu Madame.

Varie lorsque l'adjectif est placé entre le déterminant et le nom, la feue Princesse d'York, les feus enfants du Roi.

> Ne pas confondre : feux et feus – sensé et censé – chaos et cahot – efficace et efficient – émotionné et ému - bruire et bruisser

Attention ! Les substantifs se terminant par EU ne prennent pas forcément un X au singulier : adieu, aveu, bleu, camaïeu, cheveu, essieu, émeu, feu, hébreu, enjeu, jeu, lieu, neveu, pieu, voeu...

 

quand elle me vit... barboter

VERBES SE TERMINANT PAR OTER, UN SEUL T.

barboter, clapoter, papoter, roter, chuchoter, tapoter, siroter...

SAUF ballotter, botter, calotter, carotter, crotter, culotter, frisotter, flotter, frotter, garrotter, grelotter, marmotter, trotter.

Voir sur Mots et sons : études grapho-phonétiques

> https://sites.google.com/site/motsetsons/verbes-en--otter

Il existe (ou existait) 28 verbes en -otter.

La réforme de 1990 par souci de cohérence avec les 90 verbes en -oter préconise de supprimer un t... sauf pour les verbes qui sont de la famille d'un mot en -otte.(Ajoutons cette incohérence : un fayot (= celui qui fait du zèle pour se faire bien voir),

la laie éblouie sentit son thorax se resserrer et, malgré qu'elle en eût, une secrète rage l'envahir.

QUELQUES MOTS OÙ L'ON TROUVE TH : thorax, thym, anthracite, anthropophage, athée, chrysanthème, asthme, isthme, posthume, mythologie, térébenthine, jacinthe, rythme, pléthore, etc.

Malgré qu'elle en eût, malgré qu'elle en ait, malgré elle.

L'expression littéraire malgré que j'en aie signifie malgré moi, malgré mes réticences. La personne et le temps peuvent varier : malgré qu'on en ait, malgré qu'il en eût etc.

- L'emploi de MALGRÉ QUE est critiqué. On l'entend souvent dans la langue parlée,

à éviter.

Et pourtant des écrivains comme André Gide, Marcel Proust, George Sand et d'autres encore ont employé malgré que. "J'ai la tête froide malgré qu'on en dise."  George Sand

On peut rapprocher malgré que de quoi que, quoi qu'on en dise.

L'expression synonyme en dépit que j'en aie est très rare.

Voir : Malgré que + indicatif, subjonctif ou conditionnel, quel mode choisir ? 

Malgré est une préposition qui introduit un groupe nominal. elle marque la concession, l'opposition.

Malgré les efforts, il n'arrivait pas à se dominer.

Bien qu'il fît des efforts, il n'y arrivait pas.

Synonyme : en dépit de

Malgré moi, à mon corps défendant.  

Pour en savoir plus sur la CONCESSION, voir les emplois du subjonctif

 

bien qu'elle ressentît au fond du coeur quelque humanité

> Bien que, locution conjonctive suivies d'une idée de concession, d'opposition.

Le verbe est au subjonctif.

 

comme si nous eussions été des amies de longue date

Subjonctif plus-que parfait après la locution conjonctive > Comme si

comme si nous avions été des amies de longue date 

Voir l'article sur les conjonctions de subordination

 

comment aurait-elle rivalisé avec Marie la sorcière qui savait si bien ensorceler

Ensorceler : voir note du texte 12, j'ensorcelle, j'ensorcelais, ensorcellement, ensorcelant, ensorceleur.

 

Je m'étais laissé aller aux confidences

le participe passé laissé est invariable lorsqu'il est suivi d'un infinitif.

Voir : L'accord problématique des participes passés FAIT et LAISSÉ - Ils se sont fait ou faits / Elle s'est fait ou faite / Ils se sont laissé ou laissés...  

 

La passion l'avait prise dans ses rets.

Prendre dans des rets, prendre dans un piège, comme dans un filet.

 

je m'affairais dans la masure toute réchauffée par la soupe

TOUT : Tout feu tout flamme, tout yeux, tout oreilles, tout ouïe, un vêtement tout laine, tout soie.

Pour en savoir + sur tout

> Ne pas confondre : TOUT adjectif indéfini, pronom indéfini, adverbe (variable dans certains cas) et substantif

 

<< 19 Délires de la vieille Marie toute bouleversée -" L'amour n'a point d'âge : il est toujours naissant."

>> 21 Délires que l'on pourrait croire sans grandes conséquences - There's always tomorrow

 

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8 août 2010 7 08 /08 /août /2010 17:55

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Comme Marie Cratère était satisfaite de l'aménité et de l'application à lui plaire dont je faisais preuve, elle s'émut et se mit à me regarder, en sentant doucement les larmes lui venir aux yeux. Un élan de compassion et de tendresse la submergea, sans qu'elle pût rien faire pour calmer ses transports qui l'étonnèrent même, elle qui d'ordinaire ne laissait point son coeur s'amollir. C'est alors qu'elle prit pitié de moi en me voyant accoutrée des hardes qui me souillaient et elle me proposa de me laver d'abord puis de me vêtir décemment. Elle trouverait bien quelques fripes suffisamment convenables.

 

« Prends ces saponaires et trempe-toi dans l'auge devant la porte. Fais mousser et décrasse-toi. Comment diable est-il possible qu'on puisse empester de la sorte ? »

 

Si grand était son désir de solitude qu'il lui fallut se faire violence pour envisager que je restasse chez elle pour un temps. Combien de temps, elle ne le savait point encore, mais elle sentait bien que ses vieux jours lui pesaient, et, sans se l'avouer clairement, elle éprouva une certaine douceur à imaginer que je voudrais bien demeurer auprès d'elle, être la fille qu'elle n'avait jamais eue, et ainsi pourrait-elle se laisser aider et seconder dans ses tâches quotidiennes. Mais elle pressentait obscurément qu'il n'était pas dans ma nature de rester sédentaire, et elle s'efforcerait de me persuader, sinon de me convaincre, afin de me garder le plus longtemps possible car mes qualités l'avaient séduite de prime abord. Ne craindrait-elle pas que bientôt elle ne pût plus se passer de moi ?

Il en est des penchants comme des aversions. On ne les explique pas tout à fait. Comme l'or et le plomb s'unissent par sympathie, elle alla jusqu'à espérer qu'il en serait ainsi pour moi et pour elle-même, la vieille Marie Cratère.

 

Lorsque je revins de faire mes ablutions°, vêtue de la chemise immaculée qu'elle m'avait donnée, Marie trembla de me voir si jolie.

« En voilà une qui n'est pas piquée des hannetons°, pensa-t-elle. »

....................................................... 

*L'amour n'a point d'âge : il est toujours naissant.

Discours sur les passions de l'amour, Blaise Pascal 

 

NOTES

Un élan de compassion et de tendresse la submergea sans qu'elle pût rien faire...

MOTS SE TERMINANT PAR TION OU SSION  

Les mots se terminant par assion/ation font ation sauf passion et compassion. 

Les mots se terminant par ession/ etion font ession sauf accrétion, concrétion, délétion, discrétion, excrétion, hypersécrétion, hyposécrétion, indiscrétion, neurosécrétion, réplétion, sécrétion, sujétion, 

Un seul mot se termine par ition, dormition. Tous les autres font ission. 

Les mots se terminant par ussion/ution font ution sauf concussion, discussion, fidéjussion, jussion, percussion, répercussion.

SANS QUE, locution conjonctive suivie du subjonctif

SANS a une valeur négative, nul besoin de le faire suivre de NE.

Cependant NE est facultatif. Littré ne l'admet pas.

... sans qu'elle ne pût rien faire.

Pour en savoir + : Sans que

 

EMPLOIS DU SUBJONCTIF

Quand la proposition principale comporte Il faut, il est nécessaire, il se peut que, il convient, il est possible...

Est-il possible qu'on puisse empester de la sorte ?

Il se peut qu'elle vienne à point nommé. Il n'était pas convenable qu'il fît cela.

Après une proposition principale comportant un verbe exprimant un sentiment (le désir, la volonté, le doute, la crainte) le verbe de la sub. introduite par que est au subjonctif.

Ne craignait-elle pas que bientôt elle ne pût plus se passer de moi ?

Je veux qu'elle vienne.

J'exige que tu sois attentif.

J'interdis qu'elles sortent.

Je crains bien que tu n'aies rien compris à cette histoire.

Je doute qu'il me croie.

Cas particulier: le verbe espérer

Elle alla jusqu'à espérer qu'il en serait ainsi pour moi

On doit dire : j'espère qu'il viendra ce soir (futur de l'indicatif) OU BIEN j'espérais/ j'aurais espéré qu'il viendrait/ serait venu ce soir-là (conditionnel à valeur de futur du passé)

Mais on a le subjonctif après espérer (à l'impératif négatif, après une principale interrogative ou négative)

Voir : Espérer que - J'espère que, je n'espère pas que, espérez-vous que

Pour en savoir +

>> Voir : Valeurs et emplois du subjonctif

 

Prends ces saponaires et trempe-toi dans l'auge devant la porte

Une saponaire, plante qui donne de jolies petites fleurs roses parfumées. Elle mousse comme du savon quand on la frotte avec de l'eau, d'où son nom.

Mots de la même famille (savon) saponifier, saponification, saponine.

 

Elle s'efforcerait de me persuader sinon de me convaincre

PERSUADER & CONVAINCRE

Persuader se rattache au coeur, convaincre, à la raison. On convainc avec des arguments irréfutables et l'on persuade en faisant appel aux sentiments et à l'inconscient de son interlocuteur.

La publicité, par exemple, persuade le consommateur sans pour autant avoir besoin de le convaincre.

> De la rhétorique - De l'éloquence - De la langue de bois - Des périphrases - Appeler un chat un chat

 

mes qualités l'avaient séduite de prime abord

de prime abord, au premier abord, dès l'abord.

 

lorsque je revins de faire mes ablutions

Faire ses ablutions, se laver. Se purifier. Autrefois cette expression était réservée à un contexte religieux. Le prêtre faisait une ablution après la communion, il se rinçait les doigts après avoir touché l'hostie.

Différent de ablation, faire une ablation, enlever, exciser, amputer.

ablutions & ablation : Paronymie et paronamase + QUIZ 27

 

Elle n'est pas piquée des hannetons = elle n'est pas piquée des vers.

C'est une belle jeune fille, solide et fraîche, pas comme le bois vermoulu, ni comme les feuilles piquées par les hannetons.

 

<< 18 Délires sur une cueillette aromatique et médicinale. Ecrire les nombres sans fautes

>> 20 Délires d'une laie toute laide à force d'être jalouse « Jealousy is a green-eyed monster »

 

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8 août 2010 7 08 /08 /août /2010 16:47

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Je m'en étais allée toute contente. Je revins, ravie. Le large panier rempli exhalait une débauche de parfums. Sur les conseils de Marie, je disposai avec soin les herbes généreuses sur la grande table d'une chambre fraîche et ventilée. On en eût compté plus de cent variétés. Au fur et à mesure que se déroulait ce travail minutieux qu'accompagnaient les subtiles senteurs, Marie énumérait les noms comme des mélodies pleines de promesses.

 

« Vois la gentiane au suc amer, la prêle à collerette, la camomille romaine, la bardane aux capitules crochus, l'aunée et l'achillée* millefeuille, la sauge officinale, le thym et le serpolet, la mauve et la guimauve, la reine-des-prés, la chélidoine1 qu'on appelle aussi grande éclaire, l'ortie blanche, le pissenlit ou dent-de-lion, la timide violette et la capucine orangée, le cresson poussé près de la source, le basilic et le romarin. Va chercher dans le jardin, derrière la maison, la sarriette et quelques feuilles du laurier-sauce que tu ne devras utiliser que séchées, entends-tu, que séchées. Et l'ail et l'oignon et le persil, les indispensables pour maintenir une excellente santé. Je t'apprendrai quoi hacher, quoi concasser, quoi écraser, quoi râper... Mais que vois-je ? Quel bouquet est-ce là ? Des digitales, ma fille ! Va-t'en sans délai me jeter ces fleurs empoisonnées ! 

Elles sont si belles, Marie, si belles pourtant. Quel plaisir de les contempler !

Apprends donc, innocente, qu'on ne doit jamais se fier aux apparences. Vierge folle2, ne sais-tu pas que la sagesse n'est autre chose que la science du bonheur3 ? »

..................................................................... 

1-Le ch se prononce [k] dans achillée et chélidoine.

>Mots difficiles à prononcer - Risques de fautes de prononciation et d'orthographe - antienne, patio, argutie, cation, kantien, varech, pers, handicap ...

2-Allusion biblique : les Vierges Folles et les Vierges Sages 

3-La sagesse n'est autre chose que la science du bonheur. Diderot 

 

NOTES 

Je m'en étais allée toute contente.

Mieux que Je m'étais en allée (incorrect)

Je m'en suis allée. Nous nous en sommes allés. Ils s'en seront allés.

> La place de Y et de EN dans la phrase. Vous recherchez des difficultés dans cet exercice ? Vous finirez bien par Y EN trouver. + QUIZ 67

 

Le large panier rempli exhalait une débauche de parfums

EX-EXH LES MOTS COMMENCANT PAR EX NE PRENNENT PAS DE H. Voir note du texte 9.

exister, exciter, exercer, exalter, exulter, exaucer...

SAUF exhaler, exhausser (surélever), exhiber, exhorter, exhumer. 

Une débauche de parfums,  une grande quantité, une abondance de parfums.

 

Vois la gentiane... va chercher... apprends donc...

L'IMPERATIF présent des verbes du premier groupe et de quelques- uns du troisième qui se terminent par un e muet, ne prend pas de s à la première personne.

Sache-le, aime, chante, danse, cueille les roses de la vie.

Pour les autres verbes, on a un s.

Viens, cours, attends, plains-toi.

EXCEPTIONS Va, aie.

MAIS, va-t'en, vas-y, pour raison d'euphonie.

Va, cours, vole, et nous venge ! (Le Cid)

À la forme négative. Ne pars pas, ne crie pas, n'obéis pas.

Impératif passé. Sois revenue avant cinq heures et aie fini ton travail quand j'arriverai., ma fille.

 

On en eût compté plus de cent variétés

eût compté, subjonctif plus que parfait à valeur de conditionnel passé (2e forme) On en aurait compté.

LES ADJECTIFS NUMÉRAUX CARDINAUX. Un, deux, trois...

Les mille parfums. Les quatre vérités. Les cent recommandations. 

MILLE, invariable, sauf le nom, les milles marins. Année mil (ou mille) neuf cent quatre-vingts, ou deux mille onze. Il s'écrit mil dans les dates lorsqu'il est suivi d'un nombre.

Des mille et des cents. 

CENT et VINGT prennent un s lorsqu'ils sont à la fois multipliés par un nombre qui les précède et non suivis d'un nombre.

Cent, cent trois, deux cents, deux cent trente-quatre, cinq mille deux cents, trois cent mille, puisque mille est adjectif numéral.

Mais deux cents millions, puisque million est un nom. Idem pour quatre cents milliards.

Vingt, vingt et un (pas de trait d'union), quatre-vingts, quatre-vingt-deux. Quatre-vingt-quinze. Invariable quand il suit cent et mille. Mille vingt, cent vingt. Quatre-vingts millions, quatre-vingts milliards.

Si quatre-vingt est employé comme ADJECTIF NUMÉRAL CARDINAL (=quatre-vingtième), il ne prend pas de s. Page quatre-vingt (=quatre-vingtième page). Article quatre-vingt.

ON NOTERA LA PLACE DES TRAITS D'UNION DANS TOUS LES EXEMPLES.

Pour en savoir + lire l'article :

Savoir orthographier les adjectifs numéraux cardinaux (cent ou cents, vingt ou vingts...) + des millions, des milliards, des billions + Une réflexion sur "les liaisons dangereuses" de Michel Serres

 

<< 17 Délires autour de ma soif de connaissances -Ho ! vous en voulez trop savoir.*

>> 19 Délires de la vieille Marie toute bouleversée -" L'amour n'a point d'âge : il est toujours naissant."

 

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8 août 2010 7 08 /08 /août /2010 16:01

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 C'est alors que Marie Cratère nous invectiva.

« Je vous vois là bien hardies2, femelles, à vous approcher de la pestiférée, de la lépreuse, du suppôt de Satan – des épithètes toutes charmantes dont on m'affuble sans vergogne. Mais peut-être me trompé-je sur vos intentions. Venez-vous pour me caresser dans le sens du poil ou pour m'insulter ostensiblement ? À qui donc ai-je affaire ? »

 

Moi qui, on me connaît, n'avais pas la langue dans ma poche, je ne voulus pas tergiverser, et lui répondis tout de go, en des termes choisis pour lui plaire.

N'avais-je pas appris de Sissi la commère les dons de la vieille qui ne refusait jamais de venir en aide à ses semblables quand ils avaient épuisé les effets inefficaces des remèdes allopathiques. Pour tout dire, j'étais là pour devenir son élève si tant est que la savante recluse voulût bien accepter de m'enseigner les rudiments de son art.

 

« Tout doux, ma belle, me répondit-elle. Quand je t'aurai appris les vertus émollientes, adoucissantes, calmantes, diurétiques, stimulantes, vomitives, aphrodisiaques, dépuratives, fébrifuges, antiseptiques, sudorifiques, astringentes, antispasmodiques, antitussives, toniques, digestives, laxatives et apaisantes des plantes, tu voudras en savoir davantage et me demanderas le nom des vénéneuses.

C'est bien mal me connaître. Prends-moi quelques jours chez toi, n'aie pas peur, je serai docile et silencieuse comme un agneau3. »

 

Marie Cratère mesura les accents de ma sincérité, et consentit à me faire confiance. Elle me proposa sur le champ d'aller cueillir les herbes bénéfiques, par monts et par vaux, en parcourant l'adret et l'ubac des montagnes, de grappiller au creux des vallons, en traversant les vastes prairies parsemées de ronds de sorcières. Et nous nous en allâmes ainsi, côte à côte, à la recherche des végétaux précieux dont on tirerait toute la quintessence.

 

La laie renonça à la course et proposa un somme à ses petits qui s'étaient déjà lovés dans son giron. 

............................................................ 

*1 (titre) - Ho ! vous en voulez trop savoir !

Luc de Clapiers, marquis de Vauvenargues, écrivain, moraliste, essayiste, 1715 - 1747.

Il nous a donné aussi la célèbre maxime : 

Pour exécuter de grandes choses, il faut vivre comme si on ne devait jamais mourir.

Cet aimable marquis nous a quittés à l'âge de trente-deux ans en nous laissant de belles pensées.

2-Je vous vois là bien hardies - hardi, h aspiré, pas de liaison. La hardiesse.

3-je serai docile et silencieuse comme un agneau. cf. Le Silence des Agneaux, The Silence of The Lambs, roman de Thomas Harris adapté au cinéma par Jonathan Demme en 1991.

 

NOTES

des épithètes toutes charmantes dont on m'affuble sans vergogne

une épithète substantif féminin

tout adverbe exceptionnellement variable 

Ne pas confondre : TOUT adjectif indéfini, pronom indéfini, adverbe variable dans certains cas et substantif

sans vergogne, sans honte

 

Peut-être me trompé-je (ou me trompè-je)

verbe se tromper au présent de l'indicatif, avec le sujet je inversé.  

C'est un peu fort ! m'exclamé-je, /s'exclame-t-il.

Remarque sur l'inversion du sujet je avec un verbe au présent de l'indicatif

me trompé-je / m'exclamé-je

me trompè-je, m'exclamè-je (forme rare) 

Le Conseil supérieur de la langue française a recommandé en 1990 de remplacer é par è. L’Académie admet cette proposition.

Voir l'article eussé-je, eussè-je, fussé, fussè-je, fût-ce, fussent-ils...

 

Venez-vous pour me caresser dans le sens du poil ou pour m'insulter ostensiblement ?

Ostensible, que l'on montre ouvertement

 

À qui donc ai-je affaire ?

Voir l'article > Avoir affaire ou avoir à faire ? Les affaires, une affaire de coeur, j'en fais mon affaire, je lui ai fait son affaire, une ténébreuse affaire, faire le bizness... 

 

quand ils avaient épuisé les effets inefficaces des remèdes allopathiques

Allopathie, médecine classique (différente de l'homéopathie et des médecines douces)

 

j'étais là pour devenir son élève si tant est que la savante recluse voulût bien accepter de m'enseigner

ou

si tant est qu'elle voulait bien accepter...

Si tant est que, locution conjonctive qui exprime une supposition mais elle est douteuse.  

Subjonctif ou indicatif après si tant est que 

 Voir l'article > Si  

 

par monts et par vaux, en parcourant l'adret et l'ubac des montagnes, à grappiller au creux des vallons

Par monts et par vaux. Vaux ou vals pluriels de val. 

L'adret et l'ubac, le versant au soleil et celui de l'autre côté. 

Grappiller, cueillir de petites choses (vient de grappe).

 

des végétaux précieux dont on tirerait toute la quintessence.

La quintessence, principe essentiel d'une substance.

 

ses petits qui s'étaient déjà lovés dans son giron

Se lover, s'enrouler sur soi-même.  

Le serpent se love.

lover, ployer en rond.

Lover un câcle.

 

L'ACCORD DES PARTICIPES PASSÉS

DES VERBES PRONOMINAUX

 

 A- Les participes passés des verbes pronominaux de sens réfléchi et ceux de sens réciproque suivent la même règle d'accord que les verbes conjugués avec l'auxiliaire AVOIR, ils s'accordent avec le COD (le complément d'objet direct) s'il y a un COD et s'il est placé avant.

 

1-Pronominaux de sens réfléchi

 Les petits s'étaient lovés dans son giron.

Ils avaient lové qui ? se qui est le pronom réfléchi représentant les petits. (eux-mêmes)

Elle s'est piquée. Elle a piqué qui ? se (elle-même)

Elle s'était regardée dans la glace.

Elle avait regardé qui ? se (elle-même)

 

2- Pronominaux de sens réciproque

Paul et Virginie se sont tant aimés (l'un l'autre).

 Paul a aimé Virginie et Virginie a aimé Paul.

Nous nous sommes regardés avec un air entendu.

Je l'ai regardé et elle m'a regardée.  

Nous nous sommes regardées. (si nous est féminin)

 

ATTENTION !

Elle s'est piqué le doigt.

COD placé après, pas d'accord.

Ils se sont donné des coups. Idem.

Scarlett et Rhett se sont parlé, ils se sont souri, ils se sont causé, ils se sont menti.

Pas d'accord.

Se n'est pas un COD mais un COI, un complément d'objet indirect.  

Scarlett a parlé à Rhett et Rhett a parlé à Scarlett donc pas d'accord.

 

SE SUCCÉDER

Ils se sont succédé de père en fils. SE est COI

 

B- L'accord des participes passés des verbes pronominaux se fait AVEC LE SUJET lorsque ce sont des verbes pronominaux subjectifs.

-soit essentiellement pronominaux, ils n'ont aucun sens sans le SE.

s'emparer,  s'esclaffer, s'escrimer, se gargariser, se gausser, s'insurger etc.

Les ennemis se sont emparés de la forteresse.

 

-soit des verbes pronominaux dont le SE fait partie intégrante du verbe, ces verbes qui ne sont ni réfléchis ni réciproques parce que le sujet ne fait pas l'action sur lui-même mais qui existent dans un autre sens en tant que verbe non pronominal comme s'apercevoir, se douter, se taire, se plaindre, se prévaloir, etc.

 Elle s'est doutée de quelque chose, elle s'est aperçue de son erreur, ils se sont rendus à l'évidence, nous nous sommes piqués au jeu, etc. 

 

C- Les verbes pronominaux de sens passif s'accordent avec le sujet.

Les pommes se sont bien vendues cette année.

Elles ont été bien vendues, on les a bien vendues.

 

D- Cas particuliers

Certaines locutions verbales pronominales n'ont jamais l'accord du participe passé.

 Ex : se faire mal, se faire tort, se faire justice, se rendre compte, se donner rendez-vous...

Elle ne s'est rendu compte de rien.

Ils se sont donné rendez-vous.

> Les compléments d'objet directs sont placés après le participe passé.

 

ATTENTION. Les participes passés de se plaire(à), se déplaire (à), se complaire (à), se rire (de), se jouer (de), sont invariables.

Ils se sont joué de nous. Elles s'étaient ri de vous. Elle s'est plu à me faire enrager. 

 

Pour en savoir plus, lire les articles :

>L'accord des participes passés

>Qu'est-ce qu'un verbe pronominal ? QUIZ 32 sur l'accord des participes passés des verbes pronominaux - Cas particuliers.

>QUIZ 26 sur l'accord des participes passés 

Récapitulation des articles sur l'accord des participes passés
 

<< 16 Délires sur la recherche intempestive d'un havre -"Nous ne sommes pas nés seulement de notre mère. La terre aussi est notre mère*"

>> 18 Délires sur une cueillette aromatique et médicinale. Écrire les nombres sans fautes

 

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7 août 2010 6 07 /08 /août /2010 08:31

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À peine avions-nous fini de sécher nos larmes, si grande avait été notre émotion, que Sissi, ne perdant pas le nord°, revint à sa pensée première, celle de me trouver un toit, coûte que coûte. Elle me suggéra de rencontrer l'une de ses connaissances d'une personnalité peu commune, me confia-t-elle, et qui n'était autre que Marie Cratère, la sorcière, qu'on appelait ainsi par crainte de croiser son regard aigu et rougeoyant, comme si le feu de l'enfer allait faire éruption, alors qu'elle n'aurait pu agresser une mouche — tout au moins Sissi le croyait-elle jusque-là. Mais il en est ainsi des réputations ; elles se font, pour peu qu'on ait besoin d'un bouc émissaire, et ce serait un calvaire de vouloir les défaire.

 

« Je l'ai vu cueillir mille fois des herbes inconnues, dit mon amie toute frissonnante. Elle connaît l'art de confectionner des potions, des philtres et des onguents mystérieux. »

 

Or donc, nous approchâmes d'une habitation vétuste et solitaire et guettâmes la propriétaire. Nous l'aperçûmes à quelques pas de là qui ramassait des herbes dont nous n'avions jamais eu l'usage et dont elle seule connaissait le secret. On disait qu'elle tenait cette science de Paracelse1 lui-même, qu'elle avait rencontré dans des temps très anciens puisque, comme le Comte de Saint-Germain2, elle n'avait pas d'âge.

 

« Holà, Madame Marie ! criai-je sans me laisser impressionner. Que collectez-vous donc là qui vaille la peine ?

 Je cueille... » dit la vieillarde, sans s'étonner qu'on l'interpellât de façon aussi cavalière, alors que d'ordinaire elle était fuie comme la peste, excepté dans certaines circonstances particulières que nous verrons tout à l'heure... « je cueille, continua-t-elle, ce que Dame Nature veut bien me prodiguer. »

 

Je me piquai de curiosité et voulus en savoir davantage.

...................  

1-Le titre : Nous ne sommes pas nés seulement de notre mère.

La terre aussi est notre mère

Qui pénètre en nous jour après jour

Avec chaque bouchée que nous mangeons

Paracelse

Paracelse, de son nom suisse Theophrast Bombast von Hohenheim, en latin Philippus Areolus Theophrastus Paracelsus (vers 1493-1541) était un médecin passionné d'alchimie. Il affirmait que le corps humain, le microcosme, correspondait à l'univers, le macrocosme.

 

2-Le comte de Saint-Germain, en France entre 1750 et 1570, éveillait la curiosité par ses contes peu ordinaires et sa pratique du spiritisme. Il disait qu'il vivait déjà à l'époque de Jésus Christ.

 

NOTES

La recherche intempestive d'un havre

Intempestif, (dans le titre) qu'il ne convient pas de faire à ce moment-là, imprévu.

Il entra dans la chambre de façon intempestive et nous surprit. Ciel !

 

Sissi, ne perdant pas le nord...

Ne pas perdre le nord°, garder son sang-froid.

Perdre le nord°, perdre la tête, être déboussolé.

 

dit mon amie toute frissonnante

elle connaît l'art de confectionner des potions, des philtres

VERBES SE TERMINANT PAR ONNER. ILS PRENNENT 2N

affectionner, frissonner, collectionner, impressionner, pardonner. .

SAUF détoner (explosion), s'époumon(n)er, ramoner, téléphoner, prôner, trôner.

Voir la note des Délires n°63, dérivés des mots se terminant par on. 

Un philtre, breuvage magique destiné à inspirer l'amour.

À ne pas confondre avec un filtre qui permet de filtrer.

 

par crainte de croiser son regard aigu et rougeoyant

Aigu, aigus, aiguë, aiguës, le tréma n'est pas sur le U, même chose pour ambigu, exigu, contigu. ambiguë, contiguës etc.

La nouvelle orthographe donne aigu, aiguë, etc.

Réforme de l'orthographe - L'orthographe recommandée aux enseignants - Lexique Com

 

Rougeoyer, engageant, arrangeait, neigeant, ne pas oublier le E après G.

 

comme si le feu de l'enfer allait faire éruption

PARONYMES, éruption, irruption. On dit faire irruption, ici une petite liberté d'homophonie avec faire éruption. En référence au volcan. Ne s'appelle-t-elle pas Marie Cratère ?

Pour en savoir plus sur les paronymes, voir l'article Paronymes et Paronomase et faites le quiz.

 

pour peu qu'on ait besoin d'un bouc émissaire

Pour peu que, locution conjonctive de condition

AUTRES CONJONCTIONS CONDITIONNELLES si, au cas où, à condition que, à supposer que, en admettant que, à moins que, si tant est que, soit que... soit que...

Voir L'article sur le subjonctif.

Un bouc émissaire, personne sur laquelle on fait retomber les fautes des autres. (Vient du bouc choisi dans la tradition hébraïque et sur lequel pesaient toutes les fautes)

L'ALLITERATION est la répétition du même son qui doit produire un effet. Cratère, sorcière, enfer, émissaire, calvaire, défaire. Puis solitaire, propriétaire.

Le son [r] n'est jamais de bon augure !

 

que collectionnez-vous là qui vaille la peine

subjonctif dans une proposition subordonnée relative qui comporte une idée de conséquence.

 

Holà ! Interjection

1- sert à appeler quelqu'un

2- sert à tempérer. Holà ! Pas si fort !.

3- Nom masculin. Mettre le holà, mettre fin.

 

d'ordinaire elle était fuie comme la peste

Fuir - S'enfuir

intransitif, je fuis

pronominal, s'enfuir, je m'enfuis

transitif, je les ai fuies, ces bêtes immondes,

et à la forme passive, elle était fuie (on la fuyait).

 

Je voulus en savoir davantage > plus.  

Donnez m'en davantage.

À ne pas confondre avec d'avantage (un avantage, un intérêt).

Je n'ai pas d'avantage à faire un effort.= Cela ne m'apporte rien. OU BIEN  Cela ne me rapporte rien.

Ne pas confondre : davantage, d'avantage...

 

Je cueille ce que Dame Nature veut bien me prodiguer

Cueillir, cueillette, UE au lieu de EU pour avoir le son [k].

Comme écueil, orgueil, recueillir...

 

ACCORD DU PARTICIPE PASSÉ EMPLOYÉ AVEC AVOIR

ET SUIVI D'UN INFINITIF 4 cas.

 

1- Je l'ai vue cueillir des herbes.  

Le participe passé s'accorde avec le complément d'objet direct placé avant si ce complément d'objet direct fait l'action de l'infinitif.  

l' c'est-à dire la sorcière. la sorcière a cueilli des herbes.

 

2- Voici les herbes que j'ai vu cueillir.

Ici, le participe passé. ne s'accorde pas parce que le complément d'objet direct que (les herbes) ne fait pas l'action de l'infinitif.  

Les herbes ont été cueillies.

Autres exemples :

Les fruits que j'ai vus mûrir sont délicieux.

Les fruits que j'ai vu manger n'étaient pas assez mûrs.

Ces petites filles, je les ai entendues crier.

Les spectateurs d'hier soir, je les ai vus applaudir avec enthousiasme. (ils ont applaudi)

 

3- Le participe passé FAIT suivi d'un infinitif est invariable

Elle s'est fait couper les cheveux. Ils se sont bien fait avoir.

 

4- Si l'infinitif est précédé d'une préposition, règle générale, le participe passé s'accorde avec le COD placé avant.

Ce sont les livres que je t'ai donnés à lire.

Elle m'a rendu les robes que je lui avais portées à repasser.

 

ATTENTION  

Voici les opérations que tu m'as prié de faire.

Opérations est COD de faire, pas de prier, donc pas d'accord.

Je te rends les livres que tu m'as donné à lire.

> Tu m'as donné à lire des livres

OU Je te rends les livres que tu m'as donnés à lire.

> Tu m'as donné des livres à lire

Cela peut se discuter.

 

Pour en savoir plus sur les participes passés : QUIZ 26

 

<< 14 Délires chargés d'une émotion incommensurable -It's a long way to Tipperary*

<< Intermède 15 Délires pour un bestiaire. QUIZ 3 - Ces animaux qui nous parlent -"Animals are such agreeable friends"

>> 17 Délires autour de ma soif de connaissances -Ho ! vous en voulez trop savoir.*

 

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Amoureuse des mots, je cherche comment faire partager ma passion. Il y a tant à découvrir dans les bibliothèques du monde, tant de mots à connaître intimement pour affiner notre pensée, tant de mots qu'on n'entend plus sur nos lèvres, enfermés qu'ils sont dans des livres poussiéreux. Il ne tient qu'à nous de les faire revivre et de les faire chanter. Notre langue, si belle, si riche, demande qu'on la respecte, qu'on la préserve, qu'on s'en amuse et qu'on la chérisse. Mamiehiou ............................................................................................................................................................................................ ...................................;....................................................................... « La langue française est une femme. Et cette femme est si belle, si fière, si modeste, si hardie, touchante, voluptueuse, chaste, noble, familière, folle, sage, qu'on l'aime de toute son âme, et qu'on n'est jamais tenté de lui être infidèle. » Anatole France ....................................................... ............... ................................................................................................................. « C'est une langue bien difficile que le français. À peine écrit-on depuis quarante-cinq ans qu'on commence à s'en apercevoir. » Colette

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