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18 janvier 2017 3 18 /01 /janvier /2017 18:41

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Le Dictionnaire de Trévoux est un ouvrage historique synthétisant les dictionnaires français du XVIIe siècle rédigé sous la direction des Jésuites entre 1704 et 1771.

Dictionnaire de Trévoux — Wikipédia

 

Dictionnaire universel françois* et latin

vulgairement appelé Dictionnaire de Trévoux

 

ENTRÉE AMOUR

1771 (Tome 1, pages 303-307).

Tome 1 A-BOU

AMOUR. substantif autrefois féminin aujourd’hui masculin au singulier, & féminin au pluriel, en Poësie* Amor. Sentiment par lequel le cœur se porte vers ce qui lui paroît aimable, & en fait l’objet de ses affections & de ses désirs. Amour en général signifie toute affection qui a son principe dans la nature, & qui entraîne le cœur, pour ainsi dire malgré lui, vers l’objet aimé. C’est enfin une complaisance dans cet objet : telles que sont la tendresse des amans, celle des époux, l’amour filial, & plus encore le paternel.

L’usage a déterminé ce terme à signifier plus particulièrement la forte sympathie que conçoivent des personnes d’un sexe pour celles de l’autre. Les sens en forment le nœud. C’est une passion inquiète & tumultueuse. Il ne peut subsister sans un mouvement continuel, aussi bien que le feu. Il s’éteint dès qu’il cesse d’espérer ou de craindre. L’Amour est une envie cachée & délicate, de posséder ce que l’on aime. de la Rochef.

On ne peut long-temps cacher l’Amour où il est, ni le feindre où il n’est pas. Id. L’Amour est l’enfant du loisir. Comme un de nos Auteurs a dit qu’il en est un de l’Amour comme de la petite vérole, qui est bien moins dangereuse quand on est jeune que dans un âge plus avancé.

Il n’y a point d’Amour sans estime : car nous ne pouvons nous défendre de trouver du prix aux choses qui nous plaisent, & notre cœur en grossit le mérite. Si les attraits qui nous charment, font plus d’impression sur les sens que sur l’ame, ce n’est point de l’Amour, c’est un appétit corporel. Il est du véritable Amour comme de l’apparition des esprits ; tout le monde en parle, peu de gens en ont vu. de la Rochef.

Amour, Galanterie, synonymes. L’Amour dit M. l’Abbé Girard, est plus vif que la galanterie : il a pour objet la personne : fait qu’on cherche à lui plaire dans la vûe de la posséder, & qu’on l’aime autant pour elle-même que pour soi : il s’empare brusquement du cœur, & doit sa naissance à un je ne sais quoi d’indéfinissable, qui entraîne les sentimens & arrache l’estime avant tout examen & sans aucune information. La galanterie est une passion plus voluptueuse que l’amour : elle a pour objet le sexe ; fait qu’on noue des intrigues dans le dessein de jouir, & qu’on aime plus pour sa propre satisfaction que pour celle de sa maîtresse ; elle attaque moins le cœur que les sens ; doit plus au tempérament & à la complexion qu’au pouvoir de la beauté, dont elle démêle pourtant le détail, & en observe le mérite avec des yeux plus connoisseurs ou moins prévenus que ceux de l’amour.

L’un a le pouvoir de rendre agréables à nos yeux les personnes qui plaisent à celle que nous aimons pourvû qu’elles ne soient pas du nombre de celles qui peuvent exciter notre jalousie. L’autre nous engage à ménager toutes les personnes qui sont capables de servir ou de nuire à nos desseins, jusqu’à notre rival même, si nous voyons jour à pouvoir en tirer avantage.

Le premier ne laisse pas la liberté du choix : il commande d’abord en maître, & règne ensuite en tyran, jusqu’à ce que ses chaînes soient usées par la longueur du temps, ou qu’elles soient brisées par l’effort d’une raison puissante, ou par le caprice d’un dépit soutenu.

La seconde permet quelquefois qu’une autre passion décide de la préférence : la raison & l’intérêt lui servent souvent de frein ; & elle s’accommode aisément à notre situation & à nos affaires.

l’Amour nous attache uniquement à une personne, & lui livre notre cœur sans aucune réserve ; en sorte qu’elle le remplit entièrement, & qu’il ne nous reste que de l’indifférence pour toutes les autres, quelque beauté & quelque mérite qu’elles aient. La galanterie nous entraîne généralement vers toutes les personnes qui ont de la beauté ou de l’agrément, nous unit à celles qui répondent à nos empressemens & à nos désirs ; de façon cependant qu’il nous reste encore du goût pour les autres.

Il semble que l’amour se plaise dans les difficultés : bien loin que les obstacles l’affoiblissent, ils ne servent d’ordinaire qu’à l’augmenter : on en fait toujours une de ses plus sérieuses occupations. Pour la galanterie, elle ne veut qu’abréger les formalités : le facile l’emporte souvent chez elle sur le difficile : elle ne sert quelquefois que d’amusement. C’est peut-être pour cette raison qu’il se trouve dans l’homme un fond plus inépuisable pour la galanterie que pour l’amour : car il est rare de voir un premier amour suivi d’un second ; & je doute qu’on ait jamais poussé jusqu’à un troisième : il en coûte trop au cœur pour faire souvent de pareilles dépenses : mais les galanteries sont quelquefois sans nombre, & se succèdent jusqu’à ce que l’âge vienne en tarir la source.

Il y a toujours de la bonne foi en amour ; mais il est gênant & capricieux ; on le regarde aujourd’hui comme une maladie ou comme foiblesse d’esprit. Il entre quelquefois un peu de friponnerie dans la galanterie ; mais elle est libre & enjouée ; c’est le goût de notre siècle.

l’Amour grave dans l’imagination, l’idée flatteuse d’un bonheur éternel, dans l’entière & constante possession de l’objet qu’on aime : la galanterie ne manque pas d’y peindre l’image agréable d’un plaisir singulier, dans la jouissance de l’objet qu’on poursuit : mais ni l’un ni l’autre ne peint alors d’après nature ; & l’expérience fait voir que leurs couleurs, quoique gracieuses, sont souvent trompeuses. Toute la différence qu’il y a, c’est que l’amour étant plus sérieux, on est plus piqué de l’infidélité de son pinceau ; & que le souvenir des peines qu’il a données, sert, en les voyant si mal récompensées, à nous dégoûter entièrement de lui ; au lieu que la galanterie étant plus badine, on est moins sensible à la tricherie de ses peintures ; & la vanité qu’on a d’être venu à bout de ses projets, console de n’avoir pas trouvé le plaisir qu’on s’étoit figuré.

En Amour, c’est le cœur qui goûte principalement le plaisir : l’esprit y sert en esclave sans se regarder lui-même ; & la satisfaction des sens y contribue moins à la douceur de la jouissance qu’un certain contentement dans l’intérieur de l’ame, que produit la douce idée d’être en possession de ce qu’on aime, & d’avoir les plus sensibles preuves d’un tendre retour. En galanterie, le cœur moins vivement frappé de l’objet ; l’esprit plus libre pour se replier sur lui-même, & les sens plus attentifs à se satisfaire, y partagent le plaisir avec plus d’égalité ; la jouissance y est plus agréable par la volupté que par la délicatesse des sentimens.

Lorsqu’on est trop tourmenté par les caprices de l’amour, on travaille à se détacher, & l’on devient indifférent. Quand on est trop fatigué par les exercices de la galanterie, on prend le parti de se reposer, & l’on devient sobre.

L’excès fait dégénérer l’amour en jalousie, & la galanterie en libertinage. Dans le premier cas, on est sujet à se troubler la cervelle. Dans le second, on est en danger de perdre la santé.

l’Amour ne messied pas aux filles ; mais la galanterie ne leur convient nullement, parce que le monde ne leur permet que de s’attacher & non de se satisfaire. Il n’en est pas ainsi à l’égard des femmes ; on leur passe la galanterie ; mais l’amour leur donne du ridicule. Il est à sa place qu’un jeune cœur se laisse prendre d’une belle passion ; le spectateur naturellement touché, s’intéresse assez volontiers à ce spectacle, & par conséquent n’y trouve point à blâmer. Au lieu qu’un cœur soumis au joug du mariage, qui cherche encore à se livrer à une passion aussi tyrannique qu’aveugle, lui paroît faire un écart digne de censure ou de risée. C’est peut-être par cette raison qu’une fille peut, avec l’amour le plus fort, se conserver encore la tendre amitié de ceux de ses amis qui se bornent aux sentimens que produisent l’estime & le respect ; & qu’il est bien difficile qu’une femme mariée, qui s’avise d’aimer quelqu’un de ce tendre & parfait amour, n’éloigne ses autres amis, ou qu’elle ne perde beaucoup de l’estime & de l’attachement qu’ils avoient pour elle. Cela vient de ce que, dans la première circonstance, l’Amour parle toujours son ton, & jamais ne prend celui de la simple amitié ; ainsi les amis ne perdant rien de ce qui leur est dû, ne sont point, alarmés de ce qu’on donne à l’amant : mais dans la seconde circonstance l’amour parle & se conduit sur l’un ou l’autre ton ; l’amant fait l’ami ; de façon que les autres, s’ils ne sont écartés, sentent du moins diminuer la confiance, voient changer les manières, & ont leur part de l’indifférence universelle qui naît de ce nouvel attachement ; ce qui suffit pour leur donner de justes alarmes ; de plus leur amitié est délicate, noble & fondée sur l’estime, plus ils sont touchés de se voir ôter ce qu’ils méritent, pour être accordé le plus souvent à un étourdi, que l’amour peint comme sage aux yeux d’une folle.

On a dit que l’amour étoit propre à conserver les bonnes qualités du cœur, mais qu’il pouvoit gâter l’esprit ; & que la galanterie étoit propre à former l’esprit, mais qu’elle pouvoit gâter le cœur. L’usage du monde justifie cet axiome en ce qui regarde l’esprit ; l’amour lui ôtant & la liberté & le discernement, au lieu que la galanterie en fait jouer les ressorts. Pour le cœur, c’est toujours le caractère personnel qui en décide. Ces deux passions s’y conforment dans les divers sujets qui en sont atteints ; & si l’une avoit du désavantage à cet égard, ce seroit sans doute l’amour, parce qu’étant plus violent que la galanterie, il excite plus de vindication contre ceux qui le barrent, ou qui lui occasionnent du mécontentement ; & qu’étant aussi plus personnel, il fait agir avec plus d’indifférence envers tous ceux qui n’en font point l’objet ou qui ne le flattent pas. La preuve en est dans l’expérience. On voit assez ordinairement une femme galante caresser son mari de bonne grâce & ménager ses amis ; au lieu que ceux-ci deviennent insipides, & le mari un objet d’aversion à une femme prise dans les filets de l’amour. On voit aussi plus de choix dans la galanterie ; c’est toujours ou la figure, ou l’esprit, ou l’intérêt, ou les services, ou la commodité du commerce qui déterminent. Mais dans l’amour toutes ces choses manquent quelquefois à l’objet auquel on s’attache ; & ses liens sont alors comme des miracles, dont la cause est également invisible & impénétrable,

Les anciens plaçoient le siège de l’Amour dans le foie, comme nous dans le cœur.

Le P. le Moine, dans sa Dissertation sur le Poëme Héroïque, a donné des règles pour les amours que l’on fait entrer dans un Poëme. Il veut 1°. Qu’on le renferme dans les épisodes, sans leur permettre pour quoi que ce soit, d’entrer dans l’action principale. 2°. Les amours qui entrent dans le Poëme, doivent être des amours de héros & d’héroïnes, & non pas des amours de coquets & de coquettes. 3°. Qu’il n’y ait rien que de bienséant & de modeste.

L’amour, fait faire des choses bien extraordinaires. En 1226, le Comte de Champagne devint amoureux de Blanche de Castille mere de S. Louis. Pour elle, il perdit Montereau Faut-Yone, Nogent & plusieurs autres places ; ensuite de quoi il se retira à Provins, pour faire des vers & des chansons amoureuses. Mezeray. De Rochef.

On dit d’une femme laide, que c’est un remède d’amour.

On dit qu’un jeune homme fait l’amour à une fille, quand il la recherche en mariage ; & en mauvaise part, qu’il s’est marié par amour, c’est à-dire, désavantageusement, & par l’emportement d’une aveugle passion.

On dit familièrement à une femme, m’amour. En ce cas amour est féminin.

On dit proverbialement, tout par amour, & rien de force. Et pour l’amour de Dieu, c’est-à dire, dans la seule vue de plaire à Dieu ; & dans le discours familier, pour dire, sans aucun intérêt. On dit aussi pour l’amour de quelqu’un, par la considération, par l’affection qu’on a pour lui. Causá, gratiá alicujus.

Amours, se dit au pluriel, pour signifier l’objet qu’on aime avec passion. Être avec ses amours, quitter ses amours. Dans ce sens on dit proverbialement, qu’il n’y a point de belles prisons, ni de laides amours.

On dit encore froides mains , chaudes amours ; pour dire, que la fraîcheur des mains marque d’ordinaire un tempérament chaud.

Amours, se dit encore au pluriel, Amores, de tout ce qu’on aime avec passion. Les livres, les tableaux sont ses amours.

Le mot d’amour étant joint avec divers termes, précédés des particules, de, du, des, reçoit divers sens, selon les divers termes avec lesquels il se joint. Quelquefois la particule de, dont il est suivi, sert à marquer de quelle nature est l’amour dont on parle ; & en ce sens, on dit amour de bienveillance, &c. Souvent ces particules servent à marquer l’objet vers lequel l’amour se porte. Ainsi on dit, l’amour de Dieu, &c. Enfin ces mêmes particules servent aussi à marquer le sujet dans lequel l’amour réside. Ainsi on dit l’amour des pères, l’amour des peuples, &c. Acad. Fr.

L’amour des peuples n’est jamais une preuve équivoque des vertus des Rois. Quand les Rois sont aimés, ils méritent de l’être. L’amour qu’on a pour eux, est l’enfant de l’amour-propre ; il est intéressé, & n’est point aveugle. Mongin.

On demande s’il faut dire Divin amour, ou Amour divin. L’un & l’autre sont bons ; mais dans une apostrophe que l’on feroit à l’amour divin, divin amour paroît mieux. L’amour divin, ou l’amour de Dieu, est celui qui a Dieu pour objet. Il est ou naturel, ou surnaturel. L’amour de Dieu naturel est celui par lequel on aime Dieu comme Auteur de la nature, & par les seules forces de la nature ; l’amour de Dieu surnaturel, est celui par lequel en aime Dieu comme Auteur de la grâce, & par le secours de la grâce. L’amour de Dieu est amour pur, quand on aime Dieu pour ses perfections infinies sans rapport à nous. On l’appelle aussi amour de charité. L’amour de Dieu intéressé, ou l’amour d’espérance, est celui par lequel on aime Dieu, comme bon par rapport à nous, à cause des biens qu’il nous a faits, & de ceux que nous en attendons. L’acte d’amour pur est très-parfait & très-méritoire ; mais l’état d’amour pur, c’est-à-dire, un état où l’on n’agiroit jamais que par amour pur, ne se peut admettre en cette vie, même dans les ames les plus saintes, parce qu’il excluroit l’espérance & les autres vertus. Amour de complaisance, c’est l’amour pur. Amour de bienveillance, est celui par lequel on souhaite du bien à l’objet aimé ; à Dieu, par exemple, que son saint nom soit connu & béni, qu’il ne soit point offensé. Amour de reconnoissance, c’est l’amour que l’on porte pour les biens que l’on a reçus de l’objet aimé, ou que l’on en espère. Amour affectif, amour effectif, amour appréciatif. Voyez ces épithètes en leur place. Le premier & le plus grand précepte du décalogue, est celui de l’amour de Dieu.

Amour-propre. Suî amor, philautia. Forte affection que la pure nature nous inspire pour nous-mêmes. Rien de si impétueux que ses désirs, rien de si caché que ses desseins, rien de si habile que sa conduite. Rochef. L’amour-propre est le plus grand de tous les flatteurs. Id. Dieu ne commande point d’étouffer absolument l’amour-propre ; au contraire l’amour de nous-mêmes est renfermé dans le précepte de Jésus-Christ, d’aimer notre prochain comme nous-mêmes. L’amour-propre entre essentiellement dans l’exercice des vertus, & une bonne action n’est qu’une manière de s’aimer, plus noble que les autres. Abad. Dieu intéresse l’amour-propre par ses promesses & par ses menaces ; & bien loin de le condamner, il en tire des motifs pour nous porter à la sanctification. Id. L’amour-propre trahit ses intérêts à force d’être intéressé. S. Evr. Un amour désintéressé est une chimère : on n’aime que pour l’amour de soi-même. M. Scud. L’amour-propre nourrit avec complaisance une idée de nos perfections, qui est comme son idole, ne pouvant souffrir ce qui choque cette idée, comme le mépris & les injures, & recherchant au contraire avec passion tout ce qui la flatte & la grossit, comme l’estime & les louanges. Abad. L’amour-propre est la source en nous de tous les autres : lui seul allume, éteint & change nos désirs. Corn.

L’amour-propre a souvent des routes inégales :
S’il fait votre dérèglement,
Il est aussi le fondement
De toutes les vertus morales. Ab d’Hally.

Quelques Ecrivains ont distingué l’amour-propre de l’amour de nous-mêmes. Avec l’amour de nous-mêmes, disent-ils, on cherche hors de soi son bonheur ; on s’aime hors de soi davantage, que dans son existence propre : on n’est point soi-même son objet. L’amour-propre au contraire subordonne tout à ses commodités & à son bien être : il est à lui-même son objet & sa fin ; de sorte qu’au lieu que les passions qui viennent de l’amour de nous-mêmes, nous donnent aux choses, l’amour-propre veut que les choses se donnent à nous, & se fait le centre de tout. Quoiqu’il en soit, que cette distinction soit fondée, ou non, l’amour de nous-mêmes ne peut pêcher qu’en excès, en direction. Son dérèglement consiste en ce que nous nous aimons trop, ou en ce que nous nous aimons mal, ou dans l’un & l’autre de ces défauts joints ensemble.

L’amour de nous-mêmes ne pêche point en excès, puisqu’il est permis de s’aimer tant qu’on veut, quand on s’aime bien. En effet, s’aimer soi-même, c’est désirer son bien, craindre son mal, chercher son bonheur. S’il arrive qu’on désire trop, qu’on craigne trop, qu’on s’attache à son plaisir, ou à ce qu’on regarde comme son bonheur, avec trop d’ardeur : alors l’excès vient du défaut qui est dans l’objet de nos passions, & non pas de la trop grande mesure de l’amour de nous-mêmes ; puisque nous pouvons, & nous devons même désirer sans bornes la souveraine félicité, craindre sans bornes la souveraine misère, & qu’il y auroit même du dérèglement à n’avoir que des désirs bornés pour un bien infini.

Cette insatiable avidité du cœur de l’homme étoit nécessaire, afin qu’il se trouvât par-là disposé à chercher Dieu. Soit qu’on le regarde comme son souverain bien, soit qu’on se le représente comme un être infiniment parfait ; toujours est-il certain que l’amour qu’on a pour lui ne doit pas être limité ; & c’est à fin que l’homme fût capable en quelque sorte de la possession de ce bien infini, que le créateur a mis une espèce d’infinité dans ses connoissances & dans ses actions. Si cette infinité n’est pas dans l’acte, elle est dans la disposition du cœur naturellement insatiable.

Si nous nous aimions nous-mêmes par raison, l’amour de nous-mêmes pourroit être dans notre cœur dans une mesure limitée, car nous ne trouvons point une infinité de raisons dans notre esprit pour nous aimer : mais nous nous aimons par sentiment, & il n’est pas concevable que nous puissions sentir quelque plaisir & quelque joie, sans aimer nécessairement ce soi-même qui en est le sujet ; comme il y a une variété infinie & une infinité de degrés différens dans la joie que nous pouvons goûter, il n’y a point de mesure dans le désir du bonheur, dans lequel cette joie entre essentiellement, ni par conséquent dans l’amour de nous-mêmes, qui est le principe de ce désir.

La mesure de l’amour de soi-même, & ces désirs qui sont comme infinis, sont les seuls liens qui attachent l’homme à Dieu, puisque des désirs modérés ne peuvent lier le cœur de l’homme qu’avec des créatures, & que ce n’est point Dieu qu’on aime, mais un fantôme qu’on se forme à la place de Dieu, quand on l’aime médiocrement.

 C’est donc une folie d’opposer l’amour de nous-mêmes à l’amour divin, quand celui là est bien réglé. Car qu’est-ce que s’aimer soi-même comme il faut ? C’est aimer Dieu. Et qu’est-ce qu’aimer Dieu ? C’est s’aimer soi-même comme il faut. L’amour de Dieu est le bon sens de l’amour de nous-mêmes, c’en est l’esprit & la perfection. Quand l’amour de nous-mêmes se tourne vers d’autres objets, il ne mérite pas d’être appelé amour : il est plus dangereux que la plus cruelle haine. Mais quand l’amour de nous-mêmes se tourne vers Dieu, il se confond avec l’amour divin.

Prenons pour exemple les bienheureux, qui sans doute ne s’aiment point trop, ni trop peu, puisqu’ils sont dans un état de perfection. Je demande, dit Abadie, s’ils peuvent aimer Dieu sans bornes, sans sentir la joie de possession ; & je demande ensuite si l’on peut sentir de la joie sans s’aimer soi-même, à proportion du sentiment qu’on en a.

Il paroît donc que le mal n’est pas en ce que nous nous aimons trop, puisque nous pouvons nous aimer tant que nous voudrons, quand nous nous aimerons par rapport au souverain bien ; mais que le dérèglement consiste en ce que nous nous aimons mal, c’est-à-dire, par rapport à de faux objets. L’amour de nous-mêmes est innocent en soi : il est corrompu, quand il se tourne vers les créatures, & saint quand il se tourne vers Dieu.

L’Amour-propre est le principe général de toutes nos affections & de tous nos mouvemens. Si nous désirons, si nous craignons, si nous espérons, c’est toujours pour l’amour de nous-mêmes. A la vérité l’affection que nous avons pour les autres fait quelquefois naître nos désirs, nos craintes & nos espérances ; mais le principe de cette affection est l’amour de nous-mêmes. Considérez bien toutes les sources de nos amitiés, & vous trouverez qu’elles se réduisent à l’intérêt, la reconnoissance, la proximité, la sympathie & une convenance délicate que la vertu a avec l’amour de nous-mêmes, qui fait que nous croyons l’aimer pour elle-même, quoique nous l’aimions, en effet, pour l’amour de nous ; & que tout cela se réduit à l’amour de nous-mêmes.

Amour conjugal. Amor conjugum, conjugalis, ou conjugialis. L’amour conjugal a été représente par Alciat en ses emblèmes, par deux corneilles, dont l’amitié est inséparable, & pendant la vie & à la mort, selon Elien, L. 3, C. 9, Hist. de Roch. S. Chrysostôme dit que le cœur est le symbole de l’amour conjugal. Il meurt par la moindre division des parties.

Les caractères de l’amour conjugal ne sont point équivoques. Un mari a joui : la jouissance est la pierre de touche de l’amour. Le véritable y puise de nouveaux feux ; mais le frivole s’y éteint. Ce n’est que pour les libertins & les hommes déraisonnables, que le mariage devient le tombeau de l’amour. Je veux que l’amour soit plutôt la suite que le motif du mariage. Je veux un amour produit par la raison, un amour où nous fassions entrer la connoissance & le goût de nos devoirs.

Je ne crois pas qu’il soit plus difficile de continuer à être heureux dans le mariage, que de le devenir par le secours des précautions qui doivent le précéder. Il est vrai que rien n’est plus saint ni plus rare que d’aimer sa femme : mais si le plaisir est conforme à la loi, il en est plus pur ; & s’il est rare, il en est plus exquis. On peut même ajouter, sans craindre la raillerie, que le plaisir d’aimer sa femme est sans contredit le plus flatteur de tous les plaisirs. L’amour propre même trouve son compte à respecter toujours le choix qu’il a fait.

Amour paternel & filial. Nous aimons nos enfans, parce qu’ils sont nos enfans. S’ils étoient les enfans d’un autre, ils nous seroient indifférens. Ce n’est donc pas eux que nous aimons, mais la proximité qui nous lie avec eux. Il est bien vrai que les enfans n’aiment pas tant leurs peres, que les peres aiment leurs enfans, quoique ces deux affections paroissent fondées sur la même raison de proximité ; mais cette différence vient d’ailleurs. Les enfans se voient mourir dans la personne de leurs peres, & les peres au contraire, se voient revivre dans la personne de leurs enfans. Or la nature nous inspire l’amour de la vie & la haine de la mort.

D’ailleurs, les peres voyant dans leurs enfans d’autres eux-mêmes soumis & dépendans, ils se félicitent de les avoir mis au monde. Ils les considèrent avec plaisir, parce qu’ils les considèrent comme leur ouvrage. Ils sont ravis d’avoir des droits sacrés & inviolables sur eux. C’est là leur magistrature, leur royauté, leur empire. Mais le même orgueil qui fait que les peres aiment la supériorité, fait haïr aux enfans la dépendance. Rien ne nous accable tant qu’un bienfait, quand il est trop grand, parce qu’il nous assujettit trop. Nous le regardons comme une chaîne délicate, mais forte, qui lie notre cœur & qui contraint notre liberté. C’est le mystère caché dans la maxime connue : le sang ne remonte jamais.

Amour du prochain. L’amour que nous avons pour nous-mêmes, est la mesure & la règle de celui que nous devons avoir pour notre prochain. S’aimer soi-même, c’est désirer son bien, craindre son mal, rechercher son bonheur. L’amour du prochain nous impose les même devoirs par rapport aux autres. C’est de tous les sentimens le plus juste, & en même temps celui qui tourne le plus à notre profit.

Non-seulement la proximité est une source d’amitié ; mais encore nos affections varient selon le degré de la proximité que nous avons avec les personnes qui en sont l’objet. La qualité d’hommes que nous portons, fait cette bienveillance générale que nous appelons humanité. Homo sum, humani à me nihil alienum puto. Il est certain que, s’il n’y avoit que deux personnes au monde, elles s’aimeroient avec tendresse : mais cette proximité générale se confondant avec ce nombre infini de relations différentes que nous avons les uns avec les autres, il arrive aussi que cette affection naturelle qu’elle avoit fait naître, se perde dans la foule des passions que tant d’autres objets produisent dans notre cœur. Nous ne voyons point dans notre prochain la qualité d’homme par laquelle il nous ressemble, pendant que nous voyons en lui un rival, un envieux, un homme ennemi de notre prospérité, comme nous le sommes de la sienne ; un orgueilleux qui n’estime que lui-même, un homme qui par ses bonnes qualités attire l’estime & l’attention des autres, & nous jette dans l’oubli & dans l’obscurité, ou qui par ses passions est occupé à nous tendre des pièges, & à entreprendre sur ce qui nous appartient. Mais quand la mort l’a dépouillé de ces relations odieuses, nous trouvons en lui cette proximité générale qui nous le faisoit aimer, nous souvenant qu’il étoit homme, seulement quand il a cessé de l’être.

 

*Orthographe du XVIIIe siècle

OI ne s'était pas encore changé en AI :

françois connoisseurs affoiblissent reconnoissance foiblesse

paroît étoit pouvoit seroit plaçoient feroi excluroit auroit

Les accents ne s'étaient pas encore installés là où on les connaît :

Poësie Poëme ame mere peres

ou bien on ne les avait pas encore ôtés :

vûe pourvû

le T n'accompagnait pas EN ni AN au pluriel :

amans sentimens mouvemens empressemens enfans indifférens dépendans

Puis il y eut la réforme de la Langue Française de 1835, dans la sixième édition du Dictionnaire de l'Académie.

Les nombreuses réformes de la langue française

 

Vous trouverez dans ce blog des articles sur les dictionnaires :

Ouvrages de référence qui me sont très utiles

Du plaisir de la lecture des dictionnaires

Dictionnaire de la Conversation et de la Lecture - William Duckett - Tous les volumes (lien Books-Google)

Lucifer - WILLIAM DUCKETT - Dictionnaire de la conversation et de la lecture

La Vérité, toute la Vérité, rien que la Vérité...

Le A au fil des dictionnaires 

Les mots ont une histoire - Pathologie verbale ou lésions de certains mots dans le cours de l'usage

Une petite histoire de la langue française - Chapitre 12 - XVIIe siècle 1 - À L'AUBE DE LA LANGUE CLASSIQUE - Les grammairiens façonnent notre langue - Malherbe - Vaugelas - L'Académie Française

Une petite histoire de la langue française - Chapitre 13 – LE XVIIe SIÈCLE 2 - Préciosité – Classicisme – Boileau, Furetière, et les autres...

Pour en savoir plus :

CNRTL : Série des éditions du Dictionnaire de Trévoux

 

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16 janvier 2017 1 16 /01 /janvier /2017 12:44

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On dit le onze. Il n'y a pas d'élision du e.

Mon enfant est âgé de onze ans.

Nous n'étions que onze à cette soirée.

 

ONZE en chiffres arabes* 11 - en chiffres romains** XI

 

onze - adjectif numéral cardinal

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11

Littré : (on-z' ; par exception, l'e muet de l'article le, de la préposition de et de la conjonction que, ne s'élide pas devant onze : le onze ; nous n'étions que onze ; de onze enfants, il n'en reste que trois ; cependant quelquefois dans la conversation cet e s'élide : l'onze du mois, nous n'étions qu'onze. Avec entre on élide toujours l'e muet : entre onze heures et midi ; dites : an-tron-z heures et midi. Les consonnes finales des mots qui précèdent onze ne se lient jamais : ils étaient onze, dites : ils é-tê onze, et non ils é-tê-t onze. Brossette dit que Boileau en récitant ce vers : Se vienne en nombre pair joindre à ses onze sœurs, ne liait pas l's de ses)

onze - adjectif numéral ordinal qui équivaut à le onzième, la onzième, les onzièmes.

Louis XI (Louis le 11ème)

Lisez la page onze (la onzième page)


Expression

Le bouillon de onze heures – Le bouillon d'onze heures : une boisson empoisonnée.

Voir l'article sur le site de Persée

Bouillon d'onze heures - Persée


NOTE

Bien qu'on parle de chiffres arabes, les chiffres n'ont pas été inventés par les Arabes mais par les Indiens. Les Arabes ont permis leur diffusion dans le monde occidental.

 

Articles annexes

Les lettres numérales - les chiffres romains - QUIZ 46

Expressions avec le nombre 36 Trente-six

 

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13 janvier 2017 5 13 /01 /janvier /2017 16:47

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Franchement, quel m'as-tu-vu, ce Fernand ! Quel fier-à-bras !

Il se prend pour le nombril du monde.

Ma parole, il veut poèter plus haut que son luth - je veux dire : péter plus haut qu'on a le derrière et se faire un trou dans le dos. Autrement dit et moins poétiquement : péter plus haut que son cul.

Mais quand je l'ai battu cinq fois de suite aux échecs,

il a piqué un fard,

il n'était pas à la noce.

Ah ! il voulait prendre la lune entre les dents,

je lui ai rivé son clou,

il faisait le monsieur,

c'est un peu fort de café,

il a fait chou blanc,

il a bien fallu qu'il mette de l'eau dans son vin,

Il est bête comme ses pieds,

il est bête à manger du foin,

il est réduit à quia, (il ne peut plus répondre)

je lui ai rabaissé le caquet,

il ne faut pas tirer la couverture à soi,

c'est gros-jean qui en remontre à son curé,

je l'ai bien remis à sa place,

il est sous la braise,

je l'ai fait rentrer à cent pieds sous terre,

ça lui a mis du plomb dans la tête,

il a fait amende honorable,

il a cessé de se la jouer,

il s'est retiré sous la tente,

il est sur des charbons ardents,

il est à côté de ses pompes,

il n'a plus la grosse tête,

tout juste s'il ne faisait pas dans son froc,

il est dans le pétrin,

il n'a pas inventé la poudre,

il est gros-jean comme devant,

il est à la masse,

ç'a été la goutte qui a fait déborder le vase,

les bras lui en sont tombés,

il a versé des larmes de crocodile,

 

il s'en est guère fallu que je ne prenne une prune,

j'ai bien cru qu'il allait me rentrer dedans,

il est au bout de son latin,

la moutarde lui est montée au nez,

il a délogé sans tambour ni trompette,

il a pris les jambes à son cou,

il s'est échappé par la tangente/ il a pris la tangente,

il est reparti la queue entre les jambes,

il s'en est allé sans demander son reste,

il a pris la poudre d'escampette,

il avait le feu au derrière.

 

Non mais, il faut pas pousser Bobonne dans les orties !

Il croyait tenir le haut du pavé,

il a trouvé son maître,

il était fort en gueule,

maintenant il file doux,

et moi, je ris sous cape !

 

SUITE > Expressions françaises d'hier et d'aujourd'hui

Articles annexes

Vous aimez les proverbes ? Amusez-vous

Récapitulation des articles sur les proverbes

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1 janvier 2017 7 01 /01 /janvier /2017 11:33

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Note - On écrit : un vœu, des vœux

 

Jacques Brel - Des vœux qu'on voudrait avoir écrits

« Je vous souhaite des rêves à n’en plus finir et l’envie furieuse d’en réaliser quelques-uns.
Je vous souhaite d’aimer ce qu’il faut aimer et d’oublier ce qu’il faut oublier.
Je vous souhaite des passions, je vous souhaite des silences, je vous souhaite des chants d’oiseaux au réveil et des rires d’enfants.
Je vous souhaite de respecter les différences des autres, parce que le mérite et la valeur de chacun sont souvent à découvrir.
Je vous souhaite de résister à l’enlisement, à l’indifférence et aux vertus négatives de notre époque.
Je vous souhaite enfin de ne jamais renoncer à la recherche, à l’aventure, à la vie, à l’amour, car la vie est une magnifique aventure et nul de raisonnable ne doit y renoncer sans livrer une rude bataille.
Je vous souhaite surtout d’être vous, fier de l’être et heureux, car le bonheur est notre destin véritable. »

Vœux de Jacques Brel en 1968

♥ ♥ ♥

 

Rosemonde Gérard, des vœux universels et pleins d'aménité

> Définition de aménité

 

« Bonne année à toutes les choses,

Au monde, à la mer, aux forêts.

Bonne année à toutes les roses

Que l’hiver prépare en secret.

Bonne année à tous ceux qui m’aiment

Et qui m’entendent ici-bas.

Et bonne année aussi, quand même,

À tous ceux qui ne m’aiment pas. »

Rosemonde Gérard, poétesse épouse de Edmond Rostand, (1866-1953)

♥ ♥ ♥

 

Philippe Geluck, une formule à l'emporte-pièce

« Meilleurs vœux pour toute la vie, comme ça, c'est fait une fois pour toutes. » Philippe Geluck, Le Tour du chat en 365 jours - 2006

♥ ♥ ♥

 

Épicure, pessimiste et lucide, hélas !

« Si les Dieux voulaient exaucer les vœux des mortels, il y a longtemps que la terre serait déserte, car les hommes demandent beaucoup de choses nuisibles au genre humain. »

Épicure, philosophe grec (342 ou 341 av. JC – 270 av. JC) Doctrines et maximes

♥ ♥ ♥

 

Lire d'autres vœux sur le site de Jean-Luc Mercier

https://scribium.com/jean-luc-mercier/a/citations-jolis-mots-celebres-de-nouvel-an-et-de-bonne-annee/

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26 décembre 2016 1 26 /12 /décembre /2016 12:00

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QUIZ 122

 

Pourriez-vous retrouver un synonyme de TÊTE, en argot, dans les phrases suivantes :

1-"Quoi, ma ..... ? Mais qu'est-ce qu'elle a ma ..... ?"

2-Il a une bonne ....., ça inspire confiance.

3-Vous avez vu ces agités du ..... ? Ils sèment la pagaille* partout.

* pagaille, pagaïe ou pagaye

4-Dès qu'il est né, j'ai su qu'il aurait une ..... de clown.

5-Mais pourquoi se fout-on toujours de ma ..... quand on m'appelle "..... de cake" ?

6-Il a perdu la ..... On a dû l'interner.

7-Je lui ai monté le ..... en lui faisant croire qu'il réussirait à son concours.

8-"J'fais des trous, des p'tits trous..." chantait celui qu'on disait "à la .....".

9-Arrête de gigoter, tu vas te casser la ......

10-Il s'est mis brusquement à me donner des coups de ..... dans la poitrine ; j'en ai été estomaqué.

11-On se souviendra du pitoyable coup de ..... de Zidane à Materazzi ; c'était le 9 juillet 2006.

12-Un inconnu m'aborda. Sa vieille ..... de clochard m'effraya.

13-Elle oublie tout d'une minute à l'autre ; c'est une vraie ......

14-Fallait me voir quand les chimios m'avaient mis la ..... à zéro.

15-Franchement tes maths, c'est trop dur, ça me prend le ......

16-Je crois bien qu'il tourne la ...... Il va se faire soigner dans un hôpital psychiatrique.

17-On m'a dit que j'avais une araignée dans la ..... C'est-y pas malheureux ! Pourquoi pas au plafond ?

La solution que je propose se trouve après le tableau.

 

Les synonymes de TÊTE (nuances et citations)

en lien avec le site de "Bob, l'autre trésor de la langue"

 

alambic

ardoise

armoire

beigneuse

bille

binette

blair

bobe

bobèche

bobéchon

bobinasse

bobine

bobinasse (Cnrtl)

bobinette

bobino

bocal

boisseau

boîte à méninges

boîte

bol

bordzon

bouille

bouilloire

bouillotte

boule

& boule

bourriche

bourrichon

boussole

cabasse

cabèche

caberlot

cabochard

caboche

cabochon

cafetière

cage

caillou

caisson

calbombe

calebasse

calle

cantaloup

capatrat

carafe

carafon

casque

casserole

cassis

cerise

chapiteau

chetron

chignon

chiro

chou

chou-rave

ciboulard

ciboule

ciboulet

ciboulot

ciboulotte

cigare

citron

citronnade

citrouillard

citrouille

cloche

clocheton

cocarde

coco

cocson

cohu

chique

coloquinte

comblette

coquillard

coquille

couache

couatche

cigare

coupole

courge

crémol

crête

gaboude

dôme

fiole

margoulette

marron

melon

michaud

carte

oeuf

pain de sucre

patate

pêche

penseuse

pipe

plafond

plafonnard

plot

poêle à marrons

poire

pomme

pomme de canne

pompon

profil

réverbère

schako

sinoquet

siphon

sorbe

sorbonne

soudure

terrine

tesson

(tête de) linotte

tétère

téterre

théière

timbale

tinette

tirelire

tomate

toupie

tourelle

tournant

tournante

tourte

tranche

tranchecaille

trogne

trognon

trombille

trombine

tromblon

trombolle

trombone

trompette

tronche

urne

vélodrome

     à mouches

 

Je propose les phrases :

1-"Quoi ma gueule ? Mais qu'est-ce qu'elle a ma gueule ?" Johnny Hallyday

2-Il a une bonne bouille, ça inspire confiance.

3-Vous avez vu ces agités du bocal ? Ils sèment la pagaille partout.

4-Dès qu'il est né, j'ai su qu'il aurait une bille de clown.

5-Mais pourquoi se fout-on toujours de ma tronche quand on m'appelle "tronche de cake" ?

6-Il a perdu la boule/la boussole On a dû l'interner.

7-Je lui ai monté le bourrichon en lui faisant croire qu'il réussirait à son concours.

8-"J'fais des trous, des p'tits trous..." chantait celui qu'on disait "à la tête de chou". Serge Gainsbourg

9-Arrête de gigoter, tu vas te casser la margoulette/la gueule.

10-Il s'est mis brusquement à me donner des coups de melon dans la poitrine ; j'en ai été estomaqué.

11-On se souviendra du pitoyable coup de boule de Zidane à Materazzi ; c'était le 9 juillet 2006.

12-Un inconnu m'aborda. Sa vieille trogne de clochard m'effraya.

13-Elle oublie tout d'une minute à l'autre ; c'est une vraie (tête de) linotte.

14-Fallait me voir quand les chimios m'avaient mis la boule à zéro.

15-Franchement tes maths, c'est trop dur, ça me prend le chou.

16-Je crois bien qu'il tourne la carte. Il va se faire soigner dans un hôpital psychiatrique.

17-On m'a dit que j'avais une araignée dans la coloquinte. C'est-y pas malheureux ! Pourquoi pas au plafond ?

 

Sur le blog : Articles connexes

>> QUIZ 80 Dictionnaire de la langue verte d'Alfred Delvau

>> Elle arpentait la rue Bréda (poème argotique)

>> Champ lexical - Champ sémantique - Niveau de langue - Registre de langue - style soutenu, courant, familier, populaire, argotique, ou vulgaire - Archaïsmes
 

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24 décembre 2016 6 24 /12 /décembre /2016 09:33

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Peut-être ne connaissez-vous pas encore le site LEXILOGOS qui est une mine de renseignements.

dictionnaires     – clavier     – pays & cartes     – pratique

 

alphabets
argot
citations
encyclopédie
étymologie
langues
multilingue
noms de famille
prénoms
thématique
toponymie
traduction

 

>> Alphabet phonétique international (API) Clavier en ligne LEXILOGOS >>

www.lexilogos.com/clavier/fonetik.htm

Clavier en ligne pour écrire les caractères et symboles de l'Alphabet phonétique international (API)

 

Extrait de l'article

Exemples :

ɑ ɐ ɒ æ ɓ ʙ β ɔ ɕ ç ɗ ɖ ð ʤ ə ɘ ɚ ɛ ɜ ɝ ɞ ɟ ʄ ɡ ɠ ɢ ʛ ɦ ɧ ħ ɥ ʜ ɨ ɪ ʝ ɭ ɬ ɫ ɮ ʟ ɱ ɯ ɰ ŋ ɳ ɲ ɴ ø ɵ ɸ θ œ ɶ ʘ ɹ ɺ ɾ ɻ ʀ ʁ ɽ ʂ ʃ ʈ ʧ ʉ ʋ ʊ ʌ ɣ ɤ ʍ χ ʎ ʏ ʑ ʐ ʒ ʔ ʡ ʕ ʢ ǀ ǁ ǂ ǃ

 

Allemand

Ä Ö Ü ẞ - ä ö ü ß

 

Espagnol

Ñ Á É Í Ó Ú Ü ñ á é í ó ú ü ¿ ¡

 

Etc.

Voir l'article en entier.

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19 décembre 2016 1 19 /12 /décembre /2016 18:52

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J'ai déjà écrit plusieurs articles ayant pour sujet les réformes de l'orthographe (voir les liens ci-dessous au bas de la page) et je veux ajouter ici quelques passages que j'ai extraits d'un texte de Émile Faguet (1905) : Simplification simple de l’Orthographe, que vous trouverez sur Wikisource.

La référence des pages

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Note : "racler" doit être pris dans le sens de enlever.

Page 6

Depuis Ronsard et Joachim du Bellay les meilleurs esprits trouvent l’orthographe française trop surchargée, sentent le besoin de la simplifier. Voici pourquoi. C’est qu’elle était très simple au XVe siècle, et que les grammairiens du XVIe siècle, par affectation scientifique, par pédantisme, l’avaient grièvement compliquée.

Quand je dis que l’orthographe était simple au XVe siècle et au commencement du XVIe, la vérité est qu’elle n’existait pas. Seulement, les premiers imprimeurs furent bien à peu près forcés d’avoir un usage commun (ou à peu près). De cet usage commun est née l’orthographe, la première orthographe, ou ce que l’on peut appeler ainsi, l’orthographe du commencement du XVIe siècle, l’orthographe de Marot et de Commines.

Cette orthographe n’a aucun caractère scientifique, mais elle est très simple, très dépouillée, elle n’accumule pas les lettres parasites, inutiles ou peu utiles ; enfin elle est très bonne femme.

Là-dessus arrivèrent les savants, les grammairiens, les pédants, [...]

Page 9

Richelet, en 1680, publia un Dictionnaire selon d’Ablancourt [...] Il écrivait : afaire, ataquer, ateindre, dificile, abesse, abaïe, abé, acabler, acablement, etc. Il changeait y en i presque toujours. — N’oubliez pas ces deux points. La

Page 10

suppression des lettres doubles et « racler l’y », c’est le fond de la bonne réforme depuis trois siècles.

À mon avis, ce l’est encore.

Notez que Vaugelas était (en gros et le plus souvent) de l’avis d’Ablancourt, et par conséquent, était d’avance de l’avis de Richelet, ne cessant d’assurer que les raisons d’étymologie sont de peu de force ; qu’il « révérait la vénérable antiquité et les sentiments des doctes » ; mais que, d’autre part, il « se rendait à cette raison invincible qui veut que chaque langue soit maîtresse chez soi ».

Enfin, l’Académie vint, je veux dire le Dictionnaire de l’Académie. En 1694, première édition du Dictionnaire-Loi.

L’Académie, comme toute compagnie possible, était partagée. Elle était de deux façons. D’un côté, elle était, comme elle le fut toujours depuis environ 1660, composée d’écrivains hommes du monde et d’écrivains savants, et cela est une première raison de divergences. D’autre part,

Page 11

elle était partagée intellectuellement, comme elle l’a toujours été, entre la pensée de n’être que le greffier de l’usage, qui est sa pensée maîtresse, et un certain désir sourd d’en être un peu le guide, ce qui est, à mon avis, parfaitement légitime.

De tout cela, il s’ensuivit quelque discussion, et assez vive, au cours de l’élaboration du Dictionnaire. Chapelain représentait les savants, et, à cette époque, savant, en fait d’orthographe, voulait dire étymologiste. Il était donc pour l’orthographe rébarbative. Il était pour charactère, pour cholère, et tout homme qui veut que l’on continue d’écrire style et chloroforme doit lui donner raison.

Conrart, simple Parisien « qui ne savait que le français », comme dit Sainte-Beuve, était pour colère et caractère.

L’Académie fut un peu de l’avis de tout le monde — un peu plus pourtant pour Conrart que pour Chapelain — et chercha à écrire comme écrivaient les honnêtes gens. Mais elle n’alla pas aussi loin dans la simplification que d’Ablancourt et son disciple Richelet.

En 1718, elle simplifie encore, mais assez peu. Elle écrit éploré au lieu de esploré, sirop au lieu de syrop (« raclant » l’y grec étymologique ;

Page 12

car le mot latin est bien syrupus), noircissure au lieu de noircisseure (comme la Commission de simplification nous propose d’écrire gajure). Mais, en somme, l’édition de 1718 apporta peu de changements à l’orthographe française.

Le grand pas fut fait en 1740. Après des discussions très prolongées — elles durèrent quelque six mois — l’Académie, très partagée, pour se tirer d’affaire, s’en remit purement et simplement à son secrétaire perpétuel, M. Joseph Thoulier, abbé d’Olivet. Comme il disait lui-même, elle le créa « plénipotentiaire », ce dont il se serait passé très bien, à ce qu’il dit aussi. Il était réformiste. Il était simplificateur. Il réforma, selon le compte approximatif d’Ambroise-Firmin Didot, près de cinq mille mots. C’est depuis ce temps que l’on écrit accroître et non accroistre, avocat et non advocat, albâtre et non albastre, apôtre et non apostre, âpre et non aspre, toujours et non tousjours, bâtard et non bastard ; bêtise et non bestise, chrétien et non chrestien, château et non chasteau ; ceci, celui-ci, etc., et non cecy, celui-cy ; toi, moi et non toy, moy ; gai et non gay ; joie et non joye, abyme et non abysme, école et non escole, bienfaiteur et non bienfaicteur

Etc., etc. ; puisqu’il y en a près de cinq mille.

Page 13

Seulement, remarquez bien ceci, l’Académie, même à cette époque où elle était si franchement réformiste, ne devançait pas l’usage ; elle le suivait. Elle a tenu à le dire dans sa préface : « Le public en cela a été plus vite et plus loin qu’elle ». — Il est vrai que cette préface étant de l’abbé d’Olivet lui-même, on peut croire que, par cette remarque, il veut surtout se couvrir et que « le public », ce que du reste je crois savoir, n’était qu’une partie du public ; mais enfin l’Académie était suffisamment autorisée par « le bon usage ». Le bon usage c’est celui dont on est.

En 1762, nouvelles modifications, moins nombreuses à la vérité, dans le même sens. Lettres doubles supprimées, y grecs et th éliminés : chimie au lieu de chymie (avec tous ses dérivés), absinthe au lieu de absynthe, détrôner au lieu de déthroner, scolie au lieu de scholie, scrofule au lieu de schrofule, pascal au lieu de paschal, patriarcal au lieu de patriarchal, agrafer au lieu de agraffer, éclore au lieu de éclorre, argile au lieu de argille, etc. — Un détail amusant : anicroche au lieu de hanicroche. En 1762 seulement ! Qui ne croirait qu’anicroche ne se trouve écrit hanicroche que dans Rabelais ? D’autant plus qu’on n’a jamais su ce que signifiaient les deux premières syllabes de ce mot.

Page 14

En 1835 (car l’édition de 1795 ne compte pas, comme le fait remarquer Ambroise-Firmin Didot, que je suis pas à pas, puisque l’Académie n’existait point et que le prétendu Dictionnaire de l’Académie de 1795 ne fut qu’une entreprise de librairie), en 1835, donc, nouvelle simplification, mais surtout dans un autre sens : adoption des ai pour oi dans les mots prononcés ai (français et non françois, etc.) ; et d’autre part, ce qui est simplification aussi sans en avoir l’air, parce que c’est rentrée dans la règle générale, pluriel des mots en ent et ant écrits ents et ants et non ens, ans (les événements et non les événemens, les enfants et non les enfans). Entre nous, en ceci, l’Académie n’était guère greffier de l’usage et s’en faisait le guide. Je l’approuve du reste et quoique ayant conservé l’habitude d’écrire : « Mes chers enfans », j’estime qu’elle a eu raison d’effacer cette exception qui n’avait aucune raison pour elle. Plus on efface d’exceptions, plus on simplifie ; et plus on simplifie, plus on est dans le bon sens.

Nous arrivons à 1867, époque où il y eut un

Page 15

mouvement réformiste très vif. Ambroise-Firmin Didot s’en fit le représentant, ce pour quoi il avait qualité, et publia ses Observations sur l’orthographe française, où j’ai largement puisé pour tout ce que je viens d’écrire, et qui sont œuvre de savant et d’homme du plus grand bon sens.

Désirant que l’on continuât dans le sens où l’on était depuis Ronsard, il proposa de « racler » l’h partout où il représente « l’esprit rude » des alexandrins (hérésie, rhythmer, rhétorique, etc.). Il proposa de remplacer th et ph par t et par f dans les mots les plus usuels (pharmacie, athée, etc.). Il proposa de « racler l’y grec » et de le remplacer par l’i dans un certain nombre de mots. (Où était sa limite ? il ne me semble pas qu’il l’ait indiqué.) Enfin de substituer l’s à l’x dans les pluriels des mots en ou qui ont gardé l’x (il y en a sept) et dans les mots en oi qui l’ont gardée aussi (je ne crois pas qu’il y en ait beaucoup). Tous les mots en oi au singulier s’écriraient au pluriel comme lois et tous les mots en ou s’écriraient au pluriel comme fous.

Sainte-Beuve, en 1868, entra en scène. Il ne peut guère être accusé, celui-ci, d’être un « primaire ». Or il fut très nettement réformiste, comme du reste, dans son article sur Vaugelas [...]

Page 16

[...] Il dit : « La même autorité qui a importé les mots et vocables scientifiques peut intervenir pour les modifier. Ainsi rien n’oblige d’user perpétuellement de cette orthographe si repoussante dans les mots rhythme, phthisie, catarrhe, etc., et il y a quelque temps que Ronsard et son école, tout érudits qu’ils étaient, avaient désiré affranchir et alléger l’écriture de cet « insupportable entassement de lettres ».

Il entassa, lui, les autorités pour peser dans le sens de la simplification. Il rappela Meigret, Ramus, Corneille, Bossuet, Voltaire. Il rappela que Bossuet avait dit « de ne pas s’attacher superstitieusement à toutes les lettres tirées des langues dont la nôtre a pris ses mots. » Il rappela l’abbé de Saint-Pierre, Dumarsais, Duclos, le père Ruffier, l’abbé Girard. Il eut tort de citer le mot de Voltaire, qui est beaucoup trop décisif et immodéré : « L’écriture est la peinture de la voix ; plus elle est ressemblante, meilleure elle est », et qui conduirait à l’orthographe individuelle, c’est-à-dire à une confusion telle qu’on ne se comprendrait jamais quand on s’écrirait les uns aux autres ; mais

Page 17

il fut très sage en ses conclusions, qui sont celles-ci : « Il importe, parmi tous les changements et les retouches que réclamerait la raison, de savoir se borner et choisir, afin de ne pas introduire d’un seul coup trop de différences entre les textes déjà imprimés et ceux qu’on réimprimerait à nouveau… Pourquoi « charrette » et « chariot », « abattement » et « abatis », « courrier » et « coureur », « banderole » et « barcarolle », « ostrogot » et « gothique » ?… Il y aura effort à faire pour introduire dans l’édition qui se prépare les modifications réclamées par la raison et qui fassent de cette publication nouvelle une date et une étape de la langue. C’est à quoi cependant il faut viser. »

L’édition de 1878 fit quelques concessions à cet avis : rythme au lieu de rhythme, phtisie pour phthisie, etc. ; mais en petit nombre. L’Académie, depuis le xixe siècle, est très timide, pour une raison bien simple : c’est que depuis le xixe siècle l’orthographe est devenue une superstition ; on écrit d’après le Dictionnaire de l’Académie avec scrupule. Dès lors l’Académie ne peut pas s’appuyer sur l’usage pour réformer. L’usage lui permettant de réformer n’était tout simplement qu’un certain nombre de désobéissances à ses propres ordres[...]

Pages 18, 19, 20, 21

[Phonétisme : E. Faguet développe ici les arguments qui démontrent que vouloir écrire comme on prononce est une erreur] "chacun écrivant, non comme on prononce, mais comme il prononce".

Page 21

[...] il ne faut pas, comme l’a très bien dit Sainte-Beuve, si hardi, vous l’avez vu, mais qui est le bon sens même, « introduire d’un seul coup trop de différences entre les textes déjà imprimés et ceux qu’on réimprimerait à nouveau » ; il ne faut pas trop étonner. Encore Sainte-Beuve. Il n’y a que lui : « L’Académie, après avoir écrit phantôme, phrénésie, phantastique, a osé écrire fantôme

Page 22

frénésie, fantastique. Osera-t-elle, appliquant la même réforme à d’autres mots, écrire nimfes, ftisie, diftongues ? Je vois d’ici l’étonnement sur tous les visages… Ce sont des questions de tact et de convenance où il importe d’avoir raison avec sobriété ». — Sapere ad sobrietatem. La Commission de simplification a été sage ; mais avec sobriété, j’en doute un peu.

Page 27

Seulement la physionomie des mots a changé dix fois depuis trois cents ans et, si l’on s’était arrêté à la physionomie des mots, on écrirait encore cholère et charactère et chymie et advocat et escole et abysme et argille et bienfaicteur et déthrôner. La vérité est qu’on s’habitue très vite à la physionomie nouvelle des mots. Qui est-ce qui regrette françois ? Il n’est écrit français, officiellement du moins, que depuis soixante-dix ans. Qui est-ce qui regrette phthisie et rhythme ? Ils ne sont écrits plus simplement que depuis vingt-cinq ans. Je les ai écrits comme cela pendant toute mon enfance et toute ma jeunesse. Je les regrette peut-être ; mais à ce seul point de vue.

 

Rappel - La référence des pages

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Articles connexes

Réforme de l'orthographe - L'orthographe recommandée aux enseignants - Lexique La nouvelle orthographe depuis 1990

Mais pourquoi la langue française est-elle si compliquée ? - L'origine du français

Les nombreuses réformes de la langue française

Les Epithètes de Maurice de la Porte – 1571 (Les lettres ramistes)

La lettre Q – QV – QU

GN ou IGN – OIGNON ou OGNON

 

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4 décembre 2016 7 04 /12 /décembre /2016 12:23

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Ça, pronom démonstratif, forme élidée de cela.

Élision du a de ça devant le verbe ou l'auxilaire avoir :

ça a > ç'a,

ça avait > ç'avait

ça aurait > ç'aurait,

ça eût > c'eût, etc.etc

et devant en :

ça en > c'en
 

Remarque : La cédille du ç disparaît devant e : c'eut, c'en...

*[Langue familière / argotique]

*Ç'a de la gueule, ta déco ! /ça a de la gueule

*C'en jette ! /ça en jette !

Mais Marie, tu rougis ! Tu es amoureuse ou c'en a tout l'air. /ça en a tout l'air.

Tu veux savoir pour mes partiels ? T'inquiète ! ç'a très bien marché. /ça a très bien marché.

Il m'avait quitté depuis dix ans quand je t'ai rencontré. Eh oui, ç’avait pris longtemps avant que je reparte à zéro. /ça avait pris longtemps

Ç’aurait marché si tu avais voulu. /ça aurait marché

 

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Sans, s'en, sens, sent, c'en, cent, sang, des homophones à ne pas confondre – QUIZ

FLE – Comprendre le français parlé rapidement

 

et sur la Banque de dépannage linguistique du Québec :

http://bdl.oqlf.gouv.qc.ca/bdl/gabarit_bdl.asp?id=3625

 

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26 novembre 2016 6 26 /11 /novembre /2016 08:52

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Quelques mots où gn se prononce [gn]

*gnou [gnu] – gneiss - gnome - gnose – gnostique – etc.

Quelques mots où gn se prononce [ɲ]

gnangnan - gnôle (ou gnole) – gnocchi [ˈɲɔkki] - gnognote – etc.

 

*Certains ont admis gnou prononcé niou (prononciation vieillie) : Site du Cnrtl - Prononc. : [gnu]. Mais [ɳu] ds Land. 1834, Gattel 1841 et DG. [...] 1782 gnou ou niou (Buffon, Hist. nat. Suppl., t. 6, p. 89, ibid.).

     

    Il fut un temps où gn se prononçait [gn] et le i devant gn (> ign) permettait de prononcer le son mouillé [ɲ].

    Puis le i a disparu et gn se prononce aujourd'hui [gn] ou [ɲ] selon le mot.

    Sauf pour oignon qui a conservé son i et que l'on prononce [ɔɲɔ̃] et parfois [waɲɔ̃].

    La prononciation [waɲɔ̃] est régionale. Les Lyonnais et les Stéphanois*, pour ne citer qu'eux, prononcent encore souvent [waɲɔ̃].

     

    Ainsi donc le nom de Montaigne, l'auteur des Essais, se prononçait-il Montagne.

    Exemples de mots anglais venant du français où le i est conservé : campaign, champaign...

     

    Oignon dans les dictionnaires

     

    Le dictionnaire Godefroy (ancien français) :

    http://micmap.org/dicfro/page/dictionnaire-godefroy/582/5/oignon

    oignier, oigner, oindre, frotter

    oignonee, oingnonnee, ragoût aux oignons

    oignonet, petit oignon

    oignonneries, légume du genre des oignons

    oignonette, oignonnette, ongnonete, ougnonete, oignonniete, oingnonnete, oignelette, oinoullette, plante du genre oignon.

    oignonnier, marchand d'oignons – oingnonnier

     

    Le Trésor

    Extrait

    Académie 1718-1762: oignon; 1798: ognon; 1835, 1878: oignon, ognon; 1935: oignon. Velléités de prononc. orth., [wa-], à l'image de poigne, etc., ou de suppression de i, ognon, à l'image de rogne, etc. Martinet-Walter 1973 [-ɳ-], [-nj-]

     

    L'Académie 8e édition

    Plante potagère qui a une racine bulbeuse de forme ronde, communément un peu aplatie, de saveur et d'odeur fortes, composée de plusieurs tuniques ou pellicules qui se recouvrent les unes les autres. Botte d'oignons. Oignon blanc. Oignon rouge. Soupe à l'oignon. Chapelet d'oignons, Une grande quantité d'oignons attachés ensemble. Pelure d'oignon, Une des enveloppes de l'oignon. Il se dit figurément d'une Étoffe, d'un papier très mince. Il se dit aussi de la Couleur rose violacée que présente la pellicule de l'oignon. Du vin pelure d'oignon. Fam., Être couvert comme un oignon, Être très chaudement vêtu. Par analogie, en termes de Botanique, il se dit du Bulbe de certaines plantes, dont la base produit des racines fibreuses. Dans cette acception, on l'écrit souvent OGNON. Ognon de jacinthe, de tulipe.
    OIGNON se dit aussi d'une Certaine callosité douloureuse qui vient aux pieds. Avoir des oignons. Il se dit également d'une Grosseur de la sole du cheval, qui se manifeste plus souvent en dedans qu'en dehors et qui ne vient presque jamais aux pieds de derrière.
    OIGNON se dit encore d'une Montre ancienne, très bombée.
    EN RANG D'OIGNONS, loc. adverbiale et familière dont on se sert en parlant de Plusieurs personnes ou de plusieurs choses qui sont rangées sur une même ligne.

     

    Le Littré

    oignon

    Extrait :

    (o-gnon ; l'i ne se prononce pas ; quelques-uns écrivent ognon) s. m.

    (7) Populairement. Il a de l'oignon, il a de l'argent.

    PROVERBE

    Marchand d'oignons se connaît en ciboules, c'est-à-dire on est difficilement trompé sur les choses de son métier.

    ÉTYMOLOGIE

    Provenç. uignon, ignon ; du lat. unionem, sorte d'oignon, grosse perle, chose unique, unité, de unus, un.

    Voir aussi

    oignonade - oignonet - oignonette - oignonière

     

    Bob Dictionnaire d'argot de la langue française

    www.languefrancaise.net/Bob/3327

    oignon - Anus, cul -

      

    La Nouvelle Orthographe (réforme de 1990) donne OGNON au lieu d'OIGNON

    Réforme de l'orthographe - L'orthographe recommandée aux enseignants - Lexique

     

    Expressions

    Être traité aux petits oignons (avec soin)

    Arranger une affaire aux petits oignons. (Arranger avec un soin particulier)

    S'être fait arranger aux petits-oignons (s'être fait escroquer)

    Occupe-toi de tes oignons ! (Mêle-toi de tes affaires !)

     

    Quelques articles du blog où il est question d'étymologie

    Les nombreuses réformes de la langue française

    À la recherche de l'étymologie d'un mot

    Mais pourquoi la langue française est-elle si compliquée ? - L'origine du français

    L'accent circonflexe – Mettons-le seulement là où il faut - cru, crû, idolâtre, psychiatre, écolâtre, gaîment, absolument, ambigument, fantomatique, tempétueux... + Quiz

    La lettre Q – QV – QU

    Les mots ont une histoire - Pathologie verbale ou lésions de certains mots dans le cours de l'usage

    Prononciation problématique de quelques mots en français : gageure, almanach, handball, imbroglio, mas, tomber dans le lacs, abasourdi, blinis, Auxerre, Bruxelles, Cassis, Roanne...

    Sur la toile :

    LE NEZ DANS LES LIVRES: OIGNON OU OGNON ?

    Le nénufar et l'ognon (ou les avatars de l'orthographe française ...

     

    * Je suis une Stéphanoise pur jus et on m'a appris à prononcer oignon [waɲɔ̃]. Je me suis corrigée mais je connais beaucoup de Stéphanois qui le prononcent ainsi et qui ne voudraient en aucun cas changer.

     

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    20 novembre 2016 7 20 /11 /novembre /2016 09:23

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    On dit : une épithète, une épice, une épigramme, une acné, une algèbre, une anagramme, une ecchymose, une oriflamme, une impasse, une écritoire, une anicroche, une ébène, une ankylose, une épître, une scolopendre, une oasis, une odyssée...

    Un conseil : Si vous n'êtes pas sûr de vous, lisez à haute voix pour faire fonctionner votre mémoire orale et auditive.

     

    Certains mots existent au féminin et au masculin avec un sens différent :

    pupille pupille - barde barde - vapeur vapeur - hymne hymne - foudre foudre - parallèle parallèle - etc.

    Les dictionnaires hésitent pour alvéole. Certains penchent pour le masculin, d'autres pour le féminin.

    Alvéole, masculin selon l'Académie, de plus en plus employé au féminin. Le dictionnaire le Robert considère même comme vieux de l'employer au masculin. Larousse le donne au féminin.

    Wiktionnaire nous dit que l'usage hésite.

    Wikipédia préfère le masculin dans la plupart des acceptions sauf en géographie pour désigner une cuvette humide à fond plat (voir + de détails sur le site).

     

    Pour en savoir beaucoup plus, lisez l'article que je vous ai concocté il y a quelque temps déjà et faites donc le QUIZ.

    Féminin ou masculin ? Le genre des noms dont on n'est pas sûr + Quiz

    Vous y verrez : un élytre, un haltère, un hémisphère, un tentacule, un antre, un edelweiss, un arcane, et d'autres mots masculins que vous ne soupçonnez peut-être pas.

    Et interrogez vos amis, histoire de leur faire mesurer leur ignorance. Oh pardon ! Je veux dire : histoire de leur faire mesurer jusqu'où il peuvent compter sur leurs acquis.

    Dis-moi, Pierre, Paul, Jacques, sans hésitation, si les substantifs suivants sont féminins ou masculins ? ....

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